- Speaker #0
Donc là, ça enregistre et rien ne change. Bonjour Marie-Emmanuelle. Bonjour Émilie. Ravie de t'avoir dans Elles Agissent aujourd'hui.
- Speaker #1
Merci de me recevoir.
- Speaker #0
Alors Marie-Emmanuelle, tu as développé une carrière dans l'univers de la mode, où tu navigues avec finesse entre création, stratégie, tes valeurs aussi, et les responsabilités. On va en parler. Tu as travaillé dans des maisons significatives. du prêt-à-porter et maintenant tu as la direction de la maison Paul & Joe depuis plusieurs mois maintenant.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Tu as à cœur de relier élégance, conscience, mais aussi performance et responsabilité. Et dans une industrie qui questionne, je pense peut-être même obligatoirement, notre rapport à l'homme, à la planète, à l'avenir aussi. J'aimerais qu'on évoque tout ça aujourd'hui ensemble. Et aussi, ce que signifie concrètement agir quand on est une femme comme toi, qui dirige, qui crée, qui propose aussi au sein de son poste en lui-même. Et donc pour commencer, j'aimerais qu'on remonte un petit peu le temps, et en tout cas avec cette première question que tu nous donnes, peut-être ce qui t'a donné envie, à un moment donné, de faire de cet univers ton métier.
- Speaker #1
Alors moi, c'est vraiment une histoire... de passion. J'ai toujours aimé faire des choses de mes dix doigts. Et à l'âge de huit ans, ma grand-mère m'a appris à coudre. Je me suis retrouvée derrière ma machine à essayer de créer quelque chose. Et puis, quand on fait cette exploration-là, on se rend compte de tout le travail de la main que ça nécessite. Et donc, depuis cette période-là, j'ai voulu Travailler dans le textile, je fais toujours des choses de mes dix doigts, mais simplement, ça s'est de plus en plus affiné, dans le sens où ce que j'apprécie énormément dans les industries créatives, que ce soit le textile ou le design, c'est le fait qu'il y ait à la fois quelqu'un qui crée, qui imagine, qu'il y ait la main d'un artisan, parce qu'en fait, il y a toujours énormément d'étapes manuelles derrière ces produits, et donc il y a de l'intention, il y a du savoir-faire. Et puis, il y a des managers pour faire de ça une entreprise dont tout le monde peut vivre. Donc, c'est ce triptyque-là qui m'a toujours passionnée parce que j'ai un véritable esprit de contradiction et que je trouve dans ce métier un équilibre à cet esprit de contradiction. Parce que travailler avec un créatif, ça demande de... de toujours s'ajuster pour laisser la juste place à la créativité par rapport à la manière dont on fonctionne. Moi, je suis extrêmement pragmatique, je suis très carrée, j'aime bien les chiffres et tout ça. Mais je sais que dans ce secteur, on arrivera à la bonne finalité qu'en travaillant bien dans la main et en laissant la juste place à la créativité et à la main de l'artisan. Et donc, c'est vraiment ce triptyque-là que je trouve passionnant d'essayer de régler. en permanence, peu importe les artisans avec lesquels on travaille, peu importe les créatifs avec lesquels on travaille, il y a toujours une équation intéressante à résoudre.
- Speaker #0
Donc ça, ça t'a toujours porté finalement ? Est-ce qu'il y a eu un moment où tu t'es dit « cet univers ne va pas être pour moi » ou « j'hésite à m'orienter vers autre chose » ou non, ça a vraiment été le fil conducteur comme tu viens de nous le présenter, une évidence depuis toujours ?
- Speaker #1
Ça a toujours été une évidence pour moi, ça ne m'a pas empêchée de faire des études de commerce. Mais j'avais en tête de me spécialiser et de faire l'Institut français de la mode après, ce qui m'a vraiment permis d'acquérir un bagage technique très important dans un premier lieu, donc de comprendre cette main de l'artisan, de comprendre les contraintes qu'on peut avoir à créer, à industrialiser un vêtement ou un accessoire, ou même dans le cadre de l'IFM, j'ai fait une spécialisation sur le design, donc pareil. Et en même temps, on a travaillé beaucoup avec des créatifs. Et ça, ça permettait vraiment d'essayer tout le temps de régler son diapason pour arriver toujours à cette finalité qui est de faire en sorte que tout ça fonctionne bien.
- Speaker #0
Ok. Et justement, toi qui vois le monde de la mode de l'intérieur depuis plusieurs années, comment tu vois son évolution, si tu en vois une ? Comment tu qualifies justement cet univers et ce monde-là à l'heure actuelle aussi ?
- Speaker #1
Alors il y a une autre chose en fait pour répondre à ta question de manière détournée que j'apprécie beaucoup dans le textile, c'est tout son lien à la sociologie, c'est-à-dire que le textile est de tout temps un reflet des gens, un reflet de l'époque dans laquelle on vit, et donc c'est aussi un moyen de... un moyen d'agir. Donc ça, pour moi, c'est vraiment extrêmement important. Et... Attends. C'était quoi déjà ? Le début de ta question, ce que je savais.
- Speaker #0
Tu as vu le secteur de la mode évoluer.
- Speaker #1
Et donc, le secteur de la mode, pour moi, aujourd'hui, il est comme le monde, c'est-à-dire que tout va très très vite. On se lasse vite, on zappe vite, on ne prend même plus le temps de se laisser émerver. tant derrière chaque vêtement, chaque produit qui est issu d'une industrie créative il y a une volonté de créer il y a la mode c'est le reflet de l'époque la mode est le reflet de l'époque c'est le reflet de l'époque chaque moment de l'histoire est lié toujours par exemple au travail d'une silhouette à des vêtements un peu clés mais quand on pouvait lier une dizaine d'années à un vêtement La silhouette en S des années 20, des choses comme ça, le tailleur Dior pour les années 50. Il y a des périodes comme ça qui duraient quasiment 10 ans avec un vêtement clé. Et même des couleurs pouvaient durer un ou deux ans. Aujourd'hui, tout va très très très vite. On consomme essentiellement et on se lasse et on consomme. Donc c'est ça que je constate aujourd'hui sur la mode. Et comme toutes les industries de manière générale, il faut... Il faut ramener, je pense, on gagnerait tous à ramener de la conscience dans notre quotidien.
- Speaker #0
Et c'est ce que tu as envie de faire aussi avec ton rôle actuellement ?
- Speaker #1
Exactement, je pense que je ne suis pas chez Palenjo par hasard. C'est une maison familiale qui fait des vêtements avec toujours 50% des collections fabriquées en France, qui met vraiment une intention particulière avec des artisans qui sont à côté, qu'on voit. Donc ça pour moi c'est vraiment très important. cette proximité pour pouvoir avoir pleinement conscience de toujours ce triptyque qui fonctionne.
- Speaker #0
Et justement, quels sont selon toi les grands défis de cette industrie ? Tu l'as un petit peu évoqué à l'instant. On parle de durabilité, de diversité. Aussi, un défi, on le voit avec la concurrence et les rythmes d'autres industries qui ne s'attachent pas autant aux valeurs que tu viens d'évoquer. C'est quoi le grand défi maintenant d'être à la direction d'une marque ?
- Speaker #1
Ce que tu veux apporter, etc. Il y en a tellement dans le textile aujourd'hui, mais comme dans le monde de manière générale, c'est clair que la durabilité est importante, mais la durabilité dans le textile ne va pas sans la désirabilité. Donc c'est arriver à... exprimer toute cette valeur créative et à attirer l'attention sur cette valeur créative pour que le vêtement regagne de sa noblesse donc ça pour moi c'est déjà si on arrive à aller dans cette direction alors on va résoudre pas mal d'autres sujets en revanche pour moi c'est plus un rapport dans la consommation de manière générale dans le monde dans lequel on vit c'est à dire que les règles sont sont assez sauvages. Donc ça en devient d'autant plus difficile de capter aussi l'attention des clients pour arriver à leur exprimer tout ça. Parce qu'aujourd'hui, on est tellement sollicité. Il y en a de tous les côtés qui arrivaient à laisser de la place pour un propos créatif.
- Speaker #0
Comment vous faites ? Vous prenez le temps d'expliquer le pourquoi d'une collection ? Qu'est-ce qui permet à Paul & Jo justement de se démarquer autour de tout ça ?
- Speaker #1
Alors on a un rapport très particulier avec toutes les clientes, toutes nos clientes qu'on reçoit dans nos boutiques, qui ont un rapport très privilégié à la marque, qui viennent souvent, c'est leur moment où elles relâchent la pression, elles viennent souvent un moment dans la semaine, elles appellent avant, on leur prépare ce qu'elles ont envie de voir. C'est vraiment un moment où on laisse de la place pour ça. On se coupe du reste. Je pense que c'est le meilleur moyen. C'est de revenir aux fondamentaux et de revenir aux liens. Essayer de créer ce lien pour faire passer ce message. C'est très compliqué de faire passer toute l'émotion qu'on a voulu mettre dans un vêtement à travers seulement une image, une intention comme ça. Je trouve que c'est difficile. Et puis, ça reste une maison familiale qui a vraiment la transmission au cœur. Donc, la transmission, elle se fait aussi dans les vrais rapports humains.
- Speaker #0
Donc,
- Speaker #1
c'est de remettre ça au cœur de notre manière de vendre nos produits et d'exprimer. l'engagement qu'on souhaite y mettre.
- Speaker #0
Oui, bien sûr. Et comment tu définis, toi, ton poste chez Paul & Joe ?
- Speaker #1
Alors, le poste de directrice générale chez Paul & Joe, c'est un poste pieuvre. C'est en fait d'essayer de trouver des solutions en permanence pour que tout le monde puisse... Moi, j'adore cette métaphore, parce que j'ai une tête assez mateuse, mais d'équation, c'est-à-dire qu'on va arriver à une solution. Cette solution, ça va être d'arriver à faire passer le message qu'on veut faire passer. Et il y a toutes les variantes à côté. Et donc voilà, il faut qu'on essaie de régler tous les curseurs en permanence pour arriver au résultat qu'on veut de l'équation. Et donc ça, ça demande d'avoir les yeux un peu partout.
- Speaker #0
C'est marrant ce côté matheux, créatif. Tu aurais pu faire un bac L comme un bac S finalement,
- Speaker #1
à l'époque. Oui, c'est carrément possible. Je veux dire,
- Speaker #0
c'est marrant d'avoir cet esprit les deux. Eh bien,
- Speaker #1
j'ai fait ES. j'ai choisi la voie du milieu mais voilà c'est effectivement parce que moi comme je suis très pragmatique j'ai besoin des chiffres orientés. Mais est-ce que du coup ce poste correspond totalement parce que ça regroupe tout ça aussi finalement oui tout à fait et puis c'est quelque chose que j'ai beaucoup appris à l'Institut Français de la Mode c'est que vraiment dans le textile on n'y arrive que si on forme un bon duo entre manager et créatif c'est la Au même titre que Pierre Berger et Yves Saint Laurent, c'est le duo qui va faire qu'on va pouvoir s'exprimer et réussir. Si ça, ça ne marche pas, alors ça ne marchera pas.
- Speaker #0
Ça ne marche pas, oui. On l'avait évoqué un petit peu en off, mais sur ce rôle de femme à responsabilité, notion de leadership éventuellement, je crois que tu n'es pas très fan du propos, en tout cas de cette vision. ou en tout cas d'associer une réussite au féminin, etc. Comment tu te situes par rapport à tout ça ?
- Speaker #1
Oui, je trouve qu'on veut trop faire de chaque réussite un exemple pour la réussite en soi. Je pense que moi, ce que je vois, c'est surtout que... En tout cas, c'est la manière dont je fonctionne, mais je suis là parce que je suis passionnée par ce que je fais, mais pas tellement pour réussir en soi. Je trouve qu'on peut vite arriver déjà dans quelque chose qui soit trop proche de la culture de l'ego. Et je pense que c'est, en tout cas dans le textile, il y a besoin d'ego, mais il ne faut pas que de l'ego. Ça, c'est une première chose. Et puis, le fait de trop mettre en avant la réussite juste au féminin parce qu'elle est au féminin, en fait, ça va rendre un peu flou le parcours de chacun. Et ce qui est beau pour moi, c'est... tout autant le parcours que la réussite. Et je ne pense pas qu'il faut systématiquement le mettre sous ce chapeau du féminin.
- Speaker #0
Pour toi, ça enlève peut-être quelque chose aussi de l'associer ?
- Speaker #1
Oui, exactement. Je pense que ça permet, c'est important de parler du parcours de chacun. Et ce que tu fais très bien dans ton podcast, pour savoir comment on est arrivé là et ce qu'on vient y chercher. et ce qu'on vient y apporter, plus que parce qu'on est une femme. Je pense qu'il faut surtout que chaque femme s'écoute. Chaque femme ou chaque homme s'écoute et sache exactement où est-ce qu'il veut aller, comment il veut aller, quelles sont ses limites. Et s'il arrive à des postes de direction, parce que c'est là que ça le mène, et c'est là où il est heureux.
- Speaker #0
Mais alors, à contrario, j'ai une question qui me vient. Est-ce qu'on te l'a fait remarquer que tu étais une femme à ce poste ? Que ce soit positivement ou négativement, tu vois, en disant... On le ressentit aussi, tu vois ce que je veux dire, est-ce que dans ce domaine, dans la mode, c'est quelque chose d'évident ou pas forcément tout le temps non plus ?
- Speaker #1
Oui, c'est vrai. La mode regorge d'exemples féminins, c'est un milieu très féminin, donc on ne me l'a jamais fait remarquer dans le monde professionnel. Dans le monde personnel, en revanche, les cas sont légions, mais pas dans le monde professionnel.
- Speaker #0
Au fur et à mesure de ta carrière, il y a des moments où j'imagine que tu as dû prendre la décision. Qu'est-ce qui pousse à un moment de se dire que c'est le moment de partir, d'aller chercher cette aventure professionnelle ? Ça, ça peut être un conseil assez intéressant à entendre, de se dire peut-être j'y vais mais j'ai peur parfois, on ne sait jamais. C'est très challengeant mais ça fait partie parce que tu le dis, tu n'as pas vraiment de... le côté ambitieux, en tout cas d'aller plus haut, plus haut. Mais voilà, qu'est-ce qu'on cherche à un moment quand on accepte une mission et quand on suit certaines étapes de sa carrière ?
- Speaker #1
Alors déjà, c'est les opportunités. Il faut croiser ces opportunités-là. Il faut se mettre en disposition de les croiser.
- Speaker #0
Donc c'est comment ? C'est son réseau ? On le développe ?
- Speaker #1
Le réseau et le fait de le développer, bien évidemment. Mais je pense que c'est aussi dans la posture d'être toujours apprenant et de chercher à aller plus loin. Je pense que quand on a envie d'une trajectoire, en tout cas, on a envie d'apprendre plus. Et il faut le dire et il faut le... il faut le répéter beaucoup. Ça, c'est une première chose. Et puis, il y a des moments clés où il faut y aller. Il faut y aller. Je me souviens, alors j'en ai plusieurs comme ça, mais à un moment, quand je travaillais chez Monoprix, il y avait une opportunité qui s'ouvrait dans l'entreprise. Et en fait, je me suis dit, si je ne vais pas taper à la bonne porte maintenant, je ne vais pas y arriver. Donc, j'y suis allée. J'ai tapé, j'ai dit, bah...
- Speaker #0
J'ai eu de l'audace. Oser.
- Speaker #1
Oser, clairement. Oser. Et puis, je me souviens d'un autre moment où j'avais une chouette opportunité. J'avais rappelé une de mes anciennes managers et je lui avais dit, ça me fait un peu peur quand même. Oui, bien sûr. C'était beaucoup de, est-ce que je vais être à la hauteur ? Je pense que toute personne humaine se pose cette question. Je pense que c'est normal. Et elle m'avait dit, mais vas-y, fonce, tu n'as rien à perdre. Tu continueras à apprendre, tu continueras à le revendre. Regarde le verre à moitié plein et vas-y. tu as vraiment eu toujours cet état d'esprit en tout cas si tu ne l'as pas eu tu as été le chercher pour pouvoir continuer sur ce chemin oui je ne dis pas qu'on l'a tout le temps ça serait mentir bien évidemment mais en revanche l'avoir au moment clé aller
- Speaker #0
chercher cette audace au bon moment je reviens un peu sur le sujet de la mode qu'est-ce qui est pour toi comment tu définirais une mode du futur éventuellement est-ce qu'elle serait plus lente plus collective, plus consciente ...
- Speaker #1
Alors, c'est plutôt ce que moi, j'aimerais qu'elle soit, parce que je suis pas ce que j'ai par la mode. Et effectivement, j'aimerais qu'elle soit créative et consciente et qu'on consomme moins, mais mieux. Ça, c'est évident. Mais ça, c'est difficile, je pense, dans le monde dans lequel on est aujourd'hui. En tout cas, d'essayer de construire des modèles, des modèles économiques qui permettent, qui sont suffisamment robustes. pour laisser de la place à la créativité. Parce que les temps ne sont pas faciles de manière générale pour les entreprises et quand on commence à être contraint financièrement, forcément ça contraint la créativité, ça met plus de pression. Et ça, je pense que c'est là où ça commence à être difficile. Quand on ne laisse plus suffisamment de place à la créativité dans le textile. Ça bloque, quoi. Ça bloque et puis on arrive... Moi, je trouve que c'est un beau vêtement, ça fait passer une émotion. Tout de suite, ça... Moi, je sais que... Je te le disais tout à l'heure, mais quand s'il y a des jours où ça ne va pas très bien, je vais voir les vêtements, je touche les matières, je regarde comment ils sont coupés, je me dis...
- Speaker #0
C'est des œuvres d'art.
- Speaker #1
C'est vraiment des pièces assez extraordinaires. Donc voilà, moi, j'aimerais bien qu'elles soient plus lentes et j'aimerais bien que... plus de femmes et d'hommes puisqu'on a une ligne femme et une ligne homme et ce rapport-là au vêtement en fait.
- Speaker #0
Et qu'est-ce que tu... Quand tu repenses à la petite fille que tu nous disais tout à l'heure de 8 ans, de ses rêves peut-être qu'elle avait, etc. Qu'est-ce que ça te fait de te projeter dans cette pensée-là, dans cette petite fille-là ? Est-ce que tu aurais quelque chose à lui dire ou est-ce que tu aurais quelque chose à remarquer sur le chemin parcouru ? par rapport à ce rêve ?
- Speaker #1
Alors, je ne suis pas forcément quelqu'un qui regarde en arrière. Je t'y pousse. Oui, c'est ça, tu m'y pousses. Non, mais en réalité, je crois que j'ai toujours été assez fidèle à moi-même, le fait de foncer, d'oser au bon moment et d'être pleinement soi aussi dans ce que je veux faire. Mon père me le dit suffisamment souvent que je sais exactement où je veux aller.
- Speaker #0
C'est hyper important et c'est un message qui est hyper fort parce que ça peut être complexe pour beaucoup de personnes, notamment de femmes, parce qu'il y a beaucoup de femmes qui écoutent ce podcast, sur cette notion d'être à sa place à n'importe quel moment en fait. Peu importe justement, quand on vient de le dire, cette notion de réussite ou de poste, de responsabilité, etc. D'être bien à chaque étape de sa vie et de son parcours. Que ce soit cette petite fille de 8 ans qui avait ses petits yeux pleins de rêves, etc. Que cette femme-là qui réalise d'autres choses, d'autres rêves. C'est vraiment un message qui est fort, je pense. Et parce qu'il n'est pas... Souvent entendu, parce que c'est compliqué aussi d'avoir cette liberté d'être bien tout le temps. Et ça, c'est une vraie puissance, je pense.
- Speaker #1
Ça, c'est sûr. Et puis, je pense qu'on change aussi avec les étapes de la vie. Et on peut avoir envie de certaines choses à certains moments et à d'autres, ce n'est plus du tout ce dont on a envie. Autour de moi, je le vois, il y en a beaucoup qui changent de vie. Mais je trouve que c'est important de continuer à... à s'écouter, à être soi. Et puis parfois, on peut faire un pas de côté, on peut revenir en arrière. Tout va bien tant qu'on est heureux.
- Speaker #0
Tu es aussi proche de l'art ? Tu as une affection particulière autour de l'art ? En tout cas, on vient de voir tout à l'heure que les œuvres, l'art, étaient aussi liés à la marque. Est-ce que toi, personnellement, c'est aussi quelque chose qui te touche ? Est-ce que tu as une histoire autour de l'art ?
- Speaker #1
Alors, ici, chez Paul & Joe, on travaille beaucoup avec des artistes peintres. On leur confie des missions, des thèmes sur lesquels on a envie d'explorer. On va les chercher parce qu'ils ont une patte qu'on aime bien. Et à partir de ces œuvres d'art, on va venir réaliser les vêtements. Donc ça, on en a à peu près toutes les saisons. Ça donne quelque chose d'assez magique et unident. C'est vraiment des vêtements très forts. Moi, j'aime ce rapport à l'art quand il est associé à l'artisanat. À titre personnel, je peux me sentir un peu perdue dans des expositions, par exemple, et j'ai besoin qu'il y ait une association avec le travail de la main. Je trouve que mettre une toile en trois dimensions et en faire un vêtement, pour moi, c'est assez incroyable. Porter ce tableau, pour moi, ça a tout de suite une signification plus forte.
- Speaker #0
Autour de la notion d'action et d'agir, déjà, est-ce que tu peux nous donner ta définition ? Pour toi, agir, qu'est-ce que ça veut dire ?
- Speaker #1
Dieu sait si cette question est difficile. Je dirais qu'agir, c'est se donner les moyens d'aller là où on veut aller. C'est, en fait, on n'est pas tout seul dans le fait d'agir. Et donc, c'est aussi incarner ça. C'est le fait d'incarner, j'aime bien le terme d'espérance, c'est-à-dire d'avoir une vision très positive de là où on veut aller et pour emmener les gens avec soi. Ça permet de décupler l'action et de décupler le fait d'agir. Donc pour moi, c'est aussi beaucoup là-dedans. Aujourd'hui, sur des postes comme celui que je peux occuper à l'heure actuelle, on a besoin d'emmener les gens. Et donc agir, c'est aussi les emmener.
- Speaker #0
Ton action, elle passe aussi par l'engagement, toi, à titre personnel. Quelle est l'importance de ça, d'être engagée aussi sur certains points personnellement ?
- Speaker #1
Alors effectivement, moi, je suis une personnalité très engagée sur les thèmes écologiques et sociaux. J'ai eu cette révélation quand j'étais enceinte de ma fille aînée. Et pour moi, ça fait partie de moi maintenant. Il faut que je sois, comme sur le reste, bien et alignée. Pour moi, je ne peux agir au quotidien qu'en étant alignée. Et donc j'ai besoin toujours d'ajouter cette notion d'engagement. Il y a plein d'exemples au quotidien. Par exemple, chez Palenjo, je suis alignée parce qu'on fait 50% en France. les artisans, on les connaît, je sais qu'ils sont audités, et qu'on n'est pas en train de produire pour produire, on n'est pas dans un univers de surconsommation. Donc là, je suis bien, je me sens alignée. Avec des valeurs,
- Speaker #0
en fait.
- Speaker #1
Exactement, avec des valeurs. Donc ça, pour moi, c'est vraiment extrêmement important. Et puis voilà, je pense que c'est... Je me lève tous les jours en me disant qu'est-ce qu'on va aussi laisser derrière au... à la génération suivante et je regarde toujours mes enfants j'aimerais pas qu'ils me disent pourquoi t'as vu ça et t'as rien fait ça je le supporterais pas donc voilà au quotidien on essaie en famille d'être le plus aligné possible sur ces sujets là et puis d'ouvrir les yeux d'ouvrir les yeux à nos enfants voilà pour leur dire émerveillez-vous du vivant, regardez ce qui se passe autour de vous, prenez le temps d'observer. J'adore cette phrase qui dit que la beauté sauvera le monde. Je pense que la capacité à s'émerveiller, ça nous aidera beaucoup.
- Speaker #0
Oui, et ça, ça fait partie des... Des valeurs que tu veux transmettre aussi, la notion de transmission, elle est importante à la fois à travers le vêtement, à travers l'engagement aussi.
- Speaker #1
Exactement, c'est tellement clé d'avoir ce rapport plein d'histoires et de prendre le temps de transmettre, de prendre le temps de créer pour transmettre. Pour moi, c'est sortir un petit peu du rapport de la société de consommation où on est parce qu'on consomme. Je trouve ça plus glorieux et je suis sûre que petit à petit, si on arrive à instiguer ça dans notre quotidien, on arrive naturellement vers quelque chose de plus long et plus beau.
- Speaker #0
Est-ce que tu as une figure d'inspiration que tu voudrais nous partager, qui est une femme ou un homme, elles agissent dans le sens qui t'inspire autour de l'action ?
- Speaker #1
J'en ai plein, en fait, je dirais que mon parcours a été jalonné par beaucoup de femmes qui m'ont inspirée. Laura, avec qui j'ai travaillé six ans dans le groupe Monoprix, qui a un leadership de fou, avec une énergie dingue. Donc ça, c'est vraiment une personnalité très inspirante. Après, j'ai travaillé avec Risoline Degatine, qui est la créatrice de Balzac Paris, qui a une vision sur la marque et sur l'esthétique qui est... qui est vraiment porteuse. Après, j'ai travaillé avec Elie Chalman, qui est une foudre du quotidien, très créative, très positive. En fait, chacune en soi. Et puis là, aujourd'hui, Sophie AGH, qui a sa marque de textile depuis 30 ans, et qui est seule au Capital. Ça, pour moi, c'est extraordinaire. Toutes ces figures-là, pour ce qu'elles sont, en étant pleinement elles-mêmes, elles m'ont inspirée.
- Speaker #0
Oui, oui, tout à fait. Est-ce qu'il y a un domaine ou quelque chose où tu aimerais voir plus d'action ?
- Speaker #1
difficile cette question à chaque fois je te l'avais donné ou pas ?
- Speaker #0
ouais tu m'avais donné et en fait là je me dis attends après ça peut être quelque chose de personnel ou tu vois peut-être autour du client
- Speaker #1
d'ailleurs autour de choses comme ça une prise de conscience carrément là où j'aimerais voir plus d'action je pense c'est en fait j'aimerais voir plus de récits autour de lendemain heureux enfin heureux en tout cas des récits qui s'adapte à la réalité climatique aujourd'hui c'est un petit peu effacé je trouve et et je suis toujours Je trouve qu'on manque de récits inspirants au quotidien qui donnent envie de se projeter dans ça, dans un quotidien beau. Plus d'optimisme.
- Speaker #0
Plus d'optimisme. Plus d'optimisme.
- Speaker #1
Plus d'optimisme. Voilà. D'avoir peut-être que, au quotidien, au niveau politique, on incarne plus ces récits, qu'on les entende plus. Plutôt que d'être dans le combat et... et l'opiniâtreté permanente.
- Speaker #0
Merci beaucoup.
- Speaker #1
Avec plaisir. Merci à toi.
- Speaker #0
Et merci pour tout ce que tu viens de nous apporter dans l'épisode.
- Speaker #1
Merci à toi.