- Speaker #0
Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans Crayon de papier. Aujourd'hui j'accueille Hector Denayer qui a marqué les Jeux Paralympiques de Paris 2024 en natation, en remportant non pas une, mais deux médailles à seulement 19 ans. Dans l'épisode du jour, on parle de son amour du sport depuis l'enfance, de sa rencontre tardive avec la natation, et bien sûr son expérience des Jeux, marquée par la fierté, mais aussi par la déception. Que vous soyez fan de sport ou non, je suis sûre que cet épisode vous plaira. Bonne écoute ! Coucou Hector !
- Speaker #1
Salut, ça va ?
- Speaker #0
Ça va et toi ?
- Speaker #1
Ça va super !
- Speaker #0
Alors, je suis trop contente de t'avoir dans le podcast aujourd'hui. Est-ce que tu peux, pour commencer, te présenter pour celles et ceux qui ne te connaissent pas, donc globalement ton nom, ton prénom, ton âge et ce que tu fais dans la vie ?
- Speaker #1
Donc bonjour à tous, moi c'est Hector, j'ai 19 ans et je suis paranageur et médaillé des derniers Jeux Paralympiques à Paris cet été.
- Speaker #0
Est-ce que, donc pour commencer, tu peux nous parler un petit peu de... ton enfance et de comment la natation est arrivée dans ta vie est-ce que c'est quelque chose qui était hyper inné chez toi ? Comment ça s'est passé ?
- Speaker #1
Moi j'ai toujours grandi avec du sport donc j'ai commencé à... Tout petit mon premier sport c'était du judo et forcément la natation ça n'a pas été quelque chose d'inné comme on peut le voir chez la plupart des des nageurs pardon comme Léon Marchand qui avait ses parents qui étaient nageurs, qui a toujours fait que ce sport non moi j'ai eu un parcours un peu atypique J'ai commencé par le judo, j'ai fait de l'athlétisme, du foot, du BMX race. Et un peu par hasard, je suis arrivé à la natation. C'était au collège, je faisais section foot. Il fallait faire du cardio pendant l'hiver et moi j'aimais pas courir. Et j'ai préféré prendre une licence de natation pour nager en complément du foot. Et à ma rentrée de quatrième, je me suis blessé, j'ai eu une maladie de croissance qui m'a empêché de faire du foot pendant un an au niveau du genou. Et moi j'avais besoin de faire du sport et me défouler. Donc euh... Plutôt que de faire une ou deux fois la natation par semaine, j'ai commencé à faire six, sept fois et j'ai commencé à performer. Et du coup, j'ai lâché le foot et je me suis mis à fond là-dedans.
- Speaker #0
Et là, tu as vu ton potentiel. Donc du coup, tu n'as pas du tout une famille sportive de base. C'était juste, on a un enfant, il a besoin de se dépenser, il va faire du sport. Et puis voilà, ce n'était pas à la base quelque chose qui était une vocation que tes parents t'ont poussé à faire au niveau du sport ?
- Speaker #1
Mes parents m'ont toujours forcé, enfin pas forcé, mais poussé à faire du sport, je dirais. Parce que pour mon père c'était important, il nous a toujours mis au judo. Donc mes trois frères étant petits, ils trouvaient que c'était un sport qui était vraiment bien au niveau des valeurs qu'il transmet. En tant qu'enfant c'était bien, ça nous a vraiment éduqués. Et après moi j'ai toujours eu ce côté compétitif qui adore le sport, contrairement à mes autres frères. Moi ça a été ma voie et c'est pour ça que je me suis lancé là-dedans.
- Speaker #0
Par rapport à ton handicap, est-ce que déjà ton handicap c'est un handicap que tu as de naissance ou c'est arrivé un peu plus tard ?
- Speaker #1
Alors moi, c'est un handicap de naissance, ça s'appelle une agénésie. C'est comme une amputation, sauf que c'est à la naissance, ça s'appelle agénésie, voilà. Et ça se situe au niveau de la main gauche. Donc moi, pour faire simple, j'ai l'habitude de dire aux enfants que j'ai juste cinq doigts en main.
- Speaker #0
Ok. Et du coup, dans ton rapport au sport, finalement, parce que tu as fait plein plein de sports, est-ce que du coup, tu as déjà senti peut-être des... inégalités avec les autres ? Est-ce qu'on te faisait sentir comme quelqu'un de différent ou au contraire est-ce que tu as toujours été hyper intégré et ton handicap n'était pas du tout un sujet ?
- Speaker #1
Non pas du tout. Moi j'ai toujours tout fait comme tout le monde que ce soit le sport ou l'école. J'ai jamais ressenti mon handicap. Mon père il m'a dit qu'il faisait exprès d'être plus dur avec moi qu'avec mes autres frères justement pour pas que je sente ça et j'ai toujours tout fait comme tout le monde. Moi ça m'a jamais dérangé. Après dans un sport comme le foot, mon handicap n'est pas dérangeant. Petit au judo, toutes mes premières compétitions je les gagnais Après c'est sûr qu'au fur et à mesure que j'ai grandi Je sentais la difficulté vis-à-vis des autres Qui grandissaient, qui prenaient en musc Et moi je pouvais pas agripper le kimono comme tout le monde Mais sinon non, j'ai jamais été discriminé J'ai jamais eu de soucis par rapport à mon handicap Du coup tu performais,
- Speaker #0
t'étais dans les groupes avec des paras ou alors ?
- Speaker #1
Alors non, moi j'ai toujours évolué dans un milieu J'aime pas dire le mot normal mais valide C'est vrai Sauf quand je suis parti m'entraîner pour la natation à Bordeaux, où j'ai fait trois ans au Pôle France-Andy. Mais sinon, tous mes autres sports et encore maintenant, je m'entraîne avec des gens qui sont comme tout le monde.
- Speaker #0
Donc du coup, tu es allé t'entraîner à Bordeaux, mais tu ne viens pas du tout de Bordeaux à la base.
- Speaker #1
Non, c'est ça. Je viens d'Alsace. Vu que j'ai commencé à Tassion à 14 ans, j'avais beaucoup de retard comparé aux autres. J'ai décidé de partir au Pôle France pour essayer de me perfectionner au max. Et on était cinq nageurs dans le groupe, ce qui me permettait d'avoir une prise en charge beaucoup plus individualisée. que si j'étais dans un groupe, au bout des trois ans, je pense que j'avais plutôt bien comblé ce retard que j'avais.
- Speaker #0
Donc, du coup, tu n'as pas du tout le parcours de depuis petit, je baigne dans l'eau et voilà, c'est vraiment venu plus tard. Et du coup, est-ce que quand tu as vraiment commencé à kiffer, nager, etc., est-ce que tu t'es tout de suite dit que ça allait devenir une carrière ou alors tu avais envie de faire totalement autre chose et que tu t'es dit ça va rester quelque chose où je vais être doué, faire des petites compètes, mais ça va s'arrêter là ?
- Speaker #1
Alors moi, comme je te l'ai dit, c'était juste pour faire un autre sport. pendant la trêve hivernale au foot. Et finalement, ça a été lors d'un stage, on appelle ça les JAP, c'est Jeunes à Potentiel, où en fait, tu te regroupes une semaine avec ta région, avec des sportifs. C'était en ondit, du coup. Il y avait l'ancien entraîneur de l'équipe de France qui s'appelle Koun, et du coup, j'ai passé une semaine et j'ai super bien kiffé nager avec lui. À la fin de la semaine, on a eu un entretien et il me demande, « Hé ouais, Hector, dis-moi, c'est quoi ton plus grand rêve ? » Que tu puisses savoir, je sais pas. argent illimité ou n'importe, c'est quoi ton plus grand rêve ? Moi, je me suis revu un peu plus jeune avec mon papa quand on a appris l'annonce des Jeux à Paris. Il m'avait dit, Hector, en 2024, tu auras 19 ans, imagine que tu fais les Jeux à Paris. Imagine ! Du coup, je ne sais pas pourquoi, je ne kiffais pas forcément la natation. J'aimais bien, mais ce n'était pas mon plus grand kiff. Je lui ai dit, moi, mon rêve, Koun, c'est de faire les Jeux à Paris. Et voilà, il m'a dit, je pense que tu as des qualités dans l'eau et si tu te donnes les moyens, il n'y a pas de raison que tu n'y arrives pas. Et c'est pour ça que trois mois après, je décidais de quitter mes parents et de partir à Bordeaux pour m'entraîner.
- Speaker #0
Ok, donc du coup, c'est vraiment quand tu disais mon rêve, c'est de faire les Jeux à Paris. Tu te projetais en natation ou c'était n'importe quelle discipline, faire les Jeux ?
- Speaker #1
Je pense que je dis ça un peu par hasard. Après, je kiffais jouer au foot. Et en fait, quand je me suis blessé, je l'ai appelé et j'ai dit voilà, ça n'allait pas. Moi, j'étais frustré de ne pas pouvoir jouer pendant un an, mais il le fallait pour ma santé. Et il m'a dit, c'est peut-être la chance de ta vie. Et finalement, je pense que ça l'a été.
- Speaker #0
Ouais, comme quoi, tu vois, une blessure t'a emmené jusqu'ici finalement. OK, donc du coup, là, aujourd'hui, tu ne vis que de la natation ou est-ce que tu as des études en parallèle ? Est-ce que tu taffes ? Comment ça se passe ?
- Speaker #1
En juin dernier, j'ai pu intégrer l'armée des champions au sein de la gendarmerie nationale. Donc, c'était sportif de l'armée qui représente soit l'armée de terre, soit l'armée de l'air, peu importe. Ils choisissent leur corps d'armée. Moi, j'ai choisi la gendarmerie parce que mon papa, il était gendarme et que petit, mon métier, c'était jouer à la régie hygiène. Donc, j'ai intégré l'armée des champions et je fais des compétitions aussi militaires, pas forcément que dans le civil. J'ai mon salaire tous les mois et en fait, je suis... payé pour pour m'entraîner pour représenter la gendarmerie ok moi je vis de la natation aujourd'hui mais je sais que j'aurais pas à l'intention toute ma vie donc je fais quand même des études et du coup je suis en bts communication ok pour l'instant ça ne sert pas forcément aujourd'hui quoi non pas encore après j'aurais
- Speaker #0
besoin de faire notre métier c'est un domaine qui me plaît et même moi en tant que sportif ça peut me servir donc oui parce que tu peux carrément faire de la com dans le sport et puis la com c'est hyper large fois c'est pas juste les réseaux sociaux c'est tellement large donc au final tu as plein de portes qui peuvent s'ouvrir à toi.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
À quel moment tu as su que Paris 2024 allait du coup devenir concret ? Parce que du coup, l'entraîneur de l'équipe de France te repère entre guillemets, tu lui parles de ce rêve-là, il te dit tu as des capacités, tu vas t'entraîner à Bordeaux et après ça, concrètement, comment ça se passe ? Est-ce que tu t'entraînes et puis tu attends de te faire un peu repérer ? Est-ce qu'il y a des inscriptions ? Comment ça se passe globalement ?
- Speaker #1
alors du coup je fais mes 2-3 ans à Bordeaux à la fin de la 3ème année je termine, je vais au championnat d'Europe Junior et je fais 2 médailles d'or, 2 médailles d'argent je me dis ok je suis dans le coup par rapport à mes temps je me dis ouais dans 2 ans je pense que je peux espérer rentrer dans une finale au jeu mais pour moi c'est pas assez et du coup je me dis non Hector faut que tu pousses encore le truc plus loin et Avec mon papa, on commençait à faire des recherches sur des clubs valides parce qu'à Bordeaux, j'étais vraiment bien, j'avais vraiment mon équilibre. Mais ce qui me manquait, c'est que du coup, j'étais dans ce côté handi et j'étais celui qui tirait tout le groupe vers l'avant. Et moi, j'avais besoin justement de nageurs plus forts que moi qui me tirent vers le haut et ça passait par moi rejoindre un groupe valide. J'ai recherché tous les clubs possibles, les internats. On a passé des heures et des heures et finalement, pour moi, la meilleure option, ça a été de rejoindre Dijon. En tout cas, c'est celle qui me semblait la meilleure. C'est pour ça qu'il y a deux ans, à la rentrée de septembre 2022, je suis venu m'installer à Dijon et je pense que j'ai fait le bon choix.
- Speaker #0
Et du coup, c'est là que tu as su que tu allais participer, non ?
- Speaker #1
Non, je suis venu et j'avais réalisé des bonnes performances chez les juniors, mais maintenant, il fallait prouver en senior. L'année 2023, mon objectif, c'était de me qualifier pour la championnat du monde. J'y suis arrivé et au championnat du monde, je termine troisième. Pour moi, j'avais les capacités de finir deuxième et j'ai été très frustré de cette place parce que les premiers et le deuxième avaient directement son quota pour les Jeux de Paris. Et moi, pour 11 centièmes, j'ai loupé le coche alors qu'un an avant, personne ne misait une pièce sur moi. Et j'aurais même qualifié directement être dans les premiers et avoir mon année sereine, mais c'était que partie remise. Donc, en début de saison 2023, non du coup, septembre 2023, pour l'heure 2024. Quoi ? Je venais d'avoir mon bac, j'ai rentré en BTS, mais j'ai décidé de tout mettre sur la tâchon. Et en fait, je n'allais jamais en cours. Parce que pour moi, je voulais avoir ma médaille au jeu et il fallait que je donne le tout pour le tout. Ce n'était pas grave si je loupais un an d'école en fait. Et voilà, je suis parti faire des stages à fond remue pendant trois semaines tout seul sans mon coach. Je m'entraînais beaucoup plus que tout le monde. Je nageais sept jours sur sept. C'est quelque chose qui est très rare chez les sportifs de s'entraîner tous les jours. Le corps, il a besoin de récupérer, mais moi, j'avais cette envie-là de bosser, de travailler. Et quand ça me met dans une bonne position, dans une bonne posture, en tout cas au niveau mental, parce que je sais que j'ai taffé plus que les autres et je me dis que j'ai peut-être plus de chances d'y arriver. Et voilà, arrivé au mois d'avril au championnat d'Europe, je termine deuxième. Je bats mon concurrent qui termine deuxième au championnat du monde l'année d'avant. Et je suis à 400e du champion d'Europe, du coup. l'italien Stefano Raimondi pour seulement 4 centièmes alors que 6 mois auparavant j'étais qu'à 2 secondes enfin j'étais qu'à 2 secondes et là je suis plus qu'à 4 centièmes pardon et voilà là je me dis bah ouais là il y a quelque chose à faire et du coup en jouant j'apprends ma qualif au jeu et voilà ouais donc toi t'as pas peur finalement de tout donner,
- Speaker #0
de tout plaquer, de déménager pour ton objectif quoi c'est vraiment non c'est ça ouais et puis surtout que ... Je voulais rebondir quand tu dis que t'as loupé pas mal de cours, etc. C'est vrai que finalement, une année de cours, ça se retape. Les Jeux à Paris, c'est pas souvent. Je ne sais pas si on aura l'occasion d'en revoir. Donc, ok, trop cool. Et moi, ma curiosité, c'est, j'aimerais bien savoir un petit peu les backstage un peu de Paris 2024. Est-ce que tu peux nous raconter un peu comment ça se passe déjà ? Concrètement, est-ce que tu arrivais un peu pendant les Jeux Valides ou est-ce que tu arrivais vraiment une fois que tout était terminé ? Comment ça s'est passé en gros ?
- Speaker #1
Moi je suis arrivé le 25 août je crois à Paris. Donc on est arrivé deux trois jours avant qu'il y ait la cérémonie d'ouverture donc on est arrivé vraiment tard. C'est ça tu confirmes ? Bah c'est ça.
- Speaker #0
Il y a Elodie qui est derrière nous ouais.
- Speaker #1
Je me suis entraîné à Dijon jusqu'au 18 août donc très tard. Ça faisait six semaines que j'entraînais tout seul, parce que j'avais des copains qui venaient, des copains qui je m'entraîne, qui voulaient vivre l'aventure avec moi et qui venaient à l'entraînement. Mais par moments, je me retrouvais seul et ça a été assez long et difficile. Le début des JO, ça m'a vraiment fait du bien parce qu'on a pu voir des démonstrations dans le bassin, les nageurs français qui glanent des médailles et ça nous a donné envie. Et après, on est arrivé sur le village le 25. Moi, je ne m'attendais pas à ça. Franchement, c'était un truc de ouf.
- Speaker #0
Est-ce que le village était bien ? Est-ce que c'était confort et tout ?
- Speaker #1
Moi, franchement, j'ai bien kiffé le village. Tu arrives, tu rentres dans le village, tu vois le bâtiment, drapeau USA, machin.
- Speaker #0
C'est stylé.
- Speaker #1
Franchement, c'était top. Il y en a certains qui sont pleins du lit en carton, mais moi, ça ne m'a pas dérangé. Non, franchement, on était super bien dans le village.
- Speaker #0
Oui, et puis en plus, du coup, ça t'a permis de rencontrer... Plein d'athlètes de différents pays, mais en plus de partager cette expérience avec aussi plein d'athlètes avec qui tu t'entraînais au quotidien et que tu connaissais. Donc du coup, ça devait être une expérience assez ouf. Et du coup, la cérémonie d'ouverture, c'était comment ?
- Speaker #1
Moi, je ne l'ai pas faite. La cérémonie d'ouverture ? Non, je ne l'ai pas faite parce que je nageais deux jours après et je ne voulais pas me fatiguer à marcher debout, machin et tout. Voilà,
- Speaker #0
tu as fait la cérémonie d'ouverture.
- Speaker #1
Ouais, mais c'était pas grave. J'imagine que tu fais la cérémonie et deux jours après, au jeu, tu perds pour un centième. Tu te dis, ouais, l'énergie, je sais où je l'ai perdue. Alors ouais, je pense que j'ai loupé une expérience de ouf, mais finalement, c'est pas grave parce que moi, j'ai tout tenté pour mon rêve, je voulais décrocher l'or. Bon, j'y suis pas arrivé, mais c'est comme ça, quoi.
- Speaker #0
Ouais, mais du coup, t'as fait la cérémonie de clôture, par contre.
- Speaker #1
J'ai fait la cérémonie de clôture, mais bon, vu que je savais qu'Eloa aurait un rôle particulier dans la cérémonie d'ouverture, ça a été difficile pour moi de dormir.
- Speaker #0
C'est vrai qu'Elodie a allumé... La flamme, la vasque, c'est la vasque ? Oui, la vasque. Et donc du coup, comment tu as vécu finalement ta première course ? Parce que tu avais déjà vu l'effervescence qu'il y avait eu par rapport au JO, par rapport à Léon Marchand notamment, et qu'à la base pour les paras, il n'y avait pas énormément de places vendues, et que du coup, pour les valides, ça a vraiment motivé tout le monde, et du coup pour les paras, c'était plein. Du coup... Tu avais peut-être un petit peu cette pression parce qu'on misait beaucoup sur la France. Comment ça s'est passé la première fois que tu rentres dans le bassin ? Qu'est-ce que ça te fait de voir, c'était à Bercy je crois ?
- Speaker #1
Défense Arena.
- Speaker #0
Ouais, Défense Arena. Donc comment tu vis de voir toute la défense remplie, des bassins, tout ce que tu voyais à la télé finalement depuis que t'es petit. En fait, qu'est-ce que ça te faisait finalement ? Tu rentres, qu'est-ce que tu ressens ?
- Speaker #1
Franchement, c'était un truc de ouf. Moi, je m'y attendais à ce que ce soit vraiment rempli parce que... Je savais que les Jeux, ça allait être quelque chose de vraiment fort et que les gens qui n'avaient pas pu aller au JO voulaient se rattraper et viendraient sur les paras. Et même les Parisiens qui avaient été partis en vacances allaient venir. Donc pour moi, ce n'était pas une inquiétude qu'il y ait du monde. Je m'attendais à ce qu'il y ait du monde. Après, quand 15 000 personnes crient ton nom, forcément, ça fait quelque chose.
- Speaker #0
Mais c'est vrai que ça a été quand même quelque chose cette année parce qu'il faut quand même dire ce qui est. Pour les paras, il y a quand même beaucoup moins de monde en général. Et là, j'ai l'impression qu'il y a vraiment eu quelque chose qui s'est passé, qui a eu vraiment toute une effervescence autour de ça. Donc, je pense que ça devait être assez impressionnant à voir. Et du coup, concrètement, parce que moi, j'ai quand même regardé tes courses, mais autant te dire qu'avec ma mémoire, je ne saurais pas dire à quelle course tu as eu quelle médaille ou quoi. Donc, tu as été médaillé combien de fois déjà ?
- Speaker #1
Moi, j'ai eu deux médailles, une médaille d'argent sur le 100 Brass et une médaille de bronze sur le 204 Nage.
- Speaker #0
Et du coup, comment tu vis ? concrètement quand t'as ta première médaille parce que moi je me suis toujours dit en fait quand ils sont en train de nager est-ce qu'ils se rendent compte qu'ils sont premiers en fait c'est juste t'es dans ton truc, t'es dans l'eau, tu traces et après tu sors et tu vois combien t'es concrètement ?
- Speaker #1
Bah ça dépend, il y a différents types de nageurs, t'en as qui essayent de regarder ce que l'autre il fait à côté t'en as qui regardent pas du tout et moi je suis plutôt un mec qui s'en fout en fait moi je fais ma performance et je me dis je verrai bien enfin regarder ce que les autres font, ça peut me perturber. On n'a pas forcément les mêmes stratégies de course. Alors bien sûr, ça reste un sprint, mais tu as toujours un qui va partir plus vite au début et qui va moins bien finir. Tu as l'inverse. Et moi, je sais que, par exemple, le premier 50, je ne suis pas forcément le plus fort, mais je sais que je suis le meilleur sur le deuxième. Et voilà. Donc, je n'ai pas vraiment de souvenirs, si tu veux. Tout ce que je sais, c'est que je pars et qu'au virage, je sens que je suis dans le groupe de tête, en tout cas, parce que ceux à ma gauche qui ont fait des moins bons temps le matin, Quand je tourne, je regarde ceux qui sont à côté. Je vois qu'ils ne sont pas là, mais je sens un peu la présence du russe à côté de moi. Mais par contre, l'italien qui est favori, il est trois, quatre lignes plus loin. Et lui, je ne peux pas le voir et je ne sais pas ce qu'il fait. Tout ce que je sais, c'est que pendant ma coulée, j'entends le robot caméra qui est au fond de l'eau, qui va vraiment loin. Et là, je me dis, OK, c'est qu'il y a quelqu'un devant moi. Je ne suis pas promis si le truc va aussi vite. En tout cas, il n'était pas focus sur moi, donc je n'étais pas en tête. Et là je me dis faut que j'y aille, faut que j'y aille et je jette un petit coup d'œil comme ça sur le côté et je vois qu'il a 2-3 mètres d'avance sur moi et là je me dis putain c'est chaud et je lâche tout ce que j'ai. Et finalement c'est ce qui sauve ma course parce que c'était tellement de pression et j'étais tellement crispé dans ce que je faisais que j'aurais pu terminer 4ème et ça m'a redonné un petit élan. Et donc le 3ème et le 4ème je les efface totalement et je me rapproche un peu de choses du 1er mais... Mais ouais, ça dépend des courses. Tu ne regardes pas toujours. Sur un 50 mètres, tu ne peux jamais regarder. Nous, on a la chance en brasse de toujours sortir de la tête. Donc, on peut jeter un petit coup d'œil ou quoi. Peut-être même sur le 204 nages, c'est la course où c'est le plus simple. Parce qu'en dos, on peut aussi essayer de regarder. Après, chacun est différent. Moi, je vais juste à fond et je m'en fous en fait. J'aurais pu terminer huitième. et faire mon meilleur temps et qu'il y ait 7 mecs plus forts que moi c'est comme ça quoi c'est le jeu alors que si tu termines deuxième mais que t'as pas fait ta meilleure performance ça fait chier quoi et donc là tu termines deuxième et qu'est-ce qui se passe tu sors la tête de l'eau et tu vois ton score et tu vois tout le monde qui est debout qui crie ton nom genre comment ça se passe parce que vraiment quand
- Speaker #0
j'avais vu Bonte avec Enzo là dans le canap et j'ai dit mais putain c'est incroyable et quand je vois tout le monde qui se lève et tout c'est incroyable, qu'est-ce que t'as ressenti ? Tu as été hyper content en mode purée, le acteur d'il y a quelques années qui disait que son rêve c'était d'être médaillé au Kyo, finalement il a réussi. Ou est-ce que tu avais cette déception de merde, je voulais avoir l'or quoi ? C'était quoi ton premier ressenti pour ta première médaille ?
- Speaker #1
Bah ouais, on se rend compte que le public il est fou. Alors nous, sur le plot de départ, on plonge, on a des petites lettres sur les côtés qui nous permettent de nous dire si on a une médaille. Quelques mois après, j'ai appris que s'il y avait une lettre d'allumé, c'est que tu étais premier, deux, deuxième et trois troisième. Je ne savais pas. Moi j'ai juste vu des LED allumés, après le panneau d'affichage pour les résultats il était à l'autre bout de la piscine et comme tu le vois j'ai des lumettes. et j'ai pas su savoir si j'étais premier ou deuxième. Je savais que j'avais fait médaille. J'ai mis du temps à me rendre compte, j'ai essayé de faire une mise au point avec mes yeux comme ça.
- Speaker #0
Je me souviens quand il y avait un mec qui t'avait interviewé, tu disais « Je suis myope donc au début j'ai pas réalisé » .
- Speaker #1
Et puis le drapeau français et l'italien, ils sont vraiment différents quoi. Mais j'ai pas réalisé, après ensuite j'ai croisé le regard d'Ello et elle savait que j'étais deg quoi. Et voilà, j'ai fait mes interviews, ce que j'avais à faire. Je suis tombé en larmes, ça faut pas le cacher.
- Speaker #0
De déception ?
- Speaker #1
De tristesse, ouais. Parce que j'avais misé toutes mes chances sur le sans-brasse, je m'étais entraîné que pour cette course pendant un an. Et pour 4 dixièmes, tu es une deuxième et ton rêve en fait il s'écroule. Alors bien sûr, aujourd'hui j'ai le recul et je peux me dire ouais, moi j'ai commencé la natation pour essayer de faire les Jeux de Paris, je suis vice-champion, j'ai médaille de bronze, machin. Mais sur le coup, l'athlète qui parle, qui s'est entraîné pendant un an, il n'admet pas la médaille d'argent.
- Speaker #0
Oui, mais après, d'un point de vue, peut-être que dans le milieu sportif, c'est différent parce qu'il y a les objectifs, il y a les attentes. Et puis, au quotidien, tu t'entraînes pour un objectif. Donc, la déception, elle est compréhensible. Mais tu vois, d'un point de vue extérieur, on se dit non, mais attends, le mec, il a 19 ans. C'est ses premiers jeux. À la base, genre... Il n'est pas forcément hyper connu dans toute la France. Et là, ça devient la star des paras. J'entends à la télé, je ne sais pas si vous vous rendez compte, parce que je crois que quand vous arrivez les nageurs, tu m'expliques, mais vous avez souvent des casques. Je ne sais pas s'il y a des musiques de motivation dedans, mais tout le monde criait ton nom. C'était quand même quelque chose, comme pour Léon Marchand. Donc il y avait quand même ce truc de tout le monde t'admirait et était hyper fier que... Pour tes premiers jeux, tu ramènes l'argent, c'était quand même ouf. Je pense qu'aujourd'hui, tu dois avoir quand même ce recul. Mais du coup, je pense que ça a dû peut-être te motiver pour les prochains jeux, j'imagine.
- Speaker #1
Bien sûr, on se rend compte après coup de ce qu'on a fait. Après, moi, j'ai eu la chance d'avoir Elo à mes côtés qui m'a dit « T'imagines, rends-toi compte de ce que t'as fait et va sur le podium maintenant et kiffe ce que t'as fait. » Un an auparavant, champion du monde, j'étais tellement déçu de ce que j'avais fait, de louper la qualif' que... que je suis allé au podium, j'ai tiré la gueule, j'ai pris ma médaille et je me suis cassé. Mon premier podium mondial, je ne l'en ferais plus et je ne l'ai pas savouré. Et là, je ne voulais pas faire cette erreur au jeu. Les championnats du monde, les championnats d'Europe, bien sûr, c'est des grosses échéances, mais les jeux, c'est tous les quatre ans. Donc j'y suis allé, un peu déçu toujours quand même.
- Speaker #0
Mais tu ne l'as pas montré.
- Speaker #1
Mais je suis monté sur le podium et j'ai vu mes potes avec qui je m'entraînais toute l'année à Dijon, qui étaient juste derrière moi. Je pense que ça m'a fait un grand bien et j'étais super content de ma médaille. Après, quand il y a 15 000 personnes qui te regardent, qui t'applaudissent, qui crient ton nom, tu ne peux pas être là à tirer la gueule.
- Speaker #0
Surtout l'émotion de te dire... C'est des trucs, tu vois... J'imagine, moi, à mon échelle, par rapport à ce que j'aime, c'est-à-dire le cinéma, moi, je m'imaginerais, si j'étais invitée à Cannes et que je montais mes marches, la sensation que j'aurais, j'imagine que toi, quand tu arrives, que tu poses ton pied sur le podium et que là, tu dois avoir un moment de bug en mode... Attends, est-ce que c'est réel ? Parce que je suis vraiment là, il y a tout le monde, ça doit être quand même un truc dingue quand on se remet ta médaille et tout. Moi j'étais impressionnée parce que moi honnêtement, je te vois à la télé avec ta médaille, moi je te voyais juste en train de manger des crêpes avec Elodie, chez mon père et tout, en mode normal. Et là je te vois à la télé en train de monter sur un podium, je suis en mode mais qu'est-ce qu'il se passe ? Ça doit être quand même un truc hyper dingue quoi.
- Speaker #1
Ouais, après, je pense que le plus fou, c'est pas le podium, c'est l'avant-course. Tu disais qu'on rentrait avec des casques.
- Speaker #0
Qu'est-ce qu'il y a dans ces casques ?
- Speaker #1
On écoute de la musique. Et après, chacun écoute ce qu'il veut. Moi, j'écoute des trucs pour me chauffer, quoi.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux nous donner un titre qui te motive ? Que t'as pu écouter dans le casque avant de rentrer ?
- Speaker #1
Je sais pas, la musique de Rocky.
- Speaker #0
T'es sûr que t'as fait le même chose ?
- Speaker #1
Quand il s'entraîne à Philadelphia. Mais ouais, après, c'était aussi un moyen pour moi de pas me rendre compte de tout le bruit qu'il y avait autour et de tout le monde qui était. Mais il y a un moment, il faut que tu sois avec ton moule-bite et que tu ailles derrière le clou. Et là,
- Speaker #0
tu enlèves le casque et là,
- Speaker #1
tu enlèves le casque et il y a tout le monde qui crie ton nom. Là, c'est plus puissant, je pense, que de monter sur le podium.
- Speaker #0
Ouais, j'imagine bien. Et du coup, après, ta deuxième médaille, c'était pour le 200 mètres 4 nages. Donc là, c'est quand même bien physique parce que du coup, tu dois switcher. Toi, ton point fort, c'est la brasse. Oui. Et donc du coup, c'était quoi les 4 nages ? C'était des brasses, dos crôlés ?
- Speaker #1
Il n'y a pas dos, bras, c'est crôle. Dans l'ordre.
- Speaker #0
Du coup, là, est-ce que pareil, tu avais l'objectif or pour cette course ou tu avais peut-être un peu moins d'attente que... Pour la Bresse, tout court.
- Speaker #1
Je savais que j'étais moins bien préparé pour cette course. Après, au championnat d'Europe, j'avais fait argent. Donc je me dis, on ne sait jamais, on verra bien ce que ça donne. Je suis qualifié sur la course, on verra. Mais je savais qu'il y aurait plus de concurrence. Je savais que le premier avait fait record du monde l'année d'avant. Il était vraiment intouchable. En tout cas, à mon échelle, moi, je n'aurais pas pu le battre. J'avais un concurrent français, Hugo, avec qui j'ai fait podium. On a fait deux et trois. Et il y avait aussi deux autres Russes et un Biélorusse qui étaient potentiellement des grands concurrents. Un Russe qui avait fait champion paralympique de la distance à Tokyo. Et un autre Russe, les deux, si tu veux, ils avaient fait six médailles d'or à Tokyo, pour faire simple. Donc c'était des grands concurrents. Et un autre Biélorusse qui avait gagné le 100 mètres d'eau deux jours avant. Donc il y avait du beau monde.
- Speaker #0
Donc il y avait de la pression, quoi.
- Speaker #1
Du coup, comment ça s'est passé ? Pendant les séries... Vu que c'est un 200 que je suis bien préparé, j'essaye de gérer ma course pour ne pas me cramer les ailes pour le soir. A juste titre, je ne sais pas, j'ai terminé 8e des qualifs. Pour 3 dixièmes, je n'ai failli pas rentrer dans la finale, donc j'ai eu chaud au cul. La chance qu'on a eue, c'est que le Biélorusse qui a gagné le sando deux jours avant, il n'est pas rentré en finale. Lui, il s'est fait avoir. Donc, bye bye. Moi, je pensais avoir fait une meilleure perf que ça le matin. J'allais dire Ramzy et Aelo. Ramzy, c'est mon coach pour ceux qui ne le connaissent pas. Je leur avais dit quand on s'entraînait à l'INSEP. Deux ou trois jours avant, j'aurais dit « Vous verrez, pour le 204, j'aurai le dernier temps des séries, mais je monterai sur le podium. » Et Ramzy m'avait dit « Non, il ne faut pas que tu fasses ça. C'est vraiment risqué de tenter de passer avec le dernier temps. Il faut que tu y ailles. » Et j'ai dit « Ok, j'écoute ta consigne. » Et le fait de terminer huitième, je me suis un peu remis en question pendant que je récupérais après ma course. Et je me suis dit « Putain Hector, qu'est-ce que t'as fait ? T'as merdé. » Enfin, ça va rien donner ce soir ce que t'as fait. Et voilà, j'entrais pas au village les midis, j'allais dormir à l'hôtel à côté de la piscine dans la chambre de mes parents. Et je me réveille de la sieste et tout, et j'étais encore dans un mood un peu négatif. Et je dis à Ramzy, il me fait, de toute façon gros, on s'en fout, t'as une ligne, t'as une chance comme les autres. Enfin, la technique du bled, tu vas faire 100 mètres à balle et 100 mètres tu survis. Et voilà, je suis parti dans ce mood-là et je me suis dit, ce soir, c'est la guerre. Je suis motivé, je suis repartif.
- Speaker #0
C'est des pratiques.
- Speaker #1
Donc voilà.
- Speaker #0
Et du coup, tu as eu la médaille de bronze. Et là, du coup, dans quel mood t'étais-tu ? Est-ce que pareil, tu avais la déception comme pour l'argent ou au contraire, tu étais en mode, je partais. C'était quand même pas gagné. Et je suis comme sur le podium, comme je l'avais entre guillemets prédit.
- Speaker #1
Ouais, celle-là, j'ai été hyper content. Surtout que tout le long de la course, avant, on parlait, est-ce qu'on regarde les concurrents ? Moi, vu que j'étais à la ligne 8, en fonction de mes virages, j'avais la chance d'à chaque fois pouvoir voir tout le bassin. Donc, j'avais personne de mon côté droit. Donc ça, c'était cool. Tout ce que je sais, c'est que je suis parti à fond. Encore pas, je suis passé deuxième. Et après, en dos, c'était vraiment mon point faible. Mais pour la première fois de ma vie, j'avais tellement nagé vite en dos. j'ai nagé 2 secondes plus vite sur mon 50 d'eau que lors de mon record et je vois les deux russes et Hugo qui est au milieu en fait qui avait que 4-5 mètres d'avance sur moi alors que généralement ils en ont 10 et là je me dis ah ouais là c'est ta chance et je pars en brasse j'attaque, j'attaque je suis perturbé parce que généralement quand t'es sur la ligne du milieu et que t'es derrière les autres sont devant toi et ça te donne un objectif et là j'étais seul avec le mur en face de moi à aller chercher. Et j'y vais, j'y vais, je fais mon virage et je vois que je suis juste à côté d'eux en fait.
- Speaker #0
Et là, je lâche tout, je lâche tout et je touche le mur et je vois que je suis troisième. Donc, je suis hyper content.
- Speaker #1
Et puis, tu partages le podium avec ton pote, du coup.
- Speaker #0
Ouais, c'est ça. Donc,
- Speaker #1
ça, c'est trop bien. Donc, à la fin de ces jeux, la cérémonie de clôture, c'était comment ? Là, tu as pu vraiment profiter de l'effervescence du truc. Est-ce que tu as kiffé le moment ? Est-ce que tu étais un peu nostalgique ? Tu étais dans quel mood à la fin des jeux ? Est-ce que tu étais en mode, purée, je suis quand même trop fière de moi ? trop content d'avoir vécu ça. Est ce que tu étais bon ? Je suis un peu déçu. Est ce que tu étais en mode ? C'est incroyable ce que je vis.
- Speaker #0
Non, non, je suis content vraiment de ce que j'ai pu faire et j'étais très heureux. Mais en même temps, je suis hyper triste parce que c'était la fin d'une aventure. Moi, ça faisait cinq ans que je faisais tout. J'ai tout mis en place pour arriver à cet instant. Et là, du jour au lendemain, ça se finissait.
- Speaker #1
C'est hyper vite en plus.
- Speaker #0
C'est passé vite et le départ du village, il était difficile. Je voulais pas que ça s'arrête. Moi, j'ai tout fait pour réussir à performer. J'ai toujours mis mes études au second plan. Je voyais pas mes potes. Je suis parti de chez mes parents à 14 ans. J'avais tout fait pour. Et là, c'était enfin fini. Et c'était dur, quoi.
- Speaker #1
Oui, il y a ce côté tant d'années de préparation pour un si court instant, quoi. C'est nostalgique. Et puis surtout que t'as vécu dans ta bulle, c'est-à-dire que t'étais dans ton truc. Il n'y a pas grand monde qui vit ça quand même. Donc, t'es dans cette bulle. Enfin, en vrai, les JO... de manière globale, c'était une énorme bulle. C'était tout le monde qui était à fond, alors que pourtant, personne ne misait là-dessus. Tout le monde disait qu'il n'y aurait personne. C'était un fiasco. Au final, c'était un truc incroyable. Même moi, je me suis pris au jeu, alors qu'honnêtement, je ne suis pas très fan de regarder le sport et tout, mais là, j'avais vraiment tout kiffé. Je me dis que ça doit être quand même assez perturbant que tu arrives dans le truc. Pendant deux semaines, tu es dans une bulle avec que des personnes qui partagent... ta passion, l'amour du sport, qui comme toi sont entraînés, donc qui te comprennent finalement. Et après, du jour au lendemain, retour à Dijon, dans la petite vie un peu classique, où c'est parti, on se réentraîne et on recommence. Mais ça doit être assez perturbant.
- Speaker #0
Je dirais pas perturbant, parce qu'après, c'est notre quotidien. On s'entraîne 30 heures par semaine pour nager une minute derrière.
- Speaker #1
Perturbant dans le sens... Je suis emboulée, mais tu sais, je vis 15 jours dans une bulle et puis d'un coup, c'est fini. C'est le côté un peu brutal, que ça pâtit super vite.
- Speaker #0
En tout cas, je pense que personne ne voulait que ça s'arrête. Les jeux ont duré tout l'été, en fait, et pour tout le monde, j'ai la chance d'être spectateur pour les valides, de participer pour les paras. En fait, du jour au lendemain, ça s'est arrêté et il fallait retourner en cours.
- Speaker #1
Bah ouais.
- Speaker #0
Et ça, c'était le plaisir.
- Speaker #1
Et la rentrée, c'est après, en plus.
- Speaker #0
Moi, je n'y suis pas allé tout de suite. Je ne me sentais pas d'aller en cours. Oui,
- Speaker #1
logique.
- Speaker #0
J'avais des choses à faire par rapport à des partenaires ou des collectivités qui m'ont soutenu. Je me suis fait opérer aussi des amygdales parce que j'avais des problèmes d'apnée du sommeil. Et ensuite, seulement après les vacances de l'absence, je suis retourné. Mais je ne pouvais pas faire la bascule.
- Speaker #1
Est-ce que tu étais la star de ta classe ou pas ?
- Speaker #0
Oui, les profs... Ils faisaient que dire, ouais, vous avez un champion de votre classe et tout. Et il y en a plein qui l'ont mal pris parce que toutes les semaines, à la semaine prochaine, Hector, il arrive. Et en fait, je venais pas. Non, mais c'est la semaine d'après, il revient. Et je venais jamais, je venais jamais.
- Speaker #1
T'avais ce privilège de, entre guillemets, t'avais des bonnes excuses, entre guillemets aussi, pour pas y aller, quoi. Parce que t'étais le médaillé de la classe.
- Speaker #0
C'est ça. Et ils m'ont accueilli, ils ont fait des pancartes, machin, etc. C'était vraiment drôle. C'était hyper cool de leur part. Après, bah... Moi j'ai pas envie de rester sur cette image là de Hector, le mec qui a fait des médailles au jeu de Paris et je veux qu'en fait on me voit tel que je suis, je reste un être humain, c'est bien j'ai fait des médailles mais ça va pas changer ma vie quoi J'ai fait quelque chose de bien mais je suis aussi Hector l'étudiant et même à l'entraînement la première fois que je suis revenu mes potes étaient là parce que je les avais pas recroisés depuis et tu te rends pas compte de ce que t'as fait et tout et tu sais tout le temps on est là, on te valorise et tout et non moi les gars je veux juste être votre p*** de pote, le mec qui vous insultait tous les soirs. Voilà,
- Speaker #1
quoi. Oui, ça doit faire bizarre parce que finalement, t'as quand même eu une certaine notoriété. Enfin, tu sais, moi, quand je te disais, ça m'a fait bizarre de te voir à la télé et tout. Mais, anecdote, sache que j'étais chez l'ostéopathe. Il était en train de me faire craquer tout mon corps, là. Et il avait mis la radio pour écouter un peu ce qui se passait au jeu. Et là, j'entends ton nom, après, le nom d'Élodie. Enfin, je me dis, mais moi, tu vois, c'est trop marrant de me dire ah oui, il y a quand même quelque chose. Mais d'un côté, en fait, c'est juste genre Hector et Hélo que je vois de temps en temps quand ils viennent. Genre, c'est des amis. Enfin, je veux dire, il y a ce truc comme de fierté, tu vois. Mais d'un côté,
- Speaker #0
c'est des gens qu'on connaît,
- Speaker #1
quoi. Donc, c'est des gens normaux. Juste, ils ont une médaille.
- Speaker #0
Ouais, c'est ça. Chacun son domaine, tu vois. Nous, on nage. T'en as et ils vont être de super bons pâtissiers ou quoi. Enfin, on a chacun notre truc. Alors, c'est sûr que quand tu nages au géo, que tu représentes ton... pays, t'es un peu plus mis en avant mais ça change rien tu vois Moi, je trouve pas que j'ai tant gagné en notoriété. Alors, j'ai doublé mes abonnés Instagram, mais c'est tout, tu vois.
- Speaker #1
Oui. Du coup, l'après-lieu, est-ce que finalement, t'es retourné, entre guillemets, directement de ta vie d'avant ou est-ce que t'as quand même dû avoir des interviews, des trucs ? T'as quand même été beaucoup sollicité, j'imagine.
- Speaker #0
Déjà, quand tu fais le Club France, tu fais plein d'interviews avec des radios, etc. J'ai eu la chance d'être invité à... à quel jeu de présenter parler à Salamé qui est en fin de journée pour faire le débrief de la journée des jeux et tout c'est des expériences super cool après ouais les presses locales quand tu rentres généralement ils aiment bien recevoir les médias de la région Ah bah là t'es
- Speaker #1
devenu digonné du grand lendemain Avant de clôturer cet épisode donc tu sais que le podcast s'appelle Crayon Papier et donc je voulais te demander si là tu devais et écrire les prochaines années au crayon de papier. Donc, crayon de papier, parce que le crayon de papier, tu peux le gommer. Donc, si tu ne le suis pas à ce trajet-là, ce n'est pas grave. Mais du coup, là, si tu devais écrire, tracer ton chemin, ce serait quoi ? Là, dans les prochaines années qui arrivent, tu te vois où ?
- Speaker #0
Déjà, réussir mon BTS, donc l'année prochaine.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Là, je suis en première année. Après, pour ce qui est du côté sportif, moi, j'ai tendance à dire que les championnats d'Europe et les championnats du monde, ce n'est pas des... C'est des gros objectifs, mais ce n'est pas des finalités. Alors que pour tout sportif, ça peut l'être. Pour moi, je me dis que c'est juste un checkpoint qui va m'emmener jusqu'à LA. Moi, j'ai juste envie de m'améliorer, de me développer, de devenir la meilleure personne que je puisse être et le meilleur nageur que je puisse devenir.
- Speaker #1
Oui, parce que tu es encore jeune. Donc finalement, tu as quand même une grosse maturité, je trouve, pour ton âge. Mais c'est vrai que tu as encore plein de choses à vivre. Et apprendre à découvrir sur toi et sur tes compétences aussi sportives finalement. Oui,
- Speaker #0
bien sûr. On dit souvent que le pic de forme pour un nageur, c'est entre 23 et 25 ans. Et là, j'aurai 23 ans, donc tant mieux. C'est là où je pourrais être le plus performant. Je veux juste devenir le meilleur athlète que je peux pendant les quatre prochaines saisons. Rester qui je suis. Et tout casser à LA.
- Speaker #1
Donc la Sainte-Gilles 2028, ça part quoi.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Médaille d'or ? Oui,
- Speaker #0
plusieurs.
- Speaker #1
Je prendrai cet extrait si tu en as une et je le mettrai sur Insta. Merci Hector d'être venu dans mon podcast. J'espère que tu as passé un bon moment. Et puis, à bientôt.
- Speaker #0
Merci, à la prochaine. Ciao.
- Speaker #1
Merci à Nathan Morley-Vagrivo qui a monté cet épisode et à Marie Charlier pour cette sublime illustration. Merci à vous d'avoir écouté cet épisode. J'espère qu'il vous aura plu. Si vous aimez ce podcast, n'hésitez pas à mettre 5 étoiles et à vous abonner pour ne rien manquer. Sur ce, je vous dis à très vite pour un prochain épisode de Criant de Papier. A bientôt !