- Speaker #0
Bonjour, bienvenue dans En Réflexion, le podcast pari pour les enfants de Pasteur. C'est le quatrième épisode et nous poursuivons notre réflexion autour de l'identité avec deux invités exceptionnels, Eric et Rachel Dufour. Dans cette première partie, on revient sur leur parcours, sur leurs expériences familiales et personnelles qui les ont guidées à accompagner aujourd'hui les couples pastoraux et les enfants de pasteurs. On a aussi répondu à la question « Pourquoi parler spécifiquement des enfants de pasteurs ? Y a-t-il vraiment un sujet ? » Un épisode qui mélange profondeur, sincérité et humour. Bonne écoute ! Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast. Je suis ravie de vous retrouver en très bonne compagnie. Vous ne savez pas encore qui sont les deux invités, mais moi je les ai en face de moi et je suis ravie et même très heureuse de enfin faire cet épisode puisque forcément, quand on réfléchit à une thématique sur les enfants de pasteurs, on pense à eux et et vous les avez déjà entendus, un petit peu évoqués dans les anciens épisodes. Je parle bien sûr d'Éric et Rachel Dufour. Bonjour, bienvenue !
- Speaker #1
On est très heureux d'être avec toi aussi.
- Speaker #0
Oh merci, merci. C'est vrai. Alors, pour moi je vous connais, je sais qui vous êtes, je connais votre ministère, etc. Mais je pense qu'il y a peut-être plein de personnes ou plusieurs personnes qui ne savent pas forcément qui vous êtes, ce que vous faites. Alors je vais d'abord commencer par une petite... Est-ce que vous pouvez vous présenter, s'il vous plaît ? Dire un petit peu qui vous êtes.
- Speaker #2
On va en faire aux dames, vas-y.
- Speaker #1
Vas-y mon chéri, c'est toi qui commence. Tu rachèles ! Je vais vous dire des choses très importantes. Je suis mariée avec Eric depuis très longtemps, au siècle dernier. Et nous avons cinq fils qui maintenant ont tous une chérie. Les derniers mariages sont en cours et nous avons à ce jour trois petits-fils. C'est le bonheur ! Voilà, ça c'était le plus important. On commence par la base.
- Speaker #2
Donc ça fait 34 ans qu'on est concert du à plein temps, qu'on est dans un ministère comme on a l'habitude de le dire. Et puis donc on a vécu pendant neuf années en France où on a fait une implantation d'église, on a travaillé en même temps dans un centre pour toxicomanes et femmes qui étaient abusées. Puis ensuite on est allés dans une petite église et on en a rejoint ensuite une plus grande, donc trois églises pendant neuf ans. Et puis après, on est parti en mission en Asie pendant 8 ans. Et depuis 2008, donc ça fait quelques années déjà, 17 ans, on vit aux États-Unis. Et puis entre les États-Unis et le reste du monde, à peu près 6 mois par an, on voyage un peu partout là où il y a du travail, et notamment la France évidemment.
- Speaker #0
D'accord. Et quel est votre travail aujourd'hui ? Puisqu'on sait que vous êtes parti en mission, mais est-ce qu'aujourd'hui vous êtes toujours en mission ? Ou est-ce que vous avez évolué dans d'autres... ?
- Speaker #2
Alors on est toujours un peu en mission, oui. Dans notre cœur, on est toujours des missionnaires. Vraiment, vraiment, ça c'est qui on est. Mais c'est vrai que notre service a évolué et depuis 2008, donc on est à plein temps à servir ceux qui servent. D'accord. Donc notre rôle, c'est de prendre soin de tous les couples pastoraux, missionnaires, responsables dans un département d'une organisation chrétienne quelconque, CICI Baterossi. Très important à nos yeux les célibataires, on les aime beaucoup et donc on prend soin de chacun d'entre eux. Pas forcément s'ils sont en crise, on est spécialiste de la crise mais pas que. S'ils sont dans des transitions, s'il y a une souffrance dans une équipe ou autre, donc on travaille avec toutes sortes d'organisations chrétiennes pour prendre soin de leurs responsables et puis aussi des équipes et faire en sorte que tout le monde termine victorieusement la saison dans laquelle ils sont.
- Speaker #0
Justement ça va avec une question que je voulais vous poser après c'est : comment est-ce que cette envie d'accompagner les ministères est arrivée dans votre parcours ? D'où est ce que c'est venu puisque vous étiez missionnaire, je sais pas si vous voulez en dire plus.
- Speaker #2
En fait ça va être moi encore un petit peu là. On a toujours eu les couples et puis le bien-être des personnes sur le coeur parce que Mon épouse étant une petite fille de famille pastorale, la première chose qu'elle m'a dit quand je l'ai rencontrée à l'église, c'est que je n'épouserais jamais un pasteur ou quelqu'un qui veut être pasteur.
- Speaker #1
Classique, un peu le titre de pasteur.
- Speaker #2
Donc je me suis dit aïe, parce que je sentais bien qu'il y avait quelque chose dans mon cœur et puis après elle m'a dit il est hors de question qu'on ne mette pas nos familles en premier à cause du ministère. Parce qu'il y avait toutes sortes de blessures que j'ai découvert au fur et à mesure, on en parlera sans doute. Donc ça a toujours été sur notre cœur depuis tout le temps. Et puis pour faire court, quand on était en mission, j'ai vécu l'arrivée en mission de manière très difficile. Je quittais un ministère qui était florissant, j'avais deux églises dont je m'occupais. Puis d'un seul coup, je n'étais plus rien en mission. On était dans un pays où l'évangile n'est pas accueilli par le gouvernement et on ne parlait pas la langue ni rien. Donc de fil en aiguille, j'ai perdu mon identité. Je suis entré dans une dépression et à peu près au même moment, j'ai eu un cancer.
- Speaker #0
Waouh !
- Speaker #2
Et donc, ça a été un long moment de désert. Quand je suis sorti du cancer, j'ai eu, à cause du traitement, j'ai fait une méningite. Donc pendant deux ans, on a joué à cache-cache avec la mort. Et en fait, on a demandé de l'aide parce qu'au début, tout le monde priait pour moi. Puis après, tout le monde priait pour ma femme parce que pendant deux ans, elle s'est retrouvée à faire mon rôle de papa, d'époux, de directeur de projet. Enfin, plus le sien, plus l'école à la maison, parce que les enfants... Il a été scolarisé à la maison, il n'y avait pas d'école autrement. Donc pendant deux ans on a été vraiment en souffrance. On voyait bien que notre couple était en souffrance aussi à cause de tout cela, puis on a demandé de l'aide. Et c'était il y a très longtemps. Mais on nous a dit littéralement « Vous êtes des pasteurs et des missionnaires, vous êtes des super-héros. On ne peut pas se permettre que vous n'alliez pas bien, priez plus » . Alors évidemment, moi j'avais un problème avec Dieu. J'en voulais à Dieu de m'avoir trompé et tout ça.
- Speaker #0
C'est ce que je comprends.
- Speaker #2
Oui, les seigneurs, je t'ai tout donné, regarde où tu m'as emmené. Donc prier plus c'était compliqué. Et donc on s'est retrouvé à galérer tout seul. Donc par la grâce de Dieu, c'est allé mieux. Au bout de deux ans, je me suis relevé, nous nous sommes relevés. Et on s'est retrouvé dans des positions, on est devenu responsable nationaux puis régionaux en Asie de ce que l'on faisait. Et d'un seul coup, on s'est rendu compte que Et de loin, on n'était pas les seuls à aller mal. On s'en était un petit peu rendu compte aussi quand on faisait des tournées missionnaires en France. Où on passait quelques heures dans une église et souvent le couple pastoral nous hébergeait ou nous accueillait pour un repas. Pas toujours. Et on voyait l'immense souffrance des épouses, les souffrances des couples. Et comme on était là que pour quelques heures, ils se déversaient tous sur nous. Puis après on était parti, donc on était safe.
- Speaker #0
Et eux aussi du coup. Exactement.
- Speaker #2
Et on s'est rendu compte qu'il y avait une souffrance partout. Et clairement, de fil en aiguille, le Seigneur nous a dit « c'est votre nouveau troupeau » . Parce que je dis au Seigneur « mais on est berger sans troupeau, qu'est-ce que tu fais avec nous ? » Et il nous a dit « votre nouveau troupeau, c'est celui-ci » . Donc ça, on nous a dit clairement en France à cette époque, encore une fois, il y a très longtemps, les choses ont bien évolué, merci Seigneur pour ça. Il nous a dit « il n'y a aucun besoin pour votre appel, donc débrouillez-vous » . Donc on est parti aux USA où on a été formé pendant deux années complètes puis on a travaillé cinq ans de plus pour l'organisation qui nous a formés.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #2
Puis ensuite il y a dix ans maintenant on a démarré à plein temps notre propre organisation pour apporter du soin. Donc on le fait encore une fois depuis quinze ans en tout. Apporter du soin à ceux qui y servent.
- Speaker #0
Ok, wow. Je ne savais pas tout se dérouler mais merci de le partager parce que c'est vrai qu'on... Ayant grandi dans l'Église, on sait qu'il y a beaucoup de souffrance dans les familles pastorales, etc.
- Speaker #1
Quand tu dis « on le sait » , je ne suis pas sûre qu'on le savait à l'époque. Et effectivement, quand nous, on a démarré dans le ministère, je pense que les familles pastorales ne se donnaient pas la permission de ne pas aller bien en public, en tout cas. Cette histoire de masque dont vous avez déjà parlé. dans le podcast, elle ne s'applique pas qu'aux enfants. Elle est sur l'épouse, elle est sur le pasteur et elle est sur la famille. Et donc quand nous on a commencé à dire « on ne va pas bien » , en quelque sorte on nous a dit « vous n'avez pas le droit » quelqu'un nous l'a même dit en direct, « vous n'avez pas le droit de ne pas aller bien » . Donc ça augmente la pression. C'est une réalité. Et quand on réalise cela, alors on peut prier pour... Le pasteur ou la pasteure, sa famille, etc. Au lieu de détruire l'image de la famille pastorale, d'un seul coup le fait de pouvoir en parler a changé la dynamique et a permis aux chrétiens de prier pour leur pasteur.
- Speaker #2
C'est très intéressant parce que moi quand j'ai commencé à parler à des collègues, heureusement il y en a eu peu qui ont réagi comme ça, mais que j'avais une dépression, on m'a dit que c'était un manque de foi, que je ne priais pas assez. En fait un pasteur ne devrait jamais être en dépression à l'époque. Et je m'étais rendu compte pendant les 9 ans en France où j'étais un jeune pasteur, j'avais vu des pasteurs chercher des amis pour s'ouvrir de leurs problèmes, tentations, difficultés ou autres, et être viré du mouvement parce qu'ils s'étaient ouverts à quelqu'un qui était supposé être un ami. Donc évidemment qu'il n'y avait aucune confiance parce que personne ne va dire « je ne vais pas bien » si la conséquence c'est que je suis viré. Et puis quand le gars a été viré avec toute sa famille, avec Père Zephraca, souvent il ne pouvait même plus aller à l'église où ils étaient avant, En fait, le problème disparaissait puisque celui qui avait un problème était abattu en quelque sorte. Donc il n'y avait plus de problème. Tout le monde était bien dans le meilleur des mondes. Et on nous a dit au démarrage, quand on a parlé de notre ministère, de la façon dont Dieu nous orientait, on nous a dit « en fait, vous n'aimez pas les pasteurs et vous allez détruire la foi des gens si vous dites que leurs pasteurs ont des problèmes » . Alors là, c'était comme si les chrétiens mettaient leur foi dans leurs pasteurs et non pas en Christ. Et donc on créait une espèce de monstre. surhumain, le pasteur qui n'a pas de problème. jamais. Et qui ne peut pas en avoir sinon on va détruire la foi des autres. C'est un peu comme si le pasteur c'était l'intermédiaire entre Dieu et les hommes, et c'était le seul adulte. Et les chrétiens sont des enfants.
- Speaker #0
Oh merci ! Il y a eu des mots sur une image que j'avais en tête !
- Speaker #2
Les anciens sont des ados éclairés, mais pas plus. Le seul adulte c'est l'homme de Dieu et sa famille. Et en fait, c'est une tragédie.
- Speaker #1
C'est ce qu'on croit. Tu fais du sarcasme mon chéri ? T'es marié avec moi depuis trop longtemps.
- Speaker #2
Et je suis papa d'enfant pasteur.
- Speaker #1
Et père de cinq fils de pasteur.
- Speaker #2
Et c'était terrible, quoi.
- Speaker #0
Alors juste pour expliquer pourquoi le sarcasme, si vous voulez l'expliquer.
- Speaker #1
Parce qu'un jour, Anne de Nofis, juste pour vous donner une image, Anne de Nofis a trouvé un t-shirt quand on habitait en Asie. Je parle plusieurs langues, dont le sarcasme.
- Speaker #0
Voilà, parce que vraiment, le sarcasme, c'est le langage des enfants de pasteur.
- Speaker #1
Exactement, nous sommes experts.
- Speaker #0
Voilà. Donc, peut-être qu'on pourra en parler à un moment donné.
- Speaker #1
On pourra faire un podcast juste pour ça.
- Speaker #0
Un épisode juste pour ça. Mais donc, j'allais vous poser cette question, mais on y a un petit peu répondu. Je ne sais pas si vous voulez rajouter quelque chose. Pourquoi est-ce que c'est important d'accompagner les ministères de l'Église et notamment les enfants de pasteurs ? Parce que je sais que vous accompagnez beaucoup peut-être les couples pastoraux. Mais vous avez aussi traduit ce livre pour les enfants de pasteurs. J'en ai déjà parlé dans le podcast. On en reparlera un petit peu juste après. Donc pourquoi est-ce que c'est important pour vous d'être là ?
- Speaker #1
On a élevé nos cinq fils en essayant de les protéger au maximum des inconvénients. Il y a des avantages aussi, on pourra en parler si tu veux. Mais des inconvénients du côté besoin de porter le masque, attention les gens vous regardent. On a essayé de les protéger. Je vais vous donner un exemple qui va vous faire sourire peut-être. Par exemple, quand on habitait aux Etats-Unis au démarrage, il y a une journée qui s'appelle Crazy Hair Day. Et donc, on fait ce qu'on veut avec ses cheveux. C'est une journée un peu de folie pour les cheveux. Et nos fils voulaient chaque année vraiment beaucoup s'investir dans cette journée. Et ce n'était pas juste pour faire du sang blanc. Et donc, on sortait la tondeuse et on a fait des Mohawks. Je ne sais pas si on dit ça en français. Des crêtes, la crête rasée sur le côté.
- Speaker #2
Des crêtes de punk.
- Speaker #1
Des crêtes de punk. Oui. peint en vert, en violet, etc. Et bien entendu, ils postaient tout ça sur les réseaux sociaux. Vous pouvez imaginer le nombre d'emails et de messages « Les dufours ne vont pas bien, regardez leurs enfants ! » Dans la réalité, c'était une journée.
- Speaker #2
Même quelques heures seulement.
- Speaker #1
Quelques heures, parce qu'en fait, ils allaient à l'école comme ça et puis le soir, tout le monde était à la boule à zéro. Mais on a voulu leur donner beaucoup de liberté. Et malgré nos efforts pour les protéger de... du regard des autres, de l'importance de bien paraître, etc. Ils en ont souffert. Ils ont vécu des problèmes avec leurs émotions, etc., qu'ils ont dû apprendre à gérer. Et pourtant, on a essayé de les protéger. Donc, on s'est rendu compte que même quand les parents, et là je rassure tous les parents d'enfants de pasteurs, même avec tous les efforts et la conscience qu'on avait de la problématique, nos enfants ont eu à le gérer. Mais en tant qu'adultes, ma foi, ils ont grandi aussi. avec ce travail, qu'ils ont dû faire sur qui ils étaient, leur identité, leur rôle, leur relation à Dieu, leur relation aux autres, etc. Donc pour nous c'est très important d'aider les enfants de pasteurs en aidant les familles à ne pas se laisser enfermer dans le regard des autres et ensuite ils deviennent adultes ces enfants de pasteurs. Ce sont des adultes enfants de pasteurs et donc il y a tout un travail à faire auprès d'eux parce que moi dans ma génération, 1 sur 2 ont perdu la foi en fait. 1 sur 2
- Speaker #0
Il y a des études qui le prouvent. Voilà.
- Speaker #1
Et donc moi, je l'ai vécu avec des amis proches. Tout ça, c'est de la foutaise. Dieu m'a volé mes parents. Le poids était trop lourd, etc. Et plus on met des mots dessus. Donc merci de mettre des mots dessus dans tout ce que tu fais. Et plus on met des mots dessus, plus on peut s'équiper, guérir et sortir de ces statistiques qui sont dramatiques.
- Speaker #0
Exactement. Et j'aimerais terminer cette partie-là sur tout l'accompagnement que vous envoyez pour les familles et pour les enfants de pasteurs. Pourquoi est-ce que, alors tu y as un peu répondu, mais je ne sais pas si vous voulez ajouter quelque chose, pourquoi est-ce que c'est important de parler de ce sujet des enfants de pasteurs ? Parce que même moi, dans ma réflexion, à un moment donné dans ma vie, je me suis dit, mais au final, on est des enfants comme les autres, il y a plein d'autres enfants qui ont plus ou moins vécu ça. qui ont plus ou moins vécu les mêmes situations, les enfants de personnalité publique par exemple. Alors pourquoi est-ce qu'on doit parler absolument de ce sujet-là des enfants de pasteur ?
- Speaker #1
C'est vrai qu'il y a plusieurs autres catégories et les enfants de pasteur, les enfants de militaire, les enfants de vie internationale, les enfants de missionnaire. Donc tu as plusieurs catégories mais même dans le milieu séculier, militaire, il y a les mêmes phénomènes puisqu'en fait par exemple la famille a le grade du père. donc t'es l'enfant du général ou t'es l'enfant du capitaine bref, donc c'est un peu la même chose La spécificité, c'est qu'on met Dieu dans l'affaire.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Et donc là, du coup, on affecte et on abîme la relation à Dieu dans la construction de l'identité de ses enfants. Puisque Dieu est mélangé aux inconvénients. Dieu vole mon père, Dieu vole ma mère. Les gens sont méchants contre moi à cause de Dieu. Il faut que je fasse attention, sinon je vais abîmer l'image de Dieu. dans le coeur des gens, ou l'image de mes parents. Donc il y a la notion spirituelle qui vient se rajouter aux autres spécificités que l'on peut retrouver dans les enfants de célébrité etc. Mais ça abîme, ça risque d'abîmer le côté spirituel, d'où l'importance d'en parler. Moi je suis fille de pasteur, petite fille de missionnaire, pasteur-missionnaire, donc j'ai grandi avec ce poids là, avec beaucoup de points positifs. à ce rôle-là, à cette situation-là. Mais je ne m'étais pas rendue compte des dégâts ou des choses abîmées chez moi. Et en fait, même si avec Eric on en discutait, j'ai dit « t'as beaucoup de chance d'avoir rejoint la famille royale ! » Et quand j'ai lu le fameux livre « Il faut que je sois parfaite » , d'abord je l'ai dévoré, je l'ai très très vite. Et à chaque chapitre, je me disais « mais oui ! » .
- Speaker #0
C'est exactement la réponse qu'on dit. Et après, il y a un quiz à la fin. J'ai fait le quiz et moi, c'était 10 sur 10.
- Speaker #1
Yes !
- Speaker #0
Inrécupérable.
- Speaker #1
Oui, oui. Et la conclusion, c'est que si tu as tout coché, tu as besoin d'aide urgente. Et Eric a dit « Amen » . Et en fait, le fait de pouvoir en parler, rien que le fait de lire ce livre m'a permis de prendre du recul et de dire « Ah oui, c'est vrai. Il y a ça qui est vraiment une réalité à l'intérieur de moi. » Je l'ai lu avec une amie américaine, qui elle aussi est fille de pasteur. Elle était missionnaire avec nous. Et toutes les deux, on l'a lu. On a dit, bon, il est bien gentil, l'auteur. Mais on fait quoi maintenant ? Il nous a dit, you're all messed up. Et donc, toutes les deux, avec toi, tu es venu avec nous. Mais on a dit, on va prendre rendez-vous avec lui. Nous avons pris rendez-vous avec lui. On était encore en Asie. Mais on savait qu'on allait se retrouver toutes les deux, tous les trois au Colorado. Et donc, on a écrit, on a pris rendez-vous. Et il nous a donné rendez-vous. On est allé, on l'a remercié. Merci d'avoir écrit ça. On lui a raconté ce que nous avions fait. Puis après on a dit : maintenant on fait quoi ? Il faut un tome 2. Les solutions.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Il nous a regardés en rigolant et il a dit : vous connaissez un enfant de pasteur qui veut qu'on lui dise quoi faire ?
- Speaker #0
C'est clair !
- Speaker #1
C'est vrai !
- Speaker #0
Il n'y aura pas de tome 2 !
- Speaker #1
Il n'y aura pas de tome 2. Vous cherchez vous-même les solutions. Et voilà un des points de départ de notre cœur pour les enfants de pasteur.
- Speaker #0
Et justement, comme on parle du livre, c'est une très belle introduction à ma question. Est-ce que vous pouvez en dire un petit peu plus pour ceux qui ne connaissent pas le livre ? Ils en ont entendu un petit peu parler dans les autres épisodes, mais ils ne savent pas forcément ce que c'est. Et on m'a posé la question dans un des épisodes, mais est-ce qu'il est connu ce livre ? Alors moi j'ai répondu oui, mais en sous-marin. C'est pas quelque chose qui est connu de tous.
- Speaker #2
Il est connu en sous-marin aussi aux Etats-Unis, mais évidemment il a une audience beaucoup plus large aux USA. Tim Sanford donc, I Have To Be Perfect, et puis il l'a fait traduire dans plein de langues, mais en fait il n'est pas mondialement connu, son public est évidemment restreint, mais la pertinence du livre nous a étonnés. En se remémorant les choses que toi tu as vécues, chérie, puis en voyant la pertinence de ce qu'il y a, on s'est dit bon, ce livre-là, il vaut la peine d'être traduit en français parce qu'on a un besoin énorme qui n'est pas répondu. Je ne dirais pas évidemment de non, mais quand j'ai cherché à le faire publier en France, évidemment je l'ai soumis à des comités de lecture qui sont dirigés par des pasteurs, hommes, et ils m'ont dit qu'il n'y avait aucun intérêt pour ce livre, donc non. Et ce n'était pas surprenant et ça a fait rire Tim parce qu'évidemment qu'il rencontre le même problème partout quasiment. Donc on s'est dit ok, pas de problème, il sera publié uniquement pour l'instant dans notre ministère en version électronique. Mais on va faire en sorte qu'il soit accessible pour qu'il puisse bénir d'autres personnes.
- Speaker #1
Et en fait c'est un livre qu'il a écrit pour justement qu'on puisse ouvrir les yeux sur les mensonges qui filtrent notre pensée. positionnement par rapport aux autres, à Dieu, à nous-mêmes, en tant qu'enfants de pasteur. Et donc chaque chapitre dégomme un mensonge. Et voilà, c'est ça. C'est le mot,
- Speaker #0
dégomme ça.
- Speaker #1
Ah oui, c'est vrai que je crois. C'est vrai que je pense que c'est la vérité et il démontre pourquoi c'est un mensonge. Et en fait, grâce à la lumière de la pertinence de ces questionnements, d'un seul coup, on se rend compte qu'on a construit beaucoup de compréhension de qui l'on est, de notre relation à Dieu, de notre relation aux autres, sur des fondements qui sont faux, en fait. Je n'ai pas le droit d'avoir des besoins, il faut que les autres passent avant moi, il faut que... D'ailleurs, je vais arrêter de dire « il faut que » . Il faut qu'on arrête de dire « il faut que » . Mais le « il faut que » que je sois parfait et c'est vraiment un créé à l'intérieur de nous. Il faut que je me tienne bien, il faut que même si je suis malade, j'aille à l'église. Il faut que... Moi, je n'ai pas manqué un dimanche...
- Speaker #2
Après-midi.
- Speaker #1
Ni matin ni après-midi jusqu'à... Jusqu'à ce que je sois mariée, je pense. Quelquefois où j'ai manqué, j'avais tellement...
- Speaker #0
Une culpabilité !
- Speaker #1
Une culpabilité intérieure mais... Est-ce que ça va aller quand même ? Parce qu'on fait tous plein de trucs, les enfants de pasteur à l'église. Les églises tournent grâce aux enfants de pasteur. Excusez-nous, mais c'est à peu près les petites. Et voilà. Et il faut que j'y aille à l'église. Ben non, si t'es malade et que t'as 42 fièvres, il ne faut pas que tu y ailles. Bref, ce livre met des mots dessus. Franchement, on l'a recommandé à plein d'enfants de pasteur comme vous pouvez l'imaginer. À chaque fois, le retour, c'est...
- Speaker #0
En fait, ça parle notre langage. En tout cas, c'est le livre que je trouve qui est le plus pertinent. Non seulement à nous montrer des schémas qu'on ne comprend pas, qu'on n'a jamais compris jusque-là et mettre des mots, mais en plus qui va vraiment au fond des choses et qui parle vrai et on se sent compris. Et en même temps, ce n'est pas qu'on a des solutions, mais on a une sorte de mode d'emploi en fait. Donc, je le recommande fortement.
- Speaker #1
Il faut que je sois parfaite. Tim Sanford ? Vous pouvez le trouver sur notre site, ericracheldufour.com, dans la rubrique ressources. Et quand on l'a fait traduire par une traductrice professionnelle, elle n'était pas enfant de pasteur. Non, elle n'était pas enfant de pasteur et elle n'arrivait pas à traduire le sarcasme. Et en fait, elle avait enlevé le sarcasme. Elle m'a dit « c'est trop sarcastique, je vais adoucir le truc » . J'ai dit « non, si tu enlèves le sarcasme, ça perd toutes les sens » . Donc soit tu traduis avec le sarcasme, mais elle a fait un bon travail. Un très bon travail, soit on change de traductrice parce qu'en fait il nous faut garder le sarcasme. Donc après elle a mis un point d'honneur à garder le sarcasme mais elle m'a recontactée en disant « c'est pas possible, c'est trop sarcastique ! »
- Speaker #0
Je n'y arrive pas ! Exactement. Je voulais d'abord commencer par apprendre un petit peu à mieux vous connaître, établir un petit peu votre parcours etc. Oui. Mais maintenant j'aimerais qu'on puisse parler un peu plus en détail de tout ce qu'on a pu déjà commencer à évoquer dans les épisodes précédents avec les invités. Et donc notamment on a parlé de « Il faut que je sois parfait » , ce défi de la perfection, le masque, les cercles d'influence et l'impact notamment sur l'identité, sur notre caractère, etc. Et... Ma première question pour vous, ce serait, est-ce que tous les enfants de pasteurs sont touchés par ces filtres ? Et comment est-ce que vous expliquez ça ? Parce que j'imagine que vous avez dû beaucoup entendre parler d'enfants de pasteurs en entretien ou à des moments. Est-ce que c'est quelque chose que vous avez pu constater ?
- Speaker #2
Moi, j'ai eu un regard extérieur parce que je ne suis pas un enfant de pasteur, mais j'ai épousé la fille d'un pasteur et petite fille d'un missionnaire, etc., Et en fait, ça m'a sensibilisé au regard que ma femme avait sur l'Église et le reste du monde. Des choses que je voyais se passer entre nous au niveau émotionnel dont je ne comprenais pas forcément l'origine. Et puis j'ai vu d'autres dans des circonstances, dans des camps ou bien dans des églises, d'autres enfants de pasteurs qui avaient des comportements similaires, très attachants en fin de compte parce qu'il y a une espèce de passion presque de souffrance parfois ou de relation aux autres, qui est vraiment intéressante. Sachant en plus que nous avec nos enfants, on a vu se développer des comportements aussi, on a vu dans des circonstances, quand il faut partir d'un endroit, il y a aussi le phénomène d'être enfant de missionnaire qui se rajoute comme une couche supplémentaire en plus de tout le reste. Ça nous a, de mon côté ça m'a vraiment sensibilisé J'ai développé une affection pour ce groupe-là, vraiment particulière. On les reconnaît de loin. Ils ont des comportements assez intéressants. Puis ils sont attachants parce que je trouve que les enfants de passeurs sont des gens très attachants justement par leur particularité.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux parler justement de ces comportements ? Parce que tu en parles comme ça mais tu ne les détailles pas forcément. Est-ce que tu peux en détailler quelques-uns si c'est possible ?
- Speaker #2
Oui, par exemple le détachement par rapport à leurs propres émotions. toujours être en train de faire passer les autres avant eux, comme si eux ne valaient pas la peine d'eux, d'être aidés, d'être aimés etc. et quand ils ont une problématique, ben ils coupent, ils se détachent de leurs propres émotions comme si elles n'existaient pas, ils mettent un couvercle dessus, et font comme s'ils n'en avaient pas, évidemment c'est faux puisqu'on peut pas se séparer de son âme, donc leurs émotions continuent de se développer mais ils savent pas les gérer, ce qui peut donner après toutes sortes de souffrances, de révolte, de choses comme ça. Donc ça oui, je l'ai vu régulièrement, d'où le côté attachant pour moi. Parce qu'on les voit dans leur souffrance, on voit qu'ils se débattent avec, alors qu'ils sont solides extérieurement, on peut toujours compter sur eux, il faut qu'ils soient là. Donc il faut qu'on voit que c'est constamment en mouvement avec eux et en même temps on sent la souffrance derrière. Et qu'ils ne s'arrêtent pas pour prendre soin d'eux-mêmes.