- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans En Réflexion, le podcast par et pour les enfants de pasteurs. Aujourd'hui, on se penche sur notre relation parfois complexe à l'Église, à la fois comme institution, mais aussi dans sa dimension profondément humaine et relationnelle. Avec mes invités, l'objectif n'a pas été de convaincre ni d'apporter des réponses toutes faites, mais plutôt de prendre le temps de questionner, d'explorer et d'ouvrir des pistes possibles pour repenser notre rapport à l'Église. Cet épisode s'adresse à celles et ceux qui l'aiment, à ceux qui traversent le doute,
- Speaker #1
et aussi à ceux qui ont choisi de prendre du recul, dans l'espoir peut-être de construire une relation différente, plus juste et plus apaisée. Bonne écoute !
- Speaker #0
Bonjour à tous, bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast, je suis heureuse ! d'être entourée de mes deux invités aujourd'hui. Bonjour Armel, bonjour Friska. Bonjour Friska. Ils sont encore tous timides, mais ça va bien se passer. On est là, on va profiter, on va échanger sur ce sujet. Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, je vais vous demander de vous présenter pour ceux qui ne vous connaissent pas. On va commencer par Armel. Si tu veux bien te présenter, nous dire un petit peu dans quel contexte tu as évolué, familial, spirituel ou dans l'Église. Enfin bref, voilà, te présenter.
- Speaker #2
Merci Flora, merci aussi de ton invitation. Et en même temps, moi j'avais pensé que c'était toi Prisca qui allait commencer, puisque le podcast c'est pour les enfants de Pasteur. Tu vois, là ça ne me dérange pas du tout Prisca. Est-ce que tu as envie de démarrer ou c'est moi ? Non,
- Speaker #1
vas-y, vas-y. Ah non, pas du tout. Moi ça m'arrange. Je vais voir ce que je peux dire après.
- Speaker #2
Ok, donc je suis Pasteur. Je suis aussi... en lien avec des familles, des personnes, puisque toute mon activité depuis des années et des années est de l'ordre de la thérapie, donc soit thérapie conjugale, thérapie familiale, vraiment le soutien à la parentalité, soutien à la conjugalité. Mais peut-être une petite chose qui me paraît importante de dire aujourd'hui, c'est que je suis issue d'une famille qui a survolé le monde chrétien pendant très longtemps. Donc je m'en suis... pas née là-dedans. La seule chose dont je me souviens, enfant, c'est que un peu comme ça, un peu éparpillée, on prie à table, on m'avait demandé de prier le soir. Voilà, globalement, c'est ça un peu mon terreau. Et en préadolescence, vu le côté dysfonctionnel de la famille dans laquelle j'étais, j'ai choisi une autre croyance, qui était de dire Dieu n'existe pas. C'est l'homme et la femme qui sont souverains, c'est eux en fait qui ont le lead. Et donc j'ai très très délibérément choisi de rejeter toute personne qui avait la foi. J'aurais clairement, intentionnellement tué le chrétien si j'avais eu des armes.
- Speaker #0
Oh la vache ! Voilà,
- Speaker #2
c'est pour ça que je voulais le dire là. C'est un podcast pour les enfants de chrétiens, pardon de pasteurs, désolé. Mais en fait, mon parcours, c'est pas ça en fait, je viens pas de ça. Par contre, j'ai un père qui était policier. Et ça, c'est pas rien de le dire, parce que du coup j'étais soumise. au regard des habitants de la commune, puisque je me devais de me comporter en tant que fille de policier. Donc, les injonctions extérieures ou le regard des autres, ils pesaient énormément sur moi. C'est pour ça que je mets le lien avec peut-être aussi le sens du podcast. Et puis, il y a de nombreuses années, Jésus s'est fait connaître à moi. Et pour la première fois de ma vie, j'ai plié le genou devant quelqu'un.
- Speaker #0
C'est tellement bien dit. Je crois que c'était les premières pistes. Est-ce que, je te pose deux, trois questions, comment est-ce qu'après tu es arrivée à devenir pasteur ? Et est-ce que ça a été pasteur plein temps, dans tout ton parcours ?
- Speaker #2
Donc en fait, dès lors que j'ai dit oui à Dieu, je me suis dit, puisque tu existes, déjà tu vas me montrer que tu existes, et de deux, si tu t'engages, je m'engage. Et progressivement, des responsabilités m'ont été confiées, j'ai eu un apprentissage, et progressivement, je suis montée en charge. J'aime pas trop dire « monter en charge » , j'avoue, parce que ça signifierait supériorité, ce qui n'est pas le cas.
- Speaker #0
Oui, bien sûr.
- Speaker #2
Quels étaient les dons ? Je les ai découverts au fur et à mesure, les dons que Dieu m'avait donnés. Et puis petit à petit, j'entre dans cette dimension pastorale qui est du prendre soin de l'autre.
- Speaker #0
Et ça fait combien de temps que tu considères que tu es dans ce ministère-là pastoral ?
- Speaker #2
Plus de 25 ans maintenant. Voilà. Exercé avec... Alors tu parlais de 100%, 50%, qu'importe. Mais j'ai toujours choisi jusqu'à cet été. d'avoir un autre ou d'autres métiers pour me permettre de continuer à œuvrer, même au sein des gens qui ne sont pas nécessairement aujourd'hui dans la foi chrétienne.
- Speaker #1
Maintenant Prisca, est-ce que tu as eu des petites idées de ce que tu allais dire ? Oui, peut-être que ça va être un peu moins long.
- Speaker #0
Non, non, il n'y a pas de problème.
- Speaker #1
Du coup, moi je m'appelle Prisca, j'ai 27 ans, donc je suis sur Paris, et je suis enfant de pasteur. Voilà. Comme ça a déjà été dit, je suis d'une fratrie de cinq enfants, trois frères et une sœur et je suis la petite dernière. Ils sont tous plus grands et mon papa, il n'a pas été pasteur depuis que je suis bébé, on va dire. Il est devenu... pasteur et c'est drôle parce que j'ai réalisé hier, en pensant au podcast, que dans l'église où j'ai grandi, il était responsable. Mais il n'avait pas le statut, il n'avait pas le titre pasteur, mais il avait toutes les fonctions et tout le rôle, toutes les tâches qu'on attribue à un pasteur. Mais officiellement, à l'époque, pendant un long moment, je ne peux pas dire que j'étais enfant de pasteur. Mais c'est drôle parce que dans l'église où j'ai grandi, c'est vraiment les gens qui l'appelaient d'eux-mêmes pasteur. Donc voilà, dans ma tête, mon papa était pasteur. Et puis, je crois vers Covid, un truc comme ça, ou un petit peu avant, mon papa a repris l'église. Donc, officiellement, il a devenu pasteur. Voilà, au regard de l'église, avec le statut.
- Speaker #0
Je pense qu'il y en a qui nous écoutent où leurs parents n'étaient pas forcément, comme tu disais, officiellement pasteurs. Mais le podcast s'adresse aussi à tous les enfants qu'on appelle de ministère. Donc, c'est quand tes parents, ils n'ont pas ce statut, mais qu'ils sont anciens dans l'Église, par exemple, enfin, les titres qu'on utilise, mais où ils sont très engagés dans l'Église. Il y en a beaucoup qui passent tellement leur vie à l'Église du fait que l'investissement de leurs parents est intense et vrai. Mais il n'y a pas le statut pasteur, mais c'est des enfants de ministère. Mais ça rentre aussi dans la catégorie enfant de pasteur, comme les enfants de missionnaire. comme voilà Est-ce que toi, quand ton père a repris l'église, tu étais dans cette église-là ? Ah non,
- Speaker #1
ça faisait un moment que j'avais pris mon envol, si je peux dire. Dans l'église où j'ai grandi, je pense peu avant mes 18 ans, je suis partie de l'église. À l'époque, ma raison, c'était parce qu'il n'y avait plus de jeunes dans cette église. Du coup, je voulais des amis.
- Speaker #0
Une très bonne raison.
- Speaker #1
Voilà, vous voulez des amis chrétiens. Je savais que j'avais, à l'époque, que j'avais vraiment besoin de ça dans mon chemin avec Jésus. J'avais besoin que mon entourage puisse me tirer vers le haut, me pointer vers Jésus. Du coup, j'ai changé d'église. Mais après coup, vraiment, dernièrement, je réalise aussi que c'était peut-être pour casser un peu l'image de je ne veux plus être associée, avoir cette identité dans une église. dans une communauté que je suis la fille du pasteur. Je pense que c'est vraiment après coup. À l'époque, je n'admettais pas ça. Je veux juste des amis.
- Speaker #0
Après, avec les années, tu décantes certaines décisions et tu te dis,
- Speaker #1
je crois que la vraie raison, c'était ça.
- Speaker #0
Merci pour votre présentation. On va rentrer dans le sujet qui est aujourd'hui établir une relation. un peu plus apaisée à l'Église, dans tout ce que ça veut dire, dans le fait de venir à l'Église, dans les relations aux autres, dans le fait de servir. C'est un petit peu toutes des questions qu'on va évoquer ensemble, parce que je trouvais ça intéressant de se poser la question. On a parlé de la relation à Dieu, on a parlé de la relation aux autres, de comment est-ce que je m'exprime aussi. Mais il y a aussi cette relation à l'Église. On va commencer directement par cette question. Je suis obligée d'aller à l'église. Et pourquoi est-ce que je dois aller à l'église, en fait ?
- Speaker #2
Spontanément, en fait, quand est-ce que je dois ? Déjà, le verbe « doit » , pour moi, c'est horrible. Parce que ça signifie, tu sais que c'est la loi, en fait. Et venir à l'église, quand tu donnes ton cœur au Seigneur, quand tu avances avec Lui, quand tu dis, « Voilà, ce lien, ça y est, il y a une connexion. » Tu deviens enfant de Dieu, pour le coup. En fait, tu es déjà à l'église. Tu ne peux pas dire « je ne serai pas avec moi-même » . Tu es déjà à l'église. Là où deux ou trois sont assemblés, je serai au milieu d'eux. Mais en fait, tu es déjà à l'église. Donc de dire « je vais aller dans un lieu où je ne vais pas y aller » , en fait, en soi, tu y es déjà. C'est pour ça que dans le mot « ecclésiatre » , vous connaissez tout ça.
- Speaker #0
Pour ceux qui ne connaissent pas, je pense que ça peut être intéressant. Oui, alors Flora, oui. Moi ? Oui ! Je peux tourner à toi ?
- Speaker #2
Ecclesia, c'est la notion de l'assemblée, du rassemblement, d'être ensemble, d'être convoqué ensemble dans le bon sens du terme. Ce n'est pas une convocation juridique. Ce qui signifie, c'est le lieu du rassemblement, c'est le lieu d'être ensemble. Et on est ensemble avec Jésus. Donc l'Église, on est une pierre vivante, on contribue à ça. Donc de dire je dois aller à l'Église, pour moi c'est insupportable. C'est insupportable. En revanche, de dire je vais rejoindre une assemblée, pour moi c'est des mots qui me parlent plus. Un endroit où je vais prendre soin de l'autre, on va prendre soin de moi. Où je vais aussi, comme disent les psaumes, les psaumes 22, Hébreux 2, je vais aussi chanter, louer avec d'autres personnes qui ont cette conviction de foi, qui sont en chemin aussi. Là, je ne suis plus dans l'injonction, je suis dans quelque chose du plaisir.
- Speaker #1
Pour le coup, je suis complètement alignée à ce que tu dis. On en parlait déjà avant le podcast. Ce serait peut-être redéfinir aussi ce qu'est le mot église. L'Église, ce n'est pas... Dans une définition biblique, ce n'est pas un lieu, ni un événement, ni l'événement du week-end. C'est exactement comme tu as dit, c'est la communauté des croyants. Je te rejoins, moi j'essaye d'enlever de mon vocabulaire, je vais à l'église. Je dis je vais au culte. Alors c'est très personnel et je comprends qu'on dise je vais à l'église, c'est plus facile. C'est pas grave, c'est rentré dans le langage, mais c'est un rappel pour moi constant que l'église n'est pas un lieu, ni un événement. mais que c'est nous et que je n'y vais pas que le dimanche à l'église, je ne vais pas que au culte le dimanche, je peux aussi le faire le mercredi. Et en soi, même là, le podcast, on est un samedi, c'est l'église qui se réunit. Donc, c'est peut-être redéfinir ce que c'est l'église, savoir vraiment ce que c'est. Est-ce qu'on est obligé d'aller à l'église, c'est ça, le dimanche ?
- Speaker #0
Non, pas le dimanche, mais oui, pas le dimanche. En fait, la question, c'était... Pourquoi est-ce qu'on nous dit souvent que c'est important d'aller à l'église ? Tu vois ? Ça vient d'où ? Pourquoi ?
- Speaker #1
Par contre, pour moi, du coup, il y a tout cet aspect de communauté qui est important, je pense, pour notre épanouissement dans notre foi chrétienne. Pour grandir, je pense qu'on a besoin des autres. Pour grandir dans notre foi chrétienne, on a besoin des autres. Et de toute façon, Dieu est un Dieu de relation. Et en lui-même, c'est père, fils et esprit. Et il nous a créés aussi pour être en relation avec lui. L'Église, c'est une famille. C'est comme, je suis née de ma maman et j'ai des frères et sœurs. Je suis née le 26 février et le 26 février 1998, j'ai eu des frères et sœurs. Et je n'ai pas demandé d'avoir des frères et sœurs. Je ne dis pas que c'est mauvais, mais du coup, je suis née de nouveau. Et automatiquement, instantanément, que je le veuille ou non, je fais partie de l'Église.
- Speaker #0
tu vois donc toi ce que tu amènes comme idée c'est que c'est C'est plus que simplement un lieu, un endroit, un horaire, un jour. C'est la communauté et c'est ça qui est important.
- Speaker #1
Après,
- Speaker #2
ce qui est intéressant, c'est quand effectivement tu as un lieu, un horaire commun, du coup ça mobilise tout le monde dans une même démarche, avec un partagé ensemble, à vivre ensemble. C'est vrai qu'après, ça a cette propriété-là de rassembler. Mais on peut tout à fait, dans la semaine tu le dis... rencontrer d'autres chrétiens, se poser dans une maison. Il n'y a pas d'obligation de format. En revanche, d'un certain séquençage, c'est-à-dire d'une certaine fréquence, ça c'est super bon. Mais moi, je vous dis vraiment, et ça fait tellement d'années maintenant que j'ai pu intégrer tout ça, mais le dimanche, puisque c'est le jour où parfois le samedi selon là où on est ou autre, je me réjouis en fait. Mais franchement ! Enfin, vous me verrez en descendant de la voiture, mais je cours et pourtant, j'en ai pris plein la tête dans différentes assemblées.
- Speaker #1
Vous voyez ?
- Speaker #2
Mais en fait, il y a une joie de dire, mais je vais louer, je vais les voir lever les bras. Je vais voir, bah oui, ma famille, ok, aussi, rendre culte à Dieu. C'est-à-dire vraiment de dire, mais je suis là à la fois pour recevoir, parce que du coup, je reçois par les prédications, les messages, les petites paroles qu'on se donne les uns les autres. Je sens toute la fraternité, l'amitié, l'amour, l'affection. C'est ça d'être ensemble. Et en même temps, j'élève la voix pour dire qui est mon Dieu. Et je le fais aussi dans ma chambre, comme on dit dans le salon, qu'importe sous la douche. Mais dans ces moments-là, waouh ! Il y a quelque chose qui se passe de tellement bon. Vous voyez, c'est comme ça. Après tant d'années, après des moments aussi où, quand je vous dis, je me suis fait fracasser, oui, mais je sais qui est mon Dieu. Donc, les hommes sont faillibles. Il y a eu des choses vraiment pas jolies. Mais suis-je moi pour juger ? J'ai fait mes temps de deuil. Et mes enfants ont fait deuil aussi de certaines choses qu'ils ont vues, qu'ils ont entendues. Ils font ce chemin. Et mon rôle de maman, comme le rôle de mon époux, c'est de pouvoir continuer à échanger avec mes enfants sur ce qu'ils ont vécu, là où ils en sont aujourd'hui, et de donner du sens à tout ça, et de se rappeler qui est Dieu.
- Speaker #0
Pour ceux qui sont peut-être en questionnement par rapport à l'Église, est-ce qu'ils ont le droit de déconstruire leur relation à l'Église ? Est-ce que je viens à toutes les réunions ? Est-ce que je suis obligée de sourire, dire bonjour ? Quelle est la fréquence à laquelle je viens ? Ça, c'est des questions que peut-être moi, je me suis posées. Parce que pendant tout un temps dans ma vie, c'était... Je ne me pose pas la question, en fait. Je vais à toutes les réunions. Et en fait, au bout d'un moment, pourquoi est-ce que j'y vais ? J'y vais par obligation, j'y vais par... Est-ce que j'y vais avec joie ? Qu'est-ce qui me motive derrière ? Et aussi d'aller peut-être plus loin, est-ce que c'est la foi de mes parents ? Donc c'était ça ma question. Ils ont le droit de déconstruire leur rapport à l'Église, tel qu'on l'a renseigné dans l'Église. Est-ce que ça a pu vous arriver et comment le faire sainement ? Est-ce que vous avez des conseils ?
- Speaker #1
Je répondrais directement oui. Pour moi, il faut absolument déconstruire cette idée ou ce concept de ce qu'est l'Église. Parce qu'en tant qu'enfant de pasteur ou enfant de personne dans le ministère ou de responsable, je pense que ça Ça nous crée une image de ce qu'est... On a tous les coulisses de ce qu'est l'Église. Et bon, j'espère que je n'apprends rien à personne, mais voilà, il y a des problèmes parfois dans l'Église. Non, ça peut arriver. Et du coup, tu es un peu en première ligne quand tu es enfant de pasteur. Tu vois tout ce qui s'y passe. Et je pense que du coup, d'un point de vue, ça dépend de chacun, mais ça détériore peut-être l'image de l'Église, même des... Des gens qui vont, des responsables, même du système, si je peux dire ça comme ça. Et pourtant, l'Église, c'est une idée de Dieu. C'est comme je l'ai dit tout à l'heure, c'est la famille de Dieu, d'un point de vue biblique en tout cas. Et il se trouve que même Jésus est mort pour l'Église, il est mort pour le monde, et pour qu'à la fin, on puisse être réunis avec lui. Donc je pense, oui, il faut absolument déconstruire parce que c'est vraiment une très belle chose. l'Église. Et pourtant, il y a tellement d'imperfections dedans parce qu'elle est remplie de personnes faillibles, comme tu as dit, Armelle. Et pourtant, c'est quelque chose de très beau. Et ce serait dommage, je trouve, de passer à côté de ça et de laisser nos expériences et laisser notre vécu en tant qu'enfant de pasteur totalement détériorer cette image. Donc, je pense qu'il faut absolument déconstruire, mais pour bien reconstruire avec des bons fondements à côté et de savoir ce que Dieu dit, finalement. Ce n'est pas juste ce que mes parents m'ont montré de ce que c'est l'Église, de ce que la société me montre, de ce que le système me montre. Mais qu'est-ce que c'est réellement l'Église ?
- Speaker #0
C'est s'approprier la notion.
- Speaker #1
Oui, exactement.
- Speaker #0
Je pense qu'il est important de s'approprier l'Église au-delà de tout ce qu'on a pu nous apprendre ou de ce qu'on peut faire simplement par répétition.
- Speaker #2
C'est très intéressant d'écouter toutes vos réflexions par rapport à ça. Et je me dis déjà, peut-être qu'il faut distinguer l'enfant mineur et l'enfant majeur. Dans le sens, l'enfant mineur, il est, comme Proverbe nous le dit, les parents sont censés instruire l'enfant dès son plus jeune âge. Selon le modèle parental, la culture familiale, ce n'est pas toujours la culture nationale, comme vous répondez, selon la culture familiale. Donc les parents ont ce rôle, cette responsabilité, ils font ce qu'ils peuvent aussi avec leurs propres histoires. Déjà, c'est partir de ça. Et en grandissant, on commence à réfléchir. Et puis parfois, on rouspète. « Oh, je n'ai pas envie d'aller à l'église le matin. Moi, je l'ai vu avec mes enfants. Mais pourquoi je dois y aller ce matin ? J'ai envie de dormir. Je me suis couché tard hier au soir. » Tout ça, c'est vraiment naturel. Mais si, c'est pour ça que je ne veux pas jeter l'opprobre sur les parents qui font ce qu'ils peuvent aussi. Oui, bien sûr. Vraiment, je veux préserver au maximum tout le monde. Tout le monde fait ce qu'il peut aussi avec sa propre histoire. Bien sûr. Mais la responsabilité que nous avons, c'est de dire qu'est-ce que je vais faire de ça progressivement, selon ma maturité, et à l'âge adulte, dire qu'est-ce que je garde ou qu'est-ce que je ne garde pas. Ça reste quand même malgré tout un modèle bon ou pas bon. Après, deuxième point, il me semble qu'il est difficile de déconstruire. Et vous avez d'ailleurs utilisé derrière, toi, tu as utilisé le mot fondement. Parce qu'en fait, c'est une fondation, l'éducation qu'on a eue ou qu'on n'a pas eue, ça reste quand même le terreau. de ce qui est en train de grandir en vous. Et de dire, je déconstruis. Moi, j'aurais plutôt envie de dire, sur la base de ce que j'ai vécu, je vais peut-être faire une autre construction. Parce qu'on est quand même emprunt de ce qu'on a pris, favorablement ou défavorablement. Bien sûr. Donc, en se disant, en grandissant, qu'est-ce que je vais faire de ça ? Moi, je veux dire, j'ai eu des discussions avec certains de mes enfants, et de dire, ok, qu'est-ce que tu as envie de prendre et qu'est-ce que tu n'as pas envie de prendre ? Ouais, moi, si j'étais toi, je n'aurais pas fait ceci. Ok. Ok. Pour le coup, parfois, je demande pardon parce que... Franchement, il y a des trucs sur lesquels je me suis trompée en tant que maman, vraiment. Mais je vais entendre, je vais écouter. Et ce qui m'intéresse, ce n'est pas qu'ils viennent à l'Église, je reviens là-dessus, c'est qu'ils viennent rejoindre ceux qui ont envie de louer le Seigneur, qui ont envie d'honorer le nom de Jésus. Et du coup, c'est pour ça que je reviens toujours sur le terme « assemblée » . Et si j'avais une parole à dire à tous ces... Ces enfants de pasteurs ou dans les ministères qui ont été blessés, mais rappelle-toi qu'il y a Dieu, parce que c'est ta relation à toi et de toi à lui. On a été, je te rejoins Priska, tu dis, on a été vraiment créés pour la relation. qui est la relation verticale, mais je n'oublie jamais la relation horizontale. Et pour moi, c'est le signe de la croix d'ailleurs.
- Speaker #0
Je voulais lancer une petite réflexion à ceux qui nous écoutent. Quelle est ta place dans l'Église ? Et en fait, c'est en dehors de ton rôle d'enfant de pasteur, en dehors de ce qui t'a construit, qui est-ce que tu es si on t'enlève ce statut social ? Est-ce que vous venez à l'église par statut social, par position, par habitude ? Ou alors par foi ? Et en fait, je me disais, ça peut être intéressant de vous laisser avec cette question-là. J'avais quelques questions que je posais en rafale. Est-ce que c'est bien ou est-ce que je peux aller dans une autre église que celle de mes parents ? Alors que j'habite sous le même toit, mineure majeure, ça c'était une vraie question. Je ne sais pas si tu as un point de vue ou pas forcément.
- Speaker #1
Oui, parce que moi je suis partie de l'église où j'ai grandi alors que j'étais mineure. Donc je suis allée, comme je disais tout à l'heure, dans cette église pour trouver des amis. Avec le recul aujourd'hui, je trouve que mes parents ont vraiment été hyper tolérants là-dessus. Je ne sais pas ce que j'allais te dire, mais moi cette question, il s'est la libère. Je ne sais pas. C'est... Et avec le recul, je me dis que c'était conduit aussi par Dieu. Dieu a permis aussi, je ne sais pas, cette tolérance. Merci papa, maman. Moi, ça m'a aidée aussi d'aller dans une nouvelle église et vraiment de me faire des amis. Pour le coup, c'est des amis, des vrais amis que j'ai depuis presque dix ans. Mais oui, moi, je suis partie. J'en avais besoin en tant qu'enfant de pasteur, comme je disais. J'avais besoin de couper, de casser avec cette étiquette. d'enfant, de pasteur devenir tous les dimanches qu'on me regarde et on regarde pas méchamment mais c'est juste qu'il y a un poids qui s'ajoute, donc c'est pas méchant je vais pas en vouloir aux personnes c'est un peu les règles du jeu mais j'avais envie de m'affranchir de ça et je suis partie tes parents ils ont pas du tout
- Speaker #0
Tu leur as parlé de ça, tu leur as dit voilà je veux aller dans une autre église et c'était ok ?
- Speaker #1
Je l'ai fait progressivement en fait. À l'époque, l'église où je suis allée, elle faisait des cultes vers midi, l'après-midi. Du coup, j'allais le matin d'abord dans ma première église. C'est comme si j'avais deux églises pendant un moment. C'était vraiment une période de transition et au bout d'un moment... C'est ça qui s'est passé, au bout d'un moment... À mes 18 ans, j'ai dit c'est fini maintenant. J'ai attendu 18 ans.
- Speaker #0
Je suis majeure.
- Speaker #1
Exactement, je pense que c'était dans ma tête. Mais ils ne m'ont pas dit de faire ça. C'est vraiment moi. Du coup, je pense qu'il y avait cette idée de je veux respecter aussi mes parents. Enfin, c'est pas parce que, selon moi, c'est pas parce que j'allais partir que je ne les respectais plus. Mais je pense qu'au fond de moi, c'est peut-être une histoire d'éducation ou quoi. L'église n'était pas mauvaise, je l'aimais. Mais du coup, à 18 ans, je suis partie et voilà.
- Speaker #2
C'est beau parce qu'on dit souvent que les enfants ont besoin de racines et d'ailes. Et des ailes. Je trouve que c'est très beau. En plus, c'est bien, super, presque, parce que c'est la progressivité. Donc, en fait, tout le monde s'accoutume à ça. Mais après aussi, c'est valable pour certaines régions. Tu as des régions, tu as en province, où il n'y a pas le choix, en fait. C'est l'église. Voilà,
- Speaker #0
tu es obligée de faire des kilomètres.
- Speaker #2
Il n'y a peut-être pas l'autonomie, il n'y a peut-être pas le bus qui t'amène là, tu mets 4 heures, enfin, etc. Pour y aller, j'invente un mail. Ou parfois, t'es obligée de trouver une famille locale qui peut t'héberger pour la nuit précédente. Ça peut être parfois assez rédhibitoire, c'est-à-dire vraiment difficile pour accéder à ça. Mais comme c'est possible, moi, je pense qu'il faut le faire. La minorité, ça dépend à quel âge on se vit, ça dépend si les parents sont rassurés de l'enfant ou de l'endroit où l'enfant va, etc. Donc, oui, Progressivité, moi je trouve ça super, dans le dialogue je trouve ça super, mais c'est pas toujours faisable. Il y a vraiment des enfants de ministère qui sont coincés localement.
- Speaker #0
Par exemple, ça me fait penser à une expérience qui a duré longtemps. Moi j'ai été dans une église en province, la plus proche autre église, de qui on était en contact, qui semblait bien, c'était une demi-heure de route. J'avais pas mon permis, j'avais 16 ans, j'étais encore au lycée. C'est juste pas possible. Donc j'allais à l'église de mes parents le dimanche. Enfin, c'est pas l'église de mes parents, mais voilà, vous avez compris. Mais la semaine, il y avait les réunions de prière le mardi soir. Mais comme j'étais au lycée et que je me levais tôt le matin, mes parents disaient, celle-là en semaine, tu vas pas, soit t'en profites pour faire tes devoirs ou quoi que ce soit. Et en fait, durant ces moments-là, je n'allais pas dans une autre église. Il n'y avait pas encore toutes les églises en ligne, etc. Mais j'avais des DVD d'églises, notamment une grande église Ilsong. qui faisait des grands rassemblements. Ils en profitaient pour filmer. Et en fait, on pouvait acheter ces DVD. Et c'était en même temps une heure et demie de louanges. Quand j'ai vraiment cherché à avoir une relation avec Dieu, j'ai commencé à simplement mettre ces DVD. le mardi soir chez moi pendant que mes parents étaient à la réunion de prière et j'ai appris à louer parce que moi dans mon église on faisait des chants mais j'ai appris à louer en levant les mains dans mon salon devant ce DVD en étant toute seule, en anglais en plus donc je mettais les sous-titres au début parce que je comprenais pas trop mais j'ai appris à lever les mains en regardant les gens faire sur ma télé et en fait j'ai eu la révélation de la croix devant ce DVD pendant plusieurs mardi soir d'affilée Je pleurais, je pleurais, je pleurais quand il y avait un chant parce que je crois que j'ai eu la révélation de la croix comme ça. Donc je ne pouvais pas aller dans une autre église. Mais en fait, par les moyens, aujourd'hui, il y a YouTube. Aujourd'hui, il y a des pléthores d'églises qui font des enseignements en ligne. Vous avez des moments de louanges aussi, etc. Et c'est aussi un moyen de vivre l'église tout en ne pouvant pas quitter ce qu'il n'y a pas autour. Parce que je ne peux pas me déplacer. Mais en gros, pour moi, c'était comme expérimenter l'Église autrement et avoir une autre vie d'Église avant de pouvoir partir dans une autre ville, dans une grande ville, pour faire mes études supérieures. Et là, j'ai été dans une autre Église, j'ai vécu l'Église différemment. Et une autre de mes questions, c'était, est-ce que quitter l'Église de ses parents est nécessaire pour évoluer ? En même temps, oui. En même temps, non. Chacun est différent. Mais moi, personnellement, ça m'a fait beaucoup de bien parce que, justement, comme tu le disais, tu sors de ce rôle seulement enfant de pasteur dans le quotidien, en fait, dans le quotidien de la vie de l'Église. Tu expérimentes la vie de l'Église différemment, en fait.
- Speaker #2
Tu peux aussi participer à des camps d'été, des camps de jeûne, des camps d'ivraie, au ski, enfin, il y a pas mal de choses possibles. Et puis, tu n'es pas obligé non plus de prendre la place de ton père ou de ta mère en tant que pasteur ou en tant que proche. Je ne sais pas, en fait, il n'y a pas d'obligation. Enfin, chacun ses dons aussi. Tu sais, je pense aussi à un Erasmus pour les étudiants. Ils vont à l'étranger et puis ils vont voir finalement une église qui n'a rien à voir avec le modèle dont ils ont l'habitude depuis qu'ils sont gamins. Et ça te permet aussi de voir que les expressions chrétiennes, elles ne sont pas les mêmes partout. Exactement. Et qu'on peut tout à fait, moi ça m'était arrivé une fois en Asie. Je suis arrivée dans un pays et puis en fait je me suis retrouvée dans une petite maison, un petit appart plutôt. Et en fait j'ai vécu une présence de Dieu incroyable alors que tout le monde murmurait et qu'il fallait chanter à voix basse. Avec un cantique en vieil anglais. Je me disais, mais qu'est-ce que je fais là ? C'est tellement réclaté, mon bébé, mon machin. Je suis restée au fond de mon siège et j'ai vécu une présence incroyable du Seigneur. Donc voilà, pour les jeunes, tout à fait aussi, aller vivre d'autres expériences dans d'autres lieux et qui vont faire dire, en fait, il y a plein de façons de se mettre à table avec le Seigneur. On ne sert pas toujours les mêmes repas.