Description
Cette semaine, j’ai l’immense privilège d’échanger avec Claudie Haigneré.
Médecin, chercheuse, première femme française et européenne à avoir voyagé dans l’espace (à deux reprises !), Ministre de la Recherche puis Ministre des Affaires Européennes, Claudie avance guidée par le désir de mettre sa connaissance, sa curiosité et son engagement au service du collectif.
A épisode exceptionnel, durée exceptionnelle.
Cet épisode est coupé en deux parties, tant il y avait à dire.
Après une première partie très personnelle où Claudie est revenu sur son parcours et son expérience exceptionnelle dans l'espace, nous nous attardons dans cette deuxième partie sur les bouleversements et les enjeux majeurs du spatial aujourd'hui.
Avant de préparer cet épisode, je n'avais pas conscience de la transformation brutale et profonde qui se jouait depuis quelques années dans l'Espace. Et a quel point cela impactait notre avenir.
Hier domaine institutionnel et coopératif, l'espace est devenu depuis quelques années le nouveau terrain de jeu de quelques puissances et géants privés.
- Aujourd'hui, des milliers de satellites sont envoyés par Starlink, avec la possibilité donnée à un acteur privé de choisir qui reçoit Internet.
- Les projets de data centers spatiaux promettent de repousser nos propres limites énergétiques et écologiques, faisant miroiter une humanité qu'aucune limite planétaire ne vient entraver.
- Le Traité de l'Espace de 1967 qui définissait l'espace comme un bien commun de l'humanité semble dater d’un autre monde.
Cette nouvelle ère de la conquête spatiale est menée tambour battant. Reste une question fondammentale : à quel prix et au service de qui ?
Le regard de Claudie Haigneré sur ces sujets est exceptionnel d'intelligence. Claudie nous rappelle qu'il est essentiel de :
- Préserver l’espace comme bien commun : derrière les milliers de satellites privés qui saturent l’orbite basse, Claudie rappelle la nécessité d’une régulation internationale ambitieuse, permettant de défendre le principe de zéro déchet en orbite, de garantir la neutralité et l’accès pour tous, d'imposer une responsabilité aux industriels et aux États.
- Refuser la fuite en avant technologique : l’envoi de data centers dans l’espace ou la multiplication des méga-constellations ne peut pas être un prétexte pour contourner les limites de la Terre.
Tout commence par le fait d'accepter et nommer la finitude de notre planète comme une donnée inamovible, non comme une prison mais comme une boussole. Il faut assumer ces limites et intégrer la lucidité et l’éthique à chacun de nos choix.
- Redonner du sens au projet européen : l’Europe porte une autre idée de l’espace : coopération scientifique, données ouvertes, priorité à la connaissance et à la compréhension, défense du multilatéralisme. Les missions spatiales européennes sont à la pointe sur le climat, la compréhension de l’univers, la modélisation des systèmes vivants. A nous de nous battre pour faire entendre la vision de l'Europe et faire de l'aventure spatiale européenne un élément fédérateur du projet Européen.
Cette discussion m’a passionnée. On aborde toutes ces questions avec une simplicité déconcertante et une conviction ancrée qu'on peut marier rigueur scientifique et éthique, progrès scientifiques et humanisme.
Extraordinaire !
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