Speaker #0Avant que tu puisses parler, ton prénom parlait déjà. Il portait une intention, une histoire, parfois un espoir, parfois une mémoire. Il était là, posé sur toi, avant que tu puisses choisir quoi que ce soit. Et si ce mot qu'on t'a donné savait déjà quelque chose de ce que tu cherches encore ? Bienvenue ! Tu écoutes « Connais-tu ton prénom ? » Je suis Laetitia Absalon. J'explore les prénoms comme des mots-clés posés à l'entrée d'une vie. Ce qu'ils portent, ce qu'ils transmettent, ce qu'ils disent de nous et de ceux qui nous ont précédés. Aujourd'hui, quatre prénoms de cette semaine. Georges Fidèle, Zita et Valérie. Les prénoms ne sont pas des étiquettes, ce sont des invitations. C'est parti ! Celui qui travaille la terre. Georges, du grec biorgo. La terre et le travail. Celui qui met les mains dans la matière, qui creuse, qui cherche, qui fait que quelque chose pousse. Georges travaille pas pour produire, mais pour transformer. Georges Lahi, né en 1955 à Marseille. Kabbaliste, écrivain, éditeur. Il travaille depuis des décennies une terre particulière, celle des lettres. Pas les lettres comme signes, les lettres comme portes. Quand je dis kabbaliste, ce mot ne suffit pas. Il y a chez lui quelque chose d'un autre temps. ou peut-être d'un temps qui traverse les époques. Quelque chose qui semble ancien et en même temps profondément actuel. Un homme qui ne parle pas depuis un savoir accumulé, mais depuis un endroit habité. Comme ces figures qui ne viennent pas expliquer, mais ouvrir. Son univers est particulier. Il ne se comprend pas toujours immédiatement, mais il nourrit comme une nourriture de l'âme. Ce n'est pas un savoir qu'il transmet, c'est une manière d'habiter le sens. Et peut-être que c'est cela au fond qui compte, pas ce que l'on en retient, mais ce que cela met en mouvement. Il y a quelque chose de profondément Georges dans cette démarche. Travailler la terre du sens, patiemment, semée, pour que quelque chose un jour puisse lever. Parlons de Saint Georges. Le cavalier qui terrasse le dragon. Mais si on regarde autrement, le dragon n'est peut-être pas seulement un ennemi. En alchimie par exemple, le dragon représente souvent la matière brute, les forces profondes, ce qui n'est pas encore transformé. Georges ne détruit pas, il traverse, il transforme, il travaille. Il rend possible un passage pour que ce qui était retenu puisse circuler. Dans le langage des oiseaux, dans Georges, on peut entendre « jour-je » , celui qui fait que le jour se lève, que quelque chose recommence. On pourrait imaginer que certains Georges portent cette question en silence. Comment transformer ce qui m'a été donné en quelque chose qui nourrit vraiment ? Comment faire que ce que je travaille aujourd'hui puisse vivre demain ? Ton prénom est une graine. Il ne dit pas ce que tu es, il ouvre ce qui peut grandir, ce qui tient et ce qui désire. Fidèle, du latin fidelis, celui qui tient, pas celui qui obéit, celui qui reste. Et zita, du vieux toscane, petite fille, celle qui s'élance, mais aussi du persan, zita, le désir. Ceux qui aspirent, ceux qui cherchent son horizon, ces deux prénoms se répondent. Fidèle tient, Zita désire. L'un ancre, l'autre élance. L'un reste, l'autre cherche. Parlons de Sainte Zita du XIIIe siècle à Lucca en Italie. Servant toute sa vie dans la même maison, elle reste. Constante dans sa manière d'être et pourtant rayonnante, elle donne au pauvre ce qu'elle peut, discrètement. Chant cherché la reconnaissance. Il y a dans Zita quelque chose de particulier, un désir qui s'exprime à travers la fidélité. Zita a bercé une génération, les mystérieuses cités d'or. Esteban, Zia et Tao. Zia est si proche de Zita, la petite fille qui voyage vers l'inconnu, qui cherche sans savoir exactement quoi, qui avance portée par quelque chose de plus grand qu'elle. Peut-être existent-ils des parents qui ont donné ce nom à leur enfant après avoir grandi avec cette histoire. Une transmission par l'imaginaire, une graine posée qui fleurit dans un prénom. C'est aussi ça la mémoire d'un prénom, ce qu'il évoque, ce qu'il transmet, ce qu'il fait rêver avant même qu'on comprenne pourquoi. Et puis il y a fidèle. Fidèle, c'est celui qui tient, pas par obligation. par ancrage. Cela m'a fait penser à Pénélope. Elle tisse le jour et détisse la nuit. Vingt ans. Elle attend, mais elle choisit. Elle reste, mais par certitude, fidèle à ce qu'elle sait vrai. Dans le langage des oiseaux, dans fidèle, on peut entendre le fil d'aile, ce qui relie, ce qui traverse. Et dans Zita, le Z, une fin qui ouvre un passage. Fidèle et Zita ensemble disent quelque chose de très simple. Il y a en chacun de nous ces deux mouvements, ce qui tient et ce qui appelle, ce qui reste et ce qui désire. Et peut-être que la vie ne demande pas de choisir, mais d'apprendre à laisser les deux exister. Celle qui veille sur la force. Valérie, du latin valère, être fort, être en bonne santé, val... Valère, Valérian, Valérie, toutes portent cette vibration, la force, la vitalité, ce qui maintient debout. Mais Valérie, ce n'est pas seulement être forte, c'est veiller sur la force des autres, sentir quand quelque chose décline, avant que les autres le voient. Sainte Valérie de Limoges, IIIe siècle. Elle accompagne, elle soigne. Elle maintient, pas dans la lumière, dans l'ombre qui soutient. Être forte pour que les autres puissent être fragiles. Porter la santé pour que les autres puissent se reposer. Valérie Lemercier, actrice, réalitatrice, autrice. Elle imite, elle parodie, mais toujours avec tendresse. Elle révèle les fragilités sans détruire les personnes. Elle soigne par le rire. Dans la romantique, Valère donnait aussi Valétudinarium, l'hôpital militaire, le lieu où l'on soigne, pour que le chemin puisse reprendre. Dans le langage des oiseaux, dans Valérie, on peut entendre Valère, la vallée d'air, l'espace où on peut enfin respirer, ou Valérie, va, allège-toi. Celle qui permet aux autres de poser leur fardeau. On pourrait imaginer que certaines Valéries portent cette question. Comment veiller sur les autres tout en veillant à sa propre force ? Comment être la validaire pour les autres et trouver sa propre respiration ? Veiller sur la force sans se perdre soi-même. Et peut-être que la vraie force, ce n'est pas de porter plus, c'est de savoir qu'en laisser respirer. Georges, Valérie, Fidèle, Zita, quatre prénoms, quatre manières de porter ce que la vie appelle. Celui qui travaille la terre pour que quelque chose pousse. Celle qui veille sur la force pour que les autres tiennent. Celui qui reste, par certitude intérieure. Celle qui désire et qui avance. ce qui est porté en silence, ce qui ne nous appartient pas toujours entièrement. Parfois, juste reconnaître, reconnaître ce qui circule, reconnaître ce qu'on porte sans forcer, sans tout comprendre. Et parfois, quelque chose se remet en mouvement, doucement, à son rythme. Un lien qui respire autrement, une place qui semble un peu plus juste. Un poids qui contient différemment. On le dit si... Pas toujours du moment, on pose simplement un autre regard, et les graines travaillent, même sans qu'on le voit. Et toi, qui te prénommes Georges, Valérie, Fidèle ou Zita, est-ce que quelque chose a résonné aujourd'hui ? Ou peut-être t'appelles-tu Georges, Georgette, Georgina, Valère, Valérien, Valentine, Fidela, Fidelio ? Zita, Zia, Zitella, tous ces prénoms qui partagent la même racine. Quelque chose résonne. Une lecture de ton prénom peut ouvrir un autre regard sur ce que tu portes, sur ce qui circule dans ta lignée, sur ce qui cherche peut-être à s'élancer. Dans ce podcast, j'explore les prénoms avec les regards de ceux qui nous ont précédés. Les Bollandistes qui démêlent les gens des histoires, le langage des oiseaux qui jouent avec les sons, l'étymologie, les figures qui ont porté ces prénoms. Et des chercheurs vivants, comme Georges Lahi, qui continuent de creuser cette terre, ses regards ouvrent des portes, ce que tu en fais t'appartient. Mercredi prochain, nous explorons Robin, Philippe et Judith. Ceux qui protègent, ceux qui aiment, ceux qui combattent. D'ici là... Prends soin de toi.