Description
Des immeubles des années 60, dans une résidence du 2ᵉ arrondissement de Marseille. Un vaste palier au bout duquel Prescilla nous attend, un petit sourire au coin des lèvres. L'appartement s'ouvre sur une grande pièce à vivre baignée de lumière. Viennoiseries et jus de fruits sont de sortie. On prend place sur le canapé d'angle. Le couple, côté méridienne, moi en face. Prescilla à ma gauche, Sullivane à ma droite. Ils se regardent, comme pour se donner de la force avant de raconter l'un des épisodes les plus douloureux de leur vie.
Le vol du premier peau à peau
Après une première grossesse et un accouchement par voie basse, la naissance de leur deuxième enfant, Paul, est plus compliquée. Un déclenchement douloureux qui se termine par une césarienne en urgence. Au bloc, Prescilla fait une hémorragie et ne rencontre son fils que sept heures après sa naissance. "Presque une journée entière sans voir son enfant. Je n'ai pas pu faire le peau à peau avec lui, ni la tétée de bienvenue. J'ai l'impression qu'on m'a volé ce moment que je ne pourrai plus jamais vivre." Les premiers jours sont une épreuve. Prescilla ne parvient pas à porter son fils seule. Son mari l'aide à se lever, à se laver, à mettre leur bébé au sein. Conscient de la souffrance de sa femme, Sullivane demande un suivi psychologique à l'hôpital. "Entre nous, on sait ce qu'il s'est passé. On n'en reparle pas. Sur le plan émotionnel, on n'est pas complètement guéris."
Le corps après la césarienne
Et puis il y a cette cicatrice. "Maintenant, il y a quelque chose en plus qui est là, qui me dérange. Je n'arrive toujours pas à toucher ma cicatrice, ni même trop à la regarder." C'est Sullivane qui s'en charge : "La cicatrice, il faut la masser. C'est moi qui le faisais parce qu'elle ne se sentait pas capable de le faire." Aujourd'hui encore, Prescilla confie que son regard sur son corps reste compliqué. "La cicatrice a transformé mon corps. J'essaye de travailler mes abdos pour ne plus avoir ce bourrelet en bas du ventre. Ça, je n'y arrive pas."
Transformer la colère
Pour se reconstruire, ils se lancent un défi : préparer ensemble un Hyrox. Entraînements à deux, séances en famille, allaitement entre deux exercices... "C'était le début d'une grande aventure, sourit Prescilla. On souffre ensemble au sport mais ça nous fait du bien, ajoute Sullivane. Notre fille nous encourage, essaye de reproduire les mouvements de sport avec nous. C'est aussi transmettre des valeurs à nos enfants. Travailler ensemble comme ça, ça nous rapproche aussi." Le sport devient peu à peu un espace où remettre leur corps en mouvement, transformer la colère en énergie et retrouver une forme de sérénité. "Notre devise, c'était nous deux contre le reste du monde. Maintenant, c'est nous quatre."
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