- Speaker #0
Avant de commencer, je vais vous parler de quelque chose. Et si votre prochain client ne passait plus par Google ? Ce scénario, vous le savez, il est déjà en marche. Le 15 septembre prochain, je vous propose que l'on explore le sujet afin de voir comment votre entreprise est visible dans ChatGPT. Rendez-vous le 15 septembre prochain à Nantes. Ça vous intéresse ? Vous voulez participer ? Contactez-moi via LinkedIn et je vous en dis plus. A présent, place à DeepMedia ! Bienvenue dans DeepMedia, le podcast qui décrypte les médias à l'ère du numérique. Je suis Julien Bougeot, consultant en social media, IA générative et formateur depuis plusieurs années. Mais avant tout, je suis un passionné et curieux de l'univers médiatique depuis plus de 15 ans. Cet été, à l'occasion de la fin de la saison 2 de DeepMedia, je vous propose une série de masterclass qui va recouper l'ensemble des 12 professionnels qui se sont déjà succédés au micro. Fort de leurs réflexions, nous allons explorer 9 grandes questions qui agitent le monde des médias de demain. Ces épisodes sont produits à l'aide de la fonctionnalité Réal. résumé audio de Notebook LM. Je vous retrouve à la fin de cet épisode pour synthétiser ces échanges. Une fois encore, merci aux invités et je passe la parole à mes deux co-AI, l'imateur. Bonne écoute.
- Speaker #1
Imaginons un instant avoir un assistant personnel, mais genre incroyablement efficace.
- Speaker #2
Ouais, le genre de truc qui fait tout à ta place.
- Speaker #1
C'est ça. En fait, il va faire les courses au supermarché, il parcourt les rayons, il choisit vraiment les meilleurs produits.
- Speaker #2
Il les ramène à la maison.
- Speaker #1
Exactement. Sauf que, avant de les ranger dans les placards, il arrache minutieusement absolument toutes les étiquettes des marques.
- Speaker #2
Ah ouais, d'accord. Donc tu ne sais plus du tout ce que tu manges en fait.
- Speaker #1
Voilà. Le besoin est satisfait, le frigo est plein, mais le producteur original, celui qui a cultivé, emballé et transporté le truc...
- Speaker #2
Il disparaît.
- Speaker #1
Totalement. Il devient complètement invisible. Et bien, cette invisibilité, c'est très précisément ce que l'intelligence artificielle... génératif est en train d'infliger à l'industrie des médias en ce moment.
- Speaker #2
C'est une excellente analogie. Ça illustre vraiment bien la rupture technologique qu'on est en train de vivre. Parce que jusqu'ici, le contrat à site d'Internet, ça a toujours été super simple.
- Speaker #1
Un échange de bons procédés, quoi.
- Speaker #2
C'est ça. Le média fournit une info et en retour, le moteur de recherche lui envoie du trafic. Et ce trafic, il est monétisé avec de la pub.
- Speaker #1
Le fameux modèle de l'attention.
- Speaker #2
Exactement. Sauf que les grands modèles de langage, l'IA générative, ils brisent ce contrat. Ils agissent exactement comme ton assistant là.
- Speaker #1
Ils prennent tout sans rien donner en retour.
- Speaker #2
Ils ingèrent l'information à la source, ce qu'on appelle le scrapping. Ils la synthétisent et ils te la servent sur un plateau d'argent, sans jamais t'en renvoyer vers le site d'origine.
- Speaker #1
Du coup, ça nous amène vraiment à la question centrale de notre exploration d'aujourd'hui. Si la matière première devient invisible et que le trafic s'effondre, est-ce que l'information peut encore financer le journalisme ?
- Speaker #2
C'est la question à un million. Ou plutôt à plusieurs milliards.
- Speaker #1
Ouais, c'est clair. Quel modèle économique a une chance de survivre à une mutation, enfin, une violence pareille ? Alors, pour décortiquer tout ça, notre analyse s'appuie sur une vraie mine d'or.
- Speaker #2
Ah, les fameuses interviews.
- Speaker #1
Exactement. C'est une série d'entretiens réalisés par le podcast Deep Media. Ils ont interrogé pas mal de professionnels en première ligne.
- Speaker #2
Ouais, de la presse écrite à l'audiovisuel public, en passant par les créateurs indépendants. C'est un matériel de base assez exceptionnel pour comprendre ce qui se passe.
- Speaker #1
Les cas pratiques qu'on va explorer aujourd'hui proviennent directement de ces entretiens de Deep Media.
- Speaker #2
C'est vraiment la source de tout ce qu'on va aborder.
- Speaker #1
Donc, un conseil pour tous ceux qui nous écoutent, allez écouter leurs épisodes originaux. C'est incontournable. Et abonnez-vous à leur flux pour ne manquer aucune de leurs enquêtes. Bon, on décortique tout ça ici.
- Speaker #2
Je suis prêt. Par où on commence ?
- Speaker #1
La première étape, avant même d'envisager de gagner de l'argent, c'est de comprendre la mécanique de la perte actuelle.
- Speaker #2
Ah oui. Ce que les experts appellent le zéro-clic.
- Speaker #1
Voilà. Et là-dessus, Annabelle Nikou ?
- Speaker #2
Ah oui, la consultante pour WANIFRA et expert chez IBM.
- Speaker #1
C'est ça. Elle lance un avertissement qui fait froid dans le dos pendant son interview. Elle dit en gros que les moteurs de recherche traditionnels, ceux qu'on connaît depuis 20 ans, ils sont en phase terminale.
- Speaker #2
C'est fort comme terme. Mais c'est vrai. En fait, l'internaute ne cherche plus à cliquer sur des liens bleus pour croiser des sources.
- Speaker #1
Non, on a la flemme, on veut juste une réponse.
- Speaker #2
Exactement. On exige une réponse immédiate, conversationnelle. Et ça, c'est des outils comme ChatGPT ou Perplexity qui nous la donnent.
- Speaker #1
Et la mécanique derrière ça, pour les éditeurs de presse, c'est redoutable. Historiquement, tout reposait sur le CPM, tu sais, le coût pour 1000 impressions.
- Speaker #2
Plus t'as de pages vues, plus tes bannières de pub te rapportent de l'argent.
- Speaker #1
Ouais, c'est mathématique. Or, Benoît Georges, qui est journaliste aux Echos, il confirme que cette chute du trafic SEO, donc le référencement naturel, c'est pas du tout passager.
- Speaker #2
C'est un changement structurel de comportement.
- Speaker #1
Totalement. Les lecteurs, ils veulent des synthèses toutes prêtes.
- Speaker #2
Et l'implication financière est brutale. Si ton modèle dépend d'un volume massif de clics gratuits, ben en fait, t'es déjà mort.
- Speaker #1
Parce que l'IA fait ça mieux et plus vite.
- Speaker #2
C'est ça. L'IA a transformé l'info factuelle de base en une sorte de commodité sans valeur marchande. Du coup, la seule stratégie viable pour un média privé, c'est d'abandonner cette course aux clics.
- Speaker #1
Pour se concentrer sur quoi alors ?
- Speaker #2
Sur la monétisation de la rareté.
- Speaker #1
Et de la confiance. Ce qui nous mène tout droit à la stratégie du bouclier.
- Speaker #2
Le fameux mur payant, l'abonnement.
- Speaker #1
Exactement, faire payer le lecteur final. Parce que si l'IA Excel a résumé ce qui existe déjà, la valeur se déplace vers ce que l'IA ne peut pas faire.
- Speaker #2
Découvrir ce qui est caché, l'investigation.
- Speaker #1
Mathilde de Bronchi, qui s'occupe de la stratégie de l'humanité sur les réseaux, elle décrit un truc fascinant à ce sujet. Elle explique que l'enquête pure, ça déclenche des abonnements de manière quasi mathématique.
- Speaker #2
Ah, c'est intéressant. Les données prouvent ça ?
- Speaker #1
Complètement. Elle cite des cas hyper précis dans son interview. Par exemple, leur révélation sur le réseau Nemesis ou l'enquête sur le milliardaire Pierre-Edouard Sterrin.
- Speaker #2
Juste pour préciser par rapport à ceux qui nous écoutent.
- Speaker #1
Oui, bien sûr, on ne prend aucun parti sur le fond de ces affaires politiques ou de société. On est d'accord.
- Speaker #2
Absolument. L'idée, c'est d'observer la mécanique de manière totalement neutre.
- Speaker #1
Exactement. Et la mécanique, c'est l'exclusivité. Les lecteurs, ils ne sortent pas leur carte bleue pour une dépêche AFP qu'ils trouvent partout.
- Speaker #2
Non, ils payent pour soutenir un travail de vérification long, complexe et exclusif. Du contenu humain, en fait.
- Speaker #1
Et Benoît-Georges Desepaux, il a une logique similaire, mais plus tech.
- Speaker #2
Ah oui ? Face au rouleau compresseur de l'IA, leur réponse, c'est pas de fuir.
- Speaker #1
Au contraire. C'est de l'enfermer dans un écosystème monétisable. Ils bossent sur des moteurs de recherche internes dopés à l'IA.
- Speaker #2
Mais du coup, quelle est la différence avec un chat GPT classique LLM ?
- Speaker #1
La grosse différence, c'est que leur modèle ne cherche ses réponses que dans les archives vérifiées du journal.
- Speaker #2
D'accord. Ce qu'on appelle le RAG en ingénierie.
- Speaker #1
Voilà, la génération augmentée par la recherche. Le modèle ne peut pas halluciner de faux faits puisqu'il est bridé sur une base de données de journalistes pros.
- Speaker #2
Et cette garantie de vérité, c'est le service premium réservé aux abonnés.
- Speaker #1
C'est ça. Mais là, et c'est là que ça devient vraiment vertigineux, ça pose un énorme problème éthique.
- Speaker #2
Ah, le risque d'une information est de vitesse ?
- Speaker #1
Très lucide. Si la presse privée se sauve avec des murs payants ultra qualitatifs, le paysage se fracture.
- Speaker #2
Ouais, on aurait une bulle de vérité pour ceux qui peuvent lâcher 20 balles par mois.
- Speaker #1
Et pour le reste de la population, un brouillard de synthèse généré par des IA gratuites, souvent alimentées par des trucs pas très clairs.
- Speaker #2
C'est un défi démocratique abyssal. Surtout pour le service public.
- Speaker #1
Justement, comment fait l'audiovisuel public ? Eux, ils ont l'obligation légale d'informer tout le monde gratuitement.
- Speaker #2
Ils ne peuvent pas mettre de paywall, donc ils sont obligés de trouver des modèles hybrides.
- Speaker #1
Sandrine Rouston, la directrice générale du pôle contenu à la RTBF en Belgique, elle détaille un équilibre financier assez dingue.
- Speaker #2
Ah oui, ça marche comment du coup ?
- Speaker #1
Ils ont l'argent au public, évidemment, mais ils le complètent avec un plafond publicitaire strict à maximum 25% et surtout du mécénat.
- Speaker #2
Du mécénat pour une chaîne publique.
- Speaker #1
Oui. Et ce qui attire ces financements, c'est paradoxalement leur statut public. Les annonceurs, ils cherchent la brand safety.
- Speaker #2
L'espace sécurisé, sans toxicité.
- Speaker #1
Voilà. Ils veulent s'associer à des valeurs de diversité, de durabilité, loin des dérapages algorithmiques.
- Speaker #2
Mais le financement, ça ne suffit pas. Il faut que les gens regardent.
- Speaker #1
C'est là qu'intervient ce qu'elle appelle la stratégie de l'octopus.
- Speaker #2
L'octopus, la pieuvre.
- Speaker #1
Exactement. C'est une méthode pour contrer la fragmentation. Contrairement à Netflix qui vend de l'attention par l'algorithme, le service public vend de la proximité.
- Speaker #2
Donc on prend un sujet et on fait des tentacules un peu partout.
- Speaker #1
T'as tout compris. Elle donne l'exemple de la danse.
- Speaker #2
Ah oui, la danse c'est fort chez les jeunes.
- Speaker #1
Grave. Donc la RTBF, ils font pas juste une émission télé. Ils font le tentacule 1, le grand show familial à la télé. Le tentacule 2, des tutos de chorégraphie hyper courts pour les réseaux.
- Speaker #2
Ah malin.
- Speaker #1
Et le tentacule 3, des documentaires... pointue pour les plateformes à la demande.
- Speaker #2
Benoît Georges y appelle ça les contenus liquides, non ?
- Speaker #1
Ouais, c'est une super métaphore. L'info, c'est comme de l'eau. Tu la verses dans un verre à moutarde ou une coupe de champagne, elle prend la forme du récipient.
- Speaker #2
La télé TikTok, un article.
- Speaker #1
Mais la qualité de l'eau, son exigence éditoriale, ça bouge pas.
- Speaker #2
Sauf que, pour survivre sur les plateformes comme TikTok, faut maîtriser les algorithmes.
- Speaker #1
Ouais, et ça, Mélissa Hébert de Télé-Québec, elle en parle bien. C'est un vrai travail d'équilibriste.
- Speaker #2
Il faut jouer le jeu des mots-clés, des formats verticaux pour être vu par les jeunes.
- Speaker #1
Mais sans tomber dans ce qu'elle appelle les pièges à dopamine.
- Speaker #2
Ouais, les trucs qui rendent accro, mais qui vident le cerveau.
- Speaker #1
C'est ça, infiltrer les fils d'actualité, mais en gardant une fonction d'élévation intellectuelle. C'est chaud.
- Speaker #2
Et puis même en déclinant super bien un format, ça ne garantit pas que les gens vont s'engager.
- Speaker #1
C'est clair. Parce que ce que les algorithmes aiment par-dessus tout, c'est paradoxal, mais c'est l'humain.
- Speaker #2
L'hyperhumanisation, les logos institutionnels, ça ne marche plus trop.
- Speaker #1
Non. Et c'est ce qui nous amène à l'économie de la niche et de l'incarnation. Axel Bossard, par exemple.
- Speaker #2
Le journaliste de Radio France qui est aussi sur Twitch sous le pseudo Tassio, c'est ça ?
- Speaker #1
Exactement. Lui, il explique que sur Twitch, le rôle du journaliste mute complètement.
- Speaker #2
Il fait quoi du coup ?
- Speaker #1
Il devient modérateur, chef d'orchestre. Il gère la conversation en direct.
- Speaker #2
Ah oui, c'est une connivence très directe avec le public.
- Speaker #1
Et ça génère une rétention que la télé rêve d'avoir. Et plus la niche est petite, plus ça marche.
- Speaker #2
Charles Bertuni, le journaliste scientifique, confirme ça aussi, je crois.
- Speaker #1
Ouais, la microspécialisation. Que ce soit l'espace, la biologie ou même les trains.
- Speaker #2
Les trains,
- Speaker #1
hein ? Ouais, il donne l'exemple de la chaîne YouTube Aiguillage. C'est dédié uniquement à la passion des trains.
- Speaker #2
Et ça fait des vues, ça ?
- Speaker #1
Massivement. Parce que l'algorithme adore ça. Les passionnés regardent des vidéos... hyper longues. Et le watch time, la durée de visionnage, c'est le graal de la monétisation.
- Speaker #2
C'est dingue. Et les médias traditionnels, ils s'adaptent à ça ?
- Speaker #1
Totalement. Loulina Fuber de West France, elle lâche un chiffre, attends, c'est vertigineux. Ils produisent 1500 contenus par jour.
- Speaker #2
1500 ?
- Speaker #1
Par jour.
- Speaker #2
Mais tu te noies là-dedans ?
- Speaker #1
C'est pour ça que la marque West France s'efface au profit du visage de leurs journalistes.
- Speaker #2
Ah, ils deviennent des ambassadeurs ?
- Speaker #1
Voilà. La confiance, elle va à un individu que tu ne reconnais pas à un logo. Mathilde Degros de l'Humanitel va même plus loin.
- Speaker #2
Elle hybride les formats, non ?
- Speaker #1
Ouais, ils ouvrent carrément leur studio à des créateurs de contenu indépendant pour co-animer des trucs sur Twitch.
- Speaker #2
Pour rajeunir l'audience, je suppose.
- Speaker #1
Oui, mais moi, il y a un truc qui me chiffonne. En fusionnant comme ça avec les influenceurs, est-ce qu'on risque pas de perdre son indépendance ?
- Speaker #2
Ah là, le risque des placements de produits ?
- Speaker #1
Ben oui ! Les créateurs vivent des marques. Charles Bergy a alerte à fond là-dessus. Les publis reportages non déclarés.
- Speaker #2
Surtout en vulgarisation scientifique, c'est hyper dangereux.
- Speaker #1
Quand la limite entre infos et contenus sponso s'efface, c'est la confiance qui crame. Donc la transparence, ça devient vraiment le meilleur argument de vente.
- Speaker #2
C'est clair. Bon, on a beaucoup parlé de comment gagner de l'argent ou de l'attention, mais il y a l'autre côté de la pièce.
- Speaker #1
Les économies.
- Speaker #2
Voilà. Si c'est dur de générer plus de revenus, la seule issue, c'est de réduire les coûts.
- Speaker #1
Et c'est là qu'il y a rentre en jeu en interne. Et attention. On ne parle pas du cliché du robot qui pond des articles qui a un mètre.
- Speaker #2
Non, ça c'est la version dystopique et bon marché.
- Speaker #1
Là, c'est dans les coulisses techniques. Alexandre Barlot de Radio France et Maxime Saint-Pierre de Radio Canada, ils l'expliquent super bien.
- Speaker #2
Ils utilisent l'IA pour traiter les archives, c'est ça ?
- Speaker #1
Oui, les archives et le direct. Le défi, c'est qu'ils ont des milliers d'heures de flux audio tous les jours. Un humain ne peut pas tout écouter.
- Speaker #2
Matériellement impossible.
- Speaker #1
Donc, ils utilisent des systèmes de transcription automatique basés sur l'IA. Pour tout analyser en temps réel sur 44 stations locales simultanément.
- Speaker #2
Attends, 44 stations en même temps ? Mais pour chercher quoi ?
- Speaker #1
Des signaux faibles. Par exemple, si une petite mobilisation citoyenne commence à être évoquée sur les antennes de trois régions différentes le même matin,
- Speaker #2
l'IA capte la corrélation sémantique.
- Speaker #1
Et bim, elle fait remonter l'info à la rédaction nationale.
- Speaker #2
C'est un radar éditorial géant en fait.
- Speaker #1
Ouais, ça ne remplace pas le journaliste, ça démultiplie sa capacité de veille, ça économise des centaines d'heures.
- Speaker #2
Et cette logique de rationalisation, ça marche aussi pour la vidéo. Sébastien Charbit de chez MediaOne et Troisième Oeil Story, il en parle pour la fiction et les documentaires.
- Speaker #1
Ouais, un enjeu énorme pour garder les audiences.
- Speaker #2
Et son postulat, il est super intéressant. L'idée, c'est pas de faire la même série avec moins d'argent.
- Speaker #1
C'est quoi alors ?
- Speaker #2
C'est de garder le même budget initial, mais d'utiliser l'IA pour l'analyse de scénarios, optimiser les tournages ou générer des effets visuels.
- Speaker #1
Pour que ça ait l'air beaucoup plus cher à l'écran.
- Speaker #2
Exactement ! Le but, c'est de permettre à la production européenne de rivaliser visuellement avec les super-productions américaines.
- Speaker #1
Sans avoir leurs budgets monumentaux, c'est malin. Mais niveau budget dérisoire, l'exemple ultime, ça reste le projet Akili.
- Speaker #2
Ah oui, Ambre Delcroix.
- Speaker #1
C'est fascinant ça.
- Speaker #2
C'est clair, c'est un outil d'IA de fact-checking spécifiquement pour l'Afrique francophone, contre la désinformation politique et sanitaire.
- Speaker #1
Et le budget est fou non ?
- Speaker #2
Fou, dans le sens minuscule. Entre 25 000 et 40 000 euros, financés par l'Organisation internationale de la francophonie. Comparé à la Silicon Valley, c'est l'épaisseur du trait.
- Speaker #1
C'est rien du tout. Et pourtant, ça marche. Parce qu'ils utilisent des modèles open source et une boucle avec des humains.
- Speaker #2
L'IA trie, mais quand elle bloque sur le contexte local, le journaliste humain prend le relais.
- Speaker #1
Voilà. L'agilité technologique bat les gros budgets si le besoin social est réel.
- Speaker #2
Bon, si on rassemble toutes ces pièces du puzzle, on voit vraiment le modèle de demain se dessiner.
- Speaker #1
Ouais, c'est un paradoxe hyper puissant.
- Speaker #2
D'un côté, t'as une technologie de pointe. complètement invisibles pour le public,
- Speaker #1
qui automatisent les tâches ingrates, réduisent les coûts, fouillent les datas.
- Speaker #2
Et de l'autre, tout le temps et l'argent gagné sont réinvestis dans la seule chose qui a de la valeur.
- Speaker #1
Le terrain, l'humain. Annabelle Nicou le résume d'ailleurs à la perfection. Elle dit en substance que la tech gère le flux, mais c'est l'empathie, notre besoin humain, qu'on nous raconte des histoires vraies. qui va sauver le métier.
- Speaker #2
C'est beau. L'automatisation du trivial valorise l'exceptionnel.
- Speaker #1
Exactement. Et ça me donne envie de clôturer avec une pensée un peu provocatrice.
- Speaker #2
Vas-y, je t'écoute.
- Speaker #1
Et si, en fin de compte, l'IA, qu'on voit comme le grand méchant loup, c'était ce qui allait sauver le journalisme ?
- Speaker #2
Ah, carrément !
- Speaker #1
En détruisant tout sur son passage ?
- Speaker #2
Ben ouais !
- Speaker #1
En rendant l'info factuelle, basique, la petite dépêche sans valeur, en la rendant gratuite et partout, l'IA détruit l'économie paresseuse du clic.
- Speaker #2
Le fameux piège de la quantité ?
- Speaker #1
C'est ça. Dos au mur, privés de cette rente, les médias n'ont plus le choix. Ils doivent revenir à l'essence de leur métier.
- Speaker #2
L'investigation longue, l'opinion, le terrain.
- Speaker #1
Les aspérités humaines, quoi. Le truc qu'a l'algorithme froid et statistique ne sera jamais synthétisé. En tuant le marché de la médiocrité, la tech rend l'excellence obligatoire pour survivre.
- Speaker #2
Vu sous cet angle, c'est presque réjouissant. Et ça confirme que la bascule vers la qualité exclusive, c'est vraiment la seule voie possible.
- Speaker #1
Les prochaines années vont être fascinantes à observer. Mais vraiment, une immersion dans l'intégralité des interviews de Deep Media, c'est juste indispensable pour comprendre toutes ces nuances.
- Speaker #2
C'est la base, ouais. Faut vraiment aller écouter ça.
- Speaker #1
Aller aux abonnés à leur podcast, ça garantit un accès privilégié à ces réflexions. Parce que si le numérique aujourd'hui ressemble à ce supermarché où l'IA cache les étiquettes...
- Speaker #2
L'avenir appartient aux chefs cuisiniers.
- Speaker #1
Exactement. Ceux qui prouveront que la qualité de leurs ingrédients justifie le prix du menu. Bref, merci à tous de nous avoir suivis. L'exploration de ces enjeux continuera lors d'une prochaine plongée au cœur de nos sources.
- Speaker #0
La question n'est peut-être plus de savoir si l'information peut financer le journalisme. La vraie question est de savoir si le journalisme produira encore une information suffisamment précieuse pour mériter d'être financée. Pendant 20 ans, l'économie des médias a reposé sur une promesse implicite. Produire de l'information attirait de l'audience, l'audience attirait la publicité et la publicité finançait les rédactions. Ce cycle est en train de se rompre. Les moteurs de recherche, les réseaux sociaux et désormais les intelligences artificielles répondent de plus en plus directement aux questions sans renvoyer vers les médias. Le clic disparaît et avec lui une partie du modèle économique historique. Mais cette crise cache aussi une opportunité. Car si tout le monde peut désormais produire un résumé de l'actualité en quelques secondes, alors la simple diffusion d'informations n'est plus un avantage. concurrentiel. En revanche, comprendre avant les autres, enquêter là où personne ne va, raconter avec sens, créer de la confiance et construire une relation durable avec une communauté, voilà ce qui devient rare. L'IA ne signe donc peut-être pas la fin du journalisme. Elle signe la fin d'un certain journalisme, celui qui vivait essentiellement de la vitesse, du volume et de la répétition. Les médias qui survivront seront sans doute ceux qui accepteront cette mutation, ceux qui utiliseront l'intelligence artificielle pour automatiser les tâches sans valeur, afin d'investir davantage dans ce qui ne s'automatise pas, le terrain, l'investigation, la vérification, l'analyse, la pédagogie et l'incarnation humaine. Au fond, l'information n'a jamais réellement financé le journalisme. Ce qu'il a financé, c'est la valeur que les citoyens, les lecteurs ou les annonceurs attribuaient au travail journalistique. Et cette valeur n'est pas en train de disparaître. Elle est simplement en train de devenir beaucoup plus exigeante. Le défi des prochaines années ne sera donc pas seulement économique. Il sera... éditorial, technologique et démocratique. Parce que dans un monde où chacun peut obtenir une réponse instantanée, le rôle du journaliste n'est plus seulement d'informer, il est de donner du sens, de garantir la fiabilité et d'apporter ce qu'aucune intelligence artificielle ne peut encore produire seule, une compréhension profondément humaine du réel. Vous écoutiez Deep Media, si cette masterclass vous a plu, Partagez-la et retrouvez-moi pour décrypter les mutations des médias, des plateformes et de l'intelligence artificielle chaque mardi et chaque samedi. N'hésitez pas à réagir à ce sujet en commentaire. DeepMedia, c'est également une newsletter mensuelle pour poursuivre l'exploration ainsi qu'un chatbot de veille IA et Média appelé IA Media Lab. Pour accéder gratuitement à ces deux outils, je vous mets les liens en commentaire d'épisode. Je vous donne rendez-vous mardi prochain pour une nouvelle masterclass de DeepMedia. En attendant, n'oubliez pas de vous abonner et de déposer les commentaires adéquats sur toutes les plateformes de podcast. A très bientôt !