- Speaker #0
Les escargots du Campette, c'est le titre de ce nouvel épisode de EB, podcast qui vous propose des récits, parfois historiques, parfois contemporains, situés entre Cosse et Cévennes, entre Sud-Aveyron et Lauser. Et c'est sur le Larzac que l'on se trouve, à la Blacquerorie pour être précis. C'est là qu'a été créé un élevage qu'on n'a pas vraiment l'habitude de voir par ici, un élevage d'escargots, un vieux rêve pour Franck Bideau, Né en Charente, au pays de la Cagouille, un rêve qui s'est concrétisé après de multiples expériences professionnelles.
- Speaker #1
J'ai fait beaucoup de choses différentes. Rien qu'en parlant d'études, j'ai commencé par un DUT commerce, j'ai travaillé dedans. Je vais passer tout ça parce qu'il y en a eu quand même pas mal aussi. Et après, je me suis reconverti dans l'environnement en BTS, gestion de protection de la nature. C'est un peu comme ça que j'ai connu le coin, Florac. Donc de là, je suis descendu souvent pêcher les rivières et j'ai trouvé un peu les coins, la tourbille, tout ça. Donc c'était magnifique. Et puis, dans l'environnement, ça a été compliqué de travailler. Donc au final, j'ai quand même pu travailler un petit peu, mais ce n'était pas l'idéal. Donc en fait, je me suis reconverti dans le manuel et là, j'ai fait un CAP des bénisteries d'art. Voilà ce qui m'a amené du coup à... a des bonnes compétences en matière de travail du bois et autres. Et du coup, de fil en aiguille, je suis arrivé à Millau, un peu sur un coup de tête. J'ai décidé de venir là avant de trouver un travail. Et de là, je suis parti, j'ai trouvé un travail. Et en fait, j'ai dérivé gentiment vers les corps artisanaux. Je me suis même à la fin monté en artisan. Donc, je faisais beaucoup d'ossature bois, restauration d'appartements.
- Speaker #0
Pourquoi en particulier ce coin ? Pourquoi avoir choisi
- Speaker #1
Millau ? Millau, parce qu'il y avait ce paysage déjà autour qui m'a toujours attiré. Les gorges, les gorges du Tarn, de la Dourbie, de la Jonte, tout ça. Moi, je suis passionné de pêche. Donc, c'est un peu pour ça que je suis venu là. Et puis, c'était plutôt bien placé. Et la taille de la ville aussi. qui me convenait parce que je ne voulais pas quelque chose de trop gros, mais je voulais quand même de l'activité. Donc voilà.
- Speaker #0
Cette activité artisanale, elle va durer, mais un certain temps, puisque ça ne va pas durer finalement.
- Speaker #1
Ça dure un peu, ça a duré quand même un moment, plusieurs années. Mais en fait, ce qui m'a arrêté, c'est les problèmes physiques. Donc là, j'ai été un petit peu obligé de lever le pied, de réfléchir autrement. Et puis, ce qu'il faut dire, c'est que quand je suis arrivé à Millau, en fait, assez rapidement, je pensais justement à créer un petit élevage. Donc, ça a mûri, mûri pendant des années jusqu'à ce que je me dise les escargots. Et puis, j'ai maturé le projet, fait des stages, me suis renseigné. Et au final, en trouvant le terrain ici, on a dit qu'on se lançait et puis c'était parti.
- Speaker #0
Alors, les escargots, il faut quand même expliquer une chose, c'est que tu es né en Charente, c'est le fameux pays de la cagouille.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
C'était une passion d'enfant. Oui,
- Speaker #1
oui, ça c'est sûr, c'est des souvenirs d'enfance, où justement, très jeune, c'était un petit peu la sortie nocturne, la seule sortie nocturne. Donc on partait avec mon père, avec les lampes torches où il fallait taper le cul, et puis on allait faire les fossés quand il pleuvait. Et à l'époque, on a ramassé... En pagaille, quoi.
- Speaker #0
Et c'était une passion, finalement, qui est née en même temps que toi. Ouais,
- Speaker #1
ouais, ouais.
- Speaker #0
Tu te baignais là-dedans.
- Speaker #1
Oui, oui, c'est sûr. Et puis même, chez ma grand-mère, il y avait toujours les cages. Dès qu'elle en trouvait, elle les mettait dedans, elle les nourrissait. Enfin bon, c'est un petit truc que j'ai toujours eu dans la tête. J'ai toujours vu ça, quoi.
- Speaker #0
Oui, mais entre être passionné, aller ramasser l'escargot comme ça la nuit avec la lampe torche... Et puis monter une véritable exploitation, il y a quand même un monde.
- Speaker #1
Oui, c'est sûr qu'il y a un monde. Alors, c'est sûr que ça ne se fait pas tout seul. Mais bon, voilà, par rapport à mon parcours, ce qui est bien, c'est que justement, j'ai l'aspect bricolage qui est hyper important. Après, au niveau commercial aussi, c'est important parce qu'il faut savoir gérer ça aussi. C'est même la base. Et du coup, c'est un petit peu la somme de toutes les compétences que j'ai acquis avant. Et du coup, je suis assez content de ce que je fais maintenant.
- Speaker #0
C'est passé comment justement la création de l'exploitation ? Donc déjà il faut trouver le terrain.
- Speaker #1
Oui, alors le terrain ça a été compliqué parce que c'est vrai qu'au départ on n'a pas pensé tout de suite au Larzac. Moi-même je l'avais éliminé d'entrée de jeu parce que... Niveau climat, je me disais que ce ne serait peut-être pas adapté. Je pensais plutôt être dans une vallée pour l'humidité et tout ça. Et au final, quand j'ai vu ce terrain que je me suis projeté, j'ai vu la petite doline en bas, qu'il y avait de la terre, qu'il y avait la place qu'il fallait, que ce serait possible. Donc en fait, franchement, avant de commencer, je n'étais pas sûr que ça allait vraiment prendre au niveau de l'élevage déjà. Je me disais, j'ai quand même des doutes. Mais en fait, rapidement, je me suis mis en confiance parce que j'ai vu que les herbes poussaient bien, que le parc était beau et qu'il y avait quelque chose à faire.
- Speaker #0
C'est dans ce magnifique endroit, appelé le Campette, le Petit Champ, un Occitan, que Franck élève ses bêtes à cornes. Il est séculteur, un métier méconnu qui nécessite... Un véritable savoir-faire.
- Speaker #1
Les premières années, on commence obligatoirement en commandant des naissants, ça s'appelle, c'est les bébés escargots. Donc la première année, j'en ai commandé 70 000. Et on va dire que la première année, on essuie un peu les plâtres, parce qu'il faut quand même comprendre un peu tout. Il y a aussi les fournisseurs qu'il faut trouver, donc les bons fournisseurs. Il y a plein de choses, plein de paramètres qui font que. Il y a aussi beaucoup de ravageurs. qu'il faut connaître. Donc, c'est la première année qu'on voit quels sont les ravageurs. Et là, la première année, j'étais surpris parce qu'il y avait beaucoup de choses qui mangeaient les escargots. Donc, la première année, on va dire que c'était une année de préparation. Et au final, ça ne s'est pas si mal passé pour une première année. J'en ai parlé à d'autres héliciculteurs et ils m'ont dit que, vu la quantité et le poids que j'avais récolté, j'étais correct. Et puis finalement, la deuxième année, là, ça a très, très bien marché.
- Speaker #0
On a parlé du fameux naissin, entre le moment où ils sont quasiment minuscules, les lipuciens, ces fameux escargot, le moment où ils vont être prêts à être cuisinés, c'est quoi l'évolution en fait ? De quelle façon justement on les élève ?
- Speaker #1
L'activité en gros va commencer, on va dire en mars, parce qu'on va dire que le parc est déjà fait, l'enceinte du parc est faite. En mars, on va semer, préparer le terrain, semer. et puis commencer à arroser si nécessaire. Et parallèlement, là, on fait aussi la reproduction en mars. Donc l'année d'avant, on a gardé les beaux spécimens. On les met à reproduire. Alors là, c'est pareil, c'est un truc, c'est un travail à part entière. Donc il faut créer la salle de reproduction, avoir les bonnes conditions hygrométriques, bonnes conditions de température, d'éclairage, tout ça. Et du coup, une fois que... On met ces gros escargots reproducteurs dans cette salle, on les nourrit, on les arrose, et à la fin on leur met des bacs de reproduction avec de la terre pour qu'ils pondent. Et de là, on va incuber les œufs et finalement avoir les naissins. Après ça, une fois qu'on a les naissins, on a très peu de temps pour les mettre en parc. Dès qu'ils naissent, en gros, il faut les mettre en parc. On a quelques jours. donc en fait On les met dans le parc où la végétation normalement va pousser. Et de là, après, on va les nourrir, les arroser aussi tous les jours. Et on va faire ça toute la saison. Donc, il faut entretenir son parc, il faut désherber, éviter, piéger pour les rongeurs. Le parc est très important. Donc, il faut déjà avoir un parc bien clos avec un bon filet à oiseaux. pas de trou pour éviter les attaques d'oiseaux qui sont vraiment très... Et après, on a les lézards aussi, les gros lézards verts qui, eux, me percent les brise-vents et puis donc les rongeurs. Voilà, donc ça, c'est les trois gros prédateurs. Et puis, à part ça, il y a un prédateur pour lequel on ne peut pas faire grand-chose, c'est le lampyre. Ça, c'est le ver luisant, en fait. Il est spécialisé sur l'escargot.
- Speaker #0
Et lui, il arrive à passer à travers les mailles, en quelque sorte.
- Speaker #1
Ah oui, c'est inarrêtable, comme les rongeurs d'ailleurs. C'est inarrêtable.
- Speaker #0
Ce qui veut dire que c'est un travail aussi de vérification, de protection.
- Speaker #1
Ah oui, ça c'est sûr. C'est de la veille constante. Il faut y être tous les jours et voir ce qui se passe. Ça peut aller très vite. Si vous laissez les ravageurs s'installer en dizaines de jours, au début, tous les naissants... mais Et les escargots,
- Speaker #0
les bois évoluaient de quelle façon entre le moment où ils sont tout petits et le moment où ils devaient être prêts justement à se sommer ?
- Speaker #1
Le début, c'est très lent et puis c'est flippant en fait parce qu'on les met en parc et puis on revient le lendemain. On les cherche, on ne les voit pas. Et même en levant les planches, on ne les voit pas. Ils se cachent dans la végétation. Et donc, c'est compliqué, on va dire, les trois premières semaines, parce qu'on a du mal à savoir ce qui se passe. Et puis, au bout d'un moment, ils vont monter sur la farine. Parce que le parc, il est fait d'une façon. En fait, vous avez des planches de nourrissage, avec des allées entre. Et sur ces planches de nourrissage, on vient appuyer des planches de coffrage. Et donc, voilà, on nourrit sur ces planches. Et donc, les escargots se cachent sous les planches de collage. Et le soir, quand on arrose et qu'on nourrit, en fait, ils attendent souvent la nuit parce qu'ils sont nocturnes. Ils vont monter et manger sur la planche de nourrissage. Et là, donc, au bout de trois semaines, en général, ils commencent vraiment à y aller. Et là, d'ailleurs, ils ont commencé. Donc là, ça y est, je commence à être rassuré parce que je vois mes escargots.
- Speaker #0
Ils mangent quoi, les escargots ?
- Speaker #1
Alors déjà, des végétaux, évidemment. Donc, c'est ce qu'on sème. On sème une bonne partie de végétaux qui mangent. On sème aussi des végétaux qui ne mangent pas pour qu'ils soient couverts, abrités, ombragés, tout ça. Et après, sinon, on les nourrit essentiellement à la farine. Alors moi, je suis en bio. C'est de la farine biologique que je prends dans l'Inde. Et du coup, voilà, ils se nourrissent de ça tous les soirs. Et en fait, c'est ce qui permet d'avoir une croissance assez rapide. pouvoir en gros faire toute la saison, les faire venir sur une saison en fait. Donc sur 4-5 mois, ils deviennent adultes et bordés comme on dit. Et là du coup, à la fin, on les récolte.
- Speaker #0
C'est-à-dire qu'il y a comme un turnover ou est-ce qu'il y a une période où c'est l'élevage et après une période où on cuisine en quelque sorte ?
- Speaker #1
Ça se définit comme ça. Il y a une période donc on va dire de mars à septembre-octobre. où on s'occupe de l'élevage. Et en octobre, on fait une journée participative avec tous les amis et on ramasse tout d'un coup. Nous, on fonctionne comme ça. On ramasse tous les escargots, on les met en filet, en cageau. Ensuite, je les mets dans la grange où j'ai aménagé des étagères spéciales pour qu'ils soient ventilés et en gros abrités. Donc, ils restent là pendant une quinzaine de jours pour jeûner. et à partir de là c'est la transformation qui commence. Et la transformation, ça va durer, c'est sur toute l'année en fait.
- Speaker #0
Pour revenir sur la transformation, mais pourquoi les récolter ou les ramasser tous en même temps, le même jour ?
- Speaker #1
Déjà, si vous voulez, après sinon, il faut étaler le nourrissage, il y a tout à étirer quoi. Et en fait, moi seul, si je devais ramasser tout mon parc, je mettrais une quinzaine de jours. Donc là, on le fait en une journée. Ça permet d'avoir en gros des dates. plus facile, on sait que là, tel jour, ils ont tous été en cage, enfin en grange, donc à sécher, donc en gros, au bout de 15 jours, tous, ils sont prêts à cuisiner. Donc ça facilite beaucoup le travail, de faire comme ça, et puis surtout, voilà, on met une journée, parce qu'on est une vingtaine, et ça se passe très bien, c'est super ambiance en plus.
- Speaker #0
Ça veut dire que c'est une journée un peu de solidarité ?
- Speaker #1
Voilà, c'est ça, ouais. Ça,
- Speaker #0
ça pourrait arriver n'importe où ? Ou est-ce que c'est spécifique justement au fait d'être ici, sur le Larzac, cette solidarité amicale et familiale ?
- Speaker #1
Je ne pense pas que ce soit spécifique. Je ne pense pas parce que je pense que c'est surtout une question de rapport avec ses amis. Après, c'est sûr que l'entraide, ça existe un peu plus dans le côté rural, on va dire.
- Speaker #0
Phase suivante, elle se déroule de l'automne aux fêtes de fin d'année. Franck cuisine les escargots sous de nombreuses formes.
- Speaker #1
Une fois qu'ils sont prêts, généralement quand même on a une taille assez homogène. Parce que j'attends quand même le maximum de temps pour qu'ils soient à peu près tous homogènes. Alors évidemment, c'est pas possible, il y a des gros et des petits partout. Mais du coup la sélection elle se fait déjà au tri sur le jour même. On essaye de mettre de côté les petits ou les moyens et de faire que des beaux filets ensemble. Et du coup, après les restants, on les met ensemble aussi. Et du coup, c'est plus pratique pour moi quand je vais transformer parce que je sais quelle recette faire en fonction de la taille de l'escargot. Ainsi que le fait que je livre des restaurants. Donc les restaurants, ils préfèrent quand même avoir quelque chose d'assez homogène. Même en biocop, en magasin, c'est la même chose. Donc on va privilégier la belle qualité. pour les gens qui m'en prennent. Voilà.
- Speaker #0
Transformation, on a dit qu'il y avait plusieurs modes de transformation. Ce sont lesquels ?
- Speaker #1
Alors, j'ai plusieurs transformations. Déjà, la transformation, la base, ça va être de les blanchir. Donc, on va d'abord les ébouillanter. On va les sortir de leurs coquilles, les éviscérer. et ensuite on les blanchit, 20 minutes, vinaigre, sel, et du coup de là on va les recongeler, mise sous vide et congélation. Et à partir de là, on va tout faire comme ça, jusqu'à ce que tout soit fait, et après on peut commencer en gros à utiliser ces sachets de blanchi, ou pour vendre directement au restaurateur, ou pour être retransformé, donc là on va courbouillonner impérativement. Le courbouillon, c'est environ deux heures, deux heures avec des aromates, quelques légumes. Et voilà, on fait environ deux heures de courbouillon. À la fin de là, on fait toutes les recettes. Donc là, on peut les laisser courbouillonner pour les vendre comme ça, mais on peut continuer la transformation aussi. Pour les marchés, par exemple, moi, je fais les croquilles. Donc les croquilles, ce sont des petites galettes sablées. en fait dans lesquelles je mets un beurre d'escargot avec un escargot. C'est un peu comme l'escargot bourguignon que je fais aussi d'ailleurs. Et par contre, tout se mange. Là, on mange le sablé en même temps et à l'apéro, c'est top. Et après, je fais aussi des feuilletés Roquefort avec une crème Roquefort. Je fais des brochettes aussi. Je fais des rillettes aussi. Voilà, des rillettes. Alors les rillettes, pareil, je les mets en feuilletés souvent. Je peux les vendre comme ça aussi. Et puis là, je suis en train d'attaquer de nouvelles recettes, justement. Et là, je vais commencer ce week-end, d'ailleurs, normalement, avec des samosas aux escargots.
- Speaker #0
Donc, ça veut dire que c'est un perpétuel renouvellement aussi. Il faut toujours apporter de la nouveauté.
- Speaker #1
Je pense que c'est bien d'avoir de la nouveauté, autant pour les clients que pour soi, parce qu'on s'embête à faire toujours la même chose.
- Speaker #0
Donc, on l'a dit, ça demande un investissement quasiment annuel.
- Speaker #1
Oui, c'est annuel. On peut le dire sans problème.
- Speaker #0
Donc, peu de vacances.
- Speaker #1
Oui, voilà, peu de vacances. En plus, les trois premières années, je suis à la troisième. Justement, il faut être sur tous les fronts. Il faut créer ses outils de travail. Donc, évidemment, là, c'est toute l'année et très peu de vacances.
- Speaker #0
On a parlé du... parc, tu viens d'évoquer la transformation, ça nécessite aussi d'avoir un laboratoire particulier, ça se passe comment ? Oui,
- Speaker #1
alors moi je me suis créé un petit labo sur place, voilà, parce que c'est quand même plus pratique et puis voilà.
- Speaker #0
En tout cas c'est important d'avoir ce lieu où on peut tout faire finalement, t'arrives à tout faire quasiment sur le même lieu.
- Speaker #1
Oui, oui, voilà. Bon après mon stock d'escargots est à Lagrange, mais bon je fais des allers-retours de mon labo à Lagrange Et oui, voilà, on travaille.
- Speaker #0
On est quasiment dans les mêmes coins.
- Speaker #1
Voilà, oui, oui. C'est ça, mais c'est ce qu'il faut. Sinon, après, c'est... Surtout pour l'escargot, c'est...
- Speaker #0
On a évoqué un tout petit peu les restaurants. On a évoqué certaines boutiques point de vente. Ça, c'est la troisième partie du boulot qui nécessite quand même pas mal de temps pour arriver à se faire en réseau. Ça s'est bien passé dès le début ?
- Speaker #1
Alors, la première année, j'ai eu des petits soucis santé aussi. J'ai été bloqué du dos pendant 5 mois. Donc, disons que la commercialisation, en plus, j'avais des tailles d'escargots qui n'étaient pas forcément très uniformes, justement, la première année. Donc, la commercialisation, je l'ai un peu repoussée, on va dire, pour attaquer la saison d'après et voir si j'arrivais à avoir quelque chose de plus homogène. Donc, ça s'est très bien passé la deuxième saison, du coup. Et du coup, la commercialisation, j'ai pu la lancer réellement après ma récolte de la deuxième saison.
- Speaker #0
Ça, c'est quasiment un deuxième métier. Oui,
- Speaker #1
c'est beaucoup de temps. Moi, j'ai la chance d'avoir ma compagne qui est dans la communication. Donc déjà, elle me fait beaucoup de choses au niveau communication. Et ça, c'est une partie du travail qui me soulage vachement. Et après, la commercialisation, c'est pas mal de bouche à oreille. C'est aussi beaucoup de démarchage, aller présenter, faire des journées.
- Speaker #0
Voilà,
- Speaker #1
journée dégustation. Et voilà, je fais ça. Et du coup, ça marche bien quand même. Et puis honnêtement, c'est les marchés qui font beaucoup. Parce qu'une fois qu'on est sur les marchés, on rencontre les gens du coin, les restaurateurs du coin. Et au bouche à oreille, comme ça, on a plein de petits trucs à noter. Et du coup, ça nous donne des pistes. Et après, on tente et on voit.
- Speaker #0
d'évoluer effectivement le fait de discuter et notamment avec les professionnels parce qu'ils doivent avoir des demandes particulières.
- Speaker #1
Oui, les pros viennent me voir au marché certains et du coup en discutant on voit un peu ce qu'ils attendent. C'est vrai que c'est un métier à part entière. On rentre dans l'univers de la gastronomie, de tout ça. Donc il faut quand même aller sur tous les tableaux, s'adapter à tout, comprendre plein de choses en fait, avant de savoir comment. Parce que par exemple, au restaurant, au départ, je me disais, je vais pouvoir aller voir tel restaurant. Le problème, c'est que ce restaurant-là, il va vendre tant son entrée à la carte en moyenne. Moi, comment j'adapte le prix, je vois que ce n'est pas possible, parce que sinon, il ne va me payer pas assez. Je suis obligé de me dire combien il marche. C'est ça qu'il faut apprendre à connaître. Il faut connaître vraiment les autres métiers, savoir comment on va adapter son prix et vers qui on va se tourner surtout. Moi, là maintenant, j'ai compris qu'évidemment, il fallait que j'aille vers les restaurants gastronomiques. D'une part parce que j'ai un produit qui est quand même assez fin en qualité et d'autre part parce que c'est le budget qui correspond à ce genre de produit.
- Speaker #0
Et ces restaurants sont ? tous sur un périmètre autour d'ici ou est-ce que la commercialisation se fait sur l'ensemble du territoire français ?
- Speaker #1
Alors non, je reste sur un périmètre assez local on va dire, parce que il y a quand même de quoi travailler ici. Je n'ai pas non plus une production de multinationales, on va dire. Donc j'ai une petite production dont on peut vivre mais qu'il faut savoir valoriser. Voilà, en gros c'est ça. Et du coup il faut Trouver les gens avec qui travailler. Et le but, moi, c'est que ce soit une relation de confiance et fidèle pour qu'on puisse s'adapter, s'arranger et ne pas vouloir vendre à tous azimuts.
- Speaker #0
Quel est le regard des gens qui habitent dans la région sur cette activité ? Est-ce qu'ils se sont posé beaucoup de questions ? Ils se sont dit, qu'est-ce qu'il vient faire là, ce gars avec ses escargots ? Parce que ce n'est pas forcément une activité très répandue ici.
- Speaker #1
Ah oui, alors ça, ils ne me l'ont pas dit. mais bon moi je dirais que oui c'est ce qu'on ressent en tout cas quand on s'installe, on voit déjà que personne connait le métier, qu'on est pris un petit peu pas pour des yeux en l'uberlu mais disons qu'on est un petit peu en marge de ce qui se fait dans l'agriculture c'est quelque chose de trop peu connu et donc les gens pensent que c'est simple, pensent qu'il n'y a rien à faire je pense que c'est ça l'inconscient des gens au départ imaginaire. Mais au final, les gens d'ici, par exemple, du village, au final, ont compris que j'avais beaucoup de travail, que je faisais beaucoup de choses et qu'au final, mon produit, maintenant qu'ils l'ont goûté, il était super. Donc, les choses, elles se font dans l'ordre, en fait. Il faut prouver comme partout, je pense. Et puis, au final, il faut se battre et puis on y arrive, quoi. Alors,
- Speaker #0
finalement, ce rêve d'enfance qui serait enfin, j'allais dire, réalisé. ça se passe plutôt bien et donc tu as l'envisage de continuer.
- Speaker #1
Ah oui, c'est le but.
- Speaker #0
Sur des années.
- Speaker #1
C'est le but. Après, ça se passe bien, il y a des hauts, il y a des bas. Il y a des périodes plus difficiles que d'autres. Je crois que cette année, elle est un peu charnière. Parce que si je réussis la même production que l'année dernière, c'est-à-dire en gros 800 kilos que j'ai eu quand même l'année dernière, c'est une très belle production. Je pense que là, j'aurais un peu bouclé la boucle et j'aurais pu créer tous les outils de travail. Maintenant, je suis quasiment arrivé à une commercialisation qui me permet de vivre totalement. Donc, je pense que cette année, c'est là où je vais savoir vraiment jusqu'où on va aller. Parce qu'à mon avis, il y a vraiment moyen de faire ça toute ma vie maintenant. Mais la question, c'est... Est-ce que en commercialisation, tout va prendre ? L'élevage, ça reste de l'élevage. Donc, on peut avoir des gros problèmes comme ça, en cinq minutes, un orage de grêle. Voilà, on n'est jamais à l'abri. Donc, bon, il faut rester humble. Et puis, je dirais que normalement, il y a tout pour que ça aille, que ça marche. Mais voilà, on va rester humble.
- Speaker #0
Tu envisages de t'agrandir ou justement rester sur cette... taille-là, qui reste raisonnable pour un seul homme, j'allais dire. Tu pourrais aussi envisager de recruter des personnes pour travailler avec toi.
- Speaker #1
C'est vrai que des fois, j'y pense à temps perdu, à me dire qu'est-ce que ça ferait si j'agrandissais ? Déjà, je pense que pour moi, tout seul, cette surface de parc, c'est ce qui correspond au travail qu'on peut fournir seul. Donc, si j'augmente, je peux peut-être augmenter la taille du parc. On va dire de... Allez, même pas le doubler. Mais à partir de là, il ne faudra pas que je transforme tout. Donc, il faudra que j'arrive à trouver des débouchés en vif, en escargot vivant. Donc, ça change le travail aussi. Donc, au final, moi, pour le moment, je reste sur cette surface. Si éventuellement je vois que j'ai trop de demandes, je pourrais un petit peu étendre le parc, mais je n'irais pas au-delà d'une moitié de parc en plus, je pense.
- Speaker #0
Ça reste à taille raisonnable.
- Speaker #1
Voilà, et puis ce n'est pas le but de faire toujours plus grossir. Moi, je pense que quand on a de quoi manger, qu'on est bien, il faut rester petit aussi, c'est bien.
- Speaker #0
C'est ça finalement l'objectif, c'était d'être bien dans sa propre vie ? Oui. C'était un rêve quelque part ?
- Speaker #1
Voilà, ça c'est l'objectif premier en fait. La réflexion, elle part de là. Elle part de là parce que quand on a fait beaucoup d'employeurs comme moi, qu'on a fait dans beaucoup de domaines, on s'aperçoit qu'il y a un gros point commun à tout ça, et c'est que moi, en tout cas, je ne me suis jamais senti vraiment libre là-dedans, et autonome dans mes emplois d'avant. Donc le but, c'était un petit peu, comme je vous ai dit tout à l'heure, de regrouper toutes mes compétences et de faire quelque chose dehors. où je me sentais bien dans la nature. Avec la cuisine en plus qui est aussi une passion pour moi.
- Speaker #0
Donc c'est une réussite ?
- Speaker #1
On va dire que ça commence à être une réussite.
- Speaker #0
C'est la fin de cet épisode, troisième d'une série de récits historiques ou contemporains glanés sur ce beau territoire entre Kos et Cévennes, entre Sud-Aveyron et Lausère. N'hésitez pas à vous abonner à A et B, le podcast sur votre plateforme d'écoute favorite, et à nous laisser, pourquoi pas, une appréciation ou un commentaire. On se retrouve très bientôt pour un nouvel épisode. Salut !