- Speaker #0
Bienvenue chez Cerveau Puissant, le podcast des phrases qui réveillent. Un espace où l'on parle de ce qui façonne une vie, des pas qu'on dépasse, des mots qui sauvent, des chocs qui révèlent, des valeurs qui tiennent debout. Chaque semaine, je vais chercher la phrase fondatrice d'une personnalité. Une phrase qui a construit, brisé, transformé ou sauvé. Parce que certaines paroles deviennent des boussoles, parce que tout commence par une prise de conscience, parce que chacun porte en lui une lumière en attente. Merci pour votre soutien incroyable depuis le lancement de Cerveau Puissant. Likez, commentez, partagez et boostez sur YouTube. C'est comme ça qu'on va continuer à grandir avec vous. J'ai la chance d'être soutenue pour ce podcast par l'agence de communication Surf. Frédéric Jousset est un homme d'exception. Un entrepreneur, un aventurier, un mécène, mais surtout un insatiable. Il a quelque chose de presque romanesque dans son parcours. On pourrait penser à Largo Winch pour le goût de l'entreprise, du voyage, du risque et des défis. A une différence essentielle près, Frédéric Jousset n'a pas hérité d'un empire, il a construit le sien. Son histoire avec la culture commence presque avant sa naissance. Le 3 mai 1970, sa mère, enceinte de 9 mois, est au théâtre lorsqu'elle perd les os, devant la pièce « Un sale égoïste » de Françoise Dorin. Elle deviendra conservatrice en chef au centre Pompidou. et lui transmettra ce qu'il appelle sa seconde langue maternelle, l'art. Son père, Hubert Jousset, professeur de finance à HEC, entrepreneur, lui transmettra une autre langue, celle de l'entreprise, de l'indépendance et du don. Diplômé d'HEC, en 2000, il cofonde Webelp avec Olivier Dua. Ils sont deux au départ. Vingt ans plus tard, lorsqu'il quitte l'aventure, le groupe compte 65 000 collaborateurs dans plus de 50 pays. Mais la réussite économique ne semble jamais suffire à cet homme qui cherche constamment un nouveau sommet. Prison au Chili à 22 ans, marathon, voile, haute montagne, Everest en 2019. Chez lui, chaque accomplissement semble appeler le suivant, puis quelque chose bascule. Après avoir consacré 20 ans à créer de la valeur, il décide de consacrer une part essentielle de son temps et de ses moyens à créer de l'impact. Il préside les Beaux-Arts de Paris, siège au conseil d'administration du Louvre, participe à la... Préfiguration du Passe-Culture et créé en 2019, Art Explora, une fondation dont l'ambition est de rendre l'art accessible au plus grand nombre. Et derrière l'entrepreneur et le mécène apparaît aussi un homme profondément spirituel. Un homme qui parle de Dieu, de prière, de transcendance, qui se retire chaque année dans le calvados pour vivre au rythme des silences et des offices. Son livre, L'eau, l'air et l'art, parle évidemment de culture, mais il parle surtout de ce qui construit une existence. la réussite, l'argent, l'amour, la foi, la mort, la transmission et cette étrange nécessité de continuer à chercher lorsqu'on a déjà atteint tant de sommets. Alors que reste-t-il à conquérir lorsqu'on a déjà tant accompli ? Et surtout, un homme aussi insatiable peut-il un jour se dire « ça y est, c'est assez » . Frédéric Jousset, bienvenue chez Savo Puissant.
- Speaker #1
Merci Claire.
- Speaker #0
C'était très dur de te résumer parce que c'est vrai que ton parcours est tellement large. et passionnant que j'ai essayé de faire court, mais c'était très compliqué. Alors on commence toujours de la même manière chez Savo Puissant, par une phrase que tu aurais envie de nous transmettre aujourd'hui.
- Speaker #1
Alors je pensais à ça et je me suis dit, une phrase qui résume la raison pour laquelle je me suis engagé dans cette aventure d'un explorer. Il y a de très nombreux bénéfices de l'art, mais je pense à cette citation de Picasso qui est « L'art lave notre âme de la poussière du quotidien » . Et je trouve que c'est la... La première merveille de l'art, c'est effectivement cette déconnexion, cette reconnexion à soi-même que tu pointais dans la retraite spirituelle que je fais chaque année. Et c'est vrai que quand on ouvre un livre, quand on regarde un tableau, on est déjà ailleurs, on est dans un autre monde, le monde de celui qui l'a créé. Et c'est pour ça que j'adore cette phrase.
- Speaker #0
Donc pour toi, l'art, c'est une forme d'évasion, c'est une forme de sécurité aussi ?
- Speaker #1
C'est beaucoup de choses, l'art. C'est effectivement une évasion parce qu'on sort forcément de soi-même. pour rentrer dans le monde, l'univers d'un autre, et puis parfois une époque passée. Mais c'est aussi une cohésion. On a tous en tête des chansons qu'on a chantées tous ensemble en été 98. Quand on pense l'art, c'est aussi toutes les formes d'expression artistique. Et c'est la vertu de l'art, c'est de faire société. Je veux dire, on est français, pas parce qu'on a juste un passeport français ou parce qu'on parle français. On est français parce qu'on a vu la Grande Vadrouille, parce qu'on a été voir la Joconde. Parce qu'on a vu tout ce patrimoine architectural qui fait la France et qui fait notre fierté d'être français. Et c'est le rôle de l'art, c'est d'être cohésion. Donc, c'est à la fois cette évasion et à la fois ce rapprochement qui, je pense, donne ce rôle important à l'art dans notre société.
- Speaker #0
Alors, l'art n'a pas toujours eu cette place, enfin, toujours une part essentielle, et on l'a dit de par ta mère. Mais ce qui est vrai, c'est qu'avant, tu as été entrepreneur. Enfin, tu l'es toujours. Mais aujourd'hui, c'est vrai qu'on sent que c'est une obsession de transmettre la culture à tous. tout le monde. Est-ce que tu peux nous réexpliquer ce revirement que tu as eu en te disant je veux maintenant, notamment avec Art Explora, changer aussi la manière dont les gens perçoivent l'art ?
- Speaker #1
C'était une évolution. Dans mon parcours, classiquement, il y a eu l'enfance et l'étudiant. J'ai essayé d'être bon élève. Et puis après... le monde professionnel, donc j'ai essayé de tracer ma route, créer une société, et dans cette priorité-là, l'art avait peu de place. Et puis, comme tu l'as dit, la société Webel a assez vite bien marché, donc du coup j'ai eu des moyens et j'ai commencé par être mécène pour les autres. Donc je me suis engagé beaucoup au sein du Louvre. Et l'évolution vers le fait de faire ma propre fondation s'est faite petit à petit, quand j'ai vu effectivement à la fois l'autre. côté très utile d'être mécène pour le Louvre, mais les limites aussi. Et c'est vraiment à l'Everest, quand je suis redescendu de l'Everest, ce jour-là, le 23 mai 2019, que j'ai eu cette forme d'appel. Et souvent, on dit d'ailleurs, les marins vivent ça dans les traversées océaniques. Quand on vit des moments d'une telle intensité, on frôle la mort, on connaît des joies inouïes d'atteindre le toit du monde. On a du mal à se reprojeter dans le fait de reprendre son quotidien, là où on l'a laissé, de rallumer son PC, de repartir un lundi matin. Et donc, c'est là où j'ai vraiment ce sentiment de bascule, cette envie d'ailleurs. Et je me suis dit, voilà, j'ai passé 20 ans à essayer de réussir moi-même. Maintenant, je vais essayer de faire réussir les autres et faire réussir les autres. La continuité logique, c'est peut-être créer cette fondation pour partager l'art.
- Speaker #0
Alors, parlons de l'Everest. Effectivement, tu atteins le sommet. Cette nuit, la nuit où tu atteins le sommet, il y a sept alpinistes qui meurent. Et effectivement, tu le racontes dans ton livre. C'est un moment quand même un peu de panique. Tu te dis que tu ne veux pas. que ta fille devienne orpheline. Et en même temps, quand tu es au sommet, tu te sens, et tu l'écris aussi, très proche de Dieu. Donc c'est vrai que c'est des sentiments très puissants.
- Speaker #1
Oui, il y a eu deux phases dans l'ascension. Il y a eu l'ascension de nuit. En fait, on monte, on est complètement happé par le sommet. On s'est préparé pendant des mois, on en a parlé autour de soi, on a dépensé pas mal d'argent pour monter l'expédition. Et donc, personne ne veut faire demi-tour. Et donc, on est vraiment comme une espèce de flot humain qui est happé vers le sommet. dans cette... Ascension voit des cadavres, et donc c'est un choc parce que c'est rare de voir des cadavres, je dirais, en décomposition, en fait que ce ne sont pas vraiment en décomposition parce qu'ils sont gelés. Le sommet, effectivement, il y a ce moment vertigineux où le sommet, c'est à peu près comme cette table qui est entre nous deux, c'est un point sur Terre tel que personne des 7 milliards d'humains n'est plus au niveau, ou personne, effectivement, n'est plus près de Dieu si on y croit. Mais très vite, la joie s'efface parce qu'on sait que 80% des morts... arrive dans la redescente. Parce que les gens ont tout donné pour monter et parce que la descente est deux fois plus longue que la montée puisqu'on part de 7800 pour aller à 8800 mais on redescend de 8800 pour aller à 7000 et que la descente est très escarpée. Et dans la descente, effectivement, dans le camp 4, on avait prévu de s'arrêter pour boire une soupe et se reposer un peu. À ce moment précis, il y a eu une bourrasque considérable, plus de 100 km heure qui a arraché toutes les tentes et donc on a dû descendre, Donc on a marché 22 heures d'affilée. Et 22 heures d'affilée, c'est 5 marathons. C'est évidemment à des altitudes très élevées, avec une bouteille d'oxygène, avec moins 45 degrés. Et donc, il faut aller au-delà d'au bout de soi-même, en fait. Et c'est là où je me suis dit, effectivement, je pense que je n'aurais pas été père. Peut-être que j'aurais été tenté de me laisser reposer et là, de s'endormir. C'est comme ça que les gens meurent, en fait. C'est très peu par accident. C'est parce qu'ils sont épuisés, ils s'assoient et ils s'endorment.
- Speaker #0
Et alors, comment ça se passe ? Comme vous êtes un groupe, vous parlez quand même entre vous ? Vous arrivez à vous soutenir ou en fait, il fait tellement froid et vous êtes tellement fatigué ?
- Speaker #1
Non, chacun avec son Sherpa. Chacun avec son Sherpa, c'est le lien ombilical qui vous relie à la vie. Et chacun dans un mode complètement survie, avec les masques. En plus, même avec les tenues, on ne se voit pas parce qu'en gros, il y a deux fournisseurs de tenues. Tout le monde habille à peu près pareil, donc on ne se reconnaît pas. Et donc, c'est vraiment, on reste collé à son Sherpa.
- Speaker #0
Et qu'est-ce qui t'a poussé de dire j'ai envie de faire ça, puisqu'en fait il y a quand même un énorme danger que tout le monde connaît ?
- Speaker #1
C'est le pouvoir de l'art, donc c'est les lectures de Frison Roche quand j'avais 13 ans, donc c'est vraiment là où ça s'est mis en place, et puis après, voilà, un sommet en appelle un autre, donc j'ai commencé avec le Mont Blanc, puis l'Elbrousse, puis le Kilimanjaro, puis la Concagua, et puis la suite logique. J'avais envie de faire les Seven Summits, qui sont les sept sommets les plus hauts de chaque continent. Et du coup, c'était l'Everest. Et je n'avais pas prévu de le faire. Et puis, j'ai vu un jour, comme par hasard, une nouvelle technologie qui permettait de se préparer chez soi pour réduire le temps de préparation, parce que sinon, il fallait passer dix semaines au camp de base. Et là, avec une tente en hypoxie, oxygène appauvri, en dormant pendant deux mois et demi dedans chez soi, ce qui est très fatigant, on peut arriver préparé et faire l'Everest en six semaines. C'est ça qui a déclenché l'idée de me dire que je peux le faire.
- Speaker #0
Alors, c'est notamment le fait d'être père qui te fait tenir et tu le dis, c'est très joliment raconté. Et c'est drôle parce que ça fait écho à l'ouverture de ton livre. L'ouverture de ton livre, c'est que tu l'ouvres avec Oscar Wilde. Tu dis « Les enfants commencent par aimer leurs parents. Devenus grands, ils les jugent. Quelquefois, ils leur pardonnent. » Et toi, tu rajoutes cette phrase très belle « Moi, je les remercie » . Donc, on voit à quel point, effectivement, la transmission, le lien enfant-parent est très important dans toute ta vie et dans toute ton histoire.
- Speaker #1
Oui, comme tout le monde, j'ai eu deux parents. Et ces deux parents, ce qui est assez intéressant, je trouve, c'est que quand mon père est décédé il y a trois ans, quand je fais le bilan de ma relation avec lui, je me dis qu'il m'a apporté des choses formidables. Et dans les choses que je n'ai pas aimées chez lui, elles ont quand même été utiles dans la construction de mon personnage. Pour un fils, le père est toujours comme une boussole. Il est toujours comme le nord magnétique. C'est-à-dire qu'on s'en rapproche ou qu'on s'en éloigne, c'est toujours la référence. et même dans ses insuffisances, quelque part, il vous aide en comparaison à devenir qui vous êtes. Donc c'est pour ça que j'ai eu cette pulsion de gratitude au moment d'écrire ce livre, qui pour une large part le réduit, parce qu'effectivement, ce virus de l'art, c'est un peu dans le milieu familial que je l'ai hérité, et j'avais envie de commencer par des remerciements.
- Speaker #0
Tu parles notamment d'ailleurs de son départ. On sent effectivement que ces dernières années, tu as beaucoup changé. Donc, on le sent avec cette expérience de l'Everest. Et on le sent aussi avec le départ de ton papa, que ça a vraiment aussi créé quelque chose. Je ne pourrais pas, moi, le décrire peut-être plus humain. Enfin, pas humain, mais ça, quand on lit ton parcours, on se dit un peu, mais comment il fait ? Et en fait, dans ces moments-là, on te sent comme nous, j'ai envie de dire, plus fragile.
- Speaker #1
La perte des parents, du parent. Au-delà de la douleur de la perte, la prise de conscience immédiate, c'est que le prochain, c'est toi. Et donc, perdu les grands-parents, perdu les parents, et après, c'est bon. Et donc, du coup, ça accélère cette idée de legacy, de testament, pour ne pas utiliser d'anglicisme, de dire, ben voilà, comme moi, je ne serai plus là, qu'est-ce qui reste de moi, qu'est-ce que je transmets, qu'est-ce que j'inspire ? Et je dirais, tant qu'on a ses parents, on n'est pas encore dans cette réflexion-là, on est dans la construction de soi, on n'est pas dans l'après-soi. Et c'est ça que peut-être le départ de mon père a précipité.
- Speaker #0
Et aujourd'hui, qu'est-ce que pour toi être un bon père ? Parce que c'est vrai qu'on se questionne beaucoup aujourd'hui dans cette vie qui évolue énormément et cette révolution notamment de l'IA. Et on se demande, mais comment on est un bon parent ? Quel est ton regard, toi, là-dessus ?
- Speaker #1
Je pense que les deux priorités pour un enfant... c'est d'être aimé et d'être en sécurité donc c'est les deux choses qu'on se doit ou qu'on doit leur apporter dans la mesure de ses moyens donc être aimé effectivement je pense qu'on déclare jamais assez son amour à ses enfants je pense qu'il y a c'est pas comme l'alcool, il n'y a pas de risque il n'y a pas de surdosage on peut toujours dire plus je pense que si tous les jours un père dit à sa fille ou un père dit à son fils et sa mère pareil tu es beau, tu es intelligent, tu es la perle de mon cœur. Je pense que sur 20 ans, ça crée quelqu'un qui développe une confiance en lui ou en elle qui est totalement différent. Et puis le deuxième point, c'est la sécurité. Donc la sécurité matérielle, la sécurité affective qui fait qu'on soit encore avec le parent et qu'on l'a conçu ou pas. Il faut qu'il y ait cette bulle qui enveloppe l'enfant pour qu'il puisse se développer et donner son plein point au ciel. Je pense que ça, c'est les deux. Presque obligation morale. Et puis après, si on peut, le plus, le mieux. Après, effectivement, l'art, la culture, la religion, le goût du voyage, le sport, la capacité à créer des réseaux sociaux, enfin, des vrais réseaux sociaux. Tout ça, c'est effectivement à partir des parents qu'on peut l'inspirer et l'impulser. Mais bon, je pense qu'il faut, paradoxalement, être aussi modeste sur son rôle. Je pense que même... les blancs qu'on laisse seront remplis par d'autres. Donc, il ne faut pas vouloir être un parent trop parfait. Il faut s'accepter tel qu'on est. On sera jugé par nos enfants de toutes les manières.
- Speaker #0
Et toi, tu as été cet enfant chéri, parce que c'est vrai qu'on sent que tu as une grande confiance en toi, qui t'a d'ailleurs permis d'avoir ce parcours incroyable. Toi, tu as été un enfant très aimé et tout le temps, et tu as l'impression que c'est ça qui t'a donné la confiance ?
- Speaker #1
Oui, j'ai eu un peu le meilleur des deux mondes, parce que j'ai été enfant unique pendant 12 ans. Donc effectivement, j'ai dîné à table avec mes parents. J'ai eu des conversations d'adultes très tôt. J'ai été vraiment l'objet de toute leur attention. Et franchement, ça a été des parents remarquables. Et puis après, j'ai eu la joie d'avoir une petite sœur qui est maintenant une grande journaliste. C'est toujours ma petite sœur, mais elle a 40 ans. Et donc, j'ai eu la joie d'être d'être deux, parce que c'est vrai que d'être seul, c'est parfois un peu triste. Et donc, c'était intéressant, cette configuration. Et puis, un garçon et une fille. Donc, du coup, il n'y a pas de compétition, pas de rivalité, comme peut y avoir entre deux personnes du même sexe parfois dans les yeux des parents. Donc, situation assez idéale. Effectivement, oui, j'ai été très soutenu dans une grande famille avec un vrai sens de la famille un peu italien. Donc, c'est vrai que c'est un terreau favorable.
- Speaker #0
Est-ce que tu savais, dès le plus jeune âge, que tu allais réussir ? Est-ce que tu avais cette ambition qui était en toi ? On se demande toujours, tu sais, comment les leaders et les dirigeants en sont arrivés là ? Quelles sont les clés du succès ?
- Speaker #1
Non. D'abord, qu'est-ce que ça veut dire réussir ? Il ne faut pas confondre réussir dans la vie, réussir sa vie. J'avais une envie. J'avais une envie d'abord d'être bon en classe, et puis après j'avais envie d'être bon professionnellement quand je suis rentré chez L'Oréal. Puis après j'ai envie de monter une entreprise qui se développe. Donc c'est des paliers successifs que j'ai franchis, mais je n'avais pas la vision de l'état final quand j'ai démarré à 18 ans. Ça aurait été prétentieux, ça aurait été orgueilleux. Je ne peux pas dire que je me voyais indestin du tout. Et donc, ce sont des rencontres successives, des opportunités successives qui m'ont amené à faire le chemin que j'ai fait.
- Speaker #0
Il y a eu l'échec aussi sur ton parcours. Avant Webel, et tu en parles aussi dans ce livre, est-ce qu'on peut parler de tes notions d'échec ? Alors, ce qui est drôle, c'est que, je ne sais pas si c'est un échec, mais il y a une anecdote que je ne connaissais absolument pas, de la prison au Chili, où effectivement, tu t'es quand même retrouvé emprisonné. parce que tu avais emporté avec toi des feux d'artifice ? De la dynamite.
- Speaker #1
20 bâtons de dynamite, les détonateurs et les cordons Bigford. C'est une histoire qui aujourd'hui est drôle à raconter, mais qui a été très traumatisante. Je me suis retrouvé en Bolivie à visiter les mines de cuivre et d'argent de Potosi. La tradition, c'est qu'on offre des bâtons de dynamite aux mineurs. Là-bas, c'est en vente libre. C'est comme le hachiche à Amsterdam. Ça paraît fou ici, mais là-bas, c'est en vente libre. Et ceux qui me connaissent savent que j'oublie beaucoup de choses. Et donc, j'ai acheté tout ça. J'ai mis mon sac à dos et j'ai oublié mon sac à dos à l'hôtel le jour de la visite. Et du coup, après, on a traversé avec ma fiancée le poste frontière à Calama pour aller au Chili. Et là, j'ai été arrêté par les douanes parce qu'ils fouillaient tout le train. Et ils ont trouvé la dynamite. Et du coup, j'en ai suivi un broglio. Ils m'ont arrêté pour attentat à la sûreté de l'État chilien. Le général Pinochet est encore chef des armées. Et j'ai passé huit jours dans un cachot, en fin de condition très difficile. Mais ça, c'est un échec. C'est plus une infortune qu'un échec. Deux échecs, j'en ai connu. J'ai fait faillite avec ma première société, Cliantis. Les sommets, puisqu'on parle des sommets, j'ai échoué au premier 8000 que j'ai tenté le Chichapangma. J'ai échoué au Mont Blanc. J'ai divorcé. Des échecs personnels, professionnels, j'en ai connu mon lot. Et j'ai lu un livre, je crois que tu l'as reçu, de Charles Pépin, qui s'appelle La vertu de l'échec. C'est très intéressant. Effectivement, il y a une vertu dans l'échec quand il ne vous écrase pas, mais quand il est assumé, analysé, digéré et surmonté. Et effectivement, ça peut être un mot tremplin.
- Speaker #0
Quel conseil tu pourrais donner aujourd'hui aux jeunes entrepreneurs, enfin peut-être pas forcément aux jeunes, mais à un entrepreneur en France, toi qui es quand même un grand entrepreneur dans ce contexte ?
- Speaker #1
Je pense que les règles du jeu sont toujours un peu les mêmes, quelle que soit la génération, quel que soit le secteur. La première, c'est de savoir bien s'entourer, que ce soit des cofondateurs ou que ce soit l'équipe initiale. C'est très souvent la valeur de l'équipe qui fait l'attrait du projet, aux yeux des investisseurs, aux yeux des clients futurs, aux yeux des fournisseurs, etc. Donc, créer une équipe. avec des talents complémentaires qui s'entendent bien, ça c'est pour moi primordial. La deuxième chose c'est s'attaquer à un vrai problème un vrai problème c'est un problème où il y a une vraie profondeur de marché donc trop souvent on joue à des business models ou des business plans sur des sujets qui sont trop petits donc même si on fait 10% de ce marché là ça fera quelques millions, quelques dizaines de millions d'euros maximum, donc il faut quand même un grand projet et puis après il faut des gros moyens. Plus on lève d'argent statistiquement, plus on a de chances de réussir. Donc, on regarde l'élevé de fonds des startups américaines, pourquoi elles se développent si vite ? Parce que quand on lève un milliard de dollars sur le premier tour, c'est plus facile que quand on lève un million. Et donc, c'est la conséquence de ces trois choses. Une grande équipe, une grande vision et un gros financement qui maximise, si je peux dire, les chances de succès.
- Speaker #0
Quel est ton regard sur la France aujourd'hui ? Alors, je sais, on va y revenir, que sur la culture, tu es plutôt très positif et tu vas nous l'expliquer. Parlons d'abord peut-être des choses qui sont en train de créer ce ralentissement, cette Europe vieillissante. Est-ce que tu peux nous donner ton regard là-dessus ?
- Speaker #1
Alors le caveat c'est que moi je ne fais pas de politique parce que je préside une fondation qui est totalement neutre dans laquelle il y a des gens de toutes les sensibilités donc c'est pas vrai que je m'exprime pardon jamais dans le débat public sur des notions de politique. Après je suis citoyen, j'ai des convictions et j'observe malheureusement la dérive des finances publiques et la dérive des finances publiques elle a notamment comme conséquence d'impacter les agents économiques parce qu'ils voient l'État s'endetter, s'endetter, s'endetter et du coup... En réaction, ils épargnent, ils épargnent, ils épargnent, ils n'investissent pas, ils consomment moins. Et puis, beaucoup s'en vont en se disant que cette dette, il va falloir rembourser, que les impôts vont continuer d'augmenter. Et donc, tout ça est très anxiogène. Et cette dette, elle augmente parce qu'on a un manque de courage de nos élites politiques, qui est de porter ce message sur ce système social qui est à la fois une fierté, mais en même temps... qui est insoutenable, qui a été créé dans un temps où il y avait 4 actifs pour un retraité. Maintenant, on est 1,7 actifs pour un retraité. Et quand on tient une projection, ce n'est pas possible. On vit aujourd'hui beaucoup plus longtemps. Heureusement, c'est la bonne nouvelle. Mais donc, il faut travailler plus longtemps. Et c'est une réalité. C'est un exercice de mathématiques pour enfants de sixièmes. Et on a du mal à chaque fois qu'on veut, on bute. Et donc, c'est un peu le trou noir de la politique française. Et tant qu'on n'a pas réglé ce problème, On pourra faire tous les discours que l'on veut. C'est le sujet numéro un. Et c'est inquiétant de voir. On va voir. Là, on est né chez ensemble en 2027, mais on voit qu'on a des gens qui ont des positions très différentes sur ce sujet. On va voir qu'est-ce qui l'emporte et qu'est-ce qu'on arrive à faire derrière.
- Speaker #0
Est-ce que toi, tu as des rôles modèles, soit avant, soit maintenant, qui t'inspirent et qui justement ont des manières de gouverner que tu trouves pertinentes ?
- Speaker #1
Alors, je me suis aussi autant construit avec des anti-modèles qu'avec des modèles. Parce qu'on parle toujours de rôle modèle, mais il y a aussi des gens qui vous inspirent négativement. Et dans mon cas, j'ai vu des exemples de gens où je me suis dit, je ne vais surtout pas suivre cette voie-là. Et surtout pas suivre cette voie, je ne vais évidemment pas donner le nom d'une personne en particulier, mais c'est... Allez-y, je vais en donner un. Dans mon métier, il y avait une société qui s'appelait Téléperformance, qui était le leader du secteur quand on est arrivé. Et son fondateur est resté aux commandes jusqu'à 70 ans. Et je me suis dit, voilà, je n'ai pas envie, en me retournant à 75 ans sur ma vie, de me dire que j'ai passé 40 ans dans les centres d'appel à faire le même métier, certes à une taille différente, tous les jours. Donc voilà, l'idée de dire que j'aurais peut-être deux parties de vie, une partie de vie professionnelle, pleinement émergée dans le... dans la concurrence, dans la création de valeur, et puis une autre partie, plus philanthropique, plus désintéressée, je l'ai héritée beaucoup en regardant ce que faisaient les grands entrepreneurs dans mon secteur. Et puis après, dans les styles, dans les manières de diriger, de faire des discours, je vais dire une chose, une bannette effrayante, mais je suis un certain nombre de sites sur le gaullisme. Maintenant, le gaullisme est très populaire avec le film de Gaulle. Heureusement qu'il y a... Remet la figure du général un peu au centre du débat public, mais sa technique oratoire, sa mémoire fabuleuse, son regard sur la France, son éthique personnelle, ça fait partie des genres qui m'inspirent. Dans les grands entrepreneurs, je dirais, malheureusement aujourd'hui, il est un peu démonétisé d'avoir été au bord du Lolita Express, mais c'est vrai que la charité de Bill Gates et ce que Bill Gates a fait, l'échelle où il l'a fait, ça fait partie des choses. Je me suis dit, voilà un parcours inspirant. Et donc, dans les grands mécènes américains, parce que c'est vraiment là où sont les grandes figures du mécénat, j'ai trouvé pas mal d'inspiration, notamment les grands mécènes du début du siècle. Jean-Pierre Pont-Morgan, Rockefeller, etc., Gitti. Donc c'est des personnages différents. Et puis après, je suis aussi inspiré par le curé de Joaïmon Daïou, je vais chaque année, qui consacre une vie aux autres, dans le dénuement, avec une foi qui est magnifique. Ou quelqu'un que j'ai connu, jeune colonel, et qui est maintenant le grand chancelier des Légions d'honneur, qui est Général Lecointre. qui s'est mariée il y a 18 ans avec sa femme, qui a fêté les 40 ans de son mariage cet été, qui a eu 4 filles et qui a une carrière au service d'une institution, l'armée, puis maintenant, à l'heure où tout le monde s'interroge, se cherche, se demande s'il serait pas mieux de quelqu'un d'autre, à faire quelque chose d'autre, etc. Cette espèce de continuité dans l'engagement m'inspire beaucoup.
- Speaker #0
Écoute, en tout cas, merci, parce que ce qui reste, c'est qu'on voit cette forme de curiosité constante que tu as. C'est très intéressant ce que tu as dit sur la concurrence, le rôle modèle, de dire en fait, on n'est pas obligé d'admirer. On peut aussi, on a reçu Xavier Fontanet aussi, ancien PDG de 440, qui a dit, « C'est exactement plus que toi » , et qui a dit, « Intéressez-vous à vos concurrents, que vous les aimez ou que vous ne les aimez pas, parce que c'est aussi comme ça qu'on apprend beaucoup. » Et dans la critique, il y a quelque chose d'extrêmement constructif. Donc, merci de nous le rappeler. Donc là, tu viens d'évoquer... Le sujet de la foi, on sent aussi que toi, tu as besoin, et on le voit aussi même avec l'Everest, de te challenger d'un côté, mais aussi de te remettre au centre de toi-même. Comme si tu allais te régénérer, comme beaucoup d'ailleurs de grands penseurs, qu'à un moment, tu as besoin de t'arrêter, tu as besoin d'être moins visible, moins social, moins engagé. C'est quelque chose que tu as depuis toujours ?
- Speaker #1
Oui, depuis toujours. Comme tout croyant, on a des phases de doute, on a des phases d'intensité plus grandes. Mais oui, ça a toujours été un fil rouge. J'ai toujours fait cette retraite, ça fait presque 25 ans maintenant que je vais passer trois jours dans ce monastère. Et maintenant, les moines sont devenus des amis, donc j'ai l'impression d'aller voir des amis. Et c'est dans le bocage d'Ormans, c'est un endroit absolument merveilleux. La nourriture est bonne d'ailleurs, parce qu'en fait, ils ont fait vœu. de pauvreté et de chasteté, mais pas de mal manger. Donc, il y a une très bonne tarte aux pommes. Et puis, le chant grégorien cinq fois par jour, c'est le silence absolu qui est un luxe ultime dans la société où on vit. Je lis beaucoup. Parfois, je travaille. J'ai écrit notamment une partie du livre dans le monastère. Et puis, j'ai eu des connexions totales. Et c'est vrai que j'attends ce moment, en fait. C'est un moment précieux dans l'année. Et la foi oui c'est un... on peut en parler des heures mais je... j'admire les gens qui ne croient pas en fait. Parce que je me dis trouver un sens à son action, trouver un réconfort dans les moments difficiles, trouver une espérance après la mort quand on est poussière, quand on retourne en poussière, ça ne va pas être facile tous les jours. La foi peut paraître une réponse facile, c'est une réponse exigeante, mais en tout cas, moi, c'est effectivement une béquille et une muse importante dans ma vie.
- Speaker #0
On le sent d'ailleurs dans ce livre qu'il y a quelque chose d'apaisé chez toi, et c'est très sincère et très touchant. Et effectivement, on parlait de la France, toi, ce que tu dis dans ce livre, c'est quand même que la France a évidemment des points très positifs, notamment son engagement pour la culture, et ça, tu le rappelles. La France est probablement le pays le plus engagé. Est-ce que, pareil, tu peux nous expliquer pourquoi on devrait savoir reconnaître aussi, faire rendre à César ce qu'est César, notamment à ce sujet-là ?
- Speaker #1
La France a été totalement pionnière dans la politique culturelle. C'était le premier pays à se doter d'un ministère de la Culture, sous Malraux, en 1959. Ça a été le premier pays à se battre. pour l'exception culturelle en 1993 à faire reconnaître qu'un bien culturel n'est pas une marchandise comme une autre. Donc elle peut sortir des notions de soutien d'aide publique, elle peut sortir des notions de droit de douane, etc. La France a porté des politiques totalement pionnières, la fête de la musique, les journées européennes du patrimoine. Moi, j'ai eu la chance de m'occuper pour le gouvernement du passe-culture. Donc on a, dans ce domaine-là, vraiment toujours eu une forme de leadership et de créativité très importante. Il y a l'aspect patrimonial, on a le plus beau et le plus grand château du monde, le plus beau et le plus grand musée du monde. C'est pas moi qui le dis, c'est les 78 millions de touristes qui viennent chaque année en France. Ils ne viennent pas pour voir la France construite après 1970, ils viennent pour voir celle historique, immortelle et qui est un pays absolument magnifique. Donc cette culture française, je crois que c'est vraiment un atout. compétitif très important parce que
- Speaker #0
quand Notre-Dame a brûlé, les premières marques qui ont réagi, c'est les marques de luxe, parce qu'elles ont compris que dans le made in France, la culture joue un rôle totalement essentiel dans l'attractivité de leurs produits. Et donc c'est pour ça que François Pinault et Bernard Arnault, je pense, se sont aussi engagés, aussi par conviction personnelle, mais c'est assez intéressant que ça a été les premiers à s'engager. Et aujourd'hui, quand on voit l'intelligence artificielle, par exemple, c'est assez intéressant. Qu'est-ce que c'est que l'intelligence artificielle, finalement ? C'est un prompt, c'est une génération et c'est une curation. La génération, on a un peu perdu la bataille. Évidemment, les outils américains, les modèles frontières sont clairement plus performants que les nôtres. Mais la curation, qu'est-ce que c'est la curation ? C'est le goût et le goût, c'est la culture. Et donc, sur la capacité, puisque l'IA va générer des milliers d'images, des milliers de scénarios, des milliers de musiques, le tri là-dedans et l'itération, c'est une affaire de goût et c'est une affaire de culture. donc je pense que dans la création artistique, on va garder longtemps une forme de prééminence. Donc c'est pour nous quelque chose qui est totalement souverain, en fait, la culture.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui te fait peur sur les dix prochaines années ?
- Speaker #0
Ce qui me fait peur, c'est qu'on sent qu'on a eu une alerte avec les Gilets jaunes, on sent que le modèle social craquelle, et on sent que l'IA va accélérer les transformations. Les études, on en parlait avec Olivier Babaud et Laurent Alexandre, le modèle scolaire risque pas de s'effriter mais de s'effondrer au fait d'être totalement revisité. Beaucoup, beaucoup d'emplois vont... On va vivre en l'espace de 10 ou 15 ans ce qu'on a vécu sur 100 ans de révolution agricole et sur 50 ans de révolution industrielle. Je veux dire, quand on voit la vitesse, la société que j'ai créée, à laquelle faisait référence Wabelp, Quand je l'ai vendue, elle valait 5 milliards. Aujourd'hui, elle vaut moins de 1 milliard. Et le cours de bourse s'est effondré parce que les marchés anticipent que ces métiers vont disparaître et vont être remplacés par des chatbots. Et c'est vrai. La question c'est à quelle vitesse, mais c'est vrai. Un jour, il n'y aura plus de taxi dans Paris avec un... Aujourd'hui, tu vas à Los Angeles, à San Francisco, tu peux prendre un robot taxi, ça va arriver. Et donc, il y a je ne sais pas combien de dizaines de milliers de chauffeurs de taxi. Il en restera pour des personnes âgées, pour des personnes en situation de handicap, mais pour le tout venant, si je peux dire, ça sera remplacé par des robots-taxis. Et c'est vrai aujourd'hui pour beaucoup, beaucoup de métiers. Donc, qu'est-ce qu'on va faire de ces personnes ? Comment est-ce qu'on va les réemployer ? Je veux dire, la soudaineté va poser des questions très importantes socialement. Donc, c'est à mon avis une période qui va être compliquée.
- Speaker #1
Alors, tu as passé une partie de ta vie à accumuler des expériences extraordinaires. Qu'est-ce qu'il te reste à accomplir ? J'aurais envie de dire, est-ce que tu accepterais d'être ministre de la Culture ?
- Speaker #0
Pas du tout. J'en aurais envie potentiellement un jour. Mais le problème de prendre une fonction de ministre, c'est le problème des conflits d'intérêts. Ça veut dire passer devant la HATVP. Et ça veut dire que je devrais mettre en sommeil les activités, toutes les activités que j'ai dans la Culture, sur les activités commerciales comme... le hangar aigrec ou comme Beaux-Arts Magazine ou le quotidien de l'art, ou bien les activités philanthropiques qui reçoivent des subventions publiques comme Art Explorer. Et là, c'est vraiment, en ce moment, on est en plein développement, on est en pleine expansion. Ce ne serait pas du tout un service à rendre à ces causes qui sont les causes essentielles pour moi. Donc, autant ça m'amuserait peut-être à 75 ans comme Roselyne Bachelot.
- Speaker #1
À tout de suite.
- Speaker #0
Mais là, non, là, je suis vraiment dans le match. Tu parles de défis à relever. Pour moi, la priorité, c'est avant de développer Art Explora, d'en faire une fondation vraiment encore plus européenne, encore plus référente, avec encore plus de moyens. Et donc, ça demande une énergie totale.
- Speaker #1
Alors, Art Explora, c'est mobile, en fait. Est-ce que tu peux nous expliquer ? Parce que c'est aussi encore un projet, enfin, c'est totalement novateur.
- Speaker #0
Art Explora, c'est un nouveau type d'action culturelle. C'est de partir du constat que 60 ans après la création du ministère de la Culture, Il y a encore des angles morts dans les politiques publiques, il y a des angles morts dans les charités privées, et que pour les gens qui sont dans les territoires, dans les campagnes, dans les banlieues, ou dans des milieux sociaux où la culture ne fait pas partie de l'équation familiale, il ne se passe pas grand-chose. Et quand on regarde les statistiques de fréquentation, on a en gros un tiers des Français qui vont régulièrement dans les musées, les centres d'art ou les monuments, un tiers sporadiquement et un tiers jamais. Et qu'il y a toujours un plafond de verre que Bourdieu avait diagnostiqué il y a 50 ans. et qui fait qu'en fonction de qui vous êtes né et de là où vous êtes né, c'est ça qui détermine la propension à profiter de la richesse culturelle que l'on a en France, mais c'est vrai aussi dans tous les pays de l'Union Européenne. Et donc un explorant, c'est une volonté à partir de ce constat d'aller chercher ses publics et de lever tous les freins, toutes les barrières qu'il y a. Il y en a trois. Le premier, c'est loin. Le deuxième, c'est cher. Et le troisième, c'est chiant. Et le troisième étant probablement le plus important. Donc, du coup, c'est loin. On vient là où ils habitent, avec notre bateau musée. On va dans les ports où ils habitent, avec nos camions musées. On va dans le village où ils sont. C'est cher, c'est gratuit. Tout ce qu'on fait est gratuit. Et c'est chiant, c'est fun. Parce que monter dans un camion et regarder 15 tableaux, ce n'est pas pareil que d'être dans un musée énorme, tentaculaire. Tout ce qu'on fait, il y a un médiateur qui vous prend par la main. Et puis le bateau, il est somptueux.
- Speaker #1
C'est important de le rappeler pour ceux qui nous écoutent. Le bateau est absolument magnifique. Il suffit de taper Art Explorer. Et c'est vrai que c'est splendide.
- Speaker #0
C'est le plus grand catamaran wall du monde. Le plus beau aussi. Il a reçu pas mal de prix de design. Depuis deux ans et demi qu'on a démarré cette aventure, on a eu plus de 500 000 personnes qui sont venues dans une quinzaine d'étapes autour de la Méditerranée. Là, on est parti au 1er octobre jusqu'au 10. On sera à Ouar et puis après à Saint-Malo pour la route du Rhum. Donc on attaque la mer du Nord et partout c'est la même émotion. Parce que le mât fait 62 mètres de haut et qu'on le voit de haut, parce que plus de 3000 personnes par jour peuvent monter à bord et voir une exposition artistique magnifique qui s'appelle le Champ de l'eau avec des œuvres qui font partie du monde de la mer et des océans. Et puis tout autour il y a un festival. Donc je dirais que c'est un mélange d'une fête de la musique, d'une journée de patrimoine, d'une exposition d'art. et c'est vrai que ça crée un événement et ça crée un énorme appel d'air dans la ville où on est on est entre 30 et 40 000 personnes dans chaque ville qui viennent la dizaine de jours où on reste
- Speaker #1
Moi je me pose cette question quand je travaillais sur ce livre à quoi carbure-tu ? parce qu'on se dit comment tu arrives à tout concilier quelle est ta source d'énergie ?
- Speaker #0
C'est la passion Voilà. passion pour ce que je fais, j'ai la chance de faire des choses que j'aime avec des gens que j'aime et donc c'est vrai que j'ai jamais l'impression de travailler parce que quand je rejoins les équipes d'Arrêxplora, j'ai l'impression d'être utile, j'ai l'impression d'être à ma place, j'ai l'impression de faire la différence et du coup effectivement cette énergie je la renouvelle au contact des gens avec qui je travaille. Bon après j'ai une hygiène de vie. Je fais attention, je tiens ma ligne, je ne bois pas beaucoup, j'essaie de bien dormir, de faire du sport, etc. Parce qu'effectivement, c'est assez épuisant. Mais la source de l'énergie, effectivement, c'est la passion de faire ce que je fais.
- Speaker #1
La passion, le rêve. En tout cas, merci de nous faire rêver. Ce livre, évidemment, je le recommande. On apprend plein de choses sur toi. Et ça donne envie, en tout cas, pour le coup, d'aller voir Artesplora, d'aller voir Angare Y, d'aller voir tous tes projets et de continuer à suivre. Parce qu'on sent que tu vas continuer à nous faire rêver. Et donc merci Frédéric de faire tout ça pour la France et pour nous tous.
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #1
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