- Speaker #0
L'invité de Dans le Bain pour terminer en beauté ses vacances d'été s'appelle David Louraski. Il est photographe, réalisateur, ou plutôt devrais-je dire auteur. Né à Paris de parents américains avec des origines italiennes, David est un artiste multiple. Skater, apnéiste, plongeur, marseillais la moitié de l'année. S'il n'avait pas fait carrière dans la photographie, il serait probablement devenu professeur. C'est depuis le salon de sa cabane de pêcheur à deux pas de la mer à Marseille que nous avons enregistré cet épisode. David revient sur son parcours, ses presque dix années passées à San Francisco, l'empreinte laissée par la culture skateboard et ses influences cinématographiques. Son retour à Paris, mais aussi ce qui semble guider sa vie et son travail aujourd'hui, l'importance d'être bien avec soi-même, d'être dans la vie comme dans le travail, aligné, libre et entouré de personnes inspirantes. Un épisode généreux, profondément sincère, à l'image de David Loraski et de son œuvre photographique. Dans le bain, épisode 13, très bonne écoute. Aujourd'hui, on est chez toi à Marseille. Est-ce que tu peux nous dire où tu habites et ce que ça représente pour toi cette maison ?
- Speaker #1
Alors, moi je suis entre Paris et Marseille. Marseille où on est aujourd'hui, c'est un endroit super important pour moi parce que je suis à côté de l'eau, principalement. On est à quelques centaines de mètres de la Méditerranée et puis il y a aussi des cailloux en haut, on peut faire des randonnées. Et Marseille, c'est un peu le mariage parfait de plusieurs choses qui sont propres à mon identité. J'ai vécu à San Francisco, où il y a beaucoup de nature. On est en France, j'ai grandi à Paris, et on est un peu plus proche de l'Italie. Et aussi, il y a un truc indescriptible qui est la Méditerranée et la passion que... Ce cordeau possède, et qui est en anglais on dit bottomless, sans fond. Il y a un truc assez incroyable ici. Mais pour résumer, c'est vraiment ce besoin d'être dans la nature et pouvoir nager le plus possible. J'adore.
- Speaker #0
Quand je t'ai proposé de faire l'épisode, tu m'as automatiquement proposé de venir à Marseille. Pourquoi c'était important pour toi de l'enregistrer ici, cet épisode ?
- Speaker #1
Parce que justement, je pense que mon expérience humaine est la même pour mon expérience artistique. Et d'être dans un élément naturel, c'est ce que je recherche la plupart du temps.
- Speaker #0
Aujourd'hui, tu travailles entre Paris et Marseille ou tu travailles dans le monde entier ? Comment ça se passe ton équilibre entre tes projets personnels, tes commandes et ta vie personnelle aussi ?
- Speaker #1
Ben, en fait... Ça fluctue d'une manière assez aléatoire. Je n'ai que besoin d'être physiquement quelque part quand je suis en prise de vue. Je suis soit en pré-production, post-production. Et ça, je n'ai pas besoin d'être nécessairement menotté à un endroit en particulier. J'ai le privilège vraiment de pouvoir être soit à Paris, soit à Marseille. Et puis j'ai aussi beaucoup de chance parce que beaucoup de mes commandes sont à l'étranger. On location, on dit à l'extérieur. Et souvent, quand j'ai des commandes, je reste plus longtemps sur les endroits où j'ai la chance de shooter. Donc, j'aime bien cette idée nomadique. Et que ma vraie maison, c'est le transit. Je suis le plus heureux entre les endroits.
- Speaker #0
Et comment est-ce que tu te présenterais pour quelqu'un qui ne te connaît pas sans utiliser le mot photographe ou artiste ?
- Speaker #1
L'idéal pour moi, le sommet de tout ça, c'est auteur. Que ça soit dans n'importe quel genre artistique ou professionnel. J'aime beaucoup cette idée qu'on a en France. Et puis, je me repose sur cette idée que les réalisateurs de la Nouvelle Vague insistaient pas mal sur ça. Authorship, l'idée que tu sois un auteur, c'est d'avoir une identité propre et originale, mais qui n'est pas performative. J'ai deux parents américains qui sont des expatriés. Ils sont venus en Europe dans les années 60 pour travailler dans le cinéma. Je suis né à Paris et je passe cinq années de bébé à Los Angeles. Je soupçonne aussi que mon retour à la nature, c'est aussi essayer de retrouver la Californie de mes... les premières années. Et je crois que c'est à 8 ans, 6, 7, 8 ans, je pense, on revient en France. Je pense que c'est vers 89 qu'on revient. Et donc, je passe tout mon collège, lycée à Paris. Et par la suite, je fais toute ma vingtaine en Californie, à San Francisco.
- Speaker #0
Et qu'est-ce qui t'a donné envie de retourner aux États-Unis ?
- Speaker #1
Alors, moi, je voulais énormément m'émanciper. Je pense, de ma vie, comme tout adélescent, je pense que c'est super important de s'enfuir et de se construire soi-même. Et si tu as le privilège et la chance, bien sûr. J'ai quand même méga de la chance d'avoir une double nationalité et de la famille à l'étranger. Donc, c'était très facile pour moi de faire ça. J'avais aussi vachement envie de m'enfuir de l'univers haussmanien, lourd, européen, peut-être. Et donc... J'ai essayé d'habiter à New York, mais c'était très dense et industriel. Et j'ai beaucoup préféré San Francisco parce que je pouvais un peu vivre ce désir bohémien qui a toujours été là. Mes parents étaient un peu quand même hippies et tout ça. Donc, c'est propre à mon identité. Et puis, il y a plus de place physiquement. L'Ouest, c'est l'ouverture sur le monde un peu. C'est le plus loin pour l'occidental. Il y a un mélange de genres. Et puis, bien sûr, l'Amérique, c'est incroyable pour ses idées d'optimisme, en fait, et le Nouveau Monde. Et je pense que...
- Speaker #0
Et en France, tu trouves qu'on en manquait au moment où tu décides de partir ? Tu te sentais pas forcément libre ?
- Speaker #1
Si, mais je pense que j'avais besoin de changement. Après neuf ans à San Francisco, j'étais très content de revenir en Europe et avoir ces conversations intellectuelles, avoir cet esprit analytique, avoir cette rigueur et parler philosophie. Donc je pense que c'est un mélange de genres, mais que c'est bien de vivre différentes expériences et pouvoir faire. Une œuvre syncrétique de tout ça, à la fin.
- Speaker #0
Qu'est-ce que ça t'a apporté ces neuf années aux États-Unis ?
- Speaker #1
Donc, ado, très vite, dans les années 90, je fais du skateboard avec mes potes, avec mes amis. Et ça, c'est une expérience vraiment marquante parce qu'on rencontre plein de gens de divers backgrounds qui n'ont rien à voir nécessairement avec les gens que tu es forcé de connaître au lycée. et des groupes d'âges différents. Et à travers le skateboard, je fais des vidéos de skate. Donc, on fait des compilations un peu comme des musiques vidéo. On met de la musique et on se documente en train de faire des figures dans la vie urbaine. Donc, quand même, ma première relation à l'art est très proche ou symbiotique avec le skateboard parce que ça mélange architecture, style et musique. Et donc, par la suite, à San Francisco, j'étudie, je fais un bachelor de cinéma. Après une très brève tentative de carrière d'acteur.
- Speaker #0
Et ça, je suis assez curieuse. Je trouve que ça rejoint quand même aujourd'hui ce que tu fais, dans le sens où il y a une grande part de jeu.
- Speaker #1
Complément.
- Speaker #0
Ça me paraît hyper fort dans ton histoire, ce passage.
- Speaker #1
Moi, j'aime beaucoup les artistes qui sont des artistes... pleins, c'est-à-dire qui peuvent être le photographe sans tenir l'appareil photo, qui peuvent faire la musique de leurs films, qui peuvent écrire des livres. Je ne dirais pas non. J'ai été acteur récemment dans un film d'un jeune réalisateur, Virgile, qui a fait Les Beaux-Arts, et j'ai pris énormément de plaisir, surtout parce que je me sentais un peu plus à l'aise avec moi-même. Mais à l'époque, quand j'avais 19 ans, J'avais pas la même confiance en moi, j'étais très nerveux. La caméra, presque, je l'évitais, quand elle était tournée vers moi. J'étais pas aussi à l'aise. Aussi, j'avais une certaine pudeur que j'ai peut-être moins maintenant. une grande timidité.
- Speaker #0
Et après, tu étudies le cinéma.
- Speaker #1
Oui, donc j'ai fait un bachelard de cinéma à San Francisco.
- Speaker #0
Et pourquoi pas la photographie tout de suite ?
- Speaker #1
Moi, au début, je voulais être réalisateur comme mon père ou producteur comme mon grand-père. Je fais des études de cinéma et pendant ces études, on doit faire un storyboard pour un film. Et je fais un storyboard en photo. Et mes amis de l'époque et les profs, ils me disent « Ah, c'est vachement bien ! » Et mon père qui avait travaillé dans la photo, enfin qui avait fait de la photo artistique, il avait des appareils, et donc c'était toujours présent la photographie à la maison. Et donc, naturellement, j'ai commencé à prendre plus de photos, et plus de ma vie en général. Et par la suite, j'ai commencé à bosser dans un laboratoire photo, tout en poursuivant mes études de cinéma. Et par la suite, je pense que je me lasse un peu d'essayer de faire des films parce que c'est extrêmement difficile. C'est l'explosion digitale où tu fais tout. Tu tournes, tu montes, tu produis. Et puis aussi, tu attends, tu as besoin d'argent, tu dépends de tellement de choses. Et avec la photo, tu processes des idées, des choses assez rapidement. Ça se recycle beaucoup. Donc, pour un hyperactif comme moi, c'est un pantalon qui m'allait mieux. Et oui, donc il y a un shift, un moment où je commence à prendre la photo un peu plus sérieusement.
- Speaker #0
D'accord, tu as quel âge à ce moment-là ?
- Speaker #1
Je pense que c'est en 2005. Avec ma copine de l'époque, j'ai un Yashica, je prends beaucoup de photos de mes amis en général. Et je fais une photo de ma copine dans un ascenseur, dans le Tenderloin. C'est Halloween, elle a une perruque jaune. un rouge à lèvres rouge et la lumière tungsten au-dessus avec le flash et en fait à l'époque c'était la mode de faire du tirage croisé c'est-à-dire utiliser du film positif et utiliser les mauvais chimies exprès pour avoir des couleurs très saturées et quand je récupère la photo je l'aime énormément Et je retrouve un peu une magie. Et je me dis, waouh, c'est on dirait un film de Tony Scott ou quelque chose, tu vois. Et à ce moment-là, je me dis, waouh, j'ai envie de... J'en veux plus. Comme ça. Et donc, en 2005, je commence à vraiment prendre la photographie plus au sérieux.
- Speaker #0
Et ça se manifeste comment ?
- Speaker #1
Obsessionnellement, en train de documenter. Au début, c'est purement documentaire. Et puis... Je commence à m'instruire et à regarder plus sérieusement les photographes dans l'histoire de la photographie. Et puis chaque excuse est une excuse à photographier. Et donc du 35 mm, je saute au moyen format et juste de documenter, j'essaie d'articuler par la suite des séries, collisives, conceptuelles. Et au bout d'un moment, j'ai un peu atteint une limite. En 2011, je veux revenir en Europe et faire des livres. Et aussi, c'était un peu la mode de faire un master. Et le master était beaucoup moins cher en Europe qu'aux States, évidemment. Donc, j'arrive à un moment où je me dis, je vais rentrer en Europe et un peu articuler mon travail instinctuel et le rendre... plus, disons, articulé dans des formes comme le livre. Aussi, je trouvais qu'en Californie, le gap du fine art, en tout cas, c'était très difficile pour moi de m'imaginer d'arriver dans une galerie comme ça. Ça me semblait tellement loin.
- Speaker #0
Tu l'imaginais plus en rentrant en Europe ou tu t'es dit je vais faire un master et ça ferait plus sens qu'une fois que je rentre aux Etats-Unis ? Est-ce que tu es parti des Etats-Unis en disant que tu ne reviendrais plus ?
- Speaker #1
J'ai fait neuf ans. Et j'étais déjà, depuis quelques années, déjà programmé pour revenir.
- Speaker #0
Très bien, ok.
- Speaker #1
Je ne fais pas un rejet des Etats-Unis, mais c'était comme partir pour les Etats-Unis. Quand j'avais 19 ans, je me disais, ok, il faut changer un peu là. Je voulais une carrière, mais je n'étais pas nécessairement carriériste avec la photo. Je n'avais pas de grandes ambitions, je voulais juste développer mon travail personnel. J'avais l'espoir d'en faire quelque chose, mais je m'étais dit que je vais faire un master et je vais devenir prof. Comme ça, je vais pouvoir faire mon boulot artistique à côté.
- Speaker #0
Et tu voulais être prof de photo du coup ?
- Speaker #1
Prof de cinéma ou prof de photo ou prof artistique, parce que j'ai mes autres expériences professionnelles, j'ai toujours beaucoup aimé l'éducation ou en tout cas cette idée de transmission. Au lieu de faire un truc industriel, en anglais on dit flip burgers, au lieu de flipper des burgers et pousser des produits, tu transmets un truc et il y a un cercle vertueux là-dedans où tu investis dans les humains et pas... dans des choses. Donc je m'étais dit, ça c'est un truc qui me fait du bien. Et donc j'ai toujours pensé que c'était bien ça. Donc j'ai un peu fait prof par-ci par-là de temps en temps.
- Speaker #0
Et ton expérience à l'Écal, est-ce que c'est quelque chose que tu as aimé étudier là-bas et est-ce que ça t'apporte encore aujourd'hui ces deux années, c'est ça ?
- Speaker #1
Oui, donc moi j'ai fait le Master Art Direction, qui n'existe plus. Ils ont pris les étudiants master en photo et les étudiants master en typographie. Et ils les ont mis ensemble pour faire et articuler des projets éditoriaux. C'était très intéressant. Et on avait des grosses légendes quand même qui sont intervenues. Donc les cales, c'est quand même assez hallucinant.
- Speaker #0
Tu as quelqu'un en tête qui t'a marqué, qui est passé ?
- Speaker #1
J'avais comme prof François Rappot, qui est un typographe assez reconnu. Et en fait, ce qui se passe à l'écale, c'est un grand imprévu. Tout d'un coup, grosse redescente parce qu'à San Francisco, je vis comme Peter Pan, adolescent pour toujours. Et la Californie, l'Amérique, plein de glucose comme on la connaît. Et j'arrive un peu dans l'austérité romande suisse et je retombe un peu très bas. En plus, je suis plus âgé que tout le monde, donc c'est un peu particulier. Et j'ai du mal aussi à photographier comme je photographie aux Etats-Unis. Il y a des photos partout aux États-Unis. En Suisse, ce n'était pas la même chose. Mon travail devient un peu plus cérébral et j'ai du mal à produire quand même. Il y a une certaine frustration là. Mais ce qui se passe, je rencontre des gens comme François Rappot ou d'autres étudiants qui sont dans le design industriel, le cinéma, la communication visuelle. Et ça m'inspire, et j'ai énormément de curiosité. Et ça a beaucoup, quelque part, influencé peut-être ma façon de réfléchir. Et donc, mon expérience a été très difficile quand même. Mais aujourd'hui, je suis professionnel, et c'est sûr que l'École a joué un rôle déterminant là-dedans. Et aussi, au-dessus de ça, en haut de cette pyramide, j'ai énormément d'amitié et de gens importants dans ma vie qui ont fait cette école. Et moi, je suis plus heureux entouré d'autres artistes parce que j'ai l'impression qu'on a de la chance. Et j'adore être entouré de gens qui font des trucs comme des enfants de 5 ans qui font des piles de machins. Et on est tous en train de rigoler. J'adore être dans une communauté d'artistes. Je pense simplement ça. Et donc, ce qui était hallucinant avec les cas, c'est que tu avais des internationaux. J'avais un pote islandais, poète improbable. Tu vois, il y a des Italiens typographes avec des moustaches, un Anglais très british, tu vois, qui fait du porridge le matin, un Allemand qui est très rigide bavarois, et puis des Français que les Suisses appellent frousses. Donc, un sacré bordel, quoi.
- Speaker #0
Et alors, c'est marrant, enfin... que tu parles de communauté parce que c'est un métier tellement solitaire, photographe. Est-ce que c'est une communauté que tu as réussi à garder aujourd'hui ? Et comment tu te sens en tant que photographe aujourd'hui ? Est-ce que tu te sens seule ou est-ce que tu te sens accompagnée dans ta vie de tous les jours de photographe ?
- Speaker #1
C'est les deux. C'est ça qui est intéressant. Ton parcours d'auteur, on va utiliser ce mot, se fait un peu tout seul quand même. À moins que tu sois en binôme. Mais toi, en tant qu'auteur, tu pars en collaboration avec, dans le contexte de la mode, des stylistes, des directeurs ou directrices artistiques, des make-up artistes. des set designers, des éditeurs de livres. Donc, ce qui est intéressant, c'est que tu te conjugues, en fait. Tu prends ton identité conjuguée à. Donc, Roxane et David font un podcast et ça n'existerait pas sans cette conjugaison. Donc, je trouve que c'est... Ouais, c'est crucial, en fait, d'avoir ce truc. Enfin, je trouve que le mot solitaire est un peu lourd, mais c'est vrai que je passe énormément de temps aussi tout seul et si totalement ok. Mais je suis aussi content de retrouver ma communauté et les prendre dans les bras et faire des enfants, quoi. Ou faire de la musique pour animer, pour danser autour du feu, quoi. C'est génial.
- Speaker #0
Et donc, on a fait une sorte de pré-entretien, tous les deux. Et j'aimerais revenir sur quelque chose que je trouve assez surprenant ou en tout cas intéressant et je trouverais ça cool de le partager. Je te disais donc hier que j'avais écouté un podcast sur toi d'Aliusha Boy qui s'appelle Vision. Et dans tout ce podcast qui est plein de joie, j'ai trouvé, de presque légèreté qui ramène à certaines très envies d'être photographe. J'avais envie de te demander si ton parcours avait été simple et quel était ton rapport à la persévérance dans ton parcours ?
- Speaker #1
Oui, ça c'est crucial et j'aime bien le dire à beaucoup qui me demandent des conseils. Il ne faut jamais lâcher le truc. En tout cas, la persévérance est peut-être un des éléments les plus importants si tu veux avoir une carrière dans quoi que ce soit et surtout dans la photographie. Moi, j'ai commencé vraiment seulement à vivre de ce que j'aime à l'âge de 33 ans. Et tout est arrivé, tout arrive beaucoup plus tard que tu ne le souhaites. C'est des fois... au précipice de l'abandon que tout d'un coup, quelque chose arrive. Ou tout d'un coup, quand tu abandonnes, tu arrêtes d'essayer de séduire, de créer des mécaniques, de faire une fanfare et que tu t'acceptes d'être qui tu es, que les choses fonctionnent. Donc oui, la persévérance est clé et en fait, la carrière n'est pas une ligne droite, mais plutôt une chicane verticale. Donc il faut absorber en fait les coups bas, les moments financiers difficiles. C'est ça d'être professionnel, en fait. C'est de pouvoir accepter la réalité et trouver aussi des choses à faire entre les commandes. Par exemple, si tu es un artiste commercial, il faut aussi continuer à ne pas être assujetti à ce rythme. Sinon, tu es codépendant, en fait.
- Speaker #0
Comment, du coup, j'imagine à 18 ans, tu as ton bac, etc. Du coup, c'est 15 années. Avant qu'il y ait une sorte de succès commercial, ou en tout cas que tu arrives à en vivre et que ce soit peut-être moins lourd, comment tu te sens ? Est-ce que tu as l'impression d'avoir embrassé le chemin ou est-ce que tu es passé par beaucoup de questionnements ? Et si tu es passé par beaucoup de questionnements, parfois douloureux, comment tu les as traversés ? Parce que c'est toujours facile avec du recul de se dire, une fois que ça marche, je trouve peut-être que la réalité est plus belle. Mais quand tu les traverses ces années-là, toi tu te sens comment ?
- Speaker #1
Moi j'ai été très frustré dans ma vingtaine. Comme je te disais, Kassovitz fait La Haine à 24 ans. Orson Welles fait Citizen Kane à 24 aussi, je crois. Et il fait Hamlet avec un cast, un black cast, tu vois. Et moi, j'avais de grands rêves, j'en ai toujours. Mais aussi, à 20 ans, t'es plein de rage, d'envie. Et quand ces envies ne se concrétisent pas, tu es profondément triste et aussi tu te compares à d'autres qui est un vaudor en fait et ça ne peut que te faire du mal et ce que j'ai exprimé avant c'était que le temps n'est pas forcément linéaire et ton parcours non plus et en fait d'accepter ces défaites te permet d'avancer donc tout ce qu'il faut que tu fasses c'est de faire confiance à toi même trust the process it is tu vois tu ne peux pas tout avoir Si t'avais tout, tu t'embêterais profondément. Et en fait, c'est ces négations, ces négatifs qui... te font, en fait. Pas comme une vengeance, mais bon, si tu arrives à acquisitionner ou à assimiler, en fait, ces erreurs, ou pourquoi... Mais bon, aussi, la vie est injuste, faut le dire. Et on ne contrôle que dalle. Donc, faut prendre... Faut faire confiance au temps. Des fois, le temps fait les choses. Et des fois, quand tu... Moi, j'ai un peu mon côté spirituel, j'ai l'impression que quand j'essaie de résoudre des choses de moi-même, le travail aussi s'articule. Donc, je pense que si t'es meilleur humain, il y a de fortes chances aussi que ton travail s'améliore et que les gens ont envie aussi de travailler avec toi parce que t'as une force qui est genre... vertueux ou généreux ou qui invitent. Et des fois, je vois d'autres artistes comme ça avec qui je bosse et je les vois, ils sont à fond dedans et ils sont en train de rigoler et j'ai eu envie d'être à côté d'eux et d'être avec eux.
- Speaker #0
Tu penses que c'est indispensable d'être bien avec soi-même pour être un bon artiste ?
- Speaker #1
Non, mais moi, j'ai besoin d'être bien avec moi-même. J'ai la flemme de vivre en en se détestant, être au sommet d'une carrière ou d'une pyramide, ou d'être le premier ou le plus riche. C'est vraiment un faux dieu, ça. Ce qui est chouette, c'est d'être juste et d'être un film rond, tu vois. Pour moi, ça, c'est important.
- Speaker #0
Et tu parlais du coup d'ambition, mais tout à l'heure, tu m'as dit que tu t'étais... dit que tu serais professeur et que si tu pouvais rester auteur... Oui,
- Speaker #1
si je pouvais faire mes livres à côté,
- Speaker #0
tranquille. Tu crois sincèrement que ça aurait été ? Ou c'était une façon pour toi ? Je trouve qu'il y a ce truc aussi, peut-être c'est ma génération et cette mentalité avec laquelle j'ai grandi, c'est soit ça marche, soit ça marche pas, et à un moment donné, tout le monde se met une deadline, et en gros, il faut que tu passes à autre chose. Si ça n'a pas fonctionné... au sens succès financier du terme ou d'être sous les projecteurs. Est-ce que toi, il n'a jamais été question que tu fasses autre chose ? Tu t'es dit, c'est ça ma vie. Quoi qu'il en coûte, je serai...
- Speaker #1
Je n'ai jamais vraiment lâché parce que peut-être c'est ma raison d'être et tout simplement l'amour. J'adore raconter des histoires, faire des images, d'être en communion avec d'autres artistes. Donc, que j'ai une carrière ou pas, je n'aurais peut-être jamais arrêté. de le faire et j'ai eu la chance tout d'un coup de pouvoir en vivre commercialement et d'avoir l'opportunité de collaborer avec des gens incroyables qui rendent mes projets beaucoup meilleurs. Donc je pense que je n'aurais jamais arrêté et que je ne m'étais jamais fixé des ultimatums. Le problème, c'est l'argent dans ces sociétés capitalistes et individuelles. Tout le monde veut se marcher dessus ou pense que c'est une compète en fait, c'est ça le vrai problème. On est tous... On pense que c'est une compétition, que c'est une course, alors que non, c'est toi, tu vois, le focus c'est toi, qu'est-ce que tu veux raconter, c'est quoi ta spiritualité, c'est quoi... Qu'est-ce que tu veux partager, mais pas qu'est-ce que tu veux impressionner, tu vois ce que je veux dire ? C'est quoi ton message en fait ? Et ça c'est une problématique profonde. Et aussi, c'est difficile d'être artiste et d'être fauché. Quand tu es fauché, comme je disais, si tu n'as rien dans ton compte, tu n'as rien dans ton corps, tu n'as rien dans ton cœur, et c'est vachement déstabilisant. Donc, c'est important d'avoir un job alimentaire. Et tu t'en fous si ce n'est pas ta carrière, mais ça te permet de faire tes trucs à côté en attendant que ça se goupille. Parce que si tu n'arrêtes pas, ça va se jouer au bout d'un moment. C'est clair. Moi, je pense.
- Speaker #0
Et donc, au moment où tu termines les cales, tu reviens vivre à Paris pour la première fois après 11 ans.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et est-ce que tu peux nous parler de cette expérience-là ? Comment ça s'est passé ? Est-ce que tu as bossé tout de suite ?
- Speaker #1
Ça, c'est explosif, en fait. J'étais chargé. En fait, j'avais remonté les bobines. Et j'étais... Oui, c'est le... Enfin, je ne vais pas m'appeler prodige, mais c'est le retour du fils prodige. J'ai gardé toutes mes amitiés d'adolescence et je ramène un peu mon optimisme américain. Mais aussi, je retourne dans la ville où j'ai grandi et je suis juste heureux, en fait. Et je suis, tout simplement, je suis juste heureux. Et du coup, plein de choses se concrétisent un peu naturellement parce que je suis bien. Je suis là où il faudrait. Pour répondre simplement, je suis là où je voulais être.
- Speaker #0
Ok, t'es aligné quoi.
- Speaker #1
Et j'ai pas besoin de grand chose. J'ai besoin d'un endroit où dormir et quelque chose à manger et de voir mes amis.
- Speaker #0
Et de rigoler, quoi. Et donc, je reviens en 2013. J'ai des potes super sympas qui me laissent bosser depuis leur bureau. J'ai un autre pote qui me file un plan de location. Je revois aussi mes parents. J'étais de l'autre bout du monde. Je reconnecte avec eux.
- Speaker #1
Est-ce qu'ils ont une place importante dans ton parcours artistique ? J'imagine que ça t'a inspiré de travailler dans le cinéma. par rapport à leur histoire, mais du fait d'avoir été loin puis de revenir, est-ce que ça te réinspire d'une certaine façon ou pas du tout ?
- Speaker #0
Mes parents ont une place cruciale dans mon identité, il n'y a pas de doute. Nous, on ne parlait que cinéma à la maison, on regardait des films tout le temps. Ça parlait des ragots, comme la fabrication des films. Mes parents ont bossé avec beaucoup de gens vraiment intéressants. Mon grand-père a eu une carrière incroyable. Donc la fabrication, Deux films ont toujours été centrales. Et aussi c'était un théâtre à la maison, ma sœur et moi on se déguisait, mon père nous photographiait. Cette mise en scène existait d'une manière naturelle à la maison. On a beaucoup de photos de ma sœur et moi en personnages. De partir et de me distancer de mes parents c'était très bien, je pense. Et puis c'est très bien de revenir aussi. J'étais très content aussi d'être dans la même ville que mes parents.
- Speaker #1
Et tes premiers projets, ils arrivent comment ? Est-ce que ce sont des projets personnels ou est-ce que ce sont des commandes commerciales ? À quel moment, justement, il y a un déclencheur qui te permet de vivre de ta passion ?
- Speaker #0
Alors, 2013, on a déjà la téléphonie mobile.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Enfin, la téléphonie mobile. Enfin, on a des caméras dans les téléphones. Oui. Et ça commence à shifter la culture un peu. Moins rapidement, je m'amuse avec, comme tous mes amis. Et aussi, on arrive à networker, donc à rencontrer des gens assez facilement. Et moi, je commence à m'amuser à photographier des gens comme je l'avais fait avant, de dos, avec mon téléphone portable. Et c'est drôle parce que c'est un projet que je cultive pour juste m'amuser. Moi, j'ai toujours pris la photographie aussi sérieusement, avec le moyen format, nanani, nanana. Mais le téléphone, je me dis, ah, c'est génial, je suis un espion, on va jouer avec ça. Et donc, entre 2013 et 2015, je fais des milliers de Parisiens, j'aime bien appeler ça une typologie pédestre. Et je commence à faire ces photos que je partage sur Instagram. Et je vis un peu un moment viral où j'ai beaucoup d'attention. Et c'est drôle parce que c'est un projet que je n'ai pas fait pour nécessairement séduire les gens, mais un projet que j'ai complètement abandonné de compliquer les choses et de m'amuser. Donc c'est une bonne leçon, c'était une bonne leçon ça. Au lieu de surconceptualiser quelque chose. Et même, c'est devenu contagieux, les gens, je recevais des textes tous les jours de gens qui photographiaient d'autres gens dans le style. de dos. J'ai même commencé un autre compte pour partager toutes ces images-là parce que je passais mon temps à répondre à ces gens et je voulais repartager les images. Et donc, en parallèle de faire quelques fashion films, je voyais des shoots se faire, je rencontre Simon, Simon Porte, Jacques Mus, et avec Simon, c'est une explosion de joie et de... de complicité. Je me retrouve complètement dans l'univers de Simon. J'adore comment il pense et comment il s'exprime. Et donc, c'est une rencontre déterminante parce que de travailler avec lui me donne énormément de visibilité. Ouais, donc ça se fait un peu naturellement et grâce à Internet.
- Speaker #1
Et à ce moment-là, lui, sa marque, elle a déjà explosé ? Ou elle est en pleine... Parce qu'il y a eu quand même un... Il était très, très connu. Puis il y a eu quand même un moment où il était mondialement connu. À quel moment ça arrive ?
- Speaker #0
Alors moi, je rencontre Simon, je crois en 2015 ou 2016. Je crois que c'est en 2015 ou même 2014. Mon ami Valeska était sa première, donc l'aider dans le design. Était sa première,
- Speaker #1
c'est-à-dire ?
- Speaker #0
elle aidait beaucoup le design genre première de l'atelier quand je rencontre Simon je crois qu'il a moins d'une vingtaine de personnes dans son atelier et c'est un tout petit atelier ils sont les uns sur les autres et donc c'est une petite entreprise mais déjà il fait du bruit et c'est impressionnant parce qu'il a un message pour revenir à cette idée dans la photographie et c'est pour ça aussi que j'aime Simon c'est qu'il comprend la photographie ou en tout cas ce véhicule Merci. Je pense que tout le monde a toujours été intrigué ou aime la maison Jacquemus parce que Simon a un message. Et ce n'est pas purement matériel.
- Speaker #1
Et toi, tu te reconnais dans son message ou tu penses aussi avoir un message ?
- Speaker #0
dans ta photographie ? c'est comme je disais tout à l'heure je viens me conjuguer à l'univers de Simon et je peux apporter ma pratique ma vision, mes optiques mes angles aux souhaits aux visions de Simon parce qu'il est très il sait ce qu'il veut aussi donc je viens marier en fait ces idées et suggérer ou photographier tout simplement et Et... Et on fait cinq campagnes ensemble. Génial !
- Speaker #1
Et votre première collaboration, c'est quoi ?
- Speaker #0
On fait la reconstruction, et je crois que c'est en 2015.
- Speaker #1
Et la reconstruction, c'était quoi comme série ?
- Speaker #0
On a travaillé avec un autre artiste qui s'appelle Willy Dorner, qui est un sculpteur d'humains. Simon aussi, il adore la sculpture. Et on a empilé des gens sur un banc, dans le marais, à côté de son ancien atelier.
- Speaker #1
Et pourquoi vous avez voulu faire ça ? Quel était le message ?
- Speaker #0
Comme beaucoup, la plupart du temps avec Simon, il sait exactement ce qu'il veut. Il avait vu le travail de Willy, il m'a demandé de le photographier. La reconstruction, il y a tout un truc personnel avec Simon, avec cette collection, il faudra que je me replonge dedans exactement les détails. mais c'était très intéressant dans son propre histoire dans sa propre vie en tant que designer et humain et aussi c'est très Picasso Picasso-esque on n'est pas loin du musée Picasso et ses corps trinqués ou fractionnés font écho aussi à beaucoup de ses inspirations Simon parle souvent de ses artistes comme Picasso et donc... de faire une juxtaposition humaine de ces vêtements et de ces humains, font une œuvre qui sont beaucoup plus grands que les vêtements, et qui racontent quelque chose. Et donc il a fait la même chose en demandant à deux autres artistes, comme Willy et moi-même, de créer cette sculpture avec lui. Et on fait une seule photo de la reconstruction. C'est encore l'époque où l'icône de la campagne, c'est une photo.
- Speaker #1
Oui. Et ensuite, les projets qui se suivent, est-ce qu'il y en a un que tu as préféré ? Comment toi, tu arrives aussi à... Je repense à cette série dont tu as fait un livre ensemble. C'est aussi ton travail beaucoup. C'est-à-dire que tu as ta sensibilité, cette composition, ces lumières sur ces corps. Toi, dans cet espace collaboratif, comment tu arrives à mettre ta patte, Laura Ski ?
- Speaker #0
Je pense, si tu fais le choix de ne pas mettre ta patte, tu es plus juste. Il ne faut peut-être pas penser genre comment je vais pouvoir vraiment brander cette image. Non, c'est en enlevant ton ego que tu vas te découvrir d'autres aspects de toi-même. Et là, ce qui était chouette avec Ensemble, qui s'appelle donc au départ pour l'histoire, c'est pour la collection L'amour d'un gitan. Simon me texte et me dit j'aimerais faire du nu noir et blanc. On était déjà allé en Camargue, on était inspiré par Crin Blanc de Lamoris, un film des années 50. Un enfant, un cheval blanc, Camargue. On avait fait quelques photos déjà, j'avais fait des photos de lui pour une revue qui s'appelait Nobra à l'époque. Et la Camargue c'est pas loin de chez lui, il connaissait de son enfance, donc c'est pareil. C'est quelque chose qui est dans son identité. Et c'est quelque chose de profondément cinématique. Donc par la suite, on fait un casting de danseurs. Et il y en a deux qui sont volcaniques, qui nous exposent dès la première seconde. Et il s'avère que c'était deux amis d'enfance du conservatoire. Et donc, toutes ces photos se sont faites très naturellement. Mais Simon avait quand même l'idée de... Il a amené la chaise. Il y avait beaucoup de choses qui ont été pensées en amont. Ce n'était pas que de l'accidentelle, mais on a fait beaucoup de prises de vue. On a fait une prise de vue au coucher de soleil dans les salins et au lever du jour à Sainte-Marie dans la mer. Et donc, à l'époque, on partage... Enfin, Simon partage, la maison partage une image, donc celle du parasol. et par la suite une autre. Et moi, j'avais toujours... Je dis à Simon, parce que j'avais suggéré aussi plein d'autres photos que j'aimais énormément. Il y avait énormément de photos que j'adorais. Et je suggérais tout le temps, ce serait pas mal quand même, ces autres photos, peut-être, quelque chose, un jour. Et donc, quatre ans plus tard, quand je rencontre mes amis de Loose Joints, ils me disent, ça te dit, on fait un livre ? Et je fais, pas de problème. Voilà, sept projets, si vous voulez. Choisissez n'importe lequel. et il voit les photos de l'amour d'un gitan. Et il s'avère qu'à ce moment-là, ils ouvraient leur propre boutique. Ils me disent, qu'est-ce que tu penses d'ensemble ? Et je fais, c'est super. Mon livre aussi pourrait s'appeler comme ça.
- Speaker #1
Ah d'accord, d'où le lien entre les deux.
- Speaker #0
Exact. Et le fait que le couple s'embrasse, c'était très beau. Pour moi, c'était aussi un geste artistique de marier loose joints. je m'en lassais avec eux aussi avec ça donc c'est un peu c'est un beau geste aussi comme ça et donc j'ai pu partager les autres photos du shoot quatre
- Speaker #1
ans plus tard et donc là on part vite en besogne parce que quand même au moment où ces photos sortent c'est un succès cette photo c'est un hit elle se retrouve même dans les kiosques à journaux à Paris être reproduite Et elle se retrouve dans les chambres des gens. Toi, comment tu vis ce moment-là ? Est-ce que ça change quelque chose pour toi ?
- Speaker #0
Oui, c'est assez hallucinant. On ne s'en rend pas compte tout de suite. Mais déjà, quand tu es un peu dans l'univers de Simon, je voyais l'engagement ou en tout cas les réactions immédiates. C'est assez impressionnant. C'est super impressionnant. Et ces images-là, on m'en parle toutes les semaines. Et on les a faites il y a presque dix ans. C'est dingue. Moi, ça me dépasse complètement. Je suis super fier, en tout cas, de se retrouver sur les kiosques. C'est le plus beau musée au monde. Mais tu ne t'en rends pas compte. Mais c'est justement... Ce qui était beau, c'était que c'était profondément naturel et qu'on n'avait pas grand-chose. On est littéralement nus dans l'eau. Le projet aussi, quelque part, c'est des choses que j'aime. C'est des trucs profondément humains. Un retour à l'eau, je ne sais pas. C'est simple, c'est en noir et blanc. Mais du coup, ça résonne avec beaucoup de gens. On a reçu des tatouages, des gens qui se sont tatoués les photos.
- Speaker #1
Ça doit être trop bizarre.
- Speaker #0
Ouais, c'était un peu bizarre, mais drôle. Il y a des gens qui ont fait des photos de montage. Ouais, je ne sais pas comment sur le coup j'absorbe le machin. Le gros choc à un moment, c'est quand je fais une story pour le Vogue américain. Où là, Simon n'est pas avec moi et je fais quand même un gros truc. Et l'édito, il est superbe aussi.
- Speaker #1
et je trouve très juste tu veux dire que ça aussi ça fait partie de tes images qui sont marquantes et pour autant là c'était ton rayonnement uniquement à toi c'est quand même un truc énorme,
- Speaker #0
vogue américain enfin je sais pas je sais pas pourquoi dans ma tête j'aime beaucoup ces photos et cette histoire
- Speaker #1
Tu peux nous en parler pour ceux qui ne la connaissent pas ?
- Speaker #0
Oui, alors Alex Harrington, le styliste, me contacte. Et c'est drôle parce que mon agent, il me fait... C'est toujours drôle quand tu reçois des mails comme ça, impressionnants. Et il nous contacte pour faire une story. Et donc avec Alex, on échange des références et on décide de shooter à Long Island avec des dunes. Et ce qui est génial, c'est que... À un moment, on parle d'inspiration que j'aime beaucoup, comme Roman Signer, l'artiste suisse, qui est très rigolo. Je parle dans des livres pyromanes ou je ne sais pas quoi, j'ai envie de faire des trucs fous. Et je me dis, ah, I've never seen bags fly, parce qu'on commence à parler de ballons, pour faire écho au volume des dunes. Et pour la story, on devait faire des sacs. On a fait des photos de sacs qui volent. Pour moi, c'était un grand truc artistique, un grand geste artistique de créer ça. Bien sûr, on n'était pas les premiers à faire voler un truc. Fellini a fait voler des sculptures. Mais c'était très satisfaisant, ce projet. Et on a Adut qui est en pleine explosion, la mannequin. Et Alex, c'est un super styliste. Je ne sais pas. C'était... Je me souviens, mon agent en Sydney à l'époque, elle quitte, elle change de job juste à ce moment-là. Il y a un moment et un shift pour moi, un peu, à ce moment-là. Mais c'était aussi important pour moi de savoir que je pouvais aussi faire d'autres choses à côté.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Je pense.
- Speaker #1
Est-ce que tu te sentais peut-être trop identifiée à ce moment-là ? Une seule identité, qui est celle de Simon Pardjakmus ?
- Speaker #0
Peut-être, mais j'étais tellement heureux dedans. Mais je pense que c'était bien. Enfin, j'étais constant aussi de faire d'autres projets à côté. Et donc, voilà, par la suite. Mais bon, je ne sais pas si j'aurais eu les mêmes opportunités sans ma rencontre avec Simon. Enfin, c'est clair.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a une de tes images qui est la plus autobiographique selon toi ? Laquelle ce serait d'ailleurs, plutôt ?
- Speaker #0
Ça change tout le temps. Mais bon, j'utilise mon icône, mon portrait d'enfant que mon père a pris de moi et ma soeur m'avait fait les cheveux. Mes photos d'enfance, je les aime beaucoup.
- Speaker #1
Pourquoi ?
- Speaker #0
Parce qu'elles sont photographiques, mais je ne pense pas être photographe. Mais j'adore que le médium était déjà là, que j'étais déjà en dialogue avec le médium avant de vouloir avoir carrière. Ou à vouloir être auteur ou tu vois, machin. J'étais déjà dans ce truc-là. comme un peu une destinée enfin je veux pas sur-romantiser le truc mais j'adore aussi c'est presque religieux quoi la photo pour moi c'est un laboratoire où j'ai l'illusion de contrôler l'univers
- Speaker #1
ah ok rien que ça
- Speaker #0
Je peux expérimenter et contrôler les choses. Il y a un truc de Francis Bacon que j'adore. Son atelier est toujours bordélique, complètement. Mais il aime le chaos parce qu'il a le canva blanc au milieu de ce chaos et il peut organiser le chaos.
- Speaker #1
Tu fais ça aussi ?
- Speaker #0
Je peux être assez bordélique, ouais. Et je suis un peu... Et Didi, quoi. Je suis un peu hyperactif, machin. Mais c'est bien aussi quand les champs sont bien rangés et tout ça. S'il y a plus de place pour réfléchir.
- Speaker #1
J'ai envie qu'on parle de ton lien à la nature. On n'a pas prononcé le mot, mais j'ai l'impression que l'amour, c'est assez central dans ta photographie aussi. Je me dis si je me trompe. Qu'est-ce que la nature, elle t'apprend sur toi ?
- Speaker #0
Alors la nature, elle me rend humble, elle me remet à ma place. Tout à l'heure, je parlais de volcans. Il y a un truc qui me ramène à mon truc humain d'une manière foudroyante. Comme quand tu regardes les étoiles, tu te rends compte à quel point t'es petit, mais que c'est beau et que peut-être elle t'en regarde aussi. Et pareil, j'ai ça avec l'apnée. L'apnée, c'est un retour à l'état natal. Et c'est une pratique qui me permet de méditer, de faire le vide et d'être complètement dans le présent. Donc la nature me ramène à ce que je pense que je devrais être. Et on l'oublie parce qu'on met des costumes tout le temps. On projette notre idée de nous-mêmes, on est complètement dans une auto-mécanique fictionnelle. Alors qu'il pleut, on se met dans une cave, on a faim, on va cueillir des fruits. Mais tu parlais d'amour, et il y a des trucs que je réfléchis dernièrement sur le self-love, l'exercice de s'aimer soi-même qui est très important, je pense. pour tout le monde et dans le contexte de l'artiste aussi. Et la photographie, c'est un exercice d'amour propre aussi, je pense. Ou de dire oui à la vie, quoi, en fait.
- Speaker #1
Du coup, comment tu arrives à retranscrire l'amour dans tes images ? Est-ce que c'est dans ton lien à l'autre, dans ton lien d'amour, de collaboration ? Je parle d'amour aussi parce que j'ai l'impression que votre amitié avec Simon, ça génère aussi des projets aussi beaux qui parlent d'amour aussi.
- Speaker #0
Ouais, complètement. Simon parle souvent de poésie et pour moi, c'est peut-être la même chose. La poésie, c'est la musique de l'amour et la photographie et la complicité entre artistes. C'est ça, quoi. C'est de la musique. Et t'es dans un bal avec les plus belles robes à danser avec tous les gens que t'aimes. J'adore avoir 5 ans et demi. être par terre et de faire des trucs avec les autres.
- Speaker #1
Et comment t'arrives à garder cette candeur ?
- Speaker #0
Tu ne peux pas faire ça avec tout le monde. Mais quand elle arrive, c'est super yay. C'est super fun. Et puis, de toute façon, moi, je suis complètement attiré par les gens qui ont le même problème que moi, vouloir s'amuser. Et donc, forcément, je vais les appeler. Je vais leur demander où ils sont, si je peux venir. Ou les inviter. Tu vois, chez moi. Oui. Tu essaies de favoriser l'opportunité d'eux.
- Speaker #1
quand tu aimes quelque chose tu essayes de recréer ces moments et comment tu arrives à cultiver ta créativité est-ce que tu as des rituels ça c'est intéressant parce que beaucoup d'artistes souvent parlent de writer's block ou d'être bloqué moi
- Speaker #0
je pense que et ça m'arrive beaucoup aussi Je pense qu'il faut être en mouvement et puis aussi il faut se dénouer psychologiquement. Je pense que moi tout est relié. Quand je commence à m'occuper un peu du reste de ma vie, tout d'un coup le reste commence à être plus fluide. Comment je reste créatif ? Je ne sais pas si je peux m'en échapper. Je pense que je suis un peu un enfer pour souvent mes amis ou mes collaborateurs parce que j'aime beaucoup brainstormer ou créer des histoires ou des choses. Je pense que c'est un truc qui a tout le temps été dans la maison quand j'étais petit. Je ne veux pas trop en parler, mais c'est un grand rêve de faire du cinéma. Et l'écriture est une opportunité fantastique d'interagir avec l'invisible. The ultimate camera. Tu fermes les yeux et tu imagines.
- Speaker #1
Justement, le cinéma, la surprise que j'ai eue et la seule vidéo que j'ai vue de toi sur YouTube, c'est parce que Il y avait écrit David Louraski, peut-être interview Ralph Gibson, ou je ne sais plus, sur Naoness.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Est-ce que tu peux nous parler de ce projet ?
- Speaker #0
Oui, en fait, Ralph Gibson, qui a une influence très importante dans ma vie, qui est un peu comme un tonton, une autre grande chance dans ma vie, il a été colloque et a grandi avec mon père, en fait. Ils ont tous les deux grandi à Los Angeles. Ralph aussi venait, son papa, travailler dans le cinéma. Ralph et mon père sont colloques dans les années 60 à San Francisco, dans tout cet univers un peu explosif. Mon père tire pour Dorothy Lang. Ralph a toujours été dans la maison quelque part parce qu'on avait ses tirages. J'ai toujours eu une influence des photos de Ralph qui sont un peu une écriture surréaliste. Comme un film de Fellini. Et c'était un peu, quand même, un des premiers à vraiment travailler ce genre de langage et faire du self-publishing. Et donc, oui, en 2015, je pitche un film à Naunès pour faire un film sur Ralph, parce qu'il est extrêmement captivant. Il a des punchlines comme Booba. Enfin, le mec, il est divertissant, quoi.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Il a beaucoup de philosophie, de sagesse et de blagues. C'est du matériau, c'est de l'or pour faire des films.
- Speaker #1
On n'a pas du tout parlé d'argentique, mais ton rapport au craft de la photographie, il s'articule comment ? Est-ce que tu tires ? Est-ce que tu as toujours fait de la véhicule ? C'est quoi ton interaction physique avec le print ? Avec l'image, plutôt.
- Speaker #0
Moi, ce que j'aime beaucoup dire, c'est que je n'aime pas l'idée de l'image précieuse. Moi, j'aimerais mettre toutes les images à la même échelle. Et tout ce discours de je fais mes prints moi-même, ça me lasse parce que c'est trop dans le détail. Moi, une image bonne, c'est une bonne image. Point.
- Speaker #1
Tu as parlé de messages, enfin en tout cas que ça faisait partie d'une bonne recette pour la photo. C'est quoi ton message ?
- Speaker #0
C'est drôle parce que c'était le diplôme que j'ai fait à l'Écale pour mon master.
- Speaker #1
Comment ça, c'était le diplôme ? C'était le sujet ?
- Speaker #0
Mon diplôme à l'Écale, j'avais fait une exposition fictive, une œuvre syncrétique entre les arts religieux et les arts populaires. C'était de mettre à égal des icônes orthodoxes russes avec des images de Tupac. Pour moi, c'était la même chose. Et donc, le message dans ma photographie, c'était ça la question. Oh là là, je ne veux pas être trop romantique parce que ça va être... Ben si, un love letter to the world, c'est vraiment... C'est vraiment une forme de gratitude et d'émerveillement. Mais le livre que je suis en train de développer, c'est un peu ça. C'est réunir toutes les choses que j'aime dans une forme où tout est égal, mais tout est sa propre identité.
- Speaker #1
Dernière question. Qui est-ce que tu aimerais que j'invite dans le podcast, dans le vin ?
- Speaker #0
Ah, ben, bon, il y a beaucoup de gens. Mes amis Sarah et Lewis de Loose Joints. Ils savent parler de la photographie comme peu de gens le savent le faire. Ils font 10 à 14 livres par an. Ils sont hallucinants, mais ils connaissent tout. Vraiment, c'est passionnant. Philippine et Agathe, Chomons à Épours, c'est des filles que j'adore. Elles sont extrêmement talentueuses et elles sont trop cool.
- Speaker #1
Elles sont photographes ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Elles ont commencé en graphisme et là, elles sont photographes, elles sont un duo. Et j'adore leur vision de la femme. J'adore leur... Je ne sais pas, il y a une nonchalance, un truc décomplexé. Et bien sûr, Baldwin Lee, dont on a parlé récemment.
- Speaker #1
Dont on a parlé ensemble, mais pas dans l'épisode. Oui, pardon. Merci David Louresc.
- Speaker #0
Merci Roxane Moreau.
- Speaker #1
Merci à toi si tu es allé au bout de cet épisode. J'espère que le temps de cette conversation, tu t'es sentie dans le salon avec nous à Marseille et que tu as pris autant de plaisir à écouter ce grand shoot d'inspiration que j'en ai eu à le faire. Je te donne rendez-vous très bientôt pour une rentrée dans le bain riche en actualité, avec notamment l'annonce prochaine d'une collaboration qui nous permettra de nous retrouver à nouveau en personne, autour de rendez-vous privilégiés avec des artistes reconnus. Je te dis donc à très vite, n'hésite pas à t'abonner et mettre 5 étoiles si ça n'est pas encore fait, ça m'aide énormément à grandir et trouver des sponsors. Et surtout d'ici là, n'oublie pas de créer !