- Speaker #0
Bienvenue sur Entre nous, le podcast des histoires qui nous relient. Ici, les liens nous parlent, les rencontres nous déplacent, les histoires nous bouleversent. On écoute les parcours de vie, les trajectoires croisées, les liens et ce qu'ils font naître en nous. Chaque invité ouvre une fenêtre sur son univers et sur les rencontres qui l'ont porté jusqu'ici, puis nous amène vers une personne qui l'inspire, déroulant une chaîne de témoignages uniques, vibrants et profondément humains. Tu viens avec nous ? Je me réveille en silence comme tous les jours, avec l'odeur de la javel dans le nez, avec la douleur des mains trop abîmées, avec ce petit sursaut dans ma poitrine, avec ce mantra, allez ma grande, trime. La larme me crie aux oreilles mes devoirs du jour, les pièces à nettoyer, les heures, le dos penché. L'argent qu'il faut gagner. L'alarme met déjà les visages à éviter, les produits WC, les faibles calories avalées, les minutes à tenir, la pause à venir, jusqu'au moment de rentrer. Je compte les jours, ceux où j'ai tenu, ceux où j'ai pensé, à ne pas le faire. Je me lève cagneuse, je me regarde dans la glace et je me demande combien de temps encore. Et le miroir ne me renvoie rien, juste le vide, le néant. Alors j'écris, parce que c'est le seul endroit.
- Speaker #1
où je ne disparais pas.
- Speaker #0
Bonjour Valentine. Bonjour. Je viens de lire un extrait de ton nouveau roman, de ton premier roman, Je nettoie vos sols et ramasse vos silences. Et je suis vraiment très, très honorée d'accepter d'être l'invité d'Entre nous. Merci beaucoup. Nos chemins se sont recroisés par hasard. Tu t'es abonnée à Entre nous il y a peu de temps et j'étais vraiment super contente de te retrouver parce qu'on va revenir sur ton roman évidemment. Mais avant d'écrire ce premier roman, On peut dire que tu as eu 1000 vies.
- Speaker #1
Oui, j'ai eu plusieurs expériences professionnelles. J'avais calculé en 18 ans quand je suis sur le marché du travail. À peu près, j'ai commencé vers 17 ans à travailler. J'ai eu 13 métiers différents. Donc, presque, je changeais tous les ans, tous les deux ans. Et quand j'ai fait un peu le point,
- Speaker #0
je me dis, en fait, j'ai cumulé beaucoup d'expériences. Et j'ai eu beaucoup de liberté aussi. Ça t'a apporté quoi d'avoir toutes ces expériences diverses, dans plein de domaines d'ailleurs ? Ça va de l'aide à la personne à l'ouverture d'un restaurant ?
- Speaker #1
Où est le lien ?
- Speaker #0
Oui, c'est vrai.
- Speaker #1
Franchement, je les cherche encore les liens. Alors déjà, moi, je viens, donc j'ai fait un bac littéraire. On pourrait se dire, ok, maintenant c'est cohérent, mais finalement tout le chemin n'est pas spécialement cohérent. J'ai juste fait un bac littéraire et moi, j'étais en école d'ancien-mier à la base de base. Et ensuite, j'ai arrêté. parce que ce n'était pas du tout comme ça que moi je voyais le soin. Et je suis devenue aide-soignante, après j'ai fait de l'aide à domicile, après je me suis dit je vais aider autrement, donc j'ai fait de la naturopathie, de la réflexologie, du coup je suis en train de faire les liens en même temps que je parle. Donc du coup je vais ouvrir mon cabinet, puis la naturopathie ça regroupe le bien-être, etc., mais aussi l'alimentation. Donc du coup j'ai travaillé aussi en même temps que j'avais mon cabinet, j'étais salariée, je faisais, on m'a donné une chance en tant que traiteur. Donc dans le domaine de la cuisine. Et en fait, ça a fait que je me suis dirigée vers le restaurant. On me dit, pourquoi pas ouvrir mon propre truc finalement, toujours dans ce domaine de santé, de vouloir apporter différemment. Je pense que finalement, il y a pas mal de liens. Mais chaque expérience a été totalement différente, dans le sens où il y a eu le domaine vraiment du soin à proprement parler, les hôpitaux, les maisons de retraite. Le travail aussi, tout ce que j'ai fait à domicile, chez les personnes âgées, les personnes en situation de handicap, m'ont apporté une vision totalement différente du travail et du lien humain, que de travailler, parce que j'ai fait de la restauration aussi, j'ai été serveuse, j'ai travaillé en coffee shop, que ce milieu-là, où le lien humain est totalement différent, et on se dit, mais en fait, je peux un petit peu... Moi, en tout cas, je vois que j'ai cette capacité-là à m'adapter un peu à toutes les situations. Mais ça a aussi certaines limites. Donc c'est chouette, je peux m'adapter, c'est chouette, je découvre plein de domaines, c'est chouette, je pense que je suis riche d'expérience. Mais ça a des limites, et moi, ça a aussi des limites sur ma santé mentale, sur toutes ces choses-là, parce qu'à force... De s'adapter, de s'adapter, de s'adapter, je me suis aussi épuisée. Donc c'est un peu à double tranchant ces expériences.
- Speaker #0
Quand tu t'adaptes comme ça, tu ne sais plus quelles sont tes limites.
- Speaker #1
Oui, tes limites. Et puis, en fait, ton cerveau est constamment, je ne sais pas comment dire, un peu en ébullition. Parce que quand tu rentres, tu travailles en hôpital, et que deux ans après, tu te dis, je vais faire de la cuisine, il y a des espèces de warnings qui s'activent, et qui se disent, je peux le faire, mais aussi à quel prix ? Au niveau du sommeil, ça impacte, parce qu'il y a beaucoup de stress, vu que tu changes d'environnement. Au niveau aussi du quotidien, de ta famille, de ton rythme de vie. Il y a tout un tas de chamboulements qui font que oui, moi en tout cas, j'ai pu m'adapter, mais des fois, c'était vraiment compliqué.
- Speaker #0
Et le lien humain, tu le retrouves aussi dans ton boulot actuel, parce que tu es femme de ménage ? Est-ce que tu le retrouves dans ton quotidien au travail ?
- Speaker #1
Pas vraiment. Alors ça fait rire souvent quand je dis ça, mais j'adore les gens. Mais je pense que toutes les expériences professionnelles que j'ai eues ont fait que j'avais besoin de travailler seule. Vraiment d'être dans ma bulle et vraiment de me retrouver seule. C'est-à-dire que là, chez les personnes chez qui je vais faire les ménages... Je crois qu'il y a juste deux personnes qui sont chez elles quand j'y vais, il me semble. Sinon les autres personnes j'ai leur clé et j'y vais quand elles sont au travail. Donc je suis vraiment toute seule. Et ça me va plutôt bien. Parce que je crois que le travail d'équipe, après ça va dépendre des équipes aussi sur lesquelles on peut tomber. Moi c'est compliqué. Pour moi c'est compliqué parce que entre les comérages, entre... Le fait de... Tu veux t'intégrer, tu veux être accepté, tu veux faire partie de ton équipe. Je reprends l'exemple d'être soignante, tu travailles en équipe. Donc tu as plutôt intérêt à ce que tu t'entendes bien avec tes collègues. Et qui dit s'entendre bien avec tes collègues, même si tu n'as pas trop le même tempérament, il va falloir faire un effort. Et moi, c'était devenu compliqué parce que quand j'entendais, en tout cas à l'époque, que ça commérait sur cette collègue, etc., c'était quoi ? C'est soi. Je me mets en retrait. Parce que je n'adhère pas trop à ça, je n'étais pas à l'aise. Mais du coup, je risque d'être rejetée du groupe. Ou alors, je fais un peu comme elle pour être un peu acceptée, mais du coup, je me trahis moi. Donc en fait, à chaque fois, je me suis retrouvée dans cette position quand je travaillais en équipe. Et ça aussi, en fait, ça m'a épuisée. Donc, vous savez que de travailler seule, pareil, il y a toujours des limites. Mais travailler seule, en tout cas, pour moi, dans le domaine des ménages, c'est quelque chose, moi, qui me permet un peu... Je ne sais pas sur combien de temps, mais de me poser, d'être un peu tranquille, d'être dans ma bulle et de ne pas avoir à me dire « punaise, demain je vois un tel, il faut que j'agisse de cette façon-là » . Là, je suis toute seule.
- Speaker #0
C'est un repos mental. Et c'est ça qui a fait que tu en es venue à faire des ménages ?
- Speaker #1
Ce n'est pas ça qui a fait au début. C'est-à-dire que j'étais pendant un moment dans l'entrepreneuriat et dernièrement, j'étais dans l'entrepreneuriat, c'était du MLM. Ça s'appelle du multi-level marketing. Et en fait, en gros, c'est tu vas vendre des produits. Donc moi, c'était sur la cosmétique. Donc j'avais intégré une équipe qui m'avait formée aux cosmétiques que j'allais vendre. Donc des cosmétiques qui étaient en lien avec mes valeurs, etc. Et le but, c'était donc de vendre ces cosmétiques-là, mais aussi de te créer ta propre équipe. Tu vois, à chaque fois, voilà. Il y a eu un moment donné où je me suis dit, mais en fait, ce qui est en train de se passer, ce n'est pas très sain. Il y a eu des petites choses, mais ce n'est pas sain du tout. Donc je veux sortir de là aussi. Et il y a aussi les raisons économiques qui font que l'entrepreneuriat, je ne pouvais pas en vivre. Clairement, je ne pouvais pas en vivre. Donc, je ne suis pas seule, je suis mariée. Mais ça vient aussi un peu empiéter sur le quotidien, finalement. Quand il y a un deuxième salaire qui n'est pas totalement complet, ça peut être pesant au quotidien. Et je cherche un métier. Je ne voulais plus retourner dans le métier d'aide-soignante. Je ne voulais plus retourner en tant qu'auxiliaire de vie. La restauration, pour moi, c'était fini. Vraiment, ces plans-là de ma vie, je ne voulais plus y retourner. Vu que je m'étais un peu, comment dire, retrouvée, en tout cas dans la lecture, je me suis dit, pourquoi pas trouver un travail dans une librairie ou, je ne sais pas, la FNAC, peu importe, mais en tout cas un domaine qui pourrait m'apporter. Je ne trouvais rien. Donc au bout d'un moment, quand tu ne trouves rien, et quand en plus tu ne veux pas retourner dans des domaines, moi qui m'ont quand même fait, chacun à leur échelle, fait du mal, j'ai peut-être un espèce de petit traumatisme aussi. Tu prends entre guillemets ce qu'il y a et puis là, il y a une agence qui est recrutée. J'ai déjà de l'expérience en tant qu'auxiliaire de vie. Les ménages, on les faisait aussi, donc je connaissais un peu. Donc à la base, c'était ça. C'était le plan Z. Là, je n'ai pas le choix, il faut que j'ai un salaire, il faut que je trouve quelque chose. Donc j'y suis restée pendant plusieurs mois. Et à un moment donné, je me suis dit non, je n'ai pas envie de faire ça, je vais arrêter. Et là, j'avais une idée qui était revenue, parce que moi, à la base, j'avais fait un bac littéraire pour être professeur. Je me suis dit, je vais reprendre mes études. Et du coup, j'étais dans ce processus de, OK, 2026, je reprends mes études pour devenir professeur. Et en attendant, je me trouve un travail en lien avec le domaine, donc dans l'éducation nationale. Ce travail, je l'ai trouvé. Donc j'ai eu l'opportunité de travailler dans l'éducation nationale en tant qu'AESH en école maternelle. J'ai tenu une semaine.
- Speaker #0
Ah ok.
- Speaker #1
Ouais. Et là, en fait, j'ai eu une espèce de décline, je me suis dit, mais en fait, c'est pas ça que tu veux en fait. C'est pas recommencer un nouveau cursus. Là, en gros, calme-toi. Et là, en fait, en étant sur le terrain, c'est pour ça que pour moi, l'expérience, ça fait tout. Il faut le vivre en fait pour vraiment, tu vois, un peu savoir ce que tu veux faire, vers quel domaine tu veux aller. Mais en fait, j'ai pas envie. J'ai pas envie de reprendre 5 ans d'études, même s'il y avait une passerelle, j'aurais pas envie de reprendre 2 ou 3 ans. J'ai pas envie de travailler dans ce milieu-là. En fait, je veux avoir ma paix. Et ma paix, en fait, je l'avais dans les ménages. Mais je le voyais pas avant. Je le voyais pas forcément. Il a fallu une autre expérience professionnelle pour me dire... En fait, ce que tu cherches vraiment, là, c'est juste du silence. Et c'est de couper avec tout ça, c'est de couper avec essayer de t'intégrer dans des équipes, c'est de couper. c'est t'as ton silence, tu fais ton ménage t'as fait les ménages, t'étais toute seule c'était très bien en fait mais alors il se trouve qu'en plus,
- Speaker #0
femme de ménage ça le vend en poupe en ce moment, je sais pas il y a une espèce de... bah peut-être aussi par la femme de ménage, possiblement mais c'est vrai que ça amène de la liberté dans ton planning alors je sais pas trop comment ça fonctionne pour toi mais tu organises peut-être un peu comme tu veux liberté t'as pas de chef au-dessus tu travailles un peu comme tu veux d'après. De contrainte, c'est vrai que j'avais vu qu'il y en avait de plus en plus qui s'orientaient vers ça, pour être tranquille.
- Speaker #1
Oui, c'est exactement ça. Après, ce qu'on voit beaucoup, ce sont les personnes aussi entrepreneurs dans le domaine du ménage, qui créent leur boîte, qui font du coup des ménages et qui organisent en effet leur planning comme elles veulent. Je dis « elles » , parce que c'est majoritairement un métier qui est fait par des femmes. Mais moi, c'est un peu la même chose. Je suis dans une agence. L'agence est mandataire et elle me trouve les clients. Mais on m'a quand même dit, en gros, c'est moi qui fais mon planning comme je le souhaite. Quels jours vous voulez travailler ? Quels horaires vous voulez travailler ? Et donc, du coup, j'ai aussi une certaine flexibilité avec ma fille. Moi, c'est toujours aussi ce que j'ai un peu recherché. C'est avoir quand même de la disponibilité, de la flexibilité. Mes congés, je peux les poser quand je veux. Si je veux poser un mois, je pose un mois. Enfin, vraiment cette liberté. Donc, j'ai un salaire, je travaille. Mais en même temps, je ne suis pas, comment dire ? Je ne me sens pas oppressée dans mon métier. Avec mes clients, ça peut être « écoutez, demain je ne peux pas venir » ou même eux peuvent venir me dire « écoutez, demain ça ne va pas » . Au pire, on reporte les deux ou trois heures, je mets une heure ici, une heure là. En fait, je peux aménager mon planning. Alors comme je le veux, oui, il ne faut pas abuser non plus, mais en tout cas, moi ça m'apporte beaucoup de sérénité parce que c'est aussi ça que je recherchais dans l'entrepreneuriat. C'était cette flexibilité, c'est d'aller pouvoir chercher ma fille. de la ramener à l'école le matin, elle est là à chercher à 16h30. Je l'avais, mais du coup, quelle pression derrière, financière, quelle pression. Enfin, l'esprit ne se coupait jamais. Entrepreneuriat, c'est une chouette expérience. Je ne suis pas sûre d'y retourner, très sincèrement. Mais tu es H24, en fait, dans ta tête. Donc, quand tu commences à tout assembler, c'est aussi ça, la richesse peut-être de toutes les expériences professionnelles que j'ai eues, c'est OK. Ça, ça me plaît, mais pas de cette façon-là. Ça, ça ne me plaît pas du tout. Je ne veux pas y retourner. Et un petit mélange comme ça. Et du coup, je me dis, en fait, on retourne dans les ménages. Parce que c'est... En tout cas, pour le moment...
- Speaker #0
Oui, c'est ça. C'est ça, pour le moment.
- Speaker #1
Je ne dis pas que je vais faire ça jusqu'à la retraite. Mais en tout cas, pour le moment, ça va peut-être durer un an de plus. Là, ça va bientôt faire un an, un an, deux ans, trois ans. Je ne sais pas. Mais en tout cas, pour le moment, c'est ce qui me convient.
- Speaker #0
Et donc, en ligne continue ? Il y a quand même l'écriture, du coup, dans toutes ces expériences que tu as pu faire.
- Speaker #1
Oui, alors en fait, il y a toujours eu, alors c'est très cliché, très bateau. Moi, je n'écris pas depuis que je suis petite, mais j'écris depuis que je suis adolescente. Mais ça reste très, très cliché, mais toujours dans mon coin, en fait. Ce n'est pas du tout quelque chose que je partageais. Et puis, c'était beaucoup de journal intime. Donc voilà, quel était l'intérêt de partager cette partie-là ? J'écrivais aussi de la poésie, mais sans le savoir, finalement, de la poésie contemporaine. Et moi, en fait, à la base, je n'étais pas une très grande lectrice. Ou alors, quand je lisais, il fallait que ce soit utile. Donc, j'ai eu une grosse période. De 2020, en fait, quand j'ai fermé le resto à 2000, je ne sais plus, peut-être 3-4 ans, def perso, c'est-à-dire que les livres de développement personnel, ils y sont passés. Il fallait que ce soit pratico-pratique, applicable dans le quotidien, etc. Sinon, je ne lisais pas. Ça n'avait aucun intérêt pour moi. Donc en fait, j'ai commencé vraiment à lire les romans, les essais au début de ma trentaine. Du coup, en commençant à lire, on dit « Ah, mais en fait, ça, ça existe ! Ah, mais ça aussi, ça existe ! » Et là, tu te dis « Mais en fait, ce que j'écrivais, ça fait partie du domaine de la littérature. »
- Speaker #0
Mais alors, t'écrivais pour toi, dans tes carnets, c'est ça ?
- Speaker #1
Oui, oui.
- Speaker #0
Sur ta vie, sur ton quotidien ?
- Speaker #1
Sur mon quotidien, souvent, quand j'écris, c'est quand c'est pas la forme, quoi. C'est pas la forme, c'est très rare que j'écrive quand j'ai passé une super journée. Pourtant, ce serait sympa que dans deux, trois ans, je dise « Ah, en fait, il y a quand même une super journée. » Parce que quand tu retournes dans tes écrits d'il y a quelques années, tu te dis « Ah, c'était dur ! » Il n'y a quasiment que ça. Tu dis « Ah oui, à ce point ! » Mais moi, en fait, j'écris dans l'émotion. C'est-à-dire que, pareil, c'est un peu action-réaction. Mais quand il y a des émotions qui sont agréables... je ne vais pas me dire, alors je vais ouvrir mon carnet parce que moi mon carnet quand je l'ouvre c'est parce que vraiment j'ai des choses à dire il y a des choses qui me révoltent, il y a des choses qui me je ne sais pas, qui me font du mal qui m'oppressent et il faut que je l'écrive, c'est vraiment il faut que je l'écrive mais quand ça va bien,
- Speaker #0
je préfère le vivre que l'écrire c'est une hypersensibilité qu'on ressent beaucoup dans ton roman je trouve, parce que du coup dans ton roman on suit Charlotte qui est femme de ménage donc euh Et du coup, on va y revenir d'ailleurs, parce que ça m'intrigue de savoir comment est-ce que tu as eu l'idée de ton roman, parce que j'imagine bien qu'il y a un gros parallèle avec ta vie quand même. Et surtout, si tu me dis que ça ne fait qu'un an que tu fais des ménages et que ton livre est sorti début mars, c'est que tu as commencé les deux en même temps ou quasi en même temps ?
- Speaker #1
Alors moi, les ménages, j'ai commencé en début 2025. Pour refaire un peu l'historique, moi j'ai commencé à partager mes textes sur Instagram.
- Speaker #0
Avant le roman ?
- Speaker #1
Avant le roman, en 2024, juin 2024. J'ai publié un premier recueil de poèmes en auto-édition, en août 2024. Bon, il n'est plus en ligne, je l'ai enlevé parce que du coup, pour moi, ma carrière littéraire commence vraiment maintenant. Et sur les réseaux, en fait, je partageais un peu vite fait mon quotidien. Et j'expliquais que, parce qu'en 2024, j'étais encore entrepreneur, et j'expliquais qu'en gros, il fallait que je trouve un taf. Il fallait que je trouve un boulot. Donc j'expliquais cette transition, et je disais, maintenant, je fais des ménages. Et j'ai eu des commentaires un peu, des messages pas très cools par rapport à ça. En gros, il faut tomber vraiment bien bas pour récurer les chiottes, avec tout ce que tu as fait, avec ton intelligence, etc. Qu'est-ce que tu te retrouves ?
- Speaker #0
Donc potentiellement des gens qui te connaissaient du coup ?
- Speaker #1
Je ne sais pas. Qui me suivaient en tout cas. Il y a des personnes qui me suivent sur les réseaux sociaux même avant le restaurant. Des personnes qui ont un peu tout suivi. Et par rapport à ça, j'avais écrit un texte, un poème que j'avais en face cam. C'est-à-dire que je l'avais lu à haute voix. Et moi, c'est comme ça que tout a commencé. C'est-à-dire qu'il y a la sœur d'une éditrice qui lui a envoyé mon profil, ça, ça pourrait t'intéresser. L'éditrice a écouté du coup le poème que j'ai lu, donc je pense qu'elle a un peu funé sur mon compte aussi. Et c'est elle qui est venue vers moi et m'a proposé en fait cette aventure littéraire, tu vois. Donc moi, ça s'est vraiment fait comme ça. Donc tout a été très vite parce que oui, j'ai repris un travail, donc j'ai commencé les ménages. Ce texte-là, il est sorti peut-être, je ne sais pas, deux mois, trois mois, même pas après. Et puis bam, c'est parti. Du coup, elle m'a dit que ce serait pour le printemps des poètes, donc de 2026. Ça veut dire qu'on n'a pas beaucoup de temps. Est-ce que tu te sens dû de l'écrire ? Et du coup, je l'ai écrit en deux mois. Je l'ai écrit l'été, l'été 2025. Mais moi, ça me va très bien. Moi, quand j'écris, il faut que ce soit, comme je disais, dans l'urgence. Parce que si ça traîne trop en longueur, je me perds. Et puis après, tu vois, le projet, il peut tomber à l'eau.
- Speaker #0
D'accord, donc ça s'est fait comme ça. C'est intéressant de voir comment ça se fait. On t'a proposé ce projet, et du coup t'as écrit, c'est pas l'inverse en fait, c'est pas toi qui avais un projet que t'as proposé ?
- Speaker #1
Non, j'ai pas de... enfin en tout cas ce projet d'écriture, enfin en tout cas ce thème pardon, c'était pas du tout dans mes idées, je me dis mais qu'est-ce que je vais écrire sur une femme de ménage, enfin en quoi ça peut être intéressant ? J'ai toujours un peu... alors rêver c'est un grand mot, mais eu espoir qu'un jour ça puisse prendre, c'est sûr. Mais pas de pression, tu vois, vraiment, je ne me suis pas mise de pression, parce que je me suis dit, en fait, comment ça va être la pression là-dedans, c'est foutu, parce que les choses, tu ne vas pas les faire avec le cœur, tu vas les faire avec le stress, etc. Donc, ouais, ça s'est fait, comment dire, c'est mon éditrice, en fait, qui m'a proposé le sujet, à la base. Et c'est là que j'ai dit, ok, parce que moi, je n'ai jamais envoyé de manuscrits en maison d'édition, je n'ai jamais, tu vois, je me suis dit, c'est trop tôt. Tu partages tes textes seulement depuis 2024, fais-toi un peu de bouteille, fais ça pendant 5-6 ans et après tu vois.
- Speaker #0
Oui, c'est vraiment la rencontre avec l'éditrice du coup, ça a changé. Une partie de ta vie ?
- Speaker #1
Ah oui, carrément. Après, le livre est sorti il y a presque deux mois, donc c'est hyper tôt encore pour dire s'il se vend bien ou quoi. Mais en tout cas, il y aurait déjà un deuxième roman pour l'année prochaine. Donc, c'est cette rencontre-là qu'elle est venue me chercher. Moi, je trouve ça trop chouette.
- Speaker #0
C'est un coup de cœur ? Elle s'appelle comment ton éditeur ? Charlène.
- Speaker #1
Charlène, si tu écoutes et si tu me vois. elle est incroyable vraiment incroyable et je suis enfin j'arrête pas de le dire même à la à toutes les filles de la maison d'édition enfin je suis super bien entourée je suis super bien entourée en tout cas chez elle on sent que alors oui forcément c'est un business comme un autre le monde du livre voilà mais t'es entendue t'es écoutée enfin si je veux faire des fois je lui fais des vocaux de je ne sais combien de minutes sur whatsapp elle les a écoutées elle m'a répondu enfin Tu vois, t'es pas juste une autre autrice dans toute cette chaîne, et on passe à une autre l'année prochaine, tu vois.
- Speaker #0
Et le rôle d'une éditrice, tu lui fais part de tes idées, tu lui sommets tes textes aussi ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et c'est elle qui fait la relecture, qui te propose d'autres choses, et elle travaille en lien avec toi ?
- Speaker #1
Elle travaille en lien avec moi, mais pas que. Il y a aussi du coup des correctrices, il y a tout un monde derrière. Derrière le texte, pour te dire un peu comment ça s'est passé en tout cas pour le premier roman, c'est que je travaillais la journée, j'écrivais le soir, et elle du coup, elle relisait la journée, elle faisait des petites corrections, et hop, moi du coup, en fonction de ce qu'elle m'avait donné comme correction, le soir, hop, je reprenais. Tu vois, ça a été un travail vraiment, un travail comme ça pendant plusieurs semaines. Et après, une fois que le projet était abouti, là, tu as le travail de relecture, de correction, de toutes ces choses-là.
- Speaker #0
Est-ce qu'avant tout ça, est-ce qu'il y a quelqu'un en particulier qui t'a donné envie d'écrire ?
- Speaker #1
Alors, je ne suis pas sûre. Parce que moi, quand j'écris, c'est parce que, comme je te disais, c'est que j'ai des choses à dire. Et que c'est que, à la base, moi j'ai un tempérament très introverti. Presque des fois de la timidité, mais ça dépend avec qui. Et il y a plein de choses que j'osais pas dire ou que j'ose pas dire. Donc du coup, je les écris. Après, dans ce projet-là, il y a deux femmes qui m'ont inspirée, on va dire. mais pas à écrire, parce qu'écrire, je le faisais déjà, mais plutôt à écrire comme je le fais maintenant, tu vois. Donc, en tout cas, à partager comme je le fais maintenant. La première, c'est Pauline Bilizari, qui est une poétesse. Elle est publiée depuis qu'elle a 16 ans. Et c'est là, en fait, que j'ai découvert le roman en verre libre. Je me suis dit, oh, ça existe. Donc, moi aussi, je peux écrire de cette façon-là. Parce que quand tu écris de ton côté, en plus, tu ne fais pas partie du domaine littéraire. Tu commences seulement à entrer dans ce monde-là, tu dis, en fait, elle est où ma légitimité ? Et en plus, à écrire de cette façon-là. En fait, Pauline, qui est de la bouteille, qui est une des plus grandes poétesses, en tout cas contemporaine de notre génération, elle l'a fait, en gros, enfin, je ne sais pas comment dire, sans le savoir, elle ne m'a pas autorisée, mais elle m'a donné l'élan de le partager de ce format-là. Et il y en a une autre, c'est une poétesse canadienne, Rupi Kaur. qui, elle, ne met pas de... Je dis, une aussi qui ne fait pas comme ça, moi, je ne mets pas de majuscule. Et c'est rare que je mette... Alors là, dans le roman, il n'y a pas du tout de ponctuation. Et moi, dans mes textes, alors sauf dans les journaux intimes, mais dans les textes que j'écrivais, c'était très rare que je mettais les majuscules parce que depuis que je suis adolescente, je trouve que les majuscules, ça empiète le temps. Je trouve que ça fait un pâté sur le texte. Enfin, je ne sais pas, ça me perturbe. Donc, j'écrivais tout le temps en minuscule, mais je me dis, ouais, mais non, mais ce n'est pas comme ça. Enfin, il y a un code, tu vois, dans l'écriture. Je me dis... En fait, elle aussi, elle écrit comme ça. Et elle est publiée. Et du coup, je peux aussi le faire, tu vois. Je pense qu'il m'a fallu des... Des modèles. Des modèles, ouais, voilà. Des représentations qui ont fait que... Vas-y, en fait. Bien sûr que t'as le droit. Enfin, t'as ton style d'écriture, tu peux le partager, quoi.
- Speaker #0
Dans ton roman sur le quotidien de Charlotte, qui est une femme de ménage, qui écrit aussi à côté de ses ménages, et il se trouve qu'elle va faire la rencontre de Suzanne, qui va aussi changer un peu... Sa vie, en tout cas je lui ai donné une perception totalement différente de faire partie d'un groupe, les silencieuses. Est-ce que toi tu as une Suzanne ?
- Speaker #1
Non, je n'ai pas de Suzanne, mais j'aurais bien aimé en avoir une. En tout cas c'est un personnage qui m'a été inspirée par une dame qui était vraiment un peu dans le tempérament de Suzanne. Vraiment un peu froide, un peu sèche au début, mais en fait avec un grand cœur derrière et qui porte... qui porte un passé, qui porte la céraison, on va dire. Donc la maison telle que je l'ai décrivée, c'est vraiment sa maison. Le personnage tel que je l'ai décrit, c'était vraiment un peu sa personnalité. Mais, si j'allais dire la vraie Suzanne, la femme en tout cas qui m'a inspirée le personnage de Suzanne, ça lui est arrivé de m'acheter une fois, je l'ai écrit dans le livre, un chausson aux pommes. Mais elle ne m'a jamais dit, assieds-toi, on va faire ça ensemble, etc. Non. Non, je faisais mes trois heures de ménage, mais j'avais mon petit chausson aux pommes, tu vois. Donc, ouais, en tout cas, cette personne-là, elle m'a inspirée, le personnage. J'aurais adoré rencontrer une Suzanne qui... En plus, le groupe des Silencieuses, moi, je trouve que ça aurait été tellement inspirant, ce genre de femme. Enfin, ouais, j'aurais adoré. J'aurais adoré, ouais.
- Speaker #0
Moi, tout le long, je me suis dit... c'est vrai ça c'est pas possible elle a pas pu inventer ça du coup je suis presque déçue c'est inspiré j'ai pris ma structure mentale,
- Speaker #1
ma structure professionnelle et ma structure personnelle parce que je pense que c'était plus simple pour moi de faire ce premier roman de me dire je vais partir sur un personnage qui est marié et qui a une petite fille c'est ma structure les femmes de ménage c'était un peu la thématique Merci. Et après, la structure mentale, je ne vais pas parler juste du métier de femme de ménage, je vais aussi parler de, mentalement, comment ça peut se passer, comment ça s'est passé pour moi, et comment ça se passe aussi pour d'autres personnes, d'autres femmes, le fait de concilier, tout un tas de choses. C'était hyper important pour moi de parler de santé mentale. Mais j'ai pris la structure. C'est vrai qu'après, du coup, il y a eu un travail, je ne sais pas si c'est un travail, mais en tout cas, il y a eu de l'imagination, il y a eu de la fiction qui a été ajoutée.
- Speaker #0
Vraiment pratico-pratique, comment est-ce que tu tisses ton histoire ?
- Speaker #1
Moi, quand j'écris, en dehors des journaux intimes, alors déjà, moi, je prends toujours en référence mon quotidien, ce que je vais ressentir au niveau des émotions, au niveau des réactions aussi que j'ai pu avoir face à certaines situations. Ça, c'est un peu mon point de départ. Et ensuite, je vois si je veux être dans, comment dire, dans mon récit, ou alors si je veux partir totalement sur autre chose. C'est-à-dire, est-ce que je vais créer une rencontre qui n'existe pas, par exemple, et qui va du coup plonger encore plus le personnage dans ses retranchements, ou est-ce que je vais prendre vraiment ma ligne directrice, enfin mon vécu, est-ce que je vais prendre vraiment mon exemple, et est-ce que je vais aller au bout de mon intimité, si on peut dire ça comme ça, et je vais vraiment expliquer ce qui s'est passé. pour moi, tu vois. Donc, ça va dépendre, mais mon point de départ, c'est toujours ma propre expérience personnelle. Souvent, j'ai un début et j'ai la fin. Là, pour mon deuxième roman, j'ai déjà la fin. Alors, tout ce qui se passe entre eux, je ne sais pas du tout. Et je sais qu'on dit qu'il y a les architectes et les jardiniers dans le monde de l'écriture. Les architectes, ce sont ceux qui ont vraiment un plan bien précis, qui écrivent chapitre 1, chapitre 2. Ils connaissent leur structure. Et tu as les jardiniers qui plantent comme ça. et puis après, on voit ce que ça donne. Je suis l'architecte des fondations. Les deux bouts. Je sais d'où je pars et je sais où j'arrive. Mais après, par contre, je ne sais pas. On verra bien. Au fur et à mesure de l'écriture, que les rencontres vont se faire, que les émotions vont... Tout va se faire en fonction de ce que je vais écrire au fur et à mesure.
- Speaker #0
Quelle est la part entre l'imaginaire, le réel et l'invention ? dans les personnages de ton roman ?
- Speaker #1
Je pense notamment aux clients du mardi. Les clients du mardi que j'ai décrits, ils ont vraiment existé. Après, j'ai ajouté de la fiction vers la fin. Mais en tout cas, le quotidien, quand Charlotte va chez ces gens-là, qu'elle retrouve des choses sales, des couches sales ou des choses comme ça, ça, c'est ce qui m'est vraiment arrivé. Donc, il y a des personnages qui ont vraiment existé. Comme la dame, il y a une dame, il y a une rencontre qu'elle fait. Une dame qui est très soignée, très propre sur elle. Charlotte va juste faire le repassage chez elle. Donc j'avais fait une personne où j'avais fait que du repassage chez elle. Et cette personne était vraiment... Tout était très blanc, tout était très soigné. Donc il y a des personnes qui ont vraiment existé.
- Speaker #0
Parce qu'en fait, la femme de ménage, moi je la vois comme une petite souris. C'est hyper intime en fait quand tu fais les ménages chez les gens. Il y a même des gens qui rangent avant même que la femme de ménage vienne. Alors bon, parfois, ce n'est pas du tout le cas, comme tu le montres avec l'exemple de Charlotte et des clients qui sont crados. Mais oui, c'est hyper intime. Tu t'imagines, oui, du coup, la vie de tes clients ?
- Speaker #2
Tu te fais une idée.
- Speaker #0
forcément. En fait, bon, après, quand il va une seule fois, c'est pas assez, mais quand il va pendant des mois, peut-être même des années, tu te fais une idée en fonction, en effet, comme tu dis, des fois, je nettoie les frigos une fois par mois aussi, donc je vois un peu ce qu'il y a à l'intérieur. Donc, oui, tu te fais une idée en fonction de comment déjà il laisse l'état de l'appartement, enfin l'appartement maison, parce qu'il y a faire le ménage... Pour aider les gens au quotidien, tu vois, moi je dis que j'allège la charge mentale, mais il y a des personnes pour qui toutes les merdes, c'est à moi de les nettoyer, alors que moi je suis là pour apporter du soutien. Donc tu vois, des fois il y a les deux extrêmes, il y a ceux qui rangent et qui font le ménage, et toi tu es là, tu dis bon ben j'ai trois heures à faire, qu'est-ce que je vais faire ? Et il y a ceux qui n'ont absolument rien à faire, mais vraiment rien à faire, et qui ne se disent pas en fait que c'est un être humain. qui va nettoyer tout ça. Ce n'est pas une machine, on n'est pas des machines, on est des êtres humains.
- Speaker #1
Tu as fait lire ton bouquin à certains de tes clients ?
- Speaker #0
Non, aucun. Personne. L'agence dans laquelle je travaille sait, parce qu'il y a une des chargées clientèle qui me suit sur les réseaux sociaux, je ne le savais pas, et qui m'avait envoyé un message au nom de toute l'équipe, félicitations pour votre roman, machin, je ne sais pas comment ils savent, ce n'est pas possible, comment ils savent ? Donc, eux savent, mais mes clients, alors moi, je ne leur ai rien dit. Peut-être qu'ils le savent, mais qu'ils ne me disent rien, mais non. Non, non, parce que c'est un choix de ma part aussi. Je veux vraiment rester professionnelle. Je ne sais pas si c'est le bon terme, mais en fait, moi, si je viens chez vous, c'est en effet pour faire votre ménage, pour vous aider dans votre quotidien. Je ne me vois pas dire, youhou, regardez, j'ai écrit un livre. Non, ça ne s'y prête pas. Après, en effet, si je viens à créer du lien avec une de ces personnes-là, peut-être que dans une discussion, dans un échange, ça va sortir. Oui, j'ai écrit un livre, peut-être, je ne sais pas. Mais c'est vrai que de moi-même, je ne me verrais pas leur dire, j'ai écrit un livre. C'est comme, maintenant, je dois faire quelques déplacements. Ça se passe en semaine pour faire des interviews, des choses comme ça. Ça veut dire qu'il y a des jours où je ne peux pas aller travailler. Donc, ça veut dire qu'il y a des jours où... Les clients sont prévenus à l'avance. Mais voilà, je ne pourrais pas être là. Et on m'a déjà demandé, ça a été bien vos vacances ? Je dis, je ne suis pas partie en vacances. Ah, mais vous étiez en arrêt ? Non, je n'étais pas en arrêt non plus. Ah, mais vous faisiez quoi ? J'étais sollicitée pour un autre travail. Voilà ce que j'ai dit. Et ça s'est arrêté là, tu vois. Mais je ne me vois pas dire non, mais j'étais en dédicace. Pas du tout.
- Speaker #1
OK.
- Speaker #0
Pas du tout.
- Speaker #1
Oui, tu sens des deux.
- Speaker #0
Oui, oui.
- Speaker #1
Autant la femme de ménage, elle est arrivée dans ce bouquin, autant l'écrivaine ne va pas dans le monde du ménage.
- Speaker #0
Oui, pour moi c'est vraiment deux choses. Alors elles peuvent se mélanger dans le quotidien, dans le sens où pour moi les ménages c'est un métier alimentaire. C'est un métier qui est très physique, mais en soi qui me laisse beaucoup d'espace au niveau mental, au niveau de l'emploi du temps, etc. Moi je scinde les deux parce qu'il y a mon métier alimentaire, et alors je ne sais pas si on peut appeler ça un métier. je ne sais même pas si je me considère comme écrivain tu vois écrivaine mais pour moi c'est vraiment je ne vois pas comment est-ce qu'ils peuvent se mélanger en tout cas en termes de lien en termes de lien avec les clients je ne vois pas ce sont deux domaines qui peuvent totalement coexister ensemble mais après de faire les liens avec les personnes directement
- Speaker #1
je ne vois pas comment ça peut et comment tu décrirais Charlotte ?
- Speaker #0
Charlotte elle est Elle est très sensible. Elle est un peu perdue aussi dans ce monde. Elle est... Je ne sais pas si elle cherche sa place, mais en tout cas, elle cherche à ne pas sombrer. Elle cherche vraiment à ne pas sombrer. Pareil, métier alimentaire, parce qu'il n'y a pas le choix. Au bout d'un moment, pour des raisons économiques, il faut trouver un travail. Mais elle a son mental, elle a son esprit qui prend beaucoup le dessus. Du coup, ça empiète aussi sur son quotidien, ça empiète sur son bien-être, ça empiète sur son foyer. Et je la vois vraiment comme un peu une... Alors j'allais dire une madame tout le monde, mais je pense comme une femme contemporaine. Peut-être une femme du passé aussi, mais c'était beaucoup plus dessus à l'époque. On ne parlait pas de tous ces sujets-là, je pense. Mais je la vois vraiment comme une femme qui essaye de s'en sortir dans un monde d'hommes, dans un monde de productivisme, dans un monde où on te demande d'être et de faire tellement de choses. Et toi, tu fais ce que tu peux, en fait. Tu fais vraiment ce que tu peux. Avec, en plus, ta santé mentale qui ne t'aide pas du tout, des pensées qui sont très noires. Dans cette composition de, en fait, je suis maman, je suis femme, je suis aussi moi-même, j'ai ce travail-là et j'ai aussi l'écriture. Il y a tout un tas de choses, de composantes, où on peut vite se perdre et se dire « mais en fait, j'y arriverai jamais, quoi, j'y arriverai jamais » . Donc je la vois vraiment comme une femme sensible, je dirais combattante quand même, combattante, parce que vivre dans un monde, le livre vraiment... le monde contemporain, vivre dans ce monde contemporain, je trouve que c'est vraiment pas facile. C'est sûr que c'est peut-être mieux qu'avant, mais il y a encore des choses, ça va pas du tout. Ouais, sensible, combattante, et je pense qu'elle peut donner de l'espoir aussi. Ouais, je pense qu'elle peut aider et qu'elle peut donner de l'espoir. Et Charlotte, elle dirait quoi de toi ? Hum, bonne question. Je pense que Charlotte, c'est un peu mon miroir. Donc, euh... Qu'est-ce qu'elle dirait de moi ? Sensible, ça c'est sûr, ça c'est indéniable. Sensible, combattante de mon côté, je ne sais pas. J'ai du mal à me voir un peu comme combattante. Alors je pense que je suis résiliente, ça oui, ça oui. J'ai de la résilience. Combattante, je ne sais pas. Mais sensible et débrouillardise. Ouais, débrouillarde, je pense que je suis, ouais. Moi, je me vois plus comme ça, débrouillarde et sensible, ouais.
- Speaker #1
Au-delà de son quotidien du ménage, il y a aussi une grosse personnalité qui est présente dans le livre, et tu le nommes Elle, en majuscule. C'est la voix, dans la tête de Charlotte. Toutes les pensées limitantes, envahissantes, bloquantes, et elles sont... Elle est très présente et même paralysante parfois pour Charlotte. C'est quelque chose que tu as pu ressentir, toi, dans l'écriture de ton livre ? Est-ce que tu as eu des freins ? Est-ce que tu t'es dit, « Ouais, mais non, je ne suis pas si légitime que ça. Pourquoi moi et pas une autre ? » Tu vois, toutes ces pensées négatives qu'on peut avoir.
- Speaker #0
Oui, clairement, bien sûr. Déjà, tu sais, je ne sais pas si un jour on se sent légitime. Là, je parle vraiment du monde de l'écriture. Je ne sais pas si un jour on se sent légitime. Parce qu'il y avait Amélie Nothomb, tu vois. Donc même elle, elle dit qu'elle ne se sent toujours pas légitime au bout de... Alors que la nana, elle a... Voilà. Sa réputation n'est plus à faire. Mais oui, j'en ai eu surtout parce que je me suis dit, en fait, ça fait seulement un an que je partage mes textes. Je n'ai pas connu, en fait, l'effort et les difficultés que beaucoup d'auteurs et d'autrices connaissent. c'est-à-dire Envoyer des manuscrits aux maisons d'édition, recevoir des refus, recevoir des non-réponses. Tu vois, cette pression et ce stress et cette attente, moi je ne l'ai pas connue parce qu'en fait je n'avais aucune attente à la base. Je partageais mes textes et puis voilà. Donc quand on vient te chercher, on te propose un projet d'écriture, tu te dis mais en fait, non d'abord je veux connaître, le mental est là, non mais en fait d'abord il faut que je connaisse la galère. Et là, en fait, je me sentirais peut-être un peu plus légitime et peut-être un peu plus méritante. Tu vois, il y a vraiment cette association qui est, je ne sais pas, c'est de l'ordre de l'éducation, vraiment structurelle, mais en fait, il faut galérer, il faut souffrir pour mériter quelque chose. Et je sais que c'est, en soi, je le sais que ce n'est pas obligatoire que ça fonctionne comme ça. Enfin, ce n'est pas une obligation, mais on est quand même traversé par plusieurs biais. Et dans ma tête, c'est en fait, quelle est ma place ? Quelle est ma place ? En plus, ça ne fait pas très longtemps que je lis, que je lis des romans, des choses comme ça. Donc tout cet assemblage de choses me dit, oui forcément, pourquoi on me donne ma chance à moi ? Pourquoi moi ? Je ne travaille pas plus que d'autres. Il y en a qui travaillent peut-être beaucoup plus que moi. Il y a peut-être des personnes qui sont beaucoup plus talentueuses que moi. Pourquoi on ne va pas aller voir elles ? Donc il y a aussi ce facteur chance. Ce n'est pas parce que tu vas travailler énormément que tu auras la garantie que... derrière, quelque chose va apprendre. Il y a tout un tas d'autres faits, c'est multifactoriel. C'est les rencontres, c'est être là au bon endroit, au bon moment. Il faut avoir le bon sujet. Il y a plein de choses qui font que. Mais ça ne doit pas non plus, selon moi, empêcher les personnes d'essayer. Mais tu vois, c'est trouver un espèce de juste milieu. En fait, j'ai peut-être envie de faire ce projet-là, peu importe le projet. Mais peut-être que je vais un peu plus doser ma... ma jauge dans le sens où je n'ai peut-être pas non plus me cramer parce que c'est le travail qui va faire que je vais réussir ou c'est le travail qui va faire que ça va prendre. Alors oui, il faut du travail. Si on attend que ça se passe, non. Mais il y a aussi un facteur chance, il y a aussi le facteur des bonnes rencontres. Tu peux être invité au même endroit. Si une personne se trouve là avec la bonne rencontre, mais toi tu te trouves à l'autre bout de la salle, Vous êtes au même endroit, vous êtes au même événement, mais vous ne rencontrez pas les bonnes personnes, enfin, les mêmes personnes, ça peut énormément changer. Donc, ouais, moi, j'aimerais mettre une alerte là-dessus, c'est que, oui, bien sûr qu'il faut du travail. Tout n'est pas de notre responsabilité non plus. Tu vois, un peu de se décharger, de se dire, en fait, c'est pas, je réussis, c'est grâce à moi. Si je ne réussis pas, c'est à cause de moi. Il y a des, tu vois, il y a des... un peu des filtres à mettre et des nuances.
- Speaker #1
Et dans l'écriture, tu as pu aussi être soutenue ?
- Speaker #0
La seule personne... Alors, je partageais mes textes sur les réseaux. Ça, c'est une chose. Par contre, le projet écriture, mon conjoint était au courant et j'ai quelques amis qui étaient au courant. Et je partageais des brides comme ça sur les réseaux. Mon papa ne le savait pas, mon frère ne le savait pas, ma belle-mère ne le savait pas, personne ne le savait. Mon papa a découvert que j'avais écrit un livre parce qu'il a vu un article de moi dans Le Républicain Lorrain. Il m'a envoyé une photo, il m'a dit « C'est toi ? » Après, félicitations, etc. Donc il est venu avoir première dédicace, il est venu au salon du livre de messe aussi me voir. Mais avant ça, je n'ai rien dit à personne.
- Speaker #1
Pourquoi ?
- Speaker #0
C'est plus un projet personnel parce que ce n'est pas un métier dans le sens où je ne vais pas gagner ma vie avec ça. Peut-être un jour, mais là, en tout cas, ce n'est pas le cas. Donc, dire à mon papa ou à quelqu'un d'autre de mes proches, de leur dire « j'écris un livre » , pour moi, dans mon esprit, la réponse aurait été « ah oui, d'accord, et alors ? » . Vu que ce n'est pas un projet professionnel, ce n'est pas « j'ai changé de métier » ou « j'ai fait ci ou j'ai fait ça » , c'est OK, mais en gros, si ce n'est pas pécunier, si ce n'est pas financier, est-ce que ça va apporter quelque chose ? Oui, ils l'ont découvert avec les médias, avec toutes ces choses-là.
- Speaker #1
Et qu'est-ce que tu dirais à Charlène ?
- Speaker #0
Ce que je lui dis tout le temps, merci pour tout. Merci de m'avoir trouvée et merci à ta sœur. Parce que c'est elle l'initiatrice de tout. À la base, si sa sœur n'était pas tombée... Tu vois, des fois, tous ces liens-là, tu te dis, mais en fait, si elle n'était pas tombée sur mon profil, sur mon compte, peut-être que tout ça n'aurait jamais existé. Donc, merci. à la sœur de Charlène. Merci à Charlène. Mais en fait, je n'arrête pas de lui dire merci parce que moi, dans mon esprit, jamais de la vie, on vient te chercher, enfin en tout cas, on vient te contacter pour te proposer d'écrire un livre. Pour moi, c'est le sens inverse. C'est toi qui vas voir les éditeurs. C'est toi qui fais les démarches. C'est toi qui fais les efforts. Ton manuscrit doit être terminé. Moi, je n'avais rien. On m'a fait confiance. C'est ça, moi, je trouve fou. On m'a fait confiance. à travers un texte que j'ai lu et peut-être quelques textes que j'ai partagés. Mais ça reste très infime. Les réseaux sociaux, il faut que ce soit court et rapide. Il faut que ce soit percutant. Des fois, je me dis, mais comment tu peux faire confiance à quelqu'un ? Ça reste encore un grand questionnement. Donc, c'est merci. Merci de m'avoir fait confiance. Merci de m'avoir contactée. Et merci de me faire encore confiance pour un prochain roman.
- Speaker #1
Merci beaucoup, Valentine, pour tous ces... Belle parole, vraiment, cet échange qu'on a eu toutes les deux, sur ton roman, mais sur ta vie aussi. Merci beaucoup.
- Speaker #0
Merci à toi.
- Speaker #1
Je nettoie vos sols et ramasse vos silences, des éditions Le Sort Venu, et disponibles dans toutes les librairies. Et franchement, je vous le recommande grandement. Vous pouvez retrouver tous les épisodes sur toutes les plateformes d'écoute, sur YouTube aussi. Et nous, on se retrouve très vite pour un nouvel épisode. À bientôt.