Speaker #0Bonjour, aujourd'hui j'avais envie de vous partager une expérience et c'est vrai que ça fait longtemps que je n'ai pas pris la parole seule sans mettre en évidence les autres. Donc aujourd'hui je me sers, aujourd'hui je prends soin de moi en vous partageant mon vécu. J'ai récemment vécu une expérience assez étrange, presque irréelle. J'étais à un événement, j'avais choisi d'être présente à cet événement, j'étais entourée, il y avait beaucoup de monde, et pourtant, et pourtant j'étais seule. Je m'ennuyais profondément, les énergies qui étaient présentes ne me portaient pas du tout, au contraire, elles me plombaient. Mon corps le savait, mon cœur aussi. Mon mental a mis du temps à le comprendre. Et en fait, je vivais un mélange d'ennui, de flottement, de spleen. Alors vous appelez ça comme vous le voulez, moi j'appelle ça une tristesse lucide. D'ailleurs, si vous allez voir la définition dans le Petit Robert de la tristesse, la tristesse n'est pas forcément du chagrin, la tristesse peut être en lien avec l'ennui. Le spleen, comme je viens de le citer auparavant. Et c'était ça, j'étais vraiment dans l'ennui. J'étais dans l'ennui, dans la tristesse d'être là, sans y être. Je n'arrivais pas à comprendre pourquoi j'avais fait ce choix. J'avais la tristesse de m'être enfermée moi-même dans ce choix. Dans ce choix qui ne me ressemblait plus. Oui, c'est ça, enfermé et responsable, responsable de cet état, de ce choix. Puis, à un moment particulier, des personnes bienveillantes, sincèrement bienveillantes, mais assez insistantes, à mon goût. En fait, ces personnes-là voulaient me sortir de cet état de tristesse, me faire parler. me faire dire, me faire bouger. Mais moi, je me suis sentie observée. Je me suis sentie comme sur le banc des accusés. Accusée d'être dans un état de tristesse, d'ennui. J'étais dans un état presque à devoir me justifier de mon état intérieur. Et c'est ce que mon mental était en train de... de prendre conscience. Mais en quoi cela dérange-t-il ? Qui cela dérange-t-il ? Cet état, pas moi. Alors, j'ai répondu parce que je me sentais acculée. Oui, je suis une femme triste. Mais c'est vrai, je suis une femme triste, je suis une femme qui s'ennuie, parfois. La tristesse, elle fait partie de ma vie. Mais quand j'ai dit « oui, je suis une femme triste » , ces mots, ils sonnaient faux, parce que mon corps, lui, il n'était pas d'accord. Ma pensée, elle résistait. « Oui, oui, je suis une femme triste. Oui, oui, je suis une femme triste. » Mais en fait, je n'étais pas une femme triste, j'étais juste une femme traversée par une tristesse. La nuance, elle est essentielle. J'étais triste de la situation, triste d'un choix, triste d'un décalage. Et cela me suffisait. Et puis est venue la question, mais d'où vient ta joie ? Eh oui, je vous parle toujours de joie, parce que la joie, elle fait partie aussi de moi. Elle est là, elle fait partie de ma vie. Et cette question, elle m'a arrêtée nette. Ma réponse est sortie sans réfléchir, elle vient de ma tristesse. Eh oui, elle vient de là, de cet endroit brut, inconfortable, vivant. Ma joie, elle ne flotte pas au-dessus de ma vie, elle s'enracine dedans. dans mes creux, dans mes silences, dans mes inconforts, dans mes prises de conscience de mes choix pas toujours heureux, joyeux pour moi. Elle vient aussi de mon corps, de mon cœur, de ce qui m'entoure quand je prends le temps de sentir, quand je prends le temps d'être à mon écoute. Ma joie et ma tristesse, elles avancent ensemble, elles s'équilibrent, elles dialoguent, elles ne s'opposent pas, elles coexistent. Souvent ça m'agace, moi, qu'on mette tout en opposition. Réussite, échec, joie, tristesse, vie, mort. Mais tout ça, ce n'est pas opposé. C'est un kaléidoscope. C'est une nuance, ce sont des nuances, des nuances de l'existence. Elles ne s'opposent pas, elles coexistent. C'est ce mélange-là qui me rend vivante, c'est ce mélange-là qui me rend vibrante, qui me rend connectée au monde. Alors non, je ne veux pas qu'on m'arrache à ma tristesse, je veux qu'on la respecte. qu'on lui laisse sa place, qu'on lui foute la paix. Parce qu'au fond, c'est aussi elle qui me relie à ma joie. Merci pour votre écoute. Et respectez-vous. Et surtout n'oubliez pas que, parce que ça, c'est l'essentiel.