- Speaker #0
Bienvenue chez Cerveau Puissant, le podcast des phrases qui réveillent. Un espace où l'on parle de ce qui façonne une vie, des pas qu'on dépasse, des mots qui sauvent, des chocs qui révèlent, des valeurs qui tiennent debout. Chaque semaine, je vais chercher la phrase fondatrice d'une personnalité. Une phrase qui a construit, brisé, transformé ou sauvé. Parce que certaines paroles deviennent des boussoles, parce que tout commence par une prise de conscience, parce que chacun porte en lui une lumière en attente. Merci pour votre soutien incroyable depuis le lancement de Cerveau Puissant. Likez, commentez, partagez et boostez sur YouTube, c'est comme ça qu'on va continuer à grandir avec vous. J'ai la chance d'être soutenue pour ce podcast par l'agence de communication Surf. Et si le vrai danger de l'intelligence artificielle n'était pas qu'elle devienne trop intelligente, mais que nous ayons de moins en moins besoin de l'être ? Mon invité aujourd'hui travaille précisément sur cette question. Olivier Babaud est économiste, professeur à l'université de Bordeaux, président fondateur de l'institut Sapiens, et l'un des intellectuels français qui réfléchissent le plus à notre rapport à l'effort, au travail, à l'éducation et à la technologie. Ses livres ont quelque chose de profondément dérangeant parce qu'ils viennent toucher nos habitudes les plus confortables. Dans la tyrannie du divertissement, ils s'interrogent sur notre incapacité croissante à supporter l'ennui. Dans l'ère de la flemme, Il questionne notre rapport à l'effort et cette obsession contemporaine de tout rendre plus simple, plus rapide et plus immédiat. Puis il publie avec Laurent Alexandre « Ne faites plus d'études » , un titre évidemment provocateur, mais derrière lequel se cache une vraie question. Que faut-il encore apprendre lorsque l'intelligence artificielle peut déjà écrire, traduire, coder, synthétiser et accéder en quelques secondes à une quantité presque infinie de connaissances ? Aujourd'hui, ils vont encore plus loin avec IA, la présidentielle de la dernière chance. Parce que l'intelligence artificielle n'est plus simplement un sujet technologique. Elle touche désormais nos écoles, nos emplois, notre économie, notre souveraineté, notre démocratie et particulièrement une partie de notre liberté. Alors, que devons-nous encore apprendre ? Quels métiers vont disparaître ? Que devons-nous transmettre à nos enfants ? La France peut-elle encore prendre le virage de l'intelligence artificielle ? C'est de cela dont nous allons parler aujourd'hui. Je suis ravie, Olivier Babaud, de vous recevoir chez Cerveau Puissant aujourd'hui.
- Speaker #1
Merci beaucoup de votre invitation, je suis ravi aussi.
- Speaker #0
Alors, on commence toujours de la même manière. Quelle est la phrase, l'adage que vous avez envie de nous partager aujourd'hui ?
- Speaker #1
J'hésitais entre « Fuyez pauvres fous » de Gandalf dans Le Seigneur des Anneaux, et puis, peut-être plus sérieusement, « Ne faites plus d'études » . Et il va falloir évidemment que je m'explique sur ce « Ne faites plus d'études » qui peut paraître un petit peu étrange, mais qui est très sérieux.
- Speaker #0
Alors, on l'a dit, c'est volontairement provocateur. Et c'est aussi pour alerter justement de cette prise de conscience, c'est ça que je crois que vous cherchez à faire, que les gens s'interrogent plus, se renseignent plus pour avoir une réactivité peut-être plus importante.
- Speaker #1
Tout part de l'idée que le monde pour lequel on se prépare quand on fait des études, quand on va à l'université, dans des écoles, quand on apprend des choses pour devenir plus grand et pour se professionnaliser, parce que c'est quand même le but des études, c'est de finir par avoir une profession. Tout part de l'idée que ce monde va être... totalement différent, que nous allons connaître dans les années qui viennent, peut-être même les mois, parce que ça s'accélère de plus en plus, des bouleversements si profonds qu'il faut qu'on revoie complètement toutes les choses qu'on tenait pour acquises, toutes les choses qu'on tenait pour évidentes, et peut-être les choses que, dans ma génération, on faisait sans y réfléchir. Tiens, on y va, il faut faire un Bac plus 5. Oh, bah tiens, on va faire des études juridiques ou des études de médecine, parce que c'est quand même bien utile, et puis de toute façon, ça donnera une place dans la société pour toujours. Tout ça va peut-être... et assez probablement, on le pense, avec Laurent Alexandre, s'effondrer sous l'effet du progrès technologique et des incroyables bouleversements sociaux, politiques et d'ailleurs probablement géopolitiques qui vont naître à partir d'eux.
- Speaker #0
Alors, on va parler justement de tout ça. La première question que tout le monde se pose en France, c'est sommes-nous terriblement en retard ? Et si oui, pourquoi ?
- Speaker #1
Oui, alors depuis les accords de Yalta, on sait que si on n'est pas à la table des négociations, c'est qu'on est au menu des négociations. L'Europe n'est pas à la table. Elle a loupé tous les tournants depuis Internet, même depuis l'informatique en réalité, dans les années 80, les uns après les autres. Vous voyez cette image de type qui saute et puis il commence à se prendre une haie, puis il se prend l'autre haie à chaque fois, puis il se prend toutes les haies en fait. Ben voilà, ça c'est l'Europe en fait. Malheureusement c'est assez triste depuis 40 ans, pour des raisons qui ont été assez bien analysées depuis deux ans dans un rapport très courageux de Mario Draghi, le fameux rapport Draghi, qui a tout dit. sur le fait qu'on a peur de l'innovation, qu'on a un principe de précaution qui nous empêche d'agir, qu'il y a une bureaucratie, ce qu'on appelle en anglais « the red tape » , on est fou de bureaucratie. On a fait le diagnostic, mais encore aujourd'hui, on aurait pu citer aussi la politique de concurrence qui est totalement suicidaire, qui favorise les prix bas et le consommateur et pas la production. Donc, tout ça fait aujourd'hui qu'on n'a pas les géants, qu'aujourd'hui on n'a plus en Europe aucune des 20 premières entreprises mondiales, qu'on n'a pas ces géants qui, aujourd'hui, sont ceux qui passent de révolution en révolution. Même s'il y en a même qui se loupent dans l'histoire. Il y en a certains qui n'arrivent pas aujourd'hui à la révolution nouvelle. Il y en a d'autres qui émergent d'ailleurs. Mais ces titans qui font l'histoire, qui même font l'histoire de l'humanité. Probablement, Elon Musk est par exemple l'homme dans l'histoire de l'humanité qui aura, pour l'instant jusqu'à maintenant, le plus d'effet sur le devenir de ce qui va nous arriver. Nous ne sommes pas à cette table. Nous ne sommes pas capables de dicter nos conditions. Alors nous, on réfléchit beaucoup. Alors qui décide ? On édicte des commentaires. Ceux qui décident sont des gens ayant assez peu de cordes de rappel démocratiques, puisque ce sont les leaders, les jeunes, parfois étant d'ailleurs cognitivement un peu différents. Ils ont quelques syndromes en général. C'est une caractéristique intéressante d'ailleurs, parce qu'ils sont très nombreux à être très différents, cognitivement parlant. Ce sont ces jeunes leaders des grandes sociétés de la tech qui concentrent, on le voit à travers les capitalisations boursières, les anticipations. de profit et en fait de pouvoir à terme, puisque de plus en plus, ce pouvoir économique est aussi un pouvoir militaire. Et d'ailleurs, Donald Trump, qui dit souvent des bêtises, mais a quand même eu une phrase assez lucide récemment, où il a dit qu'il n'est pas question de ralentir. Pourquoi ? Parce que celui qui domine l'IA domine le monde. Il n'est pas question de perdre cette course-là.
- Speaker #0
Ensuite, sur... On a compris que la France était en retard. Comment on peut rattraper... Qu'est-ce qu'on peut faire actuellement ?
- Speaker #1
Un sursaut est possible. Il est toujours possible. On est au fond de la piscine, un bon coup de talon et on remonte à la surface.
- Speaker #0
Il faut tirer sur le gilet qui nous...
- Speaker #1
Voilà, c'est exactement. C'est quand on a sorti de l'avion. Il faut attendre la sortie de l'avion et tu tires sur le gilet. Il faut avoir aidé les autres aussi, etc. Bref, ça ne va pas être facile parce que plus on perd du temps, plus on est loin. En fait, on est resté sur le quai et le train va de plus en plus vite. Alors, c'est dommage parce qu'on a des cerveaux extraordinaires. On a un climat. On a aussi encore aujourd'hui des infrastructures qui attirent. talents. On a quelques actifs pour essayer de voir de temps en temps le verre à moitié plein. Et donc, c'est d'autant plus rageant et même triste que nous soyons capables d'être aussi mauvais, d'avoir... Incapables de développer ces grandes entreprises, de faire chez nous des innovations, c'est-à-dire le passage à l'échelle commerciale des inventions qu'on sait assez bien faire. En réalité, c'est ça qui est complètement dingue. La tablette, on l'avait inventée, mais finalement, c'est Apple qui l'a bien développée. Il y a plein d'exemples comme ça. Donc, il ne faudrait pas grand-chose pour qu'on arrive à à libérer le business, il faudrait qu'on change effectivement la bureaucratie, la fiscalité, qu'on attire les talents, qu'on attire les entrepreneurs, qu'on soit capable d'être un lieu de bouillonnement, plutôt qu'un lieu qui, de plus en plus, suit le vieillissement de sa population, qui préfère la protection, qui préfère une forme de retour illusoire à un ordre passé, à un âge d'or qui, en fait, n'a pas vraiment eu lieu et qui n'aura certainement plus lieu. On a beaucoup de mal à regarder vers l'avenir et puis avoir le courage de faire les bouleversements institutionnels, économiques. Ça paraît peut-être très abstrait tout ce que je dis, mais en fait, c'est des choses très concrètes dans la réalité de ce qu'on permet aux gens de faire, dans la facilité avec laquelle on va pouvoir mettre un data center, on va pouvoir donner une autorisation, on va pouvoir permettre à des entreprises de fusionner, ce qui jusque-là n'était pas possible pour des raisons de concurrence. Et donc, on a des entreprises toutes petites et nanisées à côté d'entreprises qui sont à elles seules. en capitalisation boursière plus grande que l'ensemble des CAC 40. C'est un changement.
- Speaker #0
C'est capable, selon vous, qui on doit regarder aujourd'hui ? Parce que c'est vrai qu'on commence à rentrer doucement dans une présidentielle. Qui sont les candidats qui s'intéressent, comme vous le dites, et qui pourraient provoquer ces changements dont on a cruellement besoin ?
- Speaker #1
Je me garderais bien de prendre trop parti, d'autant plus que la campagne commence. En tout cas, où on est, elle commence, les gens commencent à dévoiler leur batterie, ce n'est pas toujours très clair. Nous, avec Laurent-Alexandre, on essaie justement, et on a fait un livre, pour essayer de donner un coup de pied dans la fourmilière un peu de la présidentielle, de titiller tous les candidats en leur disant, l'IA, ce n'est pas une ligne dans le tract, en expliquant, oh là là, prenons en charge, il faut vraiment en faire quelque chose. Non, l'IA, c'est en réalité probablement le principal problème. C'est le principal. en jeu. Le prochain quinquennat sera probablement le quinquennat qui va être celui du passage vraiment au nouveau millénaire. Ce sera le premier quinquennat du monde d'après. Celui où il va falloir gérer non seulement tous les problèmes qu'on connaît, les problèmes budgétaires, les problèmes écologiques et les problèmes d'un système social qui est à bout de souffle, mais plus fondamentalement, ce truc qui va dominer tous les autres problèmes et les conditionner, le passage à une société hyper technologique avec une accélération. exponentielle totalement délirante, qui devrait modifier tous les rapports sociaux, les rapports économiques, les problèmes de souveraineté extrêmement rapidement. Donc en 5 ans, le nouveau président, la nouvelle présidente qui va s'asseoir au mois de mai dans le fauteuil, elle va devoir gérer l'espèce de tsunami permanent, le maelstrom permanent de changement. Elle n'a aucune idée de ce à quoi doit se préparer, donc c'est pour ça qu'on essaye de les mettre en garde et de faire qu'ils s'y préparent autant que possible, parce que il y en aura bien un ou une qui va gagner dans les candidats. C'est obligatoire.
- Speaker #0
Ça, c'est sûr. Alors, en ce moment, en tout cas depuis la rentrée, il y a cette espèce d'imaginaire qui revient beaucoup sur l'IA. Terminator, Frankenstein, l'IA va finir par nous tuer. C'est vrai que là, on commence à voir les robots. Est-ce que cette peur est rationnelle ? Et puis, il y a aussi ce conflit où on voit de plus en plus de drones. Est-ce que c'est rationnel d'avoir peur de l'IA à ce niveau-là ?
- Speaker #1
C'est rationnel. D'ailleurs, la peur, c'est un... C'est un mouvement naturel extrêmement utile qui a été développé pour vous permettre de réagir. C'est très mauvais si elle vous tétanise. Donc ayons peur, mais ayons peur en essayant, ce n'est pas paradoxal, mais de garder notre sang froid. C'est vrai qu'on aurait dû dire que nous n'en sommes qu'au début de la révolution. Évidemment, les chatbots avec ChatGPT qui est arrivé, rapidement les agents qu'on n'attendait pas si vite et qui n'ont même pas un an. Alors on se parle, ils ont neuf mois. C'est-à-dire le fait que l'IA va pouvoir non seulement répondre très, très bien à des questions, mais en plus... pouvoir agir de plus en plus de façon autonome, pouvoir planifier, pouvoir changer aussi le cours de son action en fonction de l'évolution de ce qu'elle fait. C'est-à-dire, en fait, agir de plus en plus comme un individu, et puis des individus qui vont pouvoir être rapidement des milliers, des essais d'agents qui vont pouvoir collaborer avec des effets collaboratifs qu'on est en train de découvrir. Et ça, ce dont je vous parle, ça a quelques mois, en fait, c'est quasiment quelques semaines. C'est ça qui est dingue dans le monde actuel, c'est qu'en quelques mois, on est déjà dans un monde totalement différent. Le monde d'il y a deux ans paraît la préhistoire. à là où on en est aujourd'hui. Mais ce n'est même pas la fin. Parce que la suite, ça arrive dès maintenant, c'est les robots humanoïdes. Alors pourquoi humanoïdes ? Ça veut dire à la forme d'humain. La forme, la taille, grosso modo, d'humain. Parce que on a fait le monde à notre taille. Notre voiture, les bureaux, notre cuisine, notre salon, notre chambre à coucher, parce que les robots sexuels, évidemment, seront un très très grand usage déjà annoncé. Ces robots humanoïdes, ils devraient probablement arriver très vite. On les attendait peut-être pour 2035, puis... 2030, en fait maintenant la Chine déjà commence à les commercialiser. En 2027, on aura ceux de Tesla. On aura des robots qu'on verra, non seulement des voitures sans pilote, mais il y en a déjà plein. Si vous allez à Los Angeles, à San Francisco, il y en a plein. Vous sortez de l'aéroport, vous ne voyez que ça. Donc c'est déjà assez banal. Puis même des voitures de niveau 5, comme le Cyber Taxi, le Cyber Cab, montré par Elon Musk quelques temps. C'est-à-dire une voiture qui n'a même plus de volant. C'est ça le niveau 5. Mais très bientôt, on va probablement voir des robots, comme il y en a de plus en plus en Chine. dans la rue, des robots qui vont nettoyer, et puis ils seront chez nous. Et donc, les robots vont être partout autour de nous, et le robot qui travaille comme un humain, en fait, c'est le service ultime. C'est la fusion du capital et du travail. Jusque-là, on disait, vous savez, en économie, il y a deux capitaux. Il y a le capital et le travail. Il y a l'être humain, et puis le capital, les machines. En fait, quand c'est un cyborg, quand c'est un robot humanoïde qui travaille, en fait, ça y est, le travail est devenu du capital, et ça change tout. Et alors, venons-en au risque. Parce que ça fait très longtemps qu'on imagine l'idée d'une créature... qui nous échappe. C'est un fantasme qui est extrêmement loin, on pourrait même citer d'autres choses, mais en tout cas, c'est Frankenstein. Est-ce qu'on arriverait au moment Frankenstein ? Et on peut le dire aussi, je ne sais pas si les jeunes aujourd'hui ont vu ça, mais le moment Terminator, l'époque où il y avait Terminator, Terminator 1, Terminator 2, évidemment, on était tous Skynet, la prise de pouvoir, et c'est un fantasme dont il faut le dire qu'il n'est pas totalement infondé. Il est peut-être un peu surjoué pour des raisons derrière-pensée financières. Car Anthropik, respectivement Anthropik et OpenAI vont avoir des introductions en bourse. Ils ont besoin probablement de susciter une protection de leurs conditions concurrentielles qui leur permettraient d'être mieux valorisés, tout simplement. Si vous voulez, je peux développer un peu plus cette idée. Mais enfin, il n'est pas impossible qu'on ait intérêt à insister un peu en disant « Oh là là, mon Dieu, c'est vraiment extrêmement puissant » . D'un autre côté, il serait vraiment suicidaire de ne pas considérer ce problème qu'on appelle Le problème de l'alignement. L'alignement, c'est est-ce que ces super intelligences qui auront une intelligence, déjà elles ont une intelligence qui dépasse la plupart des êtres humains, mais qui dépasseront tous les êtres humains et qui pourront être en plus des espèces d'essais, des milliers, qu'est-ce qu'elles vont vouloir ? Est-ce qu'elles vont avoir un intérêt aligné avec l'intérêt de l'humanité ? Au fond, d'ailleurs, l'intérêt de l'humanité, on n'est pas tout à fait certain de savoir ce que c'est toujours. Nous-mêmes, on balance. Qu'est-ce qui est mieux ? Comment on doit répartir ? Est-ce qu'on peut accepter que certaines personnes disparaissent pour que d'autres vivent mieux ? En réalité, c'est le choix qu'on fait socialement, quand on accepte un certain risque pour que d'autres puissent faire quelque chose. On ne sait pas très bien ce que décidera la machine. Évidemment, les fantasmes les plus inquiets, qui ne sont pas absurdes, mais je ne dis pas que ce sont les plus probables, disent que la machine va décider de nous supprimer en quelques secondes parce que nous sommes des animaux sales, pas très intéressants, un peu imprévisibles. et hop, elle nous supprimera, elle en aura les moyens, puisque de toute façon, elle contrôlera tout, elle sera partout. Votre grippin, autrefois, il ne risquait pas de venir vous égorger dans la nuit. Demain, votre robot qui fera votre cuisine et le cours à vos enfants, il faudra peut-être veiller à le mettre sous clé, mais ça sera peut-être aussi difficile de s'en prémunir, ne serait-ce que s'il y a aussi une forme de piratage. Donc il y a des risques, mais ça ne veut pas dire qu'ils sont absolus, que... qu'il faut arrêter la recherche.
- Speaker #0
Alors justement, pour contrebalancer, quelles sont les immenses qualités de l'IA ? En quoi ça solutionne notre vie ? Pourquoi est-ce que ceux qui ne se sont pas encore mis dans cet apprentissage doivent absolument se mettre dedans ? Comme ça, on contrebalance un peu et on prend une petite respiration.
- Speaker #1
Allez, verre à moitié plein. Et franchement, il y a quelque chose dans le verre plein. D'abord, on est en train tous d'entrer collectivement dans une ère qui va probablement être celle d'une ère de découverte scientifique extraordinaire. On l'a vu récemment avec la résolution d'un problème du millénaire. Il y a 90 ans que les meilleurs cerveaux n'y arrivent pas. Et en quelques jours, l'IA a réussi à résoudre ce problème mathématique. On est probablement au devant d'une exponentielle de découverte scientifique et médicale en particulier incroyable. On ne mourra plus de certaines maladies. On va peut-être vaincre le cancer. Peut-être qu'on va arriver à trouver le graal absolu de l'énergie qui est la fusion nucléaire. c'est-à-dire l'énergie du soleil, l'énergie illimitée et propre, c'est-à-dire le contraire de la fission qui produit de la radioactivité. Ce serait extraordinaire et il y a de bonnes raisons de penser que grâce à l'IA, on va y arriver beaucoup plus vite que prévu. Donc ça, c'est extraordinaire. On va vers une époque aussi, comme le dit Elon Musk, peut-être de prospérité extraordinaire. Elon Musk dit que dans cinq ans, travailler sera un hobby, ce n'est pas la peine de mettre de côté pour votre retraite. Ça va être le monde de l'incroyable prospérité. Si on est un petit peu plus ennuancé, Disons aussi, on n'espère pas tout de suite. la fin du travail, on peut penser qu'on va quand même vers un moment où il va y avoir des opportunités extraordinaires, il va y avoir des capacités à, si on utilise la machine comme un levier, comme un tremplin, et non pas comme une prothèse, si on est complémentaire de l'intelligence artificielle et non pas substituable, à ce moment-là, si on a cette complémentarité, le monde va être formidable. On va avoir accès à une vie, à une intelligence, à des capacités de faire avancer nos projets, de développer des projets. dont nos ancêtres n'auraient jamais rêvé. On peut même d'ailleurs de plus en plus être tout seul et créer une grande entreprise valorisée de façon importante en étant tout seul, sans aucun employé. C'est peut-être ennuyeux pour l'avenir du salariat, mais c'est extraordinaire pour l'avenir de l'humanité en tant que capacité à devenir peut-être une sorte de dieu à certains égards. Et ça, c'est quand même des aspects enthousiasmants. C'est quand même assez incroyable d'être à l'époque à laquelle on est.
- Speaker #0
Oui, c'est très excitant et en tout cas, surtout, comme vous le dites, tout va très, très vite. Et chaque jour, il y a une nouvelle actualité. Alors, nous, on sent, vous et moi, qu'on doit être dans cette révolution. Mais c'est vrai que si on regarde la génération en dessous de nous, nos enfants, on se dit un peu « et alors, eux, qu'est-ce qu'ils font ? » Parce qu'ils continuent à avoir un cursus en France classique. Moi, je sais que j'ai fait la rentrée de la sixième et ils ont dit, l'école a dit, nous l'IA, ce n'est pas maintenant. Qu'est-ce que vous, sérieusement, pensez de ça ?
- Speaker #1
C'est un sujet qui me préoccupe énormément. D'abord parce que c'est le sujet de mes recherches et de mes réflexions et de mes livres. Mais j'aurais dû dire encore plus parce que je suis père de quatre enfants. Ça va de 2 à 15. Et 2 x 13 entre les deux, c'est des jumeaux. Et donc, c'est une réflexion que j'ai comme tous les parents en permanence. Cali. la bonne vitesse d'introduction aux écrans, aux réseaux sociaux, au téléphone. Comment je les prépare au monde dans lequel ils vont vivre ? On va tous être aux premières loges de ce changement. Ils vont changer nos vies, mais enfin, quelque part, moi, j'ai quand même fait une partie de mes grands choix. J'ai une partie de ma vie professionnelle, elle est déjà derrière moi. Mes enfants, ils travailleront dans 10, dans 15 ans, si on prend les standards d'aujourd'hui. Ils devraient après, théoriquement, cotiser pendant 43 ans. Tout ça nous mène à 2070 ou à 2080, mais en réalité, j'ai une conviction sur 2070 ou 2080, c'est que ça ne ressemblera absolument pas. Il y a beaucoup plus de différences entre 2000 et 2100 qu'entre 1900 et l'an 2000. Beaucoup, beaucoup, beaucoup plus à cause de l'exponentiel. Alors qu'est-ce qu'on fait ? Évidemment, d'abord, on est stressé. Bon, c'est normal, mais peut-être qu'en tant que parent, on a toujours été stressé. Et puis, on essaie de leur donner toutes les armes. On essaie d'abord de les laisser rêver. Quand ma fille me dit, tiens, je pense, le métier du droit, j'aime bien peut-être aller voir les métiers du notariat. Évidemment, on a tous rêvé à un moment donné, quand on est jeune, d'être un grand avocat, d'aller plaider aux assises, etc. Je ne la décourage surtout pas. Évidemment, comme tous les parents, je l'encourage. Et j'essaye petit à petit de leur envoyer des cartes postales sur l'idée que le monde est en train de changer, qu'il va falloir utiliser l'IA, mais intelligemment. Et je ne jette pas la pierre à l'école qui ne dit pas d'IA. Moi, je suis le premier à penser qu'il faut... reprendre des livres, drop everything and read. On devrait beaucoup plus faire ça à l'école. On prend un livre et c'est parti. C'est un des trucs que j'ai fait en tant que parent. Je ne dis pas que c'est les meilleures techniques, mais j'en donne quelques-unes si ça peut intéresser ceux qui nous écoutent. On essaye de faire tous les soirs quand on le peut un moment drop everything and read. Laissez tout tomber et lire. C'est-à-dire, on se met tous dans le salon et il n'y a qu'une règle. Vous prenez un livre et vous lisez. Alors, ça ne veut pas dire qu'on ne discute pas parce qu'à la fin, on finit par discuter de ce qu'on lit. Mais il n'y a pas d'écran. pour personne d'ailleurs, ni les parents, ni les grands. Et donc, on lit. Et en fait, c'est un moment qui retrouve un moment d'échange familial qu'on n'a pas forcément parce qu'on ne dîne pas toujours au même moment. Et donc, c'est une façon de recréer quelque chose. Et puis moi, j'ai fait autre chose. Je ne sais pas si je dois en avoir honte en quelque sorte, mais je le dis quand même. Et puis, je l'ai raconté dans un de mes bouquins, celui sur la flemme notamment. Je me suis posé la question. Mes enfants vont fatalement finir par doomscroller sur les réseaux sociaux comme le font tous les jeunes, c'est-à-dire le défilement, aller regarder les... les gens qui sont sur YouTube, etc. Et je me suis dit, et sur les autres réseaux, qu'est-ce que je peux faire pour leur faire comprendre la mécanique cachée derrière l'influenceur, leur faire toucher du doigt ce que c'est vraiment, éviter qu'ils se fassent avoir, et puis qu'ils soient tant qu'à faire du côté du manche plutôt que du côté de l'enclume. Alors, il y a trois ans, quand mes enfants avaient un peu moins de 10 ans, ils n'avaient évidemment pas de téléphone portable, ni accès à aucun réseau social. Mais un soir, on est allé dans un fast-food. Je ne citerai pas la marque, mais bon, je mets dans la fast-food. Donc, ils étaient contents et je leur ai dit, voilà, j'ai un projet familial à vous soumettre. On va faire une chaîne TikTok. Enthousiasme. Et on a fait la chaîne TikTok qui a vachement bien monté. Ça s'appelle comment ? En fait, ça s'appelle la double menace. Je peux vous le dire. Allez, on ne fait plus rien depuis trois ans. Et donc, c'était les jumeaux qui faisaient des trucs. On faisait des quiz de culture générale. On essayait de faire des trucs pas trop cons quand même. Et eux étaient derrière la caméra et ça les a initiés. On est monté à 36 000, on a perdu depuis, mais on est monté à 36 000 followers. Ils étaient reconnus dans la rue. Il y a des gens qui leur ont demandé des autographes à un moment donné, très vite sur les réseaux sociaux. Donc ils étaient reconnus, ils étaient tout contents. Et donc 36 000 followers, et depuis ça a un petit peu baissé. Alors qu'est-ce que ça leur a appris ? Ça leur a appris qu'il faut du travail, qu'il faut répéter les prises, qu'il faut concevoir les trucs, qu'il faut les monter. qu'il faut, après avoir une réflexion marketing, en disant, tiens, c'est plutôt ces gens-là qui nous regardent. Tiens, c'est celle-ci qui a marché. À quel moment ça a marché ? Et donc, c'est un peu une initiation à être, quoi, finalement conseiller en com, en fait, en quelque sorte. Et puis, au bout d'un ou deux ans, ils ont dit, bon, papa, c'est quand même beaucoup de boulot. Oui, c'est clair. On n'en peut plus. Ils étaient contents d'être reconnus dans la rue, mais enfin, ils voyaient que le boulot que ça fonde. Et donc, on a laissé tomber, on a arrêté. Je crois que je suis arrivé à mon objectif, quoi. Voilà, ils ont vu ce que c'était. Et maintenant, quand ils iront sur les réseaux, ils connaîtront l'envers du décor.
- Speaker #0
Tout à l'heure, on recevait un jeune qui a un million et qui disait mais c'est un travail colossal. Et c'est vrai qu'on n'a rien sans rien. Et moi, je pense comme vous, je pense que le mieux, c'est de leur montrer ce que ça représente. Et puis après, c'est eux qui décident. mais de bien comprendre les réseaux. Et ce que nous a dit d'ailleurs Noah, et c'était très juste, il a dit, enfin, on nous critique parce qu'on utilise ces réseaux, mais c'est vous qui les avez créés pour nous. Et c'était vraiment... Enfin, c'est vrai qu'on ne dit jamais ça, parce qu'on est tout le temps en train de dire que la génération scrolle, mais c'est nous qui avons mis en place cet outil.
- Speaker #1
Bien sûr, c'est pour eux.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a d'autres conseils ? Donc lire, et c'est vrai qu'on l'entend beaucoup, beaucoup parler du pouvoir de la lecture, que ce soit en développement personnel, en leadership, en capacité de développer sa mémoire. Donc ça, je pense que c'est vrai pour les grands et les petits. comprendre l'envers du décor. Un autre petit dernier conseil, vu qu'on est encore un peu dans la rentrée.
- Speaker #1
J'ai plein d'autres conseils. Qu'est-ce qui va faire que vous allez réussir dans le monde incroyable du XXIe siècle ? La bonne nouvelle, c'est que c'est plutôt ce qui vous fait réussir dans le monde d'avant. C'est quoi ? La curiosité, la capacité à surmonter les échecs, la capacité à mettre son plaisir immédiat à distance, c'est-à-dire à faire de l'effort sur la longue durée, pour être capable de développer des projets qui ne donnent pas, qui ne payent pas tout de suite. Parce que les plus grands projets... Les plus grands zéverestes, c'est ceux qui mettent du temps. Parfois, ça peut être faire une thèse de doctorat sur trois ans, ça peut être monter une entreprise. C'est jamais facile, il y a des échecs. Et donc, la résilience. Et puis, il y a quelque chose de très important qu'il faut comprendre. J'ai dit, il ne faut pas être substituable par rapport à l'intelligence artificielle, il faut être complémentaire. Qu'est-ce qui va te permettre d'être complémentaire ? Qu'est-ce que l'intelligence artificielle ne fera jamais ? Eh bien, c'est la couche d'humanité dans, par exemple, une offre commerciale, dans une production, dans une entreprise. Pour le dire autrement et de façon très simple, le réseau. Et on le dit jamais assez. Si j'avais... J'aurais aimé étudiants qu'on me dise ce que je dis aujourd'hui à mes étudiants. 80% de votre réussite professionnelle viendra de votre capacité à être apprécié des gens à qui vous travaillez. Et ça, en fait, ça veut dire connaître des gens, en rencontrer, mettre des gens en lien, faire des liens. C'est l'humain. La capacité à travailler avec des gens, à travailler et comprendre, c'est forcément... Donc, si c'est de l'empathie aussi. Et tout ça, c'est les compétences qui sont, d'ailleurs, pas tellement développées à l'école, mais qui deviennent... ultra précieuse. Et la dernière chose à dire, la capacité orale, la capacité à prendre la parole, à convaincre sans oreillette et à défendre son point de vue dans un moment où l'écrit est en train de prodigieusement perdre sa valeur. Pourquoi ? Parce qu'on peut toujours soupçonner, à raison, qu'il a été produit par la machine. La capacité à parler avec un être humain, à les mobiliser, à les entraîner, un peu le leadership, ça va devenir la clé probablement de plus en plus de la réussite.
- Speaker #0
Alors vous, votre dernier livre, vous l'avez écrit avec Lya. Un peu, beaucoup, pas trop ?
- Speaker #1
Lya est très mauvaise. Encore aujourd'hui, je ne dis pas qu'elle va, je pense qu'assez rapidement, pouvoir écrire en un clic un livre formidable. Mais dès que c'est trop long, Lya n'arrive pas à conserver le ton, l'intérêt, le développement d'un très long guide.
- Speaker #0
On sent qu'elle boucle.
- Speaker #1
En fait, elle patine, elle se répète. Ça devient très banal. Ça devient très, plat en fait. Et donc, ce n'est pas du tout satisfaisant. Mais malheureusement, je crois un jour qu'on va être en compétition. Nous, les gens qui écrivons des livres, moi je le faisais depuis avant JGPT, ça fait longtemps. J'en ai trés mon 15e bouquin, je pense, on dirait. On va être en compétition avec une IA capable d'écrire en quelques clics. Il y a un côté un peu décourageant. C'est un grand débat parmi les intellectuels, parmi les gens qui écrivent des livres. Est-ce que lire va encore avoir un sens quand toute une grande partie risque, ne sera pas forcément, mais risque d'être produit ?
- Speaker #0
Ce sera toujours de la connaissance. C'est-à-dire que ce sera notre manière d'apprendre, de réfléchir sur des sujets. Finalement, écrit par l'IA qui a été alimentée par l'homme.
- Speaker #1
Oui, mais est-ce que l'IA aura la même âme ? Est-ce que ça ne va pas être quelque chose qui deviendra un peu mécanique ?
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Et puis, est-ce que quelque chose un peu comme l'inflation qui fait que la monnaie perd sa valeur ? Est-ce que le fait que vous ayez un milliard de magnifiques poèmes et de romans que vous pouvez générer en quelques secondes, est-ce que ça ne va pas faire perdre la valeur de ces choses-là ? C'est une des angoisses qu'on peut avoir. Le monde d'avant, il était quand même beaucoup plus simple. Il y avait quelques grandes œuvres. Elles étaient dégantées par le temps. Elles étaient faites par des gens extrêmement talentueux. On les respectait. Ça créait en grande partie, après aussi, les hiérarchies sociales. Il y avait un côté qui était assez reposant. Ce n'est pas reposant du XXIe siècle, mais enfin, bon, voilà. On aura toute la mort pour se reposer. Si jamais on meurt.
- Speaker #0
Il a été dit que l'homme de 200 ans existe déjà. Vous y croyez ?
- Speaker #1
Oui, je crois que c'est possible, en fait. On ne se rend pas compte, encore une fois, combien... C'est Ray Kurzweil, un des professeurs à MIT, qui est du grand futurologue, qui a dit si vous pouvez survivre aux cinq prochaines années, il est probable que vous viviez 500 ans. Si on vit 200, une des questions, c'est pourquoi pas 300, 400, 500, et pourquoi faudrait-il mourir à un moment donné ? Si on arrive à être autonome par rapport à notre corps, il y a des progrès qui sont authentiques dans ce qu'on appelle le reverse aging, c'est-à-dire la capacité à inverser l'âge. D'ailleurs, il y a des films assez bons, il y en a un qui s'appelle Time Out, là-dessus, qui imagine que tout le monde a 25 ans tout le temps, partout dans la société. Et en fait, les gens ont juste un capital de temps qu'ils ont sur le poignet. Et si vous êtes plus ou moins riche, vous avez plus ou moins de capital. Il faut toujours aller voir les films pour avoir les bonnes anticipations. On parlait de Terminator ou les livres avec Frankenstein. Mais on pourrait dire Gataca pour le lugénisme. Moi,
- Speaker #0
j'ai l'impression que ce qui nous arrive déjà, mais même dans les livres de bien avant, cette révolution est prédite depuis toujours. Et c'est un peu, et là où je vous rejoins, c'est que c'est un peu comme si... Tout juste maintenant, les gens découvrent. Mais moi, j'ai l'impression que je suis née avec « Tu vivras dans un monde » . Et d'ailleurs, quand on voyage, quand on a cette chance de pouvoir voyager, et qu'on va dans d'autres pays, et qu'on voit la rapidité, et là, donc, tout l'inverse de ce que vous avez décrit de la France, de l'administratif, de « On met un doigt, on passe quelque part » , de tout, en fait. Tout est facile, on met le sac de marchandises, et en deux secondes, on est sans erreur. On sent que le futur est déjà depuis longtemps en marche. Juste, effectivement, la France est devenue, vous l'avez dit, une vieille Europe, une vieille France. Avec le charme aussi qu'on peut y trouver.
- Speaker #1
La science-fiction naît de plus en plus, ça fait longtemps, mais que de la science avec de l'avance. D'ailleurs, tout ce qu'a écrit Jules Verne s'est révélé assez banal maintenant. 20 000 dessous les mers, le tour du monde à 80 jours, c'est exactement la même chose. On voit même d'ailleurs de la lecture dans les pensées. méta, un dispositif qui permet de façon non-invasive, en enregistrant l'activité électrique du cerveau, de retransmettre 80% de ce que vous tapez sur un clavier. Donc c'est de la lecture dans les pensées. Il y a un truc qui est troublant aujourd'hui, c'est que quand on imagine l'avenir, c'est-à-dire quand on tire le trait des évolutions, on a l'impression qu'on n'imagine aujourd'hui plus que ce qu'on appelle des dystopies. Les dystopies, c'est le contraire de l'utopie. L'utopie, c'est ce qu'on écrivait à la Renaissance, c'est-à-dire on imaginait des mondes souhaitables, des futurs parfaits. Donc des outopos, un lieu qui n'existe pas, mais aussi des bons lieux, des outopos. Et bien là aujourd'hui, on se met d'imagine des dystopies, c'est-à-dire Black Mirror. Des trucs où on se dit mais voilà de quelle façon la technologie va nous amener vers le pire. On a de plus en plus de mal, en tout cas on a du mal à imaginer un avenir qui soit hyper technologique et qui soit vraiment un avenir de bonheur. C'est ça qui est un peu troublant et qui est un peu inquiétant. Et il est vrai, pour boucler sur les réseaux sociaux dont on parlait, qu'il y a un truc très troublant avec les réseaux sociaux. Comme moi, on les a vus arriver. Au début, on s'est dit, on échangera des photos de Ausha, ça va être sympa. Puis au début, on s'est dit, on va aller trouver des copains de maternelle. C'est vrai, on a pu en trouver certains et trouver des réseaux. Et on n'avait pas prévu l'effet des réseaux sociaux sur la démocratie, la polarisation, l'hystérisation, l'effet de harcèlement qui peut être développé par les réseaux. Toutes ces choses-là, on ne savait pas et ça s'est créé en marchant. Une des caractéristiques des nouvelles technologies, c'est qu'on comprend assez bien ce qu'elles permettront de faire. mais On a du mal à anticiper la façon dont la société change à leur contact. Et c'est ça qui fait que le futur est chaotique au sens grec. Il trouble. Voilà, kaino, ça veut dire grand, ouvert, béant. Et en fait, il y a plein de scénarios différents dans l'avenir, des scénarios très négatifs, des scénarios positifs, c'est un peu plus optimiste. Et bien malin, celui qui peut arriver à savoir ce qui va se passer, ne serait-ce aujourd'hui que dans les cinq ans qui viennent.
- Speaker #0
Tout à fait. Alors, il y a une autre question d'actualité, c'est les conflits, le conflit. en Europe. À un moment, l'année dernière, ça a fait scandale. On nous a expliqué que nos enfants allaient probablement être envoyés au front. Mais quand, de l'autre côté, on voit ces robots qui sont capables de se battre, est-ce que finalement, les conflits ne vont plus être que des conflits de robots et en fait, il n'y aura plus besoin d'humains ? Quelle est votre position là-dessus ? D'un côté, c'est rassurant et de l'autre, ce sera les robots contre les robots, mais au moins, les humains n'iront plus au front.
- Speaker #1
C'est vrai qu'on voit évoluer extraordinairement la défense, l'armée. Et les combats, et d'ailleurs le conflit ukrainien qui dure depuis 4 ans maintenant, c'est quand même incroyable, il a dépassé la durée de la 14-18 de la Première Guerre mondiale, on n'imagine pas, avec énormément de morts, a été, comme souvent les conflits, un vecteur d'accélération des technologies, de développement, de la dronisation de la guerre. On voit arriver aussi des robots humanoïdes qui, depuis le début d'ailleurs, étaient des projets militaires. Au début, c'était des robots quadrupèdes qui étaient développés pour pouvoir... porter des charges partout, sur tous les terrains. Et on voit de plus en plus l'idée que c'est absurde d'aller envoyer un type dans un avion alors que vous pouvez envoyer un drone. Le coût de l'avion qui est abattu, sachant le fait qu'un type c'est extrêmement rare, vous mettez longtemps, c'est très cher à former, alors que le drone vous pouvez en faire à volonté. Donc il est très probable que la guerre soit de moins en moins, engage de moins en moins. des personnes physiques. Ça ne veut pas dire qu'il ne peut pas y avoir de destruction. On le voit dans le cas ukrainien, c'est-à-dire qu'il peut, par exemple, sous forme de bombardement, avec évidemment des formes d'intimidation aussi, dans le jeu diplomatique terriblement pervers qui se joue. Et ça ne veut pas dire qu'il n'y a plus de rapport de force. Et ça, c'est le grand retour depuis quatre ans de la diplomatie, de la vision du monde du rapport de force. Alors qu'on était quasiment depuis les Trente Glorieuses, disons depuis l'effondrement du mur de Berlin et l'effondrement du bloc soviétique, dans l'idée, un, que la démocratie occidentale avait gagné et que le doux commerce allait, à partir de maintenant, apporter la paix entre les nations. On était tous sur le même bateau du village mondial, on échangeait allègrement. Ce doux commerce, comme l'avait dit Montesquieu, c'est ce qui allait nous rendre tous incapables de nous faire la guerre. Vous vous souvenez, c'était l'idée de l'Europe quand on a créé la Communauté Européenne du Charbon de l'Acier. c'était de dire bon On s'est fait deux guerres mondiales en l'espace de 40 ans, même pas de 30 ans. On va peut-être essayer de partager des choses pour ne plus pouvoir se faire la guerre. C'est ce qu'on a fait en partageant la CIS. On a créé l'Europe. Ça a plutôt bien marché parce qu'on ne se bat plus avec l'Allemagne et la France. Mais c'est une grande désillusion. Car avec la Russie, on s'est aperçu que des gens avec qui on avait énormément d'échanges, on pouvait quand même se faire la guerre. Et est apparue, avec la nouvelle doctrine de Trump et de l'administration Trump, une nouvelle vision du monde. qui est une vision extrêmement inquiétante, car le monde n'est plus un jeu gagnant-gagnant, qui est celui de l'échange international, c'est le jeu gagnant-perdant. Ce que tu gagnes, c'est ce qu'a perdu l'autre. Et je te fais perdre pour gagner. Le monde est fini, et donc à partir de maintenant, nous ne sommes plus des copains, nous sommes là pour nous opposer, pour la séparation du gâteau mondial. Et ça, c'est évidemment vecteur de conflit, vecteur de guerre, parce que c'est une histoire qu'on connaît malheureusement beaucoup trop, c'est l'histoire de l'humanité depuis... des millénaires avant. C'était « j'ai besoin de tes terres, j'ai besoin de ta population, j'ai besoin de tes ressources et je vais te faire la guerre et aller te tuer pour ça » . Cette histoire, on pensait qu'elle était finie, elle est revenue il y a quatre ans. Problème supplémentaire dans ce monde qu'on habite aujourd'hui. Avec des gens qui n'ont pas tout à fait nos options démocratiques, nos valeurs, le respect de l'individu, le respect des droits humains, on n'est pas d'accord. Et quand on n'est pas d'accord, quand on a beaucoup discuté, à un moment donné, il reste la force brute. Vous savez ce qu'il y avait écrit sur les canons de Louis XIV ? Ultima Ratio Regum, la dernière raison du roi. À l'époque, on avait quand même assez bien pensé ces choses-là. Ça veut dire que quand tu as beaucoup discuté et que la diplomatie est arrivée au bout, à un moment donné, c'est celui qui a les plus gros canons qui gagne. Malheureusement, ça n'a pas changé. On pensait être dans un nouveau monde. On a été un peu naïfs, peut-être.
- Speaker #0
Oui, puis on s'est fait, comme vous l'avez très bien dit, endormir par cette paix, par des générations aussi qui ont cru que c'était acquis. alors que la démocratie n'est jamais acquise. Et je crois que c'est évidemment très important de rappeler aussi à nos enfants, qui peut-être d'ailleurs sont peut-être plus conscients. On les sent d'ailleurs, on les sent, ce qu'ils voient à la télé quand ils y ont accès. Ils se rendent compte quand même qu'il y a de la violence et que tout ça est très fragile. Ils ont une certaine forme de grande maturité, malgré tout ce qu'on peut leur dire, ou parfois on dit que c'est une génération un peu endormie. Voilà. Bon, tout ça est passionnant. En vrai, on pourrait parler des heures et des heures et des heures. Quel est le message que vous souhaitez dans ce nouveau livre faire passer absolument et la voix que vous souhaitez faire entendre à tous les Français ?
- Speaker #1
Soyons en réalité optimistes. D'ailleurs, moi, je n'aurais pas quatre enfants si je n'étais pas optimiste pour l'avenir. Ce serait vraiment dégueulasse de lancer quatre enfants dans ce monde si on pensait que c'était un enfer dont on n'allait pas pouvoir sortir. En revanche, il faut être lucide. Tout le monde ne va pas être sauvé. Probablement, on va dans un monde, malheureusement, et je le déplore parce que je ne confonds pas ce que je prévois et ce que je souhaite. Ce que je prévois, c'est qu'on va vers un monde plus inégalitaire, plus polarisé. Il faut donner à nos enfants et aux gens qui sont encore jeunes aujourd'hui la capacité d'avoir les armes pour se battre. Il faut qu'ils connaissent les règles du jeu. Il faut qu'ils essayent d'anticiper le plus possible le tsunami qui arrive. On a un rôle un peu de lanceur d'alerte. Ce qu'on a envie de faire, c'est de dire « regardez ce qui est en train d'arriver, regardez la mer qui se retire et le tsunami qui arrive, voilà ce qui va se passer. » Il y a des possibilités d'échapper. On peut encore monter à haut, on peut aller sur tel endroit, on peut arriver à se former pour arriver à en tirer meilleur. Ça va beaucoup, ça va tabasser beaucoup. Il va falloir s'accrocher au bastingage. Il y en a qui vont s'en sortir, probablement pas tout le monde. Et donc, essayons collectivement aussi de faire, parce qu'il y a aussi des moments où on va pouvoir faire des plus ou moins bons choix. Si on arrive à élire des gens qui sont plus conscients et qui ont le courage de faire certaines réformes, on va peut-être pouvoir moins éviter un passage très douloureux par la crise. Et comme dit un proverbe indien, quand les riches maigrissent, les pauvres meurent. Le problème dans la crise, ce n'est jamais les plus aisés, ce n'est jamais ceux qui ont le plus d'actifs, c'est toujours ceux qui sont en bas. C'est pour ça qu'il faut se battre, pour qu'on soit conscient et qu'on fasse le plus rapidement possible les changements qui sont nécessaires, même s'il faut être lucide, ça va être difficile.
- Speaker #0
Écoutez Olivier, j'ai été fascinée par tout ce que vous racontez, que ce soit du positif ou du négatif. C'est vrai que ça amène à réflexion et je crois que c'est ça, en tout cas ce qu'on cherche, c'est ça au puissant. Merci en tout cas de faire ce travail formidable pour nous réveiller un petit peu et se mettre dans cette actualité. Parce que ce qui est vrai, c'est qu'il faut se mettre, c'est un devoir de citoyen et on est obligé. Et dans deux semaines, c'est presque déjà un peu tard. Donc ne prenons pas trop de retard et grâce à vous, je pense qu'on va pouvoir réussir à se remettre à la page. Merci mille fois pour votre venue.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
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