- Speaker #0
Vous écoutez le podcast « Cultivons les échanges » proposé par InVivoHack, le podcast qui donne la parole à ceux qui font de l'agriculture d'aujourd'hui et de demain. Ce podcast est à retrouver sur toutes vos plateformes d'écoute et sur YouTube.
- Speaker #1
Bonjour, bienvenue dans ce podcast « Cultivons les échanges » . Aujourd'hui, un sujet passionnant puisque nous allons traiter de l'agriculture en France en 2035. J'ai la chance d'avoir avec moi deux spécialistes, sans pression bien sûr ! Thierry Pouch, de Chambre d'agriculture France. Anne-Cécile Suzanne, agricultrice et consultante chez KEA. Elle m'accompagne aujourd'hui pour essayer de se projeter dans le monde en 2035, en tout cas en France et dans le secteur agricole. Une première question. Anne-Cécile, tu n'as aucune courtoisie. Je commence avec Thierry. Est-ce que vous pouvez nous donner... trois forces et trois faiblesses de l'agriculture française aujourd'hui pour affronter finalement le monde de demain, en tout cas comme on le projette aujourd'hui ?
- Speaker #2
Je pense qu'il faut déjà revenir sur une force considérable. C'est tout ce qui a été accompli depuis 60 ans. On est parti de pas grand chose après la fin des années 50. On est quand même parvenu en un temps record à atteindre l'autosuffisance dans un cadre européen bien sûr et à devenir une puissance agro-exportatrice. Donc déjà Il faut rappeler un peu ce genre de paramètres, à quoi il faut ajouter l'évolution des rendements quand même, parce qu'on entend beaucoup parler de plafonnement des rendements, mais quand on regarde l'état des rendements à la fin des années 50, c'était quand même pas terrible. Donc on a réussi des prouesses dans le domaine de la modernisation agricole. Donc ça, ça veut dire qu'on ne part pas de rien et qu'on a des atouts. Les principaux atouts que nous avons... parmi une multitude, c'est d'abord le fait que les agriculteurs aujourd'hui sont de mieux en mieux formés. Ils ont pour l'essentiel des diplômes de l'enseignement supérieur, ce qui n'était pas le cas de leurs prédécesseurs. Deuxièmement, dans la continuité de ce que j'ai dit tout à l'heure sur l'évolution historique, on est quand même sur des productions agricoles qui sont de qualité quand même assez élevées, qui sont réputées dans le monde entier. Donc ça c'est un deuxième atout et puis les agriculteurs aujourd'hui, ils ont bien pris conscience qu'ils étaient dans une phase de transition, de mutation, et qu'ils démontrent quand même une certaine aptitude à innover. Ce qui n'est pas sans poser problème, on y reviendra certainement un peu plus tard, mais on sent quand même que dans cette jeune génération mieux formée, ils ont un état d'esprit qui est tourné quand même vers l'innovation, parce que c'est indispensable : on est dans des défis importants, des défis énergétiques, climatiques, des défis agronomiques, donc ils ne peuvent que s'engager dans la voie de l'innovation pour essayer de réussir ce que leurs prédécesseurs ont réussi, mais dans un autre contexte.
- Speaker #1
Anne-Cécile, tu es agricultrice, donc comme on disait, est-ce que tu as trois remarques par rapport à ce que disait Thierry ? Ou tu vois d'autres éléments qui pourraient venir ? s'ajouter ou peut-être toujours rajouter quelque chose ?
- Speaker #3
En tout cas, je suis en ligne avec ce que disait Thierry sur les forces de l'agriculture. Il y en a une qui est fondamentale pour réinciter dessus, c'est effectivement les nouvelles générations qui arrivent et qui vont apporter avec elles aussi toute cette force d'innovation. Après, les défis à relever sont majeurs et je dirais que sur les faiblesses, en tout cas, à adresser... Il y en a une qui est très importante, qui est qu'en fait on arrive à certaines limites du modèle, en termes d'utilisation du pétrole notamment, de l'aide-là des ressources énergétiques. On sait que ce ne sera plus possible comme aujourd'hui dans quelques dizaines d'années. Donc il faut arriver à penser le changement du modèle. On sait en agriculture les temps sont bons, donc il faut arriver à le penser dès à présent. Il y a le sujet de l'attractivité du métier. On ne peut plus l'exercer demain comme on le faisait encore aujourd'hui, en particulier en élevage. Il faut arriver à attirer par de meilleures conditions de travail. Et puis évidemment, il y a tout le sujet de bien-être animal et de protection de l'environnement au sens large. Et là, il y a des tendances lourdes qui se dessinent aujourd'hui et qu'il va falloir arriver à adresser pour résoudre les équations un peu problématiques des données.
- Speaker #1
Mais c'est des équations à multiples variables ? C'est intéressant Thierry, puisque vous avez commencé en parlant de l'Europe. C'est un vrai sujet parce qu'aujourd'hui, il y a des réformes de la PAC assez régulièrement. Mais on a l'impression que dans un monde à la fois fragmenté et globalisé, il n'y a pas d'autre monde, c'est-à-dire qu'il se fragmente d'un côté et il se globalise par ses échanges. Donc aujourd'hui, la France peut être seule dans le monde de 2035, ne peut plus être seule. C'est-à-dire qu'on a besoin de nos alliés européens pour exister dans ce monde globalisé et fracturé.
- Speaker #2
Ce que vous dites est un peu d'une complexité extrême parce que vous parlez de nos partenaires européens, de nos alliés qui sont pour certains d'entre eux nos concurrents aussi. Parce que l'Union Européenne à travers son évolution a fait du marché européen un grand espace de rivalité commerciale. La Pologne est maintenant une puissance agricole, elle est le premier fournisseur de la France en viande de volaille par exemple et en viande de poulet en particulier. Donc je nuancerai un petit peu. On a besoin de cette Union européenne, qui quand même à travers les réformes de la politique agricole commune tous les six ans à peu près, apporte des soutiens de moins en moins élevés. Ils sont même sur une phase de déclin. Quand vous regardez les aides découplées par exemple qui ont été instaurées à la fin des années 90, on voit bien qu'il y a une diminution de ces aides découplées, notamment pour... On va prendre un exemple très simple pour les céréales et les oléoprothéagineux. Donc on ne peut pas évoluer quand on est agriculteur sans la politique agricole commune, mais cette politique agricole commune a quand même énormément changé, et souvent au détriment des agriculteurs. Et ce qui s'annonce pour 2028-2034, c'est une forte baisse du budget de la politique agricole commune. On serait sur un recul de 20 à 25%. Alors rien n'est figé. Pour l'instant, parce qu'il va y avoir des discussions avec le Parlement et le Conseil européen, mais la proposition initiale de la présidente de la Commission européenne va dans ce sens-là. C'est-à-dire qu'il y a tellement de priorités maintenant, tellement de défis à relever que l'Union européenne est obligée, à mesure où son budget n'est pas extensible à l'infini, elle est obligée d'effectuer des arbitrages. Et en plus, j'ajouterais que pour les agriculteurs, Ils sont un peu en porte-à-faux vis-à-vis de cette Union européenne. Ils se plaignent des réglementations, ils se plaignent des normes qui ne sont pas appliquées de la même façon d'un État membre à un autre. Mais en même temps, ils n'ont pas jusqu'à dire qu'il faudrait sortir l'Union européenne parce que, en toile de fond, c'est quand même à peu près 10 milliards d'euros par an qui disparaîtraient de leur trésorerie. Donc ça fait quand même une somme assez importante. C'est pour ça qu'ils restent attachés tout en critiquant l'Union européenne. Donc on est là dans une ambiguïté qui n'est pas facile à relever.
- Speaker #1
C'est François Purcell, peut-être que vous connaissez, le chercheur de Sciences Po, qui a une très bonne analyse justement. Alors je ne vais pas réduire ça au vote, mais le vote agriculteur avec une séparation aujourd'hui qui se fait en quatre catégories entre les céréaliers pro-européens et anti-européens. Un monde complexe je crois, mais... Il faut aussi le comprendre en tout cas.
- Speaker #2
La cote de confiance des agriculteurs vis-à-vis de l'Union européenne, dans le sondage que justement François Purseil a conduit dans l'enquête qu'il a menée l'année dernière, est tombée à 8%. Donc c'est quand même une chute assez vertigineuse et on voit bien l'état un petit peu difficile, conflictuel qu'il y a entre le monde agricole et l'Union européenne.
- Speaker #1
Compliqué. Mais Anne-Cécile, toi à l'inverse, tu nous parlais déjà de ce qu'on appelle la transmission aujourd'hui, le grand sujet de la transmission. Une question un peu compliquée, mais comment on donne envie aujourd'hui à des jeunes de s'installer ? Sur quelle base, sur quelles promesses ils peuvent s'installer ? Puisqu'on a peut-être une Union européenne qui diminue ses dotations, mais on aura toujours besoin de se nourrir. Et on parle de souveraineté alimentaire, donc voilà, beaucoup de sujets antinomiques. Mais selon toi qui es éleveuse, tu as des voisins. Aujourd'hui, l'élevage, là où je parle, où je touche du bois, se porte plutôt bien en France. Comment on donne envie aujourd'hui aux jeunes de venir continuer à travailler dans ce secteur et continuer à avoir notre souveraineté alimentaire ?
- Speaker #3
Alors, pour répondre à ta question, je vais juste prendre un petit pas de recul et j'y reviendrai immédiatement. C'est que là, quand on laisse spontanément, et aujourd'hui c'est ce qui se passe, faire le marché agricole, on observe quelques grandes tendances, notamment la spécialisation des exploitations. Ça, c'est quand même une tendance très forte. Donc on va avoir des agriculteurs qui s'installent en viticulture, en grande culture, en élevage et qui vont délester les activités qui sont jugées comme annexes, mais qui font derrière un modèle un petit peu différent d'agriculture diversifiée. Donc une spécialisation. On a une tendance aussi qui est très lourde sur l'allègement de la charge de la pénibilité. Par exemple, en élevage laitier, on a le développement des fameux robots qui permettent de ne pas avoir ces contraintes en début et fin de journée. Il y en a d'autres, mais en tout cas pas celle-ci. Et de manière générale, une tendance à se rapprocher du consommateur. Ce consommateur-là... Il a envie d'acheter des produits durables, mais il n'a pas envie particulièrement de payer pour ça. Il est peut-être prêt, c'est la grande analyse qu'on fait, à payer pour sa santé. Mais c'est sans doute là l'argument où on peut travailler le sujet. Et derrière, une industrie agroalimentaire qui est chargée de faire ce lien-là avec la grande distribution qui peine à se moderniser. Donc c'est vrai que s'installer dans ce climat-là, avec cette tendance à la spécialisation et des investissements très lourds à faire pour diminuer la pénibilité, ne pas donner envie. Pour autant, en fait, il y a un chemin à créer et je pense que comment est-ce qu'on donne envie de s'installer ? En fait, avant tout, en créant ce chemin-là et là, ça va supposer du travail mais c'est en même temps hyper passionnant parce qu'on est à une période charnière. Alors, ça veut dire quoi ça ? Ça veut dire sans doute déjà donner une vision à l'agriculture et moi ce que je prône très fortement c'est prôner une agriculture diversifiée. En fait, l'hyperspécialisation n'est pas bonne pour Plein de raisons, en particulier l'équilibre environnemental dans les territoires et paysagers. La réponse au sujet que je mentionnais tout à l'heure sur le sujet énergétique, la dépendance aux engrais de synthèse, etc., on arrive, il y a des modèles, en particulier polyculture-élevage, non pas à se séparer de ces enjeux-là, à en devenir complètement indépendant, mais par contre à cultiver un équilibre dans les approvisionnements, à aussi accroître les rotations dans les assaulements pour diminuer l'usage des fiches sanitaires. Rien de miraculeux, c'est à chaque fois des petits pas, mais qui à la fin permettent quand même de dessiner un modèle. Il va falloir trouver un équilibre entre conditions de travail de l'éleveur, parce qu'effectivement en élevage, on a des prix qui sont très bons. Mais est-ce que c'est, par exemple sur les bovins, 2 euros du kilo carcasse, est-ce que c'est suffisant pour attirer la nouvelle génération ? Avoir du mal à avoir des week-ends, des vacances, etc. En fait, c'est certain. Mais trouver un équilibre entre ça et bien être animal, par exemple, il va falloir trouver comment faire pâturer les animaux et avoir des robots, par exemple. Pour moi, c'est des équilibres qui ne sont pas tranchés à date. et qui va falloir, en fait, solutionner. Et puis enfin, il y a ce sujet de créer du lien avec l'aval. Moi, je milite énormément pour ça parce que l'agriculteur doit devenir maître, en fait, de la façon dont il souhaite commercialiser ses produits et ça ne doit pas se traduire uniquement par la vente directe. C'est créer du lien avec l'industrie agroalimentaire, la distribution, pour trouver de nouveaux leviers pour financer les transitions. Parce qu'on En tant qu'acteur seul, agriculteur, industriel ou distributeur par exemple, on n'arrivera à rien en fait. Il faut arriver à se mailler et ça, ça suppose de développer de nouveaux modes de coopération. On n'y est pas, mais tout reste à construire. Mais je pense que c'est aussi un projet passionnant.
- Speaker #1
Il y a des travaux, j'imagine, qui sont traduits chez les chambres d'Agriculture France. Justement, comment vous voyez peut-être cette nouvelle organisation du travail sur la Ferme France en 2035 ? On a une photo figée en... On a une photo à date, là, en 2025, au moment où on se parle. Est-ce que vous, dans les projections que vous faites, vous imaginez comme ça, justement, inciter les agriculteurs à revenir sur plus de polyculture élevage qui permettrait de répondre à un autre type de consommation, peut-être ?
- Speaker #2
Alors, quand on regarde l'évolution des effectifs d'agriculteurs, justement, à travers le recensement agricole décennal... On s'aperçoit quand même que ce sont les éleveurs qui ont payé un lourd tribut à l'érosion des effectifs, et en particulier aussi dans le secteur de la polyculture, polyélevage. Donc là, il faut essayer de régénérer un peu cette filière-là. Ça ne va pas être simple parce qu'il y a non seulement des paramètres économiques, des paramètres agricoles, mais toutes les mutations sociologiques doivent être prises en compte. Il a été question d'organisation du travail, de congés, de RTT, de loisirs. Alors il y a toujours des services de remplacement mais ça ne fait pas forcément tout. Moi je crois qu'au-delà de l'aspect organisation du travail, il y a me semble-t-il l'idée de structuration des filières. Il me semble que ça marche plus ou moins bien, plutôt bien d'ailleurs dans la filière laitière, il y a toujours des formes de contractualisation. C'est plus difficile en viande bovine ? Ça a plutôt pas mal fonctionné en Vion de Porcine aussi. Donc, je pense que là, les chambres sont absolument préoccupées par cette notion de structurer les filières, c'est-à-dire faire en sorte de développer des logiques partenariales plutôt que des logiques de confrontation où celui qui est un peu plus en aval cherche à finalement attendre la laine sur celui qui est plus en amont, c'est-à-dire qui fournit la matière première. Donc, il me semble qu'il y a quelque chose de cet ordre-là, de logique partenariale. Et il me semble aussi que pour les jeunes générations, parce que j'en rencontre quand même quelques-unes, les défis auxquels nous sommes confrontés, qu'ils soient énergétiques, climatiques, mais aussi le défi de l'alimentation à l'échelle mondiale, vous avez en fait, quand vous regardez bien, une poignée de pays qui sont en mesure aujourd'hui de répondre à la demande des pays en développement ou des pays émergents et même des pays aussi puissants que la Chine aujourd'hui. C'est un pays qui a un déficit commercial structurel depuis maintenant 25 ans. Donc la Chine ne parvient plus à se nourrir elle-même. Donc tout cela me semble-t-il... forme des perspectives qui permettraient aux jeunes de s'engager pour répondre à tous ces défis, et en particulier le défi de l'alimentation. Parce qu'il va bien falloir quand même, même si on sait que les projections stabilisent un peu maintenant la démographie mondiale, mais il n'en reste pas moins qu'à moyen terme ou long terme, il va falloir répondre. L'exemple qu'on voit aujourd'hui, c'est la demande de viande bovine au Japon, en Corée du Sud et en Chine. Et on s'aperçoit que sur des élevages qui conduisent à l'engraissement avec des céréales, par exemple, les États-Unis sont un petit peu en panne parce qu'il y a eu des petits soucis de sécheresse, etc. Et c'est l'Australie qui prend le relais pour répondre à la demande de ces trois grands pays asiatiques. Donc on voit bien que si on n'a pas des pôles, des bassins de production suffisamment puissants, y compris donc en Europe et en France en particulier... on va être marginalisé dans la réponse à apporter à ce niveau marché global.
- Speaker #1
Moi, juste avant de laisser avoir, ce qui m'a toujours le plus étonné quand j'ai commencé dans le milieu agricole, c'est de me rendre compte sur un planisphère de cette petite bande très très fine sur laquelle on produit du blé dans le monde. Et qui sert... Non mais c'est... Enfin, comment dire ? Si on sort du contexte et qu'on regarde juste cette bande, c'est microscopique à l'échelle de la planète avec cette capacité finalement à dire... nourrir 8 milliards d'êtres humains.
- Speaker #2
Vous avez à peine 10 pays qui sont en mesure d'assurer 90% des exportations mondiales de blé, dont la France.
- Speaker #1
Dont la France.
- Speaker #2
Ça me paraît là être un argument assez attractif, même s'il faut tenir compte évidemment du prix, des charges, de la concurrence, etc. Mais il me semble que ça, c'est un beau défi quand même que de s'engager dans une profession.
- Speaker #3
Moi, vraiment en rebond par rapport à ce que disait Thierry, il y a deux choses. Il faut se rendre compte de l'écart entre qu'il y a entre la modernisation en grande culture et notamment, il y a quand même de la robotique, des analyses de sol qui sont faites. On a du travail par satellite ou par... Oui, bien sûr,
- Speaker #2
il y a des structures de classisme.
- Speaker #3
...qui ont été faites en élevage, c'est une filière dans laquelle on a très peu investi justement pour sa modernisation, son efficacité, etc. Moi, je pense à un truc tout bête, mais les éleveurs bovins, par exemple, quand on va dans nos pâtures pour aller surveiller nos veaux, qu'on cherche un veau pendant je ne sais pas combien de temps, on perd un temps monstre, C'est un temps fou dans la vie d'un éleveur, plusieurs mois par an. Ça, on aurait une puce qui suit la température de l'animal, qui est capable de nous dire où il est dans le champ. On serait capable déjà de détecter très vite des animaux malades et puis de les trouver au champ facilement, etc. C'est des choses toutes bêtes, mais il y a tellement à faire pour améliorer ce métier-là, sa pénibilité, etc., qui sont encore inexplorées. Donc moi, je suis très confiante sur la capacité à faire. Encore faut-il investir et je pense qu'effectivement, il y a urgence parce que cette filière-là d'élevage en général, aujourd'hui, elle est en grande souffrance, en particulier en France. Et la deuxième chose, effectivement, c'est que... Je reprends mon vécu d'agricultrice, mais sur les volumes, parce que c'était le deuxième sujet de manière générale. Encore une fois, sur l'élevage, parce que c'est une filière caractéristique de ce qui se passe aujourd'hui. Moi, ça fait 12 ans que je suis installée, pendant 9 ans... J'ai supplié mes acheteurs de prendre mes animaux avant un mois et demi d'attente parce que le marché était saturé, etc. Ça fait grosso modo trois ans que le marché s'est retourné, qu'on est plutôt dans une situation de pénurie, notamment du genre de bovine, et que les acheteurs sont très demandeurs. Déjà, le temps que les agriculteurs se rendent compte de ce changement de pouvoir sur le marché et derrière qu'ils saisissent ce pouvoir-là, parce qu'ils n'auront que s'ils arrivent à saisir ça et à organiser des négociations avec leur aval professionnel, pour maîtriser davantage la filière qui ne faisait pas le passé. En fait, on a quand même aussi des axes de travail commerciaux là-dessus. Mais ça suppose de réaliser à quel point il y a eu un changement de paradigme ces dernières années et ça concerne évidemment pas que les produits d'élevage, mais aussi en fruits et légumes, etc.
- Speaker #1
C'est le paradoxe, c'est qu'augmentation de la consommation des œufs en France et on n'a plus assez de... On est obligé d'apporter des œufs en France. À chaque fois, on a l'impression qu'on a pris des décisions à un moment et qu'aujourd'hui, finalement, on en paye des conséquences. Et puis alors le temps d'installation... Le beurre. Le beurre, oui. Un point comme ça, la fin de la guerre en Ukraine, peut-être dans quelques jours là ou dans quelques années, je ne sais pas, je ne suis pas devin, mais l'entrée éventuelle de l'Ukraine dans l'Union européenne, vaste sujet aussi qui vient rajouter à la complexité de notre équation Est-ce que c'est des sujets aussi sur lesquels on doit travailler pour justement imaginer cette agriculture française et cette Ferme France en 2035 ?
- Speaker #2
Ce n'est pas un sujet sur lequel on doit travailler. On travaille déjà dessus. Il y a des tas d'échanges, de réunions, de séminaires, y compris aux chambres d'agriculture, où on se penche sur l'impact potentiel que pourrait avoir l'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne. Alors la présidente de la commission en a fait une priorité, elle a fixé comme horizon 2030, c'est-à-dire en pas longtemps encore. C'est après-demain. La question après qu'il faut se poser c'est de savoir quelle Ukraine ? Est-ce que ça va être la moitié, les trois quarts ou l'ensemble de l'Ukraine ? Quel va être l'apport de l'Ukraine au budget de la PAC ? Quels vont être les critères d'éligibilité de l'Ukraine au versement des aides de la politique agricole commune ? Mais on sait d'ores et déjà, et il y a énormément de commentaires là-dessus, et des positions qui sont prises par les acteurs agricoles eux-mêmes, sur la volaille, sur le sucre, sur les œufs, sur le blé, sur le maïs...
- Speaker #1
L'huile de ton essai.
- Speaker #2
Voilà, c'est un concurrent qui sera redoutable dans la mesure où il aura réussi à remettre d'aplomb son outil de production et que la guerre va se terminer. Mais on voit bien que là, l'Union européenne est face à des choix un peu décisifs parce que le fait d'avoir des productions agricoles qui régressent dans l'ancienne Union européenne et de voir des pays comme l'Ukraine qui pourraient justement se substituer. aux anciens États membres, en partie. Voilà, ça, ça pose un vrai problème. On a beaucoup entendu ces derniers temps le fait que l'Europe était encore trop dépendante de la protéine végétale importée. Sauf que justement, l'Ukraine produit de plus en plus de soja et en faisant rentrer l'Ukraine dans l'UE, on pourrait justement avoir un approvisionnement intérieur et se démarquer un petit peu de nos approvisionnements brésiliens et américains. Donc, on est là face à un chantier absolument gigantesque par rapport à l'Ukraine, qui a un potentiel absolument énorme, mais qui pour l'instant est quand même en difficulté du fait de cette guerre, ce qui est bien normal.
- Speaker #1
Merci. C'est une question un peu comme positive. L'environnement, la planète, on a souvent eu des discussions. Tous les deux, tu m'as parfois éclairé sur des sujets que je ne connaissais pas. C'est la jeune génération qui s'installe. Elle doit se sentir comme une génération qui, justement, doit avoir confiance dans l'agriculture comme étant... Alors je ne veux pas parler de paiement pour services environnementaux, mais comme étant finalement bienfaitrice vis-à-vis du climat, de l'écologie. Il faut peut-être leur redonner confiance aussi parce que c'est une profession qui a été pas mal, on va dire, attaquée. Je ne sais pas quel mot utiliser. Dévoyée ces dernières années. Et toi, tu prônes plutôt quand même, quand tu prends la parole, de dire non, il y a aussi des paiements pour services environnementaux pour ce qu'on fait. Il faut peut-être leur... leur donner un message positif par rapport à ça.
- Speaker #3
De toute façon, il y a quand même une chose fondamentale qu'il faut rappeler, que l'agriculture c'est travailler avec la nature. Donc on ne peut que travailler par définition avec la nature et tâcher de la préserver au mieux. Donc là, il y a un devoir de transmission aussi des générations en place vis-à-vis des nouvelles générations. Mais il y a un travail aussi gigantesque, le avenir d'adaptation qui a commencé mais qui est absolument fondamentale. Et là, plusieurs choses en fait, c'est à la fois s'adapter au changement climatique, parce qu'on sait qu'il y a des territoires qui produisent un genre de choses qui ne pourront plus les produire demain. On parle beaucoup actuellement, c'est l'actualité d'arrachage en viticulture, c'est lié à la surproduction, et c'est aussi lié à un réchauffement climatique qui vient bouleverser les pratiques. On parle aussi beaucoup d'arboriculture, du développement d'agrumes dans le sud de la France. Alors pourquoi pas en fait, travailler ces productions-là ? Le sujet de l'agrume, en fait, est particulièrement intéressant, je trouve, parce que c'est de l'herboriculture. Donc, en fait, on pense des horizons d'investissement à 15 ans. Donc, s'installer, dire aux nouvelles générations, c'est super pour l'environnement, installez-vous un agrume. C'est hyper adapté au changement climatique. Donc, vous cochez toutes les cases. Oui, mais en fait, il faut arriver à trouver un financement sur 15, 20 ans avec des filières qui ne sont pas structurées parce qu'il n'y a pas d'agrumes du sud de la France. Enfin, il y en a quelques-unes, mais... Il y a la Clémentine Corse. Oui, alors il y a la Corse, mais...
- Speaker #0
Menton. Merci.
- Speaker #3
Il faut quand même se dire, dans le sud de la France, si on exclut la Corse, parce que la Corse n'est pas un gros producteur effectivement, mais il y a quand même peu de choses. Et les filières ne sont pas structurées.
- Speaker #1
On parle avec l'Espagne, nos rois et nos roignoles.
- Speaker #3
Il y a un sujet de compétitivité et quand j'en parle, parce que c'est un sujet passionnant celui-ci.
- Speaker #1
Pour un podcast.
- Speaker #3
Exactement. Quand j'en parle notamment à la grande distribution et à l'industrie, ils nous disent qu'on ne peut pas travailler avec des filières qui ne sont pas aujourd'hui structurées. Et donc, je pense que Et là, en fait, on arrive dans une impasse. Donc oui, les nouvelles générations ont besoin de protéger et de s'adapter aux changements climatiques et de protéger l'environnement. Tout le monde en est capable. Il y a quand même un certain nombre de choses qu'on sait comment produire de manière vertueuse. Encore faut-il arriver à faire le bout en bout et c'est la principale impasse, en fait. C'est d'arriver à commercialiser des produits bons pour l'environnement et pour ça, il faut arriver à réconcilier les enjeux et il faut que des acteurs tels que la distribution ou l'industrie arrivent non plus... à négocier sur un an ou cinq ans, ultime effort dans les comportements d'achat. Mais en fait là, arriver à pérenniser des filières, structurer des filières, sécuriser des filières sur 15-20 ans. Et ça pour moi, c'est ce qui est devant nous pour arriver à ce que des nouvelles générations s'installent et opèrent des transitions sereines.
- Speaker #2
Ça signifie que l'agriculteur ne peut pas assumer tout seul toutes les transitions. Il faut que tous les autres acteurs, que ce soit en amont ou en aval, Il faut former un écosystème pour financer, ouvrir des débouchés, etc. Donc il ne peut pas assumer tout seul. Et c'est bien là un peu la difficulté qu'on a aujourd'hui. C'est que l'agriculteur, et c'est presque une cible facile finalement, est bien sûr entre tous les détracteurs de l'agriculture.
- Speaker #1
Merci beaucoup à tous les deux. Vous savez, on a une petite tradition, c'est de tirer une petite carte pour faire la conclusion. Alors je vous laisse en tirer une chacun. Allez, hop. Je ne sais pas vraiment, c'est le hasard. Excuse-moi, sourire. T'es tombée sur quoi ?
- Speaker #3
Pollinisation.
- Speaker #1
Pollinisation. Est-ce que ça t'évoque quelque chose ?
- Speaker #3
Je vais être très pratico-pratique, mais sur nos exploitations en conventionnel, donc en élevage et grande culture, on a installé des ruches au niveau des grandes cultures en conventionnel et l'apiculteur est super content parce qu'en fait, on adapte nos pratiques, mais en même temps, on est en conventionnel et ça se passe super tant qu'on sait se parler, échanger. Et donc, plein d'avenir pour la pollinisation en France.
- Speaker #2
C'était climat. On est en plein dedans. Et donc, il y a des tas d'ouvertures possibles avec ce climat, d'adaptation au changement climatique, d'innover pour trouver des pratiques culturelles et d'élevage qui soient en correspondance avec les défis climatiques d'aujourd'hui et de demain. Mais ça signifie qu'il faut faire confiance aux agriculteurs pour répondre à ce type de défi.
- Speaker #1
Merci beaucoup à tous les deux.
- Speaker #0
Vous écoutez le podcast Climax cultivant les échanges proposés par InVivo Eye. Ce podcast est à retrouver sur toutes vos plateformes d'écoute et sur YouTube.