- Speaker #0
Bonjour à tous, bienvenue dans De mot en mot, le podcast BVAXITE qui plonge au cœur des enjeux de santé contemporains à travers des témoignages poignants et des récits authentiques. Dans cette série captivante, éclairée par notre baromètre annuel des tendances santé, nous explorons l'humanité derrière les données et donnons la parole aux professionnels de santé, aux chercheurs, aux patients et à leur entourage. Des réseaux sociaux aux salles d'attente des hôpitaux, chaque épisode nous permet de découvrir les histoires qui font vibrer notre humanité, révélant nos fragilités et notre résilience. Je suis votre hôte, Marie Elayani, et c'est un honneur de vous accompagner dans ce voyage qui transforme les mots en mots.
- Speaker #1
Nous avons la chance aujourd'hui d'accueillir Odile Peixoto, directrice du département santé de BVI Excite depuis plus de 10 ans, et qui a été à l'initiative de la création du baromètre des tendances santé BVI Excite. Odile s'apprête à partir pour de nouveaux horizons, vers une retraite active, empreinte de sa vision et de sa riche expérience. Odile explore les méandres de la santé depuis de nombreuses années. Elle nous apportera, via cet épisode, son regard aiguisé quant aux évolutions observées de ce secteur, et sa vision de son avenir. Bonjour Odile, et merci de ta présence à mes côtés aujourd'hui. Alors Odile, tu as démarré ta carrière dans un tout autre secteur que celui de la santé. Est-ce que tu peux me parler un peu de ce qui t'a motivée à le rejoindre ?
- Speaker #2
Oui Marie, alors en fait j'ai démarré dans un tout autre secteur, mais qui est finalement très proche, puisque c'était le domaine de l'agriculture. Je suis ingénieure agro de formation. Et ce qui m'a toujours plu moi dans ces études d'agro, c'est le vivant. Le vivant, c'est la santé au sens large. J'ai toujours été portée par cette idée du vivant dans sa conception la plus large. Santé des plantes, santé des animaux, santé des gens. Donc tout naturellement, après une évolution de carrière, j'ai commencé dans l'agriculture, mais effectivement ça fait 20 ans maintenant que je m'intéresse à la santé des gens, avec beaucoup de bonheur. C'est un sujet qui me portera encore pendant très très longtemps.
- Speaker #1
Alors tu as créé en 2017 le baromètre des tendances santé. Tu as animé pendant les premières années de sa création des événements autour de celui-ci, tu as invité tout un tas de personnes qui ont pu parler autour des données que tu avais pu analyser, autour des explorations que tu avais pu faire avec l'équipe de BVA X-Site Santé. Est-ce que tu peux me parler de la jeunesse de ce baromètre, de ce qui a motivé sa création ?
- Speaker #2
Oui, la première édition date de 2017 et effectivement c'est le début de la e-santé. C'est les premières applis qui visent à aider les gens dans la prise en main de leur santé, ce sont les thérapies ciblées, c'est trois ans après la création du traitement contre l'hépatite C, un traitement curatif, ça faisait longtemps qu'il n'y avait pas eu de traitement curatif, donc ça c'était quand même une sale maladie qui permettait d'être guérie. Il y avait à la fois une très très forte poussée des progrès médicaux. Et on voyait bien déjà, enfin on le voyait déjà arriver depuis longtemps, mais la conjonction et la synergie, l'hybridation entre les technologies de l'information et la biologie, le vivant. Donc ça, on sentait qu'on était à l'aube de quelque chose qui allait changer profondément les choses, on le voit là arriver vraiment encore plus fort aujourd'hui. Donc ça fait effectivement maintenant 7 ans d'historique, donc c'est formidable d'avoir suivi toutes ces évolutions au fil des ans, voir la progression effectivement de cette e-santé, voir aussi… Les risques, puisqu'on est dans une mutation qui va très très vite, avec à la fois autant d'opportunités que de choses trappes, et moi ma volonté c'était d'amener des sciences humaines, parce que je trouve que les sciences humaines et sociales sont souvent absentes. On laisse la technologie au tour de la vie. technophiles, aux gens qui sont des experts de leur domaine. Et il y a vraiment besoin de faire venir des philosophes, de faire venir des sociologues, de faire venir des gens des sciences humaines et sociales pour accompagner cette mutation. Parce qu'on peut parler vraiment de mutation. Il y a eu Gutenberg, et je crois qu'on est en train de vivre quelque chose, et ça va aller encore plus vite, parce que ça aussi, ça fait partie du package global, c'est l'accélération du temps. Donc voilà, c'était ça, c'était apporter ma petite pierre et essayer de comprendre ce qui se passait tout simplement. Il y a des choses qui font système. J'avais besoin de trouver des clés d'analyse qui me permettent d'avoir un regard éclairé. de compréhension de ce qui se passait, tout simplement parce que ça partait un peu dans tous les sens, avec beaucoup aussi de controverses sur les pros, les antis, avec quelque chose que je sentais comme stérile, en opposition entre les deux. Et j'avais besoin de créer ma voix, voilà, de compréhension. Et évidemment de la faire partager à nos clients, à l'équipe, à tout le monde.
- Speaker #1
Alors tu as parlé justement de la date de la création de ce baromètre en 2017, de ce qui a motivé du coup son lancement. Au fil des années, quels ont été les résultats les plus surprenants ou marquants que tu as pu observer de ton point de vue ?
- Speaker #2
Alors déjà le fait que je suis toujours éblouie moi par la pertinence. de nos contemporains, puisqu'on interroge les Français, le concept one health qui aujourd'hui reste assez confidentiel, il y a de plus en plus d'articles, mais enfin ça ne fait pas encore grand public, mais les gens l'ont complètement intériorisé. Il y a une question historique qu'on pose depuis toujours, c'est quelles sont les préoccupations en matière de santé ? Arrive dans le trio de tête l'accès aux soins et la préservation de l'environnement. Donc on a toujours ces deux choses-là, les gens ont bien compris. que l'environnement dans lequel ils vivent a une influence sur ce qu'ils sont. Et cette notion de capillarité des systèmes, d'équilibre, je pense que cette notion de santé ressentie, ça c'est quelque chose que je voudrais développer, la santé ressentie. On parle de la température ressentie, la santé ressentie est très importante. Je pense que c'est ça un vecteur d'avenir pour la santé, parce qu'aujourd'hui... Le continuum d'un côté on met les patients et de l'autre côté on met les gens valides n'a plus aucun sens. Avec les maladies chroniques, il y a des gens qui ont des maladies chroniques, qui ont des vraies belles vies, des vies bonnes, des vies pleines, des vies incroyables. Donc il y a une espèce de continuum entre… En plus, avec l'avènement d'une véritable médecine préventive, qui va montrer très précocement que tel et tel indicateur sont peut-être… Anticipateurs de maladies, on est finalement tous un peu des malades chroniques en puissance. Donc c'est bien accepter sa santé ressentie et faire en sorte que les gens vivent pleinement cette vie qui nous est donnée. et qui est magique à vivre, quel que soit son état finalement. Donc avec quand même dans notre société, et ça c'est moins sympa, le fait que la santé est devenue un marqueur social. C'est-à-dire qu'il y a une injonction à être en bonne santé. On le voit, les deux tiers des Français se disent en forme. Or on a 44% des Français, presque un sur deux, qui prend des traitements au long cours. Donc il y a un peu une contradiction. Il y a une injonction à être en bonne santé et ça, ça fait peser une charge mentale supplémentaire qui n'est pas propice à une bonne santé. Donc voilà, c'est cette notion de santé ressentie que j'aimerais qu'on arrive peut-être à modéliser, à pousser et à rendre plus acceptable. C'est notamment intégrer l'expérience patient dans les parcours de soins, faire que cette expérience patient devienne vraiment un élément d'accompagnement des soignants, qu'elle soit plus reconnue. comme, voilà, c'est vraiment un indicateur extrêmement intéressant de cette santé ressentie. Donc il y a cette histoire de marqueur social, le concept One Health, le boom de la e-santé, qui a été formidablement accéléré par la crise Covid, il y avait beaucoup de choses en germe, mais qui restaient un petit peu confidentielles, il y avait toujours les 10% d'innovateurs qui avaient déjà leurs applis, leurs machins, leurs trucs. On voyait bien en radiologie aussi, c'était déjà sur les rails, mais là la crise Covid, avec cette distanciation imposée quelque part, a fait que ça a été formidable. Aujourd'hui, la majorité des Français prennent leur rendez-vous en ligne via les plateformes, leurs rendez-vous médicaux. Il y a eu une facilitation aussi pour trouver des rendez-vous. Dans cette raréfaction, la démographie médicale en Berne, c'est très très facilitateur quand même. Donc voilà.
- Speaker #1
Alors du coup on en vient au cadre sociétal justement du baromètre, notamment du bar des résultats qu'on a pu mesurer cette année. où vraiment on peut observer un climat de méfiance, d'inquiétude des Français vis-à-vis de la santé, de leur propre santé. Alors tu parlais de la santé comme un marqueur social, tu parlais d'être en bonne santé malade. Aujourd'hui, on observe quand même une vision plus pessimiste des Français vis-à-vis de leur avenir en matière de santé, quant à leur état de santé, même chez les plus jeunes, alors que leur état de santé ne semble pas s'être véritablement dégradé. Depuis 2019, la dernière édition de ce baromètre, comment est-ce que tu lis ces données ?
- Speaker #2
Alors oui, oui, oui, c'est un résultat effectivement intéressant, où il se déclare aujourd'hui plutôt en bonne forme. On voit qu'effectivement, depuis le début du baromètre, cet indicateur ne se dégrade pas forcément. Mais quand on leur dit, dans dix ans, quel sera l'état de la santé des gens, les gens sont beaucoup plus pessimistes, effectivement. Ce qui n'est pas un indicateur d'optimisme et de bonne santé sociétale, on va dire. Alors, pourquoi ? Autre indicateur très intéressant cette année, c'est qu'on a vu quand même qu'on mesure dans notre baromètre tous les comportements de prévention, bien manger, faire de l'exercice physique, bien dormir, etc. Et on s'aperçoit qu'entre 2019 et 2023, alors que les gens aspirent à avoir une bonne santé, tous ces indicateurs-là sont en berne. On a des reculs assez spectaculaires, de 5 points, 4 points par indicateur, Ce qui fait que les gens aspirent à prendre soin d'eux, mais qu'aujourd'hui ils sont en panne en fait, ils ne savent plus. Je pense qu'il y a une espèce de... alors il y a plein de facteurs explicatifs, il y a notamment quand même une montée des peurs, qui a été très très... présente au moment de la Covid, mais il y a eu les guerres qui sont arrivées juste à la sortie de la Covid. Il y a la montée aussi de l'éco-anxiété chez les jeunes, qui est un véritable sujet. La violence aussi dans notre société. Et cette violence aussi qui est montée, qui est très poussée, je dirais. Sur les médias, les personnes âgées qui tournent en boucle sur BFM TV ne voient que le monde comme une catastrophe. Donc il y a une forme de dystopie en permanence qui est projetée sous les yeux des gens. D'ailleurs, si on regarde bien, il y a beaucoup de séries dystopiques, plus qu'utopiques, alors qu'on a besoin d'utopie. C'est l'utopie qui a poussé l'humanité à se réinventer, à trouver les ressorts, à coopérer, à trouver les solutions. Là, on est face à un gros péril, mais on n'a pas forcément les meilleures armes aujourd'hui. Et cette peur, je pense, c'est vraiment très mauvaise conseillère pour la peur. C'est un signal de mauvaise santé. C'est-à-dire qu'avoir peur, c'est gérer du stress, c'est se faire mal. Donc, c'est ça, c'est lutter contre la peur. Et je pense qu'on a moins peur quand on est ensemble. On est à la fois dans une société très individualiste, ça a été poussé par notre système de valeurs. C'est très bien l'individuation, le fait de prendre conscience de qui on est, il y a des choses très positives. Là où ça le devient moins, c'est quand le territoire de l'autre devient un ennemi. Là, on n'est plus du tout dans quelque chose de positif, on est justement dans cette montée des peurs qui, je pense, est très délétère. pour notre société et globalement pour la santé.
- Speaker #1
Alors tu parles de cette montée des peurs. Aujourd'hui, tu as parlé des séries dystopiques, donc ça me fait penser à l'amas d'informations et de médias qui sont avalés par tout un chacun au quotidien. Comment tu relis cette montée des peurs vis-à-vis de cette information ? On n'a jamais été aussi informés qu'aujourd'hui, finalement.
- Speaker #2
Il y a effectivement ce fameux phénomène d'infobésité. En matière de santé, c'est majeur parce que finalement, sur Internet, beaucoup de gens cherchent des informations sur la santé. Et effectivement, on voit apparaître des informations parfois un peu antinomiques. Les gens qui ont des problèmes de santé, vu que... Alors évidemment, quand même, la bonne nouvelle de notre baromètre, c'est que quand même, la source d'information la plus sûre et la plus apprenante reste le médecin. Et de très très loin par rapport à... Mais il n'empêche qu'ils ne peuvent pas s'empêcher, les gens, d'aller chercher l'information. D'abord parce que le temps médical est devenu rare et ils n'ont pas forcément un médecin sous la main, mais ils ont besoin d'aller chercher l'information. Et là, comme il y avait le continuum entre patients, personnes en bonne santé et malades, il y a aussi ce continuum entre le vrai et le faux. Il y a plein de continuum, c'est-à-dire qu'il n'y a plus de frontières très claires entre l'organique et le numérique, entre le vrai et le faux. Ça fait partie maintenant des continuum sur lesquels il va falloir que chacun se muscle, muscle son esprit critique, muscle son intériorité. pour pouvoir accepter et faire le tri. On n'a pas besoin d'être... Il y a aussi ce système qui vous projette de l'information à tout venant pour... Occupez votre attention vers l'extérieur, la santé, la bonne santé. se passe à l'intérieur. Et c'est bien dans l'harmonie entre l'extérieur et l'intérieur qu'on va trouver cet équilibre de bonne santé. Le système aujourd'hui fait qu'on capte l'attention des gens, c'est devenu monétaire. Le système néolibéral, c'est la captation de l'attention. Il y en avait un qui disait ça déjà pour la télé, les minutes de cerveau disponibles, ça existe depuis longtemps en fait le système, mais alors avec Internet, avec les réseaux sociaux, c'est devenu massif. avec des pathologies, le fameux FOMO, Fear of Missing Out, les jeunes qui mettent des alarmes sur leur portable pendant la nuit pour se réveiller au cas où ils aient raté quelque chose sur les réseaux. Donc, manque de sommeil et échappement de son intériorité. C'est-à-dire que le fait de ne pas se connaître ne permet pas cette interaction positive et équilibrée avec l'autre. Donc là, il y a un vrai phénomène de société. Alors évidemment, il y a des tas de gens qui luttent contre ça. C'est le développement de la méditation, le yoga. Mais on va dire que tous ces aspects-là restent quand même un peu mineurs. Et c'est un peu les happy few. Il y a un phénomène un peu bobo, même si ça s'étend de plus en plus. Parce qu'il y a vraiment une aspiration. Les gens se rendent compte quand même que dans ce système qui va très très vite, où on leur demande tout le temps de faire dix trucs en même temps, où ils sont à paix. par les TikTok, les vidéos, les machins, etc., à un moment, il y a une espèce de maladie ou de perte de concentration sur qu'est-ce qui est important pour moi, qu'est-ce que je fais de ma vie, qui je suis, et comment je vais interagir avec l'autre, qui est quand même la clé de la vie. La clé du bonheur au quotidien, ça passe par là. C'est ça. Donc, je pense qu'il y a de plus en plus de gens qui s'en rendent compte. C'est tous les modes de vie alternatifs qu'on voit, des gens qui quittent leur boulot pour aller faire radicalement autre chose, qui se réinventent. Il y a beaucoup de jeunes aussi qui sont là-dedans, des gens qui ont fait des grandes études, mais les jeunes agros qui ont fait des parcours scolaires et à un moment, on leur dit, il faut aller travailler. Dans des grandes entreprises, ils disent non, ça ne va plus, ce n'est pas en ligne avec mon éthique personnelle Donc ceux-là, ils en ont une. Mais tout est fait pour que les gens ne réfléchissent pas à cette éthique-là, qui est centrale dans la santé, dans la bonne santé de chacun d'entre nous.
- Speaker #1
Toujours sur le cadre sociétal, il met aussi en avant la vitesse des transformations que tu as mentionnées à plusieurs reprises. C'est clairement ce qui marque notre époque aujourd'hui, de plus en plus, avec des avancées scientifiques, technologiques, qui nous embarquent dans un rythme véritablement effréné. Face à la tendance majeure observée, celle que tu as mentionnée aussi, de recherche de cadres, de frontières, de catégorisations, qui est clairement une tendance qui est propice aussi aux croyances dystopiques, qui sont bien alimentées aujourd'hui, le rapport du baromètre de la dernière édition met en avant une tendance émergente, positive, celle de l'hybridation. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus ? Est-ce que ça recouvre concrètement ?
- Speaker #2
Alors, ça c'est vraiment un sujet auquel je tiens beaucoup. Je pense que ça fait système, parce que finalement, quel que soit le sujet, on est là-dedans. Depuis la nuit des temps, on a cherché à catégoriser la classification de l'inné, le tableau de Mendeleïev, on nomme des choses, on les met dans des catégories. Ça nous a aidé beaucoup à construire notre société, à construire des tas de choses, etc. Aujourd'hui, justement, il y a... Il y a une espèce de continuum, comme je le disais tout à l'heure, entre le fait d'être en bonne santé et le fait d'être malade, continuum entre ce qui est du ressort de l'humain, le propre de l'homme recule au fur et à mesure. Chaque année arrive une étude menée par des éthologues, on croyait que le rire était le propre de l'homme, on croyait que non, chaque fois c'est démenti, que les émotions c'était le propre de l'homme. Non, il y a un continuum entre l'humain et l'animal, il y a un continuum entre l'organique et le numérique, Quand on regarde du côté des artistes, moi je regarde beaucoup aussi ce qui se passe au niveau de l'art, il y a de plus en plus d'artistes qui s'emparent du biologique pour créer des choses absolument incroyables. Il y a ce performeur australien, Stellars, qui s'est greffé une oreille connectée dans l'avant-bras avec un système GPS, et voilà, il est équipé. Il y a une femme aussi qui crée des sculptures absolument magnifiques à partir de cultures biologiques. Donc là, on est vraiment dans l'hybridation totale entre l'artistique, le biologique, le numérique. Tout ça s'hybride. Il faut regarder ça parce que ça, ça nous inspire pour ce qu'il faudrait faire pour inventer un futur. Un futur positif et en tout cas vivable, le plus harmonieusement possible. Déjà Albert Camus. Albert Camus disait au cœur de ma révolte dormait un consentement C'est-à-dire que les réseaux sociaux aujourd'hui nous opposent. Tout est fait parce qu'il y a cette culture du clash, parce que ça fait de l'audience. Donc, si t'es woke, alors moi je suis anti-woke. Si t'es… voilà, il y a toujours le… on essaie de… Mais ça c'est complètement artificiel, ça n'est pas l'humanité ça. Moi, ce que je remarque, c'est que les choses intéressantes aujourd'hui se passent à la lisière, se passent dans l'hybridation, dans justement ces espaces tissés entre, dans les interactions. Au niveau scientifique, les grandes innovations aujourd'hui, elles naissent de l'interdisciplinarité. C'est là où, quand on rencontre un animal sauvage dans un bois, à la lisière toujours, du bois et de notre monde, il y a quelque chose qui se passe. C'est beaucoup plus que simplement Ah, j'ai vu un chevreuil ! Il y a une rencontre qui se fait, il y a quelque chose qui dépasse. C'est émouvant, vous voyez, j'en ai presque les larmes là. C'est un truc qui est... C'est la vie. Et la vie aujourd'hui se passe dans ces interstices, dans ces choses qui nous permettent de tisser un lien à l'autre. n'ont pas d'opposé. Et si on regarde bien, c'est l'histoire de l'humanité. L'humanité aujourd'hui, on a été, il y a des milliards, des millions d'années, pas des milliards d'ailleurs, des millions, une espèce en voie d'extinction, avec notre gros crâne qui n'arrivait pas à sortir, une mortalité infantile énorme, on était très peu nombreux, finalement on va être 8 milliards bientôt. Pourquoi on est arrivé là ? On nous a fait croire la croissance à tout va, la compétition, le fait qu'il faut être meilleur que l'autre pour survivre, le darwinisme. Ça, c'est juste deux siècles qu'on nous fait croire ça. Mais bien avant et depuis la nuit des temps, depuis que l'homme est l'homme, c'est la coopération, c'est la collaboration entre les humains, c'est ce que, quand on rencontre quelque chose d'autre, comment on arrive ? On est deux là, Marie, je suis. tu es, mais il y a quelque chose de trois qui arrive, c'est notre relation. C'est dans cet intervalle que se crée le futur en fait, parce que la réalité, ce n'est pas quelque chose qu'on voit vraiment. Moi j'ai ma représentation de l'extérieur, tu as ta représentation de l'extérieur, qui est à l'aune de ton intériorité et moi à l'aune de la mienne, et ce qu'on partage. C'est quelque chose d'autre qu'on donne au monde. Donc c'est là-dedans, c'est dans ce métissage, dans ces interstices où va se créer de l'altérité, qu'on va trouver les solutions pour demain. Voilà.
- Speaker #1
C'est très fort et très riche tout ce que tu viens de nous raconter. Et du coup, ça me fait penser justement à... Ça va bien avec ma transition qui allait vers les technosciences en santé. Tu parles justement de ce tissage, tu parles de cette hybridation, de ce lien. Tu as mentionné aussi des démonstrations d'art qui hybrident ces univers. Si on parle des technosciences, on a justement consacré une partie de ce baromètre aux technosciences en santé. On entend par cela tout ce qui tourne autour des biotech, du transhumanisme ou bien encore de l'intelligence artificielle. Aujourd'hui, évidemment, on est au devant de la scène. Qu'est-ce qui t'a marqué sur ces tendances ?
- Speaker #2
Alors ce qui est intéressant, c'est que c'est là aujourd'hui. Et d'ailleurs, ce n'est pas inintéressant de voir que c'est ChatGPT. C'est donc le langage. qui a vulgarisé au maximum ce qu'il y a. Quelque part, ça fait longtemps que ça existe, et ça fait longtemps qu'il y a des applications en santé très importantes, notamment en radiologie. Là, on est vraiment à l'aube d'une révolution sur la détection précoce des tumeurs, de tout un tas de dysfonctionnements du corps. Donc ça, c'est quand même une très bonne nouvelle. Donc ça, c'est formidable, mais ce n'était pas grand public. Et aujourd'hui, ce qui a vulgarisé tout ça, et qui finalement... va rapprocher peut-être les gens et va rassurer aussi. C'est que les gens vont manipuler, vont expérimenter. Et ça se passe autour du langage. Et le langage, c'est justement la zone critique d'échange entre nous, les mots d'un individu à l'autre. C'est les mots qu'on échange qui font qu'on va créer quelque chose. Ça, c'est très humain. Donc l'IA quelque part, ces technosciences sont évidemment une très bonne nouvelle, mais... Aujourd'hui, il y a quand même des risques, des risques énormes pour notre humanité. D'abord parce qu'elles sont concentrées dans des entreprises qui ont des monopoles et qui sont aussi puissantes que des États. des entreprises. Alors, c'est aussi intéressant, il y a le concept d'hybridation. Si on regarde OpenAI, Sam Altman a été viré parce que lui défendait l'idée d'une... Après, il est revenu. Donc, justement, on est bien dans l'hybridation entre... Oui, toutes ces technologies sont au moins de gens ultra-puissants qui veulent faire beaucoup d'argent avec parce qu'on est dans un système néolibéral extrêmement... accros à l'argent, au pouvoir, à la puissance, etc. Mais ce type-là a dit, mais il faut que ce soit ouvert à tous, il faut que ce soit un open source, il faut... Et il y a des entreprises aujourd'hui qui sont là-dedans, c'est-à-dire, oui, il faut gagner de l'argent, l'entreprise a besoin d'argent pour se renouveler, payer ses salariés, payer la recherche, etc. Mais... Il est hors de question de faire quelque chose qui aille contre l'intérêt général, l'intérêt de l'humanité. On va essayer d'apporter notre pierre. Donc cette hybridation, elle est là encore. C'est-à-dire que si on ne fait pas ça, si les entreprises ne vont pas vers des systèmes comme ça, on va avoir de grosses déconvenues avec ces technosciences. Parce qu'on peut tout imaginer, évidemment. Ça devient tellement puissant. On peut faire de la biosurveillance pour le bien-être de tous. mais aussi peut-être, ça dépend de l'intention qu'on met derrière toutes ces technologies. La technologie, elle est à notre service, c'est pour ça qu'il faut l'accompagner par de l'éthique, de la philosophie, de la sociologie, pour faire en sorte qu'elle reste bien dans le cadre de l'intérêt commun et pas de l'intérêt de quelques-uns. Et quant à la singularité, l'université, le principe de singularité, qui finalement... Le fondateur de l'université de la singularité dans la Silicon Valley, ils sont quelques-uns, c'est quelques hommes ultra puissants qui ont été ultra précurseurs, très intelligents, qui ont découvert tout ça. Mais à un moment, ils ont tout, ils ont l'argent, ils ont le pouvoir. Qu'est-ce qu'ils n'ont pas ? Ils n'ont pas la vie éternelle. Et ils travaillent autour de ça. Pour notre, j'espère à un moment, pour notre bien-être à tous, parce que finalement ils investissent beaucoup d'argent dans comment faire qu'on reste finalement en meilleure santé le plus longtemps possible. Donc ça, ça peut être un bénéfice pour chacun d'entre nous. Mais l'idée d'arriver à l'immortalité, l'idée d'arriver à cette singularité qui est appelée de leur vœu, c'est donc à un moment où l'IA va devenir presque autonome et va… Travailler toute seule, finalement, sans aucune gouvernance, sans aucun impact, elle est censée rester à notre service, mais enfin, on ne sait pas trop. Là, c'est des gars qui sont tellement technophiles et complètement convaincus que la technologie est l'avenir de tout. C'est ça qui n'est sans doute pas suffisamment équilibré pour que ce soit garanti de santé pour le bien-être de tous. Voilà, donc attention.
- Speaker #1
Pour terminer, on a abordé ces tendances qu'on suit depuis quelques années. En quoi justement le suivi de ces tendances te paraît important ? Mieux aborder ce secteur,
- Speaker #2
la santé de demain ? Disons que je n'aurais pas travaillé sur ces aspects, je pense que je ne serais pas en train de te raconter tout ça, que c'est venu par des lectures, mais aussi par… ce baromètre m'a permis de me tisser une grille de lecture de ce qui se passe, sur n'importe quel sujet finalement, puisque la santé est un projet politique pour moi. La santé…
- Speaker #0
devrait être le fil rouge. d'un projet politique, parce que la santé c'est l'équilibre du vivant, c'est l'équilibre des gens entre eux, ça fait sens, et l'idée de préserver ça comme un trésor finalement, ça donne la pêche, ça donne envie, ça donne aussi l'idée de muscler son intériorité pour finalement découvrir que chaque jour est une nouvelle aventure vers cette... Belle santé du monde, voilà, ça c'est un projet, je trouve, politique.
- Speaker #1
intéressant qui moi me fait rêver en tout cas et sur lequel j'ai envie de continuer ma route à vache justement j'en ai là tu t'apprêtes du coup à apprendre ta retraite de bva de bva excite de la position directrice de ce département santé une retraite très active justement en quoi je pousse ton expérience dans ce secteur va impacter la suite de ton parcours la vie de demain
- Speaker #0
Je reste, comme au premier jour, quand j'ai fait mes études d'agro, passionnée par le vivant. Alors j'ai effectivement fait ce baromètre et écouté tous ces patients, tous ces soignants, pendant de très très nombreuses années. Ça m'a permis de me porger des convictions sur cette idée d'hybridation, de métissage, d'altérité où se nichent les solutions pour demain. Et puis dans ce métissage, j'ai ma rencontre avec les chevaux. Donc j'ai fait une formation d'équicoach cette année justement pour essayer de transmettre aux gens ce que les chevaux m'ont apporté à moi. C'est ça. Ils m'ont permis d'accueillir mes émotions, ils m'ont permis de détecter mes besoins, ils m'ont permis de muscler ma colonne vertébrale, mon intériorité, dans cet échange avec... Une autre espèce vivante, extrêmement bienveillante, un être céleste. Les chevaux sont des êtres célestes, capteurs d'émotions à un degré infinitésimal. On ne les trahit pas, on ne les trompe pas. Ils vous décodent dans le plus profond de ce que vous êtes immédiatement, à la seconde même. Ils sont dans l'ici et maintenant et ils donnent, quand on sait écouter leur message, des mots. tes guides pour la vie, pour être plus fort, pour être meilleur, et cultiver le bonheur.
- Speaker #1
Je t'en souhaite beaucoup, du coup, dans ta nouvelle vie.
- Speaker #0
Merci Marie.
- Speaker #1
Et merci beaucoup Odile.