Speaker #0Fin juillet, la lumière change. Elle se fait plus épaisse, plus dorée. Et déjà, elle commence à pencher. L'été entame son retrait. Dans les jardins, les premiers fruits pèsent sur les branches. Quelque chose est arrivé sans bruit. Il existe un moment où l'on cesse de vouloir prouver. Un moment où l'on regarde ce cri à grandir en silence. Ce n'est plus le temps de semer. Ce n'est pas encore celui de tout récolter. C'est le moment où l'on reconnaît ce qui a déjà porté du fruit. Je suis Laetitia Absalon, interprète symbolique et transgénérationnelle. Ici, le prénom n'est pas une définition. Il est un seuil, une manière de porter un autre regard sur son histoire. Cette semaine, une très ancienne fête traverse le calendrier. On l'appelle l'Ugnassat, la fête des premières moissons. Le moment où l'on récolte les premiers grains, où l'on remercie la terre pour ce qu'elle a donné. où le grain devient farine, où la farine devient pain. La toute première transformation de la récolte en nourriture partagée. Ce n'est pas encore la grande récolte, c'est le temps de la gratitude, le temps du bilan doux. On regarde l'année écouler et l'on se demande, qu'est-ce qui a grandi ? Qu'est-ce qui est arrivé à maturation ? Qu'est-ce qui mérite d'être reconnu avant de poursuivre le chemin ? Et c'est aussi une bascule. L'été commence à se retirer. On entre lentement vers la saison plus intérieure. Alors, on récolte. Et déjà, on prépare. On choisit ce que l'on garde, ce que l'on transmet, ce que l'on veut désormais offrir au monde. Quatre prénoms nous accompagnent sur ce chemin, quatre gestes d'une même moisson. Non pas ce qu'il faut devenir, mais ce qui est déjà prêt à être offert. Alors je te pose une question. Qu'est-ce qui en toi est déjà arrivé à maturité, sans que tu l'aies encore reconnu ? C'est parti ! Celle qui reconnaît la valeur, Lydia. As-tu déjà confondu le prix d'une chose et sa valeur ? Lydia porte le nom d'un pays, la Lydie, une contrée ancienne d'Asie mineure. Le prénom voyage sous plusieurs habits, Lydie en français, Lydia en Italie et en Espagne. Lydia, à l'est, partout. Il y a la même origine, celle qui vient de cette terre de richesse. Et quelle richesse ? Écoutez cette histoire. C'est en Lydie que l'on a frappé les premières pièces de monnaie du monde. Là, pour la première fois, l'or a pris un visage, un poids, une valeur que tous pouvaient reconnaître. La capitale s'appelait Sardes. Le roi s'appelait Crésus. Si riche que 2500 ans plus tard, on dit encore « riche comme Crésus » . Et d'où vient cet or ? D'une rivière, le Pactole. On raconte que le roi Midas, celui dont tout ce qu'il touche se changeait en or, vint y laver ses mains pour se défaire de son pouvoir. L'or resta dans le sable de la rivière. Depuis, quand une richesse tombe entre nos mains, on dit encore qu'on touche le pactole. Et c'est là qu'un prénom révèle souvent son défi, car sa signification cache presque toujours son envers. Le don de Midas, ce fameux toucher qui change tout en or, était aussi une malédiction. Il ne pouvait plus manger, il ne pouvait plus étreindre, tout devenait métal froid. Voici le risque de la terre de l'or. Tout ramener à un prix et confondre la valeur et le prix. Ce que nous apprend Lydie, c'est de reconnaître ce qui vaut vraiment, sans tout transformer en or. Une femme a porté ce prénom autrement. Lydie de Thiatire, marchande de pourpre. Elle vendait l'étoffe la plus précieuse de son temps. Cette couleur qui demandait des milliers de coquillages pour teindre une seule toge. Son métier tenait à un seul geste, reconnaître ce qui a de la valeur. Et l'histoire retient d'elle une femme libre, une femme d'affaires, qui a su reconnaître ce qui comptait vraiment pour elle et ouvrir grand sa maison. Aujourd'hui encore, pense à Lydie Coe. devenu numéro 1 mondial du golf à 17 ans. Très tôt, tout le monde a mesuré sa valeur et ses résultats, à ses classements, à ses chiffres, et tout son chemin a été d'apprendre à reconnaître sa propre valeur, ailleurs que sur un tableau de score. Il reste une dernière trace de la Lady, et elle est très belle. Les Orfèves utilisent une pierre pour reconnaître l'or véritable. On l'appelle la pierre de touche. Et cette pierre venait justement de Lydie. On y frottait le métal et elle disait, sans se tromper, s'il était pur. Peut-être que Lydie apporte cela en elle. Une façon de toucher les êtres et les choses et de sentir ce qui est précieux. Sous ce qui brille. Et toi ? As-tu une part de toi qui est une Lydie ? Reconnaître ce qui est précieux, c'est aussi accepter que le précieux demande du temps. La pourpre a demandé de la patience de milliers de coquillages. L'or du pactole a demandé la patience des montagnes. Et ce qui en nous ? prend le plus de valeur et souvent ce qui nous avons laissé mûrir le plus longtemps. Celle qui laisse mûrir la vie. Juliette. Combien de fois avons-nous voulu que les choses arrivent plus vite ? Juliette vient de Julia, de la grande famille romaine des Jules. Une lignée qui se dissait descendante d'un héros. Jules, fils d'aîné, lui-même fils d'une déesse. Autant dire que le prénom vient de très loin et vise très haut. On le retrouve partout. Julie, Julia, Julianne, Jules, Julien, Giuliate. Et au cœur de tous, une même racine lumineuse. L'Uvénus, en latin. Le jeune, l'élan. La sève qui monte au printemps. Juliette porte donc la jeunesse. Et pourtant, écoutez le paradoxe. Son invitation est ailleurs. La jeunesse veut tout, tout de suite. Elle brûle vite. Elle n'aime pas attendre. Le défi de ce prénom si jeune, c'est peut-être la patience. Laissez le temps faire son œuvre. Deux Juliettes le racontent à merveille. Il y a la Juliette de Shakespeare, 14 ans, un amour foudroyant, magnifique, et si pressé qu'il n'a pas eu le temps de mûrir. En quelques jours, tout est consumé, la jeunesse qui aime trop vite. Et puis, il y a l'autre, Juliette Drouet, la compagne de Victor Hugo. Pendant près de 50 ans, elle lui a écrit des milliers de lettres. Un amour qui, lui, a eu tout le temps du monde pour me rire, saison après saison, jusqu'au bout de la vie. Deux Juliettes, deux rapports au temps. Et aujourd'hui, pensons à Juliette Binoche, une actrice dont l'art s'est approfondi de décennie en décennie, une présence qui a gagné en épaisseur, en silence, en justesse, à mesure que les années passaient. Rien de ce qu'elle offre aujourd'hui n'aurait pu naître dans la précipitation. Alors écoute-t-on ce prénom autrement, avec le langage des oiseaux, cette façon d'entendre ce que les sons murmurent sous la surface ? Juliette, tant Juliette, il y a Juliette, qui s'y cache. Le mois où le soleil prend son temps, justement pour faire mûrir les fruits. Le mois que nous traversons en ce moment même. Et toi, qu'est-ce que tu presses aujourd'hui, qui demande seulement un peu plus de temps ? Car lorsqu'un fruit est mûr, il ne reste pas sur la branche. Il tombe, il donne, il nourrit. Ce qui arrive à maturité, en nous, demande à son tour à être offert. Celui qui choisit de servir plus grand que lui. Dominique. As-tu déjà senti que ta vie prenait plus de sens en se donnant à quelque chose de plus grand que toi ? Dominique vient du latin Dominicus. Cela signifie celui qui appartient au Seigneur. C'est le prénom du jour consacré du dimanche. Le Dies Dominica. Le prénom se décline sans frontières. Dominicales, dominico en Italie, et le fin est le féminin Dominica, car ce prénom se porte aussi bien au masculin qu'au féminin. Dès l'origine, il tourne le regard vers plus haut que soi. Mais sa racine, c'est Dominus, le maître. Et là se glisse son défi. Se donner à plus grand que soi peut faire perdre son axe. Servir peut glisser vers s'effacer. Appartenir peut devenir se soumettre. Le chemin de Dominique, c'est de se mettre au service en restant debout. Offrir sans disparaître. Il y a une histoire ravissante autour de Saint Dominique. le fondateur de l'Ordre des Pêcheurs. On raconte que sa mère, avant sa naissance, rêvait d'un petit chien portant une torche dans sa gueule. Une torche qui venait éclairer le monde entier. Et le nom de son ordre, les Dominicains, s'entend en latin Dominica Canes, les chiens du Seigneur. Ceux qui portent la lumière au service de plus grands que, toute une vie donnée à une œuvre qui le dépassait. Comme exemple, je pense à Dominique Lapierre. Écrivain, il aurait pu garder pour lui le succès immense de ses livres. Il a choisi l'inverse. Une grande part de ce qu'il a gagné, il l'a donnée aux plus démunis. des milliers d'enfants soignés, des écoles, des dispensaires, tout un travail pour les oublier de Calcutta. Une vie et une fortune mises au service de plus grands que soi. Et pour comprendre ce geste, il suffit d'une image toute simple. Une bougie ne paie rien de sa flamme à en allumer une autre. Elle donne et elle brille toujours autant. C'est cela, se donner sans s'éteindre. Offrir sa lumière à plus grand que soi et rester entier. À Lugnassat, on le sait bien, le grain accepte d'être moissonné, puis moulu, puis devenir le pain que l'on partage à la table commune. Et si Dominique nous apprenait que se donner, c'est se retrouver ? Tout tient dans un mot. Choisir vraiment à quoi l'on se donne. Celui qui demeure fidèle à ce qu'il a reçu. Jean-Marie. Qu'as-tu reçu avant même de pouvoir choisir ? Jean-Marie. Relis deux prénoms parmi les plus anciens du monde. Jean qui vient de l'évreux et qui signifie « Dieu fait grâce » . Le don offert gratuitement, sans que l'on l'ait mérité. Et Marie vient de Mariamma, un prénom aux mille sources. La goutte de la mer, l'étoile qui guide, l'aimer, la souveraine. Réunis, Jean et Marie forment un prénom qui dit « En lui-même, un don reçu est tenu avec fidélité. Demeurer fidèle à ce que l'on a reçu, c'est beau. Et c'est aussi un défi, car la fidélité peut se figer. On peut porter toute sa vie un rôle reçu, une place, une consigne, sans jamais la regarder vraiment. Le chemin qui est le plus long, Que montre ce prénom ? C'est une fidélité vivante, celle qui transmet le don, plutôt que de le garder immobile dans un tiroir. Son histoire la plus émouvante porte ce prénom, Jean-Marie Vianney, le curé d'Arc. On le jugeait trop faible pour devenir prêtre. Il peinait sur ses études, il butait sur le latin. On faillit le renoncer. Et cet homme, que l'on croyait sans moyen, est devenu le confesseur le plus recherché de France. Des gens venaient de partout, faisaient des jours de route pour s'asseoir près de lui. Une vie entière, fidèle à ce qu'il avait reçu, envers et malgré tout. Il y a aussi Jean-Marie Gustave Leclésio, écrivain, prix Nobel. Un homme qui a parcouru le monde entier du désert aux forêts et qui est resté fidèle partout, a une même voix intérieure. Le voyage n'a jamais trahi la source, il l'a transmise. Alors, écoutons ce prénom une dernière fois. Dans Marie, il y a la mer. Et si tu déplaces les lettres, il y a aimer. Le prénom contient le verbe. Et en même temps, De Jean, on entend « j'ai » , « ce que j'ai reçu » . Tout le prénom pourrait se lire ainsi. « J'ai aimé ce que j'ai reçu » . Voilà la vraie fidélité. Elle ressemble à la mer. Elle bouge, elle vit et elle revient toujours. Et toi, qu'est-ce que tu as reçu, que tu portes encore et que tu pourrais transmettre à ton tour ? Alors voilà, regarde comme ces quatre prénoms se répondent. Lydia reconnaît le grain mûri parmi tous les autres. Elle sait voir ce qui a de la valeur. Juliette donne au grain le temps de devenir. Elle sait attendre. Dominique accepte que le grain soit moissonné et offert. Il sait donner. Jean-Marie garde une poignée de semences. Pour l'an prochain, il sait transmettre, reconnaître, laisser mûrir, offrir, transmettre. Ce sont les quatre gestes d'une seule et même moisson. Et c'est exactement ce que dit cette ancienne fête. On récolte les premiers fruits et déjà on prépare la suite. On regarde ce qui a grandi et on choisit ce que l'on veut désormais offrir au monde. Ce que nous apprenons d'un prénom n'appartient pas qu'au prénom. Et si la récolte n'était pas seulement ce que la vie nous a donné, et si elle était aussi ce que nous sommes devenus grâce à ce que nous avons traversé ? Viens explorer ton prénom plus en profondeur. Je t'accompagne à travers mes lectures et mes ateliers. Rendez-vous sur laetitiaapsalon.com ou les réseaux sociaux pour suivre le fil. On se retrouve la semaine prochaine pour d'autres prénoms et d'autres découvertes. A tout bientôt !