- Flora
Bonjour et bienvenue dans le deuxième épisode d'En Réflexion, le podcast par et pour les enfants de pasteurs. Pour cette première saison, on plonge dans le thème essentiel de l'identité. Comment se construire quand on grandit dans un cadre aussi particulier ? Quels défis, quels principes de conscience, quelles forces en ressortent ? Dans cet épisode, je reçois Océane et Philippe pour discuter ensemble d'une phrase qui pourrait définir les enfants de pasteurs et de missionnaires, « Il faut que je sois parfait » , ou autrement dit, la pression de la perfection et son impact sur notre identité. Je n'en dis pas plus, vous allez voir, c'était une conversation passionnante. J'espère que ça vous donne des tips pour votre réflexion. Bonne écoute ! Bonjour à tous et bienvenue dans ce deuxième épisode, je suis très heureuse de vous retrouver aujourd'hui avec non pas un invité mais deux invités parce que c'était important pour moi d'avoir deux points de vue, deux approches de cette notion de perfection. Ces deux invités qui n'ont pas grandi dans le même milieu, on va dire, dans les mêmes années, dans les mêmes contextes, ni dans les mêmes cultures. Bref, je vais arrêter de faire durer le suspense, je vais les inviter à se présenter. bonjour Océane parce qu'on commence toujours par les dames bonjour et bonjour Philippe bonjour ça va vous allez bien ? ça va c'est un plaisir d'être là avec toi et avec vous pareil j'aurais voulu te présenter avant mais c'est pas grave on est pas avec la prochaine fois je commencerai par toi c'est gentil est-ce que vous pouvez pour donner un petit peu de contexte sur qui vous êtes parce que moi je vous connais très bien mais les personnes qui entendent ce podcast ne vous connaissent pas comme moi je vous connais est-ce que vous pouvez vous présenter présenter simplement mais aussi peut-être nous donner un petit parcours de votre vie, de savoir où est-ce que vous avez grandi,
- Speaker #1
qui veut commencer je vais laisser Océane quand même tu viens de dire que tu voulais commencer je reste quand même gentleman alors moi je m'appelle Océane du coup si je suis là c'est parce que je suis enfant de pasteur je suis née à Saint-Etienne et j'ai habité toute mon enfance le début de mon enfance entre Lyon et Saint-Etienne puis ensuite Ma vie a changé parce que mon père a décidé de devenir pasteur. Donc, on est parti vivre ensemble à Bordeaux, pendant son institut de théologie biblique. C'était un vrai projet familial. Après, j'ai eu beaucoup de déménagements. En tout cas, je suis née dans une famille chrétienne. Ça a rythmé ma vie. C'est vrai, le métier de mon père, du coup, parce qu'on a beaucoup déménagé. Donc, mes relations ont changé, etc. Après, on a déménagé dans le sud. Et ensuite, dernièrement en région parisienne. Donc voilà, que dire de plus ?
- Flora
Je pense que si tu penses que tu t'es bien présentée, moi ça me va. Ok Philippe, si tu veux bien.
- Speaker #2
Moi c'est Philippe, alors moi je suis né en mission. J'ai grandi en mission, j'ai vécu en mission. Et aujourd'hui, ma vie c'est aussi la mission, alors pas en tant que pasteur. mais dans un autre contexte voilà dans un autre ministère ceci dit mes parents étaient mon papa était missionnaire pasteur et et ça a fait que j'ai vécu à l'étranger grande grande partie de ma vie donc il ya quand même une un contexte un peu différent j'ai fait plusieurs pays avec des cultures différentes et Ça permet d'acquérir quand même pas mal de choses, soit de compétences, soit aussi de relations. C'est très intéressant. Et par contre, en tant que fils de missionnaire, on pourra reparler de la perfection qu'il faut avoir. Et dans différents pays, c'est la même chose en fait. Donc voilà, on se rend compte que quel que soit le lieu, on va avoir les mêmes contextes qui vont ressortir.
- Flora
C'est vraiment intéressant, mais c'est bien, ils donnent du petit teasing pour la suite. Mais justement, est-ce que tu peux prendre le temps, si tu es OK, de nous donner un petit peu plus de détails sur ce que ça veut dire d'être un enfant de missionnaire ? Parce que, par exemple, moi je suis fille de pasteur, mais je n'ai pas du tout ce vécu d'enfant de missionnaire.
- Speaker #2
La différence, c'est que quand on reste en francophonie ou alors autour de chez soi, On a quand même les connaissances. On va se déplacer peut-être d'une église à une autre de quelques kilomètres. Quand on a une mission, on change de pays. Donc déjà, on peut changer de contexte culturel. Ça, c'est une chose. Mais après, vous avez le contexte de la langue qui peut changer aussi. Le contexte de l'école. J'ai fait jusqu'à trois écoles par an. Ah ouais ? Avec les déménagements qui étaient inclus dedans. L'entreprenariat de missionnaire. C'est celui aussi qui va vivre des coups d'état parce qu'il est dans un pays étranger. L'enfant de missionnaire, c'est celui qui va rester l'été sans famille ou sans copain. Et là, il est obligé d'attendre que l'école reprenne. Tout le monde est parti et il doit supporter ça. Alors que dans ce que j'ai pu voir en France ou avec qui j'ai pu échanger... ils ont de la famille qui est assez proche, ils vont se balader, ils vont vivre des choses un peu particulières. Et là, tu ne peux pas. Sinon, il faut prendre un billet d'avion et l'enfant de missionnaire, il est débutaire du billet d'avion.
- Flora
Il est pauvre.
- Speaker #2
Ça, c'est le cas de le dire.
- Flora
Oui. Sachant qu'en plus, je crois que vous avez... Je ne veux pas dire de bêtises et tu me corriges, mais vous avez des retours prévus tous les 3 ou 5 ans. Alors... pour faire du financement, pour lever des fonds, non ?
- Speaker #2
Suivant les communautés dans lesquelles on est missionnaire, pour ne pas en citer, dans un premier temps, c'était tous les 4 ans qu'on pouvait rentrer en France. Et rentrer en France, ça voulait dire 6 mois de tournée missionnaire. C'était l'Ionais La France, en fait. Mais c'était quelque chose qui était organisé, donc on faisait un nombre d'églises considérable.
- Flora
Tu fais des tournées comme un boy-spawn.
- Speaker #2
Exactement. Et c'était, je vous présente ma famille, et c'était, voilà, ils sont ça, ils ont grandi, etc. Le petit chant qui allait bien avec, qu'il fallait faire dans toutes les petites lignes. Et ma petite amie qui était contente de nous voir. Alors c'est vrai qu'on avait toujours un gâteau qui traînait par là. C'est terrible. Vous avez chanté ? Ah oui, oui.
- Speaker #1
J'ai vu que c'était en représentation.
- Speaker #2
À partir du moment où on a pu chanter, on était en âge de chanter. On était susceptibles de faire un petit champ pour présenter et puis...
- Speaker #1
Et même si c'était pas ton talent ?
- Speaker #2
Ah non, c'était pas mon talent, tu rigoles. On n'a pas tous des talents artistiques comme ça. Non, non, c'était... Ah oui,
- Flora
c'était gênant.
- Speaker #2
Ouais, c'était gênant. Par contre, dans des pays un peu plus proches où les billets sont moins chers, c'était tous les deux ans.
- Flora
Ah oui, d'accord. Mais c'était les missions, les tournées, on va dire, de plus courte du coup aussi ?
- Speaker #2
Oui, c'était un mois et demi, deux mois. Et ce qui se passait sur les derniers temps... Moi j'avais papa qui rentrait plus tôt qui faisait la tournée et du coup on pouvait passer deux mois de vacances à peu près deux mois de vacances ensemble donc on faisait plus ces tournées là à la fin parce que ça nous gonflait il faut dire ce qu'il y a Ah ouais c'est intense quand même
- Speaker #1
C'est un investissement familial vraiment tout le monde doit s'investir autour de la mission etc ça prend pas que le pasteur ça prend vraiment Toute la famille.
- Speaker #2
C'est comme une passion. Mais c'est une passion surtout. Puis c'est un foyer. Il y a aussi l'exemple du foyer. Le couple, il est là, il a ses enfants et il se balade avec. Il faut aussi montrer la bonne image. Alors, je n'ai pas de problème avec ça. Puisque du coup, mes parents sont encore ensemble. Voilà. On est très bien. Je sais que pour d'autres, ça a été plus compliqué. Mais c'était aussi montrer que l'investissement était là.
- Flora
Ok. Alors vraiment, c'est un truc que je n'imaginais pas du tout. On a déjà reçu, nous, dans l'église dans laquelle j'ai grandi, des missionnaires, mais pas forcément des familles. On avait reçu des missionnaires soit célibataires, soit à deux, mais pas des familles. Et je n'imaginais pas du tout l'investissement que ça voulait dire, notamment sur les tournées, quand vous rentriez en France ou en francophonie. Ok, ok, super intéressant. Nous, on se dit, bon, ça va quand même, on est un peu plus tranquille. Je n'avais pas à faire des petits chants de présentation. Mais alors, Quand tu arrives dans une nouvelle mission, Tu as aussi tout ce truc de présentation ? Parce que tu me disais, des fois, tu as changé d'école jusqu'à trois fois dans l'année. Mais du coup, à chaque fois, c'est des nouvelles présentations, des nouvelles personnes, des nouveaux contextes culturels. Et du coup, il y a cette présentation de la famille missionnaire ?
- Speaker #2
Pas forcément. Les années où j'ai fait jusqu'à trois écoles, c'était sur le même champ missionnaire. C'est-à-dire dans le même pays. Dans d'autres pays, on est resté sur la même école.
- Flora
D'accord.
- Speaker #2
Oui, mais là où il y a des présentations différentes, c'est quand on change de champ de scénario.
- Speaker #1
Déjà, je pensais avoir beaucoup déménagé parce que j'ai changé d'école, je pense, cinq fois dans ma vie. Je pensais que c'était beaucoup, mais alors toi ?
- Speaker #2
Cinq fois, je ne les ai pas comptées, il faudrait que je les compte, mais ça pourrait être intéressant.
- Speaker #1
Au milieu du processus de la primaire, au milieu du... Non, pas au milieu du collège. Processus primaire, lycée et après deux fois. pas mal de temps, mais toi, c'est intense. Ça demande beaucoup de... En fait, les enfants de pasteur, je trouve qu'ils s'adaptent tout le temps. Ils se suradaptent même, constamment.
- Speaker #2
Ça fait partie des qualités qu'on peut développer.
- Speaker #1
C'est une très bonne qualité, mais ça peut aussi devenir un défaut quand on s'oublie complètement et on se suradapte. Donc, si les autres sont heureux, je suis heureuse, il n'y a pas de souci. Moi, ça ne compte pas.
- Speaker #2
Ça fait partie des points qu'on avait échangé avec Flora sur le fait de dire qu'on euh Le fait de changer, de perdre des repères à chaque fois, donc de se réadapter, on ne crée pas de lien. On ne crée pas de lien et tous ces liens, on n'a pas de lien, on n'a pas de passion. Et c'est des choses qu'on n'arrive pas et qu'il faut retravailler à la suite, plus tard.
- Speaker #1
Moi, mon mari, par exemple, il est du sud-ouest. Je suis obligée de parler de lui partout. Et en fait, il a une identité vraiment. C'est pas qu'il est chauvin, mais il est heureux de venir de là-bas. Moi, je me suis toujours sentie... décalé par rapport à lui parce que je n'ai pas d'endroit, enfin je ne viens de nulle part j'ai l'impression je viens de partout et nulle part je ne m'identifie pas à une région ou à un pays ici mais pas à une région en tout cas et même un groupe d'église vu que j'en ai tellement changé que je crois que j'ai très peu même d'amis d'enfance que j'ai gardé moi aussi c'est pareil quand
- Flora
j'ai préparé tout ce podcast, j'ai parlé avec chacun d'entre vous de manière euh... individuelle. Et c'est vrai que cette notion de perfection, elle est vite arrivée, sans forcément que je la mette en avant. Mais c'est quelque chose que vous aviez ressenti et que vous aviez d'une certaine manière vécu. Et comment est-ce que vous l'avez... Est-ce que vous pouvez expliquer comment vous avez vécu ou ressenti cette pression de paraître sans faille, ou alors l'envie de paraître sans faille, ou qu'on n'ait rien à vous reprocher ?
- Speaker #1
Moi, je trouve que ça arrive très tôt. Parce que même dans l'enfance, enfin directement dans l'enfance, on s'attend à ce que tu montres l'exemple en tant qu'enfant de pasteur. Donc que tu sois parfaite, que tu tiennes droit à l'église, que tu ne fasses pas de bruit pendant la prédication alors que tout le monde, tous tes amis sont au fond en train de jouer. Toi, tu es devant, sur les rangs de devant, en train d'écouter.
- Flora
Et tu te fais reprendre si tu fais du bruit. Exactement.
- Speaker #1
Donc voilà, tu as comme la mission de donner l'exemple. Moi, ça me mettait très, très mal à l'aise. je me rappellerai toute ma vie les mamans. des autres enfants qui venaient voir mes parents et qui disaient « Oh là là, j'aimerais trop que mes enfants soient comme ta fille, soient comme Océane. J'aimerais trop que telle personne soit comme Océane. » Et j'étais trop mal à l'aise. Parce qu'en fait, j'étais juste comme tout le monde, mais en cachette. Et moi, en tout cas, cette injonction à la perfection, ça m'a fait devenir, ça m'a fait exceller dans le mensonge. Parce qu'en fait, j'étais une excellente menteuse. C'est-à-dire que je savais tout cacher pour paraître parfaite, comme on l'attendait de moi. Mais j'étais comme tout le monde sinon, finalement. Donc ça c'est un peu compliqué je trouve, on s'attend à ce que tu sois parfait.
- Speaker #2
Exactement, il ne faut pas que tu bouges, tu es au premier rang et pas au dernier, tu es bien habillé. Il faut être au premier rang, il ne faut pas s'endormir, il faut suivre la prédication. Si on pose des questions derrière, il faut que tu saches répondre. Il ne faut pas faire trop de bruit. jouer avec les voitures trop fort, quand t'es enfant, c'est très très compliqué.
- Speaker #1
Et après arrive l'adolescence, et c'est très compliqué parce que tout le monde a un avis sur ta vie. C'est-à-dire qu'arrive l'adolescence avec les études, peut-être le choix des amis, des fréquentations, est-ce que t'as un amoureux ou une amoureuse, et en fait tout le monde donne son petit avis. En tout cas, moi, ça m'a vraiment marquée, et du coup, t'as envie de tout cacher. te cacher derrière la perfection et t'es pas toi-même, en fait. Tu sais même pas qui t'es vraiment. Parce que plus est-ce que les autres... s'attendent à ce que tu sois en fait. Tu es la projection de ce que les autres voient de toi. Et ça, c'est compliqué même dans l'âge adulte après.
- Flora
Oui, à déconstruire. Philippe, je sais que quand on a préparé l'épisode, tu m'as parlé de cette notion de fils d'eux. Est-ce que tu peux m'en dire plus ? Est-ce que ça veut dire pour toi le côté fils d'eux ?
- Speaker #2
Alors, dans la culture, pas forcément en France, mais au moins à l'étranger, Le fait d'être le fils du pasteur au fils du missionnaire, t'étais assis et on te servait. Donc j'en ai usé et abusé, c'était un avantage. Pour une fois j'avais quelque chose donc on y allait. C'était l'avantage de dire aussi j'ai le droit de faire ça, je suis le fils d'eux. Et c'est aussi quelque chose qui résonnait dans la tête en disant je suis le fils du pasteur, surtout il ne faut pas qu'il y en ait un qui me voit en train de sortir ou en train de faire une bêtise ailleurs. tout le monde te regardait. J'ai le souvenir où il y a des gens qui me disent « Ah, tu te souviens quand je t'ai pris en train de faire un feu entre deux voitures sur le parking pendant la réunion ? » Ah ouais, non, je ne m'en souvenais pas. Mais parce que j'étais le fils du pasteur, c'est quelque chose qui a été retenu. Et ça, c'est important. Je l'ai revécu derrière, dans le sens où c'est une notion que quand on est adulte et quand on évolue dans le milieu de nos églises, on ne dit pas qu'on est le fils d'eux. on oublie même son nom de famille on veut se créer sa propre identité parce que les gens nous associent à notre père, alors en bien ou en mal les gens ne sont pas mal intentionnés oui mais ils t'associent et toi psychologiquement t'as besoin de t'identifier à toi et pas à quelqu'un d'autre donc c'est vrai que ça ressort dans beaucoup de choses je sais qu'il y a certain.
- Flora
certains enfants de pasteurs, pour qui c'est insupportable pour eux d'entendre « Ah, mais t'es la fille ou le fils d'eux ! » Parce que, justement, pour eux, ils ont vraiment besoin de créer leur histoire détachée de cette notion de « Mon père était pasteur, mon père est d'abord mon père. »
- Speaker #1
Oui, c'est vrai.
- Flora
Et ce qui me lie à lui, c'est pas sa fonction. Mais ça, t'es compliquée. C'est son identité de papa par rapport à moi.
- Speaker #1
Mais ça dépend de l'expérience que tu as eue, parce que... Par exemple, moi, mon père, je ne vais pas l'incriminer, c'était ce qu'on lui demandait à l'époque, mais il avait la place de père. Sa place de père, elle était au second, voire troisième plan dans sa vie. C'était l'église en un, Dieu en deux, à la limite, ou peut-être Dieu en l'inversé. Ce n'est pas moi qui étais dans sa vie de prière, sa vie avec Dieu, mais la famille en trois, parce qu'il avait tellement de temps. à accorder à l'église. Il était surchargé de travail. À l'époque, dans les églises, et même encore actuellement dans les petites églises, le pasteur, il fait tout. Le pasteur, il fait les visites, il fait les prédications du dimanche et de la semaine. Parfois, la femme du pasteur et le pasteur font l'enfance et l'adolescence. Donc, ça leur demande...
- Flora
Le ménage, l'entretien, les travaux.
- Speaker #1
Exactement. Donc après, est-ce qu'il a la place d'être un père ? Des fois non, et ça peut créer vraiment une tension dans les familles et un rejet complet de la fonction de pasteur pour les enfants envers leurs parents. Et puis à l'adolescence en plus, c'est soit tu te construis par mimétisme parce que tu as aimé ce que tu as vu chez tes parents, soit en opposition. Du coup, là tu es en mode opposition complète. Je ne veux pas qu'on m'identifie en tant que fille de pasteur parce que ça n'a pas été un statut agréable dans l'enfance.
- Flora
Je sais que j'avais entendu une fois un témoignage d'un enfant de pasteur qui disait « Je voyais les chrétiens comme des voleurs de pères » .
- Speaker #1
Ah, c'est hyper fort.
- Flora
Oui.
- Speaker #2
C'est terrible, ça.
- Flora
C'était fort, quoi, de te dire « Mon lien à l'Église, il est biaisé parce que, en fait, je les vois comme des gens qui viennent m'empêcher d'avoir une relation avec mon père » .
- Speaker #1
Ce qui est très fort, c'est qu'il prend soin de tout le monde, parce que le pasteur prend soin. Mais du coup, des fois… On a l'impression en tant qu'enfant qu'il va prendre soin des autres, mais pas de moi. Parce qu'il ne vient pas me rejoindre dans mes besoins en fait, en tant qu'enfant, en tant qu'adulte, etc. Et du coup, c'est difficile. Vraiment, c'est tout un sujet.
- Flora
Oui, c'est ça, c'est que c'est tout un sujet qui est hyper vaste et hyper large. Est-ce que vous sauriez me dire pour vous, quel impact ces différents cercles ont eu sur vous ? Si je dois donner un exemple, je ne sais pas si mes parents m'ont donné cette notion de il faut que je me comporte parfaitement. Il y avait des règles sur lesquelles on se comporte bien, de la politesse, etc. Mais je dirais plus que pour moi, ce qui a beaucoup joué dans la création de ce filtre dans ma tête, ça a été l'Église. Parce que j'avais des retours de gens, j'avais les demandes. Même les gens viennent te faire des confessions sur leur vie privée. Alors que tu es un enfant de 8-12 ans, ils te partagent leurs problèmes. Ça peut arriver en fait. Ça ne m'est jamais arrivé. Ah ouais, c'est pas une tête de psy. Mais voilà, tu dois prendre soin aussi de l'église d'une certaine manière. Et tu entends aussi les retours que les gens ont à faire sur ton père, que ce soit positif ou négatif. Et en fait, toutes ces choses-là, ça a eu un impact sur moi où je me suis dit, pour me protéger ou pour éviter qu'on ait quelque chose à me dire, je vais mettre un filtre de « il faut que je sois parfaite » . Je ne sais pas si ça fait sens pour vous cette question ou pas.
- Speaker #2
Alors, savoir ce filtre qu'il y ait, à partir de quel moment il apparaît, je ne sais pas. Mais à partir du moment où j'ai eu la possibilité de choisir si je veux vraiment rester dans le moule ou faire quelques écarts, j'ai vu mon père tellement passionné par la Bible, par l'évangile, par le service. que j'étais finalement « parfait » par respect pour ce qu'il faisait. C'est devenu, avant que je me convertisse, c'était ça. Parce que j'étais tellement impressionné par l'amour qu'il déployait pour l'Église et tout ça, qu'il fallait que par respect pour lui... C'est pour ça que j'allais à l'église, c'est pour ça que j'essayais d'être le plus parfait possible. Mais ce filtre, il est venu avant, quand on parle d'école du dimanche, où il fallait être parfait à l'école du dimanche, où t'avais tous les rôles de Jésus dans la main, dans les scénettes. Le spectacle de Noël, t'étais au premier rang, t'étais... Mais attendez, c'est pas possible, quoi. Je veux pas. Je veux pas, mais si, t'es déjà fils du pasteur, tu dois être là. Ah, bon, bah... T'as pas le choix. Donc t'es obligée d'apprendre ton rôle, t'es obligée de faire ci.
- Speaker #1
C'est vrai, j'avais pas pensé au spectacle de Noël.
- Speaker #2
C'était terrible.
- Speaker #1
C'est vraiment quelque chose d'important dans une vie d'église. Ouais, de fou.
- Flora
En tout cas, puis après, t'arrives plus tôt, tu repars plus tard.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #2
C'est ça.
- Speaker #1
Enfin, c'est...
- Flora
Si t'as des gens qui ont besoin d'un entretien pastorale à la fin du culte, tu vas attendre.
- Speaker #1
C'est à 7h du mat à l'église, alors que ça commençait à 9h30, mais juste pour préparer, pour se mettre. Puis on était là, on suivait, quoi. Mais ça ne m'a pas traumatisée. Mais toi, c'est beau comment tu en parles. Tu as beaucoup d'admiration, en fait, pour ton père.
- Speaker #2
J'en ai toujours eu. Et c'est ce qui fait que je suis resté, j'ai gardé ce petit côté perfection, qu'il ne fallait pas qu'on voit que je n'avais pas envie d'aller à l'église, quoi. Mais vraiment par respect pour lui. Donc ça veut dire que si jamais je sortais le samedi soir, le matin, j'étais debout au premier rang et j'essayais de lutter avec des paupières qui tombaient tout seul pour pas que ça se voit. Mais c'était super important, donc il ne fallait pas faire de bêtises. Mais dans la ville, je ne pouvais pas faire de bêtises parce que si j'en faisais une, ça allait savoir tout de suite. Mais oui, mais oui, mais une temps, je ne pouvais pas prévoir s'il n'y avait pas une personne qui allait me voir. C'était des mentises. Donc ça m'a protégé de pas mal de choses.
- Flora
Oui, c'est sûr. Remettre en question les mécanismes avec lesquels on a grandi, c'est pas forcément tout rejeter en bloc et c'est pas tout détester non plus. Je pense que c'est nécessaire de trouver un équilibre et de dire ça j'ai aimé et je respecte mes parents, moi par exemple je respecte toujours mes parents sur ce qu'ils font, sur ce qu'ils mettent en place, leur ministère, etc. L'amour qu'ils ont pour les églises, les gens et tout ça. Cependant, je... Il y a certaines choses avec lesquelles j'ai du mal et dont il faut que je me détache. Et ce n'est pas forcément tout rejeter en bloc et dire tout va à la poubelle.
- Speaker #2
pour moi il faut trouver un équilibre oui après quand on parle de fils d'eux je peux dire qu'aujourd'hui aujourd'hui j'en joue et c'est quelque chose qui me fait rigoler mais pendant très longtemps et je continue d'ailleurs à le faire je dis pas forcément mon nom et pendant longtemps j'ai vu les différences de comportement quand les gens me voyaient comme ça et quand ils apprenaient que j'étais le fils d'eux et là changement radical. Tu te dis, waouh !
- Speaker #1
Les gens me disent, mais tes filles de pasteur ! Mais en fait, comme si ça changeait la conversation, que ça changeait ce qu'on s'était dit depuis 20 minutes. Je ne comprends pas, je suis là-bas, oui, mais...
- Speaker #2
Peut-être qu'il y avait une aura particulière. Tu avais plus de prétendants qui devaient être autour en disant, oh la fille de pasteur, je vais être béni deux fois plus.
- Flora
Tout d'un coup, on a une auréole qui se pose au-dessus de nous. La lumière divine qui tombe sur nous. Non, mais tellement pas.
- Speaker #2
Après, j'ai des gens qui sont venus me voir sur certains postes. En l'occurrence, c'est des pasteurs la plupart. C'est bien parce que tu es le fils d'eux que on t'a pris.
- Flora
J'ai des compétences.
- Speaker #2
Non, ça ne vous intéresse pas ? Non, c'est parce que tu es le fils d'eux.
- Flora
Alors du coup, automatiquement, on peut te faire confiance. Automatiquement, tu as une bonne valeur. Alors que ça ne veut rien dire. Ça ne veut rien dire.
- Speaker #1
C'est dévalorisant du coup un peu pour toi. Parce que du coup, ça te réduit au poste de fils de. A l'identité de fils de. Plutôt que de te voir avec tes qualités qui te sont propres. Tes compétences. Pourquoi on t'a choisi. Parce que c'est toi qu'on apprécie. C'est toi qu'on veut. Et ça, ça fait plaisir à entendre. Et pas juste... Je sais que je peux te faire confiance parce que tu es la fille ou le fils de tel pasteur.
- Flora
On dirait que ça met un label. Oui, c'est ça. Un petit label de bonne qualité. Le bleu blanc rouge, tu vois. Le bleu blanc cœur.
- Speaker #2
On n'est pas des poulets, ça va.