Speaker #0Nuit d'août, il fait chaud, encore, même une fois la nuit tombée, lève les yeux vers le ciel, cherche l'étoile la plus brillante de toutes, elle porte un nom, Sirius, et sais-tu dans quelle constellation elle brille ? le grand chien. Autrement dit, l'étoile la plus lumineuse du ciel, c'est un chien. Le chien que les hommes ont dessiné parmi les astres pour qu'il veille sur eux, la nuit, pour toujours. Ce n'est pas un hasard si nous en parlons aujourd'hui. En plein cœur d'août, nous sommes dans ce qu'on appelle les jours du chien. La canicule elle-même tient son nom de Sirius. Ces journées brûlantes sont, mot pour mot, les jours de la petite chienne du ciel. Il y a une autre histoire, plus récente, que beaucoup connaissent. Dans une saga célèbre, un homme s'appelle Sirius, Sirius Black, un parrain d'une fidélité totale, prêt à tout pour protéger son filleul. Et sa nature cachée, c'est de se changer en grand chien noir. Comme si, encore une fois, le nom disait tout. Sous l'ami le plus loyal veille toujours un chien fidèle. Je suis Laetitia Absalon, interprète symbolique étrange générationnelle. Ici, le prénom n'est pas une définition, c'est un seuil. Une manière de poser un autre regard sur nos histoires et sur les liens qui nous tiennent. Aujourd'hui, je propose quelque chose de nouveau. Nous n'allons pas explorer des prix, ceux qui attendent derrière la porte, ceux qui reconnaissent notre pas entre mille, ceux qui restent fidèles, même quand la vie sépare. Et souvent, ces noms, nous ne les inventons pas, nous les empruntons. On appelle son chat Mouchou, son chien Simba, son poisson Nemo, comme si, en les nommant ainsi, on leur glissait un peu de la force de ses héros. Alors la question devient si délicieuse. Ce mouchou qui dort sur le canapé, est-il vraiment un petit dragon gardien, farceur et fidèle ? Peut-être un peu. Aujourd'hui, écoutons ce que ces noms portent au fond. Et amuse-toi, en chemin, à regarder si ton compagnon tient son rôle. Quatre d'entre eux nous guideront aujourd'hui. Mouchou, le petit gardien de la lignée, Simba, l'ancêtre qui veille depuis le ciel, Argos, celui qui attend vingt ans sans faillir, et Hachi, celui qui a continué d'attendre longtemps après l'adieu. Et je te pose une question, la plus tendre de toutes. Qui dans ta vie t'a aimé avec cette fidélité-là ? Et toi, comment as-tu appelé ton compagnon et pourquoi ? Garde ta réponse pour la fin de l'épisode. Elle t'y attendra. C'est parti ! Celui qui veille sur les siens. Mouchou, as-tu déjà senti dans un moment de doute une petite voix intérieure te souffler ? Tiens bon, je suis là. Mouchou est un dragon. Mais oublions tout de suite le dragon qui crache le feu et garde son or sous un tas d'ossements. En Orient, le dragon n'a rien d'un monstre. C'est une créature du ciel, bienveillante, gardienne des eaux et des saisons. Il porte en lui la sagesse des ancêtres et la force des empereurs. Voilà la vraie famille de Wushu, une très ancienne lignée de dragons protecteurs. aussi vieille que le monde. Et son nom, d'où vient-il ? Tout droit de la cuisine. Mouchou, c'est le nom d'un plat tout simple, un plat du quotidien. Le contraste est savoureux. Une créature céleste, gardienne des ancêtres, qui porte le nom d'un plat de tous les jours. Et c'est là que nous révèle souvent son envers. Car sa grandeur se cache tout entière dans son humilité. Dans le conte, une petite fille doit partir à la guerre à la place de son père. Les ancêtres cherchent alors un gardien pour veiller sur elle. Le grand dragon de pierre immense, puissant, reste muet. Il ne se réveille même pas. Alors c'est le plus petit qui prend la route. Un dragon minuscule, maladroit, plein de défauts, assez petit pour tenir au creux d'une manche. Et c'est lui, le tout petit, qui la protège jusqu'au bout. Voilà ce que murmure Mouchot. Le plus grand gardien n'est pas le plus imposant. C'est celui qui vient et qui reste, celui qui marche à côté de toi quand tous les autres dorment. Nous avons tous un Ausha, cette petite voix des nôtres que l'on porte en soi, la phrase d'une grand-mère qui remonte jusqu'au bon moment, le geste d'un être aimé que l'on refait sans y penser. Les ancêtres ne parlent jamais très fort, ils tiennent dans une manche. Et il souffle. Tiens bon, si l'on écoute autrement, dans Mouchou, on peut entendre mu, comme celui qui est mu, poussé, porté par l'amour. Et on y entend chou, comme celui qu'on dit Mouchou à ceux que l'on chérit. Mouchou, c'est le petit gardien mu, par la tendresse, celui qui veille, parce qu'il l'aime. tout simplement. Une dernière image. À chaque nouvelle année, dans les rues, on voit danser le dragon. Un immense dragon de tissu porté à bout de bras par toute une famille, tout un village. Des dizaines de mains pour faire vivre un seul dragon. C'est peut-être cela une lignée. Beaucoup de mains à travers le temps qui tiennent ensemble la même présence qui protège. Et si Mouchou nous apprenait qu'aucun gardien n'a besoin d'être immense pour veiller immensément. Mouchou lui marche tout près, à hauteur d'épaule, au creux de la manche. Mais certains gardiens veillent de plus haut, de bien plus haut, depuis le ciel lui-même. Et c'est là-haut que nous attend le prochain prénom. Celui qui se souvient d'où il vient, Simba, t'es-il déjà arrivé de lever les yeux vers le ciel, un soir, en pensant à quelqu'un qui n'est plus là, et de sentir qu'il te regarde encore ? Simba n'est pas un nom inventé. En Swahili, le langage de l'Afrique de l'Est, Simba veut dire tout simplement le lion. Rien de plus, rien de moins. Le lion. L'animal solaire par excellence, le roi, la crinière comme un soleil, le courage, la force tranquille de celui qui protège les siens, ce que l'on appelle justement une lignée. Tu connais son histoire, un lionceau, fils de roi, promis à prendre un jour la place de son père, mais un drame survient. Le père tombe, et l'enfant bouleversé s'enfuit très loin. Il s'invente une vie sans souci. Il oublie d'où il vient, il oublie même qui il est, jusqu'au soir où son père lui apparaît, dans le ciel, dans les étoiles, au milieu des nuages. Et il lui dit ces mots devenus célèbres. « Souviens-toi qui tu es. » Car dans cette histoire, les rois d'autrefois ne disparaissaient pas. Ils montent dans le ciel Et de là-haut, il veille. Le vieux sage le dit à sa façon. Ton père vit en toi. Voilà ce que porte Simba. Ceux qui nous ont précédés ne s'éteignent pas. Ils changent de place. Ils passent du sol au ciel. Et ils continuent de nous accompagner. Et pourtant, regarde le paradoxe. Simba veut dire le roi. Mais toute son histoire est celle d'un roi qui fouille sa couronne. Qui se cache. qui refuse d'être ce qu'il est déjà. Son défi n'est pas de devenir quelqu'un d'autre, c'est de se souvenir, d'oser reprendre la place qui l'attend. La plus belle victoire de Simba, c'est de rentrer chez lui. Nous avons tous un jour fui une place trop lourde à porter, et nous avons tous un jour entendu une voix intérieure, celle d'un parent, d'un grand-parent, d'un plus ancien encore, nous rappeler d'où nous venons. Cette voix ne gronde pas, elle rappelle avec douceur, souviens-toi. Alors ce soir, cherche dans le ciel le point le plus brillant. Bien des peuples y voient leurs aïeux, ceux qui ont veillé sur nous avant de rejoindre la lumière. Et à l'aube, quand le soleil se lève sur le monde comme sur le grande plaine, il portera un peu de leur crinière. Le jour se lève, toujours sur ce qu'ils nous ont transmis. Et si Simba nous apprenait que ceux qui s'en vont ne nous quittent pas vraiment, qu'ils continuent du haut du ciel de nous souffler qui nous sommes. Simba veille d'en haut depuis les étoiles, mais d'autres gardins veillent en bas, tout près du sol, tout près de la porte. Et ceux-là attendent, parfois très longtemps. C'est là que nous attendent. le plus fidèle de tous. Celui qui attend et qui reconnaît, Argos. Y a-t-il dans ta vie quelqu'un qui te reconnaît entre mille ? Même après des années, même déguisé, même changé par le temps. Argos nous vient de la Grèce antique, le plus grand des récits, l'Odyssée. Et son nom, en grec, veut dire le brillant, le lumineux. et aussi le vif, le rapide. Souviens-toi du début de cet épisode. Sirius, l'étoile la plus brillante, le chien du ciel. Eh bien, Argos porte ce sens-là, dans son nom même, le brillant, un petit Sirius. Mais un Sirius qui a choisi, lui, de rester couché près de la porte. Voici son histoire, et c'est l'une des plus belles... Jamais écrite, Ulysse, le roi d'Ithaque, avait élevé un chiot, Argos, avant de partir pour la guerre. La guerre a duré dix ans, et le voyage de retour dix ans encore, vingt ans. Pendant tout ce temps, Argos a attendu. Il a vieilli, on l'a oublié. Il gît désormais sur un tas de fumier, couvert de vermine, écarté de tous. Et un jour, Ulysse revient, mais déguisé en mendiant, si bien que personne ne le reconnaît, ni ses serviteurs, ni ses proches, personne, personne, sauf un seul être. Le vieux chien du fond de sa misère dresse la tête. Il connaît ce pas, il connaît cette odeur, c'est lui. Il n'a plus la force de se lever, alors il baisse les oreilles et il remue la queue une dernière fois. Ulysse, qui ne peut pas trahir son déguisement, essuie en secret une larme. Et Argos, ayant revu son maître après vingt années, peut enfin fermer les yeux en paix. Il n'avait tenu si longtemps que pour cet instant. Regarde le paradoxe. Son nom veut dire le vif, le rapide. Et toute sa grandeur tient dans l'immobilité. Vingt ans après, à ne rien faire d'autre qu'attendre, sans la moindre preuve qu'on reviendrait un jour. Voilà son défi et sa gloire. Rester fidèle dans le noir, sans garantie. Le plus rapide des chiens devient le plus patient des veilleurs. Nous avons tous besoin d'un argos, quelqu'un qui nous reconnaît sous nos masques, sous nos années, sous nos fatigues, sous les rôles que la vie nous a fait porter. Quelqu'un pour qui nous restons toujours, celui qu'il a aimé. L'amour ne se laisse pas tromper par les déguisements. Il reconnaît le pas. Et si Argos nous apprenait qu'aucune absence, aussi longue soit-elle, n'efface ce qui a vraiment lié deux êtres. Argos, lui, attend le retour et il l'obtient. Il reconnaît, puis il s'en va en paix. Mais il existe une fidélité plus vertigineuse encore, celle qui continue d'attendre alors même que l'autre ne revient plus. Et cette histoire-là n'est pas un mythe. Elle est vraie. Elle nous vient du Japon. Et elle porte un nom tout simple. Hachi. Celui qui garde le rendez-vous. Hachi. Connais-tu la fidélité de ceux qui continuent d'aimer, même quand l'autre n'est plus là pour toi ? Pour le voir, Hachi est un vrai chien. Il a vécu au Japon, il y a près d'un siècle. Son nom veut dire tout simplement « huit » . Son maître l'avait appelé ainsi. Et au Japon, le 8 est un chiffre de bonne fortune. Regarde comment on l'écrit, là-bas. Deux traits, puis s'écartent vers le bas. Comme un chemin qui s'ouvre, comme une promesse qui s'élargit. Chaque matin, Hachi accompagnait son maître, le professeur, jusqu'à la gare de Shibuya, à Tokyo. Et chaque soir, il revenait l'attendre sur le quai. À l'heure du train, un jour, le professeur partit travailler et il ne revint pas. Il s'était éteint, loin, dans la journée. Hachi, lui, ne le savait pas. Alors le soir, il retournait à la gare, et le lendemain, et le surlendemain, à la même heure, sur le même quai. Pendant près de dix ans, chaque jour, Hachi est revenu attendre celui qui ne reviendrait plus. Les passagers de train, les gens de la gare ont fini par le connaître. Ils le nourrissaient, ils veillaient sur lui. Et peu à peu, ce petit chien fidèle est devenu, pour toute une ville, le visage même de l'amour qui tient parole. On lui a élevé une statue à l'endroit exact où il attendait. Et voici le plus beau. Cette attente qui aurait pu n'être que tristesse s'est changée en tout autre chose. Aujourd'hui encore, à Shibuya, la statue de Hachi est le lieu où l'on se donne rendez-vous. C'est là que les amoureux se retrouvent, que les amis se rejoignent, que les familles se cherchent dans la foule. Là où un chien a attendu quelqu'un qui ne venait plus, des milliers de gens, chaque jour, viennent se retrouver. La plus longue des attentes est devenue le plus beau des points de rencontre. Et souviens-toi de son nom. 8. Maintenant couche ce chiffre sur le côté. Que vois-tu apparaître ? Le signe de l'infini. Comme si le nom de ce chien portait, depuis le premier jour, la promesse d'une fidélité sans fin. Et si Hachi nous apprenait que la fidélité ne s'arrête pas à l'absence et qu'une présence aimante demeure, aussi longtemps qu'il reste quelqu'un pour l'attendre ? ou pour s'en souvenir. Regarde le voyage que ces quatre compagnons viennent de tracer. Mouchou veille tout près, au creux de la manche. Le gardien discret de la lignée. Simba veille d'en haut, depuis les étoiles. L'ancêtre qui nous souffle qui nous sommes. Argos attend le retour. Et il reconnaît sous tous les déguisements. Hachi attend au-delà du retour. Et change l'attente en rendez-vous. Tout près, tout en haut, à la porte, et par-delà l'absence, quatre visages d'une même fidélité, et tous, au fond, sont des petits Sirius, des lumières qui veillent, chacune à sa façon, sur ceux qu'ils aiment. Ceux que nous aimons ne sont jamais très loin. Un fil nous relie. Le fil, tout simplement, de la fidélité et du souvenir. Et si ceux qui nous ont aimés, à deux, ou quatre pattes ne nous quittent jamais tout à fait, tant que nous gardons leur rendez-vous au fond du cœur. À partir d'aujourd'hui, je t'emmène un peu plus loin. Dans chaque épisode, désormais, un compagnon viendra nous rejoindre. Un personnage, un animal, une figure aimée, dont le nom éclaire le chemin du jour. Ce sera notre rendez-vous, le compagnon du seuil. Alors dis-moi, comment as-tu appelé ton compagnon et pourquoi ? Et est-ce que son caractère a fini par coller à son nom ? Ce chien, ce chat, ce cheval, cette peluche même ? À qui as-tu donné un nom ? Je te confierai une prochaine fois le nom du mien et le secret qui va avec. Si tu veux explorer ton prénom plus en profondeur, je t'accompagne à travers mes lectures et mes ateliers. Rendez-vous sur laetitiaapsalon.com On se retrouve ! Mercredi prochain, pour un nouvel épisode, un nouveau chemin et un nouveau compagnon. A tout bientôt !