Speaker #0Fragile comme une fleur, dit-on, pourtant elle tient bon. Bienvenue. Tu écoutes « Connais-tu ton prénom ? » , un podcast qui explore les prénoms comme des mots-clés posés à l'entrée d'une vie. Je suis Laetitia Absalon. J'écris des récits sur mesure autour du prénom, de la lignée et de ce qui se transmet dans les familles. Dans ce podcast, j'explore les prénoms à travers plusieurs regards. Les bolandistes à Bruxelles qui démêlent la légende et l'histoire, l'étymologie qui remonte jusqu'à l'origine des mots, le langage des oiseaux qui joue avec les sons, les figures qui ont porté ces prénoms et d'autres chemins encore qui donnent des pistes pour se comprendre. J'y ajoute mon propre regard. C'est une lecture, la mienne. Tu l'entendras peut-être autrement. Ce que tu entends, toi, est précieux. Partage-le si tu le souhaites. C'est parti ! Je vais prononcer deux prénoms, Élodie et Gertrude. Tu as entendu une différence ? Avant toute explication, ton oreille a déjà imaginé quelque chose. Un prénom commence par une musique. Trois syllabes qui coulent. Et avec cette musique arrivent des images, parfois des préjugés, avant même qu'on connaisse la personne. Gertrude, d'ailleurs, veut dire la force de la lance. Elodie, derrière sa musique si douce, cache elle aussi une force. D'où vient ce prénom ? Elodie vient d'un ancien prénom, Alodia. Un prénom d'origine germanique. Dans Alodia, on entend deux mots anciens. Le premier, Ali. Il veut dire autre, venu d'ailleurs. Le second, Ode. Il veut dire le bien, la richesse. Ensemble, ils donnent un bien venu d'ailleurs, un héritage. Elodie a des cousins. Alodie, d'abord. En espagnol, alodia ou elodia. En irlandais, on l'écrit sans l'accent. Et puis, Odile, une cousine plus lointaine qui garde le même mot de départ, ode, le bien, la richesse. Maintenant, des mélons. Ce qu'on raconte, Elodie serait une fleur des marais, une fleur fragile. Cette image circule beaucoup. Elle vient d'une confusion. Il existe une plante d'eau, l'élodée, dont le nom grec veut dire « des marais » . Élodie et élodée se ressemblent à l'oreille. Et la plante a prêté son image au prénom. Cette plante vit entièrement sous l'eau. Seules ses petites fleurs blanches viennent effleurer la surface. Ses feuilles sont fines, ses tiges se cassent facilement. Et pourtant, elle oxygène l'eau. Elle nourrit les canards et les castors. Chaque petit morceau cassé repart en nouvelle plante. On la surnomme même la peste des eaux. Elle aussi vient d'ailleurs. Elle est née en Amérique du Nord et elle a voyagé jusqu'à nos rivières. Fragile en apparence, tenace en profondeur. Ce qu'on sait, le prénom vient d'Alaudia. Et s'il a voyagé jusqu'à nous... ses grâces à Sainte-Alodie. Elle vivait en Espagne au IXe siècle avec sa sœur Nounilon, deux enfants nés d'un père musulman et d'une mère chrétienne. La tradition les retient comme martyrs. Elle retient surtout leur fidélité, une fidélité qui a tenu jusqu'au bout. Entre la fleur fragile et l'héritage venu d'ailleurs, il y a un espace. C'est là que ce prénom devient intéressant. Et puis il y a Elodie Oe-Draogo, athlète belge sprinteuse. Elle court le relais, 4 fois 100 mètres. En 2007, au championnat du monde, elle obtient la médaille de bronze. Et en 2008, aux Jeux Olympiques de Pékin, avec ses trois coéquipières, elles obtiennent la médaille d'argent. Huit ans plus tard... Après disqualification de l'équipe russe, cette médaille devient de l'or. Un relais, c'est une course où l'on passe le témoin. Tenir sa course et transmettre, c'est intéressant. Écoutons le son. Et l'eau dit, elle l'eau dit, une eau qui parle, une source, une voix qui coule doucement et qui creuse son chemin, une douceur tenace. Ce prénom évoque une fleur, une douceur, et pourtant, elle demande souvent de la fermeté, tenir, travailler, poursuivre. Peut-être que ce prénom parle moins de fragilité que de constance. Alors... Le défi inverse serait peut-être celui-ci. S'autoriser à montrer sa fragilité quand on est celle qui tient. Prends ce qui te ressemble, laisse passer le reste. On dit souvent que les élodies travaillent avec acharnement, qu'elles tiennent ferme et qu'elles restent à l'écoute. Fermeté et écoute ensemble. Et toi, si tu portes ce prénom, est-ce que cela te ressemble ? Dans quelles circonstances ? Et quand c'est autre chose ? Que raconte cet écart ? Où, dans ta vie, tiens-tu ferme ? Et à quel moment écoutes-tu ? Et si Elodie nous apprenait que la douceur est une manière de tenir ? Voilà pour ce prénom. Une clé s'essaye. Tu choisis la porte. As-tu entendu les trois autres prénoms de la semaine ? Et à la fin, un compagnon t'attend. Il entre en silence et tout le monde le reconnaît déjà. Et toi, te reconnais-tu dans ce qu'on dit de ton prénom ? Un peu ? Beaucoup ? Pas du tout ? Les trois réponses disent quelque chose. Raconte-le-moi en commentaire, je les lis tous. N'oublie pas de t'abonner, on se retrouve tout de suite avec le prénom suivant, peut-être le compagnon, à tout de suite !