Description
Dans cet épisode de Connective, j’ai souhaité vous évoquer un concept majeur dans le fonctionnement des profils atypiques: le faux self, cette structure adaptative qui permet de réussir mais peut masquer un décalage intérieur .
Il arrive que la trajectoire soit solide. La progression de carrière bien visible.
Le poste est reconnu. Les responsabilités sont présentes. Les décisions ont un impact réel.
Et pourtant, quelque chose manque, une forme d’incomplétude que l’entourage, les collègues ne comprennent d’ailleurs pas forcément. Quand vous essayez de communiquer sur vos ressentis, il est difficile d’expliquer ce qu’il se passe au fond de vous, en apparence vous réussissez et pourtant….
On peut même vous répondre « mais tu n’es jamais satisfait(e) de rien, tu te plains tout le temps ». Alors ce sentiment de culpabilité arrive, vous osez de moins en moins exprimer ce qui est pourtant bien présent à l’intérieur : un décalage.
Une impression subtile : fonctionner efficacement sans se sentir pleinement engagé(e). La sensation de ne pas être « nourrie » intérieurement. Le terme nourrir est très symbolique et implique que cette « nourriture professionnelle » ne vous rassasie pas. Pour éclairer cette mécanique, il est utile de revenir à un concept central de la psychanalyse : le faux self, décrit par Donald W. Winnicott.
Lorsque l’environnement précoce ne s’ajuste pas suffisamment à l’expression spontanée de l’enfant, celui-ci apprend à répondre aux attentes externes pour préserver le lien. Il module ses élans, anticipe, s’ajuste.
Cette adaptation protège le noyau vivant — ce que Winnicott appelle le vrai self ou le vrai soi.
À l’âge adulte, cette structure peut devenir un atout majeur.
Elle favorise la fiabilité, la maîtrise émotionnelle, la capacité à tenir un rôle, à comprendre les attentes implicites d’un système.
Dans le monde professionnel, ces qualités sont valorisées.
Elles construisent des carrières.
Mais tout dépend du degré d’emprise du faux self...
A un niveau plus marqué, il peut devenir dominant.
Il ne se contente plus de faciliter l’adaptation : il structure l’identité.
Avec le temps, un décalage peut apparaître entre la manière dont la personne fonctionne dans sa sphère personnelle — spontanée, créative, intense — et la posture qu’elle occupe au travail — maîtrisée, contenue, stratégiquement conforme. Des exemples pour étayer :
- ne pas aimer contrôler les travaux d’un artisan à la maison et occuper le poste de contrôleur de gestion projets en entreprise ou fuir la compétition dans sa vie personnelle et se retrouver à arbitrer des conflits d’équipes au travail inhérent à la fonction…
- adorer faire la fête, bouger, profiter, sans règles ni limites et en parallèle exercer la fonction de DAF ou responsable financier… un univers très rigide.
Certain(es) pourraient se dire oui mais le travail est tellement stressant, donc dans le privé la personne évacue de cette manière. C’est une explication souvent entendue mais bien trop simpliste. Elle peut convenir lorsque l’on ne souhaite pas interroger ce qui se passe vraiment.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.




