Speaker #1Sans handicap, serais-je la même ? Et si la vraie réponse n'était pas celle que vous imaginez ? Si demain matin, je me réveillais sans spina bifida, serais-je la même ? Est-ce que je serais toujours la vraie Nathalie ? Cette question, je me la suis posée plus d'une fois. Et pendant longtemps, j'ai cru que la réponse était évidente. Aujourd'hui, je pense exactement le contraire. Parce que cette question ne parle pas seulement de mon handicap, elle parle de ce qui construit un être humain. Et finalement, elle nous concerne tous, non ? Hello à toi et bienvenue sur Déconstruire Ensemble, le podcast qui explose les clichés sur le handicap. Je suis Nathalie Gênes, auteure de Ma Revanche sur la Vie et créatrice de ce média. Je suis née avec un spina bifida, une hydrocéphalie valvée. J'ai subi deux amputations, deux orteils puis une amputation transtibiale. Je me déplace principalement avec des béquilles et selon les situations. En fauteuil roulant. Mais ici, le handicap n'est jamais une finalité. Il est un point de départ. À travers mon histoire, mon objectif est d'ouvrir une réflexion beaucoup plus large sur notre société, nos croyances, nos peurs, nos certitudes et sur la manière dont nous regardons les autres. Alors aujourd'hui, déconstruisons ensemble une idée reçue. Le cliché est simple. Le handicap définit une personne. On ne le dit pas toujours aussi franchement, mais il est partout. Quand une personne est handicapée, on pense souvent que tout ce qu'elle est découle de son handicap, comme si celui-ci résumait toute son identité, comme si le reste devenait secondaire. Et pourtant, est-ce qu'une personne est seulement son corps ou est-elle aussi tout ce qu'elle a vécu ? La réalité cachée. Je vais vous dire quelque chose qui peut sembler contradictoire. Je ne suis pas mon handicap, mais je ne serais probablement pas devenue cette Nathalie sans lui. Attention, je ne suis pas en train de dire que le handicap est une chance, non. Je refuse cette idée. Les douleurs ne sont pas une chance. Les opérations ne sont pas une chance, les discriminations ne sont pas une chance. En revanche, toutes les expériences importantes de notre vie participent à construire notre identité. Le handicap en fait partie, comme un deuil, comme une séparation, comme une maladie, comme une migration, comme une enfance difficile. La vraie question n'est donc plus « Le handicap me définit-il ? » La vraie question devient « Comment une expérience de vie transforme-t-elle une personne ? » Pourquoi donc pensons-nous comme ça ? Notre cerveau adore les raccourcis. Quand il voit une personne avec un fauteuil roulant, des béquilles ou une prothèse, il pense avoir compris cette personne. Mais notre cerveau confond souvent ce qui est visible avec ce qui est essentiel. Or, notre identité ne se résume jamais à ce qui se voit. Elle se construit au fil des années, à travers nos expériences, nos réussites, nos peurs. nos échecs, mais aussi nos rencontres, nos choix. Autrement dit, nous sommes tous le résultat de notre histoire. Mon histoire, je ne me connais pas sans handicap, je suis née avec, je n'ai donc jamais pu comparer. Très tôt, j'ai compris que certaines choses me demanderaient davantage d'organisation, davantage d'efforts, davantage d'imagination. Je ne le vivais pas comme une leçon de vie, je voulais simplement vivre, jouer, grandir comme les autres. Faire ma place. Avec le recul, je comprends que je développais déjà une manière particulière de regarder le monde. Lorsqu'un obstacle apparaissait, je cherchais presque automatiquement un autre chemin. Non pas parce que j'étais exceptionnelle, parce que je n'avais pas d'autre choix en fait. Et cette façon de réfléchir m'accompagne encore aujourd'hui. Plus tard, il y a eu des interventions chirurgicales, il y a eu des décisions difficiles à prendre, notamment celle de mon amputation transtibiale. Cette décision n'a pas été prise parce que j'abandonnais. Elle a été prise parce que je voulais continuer à vivre. J'ai compris ce jour-là que reprendre le contrôle de sa vie ne consiste pas toujours à choisir entre le bien et le mal. Parfois il faut simplement choisir la solution qui nous permettra de continuer à avancer. Ce que cette histoire m'a appris pendant longtemps, je pensais que le plus difficile dans le handicap était le handicap lui-même. Aujourd'hui je crois que ce qui est souvent le plus difficile, c'est le regard que la société pose sur lui. parce qu'il influence parfois la manière dont nous nous regardons nous-mêmes. Et pourtant, nous avons tous le pouvoir de décider ce que nous faisons de ces regards. Regardons les choses autrement. Revenons à la question du début. Si demain je me réveillais sans handicap, serais-je la même ? Je crois que mon corps serait différent, mon quotidien serait différent, mais je ne crois pas que 50 années d'expérience disparaîtraient. On n'efface pas une vie, on n'efface pas les rencontres, les combats, les épreuves, les valeurs qu'elles ont forgées. Je resterai Nathalie, mais je ne serai probablement pas devenue cette Nathalie-là. Et cette nuance change tout, parce qu'elle nous rappelle une chose essentielle. Nous ne sommes pas uniquement définis par ce qui nous arrive, nous sommes aussi définis par la manière dont nous répondons à ce qui nous arrive. Alors, je ne sais pas qui j'aurais été sans handicap. Et finalement, personne ne connaît la personne qu'il serait devenue si sa vie avait été différente. En revanche, je sais qui je suis aujourd'hui. Une femme qui a appris à regarder autrement. Une femme qui refuse que le handicap résume une existence. Une femme qui croit. qu'en comprenant mieux les mécanismes qui façonnent nos regards, nous pouvons construire une société plus juste. Et c'est précisément la mission de déconstruire ensemble. Non pas vous dire quoi penser, mais vous inviter à regarder les choses autrement. J'aimerais terminer par une question. Sans parler de handicap. Quelle est l'épreuve qui a le plus transformé la personne que vous êtes aujourd'hui ? Prenez quelques instants pour y réfléchir. Et si vous en avez envie, racontez-le-moi en commentaire. Parce qu'au fond, déconstruire ensemble n'existe pas seulement pour raconter mon histoire. Il existe ! pour que nos histoires nous permettent de mieux comprendre l'humain. Si cet épisode vous a fait voir les choses sous un angle différent, abonnez-vous ! partagez-le à une personne qui pourrait faire réfléchir et retrouvons-nous très bientôt pour déconstruire ensemble une nouvelle idée reçue. La question de cet épisode, et si la vraie question n'était pas « Sans handicap serais-je la même ? » Et si la vraie question était « Sommes-nous le résultat de notre corps ? » ou « De tout ce que nous avons traversé ? » Parce qu'au fond, ce n'est pas une question qui concerne. Uniquement le handicap. Un deuil nous transforme. Une séparation nous transforme. La naissance d'un enfant nous transforme. Une maladie nous transforme. Une migration nous transforme. Le chômage nous transforme. L'amour nous transforme. Toutes ces expériences laisse une empreinte. Alors pourquoi le handicap échapperait-il à cette règle ? Peut-être que la vraie question n'est pas de savoir si le handicap me définit. Peut-être que la vraie question est quelles sont les expériences qui ont fait de moi la personne que je suis aujourd'hui. Et cette question, je crois que chacun d'entre nous peut se la poser. Merci d'avoir écouté cet épisode de Déconstruire Ensemble. Et surtout...