Speaker #0Il y a des liens qu'on protège, d'autres que l'on cherche, et d'autres encore auxquels on reste fidèle sans toujours savoir pourquoi. Aimer Protéger, s'engager, ce sont des mouvements simples en apparence, mais parfois, ils prennent plus de place que prévu. On donne beaucoup, on reste, on tient, sans toujours savoir si c'est un choix ou quelque chose qui agit en nous. Et si ce que tu vis dans tes liens ne venait pas seulement de toi ? Bienvenue, tu écoutes, connais-tu ton prénom ? Je suis Laetitia Absalon. et j'explore les prénoms comme des mots-clés posés à l'entrée d'une vie. Aujourd'hui, trois prénoms. Robin, Philippe, Edith. Le sens d'un parcours ne se limite pas à ce que nous vivons aujourd'hui. Il s'inscrit dans un fil plus vaste, où les expériences de ceux qui nous ont précédés continuent de résonner en nous. Ce qui a été vécu, traversé, parfois tu, fait partie du chemin. non comme un poids à porter, mais comme une manière vivante qui cherche à être reconnue autrement. À travers ces trois prénoms, nous allons voir les manières d'habiter le lien. Trois façons de porter ce qui nous dépasse. Les prénoms ne sont pas des étiquettes, ce sont des invitations à traverser quelque chose. Ce podcast est une écoute, une lecture, un regard. Chacun entend ce qui résonne avec lui. et fait sienne de sa propre compréhension. C'est parti ! Robin, la gloire qui cherche sa paix. Robin vient du germanique et signifie « gloire et brillant » . Mais Robin, c'est Robert diminué, adouci, comme si la gloire cherchait à se faire plus discrète. Vous connaissez tous Robin des bois. Il vole aux riches pour donner aux pauvres. Il détourne la loi au nom d'une justice plus haute. Ils protègent en se cachant. Dans certaines lignées, il y a des hommes et des femmes qui portent cette tension. Ils ont reçu le goût de la grandeur, mais ils ne supportent pas l'injustice. Ils veulent briller, mais pas au détriment des autres. Alors ils inventent des façons détournées d'être grands. Ils protègent sans se montrer, ils donnent sans qu'on le sache, ils brillent en faisant briller les autres. Je pense à Robbie Williams, 1951. 2014. Auteur, humoriste, il fait rire le monde entier, mais il porte une mélancolie profonde. Il donne de la joie à tous, mais ne trouve pas toujours la sienne. Cette générosité d'offrir ce qu'ils aimeraient recevoir, créer la légèreté qu'ils recherchent, protéger les autres de ce qu'ils connaissent trop bien, mais parfois, à force de donner, ils s'oublient. À force de protéger, ils ne savent plus qui les protège. En traduisant de l'anglais, le prénom Robin, cela veut dire rouge-gorge. L'oiseau qui reste l'hiver, qui apporte une note de couleur dans la grisaille. Il ne migre pas quand les temps deviennent difficiles. Rester fidèle au lien quand les autres partent. Maintenir la connexion quand tout se délite. Être le point de couleur qui rassure. Dans le langage des oiseaux, dans Robin, on peut entendre « robin » , celui qui dérobe vers l'intérieur, qui prend ce qui est au dehors pour le porter au-dedans, ou « robin » , celui qui revête l'intérieur, qui habille l'âme de ce qui manque. Et on pourrait imaginer que pour Robin, la question n'est pas tant de savoir comment donner davantage, mais de se demander doucement Merci. Ce qu'il reste de lui s'il pose le rouge-gorge un instant est ce qu'il trouverait dans ce silence-là. L'ami qui unit ce qui était séparé, Philippe, du grec philos, ami, et Hippos le cheval. Mais pourquoi cette alliance ? Qu'est-ce qu'elle révèle ? Le cheval, c'est la noblesse sauveur, la force qui accepte de servir sans perdre sa dignité. Philippe, c'est celui qui s'est apprivoisé sans domestiquer. Philippe le Bel, roi de France en 1268 jusqu'en 1314. Il unifie le royaume, mais il détruit l'ordre du temple. Ils rassemblent et ils séparent, ils unis et ils divisent. Philippe peut montrer cette ambivalence, être celui qui relie, mais au prix de certaines ruptures. Créer l'harmonie ici, en créant le conflit là. Dans certaines lignées, il y a des hommes et des femmes qui ont cette fonction naturelle. Ils sont les diplomates de la famille, ceux qui réconcilient, qui arrangent, qui trouvent les compromis. Ils ont cette capacité à comprendre. comprendre tous les points de vue, avoir ce qui peut réunir plutôt que ce qui divise. Mais parfois, à force de comprendre tout le monde, il devient difficile de savoir ce que l'on pense vraiment, de quel côté on se tient soi. Dans l'Évangile, Philippe est l'apôtre qui amène Nathanaël à Jésus. « Viens et vois » , lui dit-il. Philippe, c'est celui qui fait le lien entre les mondes, qui permet les rencontres sans forcer les conclusions. Et dans la mythologie nordique, il y a le cheval, ce cheval, Sleipnir, la monture d'Odin, qui voyage entre les mondes, entre les vivants et les morts, entre ce qui est visible et ce qui ne l'est pas encore. La runéoise, celle du cheval, porte ce même mouvement, le passage, la confiance dans le déplacement. La capacité à traverser sans se perdre. L'ami des chevaux, c'est peut-être celui qui comprend instinctivement que le monde n'est pas séparé, qu'il suffit parfois que quelqu'un pour faire le trajet entre les deux. Certains portent en eux cette mémoire, quelque chose dans la lignée qui s'est déchirée, des conflits, des séparations, des incompréhensions que personne n'a su nommer. Il répare en reliant, recousant ce qui était déchiré, inventant des ponts là où il n'y avait que des fossés. Philippe Guillement, ingénieur, chercheur, auteur, il consacre sa vie à ce que beaucoup considèrent comme inconciliable, la science et la spiritualité, pas pour dissoudre l'un dans l'autre, mais pour montrer qu'elle parle parfois de la même chose avec des langages différents. différents. Ils ne tranchent pas, ils ne cherchent pas à avoir raison. Ils cherchent à ouvrir un espace où la question peut se tenir sans violence. Un espace où chacun peut avoir son point de vue, et où ce point de vue n'est pas la vérité de tous, mais peut-être vrai pour soi. On a dit que la terre était plate, et ce que nous vivons aujourd'hui montre peut-être la même chose. Le monde change et... nous invite à ouvrir notre regard. Dans le langage des oiseaux, dans Philippe, on peut entendre « phil-lip » , celui qui aime ce qui lit, ou « phil-ip » , le fil qui unit ce qui était séparé. Il y a quelque chose du tissage dans ce prénom, de la capacité à voir les liens invisibles et à les rendre manifestes. Et on pourrait imaginer qu'en posant un autre regard sur notre propre histoire, quelque chose se déplace doucement, car le possible vient juste après, un peu après ce qui nous semble impossible. C'est peut-être ça, l'axe intérieur que nous montre le prénom Philippe, celui depuis lequel le lien ne coûte plus autant. Celle qui combat pour l'héritage. Edith Ce prénom vient du germanique signifiant « richesse, héritage, combat » . La richesse qui se défend, l'héritage qui demande un effort. Mais quel héritage ? Et contre quoi exactement ? On pourrait imaginer que ce prénom porte en lui une tension particulière. Non pas celle de l'accumulation, mais celle du choix. Pas tout garder, pas tout laisser partir. Savoir, quelque part. ce qui mérite d'être tenu. Sainte Édith de Wilton, 961-984, fille illégitime du roi Edgar d'Angleterre. Elle renonce au trône pour rentrer au couvent. Elle tourne le dos à l'héritage qu'on lui destinait pour en inventer un autre, plus intérieur, plus juste pour elle. Comme si... Combattre pour l'héritage pouvait parfois signifier refuser celui qu'on vous impose, choisir ce que l'on transmet plutôt que de subir ce qu'on reçoit. Edith Piaf, 1915-1963. Je ne regrette rien. Elle hérite de la misère, de l'abandon, de la rue, et pourtant, elle en fait quelque chose. En transmutant, la douleur devient champ, la fragilité devient force. On pourrait imaginer que ce prénom porte ce mouvement-là, non pas réparer ce qui a été blessé, mais le transmuter. en faire une matière différente, sans renier d'où elle vient. Comme en alchimie, elle transforme le plomb en or. Elle combat pour un autre héritage, celui qu'elle crée. Edith Stein, 1891-1942, philosophe, juive convertie au catholicisme, déportée et morte à Auschwitz. Elle refuse de choisir entre ses héritages. Elle les unit. dans sa chair, porte plusieurs héritages à la fois, être fidèle à des mémoires qui semblent contradictoires. Le « et » de « et dit » en germanique ne signifie pas que richesse. La tradition désigne aussi la terre ancestrale, le patrimoine qui se transmet de génération en génération, ce qui fait qu'une lignée continue d'exister. Dans « et dit » on peut entendre « et dit » . Celle qui dit « hé » , qui interpelle, qui réveille ou édite la loi qu'on promulgue, qu'on établit. Il y a quelque chose de la proclamation dans ce prénom, de la capacité à dire ce qui doit être dit, même si c'est difficile à entendre. On pourrait entendre dans ce prénom que quelque chose dans la lignée a failli disparaître, une histoire, un savoir. Un fil tenu à bout de bras pour que ça ne se perde pas tout à fait. Ce qui a été porté de cette façon, regardé, reconnu, amené à la conscience, peut doucement se dissoudre de lui-même, non pas pour disparaître, mais n'avoir plus besoin d'être aussi lourd pour exister. Robin, Philippe, Edith, trois prénoms, trois façons d'habiter le lien. La protection discrète, comme Robin qui donne sans compter mais cherche sa paix. La médiation créatrice, comme Philippe qui unit mais se perd parfois au milieu. La garde fidèle, comme Edith qui préserve mais doit choisir quoi garder. Je me souviens d'une femme que j'ai rencontrée. Elle ne portait aucun de ses trois prénoms, mais elle vivait exactement cette question du lien. Depuis l'enfance, elle était celle qui... vers qui la famille se tournait en cas de problème, celle qui arrangeait, qui consolait, qui réconciliait. Elle ne l'avait pas choisie. C'était plus fort qu'elle. Elle ne supportait pas les conflits. Elle faisait tout pour maintenir la paix. Mais à force de porter tous ses liens, elle avait perdu le sien. À force de s'occuper de tout le monde, elle ne savait plus qui elle était quand elle était seule. Quelque chose a changé le jour où elle a pu nommer ce qu'elle portait. Pas tout comprendre, juste le voir, juste reconnaître que ce mouvement en elle, cette façon de se précipiter vers l'autre, venait de quelque chose de plus ancien qu'elle. Quelque chose qui avait eu un sens là-bas dans la lignée. Quelque chose qui cherchait peut-être à être vu autrement aujourd'hui. Et quand on voit ce qu'on porte, il arrive que l'élan change. Pas brutalement, doucement. comme quelque chose qu'elle n'a plus besoin d'être aussi lourd pour exister. Elle a continué à aimer, mais en se donnant aussi le droit d'être aimée. Elle a continué à relier, mais en gardant son territoire. Et peu à peu, un autre regard s'est posé, un regard qui ne change pas ce qui a été, mais qui transforme la manière de le tenir. Elle aurait pu s'appeler Robin, Philippe, Edith ou d'autres encore. Car ce que nous faisons du lien ne dépend pas seulement de notre prénom. Cela dépend de ce qui, dans notre lignée, a été brisé, perdu ou menacé. C'est ce fil-là qu'une lecture personnalisée permet de mettre en lumière. Et toi qui te prénommes Robin, Philippe, Edith, ou peut-être t'appelles-tu Robert, Robert, Philly, Phil, Philippé, Edith, Editha, Edi ? Ceux parmi plein d'autres qui peuvent questionner notre façon d'habiter le lien. As-tu l'élan de laisser apparaître ce fil ? Comment tu habites tes liens ? Ce que tu répares sans le savoir ? Et comment honorer ta façon d'aimer sans t'y perdre ? Les détails sont sur laetitiaabsalon.com On se retrouve mercredi prochain pour explorer un nouveau thème, de nouveaux prénoms, de nouvelles invitations. D'ici là, prends soin de toi !