Speaker #0La contrainte créative du jour, pour Jeanvoix2026, c'est de partager une source d'inspiration, un livre, une ressource, une personne. Facile, j'en ai plein. Le plus dur, c'est peut-être de choisir. Si tu me connais un peu, tu sais que j'adore la science-fiction, mais pas la science-fiction gadget, pas les histoires de vaisseaux pour les vaisseaux, mais celles qui te retournent le cerveau, celles qui te forcent à penser autrement, à changer d'échelle, à remettre en question ce que tu croyais évident. Et la trilogie Le problème à trois cordes de Liu Qijin... fait clairement partie de ces oeuvres-là, je l'ai adoré. Les trois tomes sont passionnants, et ce qui est assez rare pour être souligné dans une trilogie, c'est que selon moi, le dernier tome est le meilleur. Plus vertigineux, plus dérangeant, plus radical. C'est un livre qui te bouscule profondément, il remet en question ta façon de penser, ta façon de voir le monde, ta manière même de concevoir la réalité qui t'entoure. Et ouais, c'est pas toujours confortable, mais ça fait un bien fou. On y touche à des lois de la physique qui sont complètement vertigineuses, des lois qui nous obligent à sortir de notre petite échelle humaine, de nos repères habituels, de notre illusion de contrôle. On change de dimension littéralement. Et en lisant, je me suis rendu compte d'une chose. Il y a dans cette trilogie énormément de réflexions qui font écho à ce que je raconte semaine après semaine ici, dans Empowercast. Sur le chaos, sur l'incertitude, sur la peur du futur. sur notre rapport au contrôle, à la survie, à l'évolution. Alors aujourd'hui, j'ai envie de te faire découvrir ça. Pas le livre en lui-même, mais les parallèles puissants qu'on peut faire entre cet univers de science-fiction et nos vies bien réelles d'êtres humains et d'entrepreneurs. Allez, bonne écoute ! Bienvenue dans Impowercast. Pendant tout le mois de janvier, j'ai décidé de relever le défi Jean-Bois proposé par l'Académie du podcast. Il s'agit de publier un épisode par jour, tous les jours, en tenant compte d'une contrainte créative ou narrative imposée. Pour l'occasion, Empowercast s'est paré d'un nouveau générique et j'espère que tu l'apprécieras et que tu t'amuseras autant que moi à écouter chacune de ces capsules. Pour info, tu pourras retrouver tous les participants à ce challenge grâce au hashtag j'envoie2026 sur les réseaux sociaux. Dans le problème à trois corps, il y a une idée centrale qui change complètement la manière de voir le monde. Un système à trois corps est fondamentalement imprévisible. Pas parce qu'on ne serait pas assez intelligent, pas parce que les calculs seraient mal faits, mais parce que par nature, ce type de système est chaotique. Il n'existe pas de modèle stable, pas de trajectoire parfaitement prévisible, pas de sécurité durable. Et ça, c'est extrêmement inconfortable pour l'esprit humain. Rien n'est prévisible. Parce que notre cerveau, lui, il adore la stabilité. Il adore pouvoir anticiper. Il adore se raconter que s'il fait tout bien, alors tout ira bien. Sauf que la réalité, elle ne fonctionne pas comme ça. Et c'est là que le parallèle avec nos vies et avec l'entreprenariat en particulier devient évident. On passe énormément d'énergie à chercher la stratégie parfaite, le modèle stable, l'organisation qui éliminerait enfin l'incertitude, comme si le chaos était une anomalie, comme si l'instabilité était le signe que quelque chose ne va pas bien. Alors qu'en réalité, le chaos fait partie du système. C'est ce qu'on appelle la loi de l'entropie, en physique, tout tend vers le chaos. Le vivant est chaotique, le corps est chaotique, le cerveau est chaotique, un business est chaotique. Et très souvent, ce qui épuise le plus les entrepreneurs que j'accompagne ou que je vois autour de moi, ce n'est pas la charge de travail, c'est la lutte permanente contre cette réalité, ce chaos. Vouloir forcer de la stabilité là où il n'y en a pas, vouloir contrôler ce qui par nature échappe au contrôle. Dans la trilogie, certaines civilisations disparaissent précisément parce qu'elles refusent d'intégrer cette donnée. Elles veulent figer le monde, elles veulent des certitudes absolues et elles s'y cassent les dents. Et nous, à notre échelle, on fait souvent exactement la même chose. Peut-être que la vraie question, ce n'est pas comment est-ce que je peux éliminer le chaos de ma vie ou de mon business, mais plutôt comment je peux apprendre à fonctionner intelligemment à l'intérieur du chaos. Je te laisse déjà avec cette première bascule-là. Dans le problème à trois corps, l'humanité est confrontée à une menace lointaine, pas une menace immédiate. pas quelque chose qui va arriver demain matin. Non, une menace qui arrivera dans plusieurs siècles, mais dont l'issue est quasiment certaine. Et ce qui est fascinant, c'est pas tant la menace elle-même, c'est la façon dont les humains réagissent à cette projection dans le futur. La peur prend le pouvoir. Les décisions deviennent complètement irrationnelles. Certaines stratégies sont choisies, non pas parce qu'elles sont justes, mais parce qu'elles rassurent temporairement. On sacrifie le présent au nom d'un futur hypothétique. On accepte l'inacceptable parce qu'on n'a pas le choix, on se coupe de toute forme de nuances, et là encore, le parallèle avec nos vies, il est saisissant. Combien de décisions sont prises aujourd'hui par peur de manquer plus tard ? Peur de l'échec, par peur de ne pas être à la hauteur, par peur de ce qui pourrait arriver si, genre au cas où. Le cerveau primitif, il adore fonctionner comme ça, il est programmé pour anticiper les menaces et il préfère mille fois une mauvaise décision rassurante à une bonne décision inconfortable. Le résultat, c'est qu'on accepte des rythmes intenables en attendant que ça aille mieux, on empile des projets sans se demander s'ils font vraiment du sens, on se force, on serre les dents, on tient. Pas parce que c'est aligné, mais parce que la peur du futur prend le volant. Dans la trilogie, cette logique mène à des choix collectifs qui sont lourds de conséquences. Et dans nos vies, elle mène souvent à autre chose. À la fatigue chronique, à la perte de clarté, à l'épuisement et parfois au burn-out. Et la question clé, elle est là. Est-ce que tu prends tes décisions à partir de ce que tu vis réellement aujourd'hui ou à partir d'un scénario futur que ton mental a construit pour te protéger ? Parce que très souvent, ce n'est pas le futur qui nous abîme, c'est la façon dont on le redoute. Ce que j'ai trouvé particulièrement intelligent dans cette trilogie du problème à trois corps, c'est que la science n'y est jamais idéalisée. Elle est puissante, oui, brillante, souvent, mais elle n'est jamais neutre. Chez Liu Shijin, la science devient dangereuse lorsqu'elle est coupée de l'éthique, du sens et du vivant. Quand elle n'est plus au service de la vie, mais uniquement de la performance, de la survie ou du contrôle. Et ça, ce n'est pas un problème de science-fiction, c'est un problème qui est même très contemporain, parce qu'on retrouve exactement la même dérive dans le monde du travail et dans l'entrepreneuriat. Des chiffres sans humains, des KPI qui n'ont pas de sens, des stratégies qui marchent mais qui laissent les gens complètement essorés. On sait optimiser, on sait automatiser, on sait scaler, monter en échelle, mais on ne se demande pas toujours à quel prix on le fait. Et dans un powercast, je parle souvent de ça. de cette illusion qui consiste à croire qu'une méthode, une stratégie ou un outil suffira à régler un problème qui, en fait, est profondément humain. Alors que quand quelque chose n'est pas incarné, quand ce n'est pas respectueux du corps, du rythme, du système nerveux, ça finit toujours par se retourner contre nous. Et dans la trilogie, certaines décisions sont scientifiquement brillantes et humainement catastrophiques. Dans nos vies, c'est pareil. Tu peux avoir la meilleure stratégie du monde si elle te coûte... ton énergie, ta clarté ou ta santé, ce n'est pas une solution. La vraie question, finalement, ce n'est pas vraiment est-ce que ça fonctionne, c'est est-ce que ça fonctionne pour un être humain comme moi. Dans le problème à trois corps, il y a une distinction fondamentale entre deux attitudes. D'un côté, il y a celles et ceux qui cherchent avant tout à survivre. Ils veulent préserver l'existant, maintenir ce qui est déjà là, tenir coûte que coûte. Et de l'autre, il y a celles et ceux qui acceptent une idée beaucoup plus... plus inconfortable, pour continuer à exister, il faut parfois changer radicalement de forme. Renoncer à ce qu'on connaît, abandonner des repères familiers, laisser mourir une version de soi pour en faire émerger une autre. Et cette ligne de fracture, on la retrouve très clairement chez les entrepreneurs. Beaucoup confondent durer avec évoluer, tenir avec grandir, résister avec se transformer. Alors ils s'accrochent à un modèle qui a fonctionné par le passé ? à une façon de travailler qui est devenue trop étroite, à une identité qui ne leur correspond plus vraiment, mais qui rassure parce que c'est connu. Donc ça permet de survivre. Évoluer, par contre, c'est inconnu. Mais le problème, c'est que survivre en permanence finit par coûter très cher. En énergie, en créativité, en joie, en sens. Dans la trilogie, certaines civilisations disparaissent, non pas parce qu'elles manquent d'intelligence, mais parce qu'elles refusent. cette transformation-là. Et dans la vraie vie, on observe la même chose. Ce n'est pas le changement qui épuise le plus, c'est la résistance au changement. Évoluer, ce n'est pas forcément faire plus, c'est parfois faire autrement. Ou même faire moins, mais plus juste. Et ça, ça demande une vraie lucidité et souvent beaucoup de courage. Ce que Liu Xieqin fait de manière magistrale dans cette trilogie du problème à trois corps, c'est nous obliger à changer d'échelle. À un moment donné, l'humanité cesse d'être le centre du monde, elle devient minuscule, vulnérable, presque insignifiante à l'échelle cosmique. Et ce changement de perspective est profondément déstabilisant, parce qu'il remet l'ego à sa juste place. Il démonte l'illusion de toute puissance, il rappelle que nous ne maîtrisons pas grand-chose en réalité. Et ça, paradoxalement, c'est très apaisant. Dans nos vies d'entrepreneurs, l'ego est souvent sursollicité. On se sent responsable de tout, on porte tout. tout, on croit que tout repose sur nos épaules et plus l'ego est sous tension, plus le système nerveux est en alerte. Plus on se crispe, plus on s'épuise. Prendre de la hauteur, vraiment, ça change tout. Se reconnecter au temps long, à quelque chose de plus vaste que nos objectifs, nos chiffres. Et ce n'est pas fuir ses responsabilités, c'est arrêter de les porter seuls contre le monde entier. Quand on élargit le cadre, on respire mieux, on décide mieux, on se détend intérieurement et souvent on se rend compte qu'on n'a pas besoin d'en faire plus, on a juste besoin de voir plus large. À ce sujet, si tu veux changer de regard sur le monde et que tu habites pas très loin de chez moi, c'est-à-dire en Isère ou en Savoie, je t'invite à venir chez Agoragué. Je te mets le lien de l'agenda dans les notes du podcast. Il y a plein d'événements qui se déroulent au mois de janvier, mais aussi toute l'année, qu'ils soient culturels, économiques, sociaux, qui vont te permettre de voir les choses autrement, de rencontrer des personnes que peut-être tu ne rencontres pas dans ta vie de tous les jours. Bref, de voir les choses avec un nouveau regard. Je t'invite à nous rejoindre dès que tu peux. Il y a forcément quelque chose qui va t'intéresser. Pour conclure, j'ai envie de te dire que si cette trilogie m'a autant marquée, ce n'est pas seulement pour son intrigue ou sa complexité scientifique. C'est parce qu'elle agit comme un miroir. Elle met en lumière nos peurs, notre rapport au contrôle, notre difficulté à accepter l'incertitude, notre tendance à vouloir survivre plutôt qu'évoluer, et notre égo surdimensionné face à un monde infiniment plus vaste que nous. Et finalement, c'est exactement ce que je cherche à faire ici dans un PowerCast. Pas te donner des recettes toutes faites, mais t'inviter à changer de regard, à penser autrement, à reprendre le lead, non pas en forçant, mais en comprenant mieux les systèmes dans lesquels tu évolues. Alors je te laisse avec cette question, simple mais exigeante. Et si ce qui te fatigue aujourd'hui, c'était pas un manque de discipline, ni un manque de stratégie, mais un refus, souvent inconscient, d'accepter la complexité du vivant ? Je te laisse méditer là-dessus, et je te rappelle... que pour l'épisode du 11 janvier, j'ai besoin de toi. Laisse-moi un message sur le répondeur pour me dire quelque chose que tu aimerais savoir sur moi et je te répondrai dans l'épisode du 11 janvier. D'ici là, keep shining ! Merci d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout. Pendant tout le mois de janvier et pendant toute la durée de ce défi j'envoie, je te propose de me laisser des commentaires ou des questions sur le répondeur d'un powercast que tu trouveras dans les notes du podcast. C'est un lien sur lequel tu cliques et qui te permettra de me laisser un message de moins de 30 secondes. Mais il y a déjà de quoi en dire en 30 secondes. Allez, j'ai hâte d'écouter ton message. À demain !