- Speaker #0
Bonjour Astrid.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Merci d'être là, je suis très heureuse de te recevoir au sein d'Elles Agissent. On va aujourd'hui dans cet épisode parler de ton engagement qui est un sujet dont on croit souvent qui concerne les autres ou en tout cas dont parfois on ne se rend pas compte à quel point il peut être là au cœur, au creux de nos vies, de nos familles, de tous les milieux, de toutes les vies. Toi, tu vas nous raconter ce que tu as vécu, ton moment de bascule aussi, où tu comprends que si tu ne pars pas, tu risques de perdre beaucoup. Et au milieu de tout ça, tu as réussi à aussi créer quelque chose, à construire quelque chose, à tendre la main aussi à ton tour. Et c'est ce qu'on va comprendre et ce que tu vas nous raconter dans cet épisode. Et donc, tu as créé l'association L'Étoile du Berger. Tu vas nous expliquer en quoi elle consiste, c'est un accueil qui protège, un accueil pluridisciplinaire aussi. Et aujourd'hui j'aimerais qu'on parle à la fois de ton histoire mais aussi de ton association que je viens de citer et de notre manière aussi à nous, société, auditeurs, auditrices, de voir les violences, de les nommer et surtout comment agir. En première question, je voulais qu'on repense aussi à... à ce que tu as vécu et peut-être à vos moments de bascule. Est-ce que tu peux nous raconter ce qui t'est arrivé dans la vie et à quel moment tu as décidé de partir, de basculer ?
- Speaker #1
Alors, je viens d'une famille unie et je me suis mariée très jeune. Mais je ne connaissais pas bien mon mari. J'avais envie d'avoir des enfants, donc je finissais mes études de droit à Paris.
- Speaker #0
T'avais quel âge quand t'étais mariée ?
- Speaker #1
21 ans. Et puis, très vite, je me suis rendue compte que mon mari n'était pas du tout celui que j'avais imaginé épouser. Mais je n'avais pas le logiciel séparation, j'étais enceinte de premier enfant. Donc je me suis dit, j'assume. Je me suis trompée, mais j'assume. Et puis, je suis partie à l'étranger, je suis rentrée, j'ai créé une entreprise. J'ai eu mon quatrième enfant à l'âge de 27 ans.
- Speaker #0
Entre 21 et 27, il y avait 4 enfants.
- Speaker #1
Et puis une entreprise de jouets en bois. Et puis il y avait quand même de la violence qui commençait à l'arrivée du quatrième, du garçon, après 3 filles. Et puis j'en parlais à personne, personne ne pouvait deviner ce qui se passait quand la porte de la belle maison était fermée. J'avais une entreprise, j'ai été labellisée société innovante, une start-up qui marchait. J'étais très fière, quatre enfants très mignons. La petite famille Cyrilus, sauf que ce qui se vivait derrière les portes de la maison, c'était assez terrible et ça concernait les enfants surtout, la violence sur les enfants. Et puis un jour j'ai vu mon fils traverser la pièce et là je me suis dit... En fait, si je ne dis rien, il va finir handicapé. Il avait deux ans. Et donc, j'ai commencé à parler. Et là, les médecins m'ont dit, Madame, si vous ne partez pas, c'est l'État qui va s'occuper de vos enfants. Et là, ça a été le déclic. Ça a été le déclic pour eux. Alors, moi, je n'avais pas imaginé partir, parce que pour moi, quand on a quatre enfants, qu'on est engagé, on ne part pas, coûte que coûte, pour le meilleur et pour le pire. Mais là, je me suis dit, je n'ai pas le choix. Et dans toutes ces difficultés, j'avais décidé d'arrêter mon entreprise parce que je voyais bien que j'avais besoin d'être auprès de mes enfants, que je ne pouvais pas les laisser à leur père. Donc je venais de liquider mon entreprise, je n'avais aucun revenu. Et là, les médecins me disaient qu'il fallait partir. Et j'ai dit, pour aller où ? Et puis là, on me dit, écoutez, il existe des hébergements d'urgence. Collocations avec des gens, à l'époque, c'était mixte, des gens qui viennent de la rue, qui n'ont pas de logement. Et là, je me suis dit, en fait, pour moi... Je peux le faire, mais pour mes enfants, je ne peux pas leur imposer ça. C'était trop dur. Déjà, la rupture avec leur papa, partir de la maison pour aller en hébergement d'urgence, c'était trop dur. Et j'ai dit à l'avocate, mais écoutez, il y a bien autre chose, ce n'est pas possible. Mais non, madame. Et c'est pour ça que les femmes restent. Et là, je me suis dit, le jour où j'irai mieux, je ferai quelque chose pour envisager, pour proposer autre chose que ces solutions. Parce que ce n'est pas possible. Et puis, j'ai eu beaucoup de chance. Ma famille m'a soutenue. J'ai pu retourner. retrouver un travail du jour au lendemain. J'ai retrouvé un logement. Ils ont considéré que j'étais étudiante. Mes parents étaient conscients. J'ai dit, bon, étudiante à quatre enfants, c'est pas grave, c'est bon pour l'humilité. On y va.
- Speaker #0
Et t'avais quel âge à ce moment-là ? 32 ans. 32 ans.
- Speaker #1
Et puis, voilà, la vie est repartie. Il y avait quand même un gros soulagement. Donc, je n'avais pas de doute que j'avais fait le bon choix. Mais aucune structure pour m'accompagner. J'ai vu quelques psys, mais voilà. Et puis, j'ai pu faire du conseil en entreprise. J'avais envie aussi de partager ces expériences de ma première entreprise avec d'autres chefs d'entreprise. Donc, j'ai accompagné une centaine de chefs d'entreprise. Les SCOP, les sociétés coopératives entre Lyon et Grenoble. Voilà, donc la vie professionnelle est repartie. Mes enfants allaient plutôt pas mal, même s'il y avait des difficultés. Je ne savais pas pourquoi, mon garçon était quand même très violent, faisait des crises de nerfs, c'était compliqué. Puis j'avais envie de rebâtir ma vie aussi, parce que 32 ans avec 4 enfants, voilà. Pas du tout envie d'être seule. Et j'ai d'ailleurs pas fait ce travail de préférer être seule que mal accompagnée. En fait, j'avais une blessure d'amour dans l'enfance qui n'était pas guérie. Et j'ai pas été accompagnée, j'ai pas fait ce travail. Et puis finalement, quand on ne fait pas ce travail, malheureusement, parfois, on laisse encore la violence entrer. Parce que ces failles d'amour nous empêchent de dire stop, de dire non. La peur d'être seule. Donc j'ai continué mon parcours, j'ai été directrice financière et RH d'une scope d'architecte à Grenoble. Et puis par le réseau, j'ai rencontré Blandine de Courville, on était en pension ensemble au lycée, et puis elle m'a raconté son histoire qui était proche de la mienne. Puis par le réseau, on a commencé à avoir pas mal de demandes de gens qui traversaient ça. On ne savait pas comment faire. Et puis, on a eu tellement de demandes. On s'est dit, ce n'est pas possible, il faut monter une association parce qu'on ne peut plus faire ça en dehors de notre temps de travail. On a accueilli des gens chez nous, avec des enfants, dans des circonstances assez graves. On s'est dit, bon, à un moment, on va monter quelque chose de sérieux. Et là, j'ai du coup dit à mes responsables que je souhaitais créer cette association. Ils m'ont dit, mais ça, c'est... C'est un truc de retraité, c'est un truc de bénévole, tu feras ça à la retraite. Je dis non, je serai trop fatiguée. C'est marrant comme réflexion. Parce qu'ils n'avaient pas très envie que je parte. Et en fait, je me rendais compte que vu l'ampleur de la situation, c'est un couple sur dix qui est concerné, il faut une réponse d'ampleur. Donc j'ai repris des études, j'ai fait un master 2 à l'IAE, en Management Administration d'Entreprise. J'ai fait un DU à l'ICP, Abus et Bientraitance. Tout ça en continuant de travailler, dans l'idée de créer l'étoile du berger, une structure qui soit assez solide pour faire face à ce fléau, essayer d'apporter une réponse. Et donc en septembre 2024, j'ai quitté mon job, alors que mes enfants rentraient tous en études supérieures, école de commerce, mais je me suis dit, c'est pas grave, on fait confiance. De toute façon, je sentais que ma place était là. J'avais un tel bonheur d'accompagner les personnes qui arrivaient et de voir les résultats. Je savais que ma place était là et je savais qu'il ne fallait pas tarder vu l'ampleur. Donc j'ai quitté en septembre, en décembre j'ai créé l'association L'Etoile du Berger et on a cherché un lieu pour accueillir. Et je voulais un lieu protecteur, un lieu caché, auquel on n'imagine pas qu'on aide des femmes ou des hommes à partir. et j'avais l'idée d'un couvent peut-être que j'ai trouvé Sister Act je ne sais pas mais je voulais que ce soit en centre-ville et pas reclus et pas reclus effectivement on a pu trouver ce lieu extraordinaire avec 4000 m² de jardin en cœur de ville et on a fait des travaux il y a eu un vraiment un vent de solidarité des entreprises, parce qu'on n'avait pas un sou. C'était un ancien couvent, qui est toujours un couvent, mais il n'y avait plus que quatre religieuses dans 1500 m². Donc, elles nous ont laissé une aile complète pour pouvoir s'installer et se développer. Leur présence est très discrète. L'idée, c'est vraiment l'accueil de tous. Mais c'est vrai que ce lieu est assez extraordinaire, et on ne peut pas deviner ce qui se passe derrière les murs. Et donc ça, on a créé l'Etoile du Berger. On a pu ouvrir en avril 2025 et depuis on accompagne plus de 70 familles et on a des appels de toute la France.
- Speaker #0
Et comment vous les accompagnez alors justement ?
- Speaker #1
Alors l'Étoile du Berger est sur quatre piliers. Le premier c'est un accompagnement intégral de la personne avec un référent, parcours victime, qui est généraliste sur tous les sujets psychologiques, juridiques, social, familial et professionnel, et qui en fonction de chaque famille va monter une équipe pluridisciplinaire autour de la personne pour répondre à tous ces sujets, parce qu'on est dans des situations généralement très complexes. où il faut prendre tous ces sujets en même temps. Donc ça, c'est l'accompagnement qui peut se faire sur place, c'est mieux, puisque le lieu est incroyable, ou à distance, pour toutes les personnes qu'on accompagne à distance. Bien sûr, on essaye de tisser des partenariats avec les associations locales et on vient compléter ce qui manque. Ensuite, on a effectivement l'accueil dans ce lieu qui permet aussi d'accéder à des ateliers, de venir avec ses enfants. Là, on est en train de développer aussi un accompagnement spécifiques pour les enfants. Parce qu'au début, je me disais, si on accompagne déjà les parents, les enfants iront mieux. Mais en fait, c'est un peu une utopie. Les enfants sont toujours co-victimes. Ils sont très abîmés. Et comme déjà, le parent, c'est difficile de partir, de les soutenir dans cette période, si on ne soutient pas aussi l'enfant, c'est un cercle vicieux. Et donc, les enfants ont vraiment besoin de déposer une parole parce que très souvent, ils sont obligés de continuer à voir le parent qui est le parent qui est violent et du coup ils ont besoin de déposer leur parole donc on a une éducatrice de jeunes enfants qui maintenant reçoit les enfants ils peuvent, voilà et c'est un lieu où ils peuvent être logés aussi il n'y a pas de logement en revanche ça c'est le troisième pilier d'Etoile du Berger c'est un réseau d'entraide donc l'idée c'est de trouver des hébergements chez des gens qui ont des studios, des petits appartements à tenant, souvent pour leurs petits-enfants, des grands-parents, qui sont OK pour le temps de retrouver un logement plus pérenne, accueillir les personnes un peu en urgence. Et je trouve que c'est intéressant aussi que ces familles soient accompagnées d'autres familles qui vont bien. C'est important aussi de montrer aux enfants qu'il y a des couples qui s'entendent, que l'amour c'est beau. Et donc, on a tout un réseau de familles qui acceptent d'héberger dans des logements indépendants ou qui louent pour rien, sans pendée, ni caution, ni vulcain de salaire.
- Speaker #0
C'est une vraie chaîne de solidarité qui se met en place. Et retrouver un soutien là où on a l'impression que ça peut être compliqué.
- Speaker #1
Et puis qu'on soit reçu dans des logements qui soient dignes, qui soient beaux.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
On a le droit au beau. en fait on est courageux quand on fait ce chemin et donc c'est difficile quand on se retrouve dans des logements extrêmement précaires dans des quartiers difficiles parce qu'en fait on a peur pour nos enfants surtout
- Speaker #0
Est-ce que du coup il y a aussi la sécurité de dire qu'on ne sait pas où ils seront logés etc ou en tout cas qu'il y a quelqu'un autour voilà c'est aussi une question j'imagine de sécurité Quand il y a vraiment un risque féminicide là on travaille avec des associations spécialisées qui sont capables de faire disparaître les personnes de les mettre dans des hébergements sécurisés avec des gardiens On peut vous contacter et après vous pouvez déléguer à d'autres assos. Nous,
- Speaker #1
on a un premier entretien d'orientation et on évalue le risque, le risque féminicide, bien sûr. On fait vraiment une première évaluation très complète et en fonction, on oriente vers la bonne asso. Si c'est nous, c'est nous, mais si on évalue un risque, il faut absolument voir pour un téléphone grave danger. Il faut voir s'il y a besoin d'un émergement d'urgence. On travaille aussi avec partout. parfois des hébergements d'urgence, on n'a pas le choix. Et quand on voit que la situation, il n'y a jamais eu, par exemple, de violences physiques, on accompagne beaucoup de gens qui ont beaucoup de contrôles coercitifs. Après, on ne sait jamais, ça peut déraper, surtout au moment de la séparation. Mais quand on n'évalue pas de risque, là, à ce moment-là, si les familles sont d'accord, elles sont hébergées, il est le temps de trouver un hébergement plus pérenne, souvent un logement social. puisqu'on a une priorité quand on est victime de violences intrafamiliales.
- Speaker #0
Tu nous as expliqué tous les piliers, je crois qu'il en manquait.
- Speaker #1
Et le dernier, c'est la sensibilisation d'entreprise. La violence impacte l'entreprise. La violence intrafamiliale impacte. Ça coûte 9,7 milliards d'euros par an à la société. Et un tiers est supporté en baisse de productivité, donc c'est supporté par les entreprises. Évidemment quand on est victime de violences, on ne peut pas être concentré, on n'a pas dormi la nuit, on a forcément une humeur... C'est compliqué, on a de l'absentéisme parce qu'on doit gérer en catastrophe des choses, on a des pressions de dingue à la maison. Donc ça touche l'entreprise, il faut savoir que ça a été estimé à à peu près 25 000 euros par an pour une entreprise, le coût d'un salarié qui est touché par des violences intrafamiliales. Quand je dis violences, c'est tout type de violences et notamment les violences psychologiques. Et puis aujourd'hui la jurisprudence est claire. Si la violence entre dans l'entreprise, c'est-à-dire que vous recevez des SMS pendant votre temps de travail, que votre conjoint est au pied de votre entreprise, ça tombe dans les risques psychosociaux, avec une obligation pour l'employeur de mettre en sécurité. Et aujourd'hui, les employeurs ont une obligation de savoir détecter des violences, prendre en compte et orienter leurs salariés. Donc c'est encore malheureusement... Mais je dirais que pour des chefs d'entreprise, c'est lourd. On est quand même sur une sphère privée. Mais c'est vrai que quand il y a des violences, en fait, ça concerne toute la société. Et on a des enfants à protéger. Et là, on a un devoir de protéger nos enfants. On ne peut pas laisser des enfants. Aujourd'hui, c'est un enfant sur dix en France qui subit de l'inceste au quotidien. Et ça, on ne peut pas fermer les yeux.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Et chacun doit prendre sa part. Et donc, on ne demande pas aux entreprises de venir des psys, mais on leur demande quand même de savoir détecter les symptômes. de prendre en compte et de pouvoir orienter vers des structures qui accompagnent. Donc l'idée, c'est de venir sensibiliser les managers, les chefs d'entreprise sur ces sujets, de toucher aussi nos cibles, parce que notre cible, elle est en particulier des gens qui justement, c'est monsieur et madame tout le monde qui cachent. Et on n'imagine pas en fait ce qui se passe et qu'en ayant ces sensibilisations, elles puissent aussi se dire, il y a une asso qui existe, discrètement, je vais y aller. Voilà, c'est un peu...
- Speaker #0
Comment justement on peut... aider l'association. Si des gens nous écoutent et ont envie que ce soit des entreprises ou des particuliers qui se sentent, alors après on verra les personnes qui sont victimes et comment aussi on peut vous contacter. Mais les personnes qui veulent aider financièrement ou je ne sais pas comment, justement, tu peux nous expliquer comment on peut aller vers vous et comment on peut vous accompagner.
- Speaker #1
Alors, on a un site internet, c'est l'étoile du berger.org Merci. sur lequel on peut nous contacter, soit parce qu'on a besoin d'aide, soit parce qu'on a envie de nous soutenir. Il y a un lien vers des dons possibles avec reçu fiscal. Il faut savoir qu'il y a 75% de réduction d'impôt sur les 1000 premiers euros. Et puis, on peut nous contacter aussi si on est une entreprise et qu'on a envie d'avoir une sensibilisation. Et là, on monte un programme sur mesure avec généralement le RH ou le chef d'entreprise. pour faire vraiment une intervention adaptée à ce qu'elle souhaite, à un niveau aussi qu'elle souhaite de sensibilisation. Et voilà, c'est très facile à travers le site internet. Et puis on est en train de lancer un système de parrainage. L'idée c'est que les personnes qui arrivent, même si c'est monsieur et madame tout le monde parfois qui ont un travail, parfois qui ont fait des études supérieures importantes, mais qui n'ont pas pu travailler, surtout qui sont en arrêt total dans leur vie. Le coût de l'accompagnement pendant un an, c'est 1900 euros, le coût de l'accompagnement d'une famille. Et évidemment que c'est beaucoup trop lourd pour une famille qui sort des violences, où on est forcément en précarité économique. Et donc l'idée, c'est de lancer un parrainage, c'est que ces personnes, quand elles arrivent, elles puissent accepter d'être aidées. Souvent, c'est difficile. Et de leur dire, quand vous irez mieux, ce sera à votre tour d'aider, si vous le souhaitez. et vous pourrez parrainer une autre famille. Sauf que là, comme on démarre l'association, on a besoin d'amorcer. Donc cette année, on cherche une centaine de parrains qui pourraient accompagner une famille sur un an ou six mois. Donc ça peut être 900, 950 euros, ou 1900 encore mieux. Et ça permettrait d'accompagner une famille, de financer l'accompagnement d'une famille pendant un an. Et ces familles, quand elles s'en sortiront, on sait qu'elles vont s'en sortir et que la vie sera plus belle après. Et on sait qu'elles n'oublieront pas et qu'elles ont envie d'aider. Et donc, cette chaîne de solidarité va tourner. Et elles pourront, à leur tour, aider et aussi montrer qu'on peut s'en sortir. C'est ça qui est important. Parce que quand on tombe dedans, on se dit, c'est fini, ma vie est finie. Je ne vois pas de sortie. Et si, et heureusement. Et la vie est plus belle après.
- Speaker #0
Et toi, justement, comment, à un moment, tu t'es dit, alors que c'était... Alors, tu nous l'as expliqué un petit peu, mais... Merci. On se dit, voilà, moi aussi j'ai envie de tendre la main aux autres, alors que moi, c'est encore un peu fragile, ou encore j'ai encore des blessures, et que peut-être on peut avoir aussi envie de tourner la page de ce sujet-là. Comment toi t'as eu envie à la fois d'aider les autres et de construire ta propre guérison en parallèle ?
- Speaker #1
Alors je pense qu'il y a plein de manières d'aider justement, parfois c'est dans l'action, parfois quand on n'a pas le temps. Justement, ce sont des sujets lourds, et évidemment, parfois on a envie de tourner la page et de ne plus être en contact avec ces choses traumatisantes. Donc on peut tout à fait soutenir financièrement, c'est une belle façon d'aider à son tour. Moi, je m'étais promis que je ferais quelque chose. Et je pense que je n'avais pas forcément conscience que tout n'était pas guéri, donc je me suis sentie... Voilà, ça faisait 12 ans que ça était passé, donc voilà, ça faisait quand même quelques années. Et puis finalement, en créant l'Étoile du Berger, en me formant sur ces sujets de la violence, du psychotrauma, des cycles de la violence, j'ai encore appris des choses. C'est venu encore guérir des blessures, ça m'a demandé encore de travailler. D'ailleurs, aujourd'hui, je ne fais pas d'accompagnement direct des familles. C'est sûr que tant qu'on n'est pas... guéri en grande partie, je pense que c'est compliqué d'aider. Il faut avoir réglé, il faut qu'il n'y ait plus de violence à l'intérieur de soi. Je pense que quand on est encore en colère, c'est compliqué d'aider de manière ajustée. Et puis on est là pour l'autre, donc si ça renvoie trop à son histoire personnelle, c'est compliqué. Donc il y a plein de façons d'aider, c'est pas forcément en accompagnant en direct, mais en écoutant le psychotrauma.
- Speaker #0
Et toi, ça t'a permis justement de dire que parfois le vécu peut être utile sur la suite, en tout cas pour aider les autres et se reconstruire.
- Speaker #1
Quand on a traversé cette épreuve, on l'a senti dans sa chair et on sait ce que c'est. Quand on ne l'a pas traversé, on imagine, mais il y a des choses qui sont tellement de l'ordre de la folie que parfois on se dit, est-ce que c'est vraiment vrai ? Est-ce qu'elle n'exagère pas ? Est-ce qu'elle n'est pas un peu traumatisée en hypervigilance ? Quand on est passé, on sait que c'est vrai. Je pense que c'est important, quand une personne vient parler, de lui dire « je te crois » . C'est honteux. La honte est sur les autres, pas sur l'auteur de violence. On a honte. Surtout quand on a fait des études, on est à peu près câblé. On se dit « j'ai pas su dire non » . Je n'ai pas su arrêter, je n'ai pas su stopper au moment où j'aurais dû stopper. Et on a une grande culpabilité aussi vis-à-vis de nos enfants. Parce qu'en fait, parfois on pense que le courage, c'est de rester plutôt que de partir. Sauf qu'en fait, nos enfants, si on ne met pas des mots sur la violence, les statistiques sont assez dramatiques. C'est-à-dire que si vous n'nommez pas les violences, si vous n'expliquez pas à vos enfants... que vous vivez de la violence et que ce n'est pas possible, vous avez généralement un tiers de vos enfants qui s'identifient aux parents bourreaux, qui sera bourreau, un tiers qui s'identifie aux parents victimes, qui sera victime, et seulement un tiers qui pourront avoir une chance de résilience s'ils sont aidés. Et c'est comme ça qu'en fait on fabrique des générations de personnes violentes ou qui entreront dans des relations toxiques et qui ne verront pas l'anomalie. Donc en fait le courage c'est de dénoncer ces violences et de protéger nos enfants. montrer ce que c'est que l'amour. L'amour c'est pas ça.
- Speaker #0
Est-ce que tu as eu des élans de solidarité, d'amour, de partage que tu as vécu et qui t'ont fait du bien parce que tu t'y attendais pas non plus au beau après la tempête ?
- Speaker #1
Ah oui, j'ai eu beaucoup de chance. J'ai d'abord trouvé un travail du jour au lendemain.
- Speaker #0
Quelqu'un qui t'a fait confiance ? Oui.
- Speaker #1
Vraiment, j'ai rencontré le samedi, le lundi je démarrais. J'ai pu trouver ce logement, le propriétaire a accepté, alors que je n'avais pas de bulletin de salaire encore, de me loger avec juste mes parents caution. J'avais ni pension alimentaire, ni bulletin de salaire, donc j'ai eu beaucoup de chance. C'est là que j'ai mesuré ma chance aussi. Je me suis dit, en fait, il y a des femmes ou des hommes, parce que ça arrive aussi à des hommes, qui n'ont pas cette chance, qui n'ont pas de famille, qui n'ont pas le réseau. et qui se retrouvent à la rue. C'est là où je me dis que j'ai de la chance, mais du coup, il faudra que m'en souvienne pour plus tard. Donc j'ai bien entendu. Et j'ai dû... Quasiment j'ai perdu tous mes amis parce qu'en fait les gens comprennent pas. On avait une vie assez mondaine, on avait une trentaine de copains qu'on recevait régulièrement, mais restaient trois amis et pourtant je partais pour personne. Les gens ont peur, ils se disent on va pas se positionner, comme en plus on cachait bien notre jeu.
- Speaker #0
On sait pas ce qui est vrai des fois, est-ce qu'elle raconte ?
- Speaker #1
Elle dit pas ça pour pouvoir partir, et donc les gens s'éloignent. on voit un miroir, ils ont peur aussi pour leur couple. Et ça, c'est extrêmement violent. Je ne m'y attendais pas. Et donc, c'est pour ça qu'à l'Étoile du Berger, on pense au réseau. Retrouver des amis, changer de groupe d'amis, parce qu'en fait, c'est difficile aussi pour les amis de se positionner. C'est normal qu'ils ne sachent pas qu'est-ce qui est vrai, qu'est-ce qui est faux, qu'est-ce qui est exagéré. Il y a deux versions opposées, c'est systématique. Donc, on ne peut pas leur en vouloir. Et en fait, il faut rebâtir.
- Speaker #0
Oui, c'est peut-être bien aussi d'avoir un nouveau réseau, plus neuf.
- Speaker #1
Moi, d'abord, j'ai pu faire le tri des vrais amis. Et puis, j'ai rencontré des gens que je n'aurais pas rencontrés. Et en fait, ça m'a ouvert aussi à d'autres vies, d'autres personnes que je n'aurais jamais rencontrées, je pense. Et en fait, c'est une richesse énorme. En fait, on grandit en humanité, en ouverture, évidemment. C'est beaucoup plus difficile d'être dans le jugement des autres quand soi-même, on ne se sent pas génial. Et c'est vrai que parfois, on peut avoir tendance un peu à juger de son mal qu'il est bon en disant un tel est comme ci, oh bah tiens, elle ne se sait pas. Et en fait, quand on est passé par là, je pense qu'on grandit en humanité. Alors ça pourrait grandir sans les épreuves, mais voilà, on n'est pas obligé de passer par là. Et puis je crois que quand on est faible, c'est là qu'on est fort. Parce qu'on est obligé de demander de l'aide. C'est souvent pas dans notre caractère. Quand on épouse des gens qui abusent de nous, c'est que souvent on est dans l'aide. Et bien ça nous apprend à demander de l'aide et à s'enrichir de la richesse des autres, de la vie des autres, des professionnels surtout. C'est important d'aller voir des professionnels. Et finalement, on en sort grandi, mais il faut du temps pour le voir. Mais après quelques années, on s'en aperçoit.
- Speaker #0
Merci beaucoup pour ce message. J'ai encore quelques questions signatures du podcast. J'aimerais que tu me donnes ta définition d'agir. Pour toi, ça signifie quoi ?
- Speaker #1
Alors pour moi, agir, c'est très concret. On a l'idée, on la mesure et on fait. Je pense que c'est important de prendre le temps quand même de mesurer, d'avoir vraiment toute une phase d'idéation. C'est ce qu'on a fait. de comprendre le besoin, et puis après, de concrètement essayer, et puis d'ajuster à fur et à mesure. C'est faire, pas que dire.
- Speaker #0
Est-ce qu'à un moment, tu as eu une ressource, un livre, une histoire, un film, une rencontre, quelque chose en particulier qui t'a donné envie de continuer d'agir, qui t'a donné envie de te dire qu'il y aurait un après aussi ?
- Speaker #1
Je pense que de voir tous ces gens qui se sont mobilisés pour moi, et même aujourd'hui à l'Étoile du Berger, de voir toutes ces personnes qui viennent, qui frappent à la porte, je viens aider. Souvent c'est des gens qui ont vécu, soit eux-mêmes, soit ils ont eu des proches qui ont vécu. C'est extraordinaire, parce que c'est de l'aide absolument gratuite. On vient se mettre au service, on ne vient pas se servir. Et ça... Moi, je trouve ça extraordinaire. La capacité du réseau à se mobiliser pour des gens qui ne connaissent pas, parce qu'ils ont envie d'aider, parce qu'ils ont envie de faire du bien pour leurs prochains, sans les connaître et sans rien attendre en retour. Ça, je trouve ça merveilleux.
- Speaker #0
Ça l'est. Est-ce que tu as une femme qui t'inspire au quotidien, qui te donne justement envie d'agir, ou que tu trouves que son action est inspirante ?
- Speaker #1
Alors moi, j'aime beaucoup Jeanne d'Arc. J'ai grandi en Champagne. Et je trouve que c'était une femme remarquable, très avant-gardiste, très courageuse et qui justement s'est donnée totalement gratuitement pour les autres.
- Speaker #0
Et pour terminer, est-ce que tu as un message en particulier à adresser aux auditeurs, aux auditrices qui pourraient être touchées par ce que tu as vécu ? Tu aurais envie de leur dire quoi ?
- Speaker #1
J'ai envie de leur dire que la vie n'est pas finie, qu'elle va commencer quand justement... On se sera séparé de ces liens toxiques. Il y a eu un sondage sur le bonheur. Et on s'est rendu compte que le bonheur ne dépendait pas de son argent, mais de la qualité des liens.
- Speaker #0
Et quand on vit avec des liens toxiques, en fait, on ne peut pas être heureux. Il ne faut pas avoir peur de les couper, même si ça fait mal. Il vaut mieux avoir un bras en moins, mais le corps vivant. Merci beaucoup, Astrid, de nous avoir livré ton histoire personnelle. Et aussi, merci pour ton engagement. Je ne manquerai pas de mettre les liens, de donner les informations pour qu'on puisse te contacter et essayer d'activer mon propre réseau pour faire marcher tout ça. et que l'on puisse avancer tous ensemble. Un grand merci. Avec grand plaisir.