- Speaker #0
J'ai changé mon type d'introduction parce qu'avant j'avais l'habitude de faire une présentation un peu à la LinkedIn du profil biographique de la personne et je me suis dit au fur et à mesure que j'étais de moins en moins fan et que le mieux c'était de laisser la personne se présenter elle-même parce que c'est elle qui le fait le mieux. Alors Grace, est-ce que tu peux te présenter ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr. Donc Grace Mehrabe, je suis la co-fondatrice et CEO d'Outmind. on s'est rencontré via BPI où on a travaillé tous les deux côté client de part et d'autre Outmind c'est un moteur de recherche boosté à l'IA qui vient récupérer tous les contenus internes chez nos clients l'idée c'est qu'on aide des chefs de projet, des juristes, des consultants qui ont énormément de données dans leur serveur leur SharePoint, leur mail etc. et on vient unifier l'accès à cette information là donc c'est avant tout un moteur de recherche. Et par-dessus, il y a tout l'aspect conversationnel qu'on peut attendre d'une IA générative. On existe depuis 2019 et avant ça, j'ai monté une première boîte sur le sujet de la formation aux outils internes et j'ai un parcours plutôt business, fac, école de commerce et une courte formation au code. Et encore avant ça, c'est quelque chose dont je ne parle pas forcément. J'ai fait la quasi-totalité de ma scolarité à domicile, donc ça fait de moi quelqu'un qui a un petit peu fait sa trace, sans forcément qu'on me mette des rails pour les suivre.
- Speaker #0
Et justement, ça on en parlera, parce que tu m'en avais parlé il y a quelques semaines quand on avait fait l'échange préparatoire. Tu t'es présentée sous un angle très business, les boîtes que tu as fondées, et je pense que c'est normal parce que c'est ton quotidien aujourd'hui. Mais si je posais la même question à la Grace de 10 ans, elle me répondrait quoi ?
- Speaker #1
C'est vraiment pas simple cette question parce que je pense qu'à 10 ans, j'étais toute innocente. Je sais que je voulais, en cadeau de mes 10 ans, une machine à coudre, ce qui est de mon point de vue aujourd'hui.
- Speaker #0
On est loin de la business woman indépendante.
- Speaker #1
Et j'avais eu la machine à coudre Singer dans le meuble. Là, c'était hyper chouette. Je savais que je voulais... J'étais déjà très curieuse et j'étais déjà très indépendante. Mais j'étais une petite fille qui aimait bien les trucs de filles et qui, en même temps, jouait au foot avec les garçons en bas. On devait être 15, dont deux filles. Donc, en fait, je ne sais pas vraiment si j'étais garçon manqué ni très féminine. J'étais un peu au milieu des deux. Et je pense que j'avais une enfance plutôt heureuse.
- Speaker #0
Et au moins, tu étais ouverte d'esprit, tu aimais à la fois le foot et la couture.
- Speaker #1
C'est vrai.
- Speaker #0
Tu as fait une enfance assez plurielle. Tu l'as dit, tu as fait l'école à domicile. Moi, il y a plein de choses qui m'interrogent. Déjà, le fait que tu ne voulais pas en parler, mais surtout, comment tu l'as vécu ? En fait, tu as commencé, tu as toujours fait l'école à domicile ou tu as commencé, je ne sais pas, à primaire, maternelle, en école un peu plus classique ?
- Speaker #1
En fait, je n'ai pas fait de maternelle, mes parents m'avaient appris à lire et à écrire, donc je n'ai pas fait de CP non plus. Et je suis arrivée en CE1.
- Speaker #0
Ah oui, d'accord. Tu es directe arrivée en CE1 sans les classes d'avant.
- Speaker #1
C'est ça. Et en fait, cette année-là, mes parents avaient déjà un projet de déménagement à l'étranger en cours d'année. Et j'ai fait quelques mois à l'école. et il y a eu un peu un double effet il voulait lancer ce projet avant qu'on soit tous scolarisés, les uns après les autres j'étais l'aînée et ensuite un an et demi après mon petit frère puis un an et demi après ma petite soeur et après il y en a eu 5 bref donc t'as deux aînées non je suis l'aînée et ensuite il y a 4 autres ah oui grande famille et à l'époque je sais pas si on était déjà 4 ou si on était 3 enfin voilà mais Je me souviens qu'à 6 ans et demi, ils m'ont retirée de l'école en se disant qu'on allait faire ça par correspondance parce qu'ils avaient trouvé de quoi le faire. Ils trouvaient aussi que l'école reflétait pas mal des mots de la société et je pense qu'ils voulaient me protéger à fond. Les deux sujets de déménagement et d'éducation idéale ont amené à ça. idéal évidemment avec des grands guillemets parce que chacun a son avis sur le sujet et en fait ils se sont rendus compte que c'était possible alors ma mère était mère au foyer donc elle pouvait s'occuper de nous et elle était plutôt elle avait fait des bonnes études elle a en gros elle a lâché un... Parcours en médecine quand elle m'a eu.
- Speaker #0
Ah oui, ok.
- Speaker #1
Et donc elle arrivait bien à nous suivre. Et en plus de ça, on avait des vrais cours. Et quand ils se sont rendus compte que c'était possible, ils ont un peu enchaîné, sachant que le projet, il ne s'est pas fait de déménagement sur le moment. Ils l'ont reporté, ils l'ont re-re-re-reporté.
- Speaker #0
So t'as grandi où toi ?
- Speaker #1
En région parisienne, au sud de Paris. Je suis née en 92 et j'ai grandi à Cachon. Ok. Voilà. Et donc, ils ont fait ça aussi avec frères et sœurs. Et ça a continué jusqu'au bac. Voilà.
- Speaker #0
Et toi, tu l'as bien vécu ? C'est quelque chose que... Ça t'allait ou tu étais curieuse d'aller à l'école classique ? Je ne sais pas si tu avais des copains et des copines. Du coup, je sais que c'est les questions que beaucoup de gens se posent quand on parle de l'école à domicile. C'est, mais est-ce que tu rencontres des gens ? Est-ce que ça fait des enfants qui sont seuls ? Après, tu avais plein de frères et sœurs. Donc, seuls, je ne pense pas, mais...
- Speaker #1
Oui, j'avais plein de frères et sœurs. J'avais aussi des activités extrascolaires. que... du chant, de la danse, etc. On avait aussi... En fait, on habitait un endroit où il y avait une espèce de grand square juste en bas de chez nous. Et du coup, on retrouvait tous les enfants à 16h30 qui sortaient de l'école, qui étaient juste en bas. Et donc, on avait quand même pas mal de liens avec des gens qu'on recroisait tout le temps. J'avais des amis malgré tout. Et ça, ça a un peu changé à la période collège-lycée où les gens ont commencé à aller chacun dans leur coin.
- Speaker #0
C'est là où les groupes se forment. Donc en fait, si tu n'es pas du groupe de copines, tu ne vas pas forcément t'intégrer facilement.
- Speaker #1
Et puis, c'est une période aussi, je pense qu'on est très difficile les uns avec les autres. Déjà envers soi, on se cherche beaucoup. Donc ce n'est pas forcément une période que j'ai beaucoup aimée. Je sais qu'à l'époque, je voulais justement aller au collège ou au lycée. Et donc cette période-là, je l'ai moins bien vécue.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Parce que j'étais assez extravertie et qu'effectivement, je me retrouvais un peu toute seule. Je ne sais pas, vers mes 14-15 ans, ça a été la période où je pense que je n'ai pas été la plus épanouie. Et tu l'avais demandé,
- Speaker #0
toi, à tes parents de rejoindre un collège classique ?
- Speaker #1
Oui, mais ils trouvaient que c'était... En fait, c'est un peu un piège parce qu'une fois que tu n'es pas là-dedans... Ils ont vraiment l'impression que ça va être la pire période. Le collège-lycée, c'est vraiment là. Oui,
- Speaker #0
donc revenir là-dedans. Puis c'est là où il y a tous les mots de la société. C'est vrai que ça commence surtout dans les âges où tu en prends conscience.
- Speaker #1
Et comme forcément, je pense qu'ils ont l'impression que tu n'es pas prête, parce que tu n'as pas côtoyé ça, même de manière progressive, plus jeune plutôt. Je pense qu'il y avait un vrai blocage de leur côté.
- Speaker #0
Et pourquoi est-ce que tu l'as souvent caché ?
- Speaker #1
Parce que j'en avais honte.
- Speaker #0
Et tu saurais l'expliquer ? Le fait que ce soit différent de la norme ? Oui.
- Speaker #1
En fait, j'avais l'impression de ne pas avoir du tout les codes. En fait, tu vois, tous les moments où tu as des conversations sur c'est quoi le prof qui t'a appris la vie ? C'est quoi celui que tu as détesté ? Toutes les anecdotes de classe. En fait, tout le monde a un truc à raconter. Et sur ces moments-là, juste, tu te tais et tu espères qu'on ne te pose pas la question. Et j'ai l'impression qu'il y a toute une frange de moments de vie extrêmement communs à plein de gens que je ne connais pas. Et j'ai eu plutôt tendance à vouloir rentrer dans un moule, à minima en tout cas. Et donc ne pas avoir été passée par là, pour moi c'était être trop différente. Et je ne l'ai pas dit vraiment à des gens très proches pendant très très très longtemps.
- Speaker #0
Et ça te manque aujourd'hui, justement, toutes ces périodes de vie que les gens racontent que toi, t'as pas connues ?
- Speaker #1
Pas plus que ça.
- Speaker #0
Plus maintenant, en fait ? Non, sincèrement, pas plus que ça.
- Speaker #1
Parce que tu compenses... Déjà, ça fait longtemps maintenant.
- Speaker #0
Bah oui,
- Speaker #1
honnêtement. Et puis, je pense que j'ai beaucoup compensé par la suite en faisant des choses. J'ai été dans des assos d'école. plus tard des assos plus professionnels. J'ai eu aussi mes années fac et...
- Speaker #0
Oui, c'est vrai que maintenant, les souvenirs qu'on se raconte entre potes, c'est plus les années école, fac, voire début de vie active que les plus jeunes années.
- Speaker #1
Aujourd'hui, ça ne me manque pas vraiment, même s'il y a toujours cette petite curiosité de « j'ai pas vu ça » et je pense que ça aurait pu être sympa de le passer par là aussi.
- Speaker #0
Et les modèles autour de toi, quand tu étais plus jeune, c'était qui ? Est-ce qu'il y avait des gens qui t'inspiraient particulièrement ? Ou est-ce que ça arrivait plus tard ?
- Speaker #1
Quelque part, mon père m'a quand même inspirée dans une certaine manière. Donc lui, il était jardinier paysagiste. à son compte. Et pour la faire court, lui, il est arrivé en France dans sa vingtaine. Il venait d'Iran, juste après la chute du chat. Et il a fait plein de petits boulots, il a essayé de se démerder, il ne parlait pas français, etc. Et le fait qu'il ait réussi à créer son job, se trouver ses clients, faire quelque chose qui le passionnait et nourrir une famille de cinq enfants derrière avec... son timing, sa façon de gérer les choses, etc. Moi, ça m'a donné une perspective qui était de se dire, je peux faire un peu ce que je veux. C'est possible de trouver sa voie et de la créer.
- Speaker #0
De la créer, oui. Tu as connu des modèles qui n'étaient pas forcément dans le salariat hyper classique.
- Speaker #1
Exactement. Et ensuite, par contre, je... Je ne dirais pas que j'ai suivi un modèle. Je n'ai pas vraiment trouvé de modèle quand j'ai commencé à travailler, etc. Donc, il y a peut-être plein de petites bribes de choses que tu trouves soit attirantes, soit en tout cas que tu valorises chez les gens et dont tu essayes de t'inspirer. Mais je ne dirais pas que j'ai essayé de me calquer sur un modèle.
- Speaker #0
Et toi, ton enfance ? je vais dire atypique, même si je n'aime pas trop ce mot et qu'en réalité, il n'y a aucun parcours qui est réellement hyper classique. Qu'est-ce que ça t'a apporté selon toi ? Compétence, vision de la vie ?
- Speaker #1
Compétence, je pense pour sûr l'autonomie. Parce que j'aurais pu peu travailler, avoir des mauvaises notes. En fait, tu n'as pas le même cadre. Mes parents me poussaient à avoir des bonnes notes quand même. J'ai été chercher ma mention au bac, mention bien en candidat libre. Donc en fait, c'est plein de choses où je voulais être. Je pense que j'étais bonne élève et je voulais faire les choses bien. Mais j'avais très peu de cadre.
- Speaker #0
C'est plus de la self-discipline. Tu avais envie de le faire pour toi plus que pour un prof.
- Speaker #1
Complètement. Je me souviens très bien. Tu fais ton agenda avec ta semaine, les matières que tu vas faire à telle, telle, telle heure. Le matin, tu bosses tes cours, tu pourrais ne rien faire.
- Speaker #0
Mais du coup, la fac, elle doit être beaucoup plus facile après. Moi, je sais qu'il était dans un parcours plutôt classique. En plus, j'ai eu des parents profs, donc très cadrés pour le coup, très jeunes. J'ai fait six mois de fac en échange parce que j'étais en école de commerce. J'ai fait six mois d'échange à l'étranger où j'ai découvert le modèle de la fac où tu vas en cours si tu as envie d'aller en cours. Si tu as envie de lire tes cours, de manière générale, il faut juste aller au partiel à un moment donné. Il y a une date qui est donnée. Tu t'y pointes. Mais que tu sois allée en cours ou pas, ça ne change rien. Et là, je me suis rendue compte que sans cadre, je partais complètement en sec. Je n'ai pas bossé pendant, on va se le dire, quatre mois. Après, je me suis dit les partiels, c'est dans deux mois. J'ai bachoté mais comme jamais, deux mois non-stop, jour et nuit. Je m'en suis très bien sortie comme ça, mais je me suis dit, en fait, je n'aurais jamais pu tenir une scolarité entière. Voilà, complètement laissée à l'abandon, sans cadre, etc.
- Speaker #1
Oui, je comprends très bien. Heureusement que c'était comme ça aussi pendant la fac. Tu vois, moi, j'ai monté, j'ai rejoint le gars qui montait l'Emon Learning, pour être précise. À l'époque, il était tout seul. J'étais en licence et j'avais 19 ans.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et j'avais passé mes études à distance parce que même ce mode un peu libre de la fac, ça ne suffisait pas. Je voulais vraiment faire que la boîte. Et je me prenais peut-être une semaine ou deux avant les partiels. Je ne pense pas deux semaines, moins que ça. Mais les soirées et week-ends, je bossais un peu. Et après, j'avais 16 temps de révision. Et ça avait marché. J'avais été majeure de promo deux fois de suite. en licence et master master 1 et en fait ça me permettait de vraiment garder du temps pour la boîte mais aussi pour les autres activités que je pouvais avoir t'as appris à gérer ton temps et à pouvoir caler comme un Tetris toutes tes activités pour
- Speaker #0
que ça paye à la fin et donc ta première boîte Lemon Learning, tu vas nous en parler tu l'as co-fondée à 19 ans si je ne dis pas de bêtises Qu'est-ce qui t'a poussé à entreprendre à ce moment-là ? Qu'est-ce qui s'est passé entre justement, tu fais l'école à domicile, tu rentres à la fac et là, qu'est-ce qui se passe ?
- Speaker #1
En fait, j'ai très tôt voulu me frotter au monde professionnel. Donc en L2, j'ai essayé de faire des stages. J'ai fait un premier stage là où je me disais, j'ai zéro compétence, mais j'aime bien aider les gens, les conseiller, etc. Et j'aime bien tous les sujets techno. je suis allée faire vendeuse chez Darty pendant deux mois dans le petit électroménager et j'avais beaucoup aimé cette expérience parce que je sentais que j'arrivais à donner des conseils aux gens qui cherchaient leur machine à café peu importe et j'ai bien aimé aussi le challenge de faire aussi bien que les autres vendeurs donc je leur donnais mes coms parce que moi j'avais pas de coms en tant que stagiaire Oui. mais je surperformais parmi les vendeurs.
- Speaker #0
Il y avait quand même cet esprit de compète.
- Speaker #1
C'était sympa et je me souviens que le directeur du magasin m'avait convoqué une fois en me disant comment ça se fait que je n'arrive à vendre les garanties et puis aussi les produits qui sont en gondole, qu'il faut qu'on vende avec les comms. Un peu pourquoi et comment. Je me disais juste que c'est le challenge, c'est les objectifs des autres vendeurs, donc je les aide à faire leurs objectifs. J'ai envie de voir si je peux le faire. Ça, c'était assez rigolo. Je savais que je ne voulais pas continuer là-dedans. Je n'ai pas pris la perche de continuer.
- Speaker #0
Ils ont dû te le proposer. Pour le coup, si tu surperformais...
- Speaker #1
Oui, il y avait le directeur de Rayon qui voulait m'embarquer en alternant chez Darcy au siège. Derrière, j'ai rejoint un cabinet de recrutement. Ils étaient en lancement. Ils étaient encore tout. tout petit, ça s'appelait Pragmatan à l'époque, enfin toujours aujourd'hui d'ailleurs, ils existent toujours. Et là j'ai fait à la fois de la chasse côté candidat et côté client. Et on positionnait des profils techniques dans des ESN, des entreprises digitales, etc. Et à l'époque, c'était le tout début des startups. En tout cas, il y en avait peut-être avant, mais ça commençait à devenir un peu plus connu et Merci. plus une voie intéressante à ce moment-là. C'est 2014. J'ai pas mal contacté des dirigeants de start-up qui voulaient recruter potentiellement des profils techniques. Pendant un mois ou deux, on n'avait pas encore de closing, on allait les voir avec mes patrons. Je me souviens qu'à la fin de cette période, un de mes patrons m'avait dit qu'on arrête complètement ce segment, ça ne marche pas, les mecs n'ont pas de thunes. De toute façon, tu fais ce qu'on te dit. voici les clients qu'il faut qu'on aille chercher c'est fini ce truc là ok fine j'étais un peu dégoûtée parce qu'il y avait de la demande quand même mais je me suis dit tant pis c'est pas moi qui décide et en fait on a eu des closings après et ce qui était hyper rigolo c'est que les fois suivantes quand on allait les voir les patrons me disaient avec Grace on a monté une offre dédiée aux startups c'est assez rigolo et donc j'ai découvert un petit peu ce monde-là à ce moment-là en allant dans des incubateurs rencontrer des CEOs, des CTO, etc. Et j'ai trouvé ça assez sympa. Ils me racontaient un peu leurs projets. Et quand j'ai fini cette expérience-là, j'ai voulu un peu toucher à ce monde et j'ai vu passer un post Facebook qui disait « Cherche bras droit » . de Pierre en l'occurrence qui montait Lemon Learning il avait à peine commencé à ce moment là et on s'est rencontré, ça a bien matché et j'avais très peu d'expérience à faire valoir mais je pense que c'était quand même utile pour lui parce que l'axe vente et recrutement c'est hyper central et on a fait un café et le lendemain il m'a proposé de le rejoindre on a commencé dans des espaces de coworking ou alors au café Malongo dans le 5ème Et je faisais ça en parallèle de mes études. Et progressivement, j'ai pris une place de COO. Oui, est-ce que lui,
- Speaker #0
c'était quoi la maturité de Lemon Learning au moment où vous avez commencé à bosser ensemble ?
- Speaker #1
Pas grand-chose. Non, il n'y avait vraiment pas grand-chose. Il venait de créer. Je ne sais même pas s'il y avait vraiment un site. Il n'y avait pas de produit, il n'y avait pas de client.
- Speaker #0
Tu nous rappelles ce que c'était, Lemon Learning ?
- Speaker #1
Oui. Les MemLearning, au début, l'idée, c'était de faire du blended learning, donc de former les collaborateurs à leurs outils internes à travers des formations sur site et en digital.
- Speaker #0
Et en fait,
- Speaker #1
assez vite, on s'est concentré juste sur la partie digitale et on a un peu changé de modèle en se disant, on va faire des guides pas à pas qui vont former les équipes à leurs outils. Donc, c'était vraiment des tutoriels. qui, par exemple, ont formé... Mon premier client, c'était Air Liquide. Leurs équipes ont leur Salesforce ou leur outil achat.
- Speaker #0
Quand même, premier client Air Liquide, ça va. Vous êtes très bien débrouillée, quand même.
- Speaker #1
Oui, c'est une longue histoire. On a fait plein de choses. On a monté un cabinet de recrutement en parallèle pour nous financer. C'est une boîte qui était autofinancée.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
C'est moi qui m'occupais du recrutement, du coup, de cette partie-là. On a monté une agence web, pareil, pour s'autofinancer. et là c'était plutôt lui qui avait... Il disait un peu son réseau. Donc, il avait fait un parcours 1G et HEC Entrepreneur. Et donc, parmi notamment d'autres élèves de sa promo HEC Entrepreneur, il y a pas mal de gens qui voulaient monter des projets. Et donc, on arrivait à proposer un ou deux profils techniques que je recrutais pour l'agence ou alors pour des clients finaux qui voulaient aussi recruter en se disant comment vous arrivez à recruter chez vous. Donc voilà, c'était un peu un défocus la première année. Mais c'est ce qui nous a permis de nous financer.
- Speaker #0
Ok, si je comprends bien, c'est comme si vous aviez lancé plein de side business qui étaient très rentables et qui permettaient de financer ensuite le vrai travail de fonds qui était développé de les main learning.
- Speaker #1
Exactement, financer le dev de la plateforme.
- Speaker #0
C'est pas grave parce qu'on en parle peu de ce mode de financement-là. On parle du crowdfunding, on parle des invests, on parle des friends, families and fools, mais moins du fait de, on vient, on va lancer plein de petites activités un peu annexes qui vont servir ce gros projet.
- Speaker #1
C'est clair. Je t'avoue que j'y croyais moyennement au débarrage, mais c'était envisageable. Et on s'est quand même dit, on essaye, on voit. Et je pense que lui, il avait un peu ce côté, il avait envie de tester plein de business. Il y avait tout le temps des idées. À un moment, on s'est même dit, est-ce qu'on ne ferait pas un business de gestion de postes de travail parce qu'on avait pris un espace assez grand qu'on soulouait ? Donc nous, on arrivait à être à zéro sur le loyer grâce à ça. Mais on s'était même posé la question, on avait fait un BP pour acheter les tâches du haut. Enfin bref, il y avait tout le temps des idées de business. Et par contre, il fallait un peu les réduire de temps en temps.
- Speaker #0
J'imagine que c'était deux cerveaux d'entrepreneurs un peu en émerveillance qui ne se calment jamais. Parce que c'est vraiment ça ping-pong tout le temps.
- Speaker #1
Mais il fallait parfois se dire là, on réduit. Et quand l'activité principale a commencé à vraiment marcher, on a réduit pas mal.
- Speaker #0
OK. Est-ce que c'était combien de temps après votre rencontre et vos premières activités ?
- Speaker #1
Je dirais un an et demi, deux ans après. On a commencé à beaucoup réduire, notamment l'agence, la partie digitale, on a vraiment arrêté. Et par contre, la partie recrutement, j'avais recruté deux consultants en recrutement qui faisaient ça en parallèle et donc ça fonctionnait.
- Speaker #0
Et toi, dans cette expérience Lemon Learning, qu'est-ce que tu as aimé ? Qu'est-ce que tu as moins aimé ? Comment ça s'est passé ?
- Speaker #1
J'avais un rôle qui était assez transverse. Je m'occupais de la partie finance, recrutement, opération au sens large, partenariat, un peu produit aussi, parce qu'on n'avait pas vraiment quelqu'un qui était dédié au produit. Pierre était très focalisé sur la vente. C'était un excellent vendeur. Et c'est ce qui a fait le succès de la boîte aussi. Moi, ça m'a appris la vie, cette expérience. Concrètement, enfin... Quand j'avais 20 ans et que j'avais des gens de 40 qu'on recrutait, j'étais toute petite et en même temps, comme je connaissais un peu mieux juste le sujet de la boîte, je leur apportais des choses sur ces sujets-là. Et sur le reste, j'attendais que ce soit eux qui amènent de l'expertise.
- Speaker #0
C'était une relation un peu donnant-donnant.
- Speaker #1
Et je sais très bien que les premiers mois ou les premières années, tu as un costume qui est un peu trop grand pour toi. Donc, tu essayes de rentrer dedans. Mais je m'en souviens, je n'avais pas de gêne pour autant. Je trouvais que c'était vraiment une belle expérience. Ça m'a permis aussi d'avoir la confiance que j'ai eu besoin pour monter derrière aussi une boîte de mon côté. L'image globale, elle est très, très, très positive. Et d'ailleurs, c'est pour ça que j'ai tendance à dire beaucoup. à des étudiants ou des gens qui n'ont pas vraiment d'expérience de se lancer parce qu'en fait, tu n'as pas grand-chose à perdre.
- Speaker #0
Oui, tu as tout à apprendre.
- Speaker #1
Exactement. Donc, c'est un moment d'apprentissage accéléré. J'ai appris avec lui, j'ai appris avec les clients, avec les équipes. Je ne dirais pas qu'il y a vraiment des choses que je n'ai pas aimées. Ça faisait partie de l'expérience au global. Je suis restée trois ans. et quand je suis partie, c'était pour deux raisons. D'abord, parce que j'avais envie de correctement finir mes études, c'est-à-dire que je les ai faites jusqu'au bout, j'étais allée jusqu'en master, mais c'était le truc que je faisais à côté. Et je m'étais rendue compte que ça avait une importance. Je le voyais chez les clients, les interlocuteurs, les gens qui encore fièrement à 50 ans disaient X telle année, HEC telle année. J'ai eu envie de chercher un logo d'école. J'ai fait un master spécialisé à l'ESCP. Et cette année-là, il y avait des voyages, il fallait être sur place, etc. Donc, je ne pouvais pas être full time. Et donc, le deal, c'était que je passais par time pendant cette année. Et en fait, je me suis rendu compte en parallèle que c'était surtout la boîte de pierre. qu'il avait sa vision et peut-être que je ne m'y voyais pas non plus continuer des années et des années. Et donc, ça a été un peu le moment où j'ai pu me dire, je m'éloigne un peu. Et en fait, je me suis vraiment éloignée. J'ai mis du temps. J'ai mis six mois à partir pour bien gérer encore tout ce qu'il fallait et faire une vraie transition. Et ensuite, j'ai été recrutée par ailleurs chez Hyperlex, qui faisait de l'IA pour comprendre des contrats, juste à la fin de l'ESCP. Ça m'avait surpris, parce que généralement, quand tu sortais de l'ESCP, tu avais un stage de fin d'études, et on était deux dans toute la promo à voir un CDI à la sortie. Et donc, je ne m'y attendais pas. Je ne savais pas que c'était valorisable, entre guillemets. Et donc, pareil, encore une raison de faire ça alors que tu n'as pas d'expérience, parce que c'est hyper valorisable. Alors après, ça peut être aussi une source de stress pour des recruteurs. Oui, mais si on te le propose,
- Speaker #0
il faut sauter sur l'opportunité. Moi, c'était pareil chez Artefact. On m'a dit, alors je ne sais pas si ça se met encore à l'épreuve maintenant, mais on m'avait dit, je cherche quoi ? Un CDI ? Un stage de fin d'études ? Je ne sais pas quoi. Je me suis dit, si on me propose un CDI.
- Speaker #1
Exactement. Et en fait, comme j'avais tout le temps été chez Lemon, avec un spectre assez large de missions, etc. Mais que j'étais dans cette bulle. On ne se rend pas compte de la valeur qu'on peut avoir sur le marché du travail avant de s'y frotter. Et donc, ça m'avait surpris positivement qu'on puisse me chasser et qu'on puisse me mettre sur un rôle qui était un rôle chouette de Head of Operations dans une belle startup qui venait de lever en CID. Et hyper intéressant, en plus hyper lex. Je pourrais en parler. Ce qu'ils faisaient, c'est qu'ils analysaient automatiquement avec... du machine learning, des contrats et de la documentation juridique. C'était vraiment les tout débuts des Transformers. Il y avait les premiers modèles autour de l'attention, avec le papier Attention is all you need, qui était sorti en 2017, je crois. Et juste après, il y a eu les premiers grands modèles de langage. Ils avaient commencé à travailler sur ces sujets-là pour comprendre la documentation juridique.
- Speaker #0
Ils étaient pionniers dans ce qui se fait maintenant à fond avec les agents.
- Speaker #1
Oui, c'était vraiment encore avant les agences. On ne parlait pas d'IA générative, même si je crois que GPT-1 est sorti en 2018. Donc, il y avait un début. Mais voilà, c'était encore balbutiant. Et j'ai fait quelques mois là-bas. Et c'est vraiment la jonction de l'expérience précédente chez Lemon où j'ai vu vraiment la pléthore d'outils internes utilisés chez nos clients. Et le fait que c'était extrêmement frustrant quand tu arrives dans une équipe, de te rendre compte que tu ne sais pas qui a travaillé sur quoi. tu vas refaire ce que les gens ont déjà fait et tu vas t'en rendre compte trois mois après. Il y a vraiment un manque de performance et d'efficacité monstrueux lié à comment tu accèdes à l'information dans les grosses boîtes. Je voyais ça d'un côté et je voyais de l'autre côté comment on pouvait réussir à analyser du texte grâce au machine learning et comprendre, poser des questions en langage naturel à la donnée. C'est ce qui m'a donné envie de créer un Google interne. je voyais aussi que les solutions sur le marché étaient un peu soit lacunaires, soit un peu poussiéreuses un peu lourdes à mettre en place et je voyais une petite lucarne là-dessus et ça m'a vraiment donné envie de me lancer et voilà donc c'est toutes ces expériences-là les unes après les autres puis ensuite le wagon pour mieux comprendre la partie tech qui m'ont donné les armes pour me lancer donc attends,
- Speaker #0
si je reprends la chronologie T L E S C P tu es recrutée, tu travailles quelques mois dans ta boîte Head of Operations. Et là, tu te dis, je commence à comprendre les lacunes du monde des entreprises aujourd'hui. J'ai une bonne idée. Pourquoi tu te dis, je vais faire le wagon ? C'est, je veux lancer cette boîte, j'ai besoin d'un bagage technique, je me forme et maintenant, je trace ma trajectoire pour lancer ce projet-là ? Ou comment ça s'est passé ?
- Speaker #1
Je pense qu'il y avait vraiment un côté où j'avais encore envie d'aller chercher de la légitimité sur un sujet extrêmement technique. J'avais beaucoup été ces dernières années en contact avec des développeurs, des data scientists.
- Speaker #0
Donc je comprenais, mais vraiment en surface. Et ça ne m'allait pas. J'avais envie de comprendre mieux que ça. J'avais envie de pouvoir discuter de comment est-ce qu'on allait mettre les choses en place. Je savais que j'allais prendre un directeur technique, parce que faire un moteur de recherche, c'est extrêmement compliqué. Autant avec le wagon, tu peux faire des plateformes type Airbnb. Tu peux quand même faire des choses hyper sympas, mais tu ne crées pas...
- Speaker #1
Tu devais savoir comment ça marchait, mais tu n'allais pas le faire toi-même.
- Speaker #0
Non. Donc j'ai vraiment fait ça pour aller chercher la culture tech nécessaire et savoir un peu comment faire. Parce qu'en deux mois, neuf semaines, tu apprends à faire du bac, du front, de la base de données. Tu comprends vraiment les fondamentaux, tu fais du peer programming. C'est une super pédagogie et donc j'étais contente de le faire. et j'en suis sortie de ça avec... Je pense une meilleure visibilité et une meilleure capacité à juste comprendre ce qu'on allait faire et pas juste dire oui, oui, c'est très bien parce que tu m'as expliqué le truc. Oui,
- Speaker #1
tu étais en capacité de challenger peut-être aussi les propositions. Et donc, tu as rencontré ton CTO là-bas ?
- Speaker #0
Non, je pensais le rencontrer là-bas. C'était une piste. J'avais aussi beaucoup échangé avec l'ancien CTO de Malte qui travaillait chez Hyperlex à l'époque en freelance. qui m'a donné des super conseils et elle a finalement préféré continuer en freelance, il avait trop sa vie de freelance mais sinon j'aurais potentiellement réfléchi à monter ça avec lui et derrière j'ai rencontré Arthur Arthur Caillot qui est devenu mon CTO et qui lui était participant à un hackathon qu'on avait organisé à Saclay donc lui il sortait de Centrale il avait fait un gap year où il avait entrepris à San Francisco et il avait envie d'entreprendre et en fait on s'est rencontré sur cet événement on a bien accroché on s'est fait un café, on a discuté du sujet moi j'avais à peine commencé à le creuser ce sujet là à ce moment là je lui avais dit, j'avais le wagon que je commençais juste après, lui il finissait ses études mais on a quand même commencé un peu à creuser dès ce moment là et quand on a été tous les deux disponibles on s'est lancé vraiment et en fait on a tenté l'expérience en se disant on... On a signé un gentleman agreement qui était un document où on projetait nos deux visions, nos valeurs, en engageant juste l'un envers l'autre avant de faire un pacte d'actionnaire. Je ne sais plus pendant combien de temps on a tourné sur ça, mais quelques mois. Ça fonctionnait bien et c'est ce qui nous a permis de nous dire qu'on continue. Six ans après, ça continue.
- Speaker #1
Il est encore là et toi aussi. C'est vraiment de retrouver, vous devez l'avoir du coup, ce papier avec vos deux visions. On y est proche aujourd'hui ou le projet a évolué aussi avec le temps ?
- Speaker #0
On est quand même resté assez proche après. Je pense qu'on était aussi très naïfs. Il faut une certaine naïveté pour faire ce qu'on a fait. Imaginez qu'on va faire un Google d'entreprise en quelques mois. qu'on allait réussir à développer tout ce qu'il fallait en termes de connecteurs, de pipelines de données. En fait, le temps qu'on estimait était largement sous-estimé.
- Speaker #1
Ça a pris combien de temps à concevoir le produit MVP d'Outmine ?
- Speaker #0
En fait, on avait MVP qui permettait de se connecter à Google Drive et à Gmail et de faire des searches. et c'était... hyper moche, mais ça existait. Ça, je pense qu'on l'a fait en très peu de temps, en quelques mois, c'était live, mais en fait, ça n'intéressait strictement personne parce qu'il n'y a pas vraiment de problématiques à chercher dans Drive et dans Gmail, c'est un peu nice to have de se cumuler les deux. Je dirais que le moment où on a vraiment eu un produit qui pouvait embarquer des grands volumes, qui avait les bons connecteurs minimaux, ça devait être trois ans après.
- Speaker #1
Ah oui, quand même.
- Speaker #0
Et heureusement qu'on a réussi à lever de l'argent, qu'on a quand même réussi à embarquer nos tout premiers clients dès les six premiers mois, ce qui n'était pas gagné.
- Speaker #1
C'est qui vos premiers clients, si c'est OK ?
- Speaker #0
Oui, c'était des cabinets de conseil. En fait, notre premier focus, c'était de dire que les consultants passent leur temps à refaire des slides, des prêts, etc. On capitalise peu et pourtant, on parle beaucoup de capitalisation. Et donc, on s'est dit que c'est un endroit où on peut peut-être aider. Et donc, on a signé avec, je me souviens, trois puis quatre cabinets de conseil très, très vite. Team Spirit était l'un des tout premiers qui est toujours avec nous six ans après. TNP, Sherpstone et d'autres. de quelques dizaines à plusieurs centaines de collaborateurs. Et ensuite, on a un peu diversifié parce qu'on s'est rendu compte que les enjeux qu'avaient les consultants, tu les retrouvais dans plein de métiers connexes. C'est ce qu'on a eu chez BPI. C'est ce qu'on a eu dans les métiers des bureaux d'études techniques. Donc, en fait, le conseil adapté à la construction.
- Speaker #1
Est-ce que finalement, maintenant, vous continuez d'accompagner des directions du conseil, mais dans des organisations dont ce n'est pas forcément le cœur business ? mais qui existent et qui ont ces mêmes problématiques.
- Speaker #0
Oui, et en fait, on s'est beaucoup concentré depuis deux ans sur tout ce qui est grands projets et ingénierie. Effectivement, tu as du conseil également dans ces sujets-là. Tu as des bureaux d'études qui font un travail vraiment d'analyse, de conception avancée, qui vont traiter de la documentation massive. Et donc, ça, on le fait pour des groupes comme CETEC et d'autres bureaux d'études de cet acabit. on a aussi des grands acteurs de la construction qui ont leurs propres équipes internes de type BE ou chefs de projet, comme Vinci, comme Suez, etc. Donc, on a un petit peu étendu la typologie client et d'ailleurs, on l'a renforcée, au contraire, en la verticalisant sur l'ingénierie et la construction.
- Speaker #1
Et à l'époque où vous avez lancé OutMind, on parlait d'IA, de machine learning, on parlait peu encore... d'IA générative. Aujourd'hui, on peut faire plein de choses avec l'IA générative. On peut aussi rechercher dans de la donnée interne comment vous avez réussi à vous adapter à cette technologie. Est-ce que toi, tu l'as vu comme une menace ou au contraire le bon shift à prendre, une opportunité en plus pour affiner le produit ?
- Speaker #0
Alors en fait, il y a vraiment les deux aspects. Ça génère une certaine menace parce que ça génère énormément de concurrence, mais ça a été aussi une opportunité pour nous, pour nos clients aller chercher plus de valeur sur un socle qui était déjà là. La plupart des entreprises qui se sont lancées sur l'Enterprise AI depuis quelques années ont fait des RAGs. Donc, en gros, ils ont monté des plateformes qui vont faire des appels à un LLM, à des modèles de langage du marché.
- Speaker #1
Oui, parce que dis-toi qu'il n'y a pas forcément des gens qui ont tous les langages techniques.
- Speaker #0
Je vais arrêter avec les acronymes. Le RAG, c'est Retrieval Augmented Generation. Ça veut dire... Plutôt que d'avoir entraîné un modèle sur de la donnée, on va lui donner accès à un moteur de recherche qui lui-même peut retrouver la bonne information et la fournir de manière spécifique au modèle. Et c'est la façon de faire qui marche bien en entreprise parce qu'entraîner des modèles, c'est hyper coûteux, c'est long et ça demande une expertise importante. Et si tu as de la documentation qui se met à jour, il faut aussi mettre à jour cet entraînement en permanence. L'entraînement, c'est ce que font les grands acteurs de l'IA générative pour améliorer leur modèle. Le faire à l'échelle de l'entreprise, ça n'a souvent pas beaucoup de sens. À l'échelle d'entreprise, ce qu'on va faire, c'est plutôt du RAG. On va connecter la donnée à un moteur de recherche qui lui-même va être connecté à un LLM. Et ça, de plus en plus de gens l'ont fait, mais souvent d'une manière assez bête et méchante, à savoir on prend la data, on la déverse dans une base de données dédiée, souvent une base de données vectorielle, et on met un moteur de recherche par-dessus. Et par-dessus, donc encore, tu as l'ELM. Ce qui n'est pas très efficace, c'est qu'en fait, il faut tout le temps populer cette base. Nous, notre façon de fonctionner, elle a été un peu différente, puisque dès le premier jour, on a créé des connecteurs qui venaient indexer la donnée. Donc en fait, la donnée, elle vit dans les outils du client. On ne vient pas devoir la mettre à jour dans la base de données, etc. Donc, tout le monde continue à travailler sur son SharePoint, ses serveurs, ses emails, etc. Et on a Outmine qui est connecté à ces outils-là. Il va respecter les droits d'accès de chaque personne. Ça, pareil, ça a été une brique très différenciante. Oui,
- Speaker #1
c'est un vrai enjeu avec les outils, justement, diagénératifs, d'agentiques qui pop-up partout. C'est comment est-ce qu'on fait pour respecter les droits qui ont eu lieu. Ils ont pris une vie d'entreprise à être pensée, attribuée, etc.
- Speaker #0
Exactement. Donc, il y a beaucoup d'outils aujourd'hui dans lesquels on va devoir déverser la donnée quelque part. Et puis après, on va devoir recréer un système de droit. Nous, notre positionnement, c'est de dire qu'on est en miroir complet par rapport à la source. Et en fait, cette brique connecteur et gestion des permissions à l'échelle, elle crée une différence. Elle crée notamment une différence parce qu'on a créé des connecteurs qui fonctionnent sur des sources de données, qui sont complètement isolées, où il n'y a pas d'API, où il n'y a pas de connectique prête à l'emploi. Et c'est le cas, par exemple, pour des serveurs de fichiers locaux, donc vraiment on-premise, installés chez le client. où on a passé des années à créer ce qu'on appelle un middleware, donc un agent qui vient faire ce travail d'indexation en local. Et en fait, toutes ces briques-là, mises les unes à côté des autres, font qu'on avait une certaine avance sur le marché, en tout cas d'un point de vue technologique.
- Speaker #1
Oui, est-ce que le marché va se limiter aux grands outils, à la rigueur Google Drive, Microsoft Drive, les mails, Salesforce ? Oui,
- Speaker #0
les serveurs. Après, tu peux avoir aussi des jets. Il y a quand même d'autres outils que tu peux cumuler derrière. Mais effectivement, la plupart de nos clients, je pense, vont intégrer 3, 4, 5, 6 bases, même s'il peut y en avoir bien plus. Ce qui est intéressant, c'est d'aller chercher là où il y a le gros de la donnée et d'être quand même assez exhaustif. C'est ce qu'on attend de nous. On attend de nous une fiabilité à toute épreuve sur les droits. On attend de nous une sécurité aussi complète. parce que c'est la donnée de nos clients qu'on vient indexer. C'est extrêmement critique. Donc, on a toutes les certifications, les SOC 2, ISO 27001. On encapsule les données dans des espaces vraiment isolés, silotés. Il y a plein de sujets sur lesquels on avait une certaine avance technologique pour pouvoir le faire à l'échelle avec des contraintes enterprise. Et donc, rajouter la brique. IA générative par-dessus, ce n'était pas le plus difficile. Et ça créait tout de suite beaucoup de valeur. Et en un an, là je te donne l'info pour vraiment été 2025, été 2026, on est passé d'environ 15% des requêtes sur la plateforme qui étaient des requêtes IA, donc conversationnelles, à 55%. Oui,
- Speaker #1
parce que c'est rentré dans les usages des collaborateurs aussi en fait.
- Speaker #0
C'est ça. Et donc c'est une vraie attente de nos clients aujourd'hui. Et donc, dans cet aspect-là, c'est une opportunité. Et ce sur quoi on continue de travailler, nous, c'est de renforcer ce qui fait notre différence. On ne va pas bosser sur la brique purement Gen AI. Par contre, on va bosser sur toute l'infrastructure de recherche. C'est ça qu'attendent nos clients.
- Speaker #1
Et votre business model, aujourd'hui, c'est quoi ? Comment ça fonctionne ?
- Speaker #0
C'est des licences qui dépendent du volume de données indexées.
- Speaker #1
OK, donc pas du volume d'utilisateurs.
- Speaker #0
Non. Et ça, c'est intéressant aussi à l'échelle, parce que souvent, on a beaucoup de produits d'IA qui coûtent 30, 60 ou plus euros par mois par collaborateur. Et malgré des usages parfois variables, l'idée avec nous, c'est qu'on puisse indexer un certain volume et juste ouvrir à toute l'entreprise ce droit d'utiliser l'IA finalement, plutôt que de ségréguer les utilisateurs entre ceux qui ont des licences pro et pas les autres.
- Speaker #1
Aujourd'hui, pour trouver des nouveaux clients, tu passes par quoi ? C'est des salons, tu prospectes. Est-ce qu'il y a beaucoup de bouche à oreille aussi ?
- Speaker #0
On a plus de 50% de nos clients qui sont en entrant, qui viennent souvent de recommandations. Comme on travaille beaucoup avec, comme je le disais, les sociétés d'ingénierie et de construction, c'est un petit milieu. Donc, on a un peu de bouche à oreille. Ensuite, les 45% restants, je dirais, sont divisés entre... Des partenaires, des salons et de l'outbound, donc de la prospection ciblée. La partie salon est importante pour nous. On en fait quelques-uns dans l'année. On fait des salons spécialisés dans l'ingénierie, la construction tech et l'IA. Et des salons un peu plus généralistes, comme on en parlait avec des vivatech et d'autres.
- Speaker #1
Si on revient un peu plus sur toi, et ton parcours et ce qui t'a emmené jusqu'ici. Qu'est-ce qui t'a le plus aidé, selon toi ?
- Speaker #0
Ce qui m'a le plus aidé, c'est de ne pas avoir peur de tester des choses et de ne pas avoir peur de demander de l'aide. Les deux en même temps.
- Speaker #1
À qui, par exemple ?
- Speaker #0
Les premières semaines, les premiers mois. J'ai fait beaucoup de cafés avec des gens que j'avais contactés beaucoup sur LinkedIn. Certains que je connaissais, mais j'avais quand même très peu de réseau. Et je me suis fait beaucoup ce réseau à force de contacter des gens, d'intégrer aussi certains réseaux d'entrepreneurs. Par exemple, parmi les premiers que j'avais rencontrés, il y avait euh David Touma qui avait lancé Open Data Soft et avant qui était chez Exalid, le moteur de recherche français qui a été acheté par Dassault il y a 20 ans, peut-être plus, je ne sais plus dans la même veine Florian Douéto qui a monté Dataiku pareil qui était directeur de la R&D chez Exalid à l'époque et d'autres entrepreneurs mais qui étaient sur une thématique approchante ou alors des potentiels clients pour comprendre si ce que je leur racontais avait du sens ou de la valeur pour eux et que c'était pas juste moi qui me faisais une idée et donc ça, ça m'a beaucoup aidé à la fois à imaginer des Merci. des nouvelles façons de traiter le sujet ou alors me conforter ou au contraire me dire, attends là tu prends fausse route complète ça je l'ai beaucoup fait et à côté de ne pas avoir peur effectivement de tester, c'est à dire tu as le droit à l'erreur donc tu vas appeler des gens, tu vas tenter des nouvelles approches et puis tu recadres après quand tu vois que ça marche ou ça marche pas
- Speaker #1
Et au contraire, les plus grosses difficultés que tu as rencontrées sur ta route, qu'est-ce que ça a été ?
- Speaker #0
Je pense qu'on a eu la chance de ne pas avoir de roadblock énorme, mais il y a eu plein de problèmes les uns après les autres. Je sais que j'ai eu des moments de stress, de cash comme tous les entrepreneurs. Il y a eu des moments de tension entre associés comme beaucoup d'entrepreneurs aussi qu'on a résolus. des sujets RH, et heureusement, on n'a jamais eu un seul prud'homme. Ça s'est toujours bien passé, mais c'est évidemment toujours de l'apprentissage, des levées qui ne se font pas, et tu trouves des solutions, et tu finalises le truc beaucoup plus tard et mieux potentiellement, mais sur le moment, tu penses que c'est la fin du monde et que tu ne vas pas y arriver. C'est juste... Je ne pourrais pas te dire un exemple. Il y en a tellement.
- Speaker #1
C'est un enchaînement de petites choses.
- Speaker #0
Ça te fait un peu le cuir.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a des choses que tu as dû apprendre ? J'imagine que oui, parce qu'en fait, tu n'es pas entrepreneur. Tu apprends, tu le deviens, etc. Mais des choses que tu as dû peut-être désapprendre, des convictions que tu avais ou des certitudes que tu avais où tu t'es rendu compte qu'une fois dedans, ça ne marche pas du tout comme ça.
- Speaker #0
peut-être un point qui alors je sais pas si c'est lié à ma personnalité ou au fait qu'on apprend beaucoup aux filles à rentrer dans une bonne petite case et à plaire mais on a tendance à vouloir satisfaire tout le monde et ça ça marche pas quand on entreprend parce que quand tu veux satisfaire tout le monde tu satisfais personne vraiment Ça ne marche pas pour tes clients, ça ne marche pas pour tes équipes, ça ne marche pas pour tes partenaires. Donc ça, c'est quelque chose que je pense que je désapprends toujours, de me dire que je ne cherche pas à plaire à tout le monde. Tant pis si ça peut être un peu brusque et que ce n'est pas totalement compris, parce qu'en fait, à se mettre trop dans la tête des gens, tu... Tu ne travailles pas pour tes intérêts et tu es tout le temps en train de zigzaguer. C'est dangereux pour toi parce que tu oublies ta cône vertébrale et c'est dangereux aussi pour les équipes parce que si elles ne voient pas ce drive-là chez toi, elles vont avoir l'impression qu'il n'y a pas de ligne directrice et que ça ne tient pas la route. Donc ça, c'est quelque chose sur lequel je continue de travailler. De me dire, objectivement, si une situation n'est pas correcte, tant pis, tu rentres dans l'arc. Parce que c'est ce qu'il faut faire. Et c'est ce qui va être respecté en face. D'avoir des clients, par exemple, ou des partenaires qui se permettent certaines libertés et qu'il faut recadrer. Je pense qu'au début, tu ne le fais pas parce que tu as envie de fournir un niveau de service. qui est exceptionnelle. Je me souviens...
- Speaker #1
Tu as un exemple sans citer personne, mais pour qu'on se projette un peu dans...
- Speaker #0
Bien sûr. Quand on était chez les Main Learning, Pierre disait qu'on voulait fournir les services d'un grand restaurant. Donc d'avoir toujours ce sens du service jusqu'au bout. Et je pense que c'est vrai. Et dans le B2B, c'est intéressant d'avoir cette optique-là. Par contre, parfois, tu te retrouves avec des clients qui abusent de leur situation. On en a eu qui, évidemment, tu vas avoir par exemple ceux qui considèrent que c'est légitime de ne pas payer, de ne pas respecter ses engagements. Ils ne sont pas très contents à un moment. c'est parfois des boucles de mail où juste tu recadres et quitte à te friter avec la personne en face mais en fait je sais qu'on est dans le bon endroit c'est basique ce que je dis mais tu pourrais avoir tendance à te dire non c'est quand même un gros logo je vais peut-être éviter c'est ça Et dans toutes ces situations, pareil, pour défendre aussi des salariés qui étaient, eux, en direct vis-à-vis de clients qui abusent un petit peu de leur situation, de leur position, pareil, ça m'est arrivé de monter au créneau et d'avoir après le gars qui disait « Ah non, non, je ne voulais pas dire ça. Bien sûr, on va respecter nos engagements. » Et puis, il y a plein d'autres moments comme ça, je pense aussi avec des salariés. Moi, j'ai vraiment envie que tout le monde se sente super bien, super à l'aise, trouve sa place. Et parfois, il faut recadrer. Sinon, ça ne marche pas.
- Speaker #1
Oui, tu ne peux pas être la bonne pote tout le temps.
- Speaker #0
Je ne suis pas la pote.
- Speaker #1
OK, comment est-ce que tu vois Outmind évoluer à l'avenir ? C'est quoi ta vision ?
- Speaker #0
Cette année 2026, notre objectif, c'était d'atteindre la rentabilité opérationnelle, de ne plus dépendre de nos investisseurs. C'est chose faite. Normalement, on va tenir la ligne jusqu'au bout de l'année. La prochaine étape, c'est vraiment de générer de la croissance rentable et de revenir sur des niveaux de croissance tels qu'on l'a fait toutes ces dernières années, d'au moins fois deux par an. On est bien parti pour, donc on va essayer de continuer sur cette lancée-là. On veut continuer à travailler sur le produit parce qu'on sait qu'on a des choses différenciantes et qu'il faut qu'on continue de les enrichir. En fait, c'est une thématique qui est tellement passionnante. On en parlait encore en équipe, on avait un pot de départ la semaine dernière, on est parti en débat sur l'IA générative, ses usages, à quel point ça peut potentiellement remplacer beaucoup de jobs et c'est une réalité. Se poser ces questions-là et en même temps être vraiment au cœur du réacteur, le mettre en place pour nos clients, comme tu le fais aussi chez Artifact. de se retrouver à se poser toutes ces questions de comment on fait techniquement pour aller sur les derniers niveaux de performance tout en le faisant avec des coûts qui sont maîtrisés. Peut-être justement en allant chercher plus de frugalité grâce au moteur de recherche qui peut faire une partie du travail. En fait, on est en train de se poser toutes les questions qui font qu'on arrive à implémenter ce type de technologies qui sont game changers chez les entreprises, chez les gens. Donc moi, je continue Yeah ! Tant qu'on a cette passion-là.
- Speaker #1
C'est génial. Merci beaucoup Grace. J'ai passé un très bon moment avec toi.
- Speaker #0
Merci à toi.
- Speaker #1
A bientôt. Merci d'avoir écouté cet épisode. S'il t'a plu, n'hésite pas à le partager autour de toi. Et pour aller plus loin, tu peux rejoindre la communauté WhatsApp Chapitre où tu seras notifié de tous les prochains épisodes et tu pourras te connecter aux autres auditeurs du podcast. Enfin, si tu es entrepreneuse ou leader dans la tech, N'hésite pas à me contacter sur mes réseaux. Très belle journée à toi !