- Speaker #0
« Mon grand-père le sabotier » , c'est le nom qu'on a donné à ce premier épisode de EB podcast qui vous propose des récits historiques ou contemporains situés entre Kos et Cévennes, entre Sud-Aveyron et Lauser. C'est Michel André que l'on retrouve fils et petit-fils de sabotiers. Il voue depuis sa tendre enfance une véritable passion pour la saboterie, pour les sabotiers, pour les sabots. Un récit, témoignage qui démarre cette collection que l'on peut qualifier de rare car ils ne sont plus. vraiment nombreux à avoir connu cette époque.
- Speaker #1
Fils et petit-fils de sabotiers, je me revois encore il y a 75 ans, en arrière, où je me revois rentrer dans cette boutique qui avait une odeur particulière, des odeurs de châtaignes. Puis je me remémore également, mon père avait industrialisé la saboterie, nous avions droit à deux choses dans la saboterie. Premièrement, c'était balayer, l'entretenir. Et puis si on avait bien balayé, on avait droit à appuyer sur le bouton de mise en marche des machines. Ça,
- Speaker #2
c'était la récompense ?
- Speaker #1
C'était la récompense, voilà. Donc si vous voulez, ces machines-là se sont arrêtées en 1950. Et au fil du temps, j'ai eu l'occasion d'avoir la possibilité de les remettre en marche à peu près en 1995. Et je me rappelle là aussi, avec un Parisien, qui était mon beau-frère d'ailleurs, le matin, nous étions allés couper un arbre. L'après-midi, nous faisions notre paire de sabots. Et nous étions aux anges. Mais, pour que je vous le dise, le lendemain, elle éclatait.
- Speaker #2
Pourquoi ?
- Speaker #1
Ah là là là là là là ! Emmanuel, c'est vraiment une technique, la saboterie. Nous étions très contents d'entendre, ne serait-ce que d'entendre les machines tourner. Et nous avions fabriqué notre paire de sabots. Nous étions aux anges.
- Speaker #0
La saboterie, les sabotiers, les sabots, c'est toute une histoire, celle que nous raconte dans cet épisode enregistré à Saint-Jean-du-Bruel, porte des Cévennes, côté Aveyron, Michel André, fils et petit-fils de sabotiers. Pour soutenir ce podcast, n'hésitez pas à vous abonner et à laisser 5 étoiles sur votre plateforme audio favorite, et si le cœur vous en dit, un commentaire. Bonne écoute.
- Speaker #1
Je pense qu'il y a plusieurs états antérieurs au XXe siècle. 20e siècle, et puis on reparlera de la Renaissance et bien sûr du déclin. Si on parle de Renaissance, bien sûr il faut reparler du déclin, de la saboterie. Je crois qu'on va parler de la saboterie, il y a plusieurs événements qui peuvent se greffer, avec la saboterie des bois, la saboterie sédentaire, la saboterie industrielle, et puis nous ferons le point sur la Renaissance.
- Speaker #2
Alors commençons par les bourras, parce que alors, saboterie des bourras, ça veut dire...
- Speaker #1
Quoi ? Ah, très bonne question. Pourquoi saboterie des bois ? Alors, tout simplement parce que les sabotiers, à l'époque, ils vivaient dans les bois. C'était plus ou moins des marginaux. Alors, pourquoi dans les bois ? Il y a deux raisons essentielles. C'est que la matière première était sur place. Et la deuxième raison, c'est qu'ils avaient la nourriture également sur place. Ils se contentaient de peu. Et puis alors, on peut parler également d'une spécialité. Je ne devrais pas vous le dire, mais il y a prescription. Parce que c'était des braconniers experts, ce qui veut dire qu'ils n'avaient aucun problème de nourriture. Voilà pourquoi on peut parler de saboterie des bois. Ensuite, après la saboterie des bois, il y a la saboterie sédentaire. Et entre les deux, bien sûr, il y a la saboterie, je ne veux pas dire qui commençait à voir venir la situation, c'est-à-dire que les voies de communication se sont développées. il n'y avait plus du tout de raison d'être dans là. forêt. Pour vivoter, on verra plus loin quand on parlera du saboutier, c'était un peu comme les marchands ambulants, c'est-à-dire qu'ils allaient de ferme en ferme, tout ça, contre le gîte et le couvert. Voilà, tout simplement. Alors eux, ils se chargeaient de produire des sabots, de produire bien sûr les ustensiles de cuisine en bois. Ce qui est quand même intéressant de souligner, c'est que quand ils étaient dans les bois, peu importe le propriétaire du bois, donc ils se moquaient totalement. Bien sûr, ils étaient en temps, non pas à Saint-Jean-du-Bruel, mais dans certaines régions, ils étaient tendance à installer leur campement à côté des forêts royales. Et dans ce contexte-là, il y avait des arbres magnifiques. Et la nuit, ils n'hésitaient pas à les abattre.
- Speaker #2
Quand vous parlez de campement, ça veut dire quoi ? Ils squattaient les petites maisons ? Ah non, non, non. Ils fabriquaient leur hutte.
- Speaker #1
Ah, des huttes. Leur hutte avec des branchages, avec un minimum de confort. Là, en ce moment, ce serait des installations du camping, une nouvelle version du camping, dans les huttes, dans des branchages, etc. Ils n'hésitaient pas à couper. les arbres magnifiques si bien que l'administration, il ne fallait pas les prendre quand même pour les imbéciles, ils ont pondu un décret en 1660 et quelques interdisant aux sabotiers de s'installer à proximité des fauteuils royales sur une distance d'un demi lieu c'est à dire de 2200 et quelques mettre voilà il était interdit de s'installer là voilà pourquoi On peut appeler la saboterie des bois.
- Speaker #2
Alors ici, il n'y avait pas de domaine royaume, il y avait des seigneurs quand même. Ils s'installaient à côté justement de leur domaine ?
- Speaker #1
Oh là ! Ils essayaient d'être un peu plus filo, enfin filo entre guillemets. Ils se rapprochaient un peu, mais ils n'osaient pas quand même là, puisqu'ils savaient qu'ils étaient en contact avec les personnalités du Kouaï, donc ils faisaient quand même attention. Mais c'était dans des grands seigneurs, dans des grands domaines. où à la limite on ne regardait pas trop ce qui se passait.
- Speaker #2
Où on n'était pas à trois arbres près.
- Speaker #1
Non, le tout est là.
- Speaker #2
Alors à quel moment ils deviennent sédentaires ?
- Speaker #1
Alors tout simplement, comme je vous l'ai évoqué sous-entendu tout à l'heure, c'est en fonction des moyens de communication. Moyens de communication qui se sont développés, et partant de là, rien ne justifiait leur emplacement en forêt. D'autre part, ils se sont rendus compte... que la demande à un sabot explosait. Pour vous donner un ordre d'idée, un sabotier pouvait fabriquer à 4-5 paires de sabots par jour. Or, il faut savoir qu'un ouvrier agricole, par exemple, il avait besoin de 6 paires, 6 paires de sabots dans l'année, plus, et ça c'était le plus important, 2 paires pour aller faire la fête, pour les dimanches et les jours fériés.
- Speaker #2
Et aller à la messe.
- Speaker #1
Et aller à la messe, évidemment. Et au bistrot après. Entre autres. D'ailleurs, si vous parlez de bistrot, je vous signale que Saint-Jean, au point de vue viticole, était très réputé, puisqu'il y avait des vignes autour de la Sentinelle, et ils arrêtaient la date des vendanges après la sortie de la messe au bistrot chez Lyosson. Alors, voyez que votre remarque est quand même pertinente, puisque là, vous avez quelque chose de vraiment un fait. Alors, pourquoi ils se sont installés ? La production, donc... Donc, obligatoirement, il augmentait. Sur Saint-Jean, par exemple, il faut savoir qu'à l'époque, en 1810-1820, 3000 habitants à Saint-Jean, il y avait 20 sabotiers.
- Speaker #2
C'est énorme. Oh,
- Speaker #1
alors là, je ne suis pas d'accord avec vous. Pourquoi ? En Bretagne, par exemple, il y avait 50 sabotiers pour 500 habitants. Vous allez me dire, on peut se poser la question, pourquoi ? La demande était encore supérieure. Pourquoi ? Parce qu'avec les activités portuaires, les activités de la mer, on était obligé de fabriquer des sabots avec du bois tendre. Ce qui veut dire qu'il valait mieux user des sabots qu'user les ponts des bateaux. Et c'est pour ça que la demande était encore beaucoup plus spécifique en Bretagne que chez nous. Chez nous, où c'était vraiment agricole. Donc alors, ils ont commencé à s'installer dans les villages. Ce qui est quand même intéressant de souligner dans la saboterie sédentaire, c'est que fin du 19e siècle, les syndicats voulaient fédérer l'ensemble des sabotiers, mais ça n'a pas marché. Tout simplement parce que le sabotier était plus ou moins isolé, et puis deuxième raison, c'est qu'il avait un fort tempérament d'indépendance. Il ne voulait pas que les gens s'occupent des affaires là. En plein essor, même dans la saboterie sédentaire, la saboterie ne faisait que... vivoter les familles. Beaucoup de travail pour à peine vivoter. Il fallait avoir plusieurs métiers. Oui,
- Speaker #2
c'est ce qu'on dit souvent lorsqu'on évoque les sabotiers, on dit que c'était un métier gagne-misère. Et donc, du coup, ils étaient obligés d'avoir une deuxième activité, voire plusieurs, et notamment en période estivale.
- Speaker #1
Vous avez entièrement raison. C'était un métier gagne-misère. Pour vous donner des exemples, déjà personnels, mon grand-père, lui, il était sabotier, il était agriculteur. Mon père, lui, qui avait industrialisé d'ailleurs la boutique, était à la fois sabotier, électricien et plombier. Donc ça, c'est personnel, ce que je vous dis. Et on se rend compte qu'il y a des sabotiers qui ont commencé à s'intégrer dans la vie communautaire, et si bien que ça devenait des personnalités du village. Petit à petit, la saboterie s'est intégrée dans la vie du village.
- Speaker #2
Alors, on n'a pas évoqué la saboterie industrielle. Ça, c'est encore une autre forme.
- Speaker #1
C'est encore une autre forme. Les premières machines concernant la fabrication, enfin, je ne parle pas de fabrication, mais disons de décrochir le sabot, datent de 1841. Mais au début du XXe siècle, les établissements Baudin, Baudin, c'est quand même une référence, c'est une entreprise française d'ailleurs, française à côté de Clermont-Ferrand, qui ont commencé de perfectionner les machines. et l'outillage. Et puis ces établissements-là, comme eux étaient en avance au point de vue commerce, eux au point de vue publicité, ils ont commencé à lancer des gazettes. Gazettes dans lesquelles tous les sabotiers étaient censés s'y retrouver. Alors si vous voulez, il y a des affiches assez symboliques qui me viennent en exergue. La fortune dans les sabots. Oh là là là là ! Il suffisait de fabriquer des sabots pour être fortuné. Un matraquage publicitaire.
- Speaker #2
C'était déjà dans la communication, du marketing. Bon, on ne disait pas forcément toute la vérité.
- Speaker #1
On n'a rien inventé.
- Speaker #2
On a embellissé.
- Speaker #1
Voilà. Alors après, vous avez une autre affiche. Vous aviez un choix. Soit vous portiez des sabots et vous étiez en pleine santé, soit vous portiez des chaussures autres et vous étiez à l'hôpital, si vous voulez, etc. J'avais rassemblé toutes ces affiches atypiques et ce serait intéressant peut-être de les mettre en œuvre. Et bien sûr, tout d'un coup, les rendements ont explosé parce qu'on tourne aux environs de la Première Guerre mondiale et bien sûr, la demande a explosé. Les hommes étaient plus ou moins au front. Ce sont ces dames qui se sont lancées dans la saboterie. Je n'ai rien contre ces dames, au contraire, mais le métier a commencé de la qualité d'être un peu moindre. Et c'est ce qui a expliqué peut-être le déclin culturel, bien qu'après la première mondiale, juste tout de suite, les besoins ont énormément augmenté. Et puis alors, ils ont vraiment dégringolé et on verra pourquoi. Maintenant, on arrive donc à la saboterie contemporaine, avec, bien sûr, si on veut être honnête, il faut parler à la fois du déclin, parce que la saboterie, elle est ce qu'elle est, et de la renaissance. Le déclin, alors finalement, c'était un isolement. le sabotier se sentait un peu isolé face à la demande. Après la guerre de 1914, donc, ça a été la dégringolade. La production s'est faite au détriment de la qualité, puisqu'on faisait pratiquement du sur-mesure au prix du tout venant. Ce qui veut dire que vous aviez un client qui avait un corps, un corps au pied droit ou au pied gauche, ou vous voulez, un durillon, etc., etc. Le sabotier, lui, savait exactement ce qu'il y en était et il faisait le sabot en conséquence. Alors que lorsque l'industrialisation est arrivée, c'était du standard, on tirait des paires de sabots et puis voilà la galère. Voilà ce qui s'est passé. Donc pour vous donner un ordre d'idée, en 1800, 20 sabotiers à Saint-Jean, 1909 et 1941. Donc vous voyez comment la saboterie, le déclin à Saint-Jean-du-Bruel sur le plan local, ce qui s'est passé. Voilà le déclin. Maintenant au point de vue Renaissance. finalement tout ce qui est le retour aux sources c'est à la vogue c'est une bonne chose bien sûr il y a toujours des irréductibles moi je connais x jardiniers qui ne peuvent aller que dans le jardin avec des sabots au point de vue folklore mais il faut quand même alimenter ces gens là d'ailleurs moi plusieurs fois on m'a demandé de produire des sabots pour les revendre mais c'était pas du tout l'esprit enfin mon esprit de faire du du commerce dans les sabots. À la limite, il fallait une paire de sabots. Ok, pas de problème, s'il fallait une... Voilà. Et il y a également, par exemple, avec les sabots de Noël, en fin d'année, il y a une recrudescence de demandes de sabots. Et puis, puisque nous sommes quand même en Europe, la demande est quand même très importante en Écosse et aux Pays-Bas. Voyez, en gros, on a brossé la saboterie.
- Speaker #0
Après une évocation de la saboterie, Michel André, dans cet épisode de 2 et B, dresse un portrait du sabotier, cet artisan autrefois indispensable, on parlerait aujourd'hui de métier essentiel.
- Speaker #1
Au fil du temps, on s'aperçoit que le sabotier a dû s'adapter, sur le plan social, au point de vue technique et au point de vue économique. Puisqu'il évoluait dans la forêt, il était devenu un peu un marginal. Si bien que c'était une communauté qui était vraiment fermée. D'ailleurs, ils s'appelaient entre eux, ils étaient tous cousins. Cousin, c'était le terme qui convenait à un sabotier de souche sûre, de souche familiale. En Bretagne, par exemple, on les prenait pour vraiment des marginaux. Pourquoi ? Parce que leur devise, c'était travailler dur, manger en travaillant et s'amuser en buvant. Alors, voyez un peu ce que ça peut donner. finalement, ils étaient méprisés. Et les sabotiers qui n'étaient pas d'origine « noble » , entre guillemets, étaient vraiment considérés des bâtards. Voilà ce que l'on peut dire de la saboterie des bois. Maintenant, du sédentaire. Le sédentaire, lui, qui a été vraiment, à force de sacrifices et de persévérance, il a été intégré à la vie du village. Son comportement et son acharnement au travail ont permis une intégration définitive.
- Speaker #2
C'est-à-dire qu'il fait partie de la communauté en quelque sorte, alors que ce n'était pas le cas avant.
- Speaker #1
Ce n'était pas le cas puisque c'était des marginaux et c'était des travailleurs, des artistes, des artistes joviaux, ouverts, mais avec un fort tempérament. Il ne fallait pas quand même trop les chatouiller.
- Speaker #2
C'était le cas de votre grand-père, il avait le tempérament assez chaud.
- Speaker #1
Oui, oui,
- Speaker #2
oui. Le passe-trou.
- Speaker #1
Oui, le passe-trou. Pour vous donner une autre idée, ça c'est un exemple que je vous donne. Donc nous habitons aux 56 Grandes Rues. Et il m'a toujours raconté qu'en 48-4, il y avait une colonne allemande qui descendait la Grande Rue. Et bien sûr, il y avait eu ordre que tout le monde... s'enferme dans la maison. Lui, il a dit « Écoutez, moi, les Allemands ne m'ont pas fait peur à Verdun, je reste sur le pas de ma porte. » Alors, vous ne pouvez pas savoir comment il a été gratifié parce qu'un officiel allemand lui a dit « Salut, grand-père. » Voilà. Les Allemands ne m'ont pas fait peur à Verdun, donc je ne bougerai pas. Une autre anecdote concernant mon grand-père, vous savez qu'à l'époque, lorsque vous braconnez, enfin braconnez, c'est un grand mot, Un grand mot pour pas grand chose, disons, quand vous allez placer des bouteilles, des bouteilles pour attraper quelques verrons, c'est ce qu'il avait fait au niveau de Clapared. Et puis vous savez, à l'époque, si vous étiez pris un flagrant délit, il fallait qu'on vous mette la main sur l'épaule et puis qu'on vous attrape comme ça. Alors lui, c'est ce qui s'est passé, il est allé placer ses bouteilles et puis de fil en aiguille, un garde est arrivé derrière un gendarme, poif, il lui a posé la main sur l'épaule et puis qu'est-ce qu'il a fait lui ? Il a projeté le gendarme dans l'eau. Et puis, il était déjà tout nu. Et il est parti à Fouguérole, pieds nus, marchant sur les champs qui avaient été moissonnés, etc. Voilà le genre d'individu de mon grand-père, qui, en fait, était une force de la nature. Combien de fois il m'a dit, lorsque les chars avaient des bœufs, s'embourbaient quelque part, lui, il passait sous le char et il levait. C'était, enfin, bref, une force de la nature. Si vous voulez, c'était un homme, en plus, à contraste, puisqu'il fallait à la fois agir la force, puis la maîtrise, la douceur.
- Speaker #2
Force et délicatesse.
- Speaker #1
Force, voilà, voilà. C'était vraiment des personnalités. Enfin, à mon sens, des personnalités. Alors, il y a, je ne sais plus quel philosophe qui disait que le primitif d'hier, sommairement nourri, c'est ce que l'on disait là tout à l'heure, hautain et marginal. Vous savez, quand on roule les mécaniques, quand on se sent fort, était enfin devenu artisan intègre. que rien ne pouvait distraire et dont les valeurs morales attestaient une civilité définitivement acquise. Donc maintenant, on ne parle plus de sabotier des bois, maintenant ce sont les sabotiers sédentaires, les sabotiers dans le village. Le sabotier n'était pas une affaire de famille au fil du temps, mais plutôt une affaire d'opportunité, parce qu'il suffisait d'avoir des machines et produire. Ça n'avait plus rien à voir.
- Speaker #2
C'est-à-dire que tout le monde pouvait s'installer sabotier.
- Speaker #1
Ah oui, absolument. Avec un minimum de compétence, il suffisait de vouloir. Et puis alors, quant au résultat, très aléatoire. Et c'est ce qui a conduit, au fil du temps, à délaisser un peu la saboterie. Et au fil du temps, le maître sabotier d'antan, puisque on les appelait maîtres, sont devenus des artisans gestionnaires. Et qui dit quand même gestionnaire, dit une certaine formation. Et là, ils ont été pris un peu au dépourvu. Voilà un peu le... au fil du temps, et c'est ce qui a conduit peut-être à la dégradation, parce qu'il fallait, pour vendre un sabot, il fallait avoir une idée du prix de la réalisation, sans compter le temps passé. Il n'était pas aux 35 heures actuellement, vous le comprenez très bien. Mais bon, il fallait calculer tout ça, et là, ils n'étaient pas très... D'autre part, ils sont tombés plusieurs fois sur des intermédiaires, des intermédiaires qui les ont plus ou moins... Je ne veux pas dire escroquer. Pas spolié,
- Speaker #2
mais un peu arnaqué en tout cas.
- Speaker #1
Voilà, je crois que si on veut être en 2025, on parlerait d'arnaque dans la saboterie. En sachant que les sabotiers n'étaient pas très « dégourdis » , on faisait beaucoup de choses. Voilà au fil du temps comment la saboterie et le sabotier ont évolué dans le temps. Alors,
- Speaker #2
ils fabriquent, ils ont leurs ateliers dans le village. Est-ce qu'il y a également la boutique ? C'est-à-dire que le client vient acheter directement à l'atelier sa paire de sabots ?
- Speaker #1
Oui, oui, oui, oui, la boutique. Oh là là, Emmanuel, Emmanuel, la boutique. Moi, d'ailleurs, dans la saboterie actuelle, d'ailleurs, je ne parle pas de saboterie. Quand je parle en famille ou d'environnement, je ne parle pas de saboterie, mais de boutique. D'ailleurs, la clé... de la saboterie, c'est marqué boutique. Pourquoi boutique ? Parce qu'à la fois, ils présentaient et ils fabriquaient au même endroit. D'où la notion de boutique.
- Speaker #2
Dans d'autres endroits, on aurait pu appeler ça une échoppe, par exemple.
- Speaker #1
Absolument. Mais c'était la tradition dans la saboterie, en parlant de boutique. Je vous dis, moi, la clé encore, elle est marquée boutique. Mes enfants, mes petits-enfants, ils savent que boutique, c'est la saboterie. Voilà, ça s'est transmis de fil en aiguille.
- Speaker #0
Après cette évocation des différentes phases de la saboterie, et puis l'évolution du statut et du métier de sabotier, on se penche plus en détail sur le sabot, du choix du bois à sa finition.
- Speaker #1
Le sabot, qu'est-ce que c'est ? C'est une chaussure faite d'une pièce de bois creusée, ou simplement à une semelle de bois. Mais l'origine du mot sabot, c'est vraiment très aléatoire. Les étymologistes, en fait, tout ce que vous voulez, ils ne sont pas d'accord entre eux. Mais en fait, d'après Diderot, mais lui, il a confondu, je pense, avec le jeu de sabot qui se faisait à l'époque romaine, je crois, 50 avant Jésus-Christ ou autre, qui consistait à faire tourner une toupie, et ils appelaient ça le jeu de sabot. C'est pour ça que je vous dis que c'est très compliqué pour avoir une signification exacte. D'autre part, en fonction des localités régionales, c'est encore autre chose. Par contre, tout le monde est d'accord sur l'étymologie sabotage. Quand on parle en ce moment des sabotages de ci, de là, et ça date justement de cette époque-là, parce qu'il suffisait de mettre un sabot dans les engrenages pour bloquer tout le processus. Donc ce terme-là de sabotage vient de là, sabot positionné à un certain endroit. bien précis, et ça vous arrêtait toute une chaîne de fabrication. Maintenant, vous allez me dire, oui, mais vous êtes bien gentil, vous me dites, c'est une chaussure à deux bois, ok, mais il y a des critères.
- Speaker #2
Ah ben oui, parce qu'il y a sabot et bon sabot,
- Speaker #1
c'est pas tout à fait la même chose. Ah, absolument. Comment je peux vous dire ça en termes simples ? Le sabot, lui, il doit s'ajuster à votre coup de pied, contrairement aux chaussures. Les chaussures, elles s'adapteront toujours. à votre pied au fil du temps.
- Speaker #2
Oui, on les travaille.
- Speaker #1
On les travaille, voilà. Donc, chaussant, s'ajuster au coup de pied. Et à l'époque, ne point déformer la marche. Parce que si vous commencez, si vous avez, par exemple, une jambe plus courte que l'autre, ou ci, ou là, là, ne point déformer la marche. Ne provoquez ni calus. Vous n'avez aux orteils ni du rayon. Et ne pas alourdir la jambe d'un charretier. Parce que vous savez, en plus, ils avaient une vie particulièrement pénible. S'ils avaient une espèce de plomb au niveau des pieds, ça risquait d'être difficile. Et ne pas alourdir la jambe. Alors, très important, ne pas donner l'air pâteau aux gargandines. Vous savez, c'était les filles à l'époque, les demoiselles, qui dansaient la gaillarde. Voilà ce que c'est, quels sont les critères d'un bon sabot. Donc, vous allez voir un sabotier, vous dire, je veux ça. Voilà, moi, ce que je fais. Voilà ce que j'en veux, etc. Et ça, il vous le faisait à la demande. Donc, il devait convenir à l'essayage. Et le reste, après, voilà. Voilà les critères d'un bon sabot. Quel que soit le mode de fabrication, parce qu'il y a la fabrication artisanale et puis la fabrication industrielle, mais on retrouve le même process, le même process de fabrication. Qu'est-ce que c'était ces process ? ou faire comprendre comment on arrive d'un arbre de la forêt pour arriver à un sabot. Il fallait savoir ce qu'on voulait comme bois. Deuxièmement, il fallait aller voir le propriétaire, parce qu'on n'en allait plus du tout à l'époque du sabotier du bois, où ils allaient couper le bois qui les intéressait, et puis on n'en parlait plus. Donc il y avait des transactions. Il fallait abattre les arbres, il fallait les débiter, les débiter, c'est-à-dire faire des grumes, des quartiers, etc. Les corsages. La fente des quartiers, les accouplements, taille et écreuse, et le miso-séchage, et après, les finitions. En quelques mots, je viens de vous brosser comment fabrique le sabot. Maintenant, vous savez tout.
- Speaker #2
Oui, c'est un processus, en fait, et qui dure d'ailleurs plusieurs mois.
- Speaker #1
Voilà. On va reprendre ces différents points. Le bois. Je vous parle de transaction avec le propriétaire. D'abord, il fallait aller repérer le bois. Ce qui était intéressant à acheter ou pas acheter. Maintenant, il y a prescription. Je peux vous le dire, mais vous ne le répéterez pas. C'est que lorsque les sabotiers avaient envie d'acheter... tel ou tel arbre, oui il allait le voir la veille, il allait voir l'arbre. Mais il n'y allait pas tout seul, il y allait avec une canne. Ils étaient souvent plus ou moins âgés, ils ont toujours eu une canne. Mais, mais, mais, mais, c'était une canne spéciale. C'est dans un fourreau dans lequel il y avait une vrille. Ce qui veut dire que, une vrille ou un marteau, ce qui veut dire que lorsqu'ils avaient l'intention d'acheter un arbre, ils allaient le voir avant, la veille, hop, tout en se promenant. La vrille, elle a un coup de canne, tac, tac, tac, tac, tac, ils enfonçaient la vrille dans le tronc, et si d'un coup la vrille s'enfonçait immédiatement, surtout ne pas jeter le bois. Au même titre d'ailleurs, avec le petit marteau, tac, tac, tac, tac, ils tapaient sur le tronc, et si ça sonnait creux, il ne fallait pas l'acheter. Vous voyez, donc là, c'était quand même préparer la transaction, parce que les transactions à l'époque étaient très vives.
- Speaker #2
Donc il y avait cette phase de repérage et ensuite on passait à la phase de transaction. Donc on savait déjà quasiment ce qu'on allait acheter.
- Speaker #1
Absolument. Et on se doutait déjà de la qualité que l'on allait acheter. Ils n'achetaient pas n'importe quoi. Donc après il y avait l'abattage. Mais avant de l'abattre, parlons du bois. Il y a deux essences de bois qui étaient intéressées par la saboterie. C'était les essences tannes et les essences dures. En fonction de l'utilisation que vous vouliez faire des sabots, soit il fallait des essences tendres du style du bouleau, du peuplier, de l'aulne, du sol. Tout à l'heure, je vous en ai parlé en vous disant que sur les ponts de bateau, il valait mieux user les sabots que le pont du bateau. Donc ça, c'était une idée précise. Bois dur, vous avez du hêtre, vous avez des érables, vous avez du platane, du frêne. du noyer, voilà tous les ventailles.
- Speaker #2
C'est tout de suite une palette de bois, et Michel, on va faire quand même une remarque très importante, puisque nous nous sitions ici, l'enregistrement se fait à Saint-Jean-du-Ruel, porte des Cévennes, où on a énormément utilisé le bois de châtaignier. Le bois de châtaignier pour les sabots, c'est non.
- Speaker #1
Oh là là, alors pourquoi ? Je vais vous le dire pourquoi. Je ne sais pas si vous allez comprendre le terme que je vais vous employer. Pourquoi ? Parce qu'il pète. Qu'est-ce qui pète ? Alors, qu'est-ce que ça veut dire, un bois qui pète ?
- Speaker #2
Ça veut dire qu'il éclate.
- Speaker #1
Eh bien, voilà. Un bois qui éclate. Donc, finalement, surtout ne pas utiliser ça. Tous les arbres, même à la limite du pin sylvestre, dans certaines régions, d'ailleurs, ils l'utilisent. Ici, on ne l'utilisait pas.
- Speaker #2
Je fais cette précision parce que c'est vrai qu'ici, on a beaucoup utilisé pour d'autres raisons le châtaignier, mais surtout pas pour le samouraï.
- Speaker #1
Oh non, non. Autant alors pour la charpente, tout ce qui est charpente, tout ce qui est menuiserie, tout ce qui est parquet.
- Speaker #2
On les comporte également.
- Speaker #1
Voilà. En plus, quand vous fabriquez les sabots, il faut tenir compte du retrait. Le retrait, c'est la diminution du volume du sabot par rapport à l'hygrométrie. Ce qui veut dire que le châtaignier et le chêne, alors là, non. Non, non, non, c'est une des raisons pour lesquelles il ne faut surtout pas.
- Speaker #2
Alors, une fois qu'on avait choisi le bois, on passait à la négociation. Est-ce qu'elles étaient assez difficiles ?
- Speaker #1
Oui et non. Tout dépend bien sûr de qui vous aviez affaire.
- Speaker #0
Il ne faut pas tourner autour du pot. Si vous sentiez que le propriétaire, à la limite, il s'en moque un peu, vous proposez moins, etc. C'est la loi de l'offre et de la demande. Et puis, vous savez, il ne signait pas de papier. Il se tapait un grand coup dans les mains et puis il terminait. Et là, une fois qu'il avait conclu un accord comme ça, c'était vraiment du définitif. Donc, quand est-ce qu'on coupait ce bois ? Ce bois, en automne et en hiver, lorsque la sève descendait. Le premier travail du sabot, on le faisait travailler mi-vert, c'est-à-dire pas tout à fait sec, une fois la sève descendue. Alors vous allez me dire, pourquoi mi-vert ? Tout simplement parce qu'il est beaucoup plus facile de travailler du bois pas trop sec que du bois sec. Et puis deuxièmement, par rapport aux outils, si vous voulez faire du bon travail, il faut des outils absolument qui taillent. Et pour tenir le fil de la taille, il faut qu'il soit relativement frais. Maintenant, il faut la battre. Vous voyez, maintenant, de notre époque, quand vous voyez des engins ultra perfectionnés, avec climatisation à l'intérieur des cabines, pour les découpages, etc. À l'époque, à quoi ils le faisaient ? Ils le faisaient à la destrale. La destrale, c'est la cognée, la hache, et puis la touradouille. C'est le passe-partout. Vous vous mettiez à deux et puis vous vous abattiez comme ça. On était loin de l'époque des tronçonnages. Ensuite, vous aviez le débitage. Le débitage, lui, il se faisait comment ? Il n'y avait pas de presse hydraulique comme dans maintenant. C'était carrément les coins, les coins métalliques et la masse. Le travail du sabotier, du bûcheron. Quand il avait passé toute la journée avec la hache, avec la tour à douille, avec les coins et avec la masse, à quel point il devait être fatigué. Et c'est pour ça d'ailleurs que lorsque la mécanisation s'est approchée, ils ont vraiment adhéré à l'ensemble. L'écorçage. Alors vous allez me dire, mais pourquoi enlever l'écorce ? Mais si vous avez fait attention, tout à l'heure je vous ai dit qu'il faut avoir des outils vraiment tranchants. Ce qui veut dire que si vous n'enlevez pas l'écorce, Et lorsque le tronc s'est baladé par terre, il y a toujours des petits cailloux qui sont incrustés dans l'écorce. Ce qui veut dire que les outils, vous n'en tenez pas. Le dressage. Le dressage, donc on commence sur le bio à former en gros le sabot. Et puis la part, c'est avec un couteau très long, un paroi. Là, on dégrossit parfaitement le sabot. Et après, Bien sûr, il faut le creuser. Comment le creuser ? Écoutez, tout simplement avec des vrilles, vrilles que l'on emploie verticalement, puis de façon oblique pour commencer à creuser dans le sabot.
- Speaker #1
Alors ça, c'est une étape qui se faisait à la main, en tout début, avant d'être mécanisé ?
- Speaker #0
Absolument, absolument. Tout se faisait à la main. C'est pour ça, pour vous donner un ordre d'idée, pour faire un sabot, à l'époque, 4-5 paires par jour. Et or, hors 35 heures, avec les machines, c'était multiplié par 20. Ils arrivaient à faire 100 paires de sabots par jour. Alors, voyez la même. Moi, pour tout vous dire, je suis franc avec vous. Quand je veux dégrossir le sabot, je ne prends pas le paroi. Vous savez ce que je prends ? Ah là là ! Je ne sais pas si je vous l'ai dit. La meuleuse d'angle. Tac, tac, tac, tac. En trois coups, ça y est, ma forme de sabot est faite. Oui,
- Speaker #1
parce qu'aujourd'hui, les outils sont à disponibilité, mais à l'époque, ça n'existait pas, il fallait tout faire à la main.
- Speaker #0
Voilà, seulement entre 4 et 5 paires de sabots, ou une centaine, le résultat n'est pas le même. Donc, une fois qu'on avait dégrossi le sabot, il y a la mise au séchage. Ce qui veut dire, vous voyez, on préparait, on coupait les arbres à l'automne, fin du premier trimestre, on faisait les sabots, et on les mettait à sécher pendant, au grenier. dans un endroit ventilé. Par exemple, en été ou printemps chaud, il fallait 3-4 semaines. Suivant la saison, c'est plusieurs mois. Mais ils étaient quand même un peu filous à l'époque parce que suivant le type de bois qu'ils avaient et la coupe, s'ils voyaient que le bois risquait d'éclater, ils mettaient un peu d'huile et de vidange. dessus les badigeonner comme il faut pour éviter qu'ils éclatent. Ensuite, une fois qu'ils ont séché, il fallait les reprendre. Et chaque sabotier avait leur propre signature de décoration. Si c'était pour aller traîner dans les chemins ou les forêts, ils n'avaient pas besoin de signature particulière. Par contre, les sabots du dimanche ou autre, alors ils faisaient des fleurs dessus, des tatouages. Moi ici, j'avais offert... J'avais offert une paire de sabots que j'avais fait à la chorale et ma calvée de Millau. Monsieur Sikolsky, qui était un sculpteur à Saint-Jean, avait fait dessus le pont vieux de Saint-Jean. C'était magnifique, vous voyez ? Donc ça, ce n'était pas un sabotier qui l'avait fait. Mais la décoration, c'était la signature du sabotier. Puis, bien sûr, il y avait la protection contre l'usure. Vous pouvez mettre soit... Les protéger avec des rails de fer, soit des clous, des clous spéciaux, soit des boîtes de conserve, des morceaux de boîte de conserve. Et ça, à ce sujet, ça me fait penser à mon grand-père. À mon grand-père, une fois, il m'avait fait, quand j'étais gamin, bien sûr, une petite paire de sabots magnifiques en plein hiver. C'était pour Noël, j'avais eu droit à ça. Et la dorbie était gelée. Donc, à cela ne tienne, on allait faire du patinage sur la dorbie. Moi, avec mes sabots, les sabots tout neufs, tout neufs, je dis bien tout neufs. Le soir, quand je suis rentré à la maison, que j'ai présenté mes sabots, parce qu'on ne rentrait pas avec les sabots à l'intérieur de la maison, il fallait les laisser dehors. Et quand mon père et puis mon grand-père, bien sûr, ils ont vu dans quel état mes sabots, j'ai reçu deux paires, deux paires de gifles magistrales. Vous voyez, on n'en est plus à cette époque-là. Mais enfin, voilà, des paires, des sabots tout neufs, c'est-à-dire quelques heures après, il n'y en avait plus. Donc il fallait quand même les protéger. Le plus couramment, ce qui se faisait, c'était des lanières de pneus. Et puis, bien sûr, il y a la diversité de sabots. Suivant l'utilisation que vous faisiez du sabot, il avait plus ou moins des formes spécifiques. Pour quelqu'un qui bêchait, qui bêchait énormément, des journaliers qui bêchaient, il suffisait d'avoir un sabot, pied gauche, s'il est droitier. pied gauche très léger et un pied droit très lourd pour enfoncer la bêche. Pour les vignerons, par exemple, sur les sabots, ils adaptaient une sorte de fer à cheval pour tenir le piqué qu'ils enfonçaient avec une massette. Alors, tiens, je vous pose une question. D'après vous, un sabot, vous voyez le sabot, avec deux talons, c'est pour qui ça ?
- Speaker #1
Un sabot avec deux talons ? Alors ça, c'est une bonne question. Non, je ne peux pas y répondre. Ah,
- Speaker #0
alors là... Là, maintenant, on ne risque plus rien. On peut le dire. C'était pour les braconniers. Oui,
- Speaker #1
on y revient toujours, à ces braconniers.
- Speaker #0
Absolument. Ça fait partie de l'environnement. Les braconniers, pourquoi ? Quand ils voyaient les empreintes avec deux talons, ils ne savaient pas trop de quel côté il fallait aller. Bien que je mets un bémol à cette histoire-là, parce que quelqu'un en voit tout de suite de quel côté ça part. Mais enfin, au départ, c'était deux talons. inversé. Je ne sais pas si vous connaissez le film Popopopopo sorti il y a quelques années. La guerre des boutons. Donc ils reprennent cette histoire des deux talons. Chaque sabot correspondait à une utilisation. Si vous voulez aller à la messe, vous allez au bal, vous n'alliez pas y aller avec des sabots en freine, très lourd, vous allez y aller avec des noyers, du noyer élégant, etc. Voilà en gros ce qu'on peut dire sur la sabot et je crois que Si vous me le permettez, je finis le bel ouvrage d'antan qui faisait vivoter les sabotiers. Et je sais que M. Kenneth White, c'est un écossais, je vous le dis de mémoire, écrivain, entre autres, qui a dit, écrit, être conscient du patrimoine, être soucieux de le conserver, ce n'est pas être un traditionaliste obtu, un... Un pessimiste enterré dans une culture morte, c'est d'avoir des perspectives et savoir utiliser les ressources rassemblées au cœur des siècles. Et je crois qu'on en est là quand on fait le tour de la saboterie depuis la légende. Depuis la légende, donc la légende qui remonterait ça, nous n'en avons pas parlé, de 440 ou Saint René, où l'évêque d'Angers s'est mis à fabriquer. Deux morceaux de bois en a fait. un soulier chaussant entre guillemets, jusqu'à nos jours, donc au fil des générations. C'est pour ça que j'avais fait un fascicule à l'époque, lorsque j'ai remis la saboterie en route, l'empreinte des générations, parce que chaque génération a apporté quelque chose dans la saboterie.
- Speaker #1
Eh bien merci, merci, parce que je crois qu'on a fait un tout petit peu le tour de la question. C'est vrai qu'on pourrait raconter énormément d'histoires, mais grâce à vous finalement, on garde cette trace de ce beau métier, de ces... beaux artisans qui n'existent quasiment plus parce qu'il y en a encore quelques-uns, mais c'est un peu pour la gloriette, pour le luxe quand même, un tout petit peu.
- Speaker #0
Pour le luxe, mais on retrouve par exemple dans les Pays-Bas, il y en a de plus en plus. Dans l'Est, il doit y avoir deux ou trois fabriques qui enfoncent d'ailleurs leur commerce. Vous ne pouvez pas savoir ce que j'ai ressenti lorsque j'ai remis les machines à route. D'entendre ce bruit, ces odeurs de bois travaillé. Parce que quand vous travaillez du bois sec, ça n'a pas beaucoup d'odeur. Par contre, un bois mi-sec, mi-vert, chaque essence de bois a son odeur particulière.
- Speaker #1
Alors ça, c'est un bonheur que vous avez retrouvé lorsque vous avez redémarré les machines. Et ces machines, vous continuez à les faire tourner ?
- Speaker #0
Pour tout vous dire, oui, elles marchent très bien. Mais j'en fais, pour moi, personnellement, je ne veux pas faire du commerce avec. Pour moi, c'est le... Le sentiment de refaire, revivre, finalement c'est le retour aux sources, de faire revivre ce que mes parents m'ont transmis, et là, je me sens bien dans la saboterie. Vous me diriez, faites-moi dix paires de sabots, oh non, non, non, si j'ai envie de faire des paires de sabots, je ferai des paires de sabots. C'est pour ça d'ailleurs que j'avais alimenté le traille du rocher de la lune et autres avec des... Des coupes, des coupes à sabots, un sabot ramercé, mariage, mariage par exemple de mes enfants, j'avais fait pour tous les invités des mini-sabots avec des dragées à l'intérieur, mais c'est pour le plaisir, pas du tout commercial, voilà.
- Speaker #1
C'est la passion pour toujours, on en revient à ce qu'on disait au début.
- Speaker #0
C'est la passion et on en revient à cette musique, cette musique des machines. J'ai eu la chance, ou la malchance, je ne sais pas comment vous l'interprétez, une fois de faire un sabot. Et la machine s'est bloquée, je ne vous ai pas tout dit quand même. Dans le cadre de mes activités, à un moment j'étais président, président du CHSCT, vous savez, des conditions d'hygiène, sécurité de travail, etc. Donc tout ce qui est décoeur. Et puis alors quand je vois comment mes machines tournent, elles avaient des courroies de partout, ça n'est aucun truc de sécurité. Bon, mais c'est comme ça, ça ne fait rien, j'ai besoin qu'elles tournent.
- Speaker #2
C'était le premier épisode d'une série de récits historiques ou plus contemporains glanés sur ce beau territoire entre Kos et Cévennes, entre Sud-Aveyron et Lauser. N'hésitez pas à vous abonner à ce podcast sur votre plateforme d'écoute favorite et pourquoi pas à nous laisser une appréciation ou un commentaire. Et on se retrouve très bientôt pour un nouvel épisode. Salut !