- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans notre podcast « Changer de sillon » , le podcast qui partage des trajectoires agricoles qui font sens. Animateurs et animatrices au CIVAN du Haut-Bocage, nous allons vous emmener à la rencontre de fermes engagées dans une agriculture durable. Une agriculture autonome, viable et vivable, qui fait du bien à ceux et à celles qui la pratiquent, au territoire et à l'environnement. En bref, une agriculture qui rend nos campagnes vivantes. Nous découvrirons comment ces agriculteurs et agricultrices ont choisi de vivre de ce métier en repensant leurs pratiques et la valorisation de leur production. Expérimentation, échanges, moments de doute, de réussite, transmission d'expérience, chaque épisode vous plongera dans ces trajectoires de changement. Et parce que l'agriculture se construit aussi collectivement, ce podcast mettra en lumière la force du collectif porté par le réseau SIVAM. Alors, chaussez vos bottes et rejoignez-nous pour vous laisser inspirer.
- Speaker #1
L'installation agricole est une aventure qui demande de l'énergie et qui plus est, quant à l'écollectif, des capacités sur le plan humain. Thibault et Cécile se sont installés sur une même ferme aux portes de Bressuire. Le Gaec Blanche-Côdre, une ferme collective et familiale en vache chétière. Deux installations à des périodes différentes et dans des contextes différents. Aujourd'hui, ils viennent pour partager leur histoire et leurs bons conseils. Bonjour Cécile et Thibaut. Est-ce que vous pourriez vous présenter, préciser aussi pourquoi vous avez souhaité vous installer dans le milieu agricole et dans quel contexte vous êtes installée ?
- Speaker #2
Moi, je me suis installée en... Octobre 2013, sur le GEC de Blanche-Coudre, où il restait deux associés, Hervé et Jacques Fusseau, les frères de Christian, mon mari. On s'était connus quatre ans avant avec Christian, à un moment donné où il est parti de la ferme. On s'était toujours dit qu'on aurait souhaité reprendre une ferme ensemble. Ça ne s'est pas présenté à ce moment-là, et il y a eu la proposition de Jacques et Hervé d'installer tous les deux sur le GEC. Il y avait déjà l'atelier de transformation fromagerie. et les vaches laitières. Du coup, avec les formations que j'avais faites auparavant, dans le cadre du PPP, on a mis en place les yaourts et la fabrication de l'atome, avec aussi un audit sur toutes les fabrications qu'on faisait au sein de la fromagerie, et revoir l'aspect qualité, tous les aspects aussi chronophages, gain de temps,
- Speaker #1
voilà. À ton tour, Thibaut.
- Speaker #3
Eh bien, bonjour, Thibaut Fusseau, le... Neveu de Cécile, j'ai 30 ans, je me suis installé il y a deux ans maintenant. Je n'étais pas du tout dans le milieu agricole au début, j'ai fait des études dans la restauration, dans la cuisine. J'ai changé de voie parce que la restauration est toujours un hobby, une passion, mais j'en avais marre d'être en intérieur, j'avais envie de changer. J'ai décidé de me réorienter dans l'agricole et j'ai refait une formation en agroéquipement. et j'ai travaillé pendant 4 ans en tant que chauffeur dans une ETA ou dans une Cuma. Les choses ont fait que je voulais revenir un peu plus dans l'élevage et mon père partait à la retraite. Donc j'ai décidé de prendre sa suite, de m'installer sur l'exploitation, qui est une exploitation laitière en bio depuis 2012, avec du coup 4 associés et 2 salariés en transpo. Donc on transforme environ 200 000 litres de lait et on est un système tout à l'herbe. avec un séchage en grange depuis 2018.
- Speaker #1
Est-ce que vous pourriez expliquer un petit peu votre parcours à l'installation ? On sait que les parcours à l'installation, ce n'est pas quelque chose qui est forcément simple. Et vous avez des parcours différents, donc j'aurais bien aimé en savoir un peu plus sur vos différents parcours.
- Speaker #2
En fait, je ne suis pas du tout issue du monde agricole. Moi, je suis venue à l'agriculture par le cheval, par mon BTS agricole que j'ai fait dans les céréales avec une spécialisation en élevage de chevaux de loisirs. Et c'est mon ancien patron qui m'a motivée à faire cette formation. Sans possibilité de m'installer sur l'exploitation où j'ai fait mon BTS, j'ai voulu changer de département. Et c'est là que j'ai postulé à Solidarité Paysanne en Charente-Maritime, une association qui accompagne les agriculteurs en difficulté financière. Et c'est à ce moment-là que j'ai rencontré Christian, qui lui était parti de la ferme. Et on a eu notre projet d'installation ensemble. Et c'est de fil en aiguille que Christian est revenu sur la ferme familiale et que moi je me suis installée. avant mon installation J'ai fait le parcours à l'installation, le stage 21 heures, avec différentes formations, notamment en fromagerie, parce que c'était la partie qui m'intéressait sur la ferme. Et c'est de ces formations-là que j'ai pu amener les améliorations en fromagerie.
- Speaker #3
Moi, comme je l'expliquais tout à l'heure, je m'étais reformé un petit peu dans l'agricole. Donc j'avais les capacités, entre guillemets, pour m'installer. mais comme je le disais tout à l'heure, j'avais deux ans à perdre avant que... Mon père prend de la retraite, donc j'ai cherché une formation. J'en ai trouvé une, pas à côté, mais qui m'intéressait un peu plus aussi, en Haute-Savoie. Une formation, on va dire, niveau BPREA, mais vraiment spécialisée dans le Beauvalais, où j'ai vu tout ce qui touche à peu près à l'élevage de Beauvalais, et aussi à la qualité du lait, qui est très intéressante chez nous pour faire du fromage. Donc je suis parti, du coup, un an en formation là-bas. Et cette formation aussi m'a apporté pas mal de choses que je ne connaissais pas sur l'élevage laitier. Et ça m'a permis aussi d'apporter pas mal de choses sur l'exploitation, surtout au niveau de l'alimentation des vaches, parce qu'ils ont appris un système, entre guillemets, intensif, où c'est maïs raigra, on va dire, entre guillemets. Et moi, j'ai apporté plus de choses par rapport à la qualité du lait. Enfin, en Savoie, comme ils disent, ils produisent du fromage, ils ne produisent pas du lait. Donc, ils vont chercher énormément sur la qualité des fourrages. et pour avoir derrière une très bonne qualité du lait. Donc j'ai apporté pas mal de choses là-dessus. Et à la fin de ma formation, il me restait encore un peu de temps et je voulais le faire aussi. Donc j'ai fait un stage parrainage sur l'exploitation de 9 mois pour voir déjà si ça me convenait de travailler avec mes futurs associés. Et donc suite à ça, je me suis installé au 1er avril.
- Speaker #1
Du coup, vous êtes installé en collectif ? un collectif familial. Donc toi Cécile, comment l'as-tu ressenti quand on a annoncé que Thibaut allait s'associer avec vous ?
- Speaker #2
Ce que j'ai trouvé bien dans l'installation de Thibaut, c'est d'avoir pris le temps de s'installer, comme il a dit, de faire une formation, d'apprendre à se connaître, de développer ses connaissances au niveau des vaches laitières, etc. Parce qu'en fait, avec le recul, je me suis rendu compte que moi je me suis installée très vite. au sein d'une famille que je ne connaissais pas forcément plus que ça, dans le sens où on se connaissait à des rencontres de famille, mais sans connaître les personnes dans le cadre du travail. Moi, je me suis rendue compte, avec le recul par rapport à l'installation de Thibaut, qu'on aurait dû prendre plus le temps de s'installer. Et j'ai un peu galéré sur beaucoup de choses et je ne voulais pas refaire la même chose avec Thibaut. Je voulais que l'installation de Thibaut se fasse de manière constructive et qu'il ne ressente pas les mêmes choses que moi j'ai pu sentir 12 ans auparavant. J'ai été contente quand Thibaut est venu, au niveau énergie, il s'est donné le peps et les bonnes idées, la motivation et les énergies positives. Et en même temps, essayer de travailler sur l'aspect groupe et relationnel et mettre le doigt sur un point qui... pèse un peu, que je trouve qu'il a travaillé sur le guêque.
- Speaker #1
Et toi Thibaut, est-ce que ça a été une évidence pour toi de t'installer sur la ferme familiale ?
- Speaker #3
Une évidence, j'ai envie de dire oui et non. Après on a toujours, je pense, ce truc de, il faut pour que ça reste dans la famille, on a toujours envie que ça perdure, on va dire. Donc là c'était plus le fait que mon père partait et l'idée m'est venue comme ça. Après, le fait en collectif, pour moi, c'est pas essentiel, mais quasiment, surtout en élevage laitier, où il y a quand même une grosse partie d'astreinte. La traite, c'est deux fois par jour, même s'il y a d'autres systèmes où on peut faire autrement, mais voilà, nous, on est dans ce système-là. Donc, je ne me voyais pas être tout seul. Je me compare toujours un peu à mon voisin d'en face, lui qui s'est installé tout seul et qui a investi beaucoup, mais il est toujours tout seul. Même s'il a son père qui est salarié, mais son père sera bientôt à la retraite aussi. Je ne me voyais pas être tout seul, encore moins en Beauvins-Laye. Je ne veux pas dire que c'est du suicide, mais c'est très compliqué, je trouve, pour arriver à gérer son côté pro et perso à côté. Pour avoir une vie de famille quand on est tout seul, s'il faut habiter sur exploitation, on n'est jamais « serein » . Je trouve qu'on est dans une génération, pour en avoir discuté avec des copains de formation, où on n'a pas envie de passer notre vie au boulot. Même si c'est notre passion, même si on adore ça, il passe les jours et demi, tous les jours, 7 jours sur 7, moi non. J'ai envie aussi de, comme je disais tout à l'heure, j'aime bien les copains, j'aime bien faire la fête, donc il faut aussi se prendre du temps et ça permet aussi de se vider un peu l'esprit et de ne pas toujours avoir les idées. Vas-y, attends, ça, j'ai ça à faire lundi, tiens, il faut que je pense à ça. En fait, non, au moins comme ça, c'est... Pour moi, c'était essentiel d'être dans un gaec parce qu'on divise la charge mentale. Tout le monde ne pense pas forcément à la même chose, même si on a des tâches un peu précises chacun. Mais ça permet de se libérer l'esprit et de partir en week-end ou en vacances plus serein. Le fait de m'installer en famille ne m'a pas forcément... Ça ne m'a pas dérangé, pour moi, je ne vais pas dire que c'était une évidence, mais on peut se dire que ça peut être plus simple au niveau de la communication, mais pas forcément. Des fois, ça peut apporter un peu des tensions, ou dire que c'est ton oncle, il est un peu plus vieux que toi, il a toujours fait ça comme ça. Des fois, c'est compliqué de lui dire, ben non, regarde, c'est comme ça. Mais voilà, il y a toujours une très bonne entente, puis il y a surtout une très grande écoute. Ils ne sont pas fermés aux idées que je leur propose, même si des fois, elles ne sont pas forcément intéressantes.
- Speaker #1
Est-ce que vous pourriez justement nous partager un petit peu des choses qui pourraient faciliter ou au contraire défavoriser une installation en collectif ?
- Speaker #2
Avec du recul, c'est un peu installé dans l'urgence parce qu'en fait au niveau travail ils n'arrivaient plus à suivre l'aspect élevage, l'aspect transfo, vente, etc. On n'a pas pris le temps de se connaître, de savoir quand il y a quelque chose qui ne va pas, comment on se le dit. Et j'ai mis du temps à comprendre qu'il manquait quelque chose. Il y avait quelque chose qu'on n'avait pas fait au moment de l'installation, c'est apprendre à se connaître et même faire une formation pour savoir comment travailler ensemble. Je pense que Thibaut, qui a fait son stage parrainage, ça a laissé plus de temps. Je pense que ça m'aurait peut-être permis de... mettre le doigt sur certaines choses que j'ai mis le doigt dessus, mais j'étais déjà installée.
- Speaker #1
Est-ce que le stage parrainage t'a permis, justement, de travailler sur cet aspect humain ?
- Speaker #3
Oui, parce que j'avais un de mes oncles qui travaillait avec Cécile en fromagerie, qui, lui, voulait sortir un peu de la fromagerie, parce qu'il avait, je pense, fait un peu le tour. Et moi, la fromagerie m'intéressait aussi. Donc, on a fait des formations par le CIVAM sur, justement, l'entente entre associés. et puis là l'organisation au niveau de ça. Et du coup, ça a permis de voir comment on pouvait faire pour essayer de gérer au mieux les tâches de chacun sans forcément qu'on se marche dessus ou qu'il y ait quelqu'un qui fasse un peu moins que l'autre.
- Speaker #1
Ce podcast touche à sa fin, mais je suis sûre que vous avez plein de bons conseils à partager avec nos éditeurs et nos éditrices. Est-ce que vous êtes prêts à en partager ?
- Speaker #2
La technologie sur les téléphones, sur les agendas partagés, c'est quelque chose qu'on a mis en place comme ça, tout le monde est au courant tout le temps. Il y en a un qui rajoute un rendez-vous, une formation, un pense-bête, ça c'est nickel. Et puis aussi, vraiment apprendre à se connaître. Il faudrait que tous les associés fassent la formation, parce que sur la formation, mieux se connaître entre associés, c'est vraiment tous les associés qui devraient la faire et comprendre l'intérêt de communiquer.
- Speaker #3
Moi, je ne vais plus se parler pour mon cas, je ne me serai jamais installé tout seul. On est quand même dans une génération, comme je disais tout à l'heure, qui veut se dégager du temps. Donc voilà, je conseillerais de ne pas s'installer tout seul, du moins, je ne veux pas dire ça, parce qu'il en faut aussi, mais bien réfléchir à ce qu'on veut faire et au système qu'on veut faire. Il faut bien réfléchir à son projet, si c'est en collectif ou tout seul, mais bien poser beaucoup de questions à son entourage. à des anciens maîtres de stage, à des formateurs, à des gens qui sont autour de l'exploitation qu'on veut reprendre.
- Speaker #1
Eh bien, merci à vous, Cécile et Thibault. Ces deux parcours d'installation en collectif, différents sur leur forme, montrent l'importance de prendre le temps avant de concrétiser son projet. A la fois pour connaître ses futurs associés, mais aussi pour appréhender le travail dans la ferme. Il existe de nombreux outils, comme le stage parrainage dont a bénéficié Thibault. Il est important aussi de participer à des formations qui peuvent être prises en charge par le Fonds Vivard dans le cadre du plan de professionnalisation personnalisé, aussi appelé PPP, des formations proposées par différentes structures agricoles.
- Speaker #0
Cette expérience vous a plu ? Elle vous donne envie d'en savoir plus ? Alors, rendez-vous sur la chaîne YouTube et le site du CIVAM du Haut-Bocage. Nous remercions les Fonds européens agricoles pour le développement rural qui nous ont permis de réaliser ce podcast. Merci pour votre écoute et en attendant le prochain épisode, vous pouvez également nous rejoindre sur les réseaux sociaux pour découvrir nos projets.