Speaker #0Avant de parler d'amour, prenons le temps d'arriver ici, pas seulement avec l'esprit, mais avec le corps. Sentez vos appuis, votre respiration, le poids de votre présence. Nous passons une grande partie de notre vie à être ailleurs. Ailleurs que dans ce que nous ressentons. Ailleurs que dans ce que nous vivons vraiment. Et souvent, nous aimons de la même manière. Ailleurs. Avant même d'aimer quelqu'un. Nous cherchons déjà à fuir quelque chose. Le silence, le vide, la solitude. Alors je te pose cette question, doucement. Quand tu es seul, est-ce que tu te sens abandonné ou simplement présent ? Parce que l'amour commence là, dans ce rapport intime que tu entretiens avec toi-même, quand il n'y a personne pour te distraire, le manque que nous appelons amour. Très tôt, nous avons appris que l'amour pouvait se retirer par un regard qui se détourne, par une absence ou un silence. Alors, sans même nous en rendre compte, nous avons commencé à aimer avec prudence, à aimer en nous adaptant, en surveillant. Quelque chose en nous a compris que pour être aimé, il fallait parfois se modifier, être soit plus calme, soit plus fort, plus intéressant et moins dérangeant. Et cette adaptation est devenue une habitude. Puis... Un jour, quelqu'un arrive et tout à coup, quelque chose se détend. On respire mieux, on se sent vu, reconnu, choisi. Et on se dit, c'est ça, c'est enfin ça. Mais ce que nous ressentons en ce moment-là, Ce n'est pas encore véritablement de l'amour, c'est le soulagement. Le soulagement de ne plus être seul face à soi-même. Et ce soulagement est puissant, addictif, parce qu'il calme une douleur ancienne. Alors nous nous attachons, pas à l'autre tel qu'il est, mais à ce qu'il fait taire en nous. à ce qui nous fait ressentir au plus profond. Attachement et peur de perdre. L'attachement commence rarement par une grande peur. Il commence par un léger déplacement intérieur. On commence à attendre, à espérer, à vérifier. Un message non reçu et l'esprit s'agite. Un silence et le cœur se serre. Ce n'est pas l'autre qui est menaçant, c'est ce que son absence réveille. La dépendance affective. La dépendance affective, ce n'est pas aimer trop fort. Ce n'est plus savoir revenir à soi sans l'autre. Quant à paix dépend, quant à joie dépend et quant à valeur dépend. Alors la liberté de l'autre devient inquiétante et parfois c'est la liberté de l'autre. le vouloir, on commence à restreindre. Pas par méchanceté, mais par peur. Ah la peur ! Mais pose-toi cette question honnêtement. Est-ce que je veux être aimé ou est-ce que je veux être rassuré ? Parce que ce sont deux choses très différentes. Parfois on cherche quelqu'un, on attend de rencontrer quelqu'un, on souhaite rencontrer quelqu'un. Juste parce qu'on se sent seul et qu'on a peur de se retrouver face à nous-mêmes, face à notre solitude. face à nos émotions, à nos peurs, à nos frustrations, à nos lacunes. Et on espère, on regarde, on attend, on supplie, soit le bon Dieu ou la bonne étoile, de pouvoir enfin rencontrer son âme sœur. Comme si nous étions incomplets. Et que l'autre viendrait combler quelque chose qui, depuis toujours, nous dérangeait. Comme s'il y avait dans la présence de l'autre une guérison salutaire de nos blessures, de nos difficultés, de nos manquements, de notre vide. Mais alors, on se demande... L'autre est-il véritablement un salut ? La fusion est séduisante parce qu'elle promet la sécurité, ne fait plus qu'un, tout partager, ne plus être séparé. Mais toute fusion demande un renoncement à une part de soi, à un rythme, à une vérité intérieure. Petit à petit, on se tait là où on devrait parler, on s'aide là où on devrait se respecter. Et un jour, sans événement particulier, on se sent à l'étroit. Ce n'est pas l'amour qui fait mal, c'est l'abandon de soi au nom de l'amour. Parce que, dans le regard salutaire de l'autre, Dans la présence tant attendue et désirée de l'autre, on commence à ressentir une gêne. On commence à remarquer ses faiblesses, ses problèmes, ses manquements. Et finalement, on n'est plus à l'aise. On commence à se dire, peut-être que je ne l'aime pas. Peut-être que je ne l'ai jamais aimé. Peut-être que c'est ça la question. Peut-être qu'on aimait justement et uniquement que les éléments qui venaient combler quelque chose en nous et porter par cet élan, nous pensions aimer. L'amour conscient ne demande pas que tu te réduises pour être choisi, il t'invite à être entier. Revenir à soi, ce n'est pas devenir froid, ce n'est pas non plus se fermer, c'est apprendre à être présent avec ce qui est, avec le manque, avec la solitude et l'inconfort. Quand tu ne fuis plus ces espaces, ils cessent d'être tes ennemis. Ils deviennent des passages. Tu découvres que tu peux être seul sans être abandonné. Et quelque chose se réorganise. Tu n'aimes plus pour être sauvé. Tu aimes pour partager. La liberté n'est pas l'opposé de l'amour, elle en est la condition. Un amour sans liberté n'est pas un amour sans liberté. Il devient une cage douce. L'amour conscient dit, je te choisis sans te posséder. Il dit aussi, je me choisis. Deux êtres capables d'être seuls qui décident d'être ensemble. Non pas peur, mais par élan. Alors quand tu aimes, en te choisissant, En ayant appris à vivre seul, à t'aimer toi-même d'abord, en sachant que dans l'autre je ne recherche pas ma guérison ni mon salut, tu aimes de manière plus lucide. Si tu ressens aujourd'hui de l'attachement, de la peur, de paître, de la dépendance, ne te juge pas. Écoute, ces émotions te montrent simplement l'endroit où tu as été oublié et où tu t'es oublié. Alors reviens, pose une main sur ta poitrine et respire. Et rappelle-toi. La relation la plus importante de ta vie est celle que tu entretiens avec toi-même. Quand tu deviens un espace habité, l'amour n'est plus une demande, il devient un choix, deux entiers et non plus deux moitiés.