Speaker #2Bonsoir à toutes, bonsoir à tous. Je suis le docteur Antoine Garnier-Crussard. Je suis gériatre aux Hospices Civils de Lyon. Je travaille au Centre Mémoire Ressources Recherches. et à l'Institut du vieillissement des Hospices Civils de Lyon et j'ai une activité de maître de conférence des universités à l'Université Lyon, tant qu'enseignant de gériatrie et notamment autour de la question des troubles cognitifs puisque c'est mon sujet principal tant dans mes activités cliniques au Centre Mémoire de Lyon que mes activités de recherche au Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon et au Centre de Recherche Clinique Vieillissement Cerveaux Fragilité. Ainsi dans mon activité professionnelle je m'occupe principalement de personnes âgées qui présentent des troubles cognitifs comme par exemple des troubles de la mémoire qui sont bien connus mais aussi parfois des troubles du langage ou des modifications du comportement et qui dans certains cas sont en lien avec des maladies neurodégénératives. Parmi ces maladies vous le savez bien sûr une des maladies les plus fréquentes, les plus connues, les plus médiatisées mais à juste titre puisque c'est celle qu'on rencontre le plus c'est la maladie d'Alzheimer. Cette maladie qu'on commence à assez bien connaître même si il reste quelques secrets à percer. connu depuis plus d'une centaine d'années et touche probablement autour d'un million de personnes en France au stade qu'on appelle de troubles neurocognitifs majeurs, c'est-à-dire au stade au sein duquel les troubles cognitifs ont un retentissement sur l'indépendance de la personne. Et beaucoup plus de personnes, peut-être le double, à des stades un peu plus précoces de la maladie quand il y a simplement les premiers signes, les premiers symptômes, les premiers oublis. Cette maladie est donc très élevée et un diagnostic est important et si possible à des stades débutants de la maladie puisqu'on sait et qu'on imagine que c'est à ces stades où on pourra le plus influencer le cours évolutif de la maladie, diminuer les complications, retarder l'entrée dans la dépendance et puis favoriser le plus possible la qualité de vie. Aujourd'hui, pour faire ce diagnostic, Cela passe par le recueil auprès des symptômes, de la plainte des patientes, des patients qui se plaignent de leur mémoire, parfois c'est leur entourage qui se plaint, puis de confirmer si les difficultés de mémoire sont significatives ou ne sont pas entre guillemets simplement ce qui est attendu pour l'âge. Parce qu'il est vrai que passé un certain âge, beaucoup de personnes se plaignent de leur mémoire et dans bon nombre de cas, ce ne sont pas des oublis qui sont inquiétants, des oublis qui font penser à la maladie d'Alzheimer. On se sert de tests neuropsychologiques qui nous permettent de distinguer les oublis. potentiellement suspect d'une maladie débutante comme la maladie d'Alzheimer ou alors des oublis en lien avec par exemple des troubles de l'attention, de la concentration, eux-mêmes pouvant être secondaires par exemple à des difficultés de sommeil, de l'anxiété, des contrariétés, etc. Je vais vous présenter et discuter d'un projet de recherche qui nous tient particulièrement à cœur dans notre centre, qui est en collaboration avec mes collègues chercheuses et chercheurs. du CNRS notamment, mais également de différentes équipes cliniques et biologiques des Hospices Civils de Lyon et de l'Université et de l'Inserm, une étude qui s'appelle ActSoma. Dans cette étude, on teste une fonction cognitive qui est très précocement atteinte dans la maladie d'Alzheimer. Cette fonction est la navigation spatiale. La navigation spatiale, c'est ce qui nous permet de nous repérer dans l'espace, d'aller d'un point A à un point B en utilisant le chemin le moins coûteux, le plus logique et le plus simple possible sans se perdre. Cette fonction est médiée par différentes régions du cerveau, mais notamment les régions proches de l'hippocampe, des structures qui sont très précocement atteintes dans la maladie d'Alzheimer. Ceux-là ont fait un potentiel de test qui pourrait très précocement nous dire si la personne avait les tout premiers signes ou était à risque de développer la maladie d'Alzheimer. Toutefois, tester l'orientation dans l'espace, on a un petit peu du mal à le faire. Dans un cabinet médical ou auprès d'un neuropsychologue ou d'une neuropsychologue dans une salle de consultation, il faudrait par exemple aller se balader dans Lyon avec une carte, essayer de se retrouver, etc. Donc c'est vrai que c'est peu pratique par ailleurs. C'est une fonction et vous le savez autant que moi, on a des différences dans la population très importantes. Et on peut être entre guillemets assez mauvais en orientation spatiale, c'est par exemple mon cas, mais ce n'est pas synonyme de maladie d'Alzheimer. Il y a beaucoup de facteurs autres que la maladie d'Alzheimer qui influencent nos capacités de navigation spatiale. C'est dans ce contexte, à la fois pour répondre à ce problème des différences dans la population de navigation spatiale et d'autre part au fait que c'est une fonction qui est difficile à évaluer. dans un cabinet de médecins ou de neuropsychologues qu'un jeu vidéo a été développé. Ce jeu s'appelle Sea Hero Quest, où la personne qui joue incarne le capitaine d'un bateau qui voit une carte qui doit se retrouver dans un milieu aquatique, et la carte disparaît au bout de quelques temps. La personne doit ensuite se déplacer sur cette carte et retrouver des repères dans un bonheur, en ayant mémorisé ses repères. Ce jeu a déjà été joué par presque 4 millions de personnes dans le monde. Cela sous-entend qu'on a des données qui nous permettent de tester ce qu'est un comportement de navigation spatiale normal chez 4 millions de personnes, parmi lesquelles certains s'orientent bien, d'autres s'orientent moins bien, mais la plupart d'entre eux, bien sûr, l'immense majorité, n'ont pas de maladie d'Alzheimer. Dans le projet ActSoma, on souhaite le tester chez une population de sujets sains, qui ont entre 20 et 85 ans, et une population de patients qui ont des maladies d'Alzheimer au stade débutant. On aimerait comparer les différences entre les deux groupes en imaginant que les patients avec une maladie d'Alzheimer on bel et bien, cela confirmerait notre hypothèse, on bel et bien de moins bonnes capacités de navigation spatiale. Et on aimerait aussi, et c'est notamment sur ce sujet que nous avons besoin du soutien, tester chez des personnes qui sont saines, c'est-à-dire qui n'ont pas de symptômes qui font évoquer la maladie d'Alzheimer, mais qui peut-être auraient un risque plus important que d'autres personnes de la développer. Un risque qui serait contenu dans les gènes ou dans l'expression de certaines des protéines qui font penser qu'il y a peut-être des prémices de la maladie d'Alzheimer qui... arriverait dans les années à venir. Donc on dose chez ces personnes ces facteurs de risque biologiques, qu'ils soient de l'ordre de la protéine ou de l'ordre des gènes, pour tester si parmi les personnes qui sont saines, qui n'ont pas d'oubli, qui ne se plaignent pas dans leur mémoire, ceux qui ont un peu plus de risques auraient déjà de moins bonnes performances pour s'orienter que les personnes qui ont moins de risques. Et donc on pourrait imaginer que cet outil, ce jeu vidéo qui est assez simple, facilement déployable sur une tablette ou un smartphone, pourrait nous aider à repérer très tôt et facilement à large échelle la maladie d'Alzheimer. Cela reste bien évidemment à prouver et ensuite à positionner dans le parcours de soins. Et très certainement qu'il y aura toujours besoin d'une expertise multidisciplinaire, d'imagerie, d'autres examens biologiques pour confirmer le diagnostic de maladie d'Alzheimer, mais peut-être que cet outil pourrait facilement nous aider déjà à aiguiller vers une inquiétude supplémentaire ou peut-être d'être rassurant. C'est important de soutenir la recherche contre la maladie d'Alzheimer. On sait que les progrès qui ont été faits, par exemple, dans le domaine de la cancérologie, ont été énormes ces 20-30 dernières années. Et le domaine de la maladie d'Alzheimer est également en pleine effervescence. Vous savez peut-être qu'il y a des médicaments dont on commence à beaucoup parler, qui apportent des signaux d'espoir, des marqueurs pour diagnostiquer tôt la maladie, qui apportent des signaux d'espoir. Et tout cela, bien sûr, émerge grâce à la générosité et aux différents modes de financement de la recherche, puisque c'est toujours très coûteux de faire de la recherche. C'est ainsi que ce soir je remercie particulièrement le docteur Boxer pour son soutien et puis éventuellement vous si vous souhaitez soutenir ce projet grâce à la Fondation Hospice Civile de Lyon qui nous soutient notamment dans l'analyse de ces marqueurs qui vont nous permettre d'estimer si les personnes sont un risque ou pas. Je ne suis pas présent ce soir mais j'étais heureux de pouvoir un petit peu vous présenter ces projets, nos projets de recherche. et qui seront au bénéfice, je l'espère, des malades d'Alzheimer d'aujourd'hui et ceux de demain. Merci beaucoup. Vous aussi. Au revoir.