- Speaker #0
Cet épisode de Servo-Puissant est réalisé en partenariat avec Gilly by Como, à l'occasion de l'arrivée de la marque automobile Gilly en France. Aujourd'hui, nous prenons place à bord de la Gilly E2, une citadine 100% électrique, compacte, spacieuse et pensée pour le quotidien. Pour Octobre Rose, elle s'est habillée de rose afin d'accueillir une conversation qui compte. C'est le plaisir de recevoir Laurie Choléois, journaliste, animatrice et marraine de l'association Ruborance. Ensemble, nous allons parler de la maladie, de l'amour, de la féminité. mais aussi de la force que l'on découvre en soi face aux épreuves. Merci à Gilly Baïkomo de nous accompagner pour donner de la voix à ces sujets essentiels. Laurie, depuis plus de 20 ans, tu poses des questions à celles et à ceux qui nous font rêver au cinéma. On connaît ton visage sur Canal+, ta voix sur Europe 1, ton sourire sur les tapis rouges. Et aujourd'hui, j'ai vraiment envie de découvrir celles qui posent toutes ces questions. Après tes études de droit, tu as choisi la télévision, puis la production, avec une volonté que je trouve très forte. Construire tes propres projets, gagner en indépendance, ne plus attendre que tout dépend du choix d'une chaîne. Tu as aussi su réunir les autres autour de causes qui te touchent profondément. Après avoir perdu ton père d'un cancer du pancréas, tu as créé leur voix pour l'espoir, pour soutenir la recherche. Dans ton livre « Pépé Jack » , tu as remonté l'histoire de ton grand-père, rescapé de la Shoah. Tu as cherché dans les archives ce qu'il n'avait pas pu raconter à sa famille. Tu as pris la parole sur ton identité juive, sur ta fierté, mais aussi sur tes inquiétudes pour tes enfants. Cette année, tu as révélé avoir traversé un cancer du sein et une double mastectomie. À l'occasion d'Octobre Rose, et c'est la raison aussi pour laquelle on a cette jolie voiture rose. Si, pour la tenue. Et je suis en rose. Tu partages cette expérience comme ma reine de ruban rose. Ce qui m'intéresse chez toi, c'est cette volonté de prendre la parole, de créer, de comprendre. ton histoire et de décider ce que tu veux en faire. J'ai envie qu'on parle de liberté, de transmission, du couple, de l'intimité et de ce qui nourrit aujourd'hui tes envies et tes passions. Laurie Choléois, je suis ravie de te recevoir chez Sao Puissant.
- Speaker #1
Merci beaucoup, je suis ravie d'être là. Merci pour cette introduction.
- Speaker #0
Écoute, j'ai adoré regarder ton parcours, hyper inspirant pour les femmes, mais pas que, parce que c'est vrai qu'on sent que tu es tout le temps en mouvement et on va en parler.
- Speaker #1
Mais ça, c'est parce que je suis scorpion. Ah, tu vas nous écouter.
- Speaker #0
Alors nos invités, on commence toujours de la même manière par un mantra, une citation que tu as envie de nous partager aujourd'hui.
- Speaker #1
Ce n'est pas la citation la plus gaie, mais je me souviens que quand mon père est décédé, donc à 54 ans en trois mois d'un cancer du pancréas, j'ai une phrase qui a vraiment résonné fortement en moi, c'est « j'ai reconnu le bonheur au bruit qu'il a fait en partant » . Et j'essaye depuis de me raccrocher à cette phrase parce qu'après un deuil, la vie reprend souvent le dessus et on va recommencer à se plaindre pour des petites choses. Et en fait, à chaque fois, j'essaye de me rappeler qu'il faut arriver à profiter et à être heureux tant que tout va bien.
- Speaker #0
Alors, trois mois, c'est extrêmement rapide.
- Speaker #1
Bien sûr, très violent.
- Speaker #0
Est-ce qu'on peut revenir là-dessus sur qu'est-ce que ça crée d'avoir une annonce comme ça ? Et voilà, est-ce que tu peux revenir sur cet événement terrible ?
- Speaker #1
Oui, c'est vraiment le moment où ma vie bascule, où j'ai perdu toute mon insouciance. On se rend compte que ça n'arrive pas qu'aux autres. C'est ce genre de matin où on se réveille comme n'importe quel jour et la vie bascule. Je me souviens, je suis rentrée dans la cuisine et ma mère était au téléphone avec mon oncle qui était médecin. Elle m'a dit qu'on a trouvé des métastases au foie à ton père. Je me suis écroulée par terre. Et puis de là, ça a été mauvaise nouvelle sur mauvaise nouvelle sur mauvaise nouvelle. Toujours le pire scénario. Et bon, jusqu'au départ de mon père, qui finalement était plutôt même un soulagement parce qu'en fait, il a tellement souffert et c'était tellement pris tard que quoi qu'il arrive, il n'y avait rien à faire. Mais c'est vrai qu'il y a un avant-après, en fait. Et c'est vrai que très vite, j'ai voulu transformer cette douleur en un combat. sans doute pour se prouver du sens aussi à ce qu'avait vécu mon père qui était, alors c'est toujours un peu ce qu'on dit dans ces cas-là, mais c'est vrai que mon père était un homme extrêmement gentil, très aimé, très apprécié je me disais, il ne mérite tellement pas et donc je me dis, il faut que ça ait un sens, et c'est pour ça que j'ai monté mon événement que je fais chaque année à l'Olympia pour essayer de récolter des fonds pour la recherche contre le cancer du pancréas c'est surprenant parce que c'est vrai que Merci.
- Speaker #0
On interview beaucoup de personnes et de parcours et on se rend compte qu'en fait, dès qu'on... On en parlait tout à l'heure, toutes les deux. En fait, quand on traverse les plus grosses ténèbres, après, il y a toujours une lumière très puissante qui jaillit. Et toi, dans ton parcours, c'est vrai qu'il y a ton père, le cancer du pancréas. Et puis ensuite, là, récemment, toi aussi, tu as été traversée par un cancer.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et c'est ce qui fait qu'aujourd'hui,
- Speaker #1
tu es la marraine de ruban rose et de ce mois, évidemment, de sensibilisation octobre rose. C'est vrai que bon, déjà de par ma nature, je pense que je suis quelqu'un de très sensible, très empathique. Donc j'ai toujours répondu présente pour des causes. J'ai toujours été très sensible justement à des causes liées aux enfants, évidemment, à la maladie. Ma mère a eu un cancer du sein, une ablation des seins à 38 ans. Donc j'ai de toute façon un petit peu baigné dans ça malgré moi depuis toujours. Et c'est vrai que quand on fait un métier public, on est souvent sollicité pour ce genre de cause. Et c'est toujours de bon cœur qu'on prête main forte. Maintenant, c'est vrai que l'année dernière, on m'a trouvé cette tumeur au sein, ce cancer du sein. Donc, effectivement, j'ai été approchée par l'association Ruban Rose. Et j'ai quand même hésité avant d'accepter d'être marraine. Je me suis dit, est-ce que je suis légitime ? J'ai eu de la chance, ça a été pris à temps. Je n'ai pas eu de chimiothérapie, je n'ai pas non plus un parcours aussi douloureux que pourraient l'être certains parcours. Mais c'est vrai que j'ai une voix, j'ai des messages à faire passer, notamment sur la sensibilisation, sur la détection précoce du cancer, sur le fait de se faire suivre, de s'informer. C'est vrai que pour toutes ces raisons, et puis peut-être que justement le fait d'avoir eu de la chance fait que moi j'ai la force de parler pour celles qui n'ont pas cette force et qui n'ont pas l'envie. Donc, j'ai décidé effectivement de m'engager avec eux pour pouvoir... porter cette voie et faire avancer les choses.
- Speaker #0
En tout cas, ce qui est vrai, ce qui est très surprenant chez toi,
- Speaker #1
c'est que tu as toujours le sourire.
- Speaker #0
Non, mais depuis... Bravo Marie ! Alors justement, qu'est-ce qui ne te fait pas sourire ? Qu'est-ce qui te tétanise ? Qu'est-ce qui te fait peur ?
- Speaker #1
Non, mais je suis une grande angoissée. Je suis juve à Shkenaz. Je suis vraiment née dans une famille d'angoissées. Ma mère, je pense que c'est la définition même de l'angoisse. Donc déjà, je lutte pour essayer de... pas être totalement comme elle, mais je suis quand même très angoissée. Après, j'essaye toujours de... Je suis quelqu'un qui va de l'avant. En fait, je suis quelqu'un qui rebondit toujours. Alors, parfois, j'ai besoin de toucher un petit peu le fond pour remonter à la surface. Mais c'est vrai que j'ai un caractère où je vais de l'avant. J'ai aussi un caractère où je ne suis jamais assez contente de moi. Donc, en fait, c'est aussi ce qui me porte au quotidien parce que dès que j'accomplis quelque chose, immédiatement, je me remets à un autre...
- Speaker #0
Un autre défi.
- Speaker #1
Je ne me rends plus... Oui, encore. plus dur à atteindre. Et donc, c'est mon moteur, en fait, dans la vie. Si je vais déménager dans l'appartement de mes rêves, six mois plus tard, je vais me dire, non, mais en fait, je veux plus, je veux plus, je veux toujours plus. Donc, moi, je m'épuise dans ma tête. Je me réveille le matin, je me fais des nœuds au cerveau, mais d'un autre côté, c'est vrai que ça me permet d'accomplir des choses. Pour moi, rien n'est impossible, en fait. Donc, à chaque fois que je me mets une idée en tête, je ne vais pas lâcher jusqu'à ce que j'arrive à atteindre mon but.
- Speaker #0
On a l'impression que, cette fois, Le mouvement crée le mouvement. Parce que c'est vrai que quand on regarde, tu es tout le temps en train de faire quelque chose. Ne serait-ce qu'aujourd'hui, je pense que tu as quatre tournages pour des causes diverses et variées. Donc, on sent cet engagement assez incroyable. Et donc, félicitations.
- Speaker #1
Peut-être que je suis un peu hyperactive.
- Speaker #0
On a l'impression. Mais écoute, c'est bien en tout cas. C'est vrai qu'on sent que tu cours après cette soif de vivre. Et c'était ce que je voulais te demander. Est-ce que cette soif de vivre, c'est lié au départ de ton papa et à cette maladie où tu as toujours été comme ça ?
- Speaker #1
Je pense que j'ai toujours été, en tout cas, j'ai toujours été une battante. Mes parents avaient une brasserie et moi, très jeune, je les aidais à la brasserie. Je faisais la serveuse pour gagner de l'argent de poche. Après, je faisais des petits boulots pour gagner de l'argent de poche. J'ai toujours eu ce truc en moi de vouloir me débrouiller toute seule, de vouloir accomplir des choses, de vouloir gagner ma vie, de vouloir avancer. J'ai fait mes études de droit. En parallèle, j'ai toujours travaillé. Oui, je pense que j'avais ça en moi. Après, le combat pour faire bouger les lignes, c'est vraiment venu avec le décès de mon père. Déjà parce que le cancer du pancréas, à l'époque, vraiment, on n'en parlait pas. Déjà aujourd'hui, on n'en parle pas assez. Mais à l'époque, vraiment, c'était méga tabou parce que très anxiogène, parce que le cancer est considéré comme incurable. Donc, j'avais envie de faire bouger les choses. Et puis de là, voilà. Et puis le fait de faire un métier public. Je me dis, c'est chouette, on a beaucoup de chance, mais il faut aussi que ça serve à faire passer les bons messages.
- Speaker #0
Comment on détecte un cancer du pancréas ?
- Speaker #1
En fait, souvent trop tard. C'est un cancer silencieux. C'est un cancer qui fait pas mal. Et généralement, quand on l'apprend, il a déjà métastasé ailleurs et c'est déjà trop tard. C'est pour ça que ce cancer est terrible. Et c'est vrai qu'avec le cancer du pancréas, ce qui est très inquiétant, c'est qu'il a plus que doublé ces dernières années. Il y a vraiment multitude de cas de cancer du pancréas. Au tout démarrage, on disait que c'était plutôt les hommes après 50 ans, un peu bedonnant. Aujourd'hui, tu as des femmes de 30 ans qui ont des cancers du pancréas qui partent en un an. Donc, en fait, on se dit que c'est quelque chose qui est sans doute dans l'air du temps ou lié à notre alimentation. En fait, on ne sait pas. Il y a beaucoup d'inconnus autour du cancer du pancréas. C'est pour ça aussi que ce cancer-là fait autant de dégâts.
- Speaker #0
Tu as dit que tu étais juive à Skénaz. C'était un sujet dont je voulais qu'on parle. Déjà, tu as écrit un livre qui s'appelle « Pépé Jacques » en l'honneur de ton grand-père dont tu étais très proche. Tu as enquêté sur son histoire. Il a été rescapé de la Shoah. Est-ce que tu peux nous expliquer pourquoi c'était important de le raconter ?
- Speaker #1
Parce que j'ai grandi avec l'histoire de mes grands-parents en toile de fond. c'est à dire que moi je suis la génération des des petits-enfants de déportés. Donc, ça veut dire qu'on grandit, on n'est pas directement confrontés, comme ma mère a pu l'être, vraiment aux séquelles de la déportation. Mais c'est quelque chose qui fait partie de la famille. Et donc, moi, j'ai toujours entendu les histoires de mes grands-parents. Je me suis toujours intéressée. J'étais très proche de mon grand-père. Alors, nous, il ne nous parlait pas du tout de la déportation. Mais voilà, il y a des choses qui marquent quand on est enfant. Le numéro sur le bras, les chansons qu'il pouvait me chanter en yiddish. quand il faisait ses réunions avec les anciens déportés, qu'on fermait la porte, qu'on n'avait pas le droit d'écouter. Donc, c'est des choses qui marquent.
- Speaker #0
J'ai lu aussi que tu disais qu'il a dormi en revenant des camps.
- Speaker #1
Il dormait par terre. Il avait perdu l'habitude de dormir sur un matelas. Comme s'il était aussi toujours un peu sur le qui-vive. Donc, il dormait par terre. Oui, bien sûr, il y a énormément de séquelles quand on revient des camps de la mort. Donc, moi, en fait... Je me rappelle très jeune, j'ai demandé une machine à écrire, j'écrivais des nouvelles sur l'histoire de mon grand-père et de ma grand-mère, comment ils s'étaient rencontrés en Pologne, j'essayais de fantasmer un peu des choses de leur vie. En fait, ça a toujours été en moi, sans que je me rende vraiment compte que j'avais envie et besoin d'écrire sur l'histoire de mon grand-père. Mais j'ai quand même toujours fait cette promesse à ma mère, je lui ai toujours dit un jour je sortirais un livre sur l'histoire de Pépé.
- Speaker #0
Et aujourd'hui, quel est ton regard justement sur Lentismise ? Alors on est au mois d'octobre, qui est un mois évidemment... avec une grande résonance.
- Speaker #1
Le 7 octobre, bien sûr.
- Speaker #0
Exactement, qui était il y a trois ans. On voit aussi aujourd'hui que la révolte un peu monte en France. Quel est ton point sur l'antisémitisme et ce qui se passe ? Parce que c'est vrai que toi, on sent qu'il y a beaucoup ce besoin de pacification et de paix.
- Speaker #1
Oui, moi, ça me chagrine parce que j'aime profondément la France, que je me sens française et que je ne me vois pas vivre ailleurs. et je me dis quand on... On en est réduit à se demander, lors de nos repas de famille, où est-ce qu'on peut aller vivre si ça dégénère trop. C'est terrible pour moi, parce qu'en fait, petite, quand on me parlait de la guerre et que j'angoissais, la première chose qu'on me disait, c'est « mais ça ne pourra plus jamais recommencer » . Je ne dis pas que la Shoah pourrait recommencer, mais peut-être sous une autre forme, j'en sais rien. Ce qui m'a fait peur, moi, après le 7 octobre, c'est de voir, évidemment, un antisémitisme complètement décomplexé arriver en France. qui étaient donc sans doute déjà présents, mais seulement tues, alors que nous, on pensait que ça n'existait pas. Et ça, c'est très angoissant. C'est très angoissant de se dire que le conflit qui se passe en Israël, il peut être ramené à la moindre occasion en France. Comment est-ce qu'on va élever nos enfants ? Dans quel climat ? Quelles seront les discussions ? Moi, mes enfants, ils ont 6 et 8 ans, ils sont encore petits. On arrive à les préserver, mais quand ils seront au collège, au lycée, quelles seront les discussions ? C'est des questionnements, évidemment, qui font peur.
- Speaker #0
T'as peur, toi, pour tes enfants aujourd'hui ?
- Speaker #1
Oui, j'ai peur pour mes enfants. Mais j'ai peur pour nous aussi. J'ai peur, après, globalement, j'ai peur parce que je trouve qu'en ce moment, on vit quand même une période très douloureuse. Je veux dire, juif ou pas juif, j'ai peur de toute façon pour mes enfants. Je vois tout ce qui se passe en ce moment, justement, dans les écoles. Et je suis assez inquiète.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai qu'on sent qu'il y a une montée de l'agressivité. Et en fait, on a l'impression que c'est toutes les causes en même temps. Oui,
- Speaker #1
j'ai l'impression qu'on est toujours sur la corde raide et qu'on est toujours prêt à sombrer. Et qu'il ne faudrait rien et tout s'embrase. Et ça, ça me fait peur pour mes enfants. Ça me fait peur pour plein de choses. Je sens que les gens sont en colère, les gens sont fatigués. Il y a énormément de problèmes en ce moment en France. Quel est ton secret, toi, pour tenir debout, pour être heureuse ? Ah ben, les enfants ! Non, mais c'est mes enfants. Honnêtement, la maternité m'a complètement transformée. Je savais que je voulais être mère depuis longtemps. Et finalement, je suis devenue mère à 38 ans. Ce n'était pas du tout mon plan de départ, mais ce n'est pas grave parce que j'ai des enfants extraordinaires et un mari aussi que j'aime plus que tout. Et vraiment, c'est mon moteur dans ma vie au quotidien. Je ne pense qu'à mes enfants, c'est ce qu'il y a de plus important. je refuse d'aider des choses si jamais ça m'empêche d'être avec mes enfants c'est vraiment pour moi c'est une chance déjà d'être mère j'ai beaucoup de peine et je suis toujours très je me sens toujours très concernée par les parcours de femmes qui n'arrivent pas à accéder à la maternité parce que on a l'impression que c'est donné à tout le monde et non en fait et ça on ne le dit pas assez donc déjà je m'estime chanceuse d'avoir pu être mère deux fois et c'est mon moteur dans tout
- Speaker #0
Alors, tu viens d'évoquer ton mari en disant que tu l'aimais plus que tout. Mais ton mari, tu en parles et c'est hyper important. On parle souvent des femmes face à leur cancer ou face à leur maternité. Et de temps en temps, on oublie quand même de parler de l'aidant ou de parler du conjoint. Comment ton mari a réagi par rapport à ton cancer et quelle a été sa réaction ?
- Speaker #1
Extrêmement bien, mais franchement, sans surprise, parce que vraiment, je connais mon mari. Je sais que c'est le plus gentil des hommes. Et très à l'écoute. Enfin, vraiment, mon mari, je ne sais pas pour dire, j'ai un mari extraordinaire et je n'aime pas quand on fait ça, mais c'est vrai qu'il a un cœur pur. Et c'est vraiment quelqu'un de bien. Donc, je n'avais aucune angoisse. Et ça aussi, c'est une chance quand on traverse la maladie, de ne pas avoir l'appréhension, de se dire, comment est-ce que mon conjoint va réagir ? Donc, moi, quand je suis arrivée et que je lui ai annoncé mon cancer, bon, il a pleuré, il m'a me tué. de dire ça, mais c'est vrai, il a pleuré et je l'ai tout de suite rassurée en disant attends, on va attendre les résultats, parce que c'est vrai qu'au début, on est quand même dans une inconnue. On sait qu'on a un cancer, on sait qu'on a une tumeur au sein. Dans mon cas, on sait qu'elle était déjà là un an avant, mais qu'on était un peu passés à côté. Donc elle a doublé. Voilà, je m'attendais au pire. Donc c'est vrai que j'ai essayé de le rassurer, je lui ai dit attends, on va attendre les résultats. Et direct, je lui ai dit mais tu sais que si c'est possible, je vais demander qu'on enlève les seins. Et il m'a dit, oui, il m'a dit, moi, je te soutiens quoi qu'il arrive. Et il m'a soutenue à chaque étape de mon opération, de mes rendez-vous. Il est venu avec moi dès le lendemain et on a tout traversé ensemble.
- Speaker #0
Oui, c'est génial quand le couple, quand ça peut presque renforcer le couple. Enfin, c'est une image, je ne sais pas si ça renforce le couple, mais en tout cas, quand l'autre...
- Speaker #1
De toute façon, chaque coup dur, chaque épreuve qu'on traverse ensemble... forcément, ça nous renforce. Et c'est vrai que celle-là, ça en est une, forcément.
- Speaker #0
Et les hommes ont évidemment une énorme place à jouer sur notre morale et sur, effectivement, comment on va appréhender le fait de ne plus avoir la même poitrine.
- Speaker #1
Ben oui, on n'a plus la même poitrine, mais surtout, on n'a plus les mêmes sensations. En fait, c'est vraiment un corps que l'on... C'est une partie du corps qu'on enlève, on vide les seins. Cette expression, elle est moche, mais elle est très réaliste. On vide les seins, donc après... C'est sûr qu'il y a eu des terminaisons nerveuses. Donc, il faut quand même, pour nous, les femmes, apprendre à se réapproprier ce corps. Et c'est sûr que si on se sent toujours la même dans le regard de notre mari, il y a un effet miroir qui fait que ça aide à prendre du recul. On n'a pas honte, on n'a pas honte de se montrer. Enfin, voilà, ça aide à encaisser.
- Speaker #0
Aujourd'hui, tu as l'impression que tu as plus peur qu'avant ?
- Speaker #1
Oui, alors après, depuis la mort de mon père, et ce fameux « ça n'arrive pas qu'aux autres » , franchement, je suis devenue un peu hypochondriaque. Mais d'un autre côté, le fait d'être hypochondriaque fait que je me suis sauvée pas mal de fois, parce que j'ai eu, là, ces cinq dernières années, pas mal de pépins de santé. Tu te checks plus,
- Speaker #0
en fait.
- Speaker #1
Je me check et je trouve. Après la naissance de ma fille, j'ai eu une tumeur à l'estomac non cancéreuse. On m'a enlevé une tumeur à l'estomac. Ma fille avait six mois. Pareil, au moment où on vous dit qu'il y a une tumeur à l'estomac, avant de savoir qu'elle est bénigne, on voit sa vie défiler. J'ai un bébé de six mois à ce moment-là dans les bras. Et je me revois aller chez le professeur Hamel, avec qui je fais mon événement sur le cancer du pancréas, aller un samedi matin chez lui pour lui montrer mes résultats en panique parce que j'hurlais au téléphone, je vais mourir, je vais mourir. Qu'est-ce que je vais faire de mon enfant ? Et ensuite, finalement, issue heureuse, je tombe enceinte, j'accouche de mon fils. Et puis, quelques mois plus tard, j'ai mal au ventre, je me fais une petite parano. Je fais un examen et on se rend compte que j'ai un polype au colon. Donc, j'enlève ce polype au colon. Et après analyse, le médecin me rappelle et me dit, écoute, va jouer au loto. Le médecin, c'est mon cousin d'ailleurs. Il me dit, va jouer au loto. Le polype était de haut grade. Il était en train de dégénérer en cancer. Donc là, j'avais 41 ans, il n'y avait aucune raison de faire une coloscopie à ce moment-là. Donc là, je me dis, OK, donc moi, ma vie, c'est destination finale, en fait. Le but, c'est de déjouer la mort. Jusqu'à quand ? Je rigole, mais c'est d'abord et tout,
- Speaker #0
c'est juste comme tu le dis, avec un énorme sourire. Pour ceux qui nous écoutent. Non, mais c'est vrai, t'es tellement radieuse.
- Speaker #1
Avec le sourire, après, honnêtement, je ne veux pas du tout non plus minimiser, bien sûr, mes angoisses, mes angoisses de mère. Parce qu'effectivement, en fait, à chaque fois que je me trouve un truc, j'ai l'impression que ça va toujours crescendo. Jusqu'à l'année dernière, mon cancer du sein. Mais c'est vrai que... J'ai eu énormément de chance, donc c'est pour ça que je ne m'autorise pas à me plaindre, parce que vraiment par respect pour toutes les femmes qui ont beaucoup moins de chance que moi. En revanche, ce qui m'angoisse, c'est de me dire j'ai 45 ans, j'ai déjà eu tout ça, quelle sera la prochaine étape ? Et voilà, je pense à mon père qui lui a eu un cancer qui ne se soigne pas. Donc c'est vrai que ça reste quand même une angoisse parce que j'ai des enfants, je les ai fait tard. J'ai envie d'être là le plus longtemps possible pour eux. Je sais qu'ils ont besoin de moi, j'ai envie de voir les étapes de leur vie. Je vois mon père, il est parti avant d'avoir pu assister à mon mariage, avant d'avoir pu connaître mes enfants. C'est une énorme souffrance pour moi. Et j'espère que j'aurai la chance même de voir mes petits-enfants. Après, quand je fais le calcul, je me dis, il faut vraiment que je préserve ma santé. Mais donc voilà, oui, bien sûr, pour répondre à ta question qui était est-ce que j'ai peur ? J'ai peur aujourd'hui. J'essaye de ne pas m'écouter et j'essaye d'aller de l'avant. De toute façon, on n'a pas le temps. En fait, dans la journée d'une femme, on n'a pas le temps pour se lamenter et heureusement.
- Speaker #0
Alors, on y vient. C'était une maman et une femme hyper actives. Tu es vraiment aussi une figure de l'entrepreneuriat au féminin. Non, mais c'est vrai. On voit tout de suite, tu as décidé de te produire ce qui est…
- Speaker #1
Aujourd'hui,
- Speaker #0
les choses ont pas mal changé.
- Speaker #1
C'était dur, oui.
- Speaker #0
C'était de décider comme ça, en fait, d'être indépendante dans le milieu de la télévision, du cinéma et tout ça, c'est assez nouveau. Est-ce que... Explique-nous un peu.
- Speaker #1
En fait, c'est simple. Moi, j'ai une maîtrise de droit des affaires. Donc, à la base, je n'étais pas du tout faite pour faire ce métier. Mes parents avaient une brasserie. Donc, déjà, quand j'ai décidé de rester à la télé pour en faire mon métier, c'était l'angoisse au sein de ma famille. Et très vite, tout s'est... En fait... Toutes mes premières années télé se sont extrêmement bien passées. Puis je suis arrivée sur France 2, j'ai été recrutée pour aller sur France 2. Et ça n'a pas marché. Et je me suis retrouvée sans rien. Et en fait, je me suis dit, plus jamais, je ne dépends que de l'animation. Plus jamais, je mets mes oeufs dans le même panier. Donc, de là, j'ai monté ma boîte de prod. J'ai essayé de faire plein de choses.
- Speaker #0
Tu avais quel âge quand tu as monté la boîte de production ?
- Speaker #1
J'avais 28 ans. Hyper jeune. Ouais, assez jeune. Et en fait, je me suis dit, je ne dépendrai pas de l'animation parce que c'est trop douloureux. Et quand ça s'arrête, on a l'impression qu'on ne va plus rien faire de toute notre vie. Donc, c'est comme ça que j'ai monté ma boîte de prod et que j'ai essayé de toujours faire plein de choses, de sortir des livres. Après, quand mes enfants sont nés, j'ai essayé de sortir des livres aussi thématisés, de sortir un conte pour enfants. Après, j'ai sorti un livre sur les films à avoir vu avant 10 ans. J'ai toujours envie de faire plein de choses. Et c'est comme ça que j'ai fait grandir ma boîte de prod, que j'ai essayé de me diversifier, produire mes émissions, produire des docs, là j'ai produit ma première fiction cet été. J'ai le sentiment que ce métier, il est quand même assez difficile pour les femmes, et même si les choses changent, moi je trouve qu'elles ne changent pas assez, trop lentement. Moi j'ai de la chance d'être dans le groupe Canal+, et grâce à eux, j'ai pu vraiment grandir et faire grandir ma boîte de prod, parce qu'ils m'ont fait confiance. Mais je trouve quand même qu'aujourd'hui, c'est plus difficile pour une femme. plus difficile pour une femme dans les médias. Et donc, ça me sécurisait de me dire si demain, je ne peux plus être une animatrice télé ou une journaliste, eh bien, ce n'est pas grave. Je serai productrice ou je serai programmatrice ou je serai rédactrice. Enfin, j'aurai d'autres possibilités.
- Speaker #0
Quel est ta reco aujourd'hui sur une jeune femme qui nous écoute et qui a envie d'être journaliste ou animatrice et qui ne peut pas forcément lancer toute sa boîte de prod ?
- Speaker #1
Oui, maintenant, mais je dirais... Franchement, Marocco, c'est déjà de croire en soi. Ça, c'est Marocco un peu pour tout, mais je pense qu'il faut se faire confiance. Et après, de bosser, de ne pas attendre que les choses arrivent facilement. Si on veut vraiment s'assurer un bel avenir dans ses métiers, il faut bosser, il faut s'intéresser, il faut lire, il faut regarder, il faut être à l'écoute. Il faut essayer d'avoir toujours un coup d'avance, il faut essayer de sentir l'époque. Aujourd'hui, il y a le digital. Mais même moi, je te dis ça, mais ça me fait peur. En fait, moi, je ne suis jamais en paix avec moi-même. Je me lève le matin, je me dis « Ok, mais alors, c'est quoi la prochaine étape ? » « Où est-ce que ça va se passer demain ? »
- Speaker #0
Mais quand on regarde ton parcours, comme tu dis, on sent le sens de la famille, ton grand-père, les livres pour les enfants. Tu vois, c'est hyper cohérent. Enfin, je veux dire, la cause pour ton papa, le cancer du pancréas, maintenant celle peut-être.
- Speaker #1
Il y a toujours de l'humain.
- Speaker #0
Exactement. Il y a beaucoup d'humain, beaucoup de passion. Et donc, en fait, on arrive à voir à quel point tu es une personne attachée au sens, au lien et à la transmission, en fait.
- Speaker #1
Oui, moi, franchement, j'ai été élevée par des parents qui ont tout sacrifié pour nous. ont été plus importants que tout. Ils n'ont pas vécu, en fait. Ils n'ont été que parents. Et du coup, ça m'a forcément transmis des valeurs de famille, de sincérité, de tout ça. Je le dois à mon éducation. Et c'est vrai que c'est aussi un peu un fil conducteur dans ma vie et dans ma carrière. C'est-à-dire que j'ai envie de faire des choses qui ont du sens. J'ai envie de faire des choses où... où l'humain est quand même très important. Et c'est aussi des valeurs que j'essaie de transmettre à mes enfants. Le respect, la générosité, l'écoute, l'entraide, ça c'est vraiment pour moi hyper important. Je suis quelqu'un de très entier, l'amitié c'est très important. Quand j'aime, j'aime de façon démesurée. Parfois c'est même trop, je me fais déborder par mes émotions et je vois que j'ai complètement transmis ça à mes enfants. Donc j'essaie d'en faire une force.
- Speaker #0
Donc on aime trop parfois ?
- Speaker #1
Je me dis qu'on ne peut pas souffrir d'être trop aimé. Mais c'est vrai que parfois, je m'interroge. Je me dis, est-ce que vraiment, je donne les bonnes armes à mes enfants ? Parce que la vie, elle est cruelle et que chez nous, c'est les bisounours. Donc, voilà.
- Speaker #0
C'est vrai que c'est une vraie question parce que parfois, on dit qu'on doit dire aux enfants qu'on les aime et plus que tout. Et tu as raison, je te rejoins en tant que parent. Quand on regarde de dehors, on se dit… Mais bon,
- Speaker #1
je crois en tout cas. C'est vrai, quand je vois mon fils, Karik, qui fait des câlins à tous les copains et tout, je me dis, oh là là.
- Speaker #0
Enfin, c'est génial, ça veut dire que tu éduques pourtant aussi bien du qu'il n'y ait plus de garçons.
- Speaker #1
Non, mais nous, on les éduque avec... Et mon mari, il est comme moi, il est quand même assez généreux, gentil. On les éduque avec du cœur. Moi, ma fille, elle cache dans son sac à dos 20 pochettes surprises pour donner à tous les copains de la classe. Et ça me fait peur, parce que je me dis, mais elle va se faire avoir. Mais on va abuser de sa gentillesse. Et elle va en souffrir, parce que moi, j'en ai souffert toute ma vie.
- Speaker #0
Tu peux me donner un exemple où tu avais l'impression qu'on avait abusé de ta gentillesse ?
- Speaker #1
Franchement, vraiment constamment. Déjà moi j'ai été harcelée à l'école quand j'étais jeune. J'ai été victime de harcèlement scolaire, d'enfants qui se moquaient de moi. On me traitait de grande gigasse, on me traitait de planche à pain, on mettait du chum comme sur ma chaise. Donc voilà, ça a commencé quand même assez tôt. Après j'ai pris un peu mes petites revanches. Je faisais partie des cools du lycée parce que je faisais un peu de nankina, on me voyait dans les magazines et tout, donc c'était mieux. Et puis en fac de droit... Tout ça était derrière moi. Mais c'est vrai que j'ai souffert de la cruauté des enfants. Et après, je n'ai pas d'exemple vraiment d'abus de gentillesse. C'est plus... Moi, je donne sans rien attendre. Mais en fait, ce n'est pas vrai au fond. Ce n'est pas qu'on attend quelque chose. C'est que forcément, quand on donne trop, on est déçu par les gens parce que les gens ne sont pas forcément comme nous. Et ça, j'ai mis du temps à l'accepter. Et puis après, moi, j'ai fait un gros tri quand même au décès de mon père. parce que dès le décès de mon père, je me suis vraiment rendue compte des amis qui étaient là et ceux qui étaient moins là. Et c'est drôle parce que, c'est pas drôle, mais en tout cas, je me suis fait la réflexion au moment de mon cancer l'année dernière. Je me suis dit qu'arrivée à 45 ans, j'avais bien choisi parce que je n'ai eu aucune déception. Mes copines et mon entourage, ils ont été extraordinaires, mais tellement que vraiment, j'avais même honte. Je me disais, je ne mérite pas autant d'amour et autant d'attention. J'ai vraiment mes... Parfois, je pleurais toute seule dans mon salon en pleine journée en me disant « mais qu'est-ce que j'ai fait pour mériter autant de… » Je suis hyper aimée, mais c'est vrai parce que je ne saurais même pas comment assez remercier tous les gens qui se reconnaîtront en écoutant. Je me suis dit que ce sont des étapes de vie et au final, on arrive à 45 ans où on ne s'est pas trompé. On a bien choisi. Comme quoi, ce parcours était nécessaire.
- Speaker #0
En tout cas, c'est magnifique de nous avoir partagé tout ça. Et merci pour cette jolie émotion.
- Speaker #1
Tu ne vas pas voir que je pleure. C'est vrai ? Oui.
- Speaker #0
Léo ? Écoute, c'est vrai, c'est qu'en tout cas, moi, je trouve qu'on sent que tu as pris des coups et que la vie est comme ça. Et on sent vraiment cette pureté, cette gentillesse. Même pour cette interview, ça a été oui tout de suite. Alors, je sais que tu es hyper occupée.
- Speaker #1
Parce que c'est super ce que tu fais.
- Speaker #0
Et c'est hyper touchant. Sur le départ de ton papa, c'est hyper important aussi de rappeler, parce que c'est vrai qu'on a l'âge où les... parents, malheureusement, vont commencer à partir et on ne se rend pas compte de ce que ça représente dans la vie d'un enfant, même si à 40 ans, 45 ans ou même plus tôt.
- Speaker #1
J'avais 29.
- Speaker #0
Et toi, tu avais 29 ans, exactement. Et en fait, c'est un peu un appel que je voudrais faire aux gens qui nous écoutent. Si un de vos proches ou un de vos amis perd son parent, il faut être là parce qu'en fait,
- Speaker #1
c'est... Oui, c'est vrai. Et puis, c'est vrai ce que tu dis. Alors déjà, moi, j'avais 29, mais un ressenti 18 ans parce que je n'avais pas fait ma vie. Je n'avais pas de mari et je n'avais pas d'enfant. Donc en fait, c'était vraiment le drame de ma vie. Et le matin, je me levais et je n'avais rien qui me tenait à la vie. Si ce n'est que je n'avais pas envie de partir. Mais ce que je veux dire, c'est que c'est dur de puiser de la force et de se dire allez, vas-y, je me lève, je prends ma douche, je vais travailler. J'étais vraiment mais complètement submergée par ce drame.
- Speaker #0
Et c'est vrai qu'un texto, un soutien, une petite pensée, en fait, souvent on ne sait pas comment agir quand on a des gens autour de nous qui vivent un drame. Alors soit qu'ils perdent un proche, soit qu'ils sont malades, et puis on se dit, je ne sais pas quoi dire, donc je ne dis pas. Et moi, je sais qu'à cette période-là, n'importe quel petit message de soutien, ça me faisait du bien. Parce que c'est très dur, en fait, de regarder par la fenêtre, de voir que les gens vivent complètement normalement, alors que toi, ta vie s'est arrêtée. Elle va reprendre à un moment donné, parce que c'est ça la beauté de la vie, mais à cet instant-là... Elle s'est arrêtée de tuer dans ton malheur et de se dire que, ah tiens, j'ai eu un petit coupou, ah bah voilà. Moi, rien que ça, ça me faisait un bien fou. Donc, il ne faut pas hésiter à soutenir les gens qui sont dans l'épreuve. Et c'est important ce que tu dis, parce que c'est vrai que souvent, on est gêné, quel que soit l'âge qu'on a au départ de notre parent. Et en fait, un petit signe, une petite pensée, ça réchauffe tellement le cœur de la personne qui souffre. Moi, j'ai eu là, pour mon cancer, des petites attentions. Je croise quelqu'un à la radio qui me donne un œil de protection, une autre copine qui me met un petit truc dans ma boîte aux lettres en me disant « je ne sais plus ce que c'était, t'es une warrior » . Des petites choses, une autre copine du quartier qui m'a amené un matin un trèfle à quatre feuilles. Ce n'est pas grand-chose, mais pour nous, traversant une épreuve, c'est énorme. Tu as l'impression aujourd'hui que tu arrives à communiquer avec ton papa ? Moi, je crois aux signes. Donc, j'ai eu peu de temps après sa mort quelques signes. Je me rappelle d'une fête de famille, je crois que c'était pour Kippour, le grand pardon, chez les Juifs, où j'arrive chez mon oncle et il me montre une petite bougie et il me dit « tu vois, il est avec nous » . Et là, je me fais envahir par les larmes et je prends mon sac et je vais m'isoler et je prends mon portable. Et mon père était déjà mort depuis peut-être six mois. Et je prends mon portable et il est en train d'appeler mon père. A l'air que ça n'avait jamais faux auparavant. Et là, je me suis dit, bon bah... Ouais, il est là. Après, il y a quelque chose de très bizarre. Par exemple, je rêve jamais de mon père. Et on dit que quand on rêve, c'est qu'on fait le deuil de quelqu'un. Donc, en fait, parfois, je me dis, ça se trouve, j'ai jamais fait le deuil de mon père. Mais... Non, j'aimerais communiquer plus avec lui, mais j'ai jamais réussi, depuis sa mort, à réécouter le son de sa voix, à regarder des vidéos. En fait j'ai appris à vivre avec, mais j'ai pas réussi à l'accepter je pense, au fond de moi, vraiment. Si je me pose la question, je sais que je ne l'ai pas accepté. J'apprends à long long chemin. En fait on apprend à vivre avec, mais c'est vrai que, et on vit bien, je ne me lève pas tous les matins en pleurant, il y a même au fur et à mesure des années. C'est drôle parce que moi j'attache beaucoup d'importance aux dates. Et le 20 octobre par exemple, c'est la date de l'anniversaire de mon père, les premières années après sa mort. Dès la veille, j'étais là en train de me dire, ah là là, demain c'est le 20 octobre, j'ai mal au ventre, c'est l'anniversaire de papa, après les réseaux sociaux, bah tiens, il faut que je prépare un poste pour l'anniversaire de papa. Et parfois, le 20 octobre à 20h du soir, je me dis, merde, c'était l'anniversaire de papa aujourd'hui. Donc en fait, voilà, c'est là mais à différents moments. Et aujourd'hui, est-ce que la vie spirituelle est importante pour toi ? Oui, mais je ne suis pas quelqu'un de très croyant. En fait, je ne suis pas quelqu'un de très croyant. Je crois en une force. Je crois aux mauvaises ailes, par exemple. Je crois au fait de ne pas se plaindre pour rien, sinon on va vraiment être puni. J'ai des croyances comme ça. Mais je ne pourrais pas te dire que je suis très, très, très croyante. Parce qu'aussi, j'ai été élevée dans une famille d'anciens déportés, où mon grand-père, qui était à l'époque issu d'une famille très religieuse, quand il sentit des camps, il a dit, s'il y avait eu un dieu sur Terre, il n'aurait jamais laissé faire ce que j'ai pu voir. Donc c'est vrai qu'on n'a pas du tout été élevés vraiment dans la religion. On a été élevés dans la tradition, dans l'appartenance, dans des valeurs finalement qui sont très similaires, puisque moi, je ne suis pas très croyante, mais je fais quand même les fêtes, tu vois. Mais c'est ma croyance à moi. En tout cas, on voit à quel point tu aimes la vie, à quel point tu aimes l'humain. Ça se voit dans ton travail et dans ce visage pour ceux qui le verront. C'est vrai que tu es tout le temps lumineuse. C'est vrai. Je disais tout à l'heure, mon mari va te dire que pas du tout. C'est normal. Ce que je veux dire, c'est qu'auprès des gens, tu es lumineuse. À la vision, tu es lumineuse.
- Speaker #1
C'est vrai.
- Speaker #0
C'est déjà et tu rayonnes. Et même là, quand tu parles, on sent l'émotion de la sincérité. Je veux te remercier du fond du cœur pour cette interview. Et vraiment, moi, je suis… très admirative de cette jolie énergie et cette belle sincérité. Merci, Laurie. Merci à toi. Mais j'étais ravie parce que je te suis et que je trouve que tes interviews sont formidables et sont très sincères aussi. Donc, c'est pour ça que j'avais envie de venir. Merci beaucoup. Voilà ! Si tu as aimé ce podcast, abonne-toi pour ne rien manquer des prochains épisodes, soutenir Cerveau Puissant et suivre toutes les actualités, les échanges à venir et les contenus que je prépare pour continuer à nourrir ce qui fait vraiment la différence.