- Speaker #0
Me voici de retour aux 17 rues de la Sorbonne dans le 5e arrondissement de Paris, en plein coeur du quartier étudiant. Cette fois-ci, nous sommes en début d'après-midi, le printemps est là, les vestes légères et les lunettes de soleil aussi. Je regarde les étudiants qui remontent la rue en direction de l'université. Certains pour assister à leurs cours, d'autres pour aller à la bibliothèque ou rendre un devoir, j'imagine. Et puis, il y a ceux qui sont attendus pour participer au deuxième tour du concours international d'éloquence de l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Évidemment, je cherche du regard si certains visages me sont familiers. Vous écoutez Convaincre et Mouvoir, un podcast en immersion au cœur du plus grand concours d'éloquence universitaire francophone. Je suis Mery, c'est parti ! Au départ, ils étaient quand même 100 candidats. Aujourd'hui, ils ne sont plus que 32. Enfin, 31, car il y a eu un désistement de dernière minute. Aux étudiants de Paris 1 Panthéon Sorbonne s'ajoutent, pour ce deuxième tour, 13 candidats sélectionnés par l'Agence Universitaire de la Francophonie. L'AUF est depuis les années 60 le premier réseau universitaire au monde avec plus de 1000 universités et centres de recherche scientifiques issus de près de 120 pays. Son rôle, agir pour une francophonie universitaire, solidaire et engagée dans le développement. En pratique, les candidats internationaux ont enregistré leur discours qui sera diffusé durant les duels. La mission du jury, toujours composée des associations étudiantes co-organisatrices, est de juger les prestations des candidats selon les trois critères sacrés de l'éloquence. L'éthos, le pathos et le logos. Il y a donc 44 orateurs en tout et d'ici ce soir, ils ne seront plus que 16. Pour cette deuxième étape, le thème c'est l'éducation. Et les sujets sont, peut-on apprendre à mourir ? Et les gauchers, sont-ils révolutionnaires ? Les sujets ont été imposés aux candidats, tout comme leur posture, affirmative ou négative. Et les duels ne sont pas éliminatoires. Cela veut dire que ce sont les candidats qui auront réalisé les meilleures prestations sur l'ensemble de la journée qui seront sélectionnés. Les tasses sont mises devant chacun d'eux en silence et en murmurant. Alors pour répéter, ils posent leur feuille devant eux, et juste à côté, ils posent leur portable avec le minuteur. Comment tu te sens ?
- Speaker #1
En réalité, j'ai un peu stressé, mais là, bizarrement, ça va. Mais après, je pense que quand je me retrouverai devant lui, ça remontera un peu plus.
- Speaker #0
T'as eu quoi comme sujet ?
- Speaker #1
J'ai eu « Peut-on apprendre à mourir ? »
- Speaker #0
Son prénom, c'est Camille.
- Speaker #1
Au début, quand j'ai vu le sujet, je me suis dit « Oh là là, c'est quoi ça ? » Et au final, du coup, j'ai un peu plus creusé mon sujet. Et en vrai, c'est hyper intéressant parce que j'en ai appris vachement dessus. Mais voilà, je pense que ma thèse est plutôt bonne à voir après.
- Speaker #0
Alors que Camille entre dans la salle où tout va se jouer pour elle, deux candidats en sortent et je les saisis au vol. Alors, comment vous vous sentez ?
- Speaker #2
On se sent plutôt bien après, un peu plus léger, c'est très agréable.
- Speaker #0
Lui, c'est Ryan.
- Speaker #2
Et il y a vraiment un élan dans la voix et dans le souffle quand on passe, qui fait qu'on vit après.
- Speaker #0
T'as senti que t'avais bien plaidé ?
- Speaker #2
Je crains que non, mais je l'espère.
- Speaker #3
Je trouve que t'as très bien plaidé. Surtout, c'était impressionnant parce que, vous le savez pas, mais il a improvisé la totalité de son discours.
- Speaker #0
Et là, c'est Christian.
- Speaker #3
Il a pris une feuille et pendant que je déclame mon discours, il a commencé à écrire.
- Speaker #2
Oui, ce sont les objections, mais parce qu'on a l'avantage d'être à la négative. Mais voilà pourquoi j'improvise aussi. C'est parce qu'on ne peut avoir de bonnes idées parfois qu'en chemin aussi. Ne serait-ce qu'au quotidien, il me semble que quand on parle, on improvise, on ne prépare pas ce qu'on dit, on ne prépare pas qu'on achète le prix. Et en ce moment, pour certains, c'est angoissant. Mais pour ma part, pour la parole, je viens de loin. Parce que j'ai été bègue, j'ai bafouillé, j'ai été frappé de mutisme. Donc voilà, il faut vraiment y aller, franchement.
- Speaker #0
Ryan et Christian partent en continuant de discuter. Et en les regardant s'éloigner, je me dis qu'en participant à ce concours, en partageant un sujet, en s'affrontant en duel, Ils sont peut-être en passe de devenir amis. Un peu plus loin, dans cette grande pièce tout en bois, une candidate patiente assise dans l'un des fauteuils de la salle d'attente. Je lui tends mon micro, elle me dit qu'elle s'appelle Aglaé et que quand elle a su qu'elle passait au second tour, elle était hyper contente. C'est quoi ton sujet aujourd'hui ?
- Speaker #4
Les gauchers sont-ils révolutionnaires ? Un peu retards, mais pourquoi pas ?
- Speaker #0
Comment tu décrirais ta manière de plaider ?
- Speaker #4
Alors, j'ai un copain qui m'a dit que je plaidais un peu comme Fauve. Je ne sais pas si vous connaissez, c'est un... Chanteur qui se lame, je suis assez d'accord. Disons que je plaide un peu comme je parle. Et j'espère pouvoir peaufiner ça au fur et à mesure de mes passages. parce que c'est vrai que je débute, je pense que j'ai encore Plein de choses à apprendre, parce qu'on peut explorer plein de choses, plein de manières de plaider différentes, et c'est ça qui est chouette, c'est que j'ai l'impression qu'on progresse tout le temps.
- Speaker #0
Quand j'écoute Aglaé, je pense à un des jurés du premier tour, Naïm. Il m'avait parlé de prosodie. C'est la mélodie des mots, le rythme qu'on leur donne et qui est propre à chacun. En musique, on appelle ça le flow. Et en fonction de notre histoire, de là d'où l'on vient, de ce à quoi on a dû faire face, ce flow varie. Et c'est un peu ce qu'a partagé Marianne, une candidate internationale avec moi.
- Speaker #5
Je viens du Liban et j'ai grandi au Togo, et ce sont deux pays où la parole est précieuse, même presque sacrée, mais on a quand même peu d'espace pour l'exprimer librement, surtout quand on est jeune. Et donc quand j'ai vu ce concours, je me suis dit, et si je faisais entendre une voix qui ne vient pas de Paris, qui n'a pas grandi dans les mêmes références, une voix avec un accent peut-être, avec d'autres images, d'autres douleurs, et j'avais envie de représenter cette jeunesse togolaise et libanaise qui continue de rêver, même au milieu du chaos, et de montrer que l'éloquence... Au final, ce n'est pas une affaire de code ou d'élite, mais c'est simplement une histoire de cœur, de vérité, de courage qui peut traverser les frontières.
- Speaker #0
Alors, je précise, les candidats internationaux n'étaient pas sur place lors du second tour. Nous avons donc échangé via notre audio interposé. Là, je suis derrière la porte de la salle où les candidats plaident. Et on peut entendre un des candidats qui plaide. Et à quel point l'intonation est importante en éloquence. Ce que j'adore, c'est qu'en plus de tous très bien s'exprimer, ils sont très élégants. Participer à ce concours, c'est pas juste venir plaider, c'est aussi miser sur ce qu'on dégage. Certains sont en costume, d'autres en tailleur, il y a des cravates, des foulards, et parfois c'est juste un détail qui fait la différence. Comme Manon par exemple, avec ses souliers rouges vernis. Et là aujourd'hui, tu t'es préparée à... sur quel sujet ?
- Speaker #6
Sur peut-on apprendre à mourir, et je suis à négatif.
- Speaker #0
Et comment tu te sens ?
- Speaker #6
Et je me sens pas prête à mourir, là. Non, bah, je me sens bien, ça va. J'ai trouvé une autre idée hier soir, en fait, parce que j'avais fini hier soir et je trouvais qu'elle était bien, mais il manquait un truc. Et du coup, j'ai plutôt fait un peu une métaphore filée, enfin, un truc où je l'ai vraiment intégré.
- Speaker #0
Et du coup, t'as bossé super tard pour finir tout ça ?
- Speaker #6
J'ai bossé tard parce que je fais à moitié ça et en même temps, je fais un peu mes cours. Et en même temps, j'arrive pas, par exemple, si je m'y mets pendant longtemps, j'ai rien qui me vient. Je décris pas dans le métro, en fait. Là, j'ai écrit dans le métro principalement. Et j'ai fait un gros bilan chez moi, mais sinon je l'ai fait par-ci par-là pour que ça mûrisse un peu.
- Speaker #0
Après mon échange avec Manon, je retrouve Théodore, qui au premier tour avait marqué les jurés, et moi aussi, par son aisance, sa bonne humeur et son plaisir à essayer quelque chose de nouveau. Comment tu t'es senti à l'annonce des résultats ?
- Speaker #7
J'y croyais même pas. Je regarde, je regarde les noms, parce que c'était par ordre alphabétique, et mon nom c'est M. Je descends, je descends, je descends. Théodore. Je me suis dit mais non ! Mais non, c'est incroyable ! Très content. Et j'avais déjà envie de continuer, donc de commencer à écrire. J'étais vraiment impatient d'enchaîner. Au début, j'avais un peu peur et tout, j'avais un peu de stress, mais là, je suis sûr de moi. Je suis confiant. Je vais aller pour tout déchirer.
- Speaker #0
Je sens que sa volonté est montée d'un cran. Lui aussi a été piqué par le virus de l'éloquence. Il en veut encore et ça se comprend. Et ils sont tous dans cet élan, qu'ils viennent de Paris ou d'ailleurs.
- Speaker #8
Je participe au concours Paris 1 Panthéon Sorbonne. Déjà, c'était vraiment une surprise pour moi.
- Speaker #0
Là, c'est Rotina Sandrata.
- Speaker #8
Mais c'était vraiment grâce au soutien de la UF Madagascar, parce que c'est un rêve. Par rapport au candidat parisien, je suis quand même intimité, j'avoue. Mais je pense que l'art oratoire, c'est fait pour tout le monde. L'art oratoire, ce n'est pas une question de nationalité, une question d'endroit. là où à toi c'est fait pour chacun d'entre nous.
- Speaker #0
Puis, je rencontre Kenzo qui se décrit comme quelqu'un d'assez réservé et d'ailleurs pour préparer sa plaidoirie, il se met dans un rôle. Il a besoin d'incarner son personnage jusqu'au bout pour réussir à sauter le pas. Et pour s'entraîner, il a une méthode bien à lui.
- Speaker #9
En fait, je me suis entraîné devant mon miroir. C'est un peu particulier mais même devant son miroir, au départ, on n'est pas très à l'aise. En tout cas, moi, je n'étais pas très à l'aise quand je parlais devant mon propre reflet. Et puis, à force, ça me décrispait devant mon propre reflet et je devenais à l'aise. Et ça m'a vraiment beaucoup aidé. Donc la première fois que je suis venu ici au premier tour, oui, c'était la première fois que je parlais, que je restais mon discours devant des gens.
- Speaker #0
Ah, voilà une candidate que je reconnais. C'est Graziella. Et elle vient tout juste de passer devant les jurés. Comment tu te sens ? Ça a été ? Oui, ça a été très bien. Ça t'a fait du bien ? Oui. Enfin, tu vois, de te libérer. Ton texte en fait.
- Speaker #10
Ouais, c'est toujours un peu un stress toute la semaine.
- Speaker #0
T'as écrit dans le rush, t'as pu te poser ?
- Speaker #10
Un peu, le sujet m'a inspiré, plus que ce que je pensais. Il y a un truc de comme t'as pas le temps, tu fais les choses et du coup tu procrastines moins. Quand on a les sujets qui par exemple, le sujet du premier tour, on nous l'a donné presque un mois à l'avance, on l'a tous écrit les trois derniers jours. Parce qu'en fait comme on avait le temps, on s'est dit c'est bon j'y penserai, j'y penserai. alors que là comme on a une semaine de le faire Ironiquement, on le fait les deux premiers jours et donc en fait on a une semaine pour la travailler. Et je plaide beaucoup, donc je suis dans ce mood-là, donc c'est vrai que c'est un peu plus rapide et un peu plus simple.
- Speaker #0
Si Graziella est un peu rodée à l'exercice, c'est qu'elle appartient à l'une des assos étudiantes co-organisatrices du concours, Révolte-toi Sorbonne. Mais tous n'écrivent pas au même rythme. Et je commence enfin à avoir un peu une carte des différents types d'orateurs et d'oratrices. Il y a ceux qui écrivent dès qu'ils reçoivent leur sujet. Ceux qui fouillent internet pour se documenter. D'autres qui prennent des notes dans le métro pour pas laisser filer l'idée. Ah oui, et il y a aussi ceux qui n'écrivent que la nuit, bien sûr, ou encore ceux qui s'y mettent trois jours avant, sans relâche. Et puis, il y a Théomine. Comment ça s'est passé pour toi ?
- Speaker #11
Mieux qu'au premier tour, mais quelques déconvenues, on va dire.
- Speaker #0
De quel ordre ?
- Speaker #11
Euh, du fond. Parce que j'écris toujours à un dernier moment, mes plaids. Je suis incapable d'écrire une plaid trois jours avant, c'est soit la veille, soit... Là, j'ai écrit ma plaie de cet après-midi. Au début, je m'étais fait gronder parce qu'au premier tour, c'est ce que j'avais fait. Ils m'ont fait passer 20 minutes plus tôt, donc je n'avais jamais fait ma plaide. C'est passé, je ne pensais pas, mais c'est passé. Et donc là, je l'ai fait un jour avant, c'était un peu hors sujet, donc j'ai réécrit tout à l'heure.
- Speaker #0
Ah oui, donc tu fonctionnes vraiment dans le rush.
- Speaker #11
Plus ça avance, plus ça devient compliqué après, parce qu'il faut être assez clean et chirurgical sur la fin.
- Speaker #0
Et puis Manon réapparaît à son tour. Il y a quand même effectivement un effet post-plaid, celui dont Gaïa Loum parlait au premier tour. C'est assez reconnaissable chez les candidats. Ils sont euphoriques et soulagés.
- Speaker #6
Ça s'est super bien passé.
- Speaker #0
T'as eu des bons retours ?
- Speaker #6
Ouais, j'ai eu des hyper bons retours. Mais je sais pas si c'est bien ou pas. Parce que des fois, les hyper bons retours, c'est un peu genre, ah bravo ! Mais tu passes pas. Alors que des fois, les retours plus critiques, c'est sur des gens où il y a plus à critiquer, mais du coup, il y a un niveau qui est plus... Donc je sais pas. Mais du coup, c'est exactement ce que j'avais prévu. Elles m'ont dit que le fond, l'argument n'était pas hyper original, mais que j'avais été tellement originale dans ma forme que ça avait compensé. Donc voilà. Après, je sais pas, parce qu'elles m'ont un peu trop mis en confiance avec leurs retours. Donc faut pas que je sois déçue. Après, franchement, je suis contente du moment. Donc je pense que la vie continue, quoi. Mais j'aimerais bien. Donc peut-être au prochain tour.
- Speaker #0
Quel suspense. Se lancer avec autant de conviction et à la fin de leur discours ne pas avoir immédiatement la réponse tant espérée. Puis rassembler ses affaires, descendre les escaliers, quitter l'université, reprendre le cours de sa vie dans l'attente de savoir si oui ou non ils plaideront dans l'amphithéâtre Richelieu. Je trouve ça hyper courageux et en même temps c'est le jeu, non ? Parce que moi, après cette journée passée avec eux, je serais incapable de les départager. Alors là, tout de suite, je pense aux jurés et à la lourde tâche qui est la leur. Je les imagine en train de faire le tri dans leurs notes, de confronter leurs ressentis, de s'affronter à leur tour peut-être, pour défendre les candidats et candidats qui, selon eux, méritent leur place parmi les 16 demi-finalistes. Qui a le mieux réussi à les émouvoir, les persuader et les convaincre ? D'ailleurs, de ce que j'ai compris, pour les candidats, participer à ce concours, c'est se donner la chance d'accéder à la demi-finale. C'est ça l'objectif. Pourquoi ? Parce qu'elle se passe dans un lieu mythique, l'amphithéâtre Richelieu. Ils ont plutôt l'habitude d'y aller pour écouter un professeur, mais là, ce sera eux qui seront sur l'estrade, eux qui seront devant un public, eux qui pourront partager leurs idées, leurs visions du monde, eux qui pourront oser être qui ils veulent être. Une chose est sûre, ils seront 16 candidats des candidats. de l'université parisien Panthéon-Sorbonne et de l'agence universitaire de la francophonie confondue, à plaider dans l'amphithéâtre Richelieu. Ce qu'ils ne savent pas en revanche, et qu'un membre de l'organisation m'a confié en secret, c'est qu'une petite nouveauté les attend pour cette 7e édition. Mais pour le moment, c'est encore l'attente. Et je crois que c'est ça qui est le plus difficile, ne pas savoir. En tout cas, pour moi ça l'est, alors je n'ose même pas imaginer pour eux. Dans cet épisode, vous avez entendu Théomine, Marianne, Théodore, Manon, Pierre, Rotina Sandrata, Kenzo, Gradiela, Ryan, Aglaé, Christian, quelques-uns des 44 candidats du second tour de la 7e édition du concours international d'éloquence de l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Dans le prochain épisode, vous découvrirez les noms des 16 candidats et candidates demi-finalistes qui auront la chance de s'affronter sur les planches de l'amphithéâtre Richelieu. Quel sera le thème ? Comment se sentiront-ils ? Est-ce que le trac sera plus fort ? Et surtout, qui sortira du lot ? J'ai hâte d'y être et en attendant, n'hésitez pas à partager cet épisode et à laisser en commentaire les prénoms des candidats que vous avez aimés. Moi, je n'ai pas réussi à choisir. Je suis Mairie Royer, vous venez d'écouter le deuxième épisode de Convaincre et Mouvoir, un podcast de l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, imaginé avec Clapodio.