- Speaker #0
Bienvenue dans DanceLab, le podcast dynamique et éducatif où la passion de la danse rencontre le monde de l'entrepreneuriat, du bien-être, de la santé mentale et bien plus encore. Des conseils, des histoires, des conversations captivantes avec des experts et des personnalités, où recommandations et partages d'expériences enrichissent le quotidien des danseurs et pas que. Je suis Maywen Bramoulé, danseuse professionnelle aux multicasquettes, passionnée de danse depuis toute petite, ayant pour objectif de lever les voiles sur les fantasmes et les clichés du métier, en vous partageant toutes les facettes, les difficultés, les richesses et les challenges que ce métier comporte. Si cet épisode t'a plu, n'hésite pas à le partager autour de toi, à me laisser une note et un commentaire sur Spotify ou Apple Podcast, et si tu souhaites participer au podcast, écris-moi !
- Speaker #1
Quand tu es un privilégié, tu te trouves du bon côté. Donc, ta réalité n'est pas la même que les gens qui se trouvent dans la précarité. Tu es né dans la bonne famille, dans le bon cas, dans le bon pays. Donc, les questions de guerre, de famine, d'éducation, c'est des choses qui ne t'interpellent pas, en fait. Et à travers le signe noir, ce que je voulais, c'était... C'était faire un wake-up call. Le signe noir, c'est avant tout un appel à voir au-delà des apparences. Et aussi une invitation à s'intéresser à ton voisin, aux autres. Par exemple, quand tu es un privilégié, tu as souvent le pouvoir sur la vie d'une personne. Quand il y a une personne qui se présente à toi pour un entretien ou pour un appartement et que tu n'aimes pas forcément sa morphologie, son accent, tu vas automatiquement lui coller une étiquette. Tu vas lui fermer une porte au nez, sans forcément te projeter en elle et te demander qu'est-ce que cette personne a vécu dans sa vie pour se tenir là aujourd'hui en face de toi. Et lorsque tu es un privilégié, tu te dois de te poser ce genre de questions avant de refuser une porte. Un peu d'empathie, d'intelligence émotionnelle. Que tout le monde ne fasse pas de mal.
- Speaker #0
Donc ça, c'est ce qui t'a poussé à écrire ce livre. Et quel a été le déclic ?
- Speaker #1
J'ai toujours voulu écrire mon histoire, même étant plus jeune. Parce que quand on connaît un peu ma vie, on sait que j'ai eu une enfance pas forcément facile, mais je ne me suis jamais plein de ça. Et pour moi, c'était important... De transmettre mon vécu, parce que je me suis dit peut-être que je peux inspirer des gens, notamment des enfants qui se sentent perdus dans nos sociétés, qui ne se sentent pas compris par leur famille. J'avais envie de leur ouvrir une porte d'issue. Même si tu viens d'un milieu défavorisé, tu t'es agrandi dans des quartiers, tu peux quand même t'élever dans la société. Mais c'est une question de... motivation d'audace, t'as la chance d'être née en France et d'avoir accès à l'éducation, à la culture, gratuitement. Ça, on l'oublie. Mais dans d'autres pays, c'est pas du tout acquis, l'éducation, notamment aux États-Unis. Donc... Tu peux t'émanciper, mais parfois, ton environnement, ta famille, ça peut être un frein à ton épanouissement. C'est à toi aussi de faire la part des choses et de te faire violence, en fait. Il y a toujours une pente d'ici.
- Speaker #0
Et est-ce que justement l'écriture, elle a été pour toi une forme de libération, de thérapie, ou plutôt une manière de transmettre et d'éveiller les consciences ?
- Speaker #1
Comme on l'a dit, transmettre, éveiller les consciences, oui. Et une forme de thérapie aussi, parce que... Je me suis aussi replongée dans mon enfance, dans des traumas, même si j'ai fait un travail sans moi, dans des souvenirs douloureux. Et l'écriture, tout le processus, ça a été aussi un moyen de guérir de l'intérieur.
- Speaker #0
Comment tu as trouvé l'équilibre entre raconter ton vécu personnel et en faire un récit universel qui parle de ta vie aussi, et qui pourrait parler à d'autres danseurs et au grand public ?
- Speaker #1
L'équilibre s'est fait naturellement parce que dans le signe noir, j'aborde des problématiques, des sujets universels. Tout le monde peut s'identifier. Violence familiale, injustice sociale, inégalité, violence conjugale, donc la femme qui se fait violenter. peut s'identifier, l'enfant issu d'un métissage qui ne se reconnaît pas forcément dans l'éducation de ses parents peut s'identifier, à l'inverse une jeune fille qui en vit... de croquer la vie à plein de dents, mais qui sent que sa famille peut être aussi parfois un fardeau, peut s'identifier. Donc oui, pour moi, ça s'est fait naturellement, cet équilibre. Je n'ai pas à chercher à comprendre.
- Speaker #0
Et c'était difficile pour toi d'accepter de t'exposer ou pas du tout ?
- Speaker #1
Oui, ça a été difficile pour moi de m'exposer parce que quand tu t'exposes, tu laisses aussi la place aux critiques. mais ce qui a été le plus difficile c'est dans l'écriture de trouver les mots justes parce que je voulais que mon message soit puissant, fort sans détour, sincère mais sans violence, sans haine sans forcément blâmer les gens mon entourage sans chercher la vengeance c'était pas ça le but mais je me suis vraiment dit que si je pouvais inspirer une personne ne serait-ce qu'un enfant hum qui a une vie difficile, ça valait le coup de le faire.
- Speaker #0
Tu as eu des retours sur ça de lecteurs qui se sont retrouvés dans ces problématiques entre guillemets sociales d'argent, même au niveau de tout ce qui est... Je n'ai pas envie de spoiler le livre, mais tout ce qui est au niveau de la DAS, etc., de toutes les structures sociales quand tu es en foyer. Est-ce que tu as eu des retours aussi sur ça de personnes qui sont peut-être venues te demander conseil ?
- Speaker #1
Oui, oui. Alors, beaucoup de retours. Beaucoup de retours, surtout sur Instagram. Donc, des gens qui ont été touchés par mon livre, qui trouvaient que j'étais très courageuse. Alors, moi, ça me fait toujours plaisir d'avoir ce genre de message, mais pour moi, c'est la base. Tu vois, si tu ne te bats pas pour ta famille, si tu ne te bats pas pour ta vie, pour qui tu vas te battre ? Des questions aussi, notamment sur le milieu. des auditions, beaucoup de mamans c'est beaucoup de mamans qui m'ont écrit, qui se sont reconnues à travers l'histoire de ma mère des sacrifices financiers que tu dois faire pour accompagner ton enfant dans son rêve des gens aussi qui ont eu des enfances difficiles, sans forcément me dire qu'ils avaient fait la DAS, mais j'ai compris des conseils aussi que des retours positifs ça m'a vraiment touchée Merci. Et aussi émue, bien évidemment. Et ça m'a encore plus confortée dans cette idée que j'ai bien fait d'écrire ce livre, parce que se dévoiler, ce n'est pas facile. Et surtout qu'une partie de ma famille était contre l'écriture de ce livre. Donc j'ai vraiment dû aller au-delà du jugement.
- Speaker #0
Tu as changé certains noms ? Oui,
- Speaker #1
tous les noms de mes frères et sœurs, de ma mère. Des gens que j'évoque dans le milieu du palais, j'ai changé.
- Speaker #0
Ok. C'était la question que je me posais. Oui, mais parce que c'est facile aussi de...
- Speaker #1
Enfin, tu vas sur Instagram, tu retrouves des gens facilement. Ouais, bien sûr. Donc tu sais jamais aussi...
- Speaker #0
C'est une manière de protéger aussi ta proche et toi. Voilà, exactement.
- Speaker #1
Oui, enfin moi maintenant je suis assez exposée médiatiquement.
- Speaker #0
Si tu devais résumer ce livre... Enfin, pardon. Si tu devais résumer en un message clé ce que tu aimerais que les lecteurs retiennent de ton livre, quel serait-il ?
- Speaker #1
Résilience, c'est juste le mot clé. Mon histoire, c'est de la résilience. C'est aussi ne jamais prendre les choses pour acquises, toujours viser l'excellence, mais toujours se donner les moyens aussi d'y arriver. Et je le disais auparavant, mais quand tu as un rêve, il ne faut pas trop réfléchir. Parce que si tu réfléchis trop... tu risques de ne pas le réaliser. Fonce. Si tu as un objectif, un rêve, fonce. Et après, tu réfléchis.
- Speaker #0
C'est ça que tu as mis comme stratégie, c'est ça ? Alors attends, qu'est-ce que je fais ? Non mais en fait, j'ai toujours été comme ça.
- Speaker #1
J'ai toujours été comme ça. Dès mon plus jeune âge, je ne réfléchis pas trop. J'ai envie de faire un truc, je le fais et après, je réfléchis. Ça a été comme ça tout au long de ma carrière et ça m'a beaucoup aidée. Ça a été comme ça pour le livre et je pense que je continuerai à être comme ça. Jusqu'à la fin.
- Speaker #0
Mais en vrai, c'est une bonne manière de penser. Parce que quand tu es un peu trop dans le syndrome de l'imposteur, où tu te sens illégitime, et tu as toutes ces questions de légitimité qui arrivent parce que tu réfléchis trop, ça peut effectivement bloquer.
- Speaker #1
Oui, et puis surtout, quand tu commences à trop écouter les gens. Alors, les gens, tu ne leur demandes absolument rien. Mais je ne sais pas pourquoi, ils te donnent leur avis gratuitement. Et surtout la famille. Et quand c'est tes parents qui essayent de te mettre des choses dans la tête,
- Speaker #0
t'auras tendance à écouter tes parents alors que moi c'était pas du tout mon cas ça rentrait dans une oreille et ça ressortait de l'autre voilà les avis non non consentis je dirais de la part de personnes qui sont pas dans le milieu et qui ne savent pas ce que c'est déjà c'est voilà mais des fois quand t'as des avis aussi de personnes qui sont dans le milieu tu te dis bon est-ce que c'est, il y a de la jalousie ou est-ce que c'est une bonne intention derrière m'aider parce que la personne a de l'expérience.
- Speaker #1
Tu sais, dans les milieux compétitifs, il faut toujours se méfier des gens. Après, moi, j'ai appris à mes dépens, enfin, à mes dépens, non, c'est pas à mes dépens, j'ai appris toute seule que les amitiés existent dans ces milieux. Les ? Les amitiés. Ah oui, les amitiés. Les amitiés existent. Moi, je me suis vraiment faite des amies à vie. Parce que, justement, tu partages ce même rêve, tu partages des difficultés. moi qui ne voulais pas finir avec un danseur mon mari actuellement est un danseur parce qu'on se comprend on n'a pas besoin de s'expliquer il connait les difficultés du métier donc
- Speaker #0
c'est facile en fait et c'est vrai que quand tu lis du lien avec les gens du milieu c'est incroyable oui je te disais dans ton livre que au Bolshoi tu avais rencontré trois filles
- Speaker #1
Oui, c'est vrai, tu as eu le bonheur.
- Speaker #0
Oui, attends, j'ai lu le livre. Et que ça a été...
- Speaker #1
Des coups de cœur. Des coups de cœur.
- Speaker #0
Et que tu m'étais que vous vous retrouverez un jour. Enfin, que vous... À
- Speaker #1
Manac, la guerre en Russie, c'est un peu compliqué. Mais avant, on essayait de se voir tous les deux ans en Europe. Parce que pour la plupart, ils ont intégré le Bolshoï ou le Mikhailovski, qui est un ballet à Saint-Pétersbourg. Donc, c'est des grosses compagnies qui font beaucoup de tournées chaque année en Europe. Donc on essayait de se rejoindre soit à Barcelone, soit à Paris, soit à Londres. Donc on a fait ça pendant des années. Bon là, maintenant avec la guerre, c'est pas plus compliqué.
- Speaker #0
Après, il y a toujours moyen de garder le contact avec les réseaux sociaux ?
- Speaker #1
Alors eux, ils ont le contact. Ils n'ont pas Instagram ou Facebook. Et puis, voilà, vraiment avec la guerre, c'est difficile. Parce que forcément, quand tu es engagée, je suis une personne quand même engagée, j'ai mon avis, elle aussi. Bon, il y a eu quelques frictions. Rien de grave, hein, mais... Voilà, ça peut se diffuser dans le contexte guerre,
- Speaker #0
tu vois. Pour revenir sur le livre, comment t'aimerais que ce livre soit utilisé ? Comme un témoignage individuel, comme un outil de réflexion dans les écoles de danse, ou comme un manifeste pour le changement, ou les trois en même temps, ou autre chose ?
- Speaker #1
Les trois ? J'ai pas eu de mission claire. Je l'ai écrit vraiment pour inspirer les gens. Et pour questionner les privilégiés aussi. Mais si une personne lit ce livre et elle se dit, oh, OK, un professeur, je ne sais pas, qui dit, oh, j'aimerais bien éduquer mes élèves grâce à ce livre, go, en fait, ça peut être aussi un outil éducatif. L'important, c'est qu'il soit bien utilisé et qu'il continue d'inspirer.
- Speaker #0
Tu fais des interventions en école de danse avec le livre ? Non, pas du tout. Des conférences et choses comme ça ? Des conférences, oui.
- Speaker #1
Mais pas autour du livre. Je donne des conférences dans le cadre de la diversité, sujet diversité, égalité des chances, inclusions. Mais c'est surtout des entreprises américaines qui ont fait appel à moi. Donc, entreprises françaises, je n'ai pas encore eu l'opportunité de donner... C'est des personnes qui nous écoutent. Non, mais ça va, en fait. Si, ouais, c'est très... Tu sais, d'avoir des cellules réservées à la diversité, c'est très américain, tu vois. En France, ça s'appelle du RSE. En France, ouais, ça commence à se développer.
- Speaker #0
OK. Est-ce que tu voudrais rajouter quelque chose sur ce livre avant de passer au côté pédagogique ?
- Speaker #1
Je pense que tes questions, elles ont été très deep, très claires, je pense que... que je n'ai rien oublié oui achetez le livre évidemment où est-ce qu'on peut l'acheter d'ailleurs ? partout, Fnac, Amazon en ligne,
- Speaker #0
vraiment partout il est distribué partout et on peut l'acheter via ton je crois que je suis allée là d'ailleurs t'as un site sur ta biographie oui j'ai le lien de ma méthode d'édition mais vraiment tu peux l'acheter n'importe où ok je le remontre une dernière fois Voilà. Je vais passer du coup au côté pédagogie, parce qu'après la danse, enfin la danse, on va dire la scène, le côté artiste est passé plus dans la pédagogie. Pourquoi en fait t'as voulu... Bah toujours la transmission.
- Speaker #1
Transmission, oui. Voilà,
- Speaker #0
c'est le lien. Mais du coup, quelle place t'accordes aujourd'hui à la pédagogie et à la transmission dans ton parcours ?
- Speaker #1
Alors la pédagogie a une place centrale dans ma vie actuellement, parce que... parce que j'enseigne et aussi parce que j'ai créé mon studio en ligne de ball step. Et c'est vrai que depuis que je suis passée de l'autre côté, je m'en rends compte, j'en avais déjà conscience, mais j'ai doublé en conscience de ma responsabilité en tant que professeur, parce que ce que je transmets, ce n'est pas juste une technique ou une discipline, j'ai des trajectoires de vie dans mes mains. Et tout au long de ma carrière, je suis tombée sur des maîtres de ballet, des répétiteurs qui étaient investis, mais d'autres, où tu te posais vraiment la question, est-ce que tu te rends compte que tu as des carrières entre tes mains en fait ? Et ne serait-ce qu'un choix, un geste, une parole peut radicalement affecter le mindset d'un danseur ?