- Speaker #0
Je ne vais peut-être pas donner de détails si pénibles, mais j'ai fini par accoucher toute seule. Heureusement, j'étais dans les vapes, je ne me suis rendue compte de rien. Mais bon, c'est des moments, on croit qu'on ne touche pas le fond, mais ça peut aller loin dans le tragique, quand même.
- Speaker #1
Quand dans sa vie on a connu une déflagration, on sait qu'on va être confronté à un choix, continuer à vivre ou pas. Et puis une fois ce plouf plouf morbide tranché, continuer à vivre d'accord. Mais comment ? Mes invités ont vu leur vie sauter en l'air, et on va s'intéresser aux stratégies de ces survivants de leur vie d'avant. Ils regardent dans le rétro, et parlent sans tabou des histoires dingues qui ont fait briller leur vie. Qu'ils soient puissants, drôles, touchants, agaçants, secrets ou impudiques, ils ont tous en commun un truc dans le regard qui va s'entendre dans leur voix. N'attendez pas que la vie vous fasse une blague pour la dévorer. Venez, écoutez leurs histoires, pleurez, rire, installez-vous confortablement. Et ça va bien se passer.
- Speaker #0
Bonjour Constance. Bonjour Sarah. Merci d'être là. Avec plaisir. Ou pas. On verra.
- Speaker #1
On verra. Est-ce que tu peux me raconter un peu dans quel genre de famille tu grandis et quel genre de jeune fille tu es ?
- Speaker #0
Il faut parler de moi. Une enfance heureuse, plutôt facile. Un frère de deux ans ou moins. Une mère qui m'a eu très jeune, pas tout à fait 20 ans. Un père jeune également. Maman s'est toujours occupée de nous, beaucoup, en province. Donc une vie plutôt douce. assez facile. Plutôt rebelle quand même. Des années de 15 à 19 ans où j'ai un peu fait mort de la poussière à mes parents.
- Speaker #1
Ça veut dire quoi ?
- Speaker #0
Ça veut dire que j'étais avec un garçon qui était beaucoup plus âgé, qui n'était pas un modèle de vertu. Ça a duré 4 ans, ça a été compliqué à avaler pour mes parents. Je pense que ça a défini d'ailleurs la vie que j'ai eue après. Je crois que j'ai... J'ai vraiment eu le sentiment de beaucoup, beaucoup, beaucoup trop les tracasser et qu'ils ne méritaient pas ça. Je pense que ça a vraiment joué sur le fait qu'après, j'ai souvent fait des choix assez raisonnables et raisonnés. Ce qui n'est pas tellement dans mon tempérament finalement, dans le fond.
- Speaker #1
Un peu pourquoi ? Pour rembourser toute l'inquiétude que tu avais créée ?
- Speaker #0
Exactement. Vraiment, j'ai réalisé, parce qu'à 15 ans, on ne réalise rien. et je pense qu'après, arrivant à la fac, Des années fac après où j'ai pris un peu conscience que vraiment ils ne méritaient pas ces quelques années de folle inquiétude que je leur ai fait traverser. Et je pense qu'à partir de là, j'ai vraiment fait des choix pour ne pas les inquiéter.
- Speaker #1
Et vous fais quoi comme études ?
- Speaker #0
Je fais des études de droit. D'abord, je suis allée en médecine. En fait, je voulais être dentiste, psychiatre ou bien avocate. Donc, j'ai commencé par médecine. Je n'ai pas du tout aimé ce... cette ambiance concours, là, c'était vraiment pas fait pour moi. Et puis après, je suis allée en droit. Alors là, c'était pas les études de mes rêves non plus. J'ai fait ça pour faire plaisir à mes parents. Et là, j'ai trouvé que c'était des études assez intéressantes. Et voilà, j'ai poursuivi quatre ans. Et puis mon mari voulait, puisqu'on s'est rencontrés très jeunes, mon mari devait poursuivre ses études. Et on ne pouvait pas rester là où on avait commencé. Donc, on est arrivés à Paris. Et j'ai pris un petit boulot alimentaire. Moi, je n'étais pas hyper concernée quand même par ces études que j'ai faites. Mais qui ne m'ont pas... Je serais restée là où j'avais commencé. Je pense que j'aurais passé le concours d'avocat avec mes amis. Mais dans le contexte, sans trop savoir, j'ai pris un petit boulot alimentaire pour que lui continue un peu tranquillou. La vie à Paris était quand même chère. Encore une fois, j'avais dû me dire, c'est bien que tu bosses un peu et ça va alléger un peu la charge pour tout le monde.
- Speaker #1
Tu t'es mariée à quel âge ?
- Speaker #0
On s'est mariées, on avait 25 ans.
- Speaker #1
Et une fois que tu te maries, que lui termine ses études ?
- Speaker #0
Moi, j'ai toujours voulu des enfants. C'était un peu le rêve de ma vie. Des enfants, un chien. C'était très basique. Donc, on s'est mariées et on a essayé d'avoir des enfants. Ça n'a pas fonctionné pendant un moment.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Ça a été long.
- Speaker #1
Tu sais pourquoi ?
- Speaker #0
Alors, je pense que j'étais assez angoissée, parce que je suis de tempérament. Et puis, en discutant avec des membres de la famille, j'ai su qu'on avait un problème. Ça s'appelle une translocation chromosomique.
- Speaker #1
C'est quoi ?
- Speaker #0
C'est-à-dire ces deux petits bouts de chromosomes qui... Enfin, pour la faire simple, qui... qui ne sont pas au bon endroit. Donc, soit ils se croisent, et à ce moment-là, on a quand même tout le patrimoine génétique. Je ne suis pas sûre d'employer les bons mots. Ou alors, il y a des petits morceaux qui disparaissent au moment de la fécondation. Ça ne doit pas être très clair pour les gens.
- Speaker #1
En tout cas,
- Speaker #0
il y a un sujet chromosomique. Et donc, quand il n'y a pas tout le patrimoine génétique, ça entraîne en général une fausse couche. Enfin, dans mon cas, ça dépend des cas. Dans mon cas, ça risquait d'entraîner une fausse couche assez tôt. Donc, tout ça faisant, je pense que j'étais un peu stressée. C'est bien suivi. Et alors, pas tellement suivie. Enfin, suivie par une gynéco au départ qui ne s'est pas du tout inquiétée à mon âge. Voilà, c'est moi qui étais plus inquiète. Et puis, elle a fini par me donner un petit traitement de stimulation. Et je pense qu'un peu comme un placebo, bim, boum, ça fonctionne. Donc, moi, euphorie totale, bonheur absolu. Comme je n'ai jamais eu une enfance très difficile, je n'étais pas ultra gâtée parce que mes parents étaient jeunes. Mais j'ai toujours eu tout ce qu'il fallait. Je n'ai jamais manqué de rien.
- Speaker #1
Tu n'as jamais eu de gros chagrin ?
- Speaker #0
Ouuuuh ! Comme n'importe quel ado. Je veux dire, rien de... En tout cas, rien qui m'est marqué jusque-là. Aujourd'hui, quand je réfléchis à... En tout cas, quand j'ai le recul sur la situation familiale, je sais qu'il y a eu des gros chagrins dans la famille, mais dont je n'avais pas conscience finalement si jeune. Aujourd'hui, ça a une autre... Je ne l'entends pas de la même manière. Mais bon, donc plutôt une vie plutôt heureuse, sans histoire. Et en fait, les premiers mois se passent, un peu stressés, première écho.
- Speaker #1
Tu travailles toujours pendant tes conseils ? Là,
- Speaker #0
je travaille, toujours. J'ai un petit boulot alimentaire dans un cabinet de propriété intellectuelle, enfin industrielle, de dépôt de brevets et de marques. Donc, un rythme tout à fait, franchement, très tranquille. Je ne m'éclate pas du tout dans le boulot, mais je suis dans un bureau de filles, elles sont super sympas, on est six, les journées sont plutôt sympas.
- Speaker #1
Je veux dire qu'elles prennent soin de toi. Oui,
- Speaker #0
tout le monde est très gentil, de toute façon, je suis plutôt en forme, rien de particulier, je suis toute à ma joie, à mon bonheur, premier écho, rien de particulier. Et puis... Et puis, je m'inquiète quand même. Je suis toujours inquiète. Donc, je me dis, on ne sait jamais si ça se passe mal. Tout le monde me dit, mais aucune raison que ça se passe mal. Bon, OK, aucune raison que ça se passe mal. Et puis, deuxième écho, j'étais enceinte de 5 mois. Et là...
- Speaker #1
À l'hôpital, l'écho ?
- Speaker #0
Non, j'avais un médecin qui pouvait me faire une écho dans son cabinet. Un médecin assez... C'était une femme très... Un peu austère. Elle faisait son boulot, elle n'était pas là pour rigoler. Ce que je comprends, c'est des métiers qui ont des responsabilités. Donc une femme pas très enveloppante. Et puis là, je vois son visage vraiment changer. Et tout d'un coup, je vois dans ses yeux un peu de chagrin, j'imagine. Un peu de panique, un peu de... Parce que quand il faut annoncer ça à une jeune fille de 25 ans, c'est quand même difficile. Je trouve qu'on ne parle pas beaucoup de la charge émotionnelle des médecins. On parle beaucoup de leur charge de travail, mais pas de la charge émotionnelle. Et là, j'ai tout de suite vu à son regard qu'il y avait quelque chose. Tu étais toute seule ? J'étais toute seule. Mon mari ne pouvait pas être là, il bossait comme un dingue. Et là, elle me dit, bon, elle m'explique qu'il y a un souci majeur à la jambe droite. Et elle me dit, appelez votre mari, il faut qu'il vienne vous chercher. Donc, il vient me chercher et démarre une semaine d'errance totale entre... Je annonce aux gens, parce qu'il faut quand même dire les choses, et c'est compliqué de dire les choses quand on ne sait pas vraiment ce qui se passe.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu as annoncé justement ?
- Speaker #0
J'ai annoncé qu'a priori je ne pouvais pas garder l'enfant. C'est ce qu'elle te dit comme conclusion ? C'est ce qu'elle me dit assez vite en fait. Je pense qu'elle voit très très vite que c'est d'une ampleur pour laquelle il n'y aura pas grand chose à faire. C'est une semaine où il faut apparemment prendre du temps pour poser les choses. Il ne faut visiblement pas faire ça dans l'urgence. Moi, j'aurais rêvé, je pense, à ce moment-là, que ça se fasse très très vite. Parce que c'est une semaine où on sait qu'on ne va pas le garder. À cette époque de la grossesse, l'enfant est en pleine forme. Il y a déjà un lien très fort avec l'enfant.
- Speaker #1
À combien de mois ?
- Speaker #0
C'était à 22 semaines, 23 semaines, je ne sais plus. Plus de cinq mois. Et en fait, plein de rendez-vous s'enchaînent à l'hôpital. Parce qu'évidemment et heureusement, il n'y a pas d'interruption médicale de grossesse comme ça sans des avis très fermes du corps médical. Donc on passe par une semaine absolument atroce, on passe dans les mains des médecins qui sont plus ou moins en plus empathiques, plus ou moins doux, plus ou moins... Voilà, il y en a qui sont assez brutaux dans leur façon d'annoncer les choses. Après, il y a des médecins beaucoup plus enveloppants. Arrivant de province, en plus, moi, je n'avais pas mesuré le fait que c'était quand même compliqué de trouver une maternité, déjà. Donc j'avais trouvé cette gynéco qui était rattachée à Saint-Vincent-de-Paul. Saint-Vincent-de-Paul, en 2003, c'était vraiment l'usine désaffectée. D'ailleurs ça n'existe plus, c'était des bâtiments très anciens, insalubres. On peut dire insalubres, c'était encore bien entretenu dans la mesure du possible parce que tout était abîmé. Donc j'ai accouché à Saint-Vincent-de-Paul. Malgré tout, il y avait des équipes quand même ultra pointues. C'est des équipes de Port-Royal aujourd'hui, je crois, et de Cochin. Donc c'était vraiment des équipes sans ça, ce qui connaissait très très bien leur sujet. Donc j'ai vu sur place un nombre de rendez-vous. Mais je ne me souviens plus, j'étais vraiment dans un brouillard total. Vraiment, j'ai vraiment des phases de blackout total.
- Speaker #1
C'est sûrement ton cerveau pour te protéger. Certainement,
- Speaker #0
certainement. Et donc là, c'est un peu ce qui m'a sauvée, c'est que le corps médical m'a vraiment fait penser qu'il n'y avait pas de solution en fait. Mais à aucun moment, enfin ils m'ont bien fait comprendre que l'enfant n'aurait jamais une vie normale, que l'enfant aurait une vie de souffrance permanente, qu'il y avait ce qu'on voyait et qu'il y avait surtout ce qu'on ne voyait pas. Et que donc, ce serait ingérable.
- Speaker #1
Que la malformation qui était visible, laissé penser qu'il y avait un problème structurel ? Exactement.
- Speaker #0
En fait, c'était un problème à la jambe droite. Pas de tibia, pas de pyrrhonée. Mais ils m'ont tout de suite dit nous, on pense que le cerveau complètement... En tout cas, ils m'ont laissé penser que cet enfant n'aurait absolument jamais une vie normale et une vie de souffrance. Donc, c'est vraiment... Je pense que c'est ce qui m'a sauvée, entre guillemets, c'est de ne pas avoir à faire ce choix. Parce que je me serais engouffrée, évidemment, je pense que j'aurais fait le choix de le garder. J'étais prête à tout. J'étais désespérée. Enfin, c'était vraiment... Et je pense que ça, ça m'a sauvée. Parce que je ne crois pas que j'aurais supporté d'avoir un enfant qui souffre toute une vie comme ça. Je pense que c'est insupportable. Je ne sais pas si ce n'est pas le pire de tout. Voir son enfant souffrir toute une vie, c'est... Je ne le sais pas, mais en tout cas, c'est ce que j'imagine. Et donc, c'est là que...
- Speaker #1
Ça change de la culpabilité aussi.
- Speaker #0
Oui, ça, c'est encore un autre sujet. Mais c'est vrai que le fait qu'il ne me laisse pas le choix, ça m'a quand même aidée. En effet, ça, c'est sûr.
- Speaker #1
Ton mari et toi, vous avez toujours été alignés sur les choses à faire ?
- Speaker #0
Mon mari, je ne sais pas. Mon mari n'a été que soutien. Je ne sais même pas. Je ne peux même pas dire si on en a parlé. Je ne me souviens de rien. Je me souviens qu'il n'a été que soutien. Ça, c'est sûr. Et pourtant, une des petites phrases stupides et abominables qu'on a entendues, justement, dans le contexte de médecins ou de gens du corps médical qui auraient vraiment gagné une occasion de se taire, nous ont dit, vous savez, la plupart des couples se séparent après ça. Très bien, écoutez, merci, on va essayer de déjouer les pronostics, alors ce sera bien comme ça.
- Speaker #1
Moi, je pense que c'est qui tout doule.
- Speaker #0
Ouais, alors je pense que c'est très différent aussi quand on a déjà un enfant à la maison. ou quand on n'en a pas. Nous, on n'en avait pas. Donc ça, ça a été une des choses les plus difficiles aussi à gérer derrière. C'est ce congé maternité, puisque comme c'est très loin dans la... C'est très avancé dans la grossesse, il y a un congé maternité. Donc le congé maternité à la maison, seul et sans enfant, c'est vraiment très, très difficile. C'est assez sordide.
- Speaker #1
Tu dis que les équipes ont été très enveloppantes et bienveillantes. Certains, oui. Certains, oui. Est-ce qu'on a le droit de demander à être endormi pour ne pas vivre ce moment traumatisant ou est-ce qu'il faut le vivre ?
- Speaker #0
Je crois que... Alors je ne me souviens plus. J'ai certainement demandé, en tout cas évoqué, toutes les solutions pour être le moins présente possible intellectuellement. Je pense que j'aurais voulu crever, c'est sûr. En revanche, je crois qu'on m'a dit assez vite que pour des accouchements futurs, il fallait déjà un accouchement par voie basse. Donc autant vous dire qu'un accouchement à cinq mois passé, ce n'est pas une partie de plaisir, ça ne vient pas. Donc c'est très très très très très très long. Donc on en profite bien bien bien bien bien, surtout quand la sage-femme est toute seule, parce qu'hôpital public. sage-femme, la pauvre je ne suis pas une gamine de 25 ans charmante mais débordée avec 150 melsales d'accouchement à gérer toute seule j'étais je ne vais pas dire que ce n'était pas sa priorité mais enfin c'était compliqué d'être là pour tout le monde en tout cas et donc je ne vais peut-être pas donner de détails si pénibles mais j'ai fini par accoucher toute seule en fait Et heureusement, j'étais dans les vapes. Je ne me suis rendue compte de rien. Mais bon, voilà, c'est des moments... On croit qu'on ne touche pas le fond, mais si, en fait, ça peut aller loin dans le... Ça peut aller loin dans le tragique, quand même. Donc, c'est vraiment des épreuves qui se cumulent. Jusqu'au bout, ça a été pénible. Jusqu'au bout, ça a été vraiment...
- Speaker #1
Il y a des protocoles dans ce genre de circonstances pour que... de ne pas être à côté de maman ?
- Speaker #0
Non, bien sûr, c'est dans le même service. J'imaginais qu'ils font un peu attention, mais j'entendais quand même les naissances à côté, bien sûr. Je n'ai jamais pensé que tout le monde ne faisait pas son maximum. Tout le monde faisait son maximum, c'est sûr. Après, il y avait un manque de moyens. Je pense que je suis vraiment arrivée dans cet hôpital. à la phase la plus critique. Ils étaient en train de... Enfin, Port Royal était en train d'être mis en place. Donc, il y a toujours un moment où, voilà, il y a une transition qui est un peu compliquée. Moi, je pense que j'ai accouché à ce moment-là. Donc, effectivement, en tout cas, vraiment, les infrastructures étaient très, très vieillissantes. Peut-être qu'aujourd'hui, les choses sont un petit peu plus séparées. Mais à l'époque, et puis les cloisons étaient fines. Enfin, c'était des bâtiments qui n'étaient pas ceux qui sont aujourd'hui. Mais voilà, en tout cas, j'en veux à personne, parce que je pense que tout le monde fait son maximum. Je trouve juste qu'il faudrait peut-être des cours en médecine, de psychologie, pour certains en tout cas. Certains l'ont naturellement, et puis d'autres ne se rendent pas compte, je pense, ou peut-être le... Je ne sais pas. C'est des choses auxquelles je repense souvent, parce que ça fait partie de choses qui m'auraient peut-être épargnée quand même un peu. Et c'est toutes les petites choses, toutes les petites... tous les petits chagrins se sont accumulés en plus du reste et c'est dommage je me demande,
- Speaker #1
c'est une question ouverte s'il n'y en a pas qui vont montrer une certaine brutalité dans leurs mots à dessein pas pour faire de la peine mais pour que dans ces moments où le cerveau n'est pas disponible et où c'est un bazar d'enfer qu'il y ait des choses qui nous parviennent. Alors pas bien sûr sur le couple, c'était inutile et débile, mais que parfois la brutalité est une stratégie.
- Speaker #0
Je ne sais pas. Moi, j'ai pensé que c'était un système de défense plus qu'une stratégie. Je pense qu'il y a vraiment des gens qui n'arrivent pas à gérer cette charge émotionnelle, ce que je peux comprendre. D'ailleurs, je préfère l'envisager comme ça. Je me dis que c'est un manque de tact et puis peut-être une façon de se protéger aussi. Si c'est une stratégie, ce n'est pas la bonne.
- Speaker #1
Comment ça se passe les jours après ?
- Speaker #0
Les jours après, je n'en ai pas un souvenir très... Je me souviens d'être sortie de cet hôpital. Je ne sais pas comment je marchais. Je ne sais même pas comment je tenais debout. Je me souviens que j'avais la main de mon mari d'un côté, la main de ma mère de l'autre. Je suis rentrée chez moi dans un brouillard total. Je n'ai pas beaucoup de souvenirs. Je ne pouvais pas reprendre le boulot puisque c'était un... C'est un congé maternité sans enfant, donc je n'avais rien à faire. Des copines, évidemment, qui bossaient toute la journée. Maman y restait un peu, mais ce n'était pas une solution non plus. Il fallait que je reprenne ma vie en main. Et là, des semaines d'errance et de... Je ne sais pas comment dire ça, mais de brouillard aussi. C'est passé assez vite en même temps. Je ne sais pas. Je n'ai plus beaucoup de souvenirs de tout ça.
- Speaker #1
Vous avez des amis qui ont des enfants à cette époque-là ?
- Speaker #0
Non, personne. Enfin, pas grand monde. Non, personne. J'ai ma cousine qui a des cousins, qui a des enfants que j'adorais. Mais non, très peu. Donc, effectivement, ce n'était pas forcément... Non, on était les premiers à se marier, en fait. Je réfléchis en même temps. Non, pas d'enfants autour de moi. Non, non. À part ma cousine qui avait 4 ans de plus dont j'étais très proche. Et son frère aussi qui a eu un enfant lui juste à ce moment-là justement.
- Speaker #1
J'ai une question. Justement parce que du coup vous avez une bande de copains qui n'est pas dans le même calendrier, est-ce que c'est des gens à qui vous pouvez parler ou est-ce qu'au contraire vous faites semblant pour... pas les perdre parce que le sujet est trop grand et trop difficile à gérer ?
- Speaker #0
Je dirais que la plupart des gens ont été là. Ils ont fait le max à la mesure de leurs possibilités. Donc effectivement, en toute ignorance de ce que ça pouvait être, souvent, puisqu'ils ne savaient pas ce que c'était que la maternité, cet attachement qui se fait particulièrement pour la femme, mais très vite, dès qu'on sent que le bébé est là, on s'attache terriblement. Donc non, les amis ont plutôt été là, ont été hormis vraiment deux, trois et encore qui n'ont vraiment pas été bons. Mais sinon, la plupart des gens étaient super présents. Bien sûr, ils ne disaient pas forcément ce que j'attendais. En tout cas, il y avait des maladresses, c'était impossible de faire autrement. Mais moi, ce que j'ai trouvé difficile, vraiment profondément difficile, C'est d'essayer de les épargner, en fait, justement. De ne pas parler de plein de choses pour ne pas les gêner, pour ne pas faire semblant de faire en sorte que la vie continue. Et ça, c'est très, très difficile. À une époque où on ne parlait pas du tout de ça, le deuil périnatal, les assauts, il n'y en avait pas. J'ai vécu une solitude immense. Et ça, j'ai trouvé ça difficile, très difficile.
- Speaker #1
Et qui vous pouviez en parler alors ?
- Speaker #0
À personne, je dirais. À mon mari, c'est tout. Parce que lui, très très à l'écoute, au soutien total. Sinon...
- Speaker #1
Et un psy ?
- Speaker #0
Alors j'ai tenté. J'ai vu quelqu'un sur Vincent de Paul, je trouvais ça nul. Enfin, je trouvais ça... J'ai l'impression qu'il était toujours à côté de la plaque. J'ai vu plusieurs fois quelqu'un, mais je n'ai pas du tout... Ça ne m'a servi à rien. Vraiment, ce qui m'a le plus servi, c'est mon mari à cette époque-là. C'est avec lui. Je dirais qu'à l'inverse, alors non, on ne s'est pas du tout séparés, mais c'est plutôt l'inverse. Ça nous a plutôt... On s'est vraiment sentis indispensables l'un pour l'autre, ça c'est sûr. C'était déjà le cas, mais c'était vraiment le seul avec qui j'avais envie d'en parler d'ailleurs. Pour le reste, même ma mère, c'était compliqué. Maman, elle était trop fragile. Elle l'a vécu comme moi, je pense.
- Speaker #1
C'est le seul qui a vécu la même chose que vous de l'intérieur, en fait ?
- Speaker #0
Oui, puis qui était aussi concerné que moi. Voilà, les autres, finalement, ils repartent à leur vie. Ils ont de la peine pour moi, c'est évident, mais voilà, on vit chacun son bras, mais c'est normal. De toute façon, la vie, c'est ça, c'est accepter une grande solitude à la fin. Donc, il faut que la vie soit la plus jolie possible le temps que ça dure, mais à la fin, on sait bien ce qu'il y a à la fin. On sait qu'on est seul avec soi-même. C'était un petit avant-goût.
- Speaker #1
C'est un avant-goût que vous avez interrompu parce que vous avez décidé de retenter de faire un bébé ?
- Speaker #0
Oui. Alors là, c'était vital. Donc, j'ai eu l'appartement de gynéco qui m'a dit, vous savez, il faudrait attendre un an. J'ai dit, en fait, vous savez quoi ? Soit vous m'aidez maintenant, soit moi, je vais crever. C'est comme vous voulez. Alors, évidemment, elle a choisi plutôt l'option pour que j'aille mieux. Et donc, je suis retombée enceinte très, très vite. Tellement vite même que j'ai accouché de ce premier enfant. Cette interruption de grossesse a eu lieu fin mars. Et je suis retombée enceinte début juin. Donc, mon Augustin est né et a été conçu finalement avant le terme de la grossesse de son frère. Donc, tout ça... fait que je pense qu'il y a quand même des implications aujourd'hui un peu compliquées chez lui. Je ne sais pas si c'est vrai, mais on m'a parlé de ce qu'on appelle l'enfant de remplacement. Et je pense qu'effectivement, il y a peut-être eu quelque chose, en tout cas, qui lui a fait penser qu'il était là un peu par défaut. Ce qui n'est évidemment pas le cas, mais en tout cas dans mon cœur. Mais je pense que c'était compliqué. J'étais tellement fragile. Quand il est né, il était né un peu à panter, mais il était fragile. J'ai pas réussi à l'aider. On est tous assez menus dans la famille, donc je trouvais qu'il grossissait pas assez. Enfin, ça a été un peu la panique. Et je pense que ça, évidemment, je ne l'aurais peut-être pas vécu de la même manière si je n'avais pas connu tout ça. Mais cet enfant est né à un moment où j'étais tellement fragile que c'est vrai que je pense qu'il a essuyé un peu les plâtres.
- Speaker #1
C'est chacun son histoire.
- Speaker #0
Exactement. Et c'est la sienne, il la connaît.
- Speaker #1
Comment vous avez fait face à déjà tous les stress d'une grossesse et puis à tous les moments clés qui vous ramenaient forcément ? la deuxième écho. Comment on traverse une grossesse après une première grossesse si tragique ?
- Speaker #0
Alors, je ne me souviens pas beaucoup de tout ça. C'est un... Ça fait partie de ce brouillard un peu qui a quand même habité ma vie pendant longtemps. Il y a une chose qui est sûre, c'est qu'en dehors de mon mari, j'ai une autre immense chance, c'est ma belle-sœur. Ma belle-sœur qui est médecin, qui est vraiment la fille la plus formidable qui soit et elle est ultra ultra ultra positive. Donc ce petit podcast là, ça va bien se passer. Avec elle, c'était toujours ça va bien se passer. Et je l'ai toujours cru. J'ai toujours eu une confiance absolue en elle et aujourd'hui encore. Elle me sauve régulièrement d'angoisse terrible parce qu'elle est là, parce qu'elle me soutient, parce qu'elle est très très très très présente. Je pense qu'elle fait vraiment tout pour me tenir debout.
- Speaker #1
Et le fait qu'elle soit médecin, ça lui donne aussi un crédit ? Bien sûr,
- Speaker #0
absolument. Donc, à plusieurs titres, elle était vraiment ma béquille.
- Speaker #1
Est-ce que vous savez, et si oui, est-ce que vous voulez bien dire quel était le sexe de votre premier bébé ? Oui, bien sûr,
- Speaker #0
c'était un petit garçon. On n'a fait que des garçons. On ne savait faire que ça. Bien sûr.
- Speaker #1
Vous avez fait des garçons, ça veut dire que vous en avez eu d'autres après ?
- Speaker #0
J'en ai eu trois après.
- Speaker #1
Moi, aujourd'hui, j'ai deux filles. Et quand on me demande, j'ai toujours une petite hésitation.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Quand on me demande combien j'ai d'enfants.
- Speaker #0
Je le sais bien, je vous comprends. C'est difficile, parce qu'on met mal à l'aise les autres en fait, en face. Enfin, je ne sais pas si c'est le cas pour vous, mais...
- Speaker #1
Moi maintenant, je mens parce que j'en avais marre de... C'était trop compliqué à gérer les émotions des autres.
- Speaker #0
Bien sûr, c'est compliqué à gérer.
- Speaker #1
Qu'est-ce que vous faites ?
- Speaker #0
En fait, ça dépend de la forme du moment. Si j'ai la frite pour m'expliquer, je dis que j'ai quatre enfants. Et si je n'ai pas la frite, j'en ai trois. Ça dépend du moment. Et puis, à l'occasion de cette grossesse, comme c'est une grossesse tardive, on a quand même pu le baptiser, il est sur notre ivret de famille. Ce qui n'est pas possible pour tout le monde. Ça dépend du terme. Et en fait, il est toujours avec moi quand même, quand on me fait personnaliser des médailles ou que je mets des initiales. Comme j'ai un pseudo qui est Bambi et qu'on avait choisi un prénom qui commence par un B, de toute façon, il est avec moi en permanence, malgré tout. Est-ce que vous y pensez,
- Speaker #1
on continue, que comment ça, pas à sa fin tragique, mais à lui ? Est-ce qu'il habite votre vie au quotidien ou est-ce qu'il y a des jours où vous n'y pensez pas ?
- Speaker #0
Ah non, j'y pense tous les jours, oui, je pense. C'est rare que je n'y pense pas une journée.
- Speaker #1
Vous en avez parlé à vos enfants dès leur plus jeune âge ?
- Speaker #0
Je ne me souviens plus très bien à quel âge j'ai commencé. Mais ça, c'est un truc, c'est une des choses qu'on m'a dit le plus vite, enfin assez rapidement, on m'a tout de suite dit, il faut expliquer les choses. Et comme moi, je suis... Je ne suis pas du tout quelqu'un, je ne suis pas une dissimulatrice. Ça a été très simple pour moi de dire les choses. Je suis beaucoup plus, je suis dans le confort quand je dis les choses. Je préfère affronter une discussion compliquée que de ne pas dire. C'est un truc que je ne sais pas trop bien faire d'ailleurs, je suis bavarde.
- Speaker #1
Qu'ils en parlent eux ?
- Speaker #0
Ils posent des questions ? Je ne sais pas. Eux, s'ils m'en parlent ? Non, ils ne m'en parlent pas. Ce que je ne sais pas, c'est qu'aujourd'hui ils ont des petites amies, je ne sais pas s'ils le disent. Je ne sais pas. Je ne leur pose pas la question. Je les laisse. Je ne veux pas que ce soit un sujet, voilà, ils savent les choses, je ne veux pas que ce soit un sujet permanent. C'est pas... Finalement, c'est aussi un peu ce qui m'a... Ce que j'ai trouvé plus doux dans cette histoire, enfin en tout cas moins tragique, c'est que j'avais pas d'enfant. Donc cette histoire, elle nous appartient surtout à mon mari et moi. J'ai pas eu l'impression de les embarquer là-dedans. J'ai eu très très envie d'un autre enfant ces dernières années. Je me suis retenue beaucoup de le faire. Parce que plus on avance en âge et plus les risques sont importants. Et à chaque fois, je me disais, mais... Non, je ne veux pas embarquer. J'ai trois enfants, c'est déjà une chance inouïe. Je ne veux pas les embarquer dans un drame de plus. Finalement, on a été un peu épargnés par ça. Bien sûr, il a fallu leur dire. Mais c'est quand même un chagrin qui n'a pas été frontal et brutal, comme c'est le cas quand on voit un petit dernier qui est né avec un handicap très lourd. Aujourd'hui, peut-être qu'on se rend compte de beaucoup de choses. à l'échographie, mais ça n'empêche qu'on peut avoir un petit frère ou une petite sœur avec un sujet très très lourd. Et je pense que pour les enfants, c'est une chance d'avoir aussi... Après, ça dépend un peu, évidemment, du handicap en question, mais ça peut être une chance d'avoir un petit frère ou une petite sœur qui n'est pas dans la norme. Ça peut être aussi une responsabilité... En tout cas, je me suis interdit d'avoir sept enfants tard, comme j'en aurais eu envie, pour ne pas les impliquer davantage dans cette histoire. Pour que ce soit mon histoire, pas la leur. Pas trop la leur.
- Speaker #1
Est-ce que vous venez d'une famille croyante ?
- Speaker #0
Oui, je suis de culture catholique. Ça a eu un rôle ? Pas du tout. Moi, je m'en fous de la religion. En fait, pour moi, la religion, c'est quelque chose de très intime. C'est quelque chose dont je préférais qu'on ne parle pas autant. Enfin, je trouve que c'est le prétexte à toutes les dérives. Donc, moi, avec moi-même, bien sûr, heureusement, je crois à certaines choses, mais ce n'est pas du tout quelque chose qui va, en tout cas, driver ma vie. Pas du tout. Je ne sais pas si je suis très claire.
- Speaker #1
C'est l'opine.
- Speaker #0
Ah bon ? Ça me lève.
- Speaker #1
si c'est à dire que ça ne rentre pas au ligne de compte,
- Speaker #0
c'est vos choix oui c'est mes choix et puis encore une fois c'est intime on a de certitude tout rien donc on se débrouille avec ce qu'on a et voilà je ne me suis pas dit je vais prier davantage ça n'a pas du tout été un refuge au contraire c'est plutôt un rejet pour moi aujourd'hui la religion mais ça ne veut pas dire que je ne crois pas C'est le... C'est le folklore en général qui me... Est-ce que ça enjambe ? Qui me désole.
- Speaker #1
De quelle façon ça a impacté le genre de mère que vous êtes devenue ?
- Speaker #0
Alors, il y a une chose qui est certaine, c'est que je n'ai pas pu retourner travailler. Je n'ai jamais pu les laisser à une nounou. J'étais beaucoup trop angoissée. Et ça, c'est quelque chose qui a toujours été un peu dur. J'ai été très isolée et j'aurais aimé travailler. Je dissocie complètement les deux parce que je n'étais pas capable de les laisser à quelqu'un d'autre. Je n'étais pas capable de le... Impossible. Mais je regrette de ne pas avoir travaillé. Je trouvais ça très très difficile d'être seule, tout le temps seule, très seule. Parce que tout le monde bosse quoi. En tout cas, je n'étais pas dans des cases... Mes copines bossaient toutes, les filles qui ne bossent pas, il y en a de moins en moins. Et ça ne va pas forcément être ma culture non plus. Donc je me suis retrouvée quand même assez seule, seule sans famille, avec un mari qui bossait beaucoup, avec des enfants pour lesquels j'étais inquiète tout le temps. Donc j'avais des journées un peu compliquées. Mon second est arrivé, enfin mon troisième, ça dépend des jours donc. Assez vite aussi. Et il était malade tout le temps, donc j'avais des journées et des nuits un peu compliquées. Et j'aurais été mieux à bosser intellectuellement. En tout cas, j'aurais eu besoin de voir du monde. J'aime voir du monde. Donc, j'ai trouvé l'isolement très difficile.
- Speaker #1
Vous avez créé un compte il y a quelques années sur les réseaux sociaux. Exactement.
- Speaker #0
C'est né de cet isolement. C'est qu'il y a eu un moment où... D'abord, j'ai trois garçons. Donc, je vis avec quatre garçons. C'est difficile. Pour moi, c'est difficile. Je suis très, très, très, très, très fille. c'est un quotidien qui quand même c'est pas celui dont j'ai rêvé c'est sûr et je trouve en fait je crois que l'humour sauve de tout donc au départ c'était un peu ça c'était rire de cette cohabitation un peu improbable et Et ouvrir une fenêtre sur Instagram, c'était une bouffée d'air aussi, avec quand même des filles. J'adore être avec mes copines. Je n'ai pas de sœurs, malheureusement. Je suis très proche de ma mère. J'avais envie de ce lien avec des femmes, plus que ce que je n'en avais chez moi. C'est comme ça que c'est parti.
- Speaker #1
Ce qui est drôle, c'est que sur votre compte, vous partagez votre quotidien. Il y a beaucoup de choses sur la mode, la déco. J'invite tout le monde à aller voir. On mettra toutes les références parce qu'il ne ressemble à aucun autre compte.
- Speaker #0
C'est gentil. C'est déjà énorme.
- Speaker #1
C'est déjà énorme. Mais ce qui est notable, c'est que par contraste, ce que vous écrivez, c'est plein d'humour noir. C'est du déproche sur Instagram.
- Speaker #0
Ouais. Alors, je ne le fais plus. J'ai beaucoup écrit au départ.
- Speaker #1
Vous avez beaucoup reculé de toute façon.
- Speaker #0
Ouais. J'ai beaucoup écrit au départ. J'ai adoré écrire. Vraiment, c'était ce que je préférais même. Écrire. Et l'humour, c'est comme ça que mon mari m'a eu d'ailleurs, à l'humour. Et je pense que c'est l'arme la plus magique qui existe. Mais bon, Instagram a beaucoup changé. Il y a beaucoup moins ce côté bon enfant. Aujourd'hui, on ne peut plus rien dire sans être taxé de ci, de là.
- Speaker #1
Alors vous vous embêtez pour ces écrits ?
- Speaker #0
Alors moi, j'ai été assez épargnée, je dois dire. Mais comme je suis plutôt sensible, la moindre attaque comme ça, gratuite et un peu violente, va me laisser en miettes. donc j'ai pas envie de me faire plus de mal que nécessaire donc en fait comme au départ c'était quand même pour rire, pour divertir pour que ce soit joyeux, si c'est pour que je me prenne le mur parce que les gens ont envie de vous mettre dans des cases, parce que les gens s'imaginent tout savoir de vous, en fait non, je garde mes blagues nettes pour moi et puis chacun se divertit comme il veut ailleurs, comme il peut, donc c'est vrai que je poste J'essaye de poster encore quand je trouve qu'il y a quelque chose d'un peu différent de ce que les autres proposent. Ce qui est moins le cas, puisqu'il y a de plus en plus d'images, il y a de plus en plus de choses qui se ressemblent. Donc je ne poste plus que comme ça et j'écris moins, je laisse moins mes opinions ou en tout cas mes petites humeurs de jour. Je laisse moins de traces.
- Speaker #1
Dans ce podcast, on se dit qu'on se parle de nos déflagrations et de l'après. Et en fait, quand j'ai construit notre échange, je me suis dit, j'ai l'impression, et c'est pas négatif, qu'il n'y a pas d'après. C'est-à-dire qu'il y a la continuité de l'onde de choc.
- Speaker #0
Ah oui, absolument. Bah oui, on n'oublie pas du tout. On n'oublie pas. On n'oublie pas, c'est moins avif, mais c'est plus profond. Je pense que quand on est jeune, on prend les choses de façon très frontale. Et puis en vieillissant, on prend les choses avec plus de recul. C'est pour ça aussi que je mets tant de froufrous, de nœuds. J'ai besoin de toute cette folie dans mon quotidien. Je ne sais pas, ce côté enfantin, ce déferlement de kitsch et de rigolade pour supporter tout ça. Et je trouve que ça fonctionne bien.