Speaker #0Et si tu occupais sans le savoir la place d'un autre ? Il y a des places héritées, des rôles reçus avant même qu'on puisse choisir. Et parfois, ce sentiment d'être décalé. Peut-être qu'il dit quelque chose, peut-être qu'il indique une direction. Dans certaines lignées, les places se mélangent. L'aîné qui fait le petit, le cadet qui porte comme un père, l'enfant unique qui cherche sa fratrie invisible. Bienvenue ! Tu écoutes « Connais-tu ton prénom ? » , un podcast qui explore les prénoms comme des mots-clés posés à l'entrée d'une vie. Je suis Laetitia Absalon, interprète symbolique et transgénérationnelle. Aujourd'hui, nous aborderons trois prénoms, Gauthier, Jules et Maxime. Et une seule question qui les traverse. Quelle place portons-nous vraiment ? Les prénoms ne sont pas des étiquettes, ce sont des invitations à traverser quelque chose. Le podcast que je propose est une écoute, une lecture. Un autre regard. Chacun entend ce qui résonne avec lui. C'est parti. La force qui cherche sa direction. Gauthier, du germanique Warl, Gouverner, et Eri, Armé. Gauthier, celui qui gouverne par les armes. Walter, Gauthier, tous. porte cette même tension, avoir reçu la force, mais ne pas savoir toujours contre quoi la diriger. Saint Gauthier, XIe siècle. Il commence sa vie comme soldat, puis un jour, il pose les armes. Il comprend que sa vraie bataille est intérieure. Il fonde un monastère. Il gouverne encore, mais par l'exemple, pas par la contrainte. Sa force devient service. Ce qui me touche dans cette figure, c'est ce mouvement. De la force reçue vers la force choisie. Dans le langage des oiseaux. Dans Gautier, on peut entendre Gauté, celui qui jauge. et apaise, comme si derrière la puissance, il y avait une aspiration à la paix. On pourrait imaginer que certains gautiers portent cette question en silence. Comment transformer la force héritée en service choisi ? Comment être fort sans faire peur ? Et peut-être plus profondément ? Est-ce que cette place de chef m'appartient vraiment ? Ou est-ce que je l'occupe parce qu'elle était vide ? L'entre-deux. Jules, du latin Julius, la famille de César. Mais aussi du grec Ioulos, le duvet, le premier poil qui pousse. Ceux qui annoncent sans accomplir encore, ceux qui promettent. Jules, cet être entre, entre l'enfant et l'adulte, entre la promesse et l'accomplissement. Jules Verne, 1828-1905. Il écrit des aventures extraordinaires, vingt mille lieues sous les murs. Le tour du monde en 80 jours. Mais lui ne voyage presque jamais. Il explore le monde depuis son bureau. Il vit l'aventure par l'imagination. Il y a quelque chose de beau et de mélancolique dans cette image. L'homme qui invente tous les voyages possibles est restaqué. On pourrait imaginer... que certains prénoms portent quelque chose autour de cette accélération, comme s'il entre deux. avait été traversée trop vite, sans avoir eu le temps de s'y poser vraiment. Jules Renard, 1864-1910. Il écrit « Je ne sais pas si je vieillis ou si je rajeunis. Toute sa vie, il reste dans cet entre-deux, ni tout à fait homme, ni tout à fait enfant. Regardons et écoutons le « j » qui... » ouvre ce prénom. Le J est une lettre particulière. Elle descend sous la ligne, elle plonge, puis elle remonte avec un crochet, comme quelque chose qui touche le fond avant de repartir vers le haut. Le J dans Jules, c'est ce mouvement, la descente nécessaire avant la remontée. L'entre-deux comme passage obligé, pas comme destination finale. Et Jules se termine par le S, le souffle, le mouvement, ce qui circule. Comme si le prénom portait en lui-même ce balancement. La plongée du J et le souffle du S qui remet en mouvement. On pourrait imaginer Merci. que certains Jules portent cette tension entre la maturité qu'on leur a demandé tôt et le droit à l'entre-deux qu'ils n'ont peut-être pas eu le temps d'habiter. La question que ces prénoms pourraient poser doucement, qu'est-ce que j'ai traversé trop vite et qu'est-ce qui cherche encore à être vécu ? Le plus grand, Maxime, du latin Maximus, le plus grand, le maximum, mais être le plus grand de quoi ? Et comment le rester ? Max, Maxime, Maximilien, Maximilienne, tous portent cette même racine, cette même question, comment habiter une grandeur qu'on n'a pas choisie ? Maxime le forestier Chanteur. Il écrit comme un arbre dans la ville. Une chanson sur celui qui reste debout quand tout s'effondre autour. L'arbre qui tient bon. Celui sur qui on s'appuie. Mais qui ? Lui ? Sur qui s'appuie-t-il ? C'est peut-être la question silencieuse que porte Maxime. Être le plus grand, c'est parfois être le plus seul. Maintenant, regardons ce prénom autrement. Maxime, entre le « ma » et le « me » , il y a le « xy » . « Xy » , en grec, c'est la lettre qui porte le nombre soixante, le nombre du passage, de la transformation, ni le début ni la fin, le milieu du chemin. Ce qui change de nature en traversant. En regardant les deux syllabes qui encadrent ce « xi » , « ma » et « me » . « Ma » , ce qui est mien, ce qui m'appartient, ce qui vient de moi. « Me » , moi, le pronom de l'identité, ce que je suis. Maxime porte... entre son début et sa fin cette question invisible. Entre ce qui est mien et ce que je suis, qu'est-ce qui se transforme en chemin ? Qu'est-ce qui reste et qu'est-ce qui change de nature ? Il y a aussi quelque chose dans la différence entre Max et Maxime. Max, court, direct, puissant. Le maximum... atteint d'un seul souffle. Maxime, lui, prend le temps, s'étend, se déploie, comme si la vraie grandeur ne pouvait pas se dire en un mot. Elle a besoin de traverser quelque chose avant d'arriver. Il y a quelque chose d'intéressant dans ce que les autres font de ce prénom. Maxime devient souvent Max, spontanément, sans qu'on le demande. Parfois, c'est une tension, comme si l'entourage ne pouvait pas tenir la grandeur du prénom en entier. Comme si Max était plus facile à accueillir. Parfois, c'est une énergie. Max. Direct. Immédiat. Sans détour. La grandeur qui n'a pas besoin de se déployer pour être là. Et pour ceux qui choisissent eux-mêmes Max plutôt que Maxime, ou Maxime plutôt que Max, Ce choix dit quelque chose, quelque chose d'unique, en fonction de ce qui est en mouvement dans leur propre histoire. Peu importe si on raccourcit ou si on garde le prénom en entier, les deux parlent, les deux portent. Sainte Maxime le Confesseur, 580-662. Théologien, on lui coupe la langue et la main droite pour le faire taire. Il préfère perdre sa parole plutôt que de trahir sa vérité. Parfois, être vraiment grand, c'est accepter d'être incompris. C'est rester fidèle à ce qu'on est, même quand ça coûte. On pourrait imaginer que certains Maxime portent quelque chose autour de l'excellence. Pas comme une ambition personnelle, mais comme une attente reçue, héritée, qu'on ne sait pas toujours comment déposer. La question que ça pose doucement. Comment est-ce que je porte mon prénom ? Qu'est-ce que j'en fais ? Qu'est-ce que ça dit de la place que je m'autorise ? Gauthier, Jules, Maxime, trois prénoms. Trois manières différentes de porter une question de place. La force qui cherche sa direction comme Gauthier. L'entre-deux qui cherche son droit d'exister comme Jules. L'excellence qui cherche à se déposer comme Maxime. Ce qui me frappe en lisant ces trois prénoms ensemble, c'est que la question de la place n'est jamais simple. Ce n'est pas juste « suis-je à ma place ? » C'est quelque chose de plus subtil, de plus ancien. Parfois, la place qu'on occupe, on ne l'a pas vraiment choisie. Elle était là avant nous. Elle attendait quelqu'un. Et on est arrivé. Je me souviens d'un homme que j'ai rencontré. Il ne portait aucun de ses trois prénoms. Mais quelque chose de cette question circulait en lui. Depuis l'enfance, il était celui vers qui on se tournait, celui qui tenait. Il ne comprenait pas toujours pourquoi il se sentait si fatigué. Ni pourquoi, malgré tout ce qu'il accomplissait, Il avait le sentiment de ne jamais vraiment être à sa place. La lecture de son prénom a posé un autre regard. Pas pour expliquer, pas pour réparer. Simplement pour éclairer ce qui existe déjà, ce qui circule dans sa lignée. Ce que son prénom portait de cette histoire-là, à ce moment-là de sa vie. Quelque chose s'est ouvert. Pas une réponse définitive. Une possibilité. C'est ce que je vois souvent dans ce travail. Chaque épreuve, chaque endroit où l'on bute, où l'on souffre, où l'on traverse, c'est une invitation. Pas une obligation, pas une sentence. Une invitation à regarder autrement ce qu'on porte. à se demander « est-ce que c'est vraiment le mien, ce que je tiens là ? » ou « est-ce que je le tiens pour quelqu'un d'autre, par fidélité ? » par amour sans même le savoir ? La lecture ne répare pas, elle ne juge pas, elle ne dit pas ce qu'il faut faire. Elle pose un autre regard sur ce qui est là. Et parfois, ce regard suffit pour qu'un espace s'ouvre, pour que quelque chose qui semblait figé commence à bouger, doucement, à son rythme. Chacun choisit ce qu'il en fait. Chacun avance selon ce qui est le plus juste pour lui. Il aurait pu s'appeler Gauthier, Jules, Maxime ou un autre encore. Car ce n'est pas le prénom seul qui porte. C'est le lien invisible entre le prénom, l'histoire familiale et ce qui circule dans la lignée à un moment donné. C'est ce lien-là que j'explore dans mon travail. Et toi ? Qui te prénomme Gauthier ? Jules ou Maxime. Est-ce que quelque chose a résonné pour toi aujourd'hui ? Ou peut-être t'appelles-tu Walter, Julia, Juliette, Maximilien, tous ces prénoms qui partagent la même racine, la même vibration, ou encore un prénom différent, Antoine, Paul, Marie, Pierre, Claire, Thomas, car la question de la place ne s'arrête pas à ces trois prénoms. Elle traverse beaucoup d'histoires, beaucoup de lignées. Ce qui m'intéresse, ce n'est pas de te dire ce que ton prénom signifie de manière universelle. Ce qui m'intéresse, c'est ce que ton prénom dit de toi, de ton histoire, de ce que tu portes, de ce moment précis de ta vie où tu l'écoutes. Un prénom lu à 30 ans ne dit pas la même chose qu'à 45. Un prénom lu au moment d'un deuil ne résonne pas comme au moment d'une naissance. Ce qui change, ce n'est pas le prénom, c'est ce qui est vivant en toi quand tu l'écoutes. Je terminerai par ceci. Retrouver sa place, ce n'est pas nécessairement changer de place. C'est parfois juste comprendre pourquoi on en est là et où on est, ce qu'on y fait, ce qu'on y porte, et choisir en connaissance comment continuer. Un prénom est une porte. Ce qu'on y trouve dépend de ce qu'on est prêt à voir et du moment où on choisit de regarder. Si quelque chose a résonné aujourd'hui et que tu veux aller plus loin, les détails sont sur laetitiaapsalon.com. On se retrouve mercredi prochain. D'ici là, soin de toi.