- Speaker #0
Dans la vie, certains restent spectateurs pendant que d'autres construisent leur performance. Bienvenue dans Entre Swing et Combat, le podcast des compétiteurs qui savent que tout commence à l'intérieur. Je suis Alexandre Saporito, préparateur mental spécialisé dans les sports de combat et le golf de compétition. J'accompagne des athlètes sur le ring et sur le parcours, là où la lucidité, la gestion émotionnelle et la confiance font toute la différence. Ici, je te partage les coulisses de l'accompagnement mental les prises de conscience clés et des outils concrets pour t'aider à élever ton niveau en développant la solidité mentale qui soutient la performance. On y parle mindset, résilience, gestion du stress, mais aussi d'échecs, de rebonds et de moments où tout peut basculer. Alors, que tu sois golfeur, combattant, coach ou simplement passionné de performance, installe-toi, tu es au bon endroit et bienvenue entre swing et combat. Salut Maëva, je te souhaite la bienvenue sur ce nouvel épisode qui, pour le coup, est consacré à toi aujourd'hui. Tu vas pouvoir nous parler de performance au niveau de ton sport, qui est la boxe française. Et pour commencer, je te propose de te présenter un petit peu pour ceux qui ne te connaissent pas encore, si ça te dit.
- Speaker #1
Oui, tout d'abord, merci Alexandre de me proposer cette interview. C'est génial de pouvoir parler aussi de son parcours. Donc moi, je suis Maëva Levé, j'ai 22 ans. Je suis boxeuse en boxe française, mais aussi dans d'autres disciplines, pieds et poings, donc en kickboxing et en K-1. Et voilà, donc j'habite dans le Cantal, je m'entraîne dans le Cantal et j'évolue au plus haut niveau de Basavance.
- Speaker #0
Super. Est-ce que tu peux me parler un petit peu de ton palmarès ?
- Speaker #1
Ouais. Donc j'ai 41 combats, 29 victoires et 12 défaites. Donc je suis vainqueur de l'Open de France en K-1 en junior 2020. vainqueur de l'Open de France en Savate en 2021, vice-championne de France en K1 en classe B en 2021 aussi, championne de France en K1 en classe A en 2024, et là récemment, championne de France élite A en 2025, titulaire de l'équipe de France Combat pour participer au championnat du monde qui a lieu très bientôt.
- Speaker #0
C'est super, ça c'est un magnifique palmarès quand même.
- Speaker #1
Oui, effectivement. surtout ben c'est À mon jeune âge, je suis vraiment reconnaissante.
- Speaker #0
C'est cool. Du coup, ça me fait rebondir sur la question suivante. Ça va être, à quel moment tu as découvert la boxe française ?
- Speaker #1
J'ai découvert la boxe française à l'âge de 13-14 ans. Auparavant, j'avais fait plusieurs sports, plein de sports très différents. J'avais commencé par la danse, la gym. J'avais fait aussi beaucoup de courses, tathétisme, etc. Et c'est vrai que... J'ai aimé tout, je me plaisais dans tous les sports, mais je n'avais jamais trouvé vraiment le sport qui me correspondait. Même si j'avais depuis toute jeune cet esprit de compétition dans tous les sports que j'attaquais. Et puis donc, suite à une blessure où je ne pouvais plus courir, mon père me disait, souvent ça revenait dans les discours, de dire fais de la boxe, fais de la boxe, avec ton physique, etc. Ça tirait bien. Moi, je n'avais pas du tout envie. Et donc, pour qu'il arrête aussi avec ça, j'ai dit, bon, OK, je vais aller essayer. Tu vas voir, ça ne va pas me plaire et tu en iras faire autre chose. Et puis, voilà, finalement, dès le premier cours, enfin, voilà, dès le premier instant quand je suis entrée dans cette salle de boxe, ça a été un peu la rémunération. Donc, voilà. Et puis, je ne l'ai jamais arrêtée. Je ne suis jamais repartie.
- Speaker #0
C'est super, ça. C'est une belle expérience. Comme quoi, des fois, sur un malentendu ou un hasard, comme ça, de trouver un peu sa passion.
- Speaker #1
Oui, tout à fait.
- Speaker #0
c'est... Super intéressant. Donc depuis 13 ans, tu as vraiment bien enchaîné quand même en très peu de temps tous tes combats.
- Speaker #1
Oui, dès le début, j'ai commencé en faisant de la compétition, donc d'abord chez les jeunes. Et puis, dès que j'ai pu, à l'âge de 17 ans, on est parti faire du combat dans d'autres disciplines pieds et poings, justement, parce que c'était possible pour après pouvoir le faire en boxe française. Donc, c'était vraiment aussi l'objectif depuis très tôt, du coup, de faire du combat.
- Speaker #0
Comment tu décrirais ton évolution dans la discipline ?
- Speaker #1
Mon évolution a été quand même rapide. Certains diront trop rapide, mais en fait, c'est comme ça, ça fait partie du parcours et on ne regrette rien. Mais c'est vrai que la première année où j'ai attaqué le combat en boxe française, j'ai gravi les échelons très vite. C'est-à-dire que sur ma première année de combat, c'est la deuxième série, et j'ai été tout de suite surclassée en première série, donc en élite A. Donc là où je me suis retrouvée, j'avais 19 ans, 18-19 ans, je me suis retrouvée face à des championnes qui avaient 30 ans, avec des années d'expérience. Donc c'est vrai que ça a pu être aussi déstabilisant à ce niveau-là. Voilà, vraiment, je ne regrette pas du tout mon parcours, même si ça a été peut-être un petit peu vite au début.
- Speaker #0
Est-ce que tu penses que ton parcours, toi, t'estimes qu'il a été facile pour arriver jusqu'à ton titre que tu as aujourd'hui, championne de France Elite A ? Ça a été facile pour toi ?
- Speaker #1
Ah non, non, non, c'est un parcours semé d'embûches. C'est vrai qu'on se présente un petit peu comme ça, dans le sens où j'ai ces titres-là, mais on ne voit pas tout ce qui s'est passé derrière. Et déjà, c'est des heures et des heures d'entraînement, des heures et des heures à pleurer à chaque entraînement, de remise en question, etc. Et surtout des défaites qui sont toujours très dures à vivre. Moi, j'ai perdu trois années consécutives en demi-finale du championnat de France. Et l'État, c'était vraiment très, très dur. Il a fallu se remobiliser à chaque fois, essayer de pouvoir y retourner. Et pour enfin, après, décrocher ce titre. Mais ça, quand on y retourne, on ne sait pas comment on va réussir. Donc, non, non, c'est très difficile. Et voilà, il ne faut vraiment pas oublier tout ce cheminement qui fait le titre d'aujourd'hui. Oui,
- Speaker #0
tu n'es pas arrivé comme ça, championne de France, aussi facilement. Tu as eu quelques défaites, des victoires aussi quand même, puisqu'on l'a vu ton palmarès tout à l'heure. Tu ne t'es pas contenté juste de la boxe française. Tu as pu boxer en K1, faire de la savate pro aussi.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
c'est ça. Tu as gagné un petit peu en savate pro, non, il me semble.
- Speaker #1
Ouais, ouais, ouais. En fait, c'est ça. C'est ce qu'on se disait quand on a parlé un petit peu du podcast. En fait, moi, le souci que j'avais, c'est que ça peut paraître prétentieux, mais en fait, je gagnais partout. donc je faisais les combats de gala j'acceptais énormément de combats pour tous les combats qu'on me proposait je les acceptais pour justement me faire la main et pour progresser un maximum donc peu importe tes adversaires donc c'est vrai que voilà j'ai eu beaucoup gagné, mais quand on arrive en championnat de France, à chaque fois, la même musique. Je ne me retrouve pas sur le ring et à chaque fois, ça ne passe pas. Alors que j'avais les capacités pour, en tout cas les capacités physiques, je les avais. Techniques et technico-tactiques, c'était sûrement pas un souci, mais on se confrontait toujours au même problème et ça n'a pas été évident. Mais effectivement, j'ai quand même J'ai quand même gagné beaucoup de combats, ce n'est pas un souci. Mais en fait, mon objectif n'était pas là. Mon objectif était de gagner le championnat de France. Et ça, ça ne fonctionnait pas du coup.
- Speaker #0
Ça permet de mettre un point sur ça. C'est que ces compétitions qui étaient pour toi non officielles, la Savate Pro, les galas que tu pouvais faire, les soirées comme ça, pour toi, il n'y avait pas de pression. Et à partir du moment où il y a un enjeu, où il y a ce sacre-là du championnat de France, et d'être la numéro 1, là, pour le coup, ça bloquait. La pression qui revient, c'est ce qui t'a privé, en quelque sorte, de ça pendant trois années d'affilée.
- Speaker #1
Après, à chaque combat, on a quand même une pression. Ça, c'est pas le débat. Il y a toujours ce stress et cette peur aussi de ne pas y arriver. Mais c'est vrai que c'était totalement différent entre les combats de championnat. Où là, ben... C'est vraiment l'objectif ultime, le rêve aussi d'une vie, d'une carrière. Donc effectivement, la gestion n'était pas la même.
- Speaker #0
Le jeu n'était pas le même.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Du coup, on va passer un petit peu sur une autre partie. On va se concentrer un peu plus maintenant sur la partie mentale. On va aller creuser un petit peu dedans. Et avant tout ça, j'avais une question, c'était... sur les aspects de ta préparation physique, qu'est-ce que tu considères comme essentiel à ton niveau à toi ?
- Speaker #1
Oui, donc à mon niveau, au plus haut niveau d'une discipline, je pars du principe qu'on est tous prêts au point sur la préparation physique, que ce soit les aspects d'endurance, d'explosivité, de force, mais aussi de techniques co-tactiques pures et dures sur la discipline en question. Donc pour moi, vraiment, ce qui se joue à ce niveau-là, c'est les micro-détails, en fait. Enfin, ce qu'on peut appeler les micro-détails, mais qui n'en sont pas. L'essence même, qui est notamment le sommeil, la nutrition et tout l'aspect médical. Donc que ce soit un suivi vraiment très précis et très minutieux d'ostéo, kiné, etc. Donc là, je pense que c'est vraiment ça aussi qui m'a fait évoluer cette année. d'avoir un suivi vraiment avec un micronutritionniste, un très bon micronutritionniste qui s'occupe des équipes olympiques, etc. Et voilà, tout se joue maintenant sur des micro-détails. Et le fait de réguler un petit peu l'alimentation sur quelques aspects, etc., ça réduit les blessures, on récupère plus vite entre les entraînements. Tout va ensemble et c'est vraiment tout un package qu'il faut mettre en place. Et je pense que c'est hyper important pour se différencier un petit peu des autres. On en est là maintenant à ce niveau-là.
- Speaker #0
Tu l'as bien résumé, de toute manière, à un moment donné... Quand on est athlète de haut niveau, on est, comme tu l'as dit, technique, tactique, physique. On est au top du top. Ce qui va se jouer, ça va être dans la tête. Et puis après, comme tu as dit, les petits détails qui sont quand même non négligeables, mais la nutrition, souvent aussi on oublie. Et puis tout ce qui est ostéo, kiné et ton sommeil. Comme tu m'avais dit aussi, on en avait parlé une fois, tes journées, elles sont bien cadrées, bien régulées. Là-dessus, tu es très rigoureuse. Oui,
- Speaker #1
c'est ça. La boxe, ça pose un cadre incroyable. On sait exactement à telle heure ce qu'on fait, à tel moment. Il faut qu'on ait assez dormi parce que le lendemain, on a un entraînement, etc. Il ne faut pas être fatigué pour l'entraînement. Donc, on ne peut pas sortir parce que sinon, ça dérègle tout le cycle, etc. Donc, on a vraiment un cadre qui est très précis et qui permet justement aussi, je pense, de performer. et effectivement, je n'ai pas évoqué cet aspect-là de la préparation mentale, mais c'est aussi certainement l'enjeu majeur qui m'a fait progresser cette année, et je pense obtenir le titre, parce que ça peut certainement expliquer ces trois années de non-performance, en tout cas en championnat, l'aspect mental en tout cas, c'est certain.
- Speaker #0
Et du coup toi Maintenant en tant que championne La pression, le stress Ça fait forcément partie de ton quotidien Pas forcément du quotidien non plus Mais ça arrive à chaque échéance Avant chaque combat Comment est-ce que toi t'arrives à gérer Cette pression, ce stress En amont, donc avant Et pendant la compétition
- Speaker #1
Je pense qu'on peut même dire Que ça fait partie du quotidien Parce que c'est vrai que ok On a toujours ça en tête aussi, mine de rien, même s'il y a des périodes où c'est un peu plus light que d'autres. Du coup, comment je fais ? Donc ça, ça vient un petit peu avec le temps. On apprend aussi un petit peu plus à se connaître et à s'écouter. Enfin voilà, vraiment laisser parler les émotions qu'on ressent. Donc ça, c'est déjà le premier point, de vraiment m'écouter. Et quand ça ne va pas, de me le dire que ça ne va pas. Quand vraiment je ne me sens pas bien, pas à ma place. Voilà, c'est vraiment de me le dire et de ne plus le cacher. Parce que c'est vrai que c'est ce que j'avais peut-être tendance à faire, soit par fierté, soit par orgueil, je ne sais pas. Mais en tout cas, vraiment s'écouter. Et à partir de là, d'essayer de mettre en place des petites méthodes pour justement contrer ces émotions-là. Donc pour moi, ça passe en amont des compétitions. Je dirais, je ne sais pas, deux, trois semaines avant, en fonction de l'échéance, de mettre en place des routines. des routines qui me font du bien mentalement donc c'est notamment quand je suis pas bien quand j'ai vraiment des moments de doute etc de me répéter des phrases souvent devant le miroir mais c'est un exercice difficile à faire mais c'est sûrement le mieux donc on se pose devant un miroir et se dire des phrases toutes simples, toutes bateaux mais qui me font du bien du style c'est toi la championne c'est toi la guerrière des petits mots clés comme ça donc déjà ça Ensuite, énormément de visualisation. Mais ça, à force de le faire, c'est même plus conscient. C'est-à-dire que peut-être que je le fais même trop, du coup. Parce que dès que je ferme les yeux, c'est tout de suite, je me vois sur le ring, en train de boxer, en train de mettre en place ce qu'on a préparé à l'entraînement, etc. Donc ça, c'est vraiment un gros aspect. L'aspect visualisation. Et après, en approche des compétitions, enfin, plus en approche de la compétition, après, c'est vraiment des petites routines type. Déjà, ça passe par couper le téléphone. Donc ça, c'est vraiment... Quelque chose que je fais depuis très très longtemps, même depuis le début je pense, ou en tout cas de réduire un maximum les écrans, parce que je me dis que ça peut altérer ma concentration, etc. Toujours se rappeler, se redire ces petites phrases qui font du bien, jusqu'au moment où je m'entoure le ring, pour vraiment canaliser un petit peu toutes ces émotions qui peuvent arriver dans tous les sens. Visualisation, toujours, à fond, et voilà, on est à peu près là-dessus.
- Speaker #0
Ok. Ce qui me marque là-dessus, tu vois, c'est déjà quelque chose d'intéressant, c'est les phrases que toi, tu peux te dire devant le miroir à toi-même. à quelle personne tu les dis. Quand je dis à quelle personne, c'est-à-dire, est-ce que c'est à la première personne, à la deuxième personne du singulier ou à la troisième personne, tu vois. Et toi, tu as choisi inconsciemment, sans réfléchir, la deuxième personne. Et c'est vrai qu'en préparation mentale, c'est plus impactant de parler à cette personne-là en disant « tu » qu'en disant « je » , par exemple.
- Speaker #1
Voilà, donc là, effectivement, c'était un peu inconscient. ou c'est peut-être aussi mon entraîneur qui va orienter là-dessus. Mais en tout cas, c'est le cas.
- Speaker #0
En tout cas, ça, c'est un bon point à continuer. Et aussi, tu l'as très bien dit, la visualisation, super important. Et surtout, ce qui m'a marqué, c'est qu'en fait, tu disais, je ne réfléchis même plus, je ne pense même plus à le faire. Ça se fait tout seul. Pourquoi ? Parce que tu l'as tellement fait qu'en fin de compte, maintenant, c'est devenu un automatisme. Et c'est vraiment ça que j'essaye d'apprendre, moi. aux athlètes pendant les préparations comme ça, c'est que la visualisation, c'est comme tout, ça se travaille comme la technique. Et c'est un travail régulier, vraiment quotidien, jusqu'à ce que ça devienne comme toi, un automatisme en fait, sans réfléchir. Et ça, c'est vraiment intéressant. Et le téléphone, bon, on ne revient pas dessus, mais ça, franchement, ça devrait être la base de tout. Ça permet vraiment de rester focus. Et aussi, est-ce que tu as des routines, tu sais, comme tu as des sportifs qui aiment bien mettre leurs chaussettes droites d'abord, après la gauche, ou la coupe de cheveux, ou tu vois, des choses comme ça. Et surtout chez les femmes, je pense que c'est vachement important ça.
- Speaker #1
Oui, alors tout à fait. Ça peut paraître un petit peu risible en tout cas, mais moi c'est vraiment le cas et ça m'aide beaucoup. Déjà, ça passe par les tresses, donc faire des tresses avant le combat. Là, vraiment, à ce moment-là, on se met en mode guerrier et on sait que ça y est, c'est parti. Mais aussi, toutes ces petites routines, un petit peu, ou ces petits tics, je ne sais pas, un peu style à la Raphaël Nadal. Donc déjà, toujours mettre le gant droit en premier. Moi, c'est le droit. Toujours les mêmes chaussettes, les mêmes machins, etc. Donc ça, c'est vrai. Mais je pense que c'est le cas pour beaucoup de sportifs, mais on ne le dit pas trop. Parce que c'est un peu superstitieux, alors qu'on sait que ça n'a aucun sens. Mais voilà. Et également, ce que je fais aussi beaucoup, je n'ai pas forcément pensé à en parler, mais ça, c'est pareil, c'est un peu inconscient, mais c'est le fait de tout positiver. C'est-à-dire que la veille ou l'avant-veille du combat, mais tout ce que je fais dans ma vie, je le positive et je me dis, OK, c'est bon signe. Par exemple, je ne sais pas, j'ai réussi à mettre ma chaussure du premier coup, je vais me dire, OK, c'est une bonne journée, c'est bien, je vais pouvoir bien boxer. Tous des petits trucs comme ça qui n'ont aucun intérêt. En vrai, je le sais. Et moi, ça me fait vraiment du bien et je me le dis pour tout. Voilà, c'est un petit peu... Voilà, c'est comme ça. Et je n'ai pas honte de le dire. Je pense qu'on est peut-être plusieurs à le faire sans s'en rendre compte, mais voilà.
- Speaker #0
Non, mais ces routines-là, en fait, elles sont très rassurantes, en fin de compte, pour l'athlète. C'est surtout dans ce but-là, en fin de compte, et ça permet de rentrer aussi dans son combat ou pour même ceux qui nous écoutent aussi, qui font du golf, par exemple. Ça permet vraiment de rentrer dans cette atmosphère-là de compétition, dans cette bulle. Et ce rituel, cette routine, c'est ce qui déclenche en fait... C'est l'ancrage, on va dire. C'est ce qui déclenche ton mode, comme tu as dit, guerrière. Je rentre dedans.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Et puis aussi peut-être d'avoir que des pensées un peu positives pour contrer un petit peu tout le stress ou les éléments parasites qui peuvent arriver. La peur, etc. Peut-être aussi inconsciemment dans ce sens-là, je ne sais pas trop.
- Speaker #0
En tout cas, c'est très intéressant ça. Est-ce que tu avais déjà, par le passé, collaboré avec un préparateur mental ? Et si oui, est-ce que ça avait changé ta manière de combattre ou même de t'entraîner ?
- Speaker #1
Donc oui, l'année dernière, donc la saison dernière, en tout début de saison, j'avais pris contact avec une préparatrice mentale, c'est pas sur une signe comme ça. où là, effectivement, ça m'avait quand même fait prendre conscience un petit peu de certaines choses, et notamment de revenir à l'essentiel, sur déjà le fait que je suis là parce que j'aime ça, et j'aime la boxe en fait avant tout, et c'est vrai que ça, on l'oublie, on l'oublie très clairement, arriver à un niveau, mais du coup, avec le recul, je pense que ça ne m'a pas fait le déclic. C'était peut-être trop tôt, ou c'était peut-être pas le moment pour moi, mais ça ne m'a pas fait le déclic, et ça ne m'a pas changé ma boxe, Donc, c'est vrai que j'avais du coup un peu laissé... de côté cet aspect-là mental, surtout que j'y mettais tous mes espoirs. C'est-à-dire que j'arrivais à un moment donné où je perdais tout le temps en championnat. J'avais vraiment un gros conflit intérieur. Je ne me sentais pas légitime. Je ne me sentais légitime de rien. Donc, c'était vraiment compliqué. Mais je ne le savais pas, en fait. C'était plutôt inconscient et je ne le verbalisais pas. Donc ouais, c'était un peu compliqué pour moi cette période-là. Et donc ouais, je pense pas forcément que ça m'ait changé ma vision, mais en tout cas ça m'a fait prendre conscience de certaines choses. Et ça m'a appris aussi quelques billes en préparation mentale, notamment ces choses d'ancrage et aussi de visualisation, etc. Donc il y a quand même du positif. Mais je pense que l'essentiel est arrivé cette année-là, dans le début de saison. Du coup, en faisant un énorme travail sur l'identité, notamment avec mon entraîneur qui s'est un petit peu formé à droite à gauche sur la préparation mentale, la PNL, etc. Et là vraiment, ça a été un moment fort. Et j'ai vraiment senti le déclic en le faisant. C'est-à-dire que ça a duré. Je ne sais pas combien de temps ça a duré, mais ça a duré très longtemps ce moment d'échange-là où on a tout remis à plat, avec beaucoup aussi de pleurs et de larmes et de remises en question. Mais je pense que ça m'a vraiment permis et à la fois à moi, à la fois à lui, de comprendre véritablement ce qui n'allait pas. Et ce qui n'allait pas, c'était moi, et ce que je pensais moi de moi-même. Donc, le fait que je ne me sente pas légitime. Peu importe mon palmarès ou celui de mon adversaire, même si moi, j'ai eu 10 000 victoires en plus qu'elle, je ne me sentais pas légitime par rapport à elle. Et en fait, ça ne pouvait plus fonctionner à un moment donné. Donc, il a vraiment fallu travailler là-dessus et sur plein d'autres éléments. Je pense vraiment que c'est ce qui m'a aidé à performer cette année.
- Speaker #0
Un élément aussi important qu'on oublie souvent, c'est la place du coach. Pas forcément préparateur mental, mais le coach, ton coach technique de boxe qui est là avec toi. Et on a pas mal de coachs qui ne sont pas forcément formés sur la préparation mentale. Et là, on voit que ça peut vraiment faire la différence. Parce que si lui se forme à ça, il peut t'apporter énormément de choses. et très, très rapidement, en fait. Et surtout qu'en plus, souvent, on a un lien vraiment particulier avec son coach, la confiance, etc. C'est vraiment un lien très fort. Donc, si en plus de ça, sur le point psychologique, mental, il s'est formé dessus et il arrive à te comprendre et à apporter ces déclics que tu peux avoir, franchement, ça fait un package. complet de chez complet et tu as tout pour performer ?
- Speaker #1
Effectivement, l'entraîneur à la base, l'entraîneur juste boxe qui n'est pas un entraîneur juste boxe, en tout cas dans mon cas c'est vraiment mon entraîneur déjà depuis le début mon manager, mon préparateur mon allié aussi dans toute cette aventure, c'est vraiment un élément central et indispensable de la carrière mais c'est vrai qu'il y a tellement un lien fort qu'il y a aussi cette peur. Je pense qu'on en était vraiment là, une peur de décevoir et une peur de perdre, en tout cas, et de ne pas lui satisfaire tout le temps qu'il a passé à m'entraîner, toutes ces heures, tous ces sacrifices aussi qu'il fait. Parce qu'en fait, on parle des sacrifices des athlètes, mais les entraîneurs, c'est pareil. Tous les week-ends, ils ne sont pas là. Enfin, voilà. Et aux entraînements, le temps qu'ils donnent, c'est juste monstrueux. Et donc, je pense qu'il y avait vraiment cette peur-là. et qui me bouffait sûrement aussi sur mes combats. Et du coup, le fait d'en parler et le fait de tout reposer à plat, je pense, je ne vais pas parler pour lui, mais je pense que ça a aussi un petit peu changé sa manière de m'entraîner et de me coacher. Et je pense en tout cas qu'il met en place des éléments pour me remettre en confiance. Ça passe notamment par le fait de me dire, si tu perds, je ne serai pas déçue. Dans tous les cas, je suis fière de ce que tu as fait. Rien que des petites phrases comme ça et juste tu te dis, OK, c'est bon, je peux aller boxer. Il ne va pas me vouloir si je perds ou si je ne fais pas ce qu'on a mis en place. Je pense que c'est vraiment essentiel. En tout cas pour moi, ça doit dépendre des personnes. On n'est pas tous égaux là-dessus.
- Speaker #0
Une chose hyper importante sur laquelle tu mets le doigt, c'est souvent l'athlète qui va avoir, peu importe l'âge, qu'on soit très jeune ou après adulte, c'est la peur de perdre et surtout la peur de perdre. peur de décevoir, ça peut être ses parents, ça peut être son entraîneur, son coach. Et toi, t'as su le dire ? Arrête-moi si je dis n'importe quoi, mais t'as su le dire à ton coach et en parler avec lui, en fait ? Lui poser la question ?
- Speaker #1
J'ai su le faire au bout de nombreux échecs et après qu'il m'ait tiré les verres du nez aussi pendant très longtemps. Mais effectivement, c'est venu et ça fait du bien aussi, ça soulage de... En tout cas, de verbaliser ce qui se passe et d'en prendre conscience parce que c'est vrai qu'on n'en a pas pas forcément conscience. Quand on le refoule, donc...
- Speaker #0
Et surtout aussi de l'entendre dire, finalement, que tu gagnes ou que tu perdes. Peu importe, il ne sera pas déçu ou quoi que ce soit. Il sera toujours là, même si tu as gagné, même si tu as perdu. Rien ne changera dans cette relation. Et c'est vraiment important, puisque souvent, l'athlète, en fait, il pense que si on loupe, justement, comme tu l'as dit, l'entraîneur, lui, va passer beaucoup de ses week-ends avec ses boxeurs. Donc, c'est-à-dire pas avec sa famille, pas avec ses amis, pas pour du temps libre pour lui. Et on se doit... on se met cette pression en tant qu'athlète, on se doit de lui rendre l'appareil en gagnant. Et que si on n'a pas gagné, si on perd, il va être déçu puisqu'on va dire qu'il a donné tout ce temps-là pour rien. Et ça, en fait, c'est se mettre à la place de l'entraîneur dans sa tête. Et ce n'est pas forcément la vérité à chaque fois. Et pour se l'enlever, comme tu as fait, même si lui, tu as tiré les verres du nez, mais l'idée, le message, par exemple, qu'on pourrait faire passer aux athlètes qui nous écoutent, c'est soit d'en parler à ses parents, quand c'est la peur de décevoir les parents, ou d'en parler à son entraîneur et lui dire, écoute, moi j'ai ça qui me trotte dans la tête, j'ai peur de te décevoir si je perds, qu'est-ce que t'en penses ? Et en règle générale, vu ce qu'il donne pour son athlète, il devrait être assez rassurant là-dessus. Et bizarrement, ça enlève une sacrée boule de stress dans le ventre, une fois que juste ça, ça a disparu, ça a été dit en fait.
- Speaker #1
Non, tout à fait, je pense que c'est vraiment... Un vrai conseil à donner aux athlètes, de vraiment le verbaliser et d'en parler. En fait, la communication, c'est vraiment la clé. Et la boxe, c'est un sport individuel, mais en fait, comme on dit, c'est le plus collectif des sports individuels. C'est-à-dire que seul, on n'est rien, on ne peut pas. Et cette relation entraîneur-entraîné, elle est tellement primordiale que s'il y a des toutes petites choses qu'on ne se dit pas, comme ça, ça a un impact énorme finalement, même si on... On ne pense pas mal faire en ne le disant pas. C'est surtout... Enfin voilà, ce n'est pas du tout dans cette optique-là. Mais en fait, sur la performance, et puis même sur aussi la relation de conscience, il est hyper important de le verbaliser. Parce que finalement, l'entraîneur, il n'est pas bête. Il sait que c'est un truc qui ne va pas. Il nous demande si ça va. Et on répond toujours, bah oui, ça va. Mais en fait, ça ne va pas du tout. Donc voilà, c'est vraiment très important, je pense. Mais il y a encore du chemin à faire. Et ce n'est pas facile de parler. Et enfin, voilà, c'est vraiment quelque chose de difficile à mettre en place, c'est certain.
- Speaker #0
Comme tu dis, il y a encore du chemin à faire. Et c'est vrai que je pense que ça ne s'arrêtera jamais. En fin de compte, il y en aura tout le temps. Oui, je voulais rebondir sur le fait, quand tu dis, l'entraîneur te demande souvent si ça va. Et le compétiteur, l'athlète, va toujours répondre oui. Et pour moi, je trouve, comme tu l'as dit, il y a quelque chose de très important là-dedans. C'est d'être honnête à 100% et de ne pas masquer ses émotions quand on est athlète. Et si ça ne va pas, le dire. Et honnêtement, le coach, là qu'ils ne vont peut-être pas être très contents, mais un bon coach, il est à l'écoute de son athlète quand ça va et quand ça ne va pas surtout. Donc, tu dois avoir confiance en ton coach pour pouvoir lui dire tout ce qui te passe par la tête quand ça ne va pas surtout. Et si ce n'est pas le cas, s'il n'est pas réceptif à ça, honnêtement, je pense qu'il faut changer de coach.
- Speaker #1
C'est peut-être le point d'alerte.
- Speaker #0
c'est sûr parce qu'on peut pas aller Ce n'est pas possible. Non,
- Speaker #1
non, effectivement.
- Speaker #0
Et du coup, comme tu l'as dit aussi sur ton parcours, tu as eu aussi des défaites. Ça fait partie d'un parcours, les défaites. Et moi, je voulais te demander, par rapport à ces défaites-là, comment est-ce que tu es arrivé à rebondir juste après ? Est-ce que ça t'a miné ? Est-ce que ça t'a démotivé ? Tu t'es dit, je vais arrêter. Ou est-ce que ça t'a remotivé derrière et déterminé ?
- Speaker #1
Alors effectivement, c'est des moments cruciaux, je pense, en tout cas dans l'évolution. Moi, je passe par toutes les étapes. Il y a vraiment cette étape où j'en ai marre, où je veux arrêter, où je ne comprends plus. C'est vraiment de l'incompréhension totale. Après, il y a des fêtes et des fêtes. Il y a des défaites où on sait qu'on a perdu, on a bien boxé, on a devenu le meilleur. C'est OK. Mais je parle plutôt des défaites où il y a toujours cette frustration de se dire
- Speaker #0
J'ai rien fait. En fait, je n'ai pas boxé. Je ne suis pas moi sur le ring. Qu'est-ce qui se passe ? Et voilà, c'est vrai qu'on en était arrivés à un stade où, en fait, sans paraître prétentieux, mais vraiment, je le pense sincèrement, où physiquement, j'étais plus que prête. J'avais un cardio monstre. À l'entraînement, tous les entraînements, explos, force, etc., j'étais vraiment forte sur tous les aspects. Technico-tactique, c'était OK. J'arrivais à tout faire à l'entraînement. Et puis j'arrive sur le ring et ça ne se passait pas comme ça. Et donc, on s'est vraiment sentis démunis à un moment donné de se dire, mais bon, qu'est-ce qu'on fait ? Et donc, c'est vrai qu'à chaque fois, c'était des heures et des heures et des heures après les combats ou même des nuits à tout ressasser, à essayer de comprendre vraiment tout. Parce qu'il fallait bien comprendre, il y avait quelque chose qui n'allait pas. On en était conscients parce qu'à un moment donné, on avait joué sur tous les aspects. Et ça, j'étais prête partout. Mais sur le ring, ça ne marchait pas. Donc, on en est venu de fil en aiguille au cerveau, à comprendre ce qui se passait dans ma tête. Et c'est vraiment là que se jouer, je pense, l'essentiel finalement. Parce que c'est bien beau d'être prête et d'être la meilleure, mais en fait, d'être la meilleure à l'entraînement, ou en tout cas de courir vite et de courir longtemps, et de soulever de la fonte, ok, c'est cool. Mais en fait, si tu ne peux pas le refaire en combat, ça ne sert à rien. En tout cas, moi, ça ne me sert à rien. Ce n'est pas l'objectif.
- Speaker #1
Tu as tout à fait raison. Et c'est vrai que souvent, on se construit par ses défaites.
- Speaker #0
Oui, complètement.
- Speaker #1
Ça permet vraiment... Si tu n'avais pas perdu à ce moment-là, tu n'aurais peut-être pas pensé à ton mental, tu vois, pensé que c'était ça qui te bloquait. Et donc, du coup, pas le développer. Et à un moment donné, ça t'aurait peut-être bloqué un petit peu plus haut, sur une phase encore un peu plus importante. Donc, c'est important que ce soit arrivé. et d'arriver à rebondir après derrière.
- Speaker #0
Mais après, c'est vraiment des moments très, très durs, surtout quand on s'est fixé des objectifs très précis. Et je peux comprendre que ça fasse arrêter des athlètes aussi. C'est vraiment dur de se remettre en question et de tout ressasser. C'est vrai qu'on remet quand même beaucoup de choses en question, donc c'est vraiment pas facile. Mais effectivement, c'est sûrement crucial. Et sûrement, c'est là-dessus qu'on se construit le plus, finalement, que sur les victoires.
- Speaker #1
Est-ce que tu peux nous décrire un moment fort, peut-être un combat décisif, là où le mental a vraiment fait la différence, quelque chose qui t'a marqué dans ta carrière ?
- Speaker #0
J'en ai deux qui me viennent en tête, mais certainement le plus important et en plus le plus récent, ça a été sur ma finale du championnat de France Edita, en boxe française, le 5 avril dernier. Donc là, je me sentais vraiment prête pour cette finale. mentalement, physiquement, tout était réuni, j'étais vraiment là. Il n'y avait pas de conflit mentaux, je me sentais vraiment à ma place, etc. Et c'était la première fois que ça m'est arrivé depuis de nombreuses années, donc je l'ai vraiment ressenti, je me sentais prête, j'étais là. Jusqu'au moment de l'échauffement, j'étais très bien, je gérais mes émotions vraiment bien, je me répétais mes petites phrases, mes routines et tout, tout allait très bien. Arrive le moment de l'échauffement, je m'échauffe et là... Bon, je sens que c'était dur, quoi. C'était vraiment dur. J'avais une grosse boule dans le ventre. Enfin, c'était vraiment pas facile à gérer. Bon, je m'échauffe. Enfin, voilà, c'était des automatismes à un moment donné. Donc, ça va, quoi. Et puis, donc, mon entraîneur me fait un massage. Il se met derrière moi, il me masse le dos. Et il sent que je suis hyper, hyper, hyper contractée. Donc, il me dit de me relâcher. Et il me demande si ça... Enfin, je ne sais plus exactement. Je crois qu'il me demande si ça va, etc. Et là, je me mets à pleurer. Donc vraiment, je me sens en larmes. Donc on était vraiment deux minutes avant de monter sur le ring. Donc ce n'était plus le moment, mais voilà, c'était quand même le cas. Donc je me sens en larmes. Du coup, il ne me voit pas pleurer parce qu'il est derrière moi. J'avais mon deuxième entraîneur qui venait coacher Loïc, qui était devant moi, lui. Donc lui, il voyait. Et donc là, j'ai vu qu'il était démuni. Par contre, il ne savait pas trop comment réagir. Et puis donc, mon entraîneur, après, m'a vu pleurer. Et donc là, ça a été un moment vraiment... hyper fort, et je pense que c'est le moment le plus fort que j'ai vécu depuis toutes ces années, où vraiment, en deux secondes, en une fraction de seconde, il a réussi à trouver les mots, à me remobiliser, je sais plus exactement ce qu'il a dit, mais en tout cas, c'était son compte-front, et il a vraiment réussi, déjà, il m'a fait sortir toutes ces émotions-là que j'avais, il m'a pas dit d'arrêter de pleurer, c'est ce que j'avais peur qu'il fasse, de me dire, mais c'est pas le moment de pleurer, là, en fait, il faut que ça aille boxer, tu nous fais Donc vraiment, il m'a laissé tout évacuer pour après justement réussir à rattraper toutes ces émotions et les canaliser, que ça devienne vraiment de la rage, que ça devienne vraiment ma force sur cette finale. Et ça a vraiment été le cas. J'ai réussi. Du coup, je ne sais pas comment faire ça. Et j'ai vraiment ressenti cette force, en tout cas, intérieure dans mon ventre. Je ne sais pas trop comment décrire, mais vraiment, je savais que c'était bon. Je suis montée sur le ring et puis voilà, ça a déroulé, en fait. Mais je ne sais pas parce que, voilà, mais très certainement, si cet épisode-là n'avait pas eu lieu, juste avant de monter sur le ring, très certainement, je n'aurais pas fait la même finale. En tout cas, ou je n'aurais peut-être même pas gagné la finale, je ne sais pas. Mais ça a vraiment été libérateur et moteur sur cette finale. Donc voilà, ça, c'était vraiment un moment très, très fort. Et que je n'ai pas honte de dire, parce qu'en fait, c'est vrai qu'on n'en entend jamais parler. On ne sait pas ce qui se passe dans les vestiaires. C'est vraiment très tabou, en fait. Ou je ne sais pas, on ne veut pas le dire par fierté. Ou je ne sais pas, pour ne pas montrer aux adversaires nos faiblesses. Mais en fait, on est des humains, on ressent toutes les émotions. Ça serait de mentir que de dire qu'on est tous confiants quand on s'échauffe. Enfin voilà, on se remet tous en question. Et voilà, c'est aussi de dédramatiser ça et de dire en fait, c'est normal. Tu pleures, tu pleures, c'est normal. On passe tous par là, je pense, à un moment donné. Et c'est OK, en fait, de pleurer. C'est pas grave si t'arrives justement après à t'en servir. C'est pas mieux, quoi.
- Speaker #1
Ce que je retiens de ça, déjà, c'est la première chose, c'est d'être... d'être capable de libérer ces émotions comme ça, c'est-à-dire d'arriver à lâcher tout ça juste avant le moment, juste avant de monter sur le ring. Ça déjà, c'est incroyable, tu vois. Et le travail qu'a fait ton entraîneur aussi là-dessus, de te laisser exprimer cette émotion pour l'évacuer complètement, ça t'a permis déjà de te libérer et de monter sur le ring libre. Ça déjà, c'est un truc extraordinaire. La deuxième chose, c'est que tu puisses en... parler aujourd'hui, c'est un truc de dingue et ça peut permettre à énormément d'athlètes, que ce soit hommes ou femmes, de se dire, finalement je ne suis pas tout seul à ressentir ça et même les champions ressentent ça aussi fort que moi. Donc franchement, je suis comme les autres, j'ai mes faiblesses, sauf que personne n'ose avouer qu'il a des faiblesses comme ça, qui peuvent se transformer en force après sur le ring une fois qu'on les a acceptées et évacuées. Franchement, c'est extraordinaire, Maëva.
- Speaker #0
Ça ne m'était jamais arrivé, en tout cas, de vraiment laisser parler mes émotions. C'était la première fois. A priori, ça a bien fonctionné. Donc, essayons en tout cas d'être honnêtes avec nous-mêmes et de se dire quand ça ne va pas. Voilà, et de ne pas se le cacher. Ça ne fonctionne pas, en fait. On croit que c'est en s'auto-persuadant que ça va, que ça ira. Mais en fait, non, ça ne va pas. À un moment donné, ça te rattrape. Et cette rattrape sur le ring, c'est pas cool.
- Speaker #1
Non, ça prouve vraiment que t'es à l'aise avec ça et que ton coach aussi est à l'aise avec ça, et qu'il n'y a aucune retenue là-dessus, il n'y a aucune gêne. Et ça, c'est tellement important. Et j'ai envie de dire même, c'est quand même assez rare aussi de voir ça d'un point de vue d'un coach et d'un athlète. Donc franchement, super bien. Donc du coup, là, t'es en... pleine forme, physiquement, mentalement, pour aller où au mois de juillet ?
- Speaker #0
Donc en Bulgarie, au championnat du monde,
- Speaker #1
c'est ça. Alors, ma question, c'était tu vas représenter la France au championnat du monde en juillet, en Bulgarie, comme tu viens de dire. Ça représente quoi pour toi, personnellement et sportivement ?
- Speaker #0
Ouais, bah alors... personnellement, c'est vraiment quelque chose de gigantesque de porter les couleurs d'Afrance je suis vraiment très reconnaissante notamment j'ai quand même 22 ans ça fait pas des années et des années que je suis au plus haut niveau donc c'est vraiment quelque chose d'énorme et voilà je suis vraiment très reconnaissante de ça et puis sportivement, pareil, c'était pas forcément l'objectif de cette année donc l'objectif était vraiment d'être championne de France Unita ... L'objectif a été atteint, ça continue, ça se poursuit. Et on va tout donner pour décrocher ce titre. Il n'y a pas de doute. On part avec les mêmes états d'esprit.
- Speaker #1
Et du coup, tu vois, à ce niveau-là, forcément, la différence, elle se joue à des petits détails. Selon toi, qu'est-ce qui peut faire la différence entre un podium, qui est déjà extraordinaire, et un titre mondial ?
- Speaker #0
Là, effectivement, je pense que c'est plutôt l'aspect mental qui peut jouer. c'est à dire que si durant le combat, on n'y est pas, si mentalement, on n'est pas là, on peut justement perdre cette première place. Donc là, je pense qu'il faut vraiment aligner toutes les étoiles. Et voilà. Mais c'est toujours la même chose si on part du principe qu'on est tous prêts physiquement, techniquement, etc. Ça pour moi, c'est... Enfin voilà, je pars de ce principe-là en tout cas.
- Speaker #1
Ok. Est-ce que tu pourrais donner un petit conseil à une jeune boxeuse ou un jeune boxeur qui rêve de suivre tes traces, par exemple ?
- Speaker #0
Ouais. Alors moi, ce que j'ai à cœur d'essayer de montrer, notamment sur les réseaux sociaux, depuis quelques années, et de montrer que... que c'est possible. C'est-à-dire que moi, j'habite dans le Cantal, donc c'est un environnement très rural où il n'y a pas forcément beaucoup d'athlètes, en tout cas pas d'élites, où ce sont des petits clubs avec des petits financements, etc. Et on est un peu loin de tout. En tout cas, on est loin des gros clubs comme les clubs en région parisienne, par exemple. C'est de montrer qu'en fait, c'est possible. C'est-à-dire qu'on peut y arriver, on peut à la fois faire des études, parce que je suis encore étudiante, on peut continuer de s'entraîner dans son club de cœur, de son club d'origine, et on peut performer. Même si c'est peut-être un peu plus compliqué que les autres, je ne sais pas. Je n'ai pas vécu ce qu'ont vécu les autres. Mais en fait, c'est possible. Il ne faut pas se limiter, en tout cas, à ces choses-là. Si on le veut, si c'est vraiment notre objectif, et que c'est au clair avec l'entraîneur, etc., on met tous les moyens en œuvre. pour y arriver. C'est pas facile. C'est vraiment pas facile. Mais si on le veut, je pense que c'est possible. En tout cas, il faut le tenter. Il ne faut pas se restreindre et se dire « c'est pas possible, je suis à l'école à tel endroit, j'ai le club, il est à une heure de route, etc. » Il y a toujours des solutions et vraiment, c'est possible. Donc voilà, moi c'est vraiment ce que j'ai à cœur de transmettre aux plus jeunes en tout cas. Et je pense que c'est un petit peu le cas au sein des clubs aux alentours et de mon club.
- Speaker #1
donc je suis contente c'est vraiment euh très inspirant ce que tu dis pour les jeunes. Et d'un point de vue mental, tu penses que tu pourrais donner quoi comme conseil à ces jeunes ?
- Speaker #0
Là, je pense que c'est le plus dur, mais c'est vraiment de réussir à verbaliser. En tout cas, de réussir à avoir conscience de ce qu'on ressent. Vraiment, pendant trop longtemps, j'ai tout renfloué. Quand j'avais peur, je ne me le disais pas. Quand je ne me sentais pas bien, quand je ne me sentais pas à ma place, je ne le disais pas. Enfin, je ne disais rien. En tout cas, je ne me le disais pas à moi-même. Donc déjà, à partir de ce moment-là, je ne pouvais pas le dire aux autres. Et en fait, ça bouffe. À un moment donné, ce n'est pas moteur. Il ne faut pas croire qu'en enlevant la peur, qu'on n'aura plus peur. Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne. En tout cas, moi, ça ne fonctionne pas comme ça. Donc, je pense que c'est vraiment la clé. Elle est là de se dire les choses. Et à partir de ce moment-là, on peut travailler. On peut le verbaliser à l'entraîneur ou à ses proches, je ne sais pas. Et après, voilà, tout déroule. mais si on le sait pas les autres le sauront pas et à un moment donné on arrive à ben moi ça a fonctionné jusqu'au moment où ça a plus fonctionné on arrivait à des incompréhensions et on s'est dit ben comment on fait parce qu'en fait tout est là mais les résultats sont pas là donc il y a un truc qui nous manque mais qu'est-ce qui nous manque on sait pas donc voilà faut réussir à le verbaliser à un moment donné et c'est vraiment la clé c'est vraiment la clé c'est bien beau t'entraîner des heures et des heures mais si la tête Je pense qu'on ne peut pas y arriver. Il y en a qui y arrivent, sûrement. Mais en tout cas, moi, ça ne fonctionnait pas. Je ne veux pas faire de généralité. Ce n'est pas l'objectif. Mais de transmettre mon expérience, et peut-être que ça peut faire prendre conscience aussi à des personnes dans la même situation.
- Speaker #1
Exactement. Vraiment, le plus important, comme tu l'as dit, c'est vraiment le dialogue. Parler, échanger. C'est vraiment ça, le plus important. Et la boxe ? Qu'est-ce que ça t'a appris sur toi-même et que tu n'aurais peut-être jamais découvert autrement ?
- Speaker #0
Franchement, la boxe, ça m'a tout appris. C'est arrivé à un moment donné de ma vie où je n'avais plus de cadre, c'était très compliqué. Personnellement, dans ma vie, ce n'était pas une période facile. Vraiment, la boxe, ça m'a posé un cadre, ça m'a apporté une famille, j'ai appris à avoir confiance aux gens, notamment mon entraîneur. Et ça, c'est vraiment... C'est les plus belles relations, je trouve, les relations entraîneur-entraînée. C'est juste incroyable. Ça m'a fait avoir des émotions. Et je pense que les émotions qu'on ressent sur le ring, c'est des émotions que très peu de gens ressentiront dans leur vie, je pense. Et c'est des émotions incroyables. Et donc voilà, vraiment la boxe, et en tout cas le combat, ça m'a vraiment apporté énormément. Et ça représente... Ça représente 99% de ma vie, il faut le dire. C'est la part la plus importante. C'est dur, mais il y a aussi énormément de positives. Et ça apporte énormément. C'est pas un sport professionnel aussi, donc heureusement que ça apporte, parce qu'on peut pas en vivre en tout cas. Il faut qu'il y ait des points positifs aussi, sinon ça peut pas fonctionner.
- Speaker #1
C'est sûr, t'as tout à fait raison. Tu te vois où dans 5 ans ? On va se projeter comme ça quand même sur le long terme, mais tu te vois toujours sur un ring, ou en train de donner des coups, ou différemment, arrêter la boxe, travailler ?
- Speaker #0
Non, je pense que je me vois toujours sur le ring, ça c'est sûr. À défendre mon titre, à essayer de devenir potentiellement la meilleure, ce serait vraiment l'objectif. Je donne des cours un petit peu à côté, je suis un petit peu aussi investie dans le département, notamment auprès des jeunes. Donc toujours continuer aussi là-dessus, mais en sachant que ma carrière en tout cas de sportive, ça reste l'aspect numéro un de ma vie. Et donc, voilà, j'aimerais bien continuer là-dedans. Et aussi, potentiellement, plus développer les autres boxe. Du coup, voilà, la boxe française, c'est vraiment mon objectif. Peut-être qu'à l'avenir, ça pourrait aussi... On pourrait aussi peut-être partir un peu plus sur du kick ou du K-1 ou ce genre de choses. Mais bon, l'avenir nous le dira.
- Speaker #1
Et tu travailles à côté, c'est ça, non ?
- Speaker #0
Je suis étudiante. Je suis étudiante en master de sociologie, de sciences et d'études sociologiques.
- Speaker #1
OK.
- Speaker #0
Voilà, donc c'est aussi une part importante de ma vie, il ne faut pas l'oublier, et pour tous les sportifs aussi, et c'est hyper important. Et je pense que sans ça, d'ailleurs, je n'aurais peut-être pas forcément performé autant, parce que j'ai vraiment un cadre très précis, c'est-à-dire que j'ai une heure là, cette heure-là, c'est pour travailler, pour réviser les partiels. Après, cette heure-là, c'est pour l'entraînement. Là, je ne peux pas réviser les partiels la nuit parce qu'il faut que je sois en forme le lendemain matin, etc. Donc, c'est vraiment toute une machine qui se met en route. pour performer partout. Et au final, ça fonctionne bien parce que j'ai jamais eu de soucis dans mes études. Je suis toujours bien réussie. Et puis à la boxe, ça va, quoi.
- Speaker #1
Carrément. Eh bien, Maëva, je te remercie. Ce qui ressort du coup de notre entretien aujourd'hui, ça va être vraiment ta détermination, ta concentration que tu peux avoir et surtout la gestion de tes émotions où je vois que tu es maintenant devenue capable franchement d'exprimer ces émotions-là. en toute confiance, d'avoir réussi aussi à rebondir malgré les échecs. Ça ne t'a pas fait abandonner ton objectif que tu as atteint d'ailleurs cette année en étant championne de France Elite A et qui va te permettre, comme on l'a dit, de participer au championnat du monde au mois de juillet en Bulgarie. Écoute, je te remercie énormément d'avoir pris du temps et d'avoir répondu présente aujourd'hui. et j'espère à très bientôt on te souhaite bonne chance le meilleur pour toi pour le championnat du monde en espérant que tu nous ramènes le titre en France sans vouloir te mettre la pression merci beaucoup Alexandre c'était un plaisir