- Speaker #0
Pendant plus de dix ans, Nicolas Merieux a parlé d'écologie sur scène, sur YouTube et à la radio. Avec l'humour comme outil, il a tenté de rendre accessibles des sujets aussi complexes que le changement climatique, l'effondrement de la biodiversité ou notre dépendance aux énergies fossiles. Mais que se passe-t-il lorsque l'on passe des années à raconter les crises écologiques ? comment éviter de sombrer dans le découragement et comment retrouver du pouvoir d'agir. Face à son éco-anxiété, Nicolas Merieux a choisi de mettre les mains dans la terre. Après avoir repris des études agricoles, il développe aujourd'hui un projet de ferme dans les Landes, convaincu que l'agriculture est un des leviers de la transition écologique. Pour autant, il n'a pas abandonné l'humour. Avec son Farm Tour, il sillonne les fermes françaises pour jouer ses spectacles. Une tournée pour rapprocher le grand public de celles et ceux qui nous nourrissent. Nous enregistrons cette rencontre depuis la fête d'été d'Altermont, où Nicolas Merieux se produit ce soir, au moment où nous enregistrons cet épisode, avec son spectacle On sait pas. Bonjour Nicolas Merieux.
- Speaker #1
Mais comment ça va Florence ? Ça me fait plaisir de te voir.
- Speaker #0
Alors pour l'anecdote, j'avais oublié de lancer l'enregistrement. Heureusement, je m'en suis rendue compte au bout de 2-3 minutes, donc ça va, mais veuillez comprendre. Pourquoi ce début un peu bizarre ? Alors, on va revenir sur ton parcours, oui, parce qu'on va se tutoyer ici, chez Altermon. Tout le monde se tutoie. Tu viens de passer 24 heures au sein de la fromagerie Altermon, créée par 4 fermes paysannes. Tu nous racontes un peu ce que tu as découvert en 24 heures ?
- Speaker #1
Déjà, j'ai découvert des gens très sympas et en plus très marrants. Surtout après une verveine le soir au bar, je ne sais pas comment ça s'appelle, qui était... à La Farlot qui était très sympa. La Farlot, très cool comme endroit, allez-y. Et puis qu'est-ce que j'ai découvert ? Non, j'ai découvert surtout un modèle qui donne de l'espoir parce que c'est vrai que moi ça fait 4 ans que je fais des tournées des fermes, j'ai visité plus de 200 fermes et clairement tout le monde n'a pas le sourire comme ici, tout le monde n'a pas des projets aussi alternatifs que celui-ci et ça redonne de l'espoir dans le monde, dans l'humain et puis quand c'est porté par des gens aussi sympathiques qu'eux franchement ça fait plaisir à voir.
- Speaker #0
Et c'est pour ça qu'En un battement d'ailes revient ici depuis trois ans, parce qu'effectivement l'ambiance est plutôt sympathique et qu'on est toujours extrêmement bien accueillis. Je crois savoir que tu n'es pas un grand fan de fromage.
- Speaker #1
Eh bien figure-toi, depuis que je suis ici, j'adore ça.
- Speaker #0
Bon, donc il t'en fait changer d'avis.
- Speaker #1
Absolument.
- Speaker #0
C'est plutôt pas mal. Alors, raconte-nous un peu comment tu t'es saisi des questions écologiques, comment tu t'es lancé sur cette thématique. Toi, tu as un parcours... où tu es monté sur les planches très rapidement, tu as suivi le cours Florent, donc l'humour, c'est plutôt ton domaine. Mais à quel moment tu te saisis justement des enjeux climatiques ?
- Speaker #1
En fait, quand j'étais petit, j'ai grandi avec mes grands-parents. Du côté de ma mère, ils sont immigrés à l'Ajuré espagnol, ils vivent en cité à Grenoble. J'y étais toute la semaine et le week-end, j'étais chez mon grand-père berger dans les Alpes. Et en fait, quand j'étais petit, j'étais plus touché par les inégalités sociales. Parce qu'en plus, ma mère m'a eu très jeune, elle m'a eu à 21 ans, elle était en 3ème année de médecine. Et en fait, moi j'étais là à la remise de diplôme de ma mère. Et en fait, quand j'étais jeune, j'ai grandi dans un milieu plutôt populaire, soit urbain, soit rural. Et arrivé à l'adolescence, quand ma mère a eu son diplôme, j'ai accédé à un milieu plutôt bourgeois en fait. Et moi ça m'a assez choqué en fait, les inégalités sociales au début. Et je pense que ce côté de grandir à la fois dans le béton et à la fois... dans les prairies où, quand j'étais petit, j'adorais m'allonger dans le pré et laisser tous les insectes me monter dessus. Ça, va faire ça dans une cité, tu verras qu'il n'y a pas grand-chose qui te monte dessus. Et en fait, ça, je pense que ça a bercé mon enfance. Et après le déclic, ça a été le film Océan. À partir du moment où j'ai vu ce film, je me suis dit, merde, l'être humain est en train de creuser sa propre tombe. Moi, j'ai la chance d'être comédien, autant écrire des trucs qui ont du sens, plutôt que de parler, de faire l'humour du quotidien, comme la plupart des gens font.
- Speaker #0
Alors tu te lances dans des vidéos sur YouTube, pourquoi ce format au départ ?
- Speaker #1
Alors pourquoi les vidéos YouTube ? Et bien là, un autre moment de ma vie assez rigolo, j'ai été SDF un moment. Et du coup, comme j'avais fait le cours Florent avant, ça me rendait assez triste de plus m'exprimer sur scène, de plus avoir quelque chose d'artistique dans ma vie finalement. Et YouTube, en fait, c'était l'avantage, c'est qu'on pouvait se filmer avec n'importe quoi, n'importe quelle caméra, et écrire des textes, et les enregistrer, et les donner comme ça sur Internet. Et en fait, c'était ma façon de rester connecté à ma branche artistique.
- Speaker #0
Et donc, d'avoir un format qui te permette aussi d'entrer en lien directement. avec les gens par cette plateforme ?
- Speaker #1
Ouais, en fait, YouTube, c'est ça qui est génial, c'est que tout le monde y a accès, c'est gratuit, et en fait, c'est vraiment un micro-concentre, parce que quand on est comédien, on est très dépendant des directeurs, directrices de casting, on est dépendant des réalisateurs, réalisatrices, on est dépendant des boîtes de production, alors que quand on monte sur scène ou qu'on monte sur YouTube, on est dépendant que de soi et de son travail, parce que finalement, si on travaille bien, l'algorithme fait qu'un jour ou l'autre, on est mis en avant, quoi. On est indépendant et ça je pense que c'est important et les gens d'Altermont le savent l'indépendance à quel point c'est important.
- Speaker #0
Nous aussi on le sait l'indépendance, c'est important, on en parlait tout à l'heure en tant que média, c'est aussi un autre sujet. Donc tu crées la série La Barbe qui mêle humour, actualité, vulgarisation, l'écologie devient progressivement un peu le thème central de ton travail. Ça a évidemment un impact sur ton quotidien. Tu me disais en préparant notre échange que petit à petit, tu deviens végétarien, tu décides d'arrêter de prendre l'avion, etc. C'est une manière de s'autosensibiliser quelque part aussi ?
- Speaker #1
En fait, j'ai fait des vidéos sur plusieurs thématiques effectivement écologiques, sociologiques, économiques. Et en fait, à chaque fois que je dénonçais un problème, je me demandais comment je peux faire pour ne plus en faire partie. Et en fait, mon travail a créé... Je ne sais pas comment dire, des changements dans mon mode de vie, mais simplement parce que je me demandais comment ne plus faire partir ce problème. Et c'est d'ailleurs à cause de tous ces changements qu'à la fin je me suis dit mais en fait, ok, je n'ai plus de voiture, je ne suis qu'en vélo, ok, je ne dépends plus des grandes surfaces, ok, je suis zéro déchet, tout ce que tu veux, mais en attendant, chez qui j'achète mon bio ? Bon ben, je suis en ville et je vais chez Naturalia, Naturalia c'est Auchan, et en fait je n'ai pas envie de donner de l'argent à ces gens-là. Du coup, je crois que l'étape d'après, c'est que je me suis dit, il faut que je fasse pousser ma bouffe.
- Speaker #0
Et donc, c'est là que tu te lances dans la permaculture, sur le toit de... Ouais, dans un premier temps.
- Speaker #1
Ouais, exactement. C'est vrai, au début, j'étais en coloc à Malakoff, on était à 4, et je faisais pousser des légumes sur le toit de mon garage.
- Speaker #0
Et puis, donc, tu participes à beaucoup de manifestations, tu mènes des actions de désobéissance civile.
- Speaker #1
Mais en fait, et ça j'en parlerai dans le spectacle tout à l'heure, mais en fait... Quand on veut changer les choses, on voit bien que le monde court à sa perte parce qu'en fait on est dirigé par des trous de fesses et à un moment donné c'est bien beau de faire des efforts individuels mais si on n'a pas plus d'impact sur la société ça ne changera pas parce que les gens qui sont aux manettes, si on les laisse faire, ils font comme ça les arrangent eux et elles et nous ils s'en foutent un peu. Donc bien sûr que c'est important, je pense que la société il faut la changer peu importe dans quel cadre tu le trouves, c'est-à-dire de manière individuelle, dans ton entreprise et de manière politique et aussi dans les manifestations. Il faut qu'il y ait une coalition de forces pour qu'il y ait un changement.
- Speaker #0
Donc tu consacres ton travail à vulgariser ces enjeux écologiques. À ce moment-là, tu poses des constats. Est-ce que tu as la sensation d'avoir un impact en informant les gens et de faire quelque chose par cette transmission d'informations, cet état des lieux ?
- Speaker #1
Quand je commence à faire ces vidéos-là, non. Je n'ai pas la sensation d'avoir un impact. de la station. de faire ce qui me fait du bien, c'est-à-dire de m'exprimer sur ces sujets-là. Maintenant, 15 ans après, je sais que j'ai eu un impact parce que j'ai rencontré énormément de gens qui m'ont dit j'ai arrêté mes études pour devenir ingénieur en environnement, j'ai fait une reconversion, maintenant je suis devenu paysanne. Des exemples, j'en ai plein. Maintenant, je sais que j'ai un impact, mais à la base, je cherchais même pas, je cherchais juste à m'exprimer.
- Speaker #0
Et petit à petit, comme souvent quand on parle des constats, il y a l'éco-anxiété qui peut grandir. C'est ton cas. Cette éco-anxiété, elle se traduit comment à ce moment-là ?
- Speaker #1
C'est vrai que moi, comme je te le dis, j'ai passé plus de dix ans de ma vie, et surtout à cette période où j'avais ce programme-là à la barbe qui passait sur YouTube et à la télé, je passais toutes mes semaines à lire des rapports, des documents scientifiques qui expliquent à quel point on court dans la catastrophe. Et j'étais payé pour faire rire les gens à partir de rapports scientifiques que la plupart des gens n'ont pas envie de lire. Ce que je comprends, c'est assez chiant. Mais c'était mon métier, donc je le faisais. Pourtant,
- Speaker #0
le rapport du GIEC est sexy avec ces 2000 pages. Oui,
- Speaker #1
ça donne envie. On verra ce soir si les gens l'ont lu. Enfin, les ont lu, parce qu'il y en avait plusieurs depuis. Et en fait, à force de lire là, forcément, moi, le soir, je ne fais que ruminer ça. Parce que moi, je fais des blagues pour les autres, mais personne ne fait des blagues pour moi. Ce qui fait que moi, je me prends la vérité en pleine face tous les jours dans mon boulot. Je fais des cauchemars, ça m'empêche de dormir, ça m'arrive de chialer le soir tout seul dans mon lit parce que je me sens impuissant. C'est assez dur à vivre.
- Speaker #0
Et donc cette éco-anxiété, elle grandit petit à petit et à un moment, il y a quoi ? Il y a un point de rupture ? Il y a un truc où on se dit stop, il faut que ça s'arrête ?
- Speaker #1
Ouais, en fait, c'est un mélange de tout ça. Et puis surtout, comme tu l'as dit, je commence à m'intéresser à la permaculture. Et je me suis dit, bon, faire de la permaculture sur ton jardin, c'est bien. Mais peut-être une ferme, c'est mieux, quoi. Parce que se nourrir soi, ok, mais nourrir les autres c'est quand même vachement plus vertueux. et donc c'est là donc voilà comme je t'ai dit j'ai grandi à Grenoble mais je suis allé à Paris faire les cours Florent puis il m'est arrivé mes histoires et là j'habitais Paris et je me dis bon bah il faut que je me casse parce que c'est pas à Paris que je vais monter une ferme tu vois et en plus je déteste Paris donc ça m'a rangé et puis j'avais la chance de ça y est vivre de mon métier j'étais sur TF1, j'étais sur pas mal de chaînes qui me permettaient de ne plus être sur Paris pour vivre de ce métier là donc ouais je me suis dit que c'était le moment de partir pour monter une ferme quoi et
- Speaker #0
Justement, c'est en évoquant, c'est après un épisode consacré à l'effondrement que tu décides d'arrêter la barbe parce que justement cette approche constat, elle devient trop. Et donc tu as envie de sortir aussi des récits tournés uniquement vers la catastrophe pour finalement essayer d'aller un peu plus vers les alternatives.
- Speaker #1
Absolument.
- Speaker #0
Et ce qui ressort aujourd'hui, c'est comme ça aussi qu'est né En un battement d'ailes, l'idée c'était de pouvoir... Proposer ces initiatives, ces solutions qui viennent répondre aujourd'hui à un problème. Un tiers des Français arrêtent de s'informer parce que l'actualité est trop anxiogène. Plein de rapports montrent aujourd'hui qu'il y a un besoin de plus en plus grandissant de se tourner vers les solutions. Et donc, ce que tu as vécu illustre bien cette espèce de retournement. Le constat, l'état des lieux, c'est bien, mais il faut aussi aller vers les solutions. Qu'est-ce qui, toi, te pousse à... Toi-même finalement, mettre en place une solution ?
- Speaker #1
Justement pour guérir mon égo-anxiété. Moi, depuis que j'ai une ferme, en fait on passe son temps, et c'est ce que j'ai lu pendant des années, à penser que l'être humain n'est capable que de détruire le vivant, alors que c'est faux, on peut absolument aggrader nos sols, aggrader le vivant. Et depuis que j'ai ma ferme, c'est le constat que je fais tous les jours. Moi j'ai récupéré une terre qui avait 30 ans de monoculture de maïs conventionnel, qui était morte, parce qu'il n'y avait plus rien qui poussait sans engrais. Et là, moi, ça fait deux ans que j'ai mon sol. Je l'ai amendé copieusement. Certains agronomes m'ont dit, un peu trop, tu as eu de la chance que ça passe. Et en fait, de redécouvrir la beauté de la vie, de revoir les insectes revenir, tous les oiseaux qu'il y a chez moi, toutes les plantes qui sont en train de pousser, toute cette biodiversité qui est renée. Ah ben, moi, je rentre chez moi et je dors comme un bébé maintenant.
- Speaker #0
Et comment vient l'idée de l'agriculture ? Parce qu'en fait, pour apaiser son éco-anxiété, on peut passer par plein de choses. Ça aurait pu être du militantisme, aller travailler dans une association où on peut voir les effets un peu concrets de son action. Donc pourquoi l'agriculture ? Pourquoi la terre ?
- Speaker #1
Déjà parce que j'adore manger. C'est une bonne raison, déjà. Et ensuite... Parce que je pense que quand on fait une belle agriculture, on résout énormément de problèmes sociétaux et environnementaux. Quand on fait une agriculture vertueuse de l'environnement, on stoppe la sixième extinction de masse, on évite que les nappes phréatiques soient polluées, on empêche l'érosion des sols, on crée de la biomasse, donc on reconstruit les sols, on limite également le ruissellement des eaux. en fait l'agriculture quand elle est vertueuse elle a tellement d'impact positif, sans compter les impacts sociaux, parce que si, et on en parlait tout à l'heure, je ne sais plus avec qui du collectif, mais que, par exemple, une bouteille de lait d'ici, c'est à peine plus cher qu'une macrame bague dans un supermarché, et après, les grandes marques, je ne sais pas si j'ai le droit de les citer, Candia, Lactalis, et comment dire, là, ils sont plus chers, en fait. Et donc, du coup, si on était plus de producteurs et de productrices en bio, et que les consommateurs et consommatrices venaient vers nous, et que... Et surtout s'il pouvait y avoir un acte politique pour faire en sorte que finalement ce soit le conventionnel qui soit plus cher que le bio, et bien là aussi on pourrait régler des problèmes sociaux, puisque la plupart des gens qui n'ont pas les moyens achètent de la bouffe chez Lidl, et la bouffe qui est vendue là-bas c'est catastrophique pour la planète.
- Speaker #0
Et là on en revient à la question des inégalités sociales qu'on évoquait au démarrage. Il y a une rencontre qui vient aussi te pousser un peu dans cette direction, celle de Zoé et Anthony,
- Speaker #1
c'est ça ? Zoé et Anthony, c'est un couple de maraîchers-maraîchères qui étaient en train de créer leur ferme pas très loin de chez moi. Et moi, il faut savoir que quand j'ai déménagé, avant d'avoir ma ferme, en fait, d'ailleurs, j'avais déménagé, je n'avais même pas encore tout de suite le projet de monter la ferme tel que je l'ai fait aujourd'hui, mais j'allais aider dans les fermes. Ça me faisait du bien d'aller aider, surtout pendant le Covid, parce que, je ne sais pas si vous vous souvenez, mais pendant le Covid, on n'avait pas le droit de sortir de chez soi, sauf pour aller aider les fermes. Donc, moi, je dis... Je passais mon temps dans les fermes pendant le Covid. Et je n'arrêtais pas de poser des questions, poser des questions à Zoé Anthony sur la ferme, sur comment... Est-ce qu'ils pensent que je pourrais avoir une parcelle avec eux ? Et à un moment donné, Zoé me dit, arrête de nous faire chier avec tes questions, va au lycée agricole et monte ta ferme, en fait. Et elle m'a mis un coup de pied au cul, quoi. Et puis, j'ai écouté le conseil.
- Speaker #0
Et donc, tu es... Retourner faire des études, tu passes ton brevet professionnel de responsable d'entreprise agricole au lycée agricole de Dax. Là, le fait de repasser au lycée agricole, comment tu vis cette période-là ?
- Speaker #1
Pour la première fois de ma vie, bien. Parce qu'en fait, moi j'ai toujours... L'école, ce n'est pas un truc qui m'intéressait beaucoup. Je me faisais un peu chier. Et pour la première fois de ma vie, en fait, on m'inculquait des choses dont j'étais intéressé. Donc j'étais très bien. Et puis surtout, il y a un truc, ça m'a fait du bien à l'ego aussi. Ça m'a remis un petit peu ma place parce que comme avant, je faisais de la permaculture, j'avais l'impression de tout connaître. Et quand je suis arrivé la première semaine de cours, je me suis dit mais en fait, je ne sais rien. Je ne connais pas l'agriculture. Je ne sais pas ce que c'est. J'ai découvert un nouveau monde. Et du coup, comme j'adore apprendre des choses, finalement, je me suis dit mais c'est génial. J'ai un vase vide à remplir. Donc j'étais très content d'aller à l'école.
- Speaker #0
Mais alors comment on enseigne aujourd'hui justement le monde agricole dans un lycée agricole ? Est-ce qu'il y a conscience, justement, des enjeux climatiques, environnementaux, de biodiversité ?
- Speaker #1
Alors moi, je ne peux pas te dire dans les lycées agricoles, parce que je ne suis allé que dans le mien. Et par contre, pour en discuter, parce qu'une fois de plus, comme j'ai visité pas mal de fermes, ça dépend vraiment de quel lycée agricole. Nous, on avait de la chance, on était en section bio déjà, donc on ne nous apprenait que des techniques bio. Mais après, je sais que ce n'est pas le cas partout. Et je sais aussi, parce que pour être encore en relation avec certaines profs du lycée, que le programme est en train de changer et qu'on va de moins en moins vers le bio en ce moment.
- Speaker #0
Tu décides de t'installer à Joss, près de Seignos, pour lancer un projet de jardin-forêt. Est-ce que tu peux nous expliquer déjà, pour qu'on comprenne, qu'est-ce que c'est qu'un jardin-forêt ?
- Speaker #1
Le projet, ce n'est pas que le jardin-forêt. C'est surtout la pépinière qui va avec. Les deux sont liés. Un jardin forêt, c'est tout simplement recréer un biotope forestier, mais qu'avec des plantes comestibles. Quand on va se balader dans une forêt diversifiée, pas une forêt d'exploitation ou phénomène de culture, on se rend compte qu'il y a énormément de plantes autour de nous. Je crois qu'en France, on est capable de répertorier 4500 variétés dans une forêt diversifiée. Alors que nous, quand on fait une randonnée, on ne voit que du vert. C'est assez rare qu'on se dise qu'il y a ça, On peut aller jusqu'à 4500 variétés. Et le but dans une forêt, si on regarde, il y a bien sûr les grands arbres, mais aussi les arbustes, il y a aussi des lianes, il y a aussi des plantes grimpantes, il y a aussi des buissonnantes, il y a aussi des couvre-sol. Et le but, c'est de recréer toutes ces strates, où là où un champ, souvent on fait une monoculture, là on va créer plusieurs strates, comme dans une forêt. Donc ça veut dire que je vais mettre par exemple un pommier sur franc qui va monter à 8 mètres de haut, mais il y aura des framboisiers, il y aura peut-être de la vigne qui va monter dans le poirier, dans le pommier. Au sol, il y aura des fraisiers, il y aura de la menthe. Et en fait... au mètre carré, on produit beaucoup plus.
- Speaker #0
Et ton projet s'associe à une pépinière ?
- Speaker #1
Oui, alors le but c'est quoi ? Je suis parti du constat qu'évidemment, 90% de ce qu'on mange est dépendant des énergies fossiles, que ce soit pour la récolte, ou alors même dans le conventionnel, pour créer des pesticides et des engrais de synthèse, on les fait à partir de dérivés, souvent de méthane, d'énergie fossile en tout cas. Et je me suis dit, ok, merde, on est face à un dérèglement climatique. En plus de ça, l'énergie fossile, on sait le pic de production, il est devant nous dans les dix prochaines années. Donc ça veut dire qu'à partir du moment où on va atteindre ce pic de production, tout va coûter de plus en plus cher, puisque tout est lié. Si on ne change pas les variétés qu'on consomme aujourd'hui, qu'est-ce qu'on va manger demain ? Et de ce constat-là, je me suis dit, ok, je vais essayer de planter la plus grande collection de plantes comestibles de France. Actuellement, j'ai 1264 variétés fruitières. Et le but c'est d'arriver à 3000 plantes comestibles différentes et de reproduire celles qui sont adaptées aux conditions pédoclimatiques de mon territoire. C'est pour ça que je suis pépiniériste, c'est vraiment pour multiplier. Je donne un exemple tout bête, mais chez moi dans les Landes, on a un climat qui est très océanique, très humide. Et avant, on faisait énormément de pêchés. Et aujourd'hui, il n'y a plus un verger de pêchés chez moi. Pourquoi ? Parce que les nouvelles variétés de pêchés choppent la cloque. Et alors du coup, les gens se sont dit, les pêchés ça a la cloque, on peut faire pousser chez nous. Seulement les anciens, ils ont les variétés qui n'ont pas la cloque, les vieilles variétés. Et moi, j'ai planté, je ne sais pas, peut-être 25 variétés de pêchés. Mais j'en ai quatre qui n'ont jamais chopé la cloque. Et c'est celles-ci que je vais reproduire à la pépinière pour les vendre localement.
- Speaker #0
Tu lances ton projet. Pourtant, aujourd'hui, devenir agriculteur, c'est un parcours quand même semé d'embûches. Aujourd'hui, près de la moitié des agriculteurs partiront à la retraite dans les dix prochaines années. S'installer reste difficile. Je pense que tu pourras aussi nous témoigner de ce que... Les agriculteurs que tu rencontres dans les différentes fermes te racontent, mais entre l'accès aux fonciers, l'investissement, la formation, la charge de travail, plus personne n'a trop envie de se lancer. Toi, qu'est-ce que tu retires pour le moment de ton installation ?
- Speaker #1
Eh bien, quand on n'est pas issu du monde agricole, c'est très compliqué. Parce que moi, je n'ai pas de famille. J'ai des copains heureusement qui viennent m'aider mais je suis assez seul sur ce projet et surtout comme j'ai pas grandi dans une ferme où tous les travaux que j'imagine prennent trois fois plus de temps que ce que j'ai imaginé donc dès que je vais faire quelque chose en fait j'ai trois mois de retard, six mois de retard parfois Là même un an puisque moi je pensais ne pas être en farm tour cet été mais être sur les marchés avant de mes plans et puis je suis ici donc c'est que j'ai un an de retard.
- Speaker #0
Mais qu'est-ce que tu retires du fait de mettre les mains dans la terre ?
- Speaker #1
Ah bah ça je te l'ai dit tout à l'heure, ça me soigne, ça me soigne vraiment. Parce que du coup moi j'ai une boîte de production audiovisuelle avec des bureaux, des salariés et quand je rentre chez moi le soir mon cerveau rumine en permanence. Les jours où je vais travailler à ma ferme, je m'endors, c'est bon. Je suis bien, mon corps en plus il a transpiré toute la journée, je n'ai pas resté 12 heures sur un bureau. Donc voilà, ce que je retire c'est que je pense sincèrement que l'être humain est fait pour être dehors. C'est la société moderne qui a fait que, avant la seconde guerre mondiale, 50% des gens étaient paysans-paysannes. C'est la modernité qui nous a fait nous asseoir derrière un bureau et rester sédentaires comme ça. Mais ce n'est pas notre mode de vie naturel je pense.
- Speaker #0
Et alors pourquoi continuer par ailleurs ? Tout ton boulot de vidéaste, tu pourrais finalement, je pense qu'être agriculteur 100% du temps, ça remplit déjà bien. Donc qu'est-ce qui te pousse à poursuivre en parallèle ?
- Speaker #1
Je pense que d'une part j'aime ça. Tu verras quand je serai sur scène tout à l'heure, je m'amuse autant que les gens, parfois même plus. Et puis c'est du militantisme. C'est ma manière à moi de militer aujourd'hui. Je ne fais plus partie des manifestations, tout ça, mais voilà, je continue à... essayer de motiver des gens à changer les choses.
- Speaker #0
Alors tu as eu l'idée de créer ce Farm Tour, donc tu joues directement dans les fermes, dans lesquelles tu passes généralement quelques heures la journée précédente pour finalement réaliser des portraits d'agriculteurs, d'agricultrices, découvrir comment ils vivent au quotidien, comment ils mettent en oeuvre une autre manière de faire de l'agriculture. Donc ce Farm Tour se tient du 4 juin au 29 août. 3 mois de tournée, 33 dates. Là encore, j'ai envie de reposer la même question. Le métier d'agriculteur n'était pas suffisant.
- Speaker #1
En plus, dans la tournée, je m'arrête au mois de juillet justement pour m'occuper de ma ferme, un peu vérifier que tout va bien. Et je repars. Bah oui, mais bon, question de solide. Comme le restant de l'année, je suis à la ferme. J'ai que là l'été pour repartir. Parce que le boulot de Pépiniéris, le gros du boulot, c'est le printemps, l'automne, l'hiver. L'été, à part regarder les arbres pousser et les arroser, il n'y a pas grand chose à faire. Donc ça m'occupe.
- Speaker #0
Bon, très bien. Donc tu as déjà rencontré une centaine de fermes. Qu'est-ce qui te frappe dans ce que tu vois ? Est-ce que tu as l'impression de voir apparaître aujourd'hui une nouvelle génération d'agriculteurs, d'agricultrices qui vraiment essaient de mettre en œuvre une autre manière de faire ? Est-ce que tu as l'impression que ça prend de l'ampleur, que c'est encore un signal un peu faible ?
- Speaker #1
Oui, le signal est un peu faible par rapport au temps qu'il nous reste pour changer les choses, oui, mais il est là le signal, et ça c'est plutôt une bonne nouvelle. Donc effectivement, il y a de plus en plus de projets alternatifs qui se montent, il y a celui-ci évidemment, mais bon, si on est ici, j'espère que les gens connaissent Alterment, si ce n'est pas le cas, allez vite vous renseigner.
- Speaker #0
C'est pour les auditeurs.
- Speaker #1
Voilà, oui, justement, je parle aux auditeurs et aux auditrices qui viennent à Alterment très vite, si vous ne connaissez pas, on vous attend, le spectacle est à 21h. Et en fait, il y a plusieurs choses. Moi, je trouve que, on le sait, vivre de ce métier-là, c'est très compliqué. Et en fait, ce qui est assez drôle, c'est que je trouve que dans les nouvelles générations qui s'installent, ils montent plusieurs projets, c'est les plus réactifs. Donc ça va être... Alors, le meilleur exemple, on le sait, c'est la transformation. Parce qu'en fait, vendre que sa production, aujourd'hui, il y a très peu de valeur ajoutée. Et si on veut gagner sa vie, voilà, transformer, ça devient une nécessité. Mais aussi des gens qui vont faire des gîtes à la ferme. Il y a des gens qui vont faire des guinguettes, moi j'adore ça, et puis aussi des gens comme moi qui gardent un métier de bureau à côté, ils font deux jours par semaine en télétravail et le reste de la semaine au champ. Et c'est ça que je vois dans la nouvelle génération qui s'installe, c'est qu'ils ne mettent plus toutes leurs billes dans le même panier et je pense qu'encore plus avec ce climat qui est changeant, c'est une bonne idée.
- Speaker #0
Est-ce que tu vois des... Des freins communs qui peuvent être rencontrés, des difficultés ? Évidemment qu'il y a des choses...
- Speaker #1
T'as deux heures ? Moi, ouais. Des freins, il y en a 15 000. Il y en a plein, évidemment. La PAC, déjà.
- Speaker #0
Politique agricole commune.
- Speaker #1
Politique agricole commune, c'est à revoir, mais ça fait des années qu'on le dit et ça ne va toujours pas dans le bon sens. Il y a évidemment la question de... On revient toujours sur les prix, mais la question de comment sont rémunérés les agriculteurs... Le prix n'est pas assez juste, c'est un métier qui n'est pas assez mis en avant dans la société. C'est des gens qui font 70 heures par semaine et on a l'impression qu'ils gueulent tout le temps, alors que je ne connais pas beaucoup de gens qui seraient capables de travailler autant pour si peu d'argent. Donc il y a vraiment une place dans la société à refaire. C'est pour ça que je fais ces vidéos d'ailleurs, c'est pour mettre toutes ces personnes en avant. Qu'est-ce qu'il y a d'autre ? J'ai envie d'être trop de trucs dans la tête et en même temps plus rien parce que je suis en tournage depuis 10h ce matin. Il y a plein de choses à revoir, évidemment, plein de choses.
- Speaker #0
Et est-ce que tu ressens des difficultés pour eux à mettre en œuvre justement cette autre manière de faire de l'agriculture ?
- Speaker #1
Je suis en envie de te dire oui et non. Je ne sais pas. Est-ce que je ressens des difficultés pour eux ? En fait, quand on est... Paysans, paysannes, on est avant tout chef d'entreprise. Et on est chef d'entreprise quasiment à tous les postes. Là, on a l'impression qu'on pense être agriculteur, agricultrice, c'est produire de la nourriture. Non ! C'est aussi faire la compta, c'est aussi savoir vendre, c'est aussi savoir communiquer, c'est faire du marketing parfois, c'est plein de métiers qui sont très complexes, c'est aussi être mécano, c'est plein de choses. Et je trouve qu'on en demande beaucoup, ouais. On en demande beaucoup.
- Speaker #0
On a beaucoup parlé des agriculteurs, on va dire, ces deux, trois dernières années, notamment dans les médias. Il y a eu la loi Duplon. L'espèce médiatique a quand même été particulièrement occupée aussi par ces questions-là. La pandémie et la crise du Covid aussi nous a fait un peu nous réinterroger au moment où on réfléchissait à où est-ce qu'on devait aller faire nos courses. Est-ce qu'on cherchait à soutenir ou pas les agriculteurs locaux ? Est-ce que tu as la sensation qu'on arrive petit à petit à renouer un peu un lien avec celles et ceux qui nous nourrissent ?
- Speaker #1
En tout cas, ce qui est sûr, c'est que pendant le Covid, le bio ne s'est jamais aussi bien porté. Là, c'était bizarre. Pendant le Covid, tout le monde avait compris que c'était important de nouer du lien et de faire vivre les gens qui nous nourrissent au plus proche de chez nous et pas de la bouffe qui poussait au quinte-coin de la planète et de l'Europe. Ça, les gens avaient bien compris. Et malheureusement, quand ça s'est arrêté, tout le monde est retourné dans les supermarchés. Il y a eu une petite crise. Et là, de ce que j'ai compris, en tout cas, je ne sais pas si on a le droit de le nommer, mais Biocop est à nouveau en croissance. Donc ça veut dire qu'a priori, les gens reviennent vers le bio. Et tant mieux, il était temps.
- Speaker #0
Et dans les réactions que le public peut avoir, par exemple, à la fin de ton spectacle, puisque tu le fais dans des fermes, est-ce que ça vient donner un petit coup de pouce, justement, à se reconnecter aussi ? Le fait de pouvoir venir dans un lieu, par exemple, comme Altermont, c'est vrai que c'est quand même facilitant de pouvoir échanger, en fait, avec les agriculteurs, de se rendre compte de ce qu'il y a aussi derrière et de ne pas juste rester avec son poireau, sa patate.
- Speaker #1
Oui, évidemment. Ici, chez Altermon, ils ont l'habitude d'accueillir du monde. Ils le font chaque année, ils y allaient marcher tous les vendredis. Ils savent le faire, mais c'est vrai que j'ai la chance parfois d'aller dans des fermes où ils n'avaient jamais fait d'événement. Et donc, du coup, à la fin du spectacle, tu verras, je demande qui n'est jamais venu ici. Et quand tu as trois quarts des gens qui applaudissent... Les paysans et les paysannes, ils se regardent et ils sont là « Ah bon, tout ça, tu vois ? » Et après, ça convertit réellement des clients et des clientes, encore plus quand les vidéos sortent. Derrière, ça leur donne une deuxième table de notoriété. Et donc oui, il y a un vrai avant-après, j'espère.
- Speaker #0
Alors, tu joues « On sait pas » , un spectacle qui parle d'écologie, d'agriculture, on l'aura compris. Faire rire sur ces sujets, ce n'est pas forcément évident. Pourquoi l'humour ?
- Speaker #1
Parce que j'adore. C'est comme la bouffe, j'adore manger, j'adore rire. Tu connais des gens qui n'aiment pas ni manger ni rire ? Ils doivent être super chiants chez eux.
- Speaker #0
J'en connais.
- Speaker #1
Non, parce que moi, j'ai toujours été le mec marrant à l'école. Et en fait, quand j'étais au cours Florent, j'apprenais le métier de comédien, mais je ne sais pas pourquoi, dans les exercices, je me sentais toujours obligé. Parce que être comédien, ce n'est pas être drôle. C'est plein de choses. Et en fait, je me sentais obligé, même dans des exercices très dramatiques, à un moment donné, je disais une blague, toute la classe était morte de rire, et un jour, mon prof principal, il m'a pris par les oreilles, comme ça, il m'a sorti de la classe, il m'a dit, bon, maintenant, tu veux être comédien ou humoriste ? Et j'ai dit, bah en vrai, humoriste, ça a l'air pas mal. Il m'a dit, bah casse-toi. Il m'a dit comme ça, hein. Casse-toi, c'est vrai, hein.
- Speaker #0
Bon.
- Speaker #1
Et donc du coup j'ai dit ok Lui il était pas drôle Il était très sympa Et d'ailleurs je le remercie parce que sans lui je serais pas avec toi ce soir
- Speaker #0
Est-ce que t'as la sensation aujourd'hui que l'humour est un outil presque incontournable pour parler des enjeux écologiques ? J'ai l'impression que c'est quand même une tendance qui monte pas mal On le voit à la fois dans les médias qui parlaient beaucoup d'écologie Je pense à Vers le Média Avec les vidéos de Gaëtan Gabriélé, j'ai la sensation qu'il y a aujourd'hui, face à cette éco-anxiété grandissante, un besoin d'avoir une soupape pour respirer, pour en fait quand même parler de ce sujet qui est préoccupant, dont beaucoup s'inquiètent, mais d'une manière qui fait qu'on arrive à aller se coucher le soir.
- Speaker #1
Je ne sais pas si c'est obligatoire, mais en tout cas, moi, c'est la voie que j'ai choisie, parce que moi, à la base, j'étais comédien, après je suis devenu humoriste, et je me suis dit, comme je l'ai expliqué tout à l'heure, pourquoi ne pas utiliser mon métier pour porter ces messages-là. Après, non, ce n'est pas non plus obligatoire, parce qu'il y a plein de médias écolos qui sont bien plus suivis que moi, donc ça veut dire bien que les gens aiment aussi se renseigner sans qu'il y ait des blagues. Mais en tout cas, ce qui est sûr, c'est que c'est beaucoup plus facile à écouter. Moi, je pense que, et surtout quand je vais jouer dans des fermes conventionnelles où il y a des gens qui sont peut-être moins d'accord avec mes opinions, Quand je vais là-bas, si je venais pour leur faire la morale, je serais pas très bien reçu, tu vois. Par contre, comme j'y vais en faisant des blagues, il y a plein de gens qui viennent me voir à la fin du spectacle et me disent « Écoute, je suis pas d'accord avec tout ce que t'as dit ce soir, mais tu m'as fait comprendre certains trucs. » Et je pense que si j'étais pas venu en faisant un spectacle d'humour, ils seraient pas venus non plus. Donc, effectivement, le rire permet de baisser les armes. Quand on rigole ensemble, on se reconnaît l'un dans l'autre, ça nous fait du bien. Il y a une connexion dans le rire. Et du coup, le rire rapproche et permet d'ouvrir les oreilles là où parfois on se met des œillères. Donc, je ne sais pas si c'est obligatoire, mais en tout cas, c'est un très bon moyen, c'est sûr.
- Speaker #0
Quand quelqu'un ressort de ton spectacle, tu as envie qu'il reparte avec quoi ?
- Speaker #1
Ça dépend qui, quelqu'un. Parce qu'il y a plein de profils là, déjà dans les âges, il y a plusieurs profils. Certainement que dans la manière de vivre aussi, tout le monde n'est pas aussi écolo les uns les uns que les autres. Ça dépend aussi, peut-être qu'il y a des gens qui sont climato-sceptiques qui viennent me voir. Donc j'ai envie de dire que pour les militants et les militantes, j'espère qu'ils ressortent du spectacle avec encore plus envie de se battre. Et pour les gens qui n'y croyaient pas, avoir une petite fenêtre ouverte en se disant « Ah oui, peut-être qu'il faudrait que je m'y intéresse » .
- Speaker #0
Pour terminer, j'aimerais revenir à celles et ceux qui nous écouteront, qui sont là aussi ce soir, mais qui pourront écouter le podcast. Il y a beaucoup de gens qui ne savent pas nécessairement comment agir, comment se mettre au mouvement, comment ne pas être écrasé par cette anxiété. Toi qui as vécu un peu ce parcours-là, qu'est-ce que tu pourrais leur dire ?
- Speaker #1
Il n'y a rien de mieux que le passage à l'action, peu importe, quel qu'il soit. se rapprocher des producteurs, des productrices aller filer des coups de main dans des fermes se rapprocher des associations faire des manifestations aider à la communication des associations changer de métier en fait on a tous et toutes quelque chose à jouer on doit pas tous et toutes faire la même chose c'est qu'est-ce que toi tu peux faire qu'est-ce que tu aimes faire, tu vois qu'est-ce que j'aime faire moi, faire rire les gens j'utilise mon militantisme avec le rire toi qu'est-ce que t'aimes, faire des podcasts, bah tu fais des podcasts D'autres, une personne, ça va peut-être être quelqu'un qui aime, ça va peut-être être un designer, tu vois, qui va se dire « Ah tiens, je vais faire des super affiches pour vraiment donner envie aux gens de venir en manif » . Et puis il y a des gens, ce qu'ils aiment, c'est l'action et l'adrénaline et ils seront devant dans la manif et je les remercie parce que je n'aime pas trop me faire taper, moi.
- Speaker #0
Et puis, après toutes ces années à parler d'écologie, à t'adresser aux agriculteurs, à aller rencontrer les fermes, avec quoi tu repars là, à l'instant T ?
- Speaker #1
Et bien en fait, quand ça se termine, le Farm Tour, parce que là c'est ma quatrième année, à chaque fois, c'est terminé, je dis plus jamais, plus jamais. Au bout d'un mois, je dis quand est-ce qu'on y retourne ? Parce que c'est une chance inouïe de rencontrer tous ces gens, de rencontrer toutes ces manières de produire, de partager un moment d'intimité, parce qu'en fait ce qui est fou, c'est que je suis très intime avec les gens, je dors chez les gens. Et en fait c'est ultra riche comme vie, de pouvoir échanger avec toutes ces personnes, rencontrer toutes ces personnes, découvrir les manières de produire. C'est quelque chose qui me remplit le cœur en fait, c'est ça, je repars avec le cœur rempli à chaque fois.
- Speaker #0
Pour finir, aujourd'hui on parle beaucoup d'amnésie environnementale, on a plutôt l'impression que l'environnement et le vivant tel que nous le connaissons aujourd'hui, c'est celui qui existait depuis toujours. Et en fait, on oublie que de génération en génération, il y a des espèces qui disparaissent, etc. Et qu'aujourd'hui c'est quand même important de pouvoir... finalement reconstituer une sorte de mémoire collective autour de nos liens aux vivants. Si tu devais nous partager un souvenir de nature qui est un peu constitutif de qui tu es aujourd'hui, lequel ce serait ?
- Speaker #1
Tu vois, c'est marrant que tu me parles de ça parce que je t'ai parlé tout à l'heure naturellement du moment où je m'allongeais dans la prairie chez mon grand-père. Et je pense vraiment que c'est le moment qui me marque quand je pense à l'écologie dans mon enfance, c'est ça. petit, entouré d'immeubles de béton et le week-end ou les vacances, aller dans la prairie, m'allonger, avoir tous les insectes qui montent dessus. On a perdu 75% des insectes en moins de 35 ans. Moi, j'ai 40 ans, donc je l'ai vu. Là, si je m'allonge là-bas, dans le champ, il y a moins d'insectes qu'avant.
- Speaker #0
Merci Nicolas pour cet échange.
- Speaker #1
C'était un peu négatif cette dernière pensée, non ? Oui, alors attends.
- Speaker #0
Vas-y, tu conclus avec une blague.
- Speaker #1
Ah bah non !
- Speaker #0
C'est pas généralement ce qu'on fait, l'humoriste. Vas-y, fais-nous rire.
- Speaker #1
Oui, mais ils n'ont pas payé les gens, là.
- Speaker #0
Bon bah donc, on va finir là-dessus.
- Speaker #1
Il y a une heure et demie de blague après.
- Speaker #0
Très bien. On se donne rendez-vous là-bas. Et pour tous les autres qui nous écoutent, le Farm Tour, c'est jusqu'à fin août. Merci beaucoup.
- Speaker #1
Avec grand plaisir, merci à toi. Musique de générique