- Speaker #0
Le festival Oka les Templiers vous présente Esprit Libre des Templiers, le podcast qui vous plonge au cœur de l'histoire de l'événement. Chaque mois, je partirai à la rencontre de celles et ceux qui incarnent, vivent, écrivent et racontent l'événement depuis plus de 30 ans. Bienvenue et bonne écoute à toutes et à tous. Bonjour à tous. A toutes et à tous, je reçois pour ce premier numéro intitulé Esprit libre des Templiers, un ancien cycliste professionnel, Christophe Basson, reconverti dans les sports outdoor, que ce soit le trail, mais aussi une activité très chronophage d'accompagnateur en moyenne montagne. Bonjour Christophe.
- Speaker #1
Bonjour, salut Fred.
- Speaker #0
Alors Christophe, on va tout de suite aller à l'essentiel puisqu'on est dans ce nouveau pot. podcast qui s'appelle donc Esprit libre des Templiers. Quand on te parle des Templiers, dans les années juste après la fin de ta carrière de cycliste professionnel, quelle est la première image ou la première émotion qui te vient ?
- Speaker #1
Ouais, c'est bizarre, parce qu'avec le titre que tu nous as annoncé, je ne le connaissais pas. C'est un petit peu un sentiment de liberté, un sentiment de liberté, parce que moi j'arrivais d'un milieu où j'arrêtais ma carrière de pro en 2001. Et là, j'étais accompagné par Denis Richer, diététicien nutritionniste, et il m'a convié avec mes organisateurs, qui étaient Gilles et Odile à l'époque, déjà en 2001, à une conférence sur le dopage. Et donc, j'y étais. C'est comme ça que j'ai découvert les Templiers, mais aussi cette discipline que je ne connaissais pas du tout. Et c'est là que j'ai dit, purée, mais incroyable, tu peux t'acheter une paire de chaussures sur les salons, prendre les départs et partir dans la nature pendant des heures. Donc, c'est ce que j'ai fait, en fait. J'ai acheté une paire de chaussures sur les stands, et je suis parti, j'ai pris le départ. Bon, je ne suis pas allé bien loin, je ne fais que la moitié. Mais pour autant, j'étais super content. Je me suis dit, il faut qu'ils reviennent, cette discipline. Ça me rappelle un peu le sport tel que je l'ai découvert quand j'étais jeune, ce sentiment de pouvoir aller dans les montagnes, etc. Ce qui a valu d'ailleurs que mes parents m'achèteraient un VTT parce qu'à pied, je ne pouvais pas aller plus très loin. J'allais à l'en haut des montagnes, mais pas de l'autre côté. Et du coup, j'ai demandé à mes parents un VTT pour aller découvrir les montagnes qu'il y avait derrière. Et là, j'ai ressenti de suite ce sentiment alors que j'arrivais d'un milieu très cloisonné, très culturel, avec plein de choses imposées. Donc, finalement, j'ai adoré.
- Speaker #0
Alors, justement, au-delà de ce côté un petit peu esprit libre, est-ce qu'aujourd'hui, selon toi, il existe un esprit templier, si on va un peu plus loin ?
- Speaker #1
En tout cas, pour moi, il y est. Chaque fois que j'y vais, je le ressens. Je le ressens parce que, pour moi, il y a toujours ce côté un petit peu familial, un côté… Et puis, il y a quand même le côté, le caractère de Gilles qui est toujours en train d'aller chercher des chemins là où il n'y en avait pas. d'ouvrir des passages, etc. Le respect de la nature, avec toutes ces anecdotes, un départ de course, etc. Je trouve qu'il y a un côté libre, un côté presque méditatif, un côté où tu te poses plein de questions, sur toi, sur la discipline, sur l'environnement, la montagne, tout ça. C'est vrai qu'il y a... C'est pas, comment dire, c'est pas... C'est pas sceptisé, c'est pas... Voilà, l'organisation est grandiose, mais en même temps, il y a toujours plein de petites surprises où moi, j'adore aller, donc... Oui, moi, j'ai vraiment ce sentiment de liberté. En plus, en fin de saison, il y a des gens qui déroulent. Alors oui, pour certains, c'est des objectifs. Mais pour moi, c'est le moment où je vais vraiment prendre beaucoup de plaisir, où il n'y a pas de pression. Donc, oui, j'ai vraiment… Et puis quand même, on a beau dire, mais l'Aveyron et toutes ces gorges, le Valais de la Dourbie, le Grand-Coste, tout ça, c'est quand même des coins plutôt sauvages où tu ne peux voir personne pendant des heures. Donc, oui, je trouve que ça correspond bien quand même.
- Speaker #0
Alors aujourd'hui, cette course, tu l'as dit, fin de saison, quelle place elle occupe selon toi dans le paysage ? On l'a vu, elle est passée de Nantes, on s'était rencontrés au début des années 2000 aussi, tous les deux. Aujourd'hui, c'est à Millau, avec ce qui est devenu aujourd'hui le festival Oka-Les Templiers, donc vraiment un gros événement. Mais quelle place il occupe toi avec le regard que tu as de ces 20 années de pratique ?
- Speaker #1
Comment dire ? C'est quasiment un passage obligé tous les ans. Pourquoi ? Parce que j'ai aussi créé des liens d'amitié là-bas sur le site. Pour créer des liens d'amitié, il faut qu'en face, il y ait de belles personnes. Clairement, je le dis. Et j'ai découvert justement de belles personnes, naturelles, entières, bienveillantes, plein de choses qui font que j'aime bien partager des bons moments avec eux. Donc chaque fois, en plus d'être une course pour moi, c'est bien plus que ça. C'est revoir à nouveau des personnes que j'apprécie. Donc ça, c'est un premier point. Et par ailleurs, en même temps, quand je prends ces courses-là... Le départ, je vais encore reprendre cette année le départ de la Bouffée Fifty, donc c'est vraiment libre, mais sans pression, parce que c'est vraiment me faire plaisir. D'ailleurs, une petite anecdote, c'est l'année passée, je n'avais pas participé à aucune course, j'étais pour autre chose, mais toujours le même plaisir. Et j'avais fait une reconnaissance d'un parcours, une nouvelle course qui se faisait, une course d'un peu plus de 20 km. Et j'avais été justement marqué par cet esprit que je ne retrouvais pas peut-être dans le queue d'un peloton. J'étais sur une course, je crois que je me suis retrouvé sur le marathon d'Ecosse. Et à la fin, derrière, je me retrouvais en revenant sur ma boucle, j'arrive sur le dernier quart de la course. Et là, je voyais des gens à la fil indienne qui marchaient, qui étaient épuisés. Et un qui s'est énervé, mais pour rien, dès qu'il s'entravait. Et je me dis, mais les gars, c'est là pourquoi en fait ? Parce qu'en fait, quand on fait ces courses, on les fait pour découvrir des paysages, on les fait pour se dépasser. Et donc, pour autant, justement, il faut profiter du moment où on est cuit parce qu'on se dit, finalement, si on est allé sur un car en bon, qu'on n'est pas capable d'aller au-delà de 20, c'est sûrement pour retrouver cet instant-là. Et là, quand même, ça m'a amené quand même certaines réflexions sur l'évolution des mentalités sur ces courses et les motivations à y participer. En tous les cas, moi, quand j'y vais, c'est vraiment dans le sens de me retrouver avec des gens que j'apprécie et dans un esprit où tu peux divaguer en permanence sur le site, aller voir des gamins dans le champ en bas qui courent. qui courent, qui s'éclatent, etc. Avec les parents derrière qui encouragent. Et comme par ailleurs, après, tu vois leur amour à l'arrivée. Tu vois des gens qui finissent, des gens qui arrivent très, très vite. Il y a de tout. Et moi, j'adore.
- Speaker #0
Alors, justement, on y reviendra sur ta présence l'an dernier au festival auquel est emplié, pour quoi tu y étais. Mais avant de ça, on va revenir aussi sur ton passé, celui de cycliste professionnel. Tu as été souvent présenté comme celui qui a trop parlé ou qui a parlé trop tôt. peut-être, dans le cyclisme. Est-ce qu'on peut remettre le contexte des années 2000 et des années Armstrong ? Puisque, en fait, toutes ces polémiques qui sont nées sont nées d'un conflit entre toi et Lance Armstrong.
- Speaker #1
Oui, en fait, c'est très simple. Moi, je ne suis pas passé en 1996. Je suis passé pro en 1996. C'est qui se prône et qui fait sinon. Et là, bon, clairement, on ne doit pas s'organiser dans l'équipe. Moi, j'ai décidé de le refuser complètement et donc de m'opposer un peu à ça, mais sans pour autant m'exprimer contre ça. Et arrive en 1998, l'affaire Festinac éclate, on apprend qu'il y a un dopage organisé dans l'équipe, et il y a deux coureurs de l'équipe qui me dénoncent. Déjà, je ne sais pas maintenant, je n'avais rien dit. J'avais pris une position ferme au sein de l'équipe, c'est-à-dire que je n'utilisais aucun produit, mais vraiment rien du tout. Mais pourtant, je n'avais jamais dénoncé. Et là, c'est deux coureurs de l'équipe qui me dénoncent en disant que j'étais le seul coureur de l'équipe à ne rien prendre du tout. Donc là, tout le monde apprend que finalement, j'étais le seul coop en 1928 à avoir résisté à tout. Et là, derrière, je suis, je dirais, des médias qui viennent me voir, qui m'interrogent, qui m'interviewent. Donc, je dis la vérité, du moins le fond de mes pensées. Et derrière, comme j'avais signé un contrat avec la Française des Jeux, je fais le Tour de France en 1999. Et 1999, c'est le premier Tour de France que gagnerait Sam Strong. Il en gagnera six de plus par la suite. Et sur ce Tour, je vois qu'un an après l'affaire Festina, c'est reparti le plus bel. Et je dénonce, je dénonce, j'explique qu'on ne peut pas gagner le Tour de France sans se doper, à ce moment-là, à cet instant-là, c'est-à-dire en 1999, et qu'on ne peut pas gagner une étape en costaud sans se doper. Pourquoi ? Parce que je vois les allers-retours dans les chants, dans les hôtels, les soigneurs avec des serviettes sous les bras, dans lesquels ils cachent les seringues, etc. Je vois ce qui se fait là. Voilà, je vois tous les systèmes qu'il y a, je vois les pertes qui ont gravi de trois marches par rapport au début de saison, et encore plus par rapport à la fin de l'année 98, où tout le monde avait peur des gendarmes. Et donc, je dénonce et là, rapidement, je me mets à dos tout le peloton, je me mets à dos l'Essamstrong, enfin plus exactement, je me mets à dos l'Essamstrong, puis tout le peloton, parce que l'Essamstrong étant contre moi, bien évidemment, tout le peloton était contre moi, parce qu'il n'était pas opportun d'être contre l'Essamstrong si on voulait gagner une étape. Même si certains, au fond d'eux, pensaient que j'avais raison, ils savaient très bien que si ils se positionnaient de mon côté, ils ne gagneraient jamais une étape, ils ne gagneraient jamais une course, parce qu'en vélo, il est très difficile de faire gagner quelqu'un. Par contre, il est très facile de l'empêcher de gagner. Il suffit de rouler tout le temps sur lui. Et voilà, bon bref, je me suis mis à dos tout le peu le temps. Là, il s'en trompe. Au moment où il m'attrape par l'épaule, ça devient violent. Et au bout de 13 jours, je crois, ou 12 jours, je craque nerveusement. Et je quitte le tour avec, j'enchaînais à 6 mois de dépression. Mais c'est plus une explosion, je dirais, mentale qui fait que, vous savez, quand tu te bats contre un système, que tu essaies de le changer, tu as une quota résistance. Et j'avais atteint mon quota maximum. Et donc, j'ai accéléré un plein vol, en fait.
- Speaker #0
Le dopage était institutionnalisé dans le monde du cyclisme. On l'a vu après d'ailleurs, puisque Alain Armstrong a été destitué de ses six victoires dans le Tour de France. Je vais faire un petit pas de côté. Est-ce qu'aujourd'hui, tu vois des analogies avec ce qui se passe, avec la surdomination de Tadej Pogacar ? Et puis justement, on le voit notamment, on l'a vu récemment sur le Tour de Romandie, où en fait, il laisse gagner personne. Il va même chercher les étapes au sprint et il y a un peu des parallèles qui peuvent être faits. Sans dénoncer rien du tout, mais juste... Non,
- Speaker #1
ça ne vient de rien non plus. Mais bon, on peut aussi imaginer que ce qu'a fait Tadej Pogacar sur le tour de Romandie est équivalent à ce qu'a fait Paul Seixas sur le tour du Pays Basque. On a quelque chose près. Donc, si ce n'est que Tadej Pogacar, il est là depuis plusieurs années, et que Paul Seixas, il arrive juste et il sort de junior. Mais bon, en France, on est comme ça. C'est-à-dire qu'on va plus s'interroger sur les performances des étrangers que des Français. Pour autant, je n'ai aucun jugement sur les deux. je dis juste qu'il faut avoir un avis harmonisé et logique, c'est à dire que si on vient avoir aujourd'hui, il n'y a pas de raison aujourd'hui d'avoir plus de doutes sur Pogacar que sur Paul Seixas, donc après à partir de là, moi j'essaie d'analyser un peu l'ensemble quand je regarde un coureur, je regarde un petit peu ses performances ça c'est une chose bien sûr, sa progression ses capacités de récupération l'encadrement qu'il y a autour de lui le passé, l'équipe etc, et là j'essaie de me faire mon avis Après, c'est vrai qu'aujourd'hui, on peut clairement dire que les performances qui sont fournies par les coureurs, et là, je ne raisonne pas en termes de vitesse, parce que la vitesse, il y a l'amélioration technologique avec les vélos. On sait qu'aujourd'hui, on peut gagner 3, 4, voire 5 km par rapport à mon époque en termes de vitesse. Ce n'est pas ça, c'est plus les voies de développer qui m'interpellent. Les voies de développer, vous savez, à l'époque, je pense que tu étais champion de France du chrono, à mon époque, quand tu développais 400... Je veux dire, sur un chrono, tu étais capable de développer 410, 420 watts. Déjà, là-dessus, tu pouvais être champion de France. Aujourd'hui, les boîtes qui sont développées, il faut être au moins 450, 460 watts sur un chrono. Pas de deux heures, bien sûr, mais un chrono de moins d'une heure. Donc là, ça interpelle. C'est vrai que les méthodes d'entraînement, les méthodes de préparation, tout ça ont évolué. Par contre, en contrepartie, la lutte contre le dopage a aussi évolué et permet moins de choses. Mais parallèlement à tout ça, je pense que la médication, médicalisation auprès des corps a fortement évolué face au fait qu'on ne pouvait pas se doper. Donc jusqu'où va la limite ? Moi, je pense qu'aujourd'hui, il y a une haute poussée technologique. Est-ce qu'on reste dans l'autorisé ? Est-ce qu'on va dans l'interdit ? Je n'en sais rien. Et il y a une haute médication également du cycliste. Là aussi, est-ce qu'on reste dans l'autorisé ou est-ce qu'on va dans l'interdit ?
- Speaker #0
Ça, pour l'instant, on n'a pas les réponses à tout ça. Je vais revenir sur ton rôle depuis que tu as arrêté ta carrière de cycliste, un petit peu malheureusement d'ailleurs. Sans doute heureusement pour toi et pour ta vie personnelle, puisque aujourd'hui, tu es un homme libre, tu es un homme heureux, tu es un homme épanoui, père de famille, deux enfants, dont un grand garçon qui excelle dans le Décathlon. Thibaut, tu pourras nous en parler, aussi ta fille et ta femme, Pascale. Mais est-ce qu'aujourd'hui, toi qui as parlé, tu estimes que la société écoute encore les lanceurs d'alerte, comme tu as pu l'être ?
- Speaker #1
Après, ils écoutent, ils écoutent. Après, qu'est-ce qu'ils en font ? Ça, ce n'est pas pareil. C'est sûr qu'ils écoutent. Après, moi, ce qui me désole parfois, c'est que les gens n'écoutent plus le sensationnel que vraiment les solutions. C'est là que ça me pose problème. Moi, quand j'essaie de parler, j'essaie d'intervenir. Tu vois, si on fait aussi ce... Ce podcast, je le fais avec les Templiers, ce n'est pas pour rien, c'est que je sais qu'on a des valeurs partagées. Et je sais que l'objectif, ce n'est pas de faire du sensationnel, l'objectif, c'est vraiment d'essayer d'apporter des solutions, de faire prendre conscience de certaines choses. Et c'est là que ça peut être différent. Faire prendre conscience de certaines choses, je pense qu'aujourd'hui, les gens, soit même d'avoir d'avis sur ce que font les autres, mais ils ont du mal à avoir un avis sur ce qu'ils font. Et ça, la difficulté à s'auto-évaluer, savoir quelle posture, quelle valeur, et jusqu'où je respecte mes valeurs. Je pense que c'est un point sur lequel on doit vraiment travailler et qu'on doit pousser les jeunes à le faire. C'est être capable de s'auto-évaluer et s'auto-apprécier et arrêter de juger tous les autres. Moi, je n'ai jamais jugé les gens qui se dopaient. Aujourd'hui, il y a des équipes qui se dopent peut-être, je ne les jugerai pas. Il y a des trailers qui se dopent peut-être, je ne les jugerai pas. Je cherche juste à comprendre pourquoi pour essayer de permettre à toute personne de faire le choix qui est le meilleur pour elle. Et là-dessus, franchement, est-ce qu'on est entendu ? Oui, entendu, oui, mais suivi des faits, moi, je ne pense pas. pas vraiment, notamment sur le dopage en lui-même peut-être, parce qu'à certains ça fait un peu peur, ça fait un peu peur de dire si je prends un médicament, est-ce que c'est dangereux pour la santé ? Depuis des années, on joue sur cette peur-là, qui à mon avis n'est qu'à moitié fondée. Là, sur le quoi on doit réfléchir, c'est plutôt pourquoi je le fais, sur quelle motivation je le fais, et pourquoi finalement ça m'amène à utiliser des méthodes qui sont plus ou moins légales. C'est là-dessus qu'il faut essayer de faire prendre conscience sur les gens, de se dire jusqu'où je vais aller, pourquoi je le fais, quelle est la motivation ? Tu vois l'exemple dont je prenais tout à l'heure, le mec qui s'énerve en permanence parce qu'il s'entrave et il est cuit, si tu viens sur une course en ça, c'est pour cela que tu viens, c'est pour rechercher ça. Sauf si tu viens finalement pour avoir un t-shirt finisher et le partager sur les réseaux sociaux. Et ça, c'est notre motivation qui peut amener à certaines déviances. Donc, je pense qu'on n'est pas toujours écouté. On est encore moins souvent entendus. Mais par contre, derrière, il ne faut rien lâcher. Et je pense qu'à force de tenir un discours et d'expliquer que finalement, le trail ou d'autres sports, ce n'est pas non plus que de l'existence au regard des autres ou du regard des autres, peut-être qu'on arrivera petit à petit à faire évoluer des mentalités, se dire que non, on a une chance et non. C'est pouvoir pratiquer un sport, une activité physique, se dépasser, souffrir, partager, être en bienveillance, aider. dans un milieu magnifique. Et donc, peut-être qu'il faut recentrer la motivation là-dessus.
- Speaker #0
Alors aujourd'hui, c'est un petit peu ton combat. C'est le pourquoi on court. On en avait aussi parlé avec Éric Lacroix dans un podcast. C'est des vraies questions à la fois physiologiques, comme tu le disais. Si on est cuit au bout de 20 kilomètres et qu'on passe 20 kilomètres à râler, on ne s'est peut-être pas posé les bonnes questions de pourquoi on courait. Et c'est aussi une quête un petit peu philosophique de ce qu'on cherche. Je vais revenir sur 2025 ou à l'initiative de... Odile Baudrier et Gilles Bertrand, les organisateurs historiques du Festival local et Templier, et Odile, qui s'occupe du site SP15, qui dénonce le dopage, et qui est parfois aussi menacé de mort sur certaines dénonciations. Vous initiez une conférence et un partenariat avec l'AFLD, puisque toi, tu travailles aussi beaucoup avec l'AFLD, donc on va dire ce que c'est. L'AFLD, c'est l'Association française de lutte contre le dopage. Est-ce que tu peux nous redéfinir le contexte de ce partenariat et de la conférence que tu avais faite.
- Speaker #1
Oui, alors juste un petit bémol en fait de moi pour l'AFLD, je suis prélèveur antidopage et en aucun cas normalement j'interviens en prévention. La question, puisque moi aujourd'hui je suis quand même agent de l'État au ministère des Sports et chargé de la lutte contre le trafic de produits dopants en Nouvelle-Aquitaine, et également acteur en prévention des conduites. Au début c'était acteur en prévention du dopage, c'est devenu prévention des conduites dopantes et maintenant j'étais en assadie en prévention des conduites déviantes. Parce que finalement, la raison pour laquelle on dévie est la même pour toute déviance. Et là, on s'était calé avec Odile, pourquoi pas faire une conférence et travailler ensemble. Moi, finalement, d'un côté, là c'est plutôt à titre perso, la FND de son côté, qui a des compétences et des soutiens partagés, elle est ampliée et travaille sur une conférence pour essayer de faire prendre conscience aussi bien auprès de grands publics que des sportifs élites de la situation et surtout les sportifs élites du rôle qu'ils avaient à jouer. dans la prévention des conduits déviants. Et c'est là que, ben voilà, Odile m'a demandé si je voulais bien m'associer à cette action. Et ben, tout ce que j'ai dit depuis le début sur le podcast, tu comprends bien que ma réponse a été de suite positive parce que je savais à qui je faisais et que c'est des gens que j'apprécie. Et en même temps, une thématique dans laquelle je me bats depuis plus de 25 ans. Donc, on a, voilà, je dirais qu'on s'est calé là-dessus, qu'on voit la FED apporter un petit peu tout le côté. Régalien, tout le côté réglementation, tout ce qu'il fallait savoir, parce que vous savez que tu sais quand tu parles de prévention, tu n'as qu'un niveau de prévention, tu as la primaire où tu veux éviter que la personne ait envie de se doper, la secondaire, s'il a envie, tu évites qu'il le fasse, la tertiaire, s'il a fait une fois, tu évites qu'il le refasse, et la quaternaire, c'est pour la toxico, on n'est pas concerné en dopage, et donc l'idée c'est que la FLD apporte un peu toutes les infos pour pas que le sportif dise, et bien je ne savais pas, donc aussi bien en termes de réglementation, mais aussi en modalité, déroulement de contrôle, etc. Et moi, tout le côté dont tu as parlé, c'est un petit peu le côté, je ne sais pas, comme je dois dire, un peu philosophique, je ne sais rien, mais en tous les cas, c'est la bascule que j'ai faite il y a 5-6 ans en fait. Moi, je crois qu'aujourd'hui, dans la vie, il ne faut pas contrer quelque chose. Moi, à un moment donné, j'ai voulu me battre contre un système, je voulais changer, j'étais en résistance, j'ai explosé en plein vol. Moi, aujourd'hui, je pense que plutôt que de devoir résister face à des choix, je pense qu'il faut construire une vie qui te permet de ne pas avoir besoin de résister. Et ça, je l'ai découvert il y a quelques années, quand les gens n'arrêtent pas de me dire que j'étais courageux d'avoir fait ce que j'avais fait, ça je ne l'ai jamais compris. Et il n'y a pas si longtemps que ça que j'ai compris que je n'avais pas eu besoin de courage parce que j'étais libre de le faire. Et donc aujourd'hui, quand j'interviens, j'interviens beaucoup sur des facteurs de réussite à la liberté, à l'excellence, au bonheur durable. Comment aujourd'hui on peut faire agir sur plein d'affaires, plein de petites actions qui te permettent finalement d'aller dans la direction où tu veux aller, et surtout d'ouvrir les portes, les portes qui correspondent à tes valeurs. C'est-à-dire ne pas ouvrir des portes par défaut, qui finalement, à un moment donné, tu dois mettre un petit peu de côté tes valeurs, mais justement construire un trajet qui correspond à réellement ce que tu es, et ce que tu veux devenir.
- Speaker #0
Alors, est-ce que le trail connaît justement des déviances qui aujourd'hui te font peur ? Et est-ce que souvent le discours que l'on voit, et qui peut être assimilé à cette pratique, sport nature, sport propre, sport de liberté ? Sport propre aussi, c'est un sport plus organisé par rapport au monde du cyclisme qui est très organisé. Est-ce que le monde du trail est naïf là-dessus ?
- Speaker #1
Ouais, naïf, je pense que ceux qui sont à l'intérieur qui le gèrent ne le sont pas naïf par contre. Donc, le sport en lui-même est naïf, quand tu dis naïf, il est neuf, il est nouveau, il est récent, il n'est pas vieux, il n'est pas ancien, donc il y a plein de choses à construire. Mais par contre, à l'intérieur, il y a de nombreuses personnes qui ne le sont pas naïves et qui savent vers où elles vont. Donc là-dessus, moi je pense que, comme tu disais tout à l'heure, j'organise à côté, moi je suis dans le 13, je suis à Compatent Montagne, j'organise des séjours et je vois pourquoi les gens viennent vers moi. Pourquoi les gens viennent vers nous avec Pascal ? C'est vraiment pour rechercher de la cohésion, de l'épanouissement, de l'évasion. Et je pense que le trail, quand même, à certains endroits, prend une mauvaise direction. Mauvaise direction, je dis, une mauvaise direction pour moi. En tout cas, c'est une direction qui ne me correspond pas. Vu le succès du trail, je pense qu'il correspond à un certain nombre. Mais malheureusement, ça, c'est comme la dernière fois, j'étais sur une conférence avec le recteur de région Nouvelle-Aquitaine. qui clairement disaient, les gens sont pessimistes, etc., comment on doit faire, etc. Ou d'autres qui disaient, il y a tant d'écrans par jour, comment on doit faire pour quand même permettre qu'ils se développent ? Moi, je pense que quand il y a quelque chose qui ne va pas, on fait un constat négatif, on ne doit pas le prendre comme une fatalité. Plutôt que de dire, c'est comme ça et je vais faire avec, moi, j'ai tendance à dire, c'est comme ça, mais peut-être qu'on peut empêcher que ce soit trop comme ça. Et comment on peut agir là-dessus ? Alors aujourd'hui, soit on part dans l'idée que, aujourd'hui, si on veut du succès, sur nos courses et qu'on veut beaucoup de monde clairement si vous apportez beaucoup de visibilité tous les participants vous aurez énormément de monde c'est à dire que si c'est des gens qui savent que s'ils participent ils vont exister au lieu des autres de par des vidéos de par des reportages de par plein de choses c'est sûr vous allez blender votre course par an si vous faites une course il ya peu de visibilité que la personne elle y participe elle fait sa perf mais personne ne le saura vous n'aurez personne c'est bien là le problème ça c'est un constat qu'est ce qu'on fait finalement en tant qu'organisateur est ce que je me dis Je vais dans la première parce que je veux plein d'organisateurs, je veux plein de participants. Ou est-ce que je vais dans la seconde parce que moi, je veux me battre contre ça. On ne fait pas du travail pour exister aux yeux des gens. On ne fait pas du travail pour avoir sa tête sur les journaux ou dans les réseaux sociaux ou dans les autres médias. On fait du travail parce que moi, je veux permettre aux gens de découvrir la nature, apprendre à la respecter, vivre des grands moments de partage, vivre des grands moments d'aide, de bienveillance, etc. Voilà, toute la différence est là. Donc après, comme tu dis, le travail évolue. Après, à l'intérieur, il y a des personnes qui vont évoluer vers deux directions. Est-ce que je suis là pour préserver l'essence même du trade ? Ce n'est pas pour rien que je m'entends bien avec Gilles et Odile. Et à côté de cela, il y a d'autres organisations qui vont chercher la grosse manifestation, être la plus grande au monde et finalement atteindre ensuite des prix de dossard qui sont monstrueux parce que finalement, c'est l'offre de la demande. On n'est plus juste là pour offrir finalement une expérience. On est juste là pour mener une boîte et montrer une entreprise et la faire fonctionner le mieux possible.
- Speaker #0
T'en parlais justement, l'explosion médiatique, l'explosion commerciale, l'explosion mercantile, on peut même dire, de certains événements. Est-ce qu'aujourd'hui, ces explosions poussent forcément certains coureurs à l'automédication ? Et est-ce que finalement, le trail aujourd'hui est suffisamment armé sur le plan de la prévention, mais finalement aussi de la lutte antidopage ?
- Speaker #1
Non, non, il n'est pas suffisamment armé, parce que déjà, je pense que, comme je l'ai vu dans d'autres milieux, dans le circuit où j'intervenais pendant des dizaines d'années dans le vélo ou dans des conférences, souvent, il arrivait toujours la même question en fin de conférence. Oui, mais est-ce que tu ne penses pas que c'est la faute de les fédérations internationales, les gens qui dirigent, qui cachent des affaires ? Moi, je ne crois pas la personne, je lui dis, mais attends, tu n'en sais rien finalement, je ne me pose pas la question que tu te poses. Par contre, toi, tu fais quoi ? La question, elle est là. Ça veut dire que beaucoup de gens aujourd'hui vont dire que ça ne marche pas parce que les institutions ou les gens qui pourraient éventuellement en faire ne font pas, ou ne font pas assez. Mais ces gens qui disent ça, qu'est-ce qu'ils font déjà de leur côté ? C'est là qu'on se fouille un peu plus. On se rend compte que finalement, les mentalités ne sont pas vraiment différentes par rapport aux autres. C'est que chacun, comme je le disais, cherche à exister, etc. Alors oui, aujourd'hui, il y a quand même l'IFLD qui vient de plus en plus pour mettre en place des contrôles anti-dopage. Oui, il y a des organisations qui s'en inquiètent, qui mettent en place des organisations, des informations et tout. Mais si à côté de cela, les gens ne prennent pas conscience que finalement, il y a des raisons et qu'ils dévient en termes de motivation, on n'évoluera pas. On n'évoluera pas. Quand on voit aujourd'hui l'étude, elle est ampliée. Donc l'année passée, il y a eu un accord mené avec l'AFD qui a mis plein de contrôles. Donc c'était super bien. Mais pourquoi on en est arrivé là ? C'est que l'année d'avant... quand même, les Templiers avaient voulu mettre en place un semi-contrôle. J'appelle ça semi-contrôle parce qu'il n'y avait pas de possibilité de sanction. Bref, il y avait un semi-contrôle, c'était avec un dispositif qui s'appelait Quartz. Ils avaient dit, on va analyser les échantillons et voir la présence d'anti-inflammatoires, non séroïdiens dans les échantillons. Et on avait constaté que parmi les élites, un grand nombre étaient positifs à ces AINS, ce qu'on appelle. Mais je veux dire, c'est la même chose sur l'ITMB, c'est la même chose sur tous les autres cours. pas que les sportifs d'élite, qu'on soit d'accord là-dessus, c'est également sur les sportifs de masse, parce que sauf erreur de ma part, il me semble qu'à l'UTMB, on parle de 50 à 60% des participants de masse consommeraient des INS pour l'UTMB, avant voire pendant. Donc là-dessus, ça veut dire que tous ces gens sont prêts finalement à consommer des substances pour améliorer leur performance, donc c'est-à-dire la motivation, c'est-à-dire qu'ils ne vont pas chercher à atteindre leur excellence. Ils vont chercher à paraître excellent aux yeux des autres. C'est toute la différence. Donc, c'est là qu'il y a une vraie déviance au niveau social. Après, là, je parle vraiment de la pratique. Après, il y a un autre aspect qui m'inquiète, voire deux autres aspects. C'est le côté de la place de l'influenceur. L'influenceur, aujourd'hui, tu existes dans ce sport à 50% parce que tu es influenceur et 50% parce que tu es un bon sportif. Donc, déjà, là-dessus, attention à la médiatisation qui amène beaucoup d'argent et qui, du coup, amène les gens à faire des choses pour faire le buzz. Et ça, on peut faire le buzz aussi bien sur de la performance qu'on peut faire le buzz sur autre chose de par son métier d'influenceur. Et la troisième, c'est la mentalité qu'on peut trouver au sein des teams. La mentalité au sein des teams, oui, j'ai eu l'occasion d'intervenir auprès de quelques teams. Et là aussi, ce qui m'inquiète, c'est la place prépondérante des élites, entre guillemets, des stars dans les teams. Aujourd'hui, et là, j'avais pris une claque lorsque j'avais fait une intervention parce que, clairement, j'avais clairement dit à la sortie, j'ai l'impression de me trouver chez Festina. Pourquoi j'avais eu cette impression-là ? Parce que je m'étais retrouvé dans une intervention où finalement, tu avais les stars, un petit peu, qui intervenaient comme s'ils avaient la parole de Dieu et qui expliquaient plein de choses. Et derrière, tu avais, entre guillemets, le manager qui se faisait un petit peu petit et qui était face, je dirais, et là, tu te dis, waouh, mais quel pouvoir a le manager face à cela ? Et là, ça m'a fait peur. Ça m'a fait peur parce que ce n'est pas comme ça que cela fonctionnait. on doit rester chacun dans sa place, si tu es sportif, tu es là pour faire du sport, pour t'entraîner, aller faire des perfs, influenceur aussi, mais tu n'es pas là pour diriger une team, tu n'es pas là pour imposer quoi que ce soit, ça me rappelle un peu Richard Véran, qui ne voulait pas que je sois sur telle course, telle course, qu'il avait même appelé des organisateurs de Criterium pour dire non, non, je ne viendrai pas sur votre Criterium si Christophe Basson est là, donc ça veut dire qu'à un moment donné, on se prend pour des stars, on va au-delà de nos prérogatives, de nos compétences, et juste pour, ben voilà, peut-être, on a la tête qui gonfle en fait.
- Speaker #0
Alors justement, c'était la question, bon tu y as en partie répondu, mais soyons clairs, est-ce qu'aujourd'hui tu vois certains parallèles entre le cyclisme des années, la fin des années 90-2000 que tu as vécu, à la fois en tant qu'amateur et dans les rangs professionnels pendant cette courte durée, et puis aujourd'hui l'évolution du trail avec cette professionnalisation qui existe très peu, puisque très peu de coureurs sont professionnels aujourd'hui, ils sont surtout très, ils s'auto-proclament professionnels mais ne le sont pas. Est-ce que tu vois justement ces parallèles avec des réseaux d'influence, des réseaux de modification, la puissance des réseaux sociaux ?
- Speaker #1
Ah oui, honnêtement, les vrais, ceux qui ont adoré le trail, qui ont découvert le trail il y a 20 ans, qui va te dire aujourd'hui que ça a évolué de manière positive ? On se sent clair là-dessus. Tous les gens que je rencontre, ils me disent tout de même chose. Ils ne retrouvent plus leur place dans le plein de courses aujourd'hui. Ils ne trouvent plus ça. C'est-à-dire que des gens, ils vont sur des courses aujourd'hui, les gens, ils vont tout dans les oreilles, personne ne se parle, etc. Les gens, avant, ils n'allaient pas pour ça. Il allait pour se dépasser, mais il allait aussi partager des moments, des bons moments, des moments de douleur, plein de choses. Aller chercher du dépassement, aller voir des paysages, aller voir plein de choses. Aujourd'hui, on n'est plus du tout comme ça. Aujourd'hui, tu es sur du look, je veux dire, tu veux bien paraître sur les photos, tu vas poser ta caméra pendant l'entraînement, tu vas faire 10 passages pour faire une belle petite vidéo que tu vas partager sur les réseaux sociaux. Excuse-moi Fred, mais quand tu vas courir en montagne, tu te fais chier à poser une caméra, à te filmer 10 fois pour que la vidéo soit parfaite et à la mettre sur les réseaux sociaux. C'est ça vraiment, tu vas dégager la nature. Non, je crois qu'on dévie complètement de la pratique. Après, ça devient un métier, ça devient quelque chose où les gens existent à travers ça, c'est mieux pour eux. Mais après, on ne peut pas dire que finalement, qu'on ne dise pas, on va faire ça, mais il n'y aura pas de déviance. Automatiquement, on ouvre la porte à plein de déviances. Et là, je parle de ça, mais également, comme je dis, les moyens aujourd'hui financiers, les salaires dont on parle pour les élites ont énormément augmenté. Après, comme je vous dis, ce n'est pas illogique non plus. Si tu prends un François Lahenne, le nombre de chaussures qu'il fait vendre par rapport à un Kevin Maillard, le nombre de chaussures qu'il fait vendre, il n'y a pas photo. Le poids économique d'un François Lahenne est bien plus important qu'un Kevin Maillard. Pour autant, l'autre, il est recommandé au Mondial du Décathlon. Mais pour autant, le nombre de pratiquants, etc., n'est pas le même. Mais je pense qu'on est également très débordé par cet excès de pratiques qui fait qu'on fait rêver finalement. On fait rêver des gens, donc ça c'est un point positif, parce qu'on se dit qu'on pourrait mettre plein de gens à la pratique, et on le voit aujourd'hui, il y a beaucoup de gens qui pratiquent le trail. Pour autant, on n'est pas prêt aujourd'hui pour sécuriser la pratique. Moi j'attends encore un bilan déjà de 2026 au nombre de décès qu'on peut avoir sur des courses aujourd'hui, et on va vraiment pouvoir se poser des questions, parce que les gens ne participent pas à des courses.
- Speaker #0
ne choisissent pas leurs courses en fonction de leur capacité, ils choisissent des courses en fonction des courses qui vont les faire exister. Et là, on est totalement à l'opposé du sport. Moi, on m'a toujours appris dans le sport, c'est la progression, progression. C'est-à-dire, je pars d'aptitudes qui sont ceux avec lesquels tu es, tu as appris des capacités et ensuite, en fonction de la différence entre aptitudes et capacités, tu arrives à peu près à avoir ta marge de progression. Et derrière, tu vois jusqu'où tu peux aller. Et il y a vraiment des items qu'on doit respecter dans l'entraînement, l'individualisation. Et il y en a un particulièrement, c'est la progressivité dans l'entraînement. Et dans les courses. Et ça, pour autant, aujourd'hui, d'ailleurs, moi, je suis extrêmement choqué, excusez-moi d'en parler là, mais je voudrais connaître la réelle motivation de vouloir montrer que des gens qui ne courent pas, on leur fait faire un 100 kilomètres, un 100 miles en un an et demi. Ça, ça m'interpelle beaucoup parce que j'espère finalement qu'on va prouver qu'on n'y arrive pas. Parce que si on commence à y arriver, on va aller encore droit dans le mur.
- Speaker #1
Alors on parlait de toutes ces dérives, l'accord, le partenariat entre l'AFLD et les Templiers sera renouvelé pour 2026, c'est important de le noter. Je voulais aussi qu'on parle des objectifs de moyens, parce qu'aujourd'hui faire une politique antidopage c'est l'État français qui paye. Tu le disais tout à l'heure, le programme Quartz c'était un programme un peu privé qui n'avait aucune légitimité pour en tout cas sanctionner. officiellement et qui pouvaient même se faire attaquer. C'était d'ailleurs une des problématiques du festival auquel est amplié, c'était de ne pas pouvoir sanctionner parce qu'il pouvait aussi avoir des recours de la part de certains coureurs. Aujourd'hui, la FLD a autorité pour sanctionner, mais aujourd'hui, ils ne peuvent pas non plus tout faire parce que le contrôle antidopage, ça coûte cher.
- Speaker #0
Oui, le contrôle antidopage, il faut imaginer que rien que l'analyse normale d'un échantillon, et là, je suis resté encore il y a 4-5 ans, Une simple analyse, c'est 230 euros, je crois. Si tu vas chercher le PO, tu montes déjà à 420 ou 430 euros. À cela, tu dois rajouter le transport des échantillons, tu dois rajouter, bon bref, plein de choses, le préleveur, il y a plein de choses. Donc oui, le coût du contrôle est très, très élevé. Par rapport à tout ça aussi, il faut dire qu'aujourd'hui, la FLD contrôle le dopage, elle ne contrôle pas les conduites au pente. Et c'est là qu'il y a un petit bémol, et là, je trouve qu'il y a un réel manque là-dessus, et c'est toujours de la prévention, ça veut dire... que oui, l'AFD va mettre des contrôles, mais elle ne va pas chercher les INS, les anti-inflammatoires non séruidiens. Et pour ça, on sait qu'il peut y avoir du danger à les utiliser, et qu'ils sont beaucoup utilisés. Donc ça veut dire qu'aujourd'hui, en mettant une réglementation, comme on le fait globalement, c'est le système des radars sur la route. Aujourd'hui, on n'est plus dans l'idée que c'est limité à 130. Aujourd'hui, les gens, dans leur tête, ils savent que c'est limité à 130 quand tu passes devant le radar. Et s'il n'y a pas le radar, tu peux rouler à 150. Et au final, c'est ce que tu vois souvent sur les autoroutes. Les gens, ils roulent à 150, 160, le radar, il ralentit. et il réaccélère après. Et donc, quand tu mets quelque chose d'interdit, ça veut dire que tout reste autorisé. Et c'est bien là le problème. Ça veut dire qu'aujourd'hui, on est capable de contrôler le dopage, de rechercher toutes les substances, quasiment toutes les substances interdites. Par contre, étant donné que les autres, on ne les recherche pas, dans l'idée des gens, c'est bon, on peut y aller, on peut le faire sans problème. Et pour autant, je prends l'exemple des gels. Aujourd'hui, tu dois choisir tes gels si tu ne veux pas de caféine dans tes gels. Il y a 15 ans, la caféine était un produit qui amènait une substance dopante, il était sur la liste, tu étais positif, tu prenais 3 ans de suspension parce que tu étais contre le positif à la caféine. Aujourd'hui, non, c'est banal. On utilise la caféine au taquet. Et j'aimerais savoir la quantité de caféine qu'utilisent certains coureurs sur les courses. C'est complètement ahurissant. Alors oui, on parle des INS, parlons de la caféine, parlons de la taurine, parlons de la nicotine, parlons de plein de choses qui aujourd'hui peuvent être utilisées à des fins de performance, mais j'oublie sans parler de tous les... toutes les supplémentations ou les médications qui peuvent y avoir à côté, les antidouleurs, etc. Donc, voilà, moi, c'est ce point-là qui m'inquiète beaucoup parce que finalement, tu utilises un seul produit lourd. Moi, comme je dis avant, et je provoque quand je dis ça, mais avant, quand je dis que je fais Sina, les mecs, ils prenaient de l'EPO. L'EPO, c'est un produit lourd qui est super efficace. Mais aujourd'hui, si tu veux autant d'efficacité, peut-être que tu peux utiliser 15 produits à côté qui sont autorisés. Et l'accumulation des 15 va peut-être être équivalente à l'utilisation d'un seul EPO. Mais en termes de danger, d'empoisonnement du corps, je me pose vraiment la question. Oui,
- Speaker #1
parce que c'est ça aussi, c'est qu'il y a une vraie question aujourd'hui de danger pour la santé. C'est-à-dire qu'on peut être fort sur les réseaux sociaux et trois jours après, faible à l'hôpital.
- Speaker #0
Exactement. Et ça, c'est un vrai souci. Il faut savoir que l'agent mondial de Thilopage n'a pas comme objectif de préserver la santé des sportifs. L'agence mondiale anti-dopage, c'est préserver l'équité sportive. Alors, fort heureusement, en France, on a quand même un ministre, un gouvernement, avec un ministère, etc., un ministère de la Santé, un ministère des Sports, qui est attentif à ça, donc qui met à côté des actions. Mais ça, c'est fonction des pays. Et la FED, étant donné qu'elle touche une grande partie de subventions de l'État, ça veut dire qu'elle se doit aussi quand même de mettre en place des actions demandées par le ministère. Donc, on agit aussi sur la santé. Mais là, c'est un vrai problème parce que le contre-anti-dopage, il n'est pas fait pour préserver la santé des sportifs. Dans ce cas-là, on interdirait plein de choses, d'accord ? Non, non, il est là pour préserver l'équité sportive. Et d'où d'ailleurs le petit parallèle des jeux qui vont avoir lieu bientôt. Là, vous savez, les jeux où tout est permis. Clairement, le mec, il dit, attendez, vous voulez des jeux où l'équité sportive est préservée ? Ok, moi, je permets tout. Comme ça, tout le monde est à l'arme égale. Je trouve que c'est quand même un pied de nez plutôt intéressant. Il démontre que si vous n'êtes pas capable d'être super efficace 100% en termes de contrôle, la meilleure solution pour avoir de l'équité sportive, c'est que tout soit autorisé. Au fond, il n'a pas tort. Pour autant, je suis complètement contre, bien sûr, cet événement. Et quand même, j'ai une curiosité de savoir si les records mondiaux seront battus, parce que là, on pourra quand même poser pas mal de questions. Mais en tout cas, la santé, c'est un vrai problème. Et puis, quand on parle de santé, attention, la santé, c'est l'équilibre entre le bien-être physique, mental et social. Donc, quand on parle de santé physique, tout ce système aussi qui est autour du travail où des gens deviennent des stars juste parce qu'ils communiquent sur Internet et les réseaux sociaux, le jour où ils ne sont plus rien, ils sont au fond du trou. Et là, on parle de mental, on parle de social. Alors oui, c'est vrai qu'en France, on est bien accompagnés. On est bien accompagnés sur le plan mental, social et encore plus sur le plan physique. Parce que si on ne l'était pas, d'ailleurs, je pense qu'il y a de nombreuses personnes qui ne pouvaient pas bénéficier de trois semaines ou un mois de kiné à la sortie de l'UTMB, s'arrêteraient bien avant l'arrivée.
- Speaker #1
Et je vais me permettre un petit pas de côté aussi. C'est que dans le monde du trail, on a quand même très, très peu de stars. Il y a beaucoup de gens qui peuvent se balader chez toi à Bordeaux, à Marseille, à Paris ou même à Chamonix en étant des… gens connus dans le monde du train, mais complètement inconnus dans le monde extérieur. Donc, il faut aussi que certains parfois se remettent dans le contexte de qui ils sont.
- Speaker #0
Ah ouais, là, 100% d'accord. Je pense que le problème, c'est qu'une fois de plus, tu sais les réseaux sociaux, comment ça fonctionne. Tu mets des posts, tu as des likes, tu as l'impression que tout le monde te regarde. En réalité, les seuls posts que tu reçois, c'est ceux que l'IA a compris qui t'intéressait. Donc, tu as l'impression que le monde tourne autour de toi, mais en réalité, tu n'as rien du tout. Et c'est là que justement cette descente aux enfers dont je te parlais… Quand aujourd'hui tu es trailer, etc., tu es connu, tu as l'impression que le monde entier te connaît, quand tu n'es plus rien, tu te rends compte que finalement tu n'es rien du tout, tu ne deviens plus rien déjà dans le trail, et en plus tu es encore moins quelque chose dans le monde général. Et ça c'est vraiment, tu retombes bas, et ça c'est difficile. Et donc quand on parle de santé, ce dont tu parles Fred, je pense que c'est la santé physique, mentale et sociale, et il faut le voir dans la globalité. Dans la globalité, les gens ont l'impression de faire le bon choix pour eux, pour leur santé. Oui, c'est vrai. À l'UTMB, ils se détruisent physiquement. À l'UTMB, où notre ultra-trail est, excusez-moi, mais dans un ultra-trail, ils vont se détruire physiquement. Par contre, le lendemain, mentalement, socialement, ils sont bien, puisque socialement, ils ont leur débardeur finisher et tout le monde les voit comme des gens qui ont terminé la course, donc ils sont contents. Et en même temps, ils ont réussi leur défi. Mais comment seront-ils dans 20 ans, 30 ans ? Je n'en sais rien, vu, étant donné qu'ils ne respectent pas la progressivité et qu'ils y vont d'un coup, parce que c'est la seule manière pour exister. Donc là-dessus, on n'a pas de recul aujourd'hui du trail. On n'a pas de recul vers quoi t'amènes le trail. On n'a pas de recul vers quoi t'amènes l'excès d'activités, d'entraînement en trail ou de course. Et ça, on le saura peut-être que dans quelques années. Moi, honnêtement, de mon côté, j'ai quelques craintes. J'ai quelques craintes parce que des gens existent à travers ce qu'ils sont capables de faire ou ils se donnent les chances de faire. Et pour autant, la méta, ils ne le feront pas. Et comment vont-ils le vivre ? J'en sais rien.
- Speaker #1
On a parfois du mal à le savoir. Je partage tes propos, Christophe, parce que c'est vrai qu'on connaît les élites, ceux qui sont médiatisés, ceux qu'on côtoie régulièrement. Mais il y a aussi plein de coureurs anonymes qu'on ne côtoie pas et qui sont au moins noyés au cœur du peloton et qui disparaissent pour les raisons que tu viens d'invoquer, à la fois pour des problèmes de santé, des problèmes familiaux, des problèmes professionnels qu'on ne voit pas et on n'a pas vraiment de recul là-dessus.
- Speaker #0
C'est justement là-dessus, tu vois, quand tu parles d'esprit libre, on est exactement là-dedans. Ça veut dire que c'est des gens qui se mettent prisonniers de système, prisonniers d'une reconnaissance des autres, prisonniers d'un besoin de performance, prisonniers de plein de choses. L'esprit libre, ce n'est pas ça, en fait. L'esprit libre, c'est dire, ben voilà, moi, je fais vers où j'ai envie d'aller, vers où j'ai envie d'aller, sans pour autant avoir de préoccupations, de dire, lui, il ne va pas me voir, etc., etc. Donc, c'est bien plus que ça.
- Speaker #1
Alors, on va arriver justement au bout de ce premier numéro de Esprit libre des Templiers. quel trail tu aimerais voir en 2030 et pourquoi pas en 2035 à l'échéance 10 ans ? Ça serait quoi la photographie idéale pour toi ?
- Speaker #0
La photographie idéale pour moi, le trail, c'est un petit peu, tu vois, c'est un petit peu, tu arrives dans un village, tu as un départ, tu prends une puce où on peut te tracer, tu pars, tu as un tracé, tu as un parcours, tu pars à l'heure que tu veux. Tu as un créneau, bien sûr, pour partir. Tu pars en totale autonomie. avec bien évidemment des points de sécurité au cas où. Et tu pars baigner dans la nature. Si tu veux partir avec un groupe, tu pars avec un groupe. Si tu veux partir solo, tu pars solo. Et ensuite, tu as une boucle à faire. Au final, tu es chronométré, mais tu as une totale autonomie. Tu pars peut-être avec ton sac de 6, 7 kilos. Et c'est peut-être sur... Mais idéalement, c'est partir sur une épreuve qui te fait vivre le jour et qui te fait vivre la nuit. Voilà, globalement. Et tu arrives et puis finalement, moi personnellement, j'ai peut-être participé à cette course avec mon épouse. Et puis, pourquoi pas, avec mes enfants, je retrouve les gens que j'apprécie à l'arrivée.
- Speaker #1
Très bien. Merci, Christophe. J'imagine qu'il y aura une conférence au Templier 2026, comme tu l'avais fait l'an passé, peut-être un peu différente sur d'autres thématiques.
- Speaker #0
Je ne sais pas encore, on n'en a pas parlé avec Odile, je ne sais pas encore s'il prévoit une conférence ou pas, donc on va voir, mais en tout cas moi je serai toujours partant.
- Speaker #1
Donc on pourra te retrouver sur le festival Ausha et Templiers 2026 à Millau fin octobre, et puis si on veut partager aussi des moments plus intimes en montagne, t'organises des séjours avec ta femme Pascale, yoga et trail dans le Cantal, dans les Pyrénées, aux Pays Basques, donc il suffit juste d'aller sur ton compte Instagram. et puis de partager ces moments. Et d'ailleurs, tu es aussi, et ça c'est important parce qu'on en parle aussi souvent, tu es titulaire du diplôme d'État du DE d'alpinisme avec l'option accompagnateur en moyenne montagne. J'ai tout dit ?
- Speaker #0
Oui, mais tu vois, excusez-moi, j'en profite pour agir parce que tu vois, ce qui m'interpelle beaucoup aujourd'hui dans le train, c'est qu'il y en a plein qui vont t'expliquer des valeurs en termes de dopage et tout, qu'il ne faut pas tricher. Et pour autant, à côté, je suis là aussi pour défendre un peu le métier. C'est qu'à côté, je vois plein de sportifs de haut niveau qui font des stages, qui proposent des stages rémunérés, qui se font payer, qui ne sont pas diplômés. Et je dis que quand aujourd'hui, tu n'es pas capable d'être dans les clous en tant qu'entraîneur, éducateur ou coach, tu as sûrement des chances aussi de ne pas être dans les clous dans le reste.
- Speaker #1
Alors, je ne voulais pas te lancer là-dessus parce que je sais qu'on peut repartir pour 40 minutes. Mais merci d'avoir passé le message parce que je sais que c'est aussi un message qu'on partage souvent en off tous les deux. Merci Christophe. Bon été !
- Speaker #0
Avec plaisir !
- Speaker #1
Et puis on se retrouve du côté du Festival Ausha et Templier au mois d'octobre. Merci, à bientôt !
- Speaker #0
Merci, avec grand plaisir, ciao !