Speaker #0Je m'appelle Armel Dete, j'ai 58 ans. Je suis productrice audiovisuelle et je viens de sortir mon premier livre qui s'appelle « Merveilleux Abandons » aux éditions Jouvence. Alors si j'ai écrit ce livre, c'est parce qu'il était fondamental pour mon équilibre, parce que je suis un enfant qui a été abandonné à la naissance, adopté assez tardivement et j'ai passé mon temps... À la poursuite de savoir qui j'étais, quelle était la vraie personne qui vivait en moi et pourquoi j'avais ce besoin d'être vraiment l'enfant de mes parents adoptifs et pourquoi en fait je vivais très mal le fait d'être né sous X. Donc j'ai écrit ce livre pour vraiment raconter en toute honnêteté, en transparence, cette quête identitaire et un peu témoigner que l'abandon n'est pas le problème, l'adoption non plus. C'est tout le secret qui existe autour. Impalpable, sibylline, énigmatique pour les humains qui me classent dans la catégorie des hypothèses, je suis l'antimatière par excellence. C'est autre chose qui définit l'être dans toutes ses dimensions. Ce souffle de vie, indispensable à toute existence. Si proche du divin, tout ne devrait être que jubilation. Pourtant, il n'en est rien. Sans main, sans bouche, incapable de bouger ou de sentir la moindre odeur, je n'ai pas de poids. Pas la moindre ébauche d'un corps charnel n'est en vue. Pourtant, quelque chose en moi veut mordre dans une pomme, entendre une porte claquer, Ou bien sentir le froid d'un carrelage sous des pieds nus. Totalement tenu en échec par les sphères terrestres qui m'ignorent, je déprime. Alors quand j'ai commencé à écrire ce livre, il m'est arrivé un truc assez particulier. J'étais devant ma feuille blanche et j'étais assez fatigué. J'avais fait une nuit blanche et en fait je me suis endormi. j'ai fait un songe incroyable. Je me suis retrouvée dans le ventre de ma mère adoptive. Et en réveillant, je me suis dit voilà, c'est vraiment... La vie est bien faite, c'est une idée incroyable. Et il faut que je donne la parole à ce petit fœtus que j'ai été, que personne ne pourra jamais me raconter. Pas ma mère biologique et évidemment pas du tout ma mère adoptive. Aucune personne ne peut aussi me raconter cette grossesse parce que ma mère m'a abandonné. À peine je suis sortie de son ventre, on nous a séparés. Et j'ai pris la décision de faire parler ce fœtus parce que je trouve ça absolument incroyable d'imaginer que tout fœtus a une conscience et qu'en fait si on avait le don de la parole, on pourrait raconter ce qu'on vit à l'intérieur de notre mère, parce qu'on a des sensations, parce qu'en fait on ressent tout ce qu'elle ressent. Donc j'ai pris ce parti pris qui est assez, on va dire, original pour vraiment permettre à mon lecteur et permettre à toute personne qui se pose la question du bébé qu'il était dans le ventre de sa mère de se plonger en lui et d'aller essayer de retrouver des sensations qui, quand on fait un peu de méditation, on n'oublie pas. Je suis donc un bébé né sous X, ce qu'on appelle une née sous X. Ça veut dire qu'en fait, ma mère de naissance ne m'a pas reconnue. ne m'a pas laissé de prénom et n'a donné aucune information sur qui elle était, les conditions dans lesquelles j'ai été mis en route, enfin conçu, et les raisons pour lesquelles elle n'a pas pu me garder. Et j'ai évidemment, à part ma date de naissance, mon heure de naissance et mon lieu de naissance, aucune information sur la façon dont je suis née. Et je n'ai pas de carnet de santé, j'ai zéro information. Donc en fait, un enfant né sous X, c'est un enfant qui démarre sa vie que le jour où il est adopté. En fait, tout ce qui existe avant l'adoption a été effacé. Et vous n'êtes quelqu'un qu'à partir du jour où vous avez été adopté. Donc moi, j'ai été adopté à 6 mois. Et tout ce qui s'est passé avant, en fait, je ne le sais pas. On ne peut me raconter mon histoire qu'à partir du moment où papa et maman étaient dans ma vie. Donc en fait, un jour, je prends la décision de rencontrer, enfin de chercher ma mère biologique, ma maman de naissance, et je la rencontre. Et au début, en fait, elle... Elle ne veut pas me dire les circonstances dans lesquelles elle est tombée enceinte. Et les 2, 3, 4, 5 fois où on se voit, je sens qu'elle me raconte un peu n'importe quoi. Donc je coupe les ponts, je laisse passer 20 ans et je reste avec cette information très particulière. Elle me dit qu'elle est tombée amoureuse d'un homme et je ne comprends pas très bien qui est cet homme. Et à chaque fois, les versions sont différentes. Et puis quand je... Je sais que mon bouquin va être édité, j'ai très envie d'aller lui donner. Et je reprends contact avec elle et elle décide de bien vouloir me rencontrer. Donc on se voit chez elle, elle habite en Auvergne. On a toutes les deux vieillies, on est des femmes, on va dire, beaucoup plus mûres qu'à l'époque. Parce que voilà, c'est important que vous sachiez que ma mère m'a eu à 15 ans. Et donc la première fois où je l'ai rencontrée, j'avais 29 ans et elle avait 44 ans. Donc, on était un peu toutes les deux des gamines. Donc là, je suis assise devant elle, et puis en fait, elle va m'expliquer qu'elle a été un enfant abandonné, elle aussi, abandonné à 9 ans par son père, parce que sa mère était partie, elle s'était enfuie avec un homme. Donc, elle vit dans un foyer, et assez rapidement, une fois qu'elle m'a expliqué ça, elle me dit, en fait, les circonstances de ta conception sont beaucoup plus compliquées. J'ai été violée à 14 ans, j'ai dû m'enfuir du foyer et je t'ai attendue seule dans un hôtel maternel parce que j'étais à la rue. Et là, en fait, mon monde s'effondre. Je me mets à fond dans l'arme devant elle et je lui dis « Mais Juanita, pourquoi tu m'as jamais dit tout ça ? » Et elle me dit « En fait, j'avais tellement peur de ta réaction, l'histoire est tellement épouvantable que... » Ça rajoutait en plus à l'abandon quelque chose d'atroce. Donc je la remercie, on continue à papoter, puis en fait je pars. Et après je roule, je roule, je suis à trois heures de chez moi. Et c'est vrai que là je pleure beaucoup, je réalise qu'en fait ça m'explique beaucoup de choses sur mes états d'âme, la façon dont j'étais violente avec moi-même, avec les autres, dans mon rapport, l'énorme colère que j'avais en moi. Et je me dis en fait, oui elle a vécu beaucoup de violence. Elle s'est aperçue qu'elle était enceinte de moi qu'à six mois. Je ne sais pas si elle a continué à faire violer ou agresser par cet homme. En tout cas, elle m'a attendue toute seule. Et vraiment, là, je prends conscience que je portais quelque chose en moi de très violent et que ça avait eu un impact sur ma façon de concevoir le rapport à l'autre, aussi le rapport aux hommes. Et ça m'apaise en fait, c'est quelque chose de très particulier parce qu'au début j'ai beaucoup de colère, tristesse et puis plus je roule, plus je roule, plus je m'aperçois qu'en fait tout ça n'a pas beaucoup d'importance. Que oui je suis né, je suis conçu par une agression, que je suis un accident, mais en fait je me sens une femme de 58 ans tellement heureuse et tellement épanouie dans ma vie et j'aime tellement la vie. qu'aujourd'hui tout ça n'a pas d'importance et j'aime à dire qu'on n'est pas le résultat de notre conception, on est ce qu'on a envie d'être et aujourd'hui j'aime la femme que je suis, je suis fière de qui je suis et tout ça n'a pas d'importance mais ça explique la violence et les rapports humains difficiles que j'avais avec les autres. Les yeux fermés Les genoux contre le sternum de ma mère, j'ai les poings complètement serrés. Depuis quelques heures, une impression bizarre me tient le ventre. Des ombres rondes, rosées et diffuses, dansent autour de moi. Mon environnement n'est plus du tout le même. Malgré mon temps spatial et temporel très confus, je ne peux pas ignorer ce qui se trame. J'ai la tête en bas, coincée dans un canal étroit et noir. Une terreur profonde vient de m'envahir. Cette vie à venir vaut-elle le coup ? Oui, car au bout de ce tunnel, tout peut basculer. La dimension de mon espace utérin me fait si mal que je réalise qu'il va bien falloir accepter quitter cet endroit que j'aime. À cet instant très précis, il m'est impossible d'avoir le recul nécessaire pour savoir si je dois sortir ou non. « Suis-je capable de vivre ailleurs ? Quitter cette vie éthérine me fait si peur. Suis-je bien fini ? Bien incapable d'imaginer mon futur et de lui donner telle ou telle orientation. Je dois me rendre à l'évidence, me remettre à cette croyance spontanée qu'elle a confiance, serait très sage. » Alors c'est sûr aujourd'hui que quand je relis ce passage, c'est extrêmement émouvant pour moi. Et ça me fait comprendre à quel point les premières secondes de la vie d'un bébé sont fondamentales. Et j'aime à dire en fait, un nouveau-né quand il vient au monde, il est fait pour être aimé, il est fait pour être l'enfant d'eux. Et quand vous êtes abandonné comme ça, en fait, vous n'avez aucune raison d'être, vous ne comprenez pas. Et je pense qu'à l'intérieur de chaque enfant abandonné, c'est... C'est un tsunami, c'est comme, j'aime dire, Gargamel qui arrive dans le village d'Estromphe et qui fout un coup de pied qui détruit tout. On est explosé façon pulse à l'intérieur de nous, on est dissocié, on est ravagé. Et donc oui, quand je relis ce passage, pour moi, c'est une certitude que l'enfant pense ça et c'est une certitude que j'ai ressenti ça. En écrivant « Merveilleux Abandon » je ne vous cache pas que ça a été difficile à la fois c'était beaucoup de bonheur ce qui m'a permis d'écrire Merveilleux Abandon mais les émotions qui remontaient beaucoup étaient au départ beaucoup de colère beaucoup de questionnement beaucoup d'incompréhension par rapport au fait que l'adoption plénière efface tout le bébé et tout ce que vous êtes avant donc en fait au début de mon livre je suis vraiment Une personne, j'ai commencé à l'écrire il y a 4 ans, je suis une jeune femme, je suis une femme mûre, j'ai 50 ans, et en fait je suis au départ vraiment dans la colère, l'interrogation, pourquoi ce système d'adoption plénière existe, pourquoi c'est que la maman de naissance qui décide de mettre au monde un enfant sans lui donner le nom, sous X pourquoi on privilégie La mère de naissance n'a pas le droit de l'enfant à connaître son histoire. Et puis petit à petit, en fait... Le fait de re-raconter mes rencontres avec ma mère de naissance, de me voir moi en tant que maman, et puis d'aller au fond de mon âme et de prendre conscience de la femme que je suis, de plus en plus il y a des émotions de joie qui arrivent parce que je regarde toute cette vie et toute cette évolution et toute cette richesse que j'ai grâce à mon adoption et petit à petit je... Je réalise que c'est comme une seconde chance et que le geste de Juanita, cette maman de naissance, il est extraordinaire et c'est une deuxième chance. Et en fait, elle m'a donné, elle m'a confié. Petit à petit, la notion d'abandon disparaît et l'émotion de colère. Et j'ai beaucoup de gratitude qui arrive. Puis je m'aperçois que mes parents adoptifs ne sont plus là, que je les aime infiniment. Et que si je suis cette maman debout, si je suis cette femme debout, c'est grâce à leur éducation. Et puis petit à petit, je comprends que ce que j'ai vécu, je devais le vivre en fait. C'est que j'ai un message à passer et que je suis prête à porter cette histoire pour témoigner et dire qu'en fait, on est là où est-ce qu'on doit être pour pouvoir porter notre mission de vie. Et moi, ma mission de vie... En écrivant ce livre, j'ai une émotion qui vient de plus en plus forte et c'est une joie. Et je me connecte en fait à ce moi intérieur où je me sens libre 100% qui je suis. Et c'est de plus en plus de la joie qui m'habite et de plus en plus de la merveille de la vie. Et plus je regarde en arrière et plus je suis à me projeter dans les rétroviseurs de ma vie, plus en fait je me dis... Même si ça a été très douloureux, même si j'ai beaucoup souffert, même si ça a été compliqué, je suis tellement heureuse d'être en vie et je veux passer ce message de dire que derrière toutes les colères, derrière toutes les souffrances, il y a une merveille. Et puis l'émotion, elle est tous les matins, quelle joie d'être en vie. Mon corps est écrabouillé, mon crâne déformé, j'ai la terrible sensation qu'il ne cesse de s'allonger. Mes poumons avides de ce premier souffle se préparent. Compressés contre la paroi génitale de ma mère, ils ont évacué le liquide dont ils étaient remplis. Il est 7h20, me voilà dehors. Mon Dieu que cela fait mal ! Adieu monde léger et aquatique, bienvenue dans la lourdeur et l'apesanteur. Je pousse mon premier cri. Tout est fini, je suis en vie. D'instinct, je la cherche, où est-elle ? À quoi ressemble-t-elle ? Quelle est son odeur ? Pourquoi ma mère ne me tentait pas les bras ? Mais où est-elle ? Tout mon être la désire, implore que ses doigts me touchent, aspire à ce que ses mains me caressent, me prennent, me devinent, me découvrent. J'ai tellement besoin de ma mère. J'ai besoin qu'elle attrape cette vie qu'elle vient de donner. Qu'elle ressente l'envie d'accueillir le bébé sorti de son ventre, une fille, un garçon. Mais il est trop tard, je suis déjà dans les griffes d'une hôte. Pendant longtemps, j'ai eu vraiment le sentiment que mon corps savait des choses que ma tête ignorait. En fait, j'avais vraiment des douleurs très singulières, des douleurs au niveau... de l'appareil génital. Je pouvais avoir très mal au niveau de mon sternum et je pouvais être empris de grandes fatigues. Et puis j'avais mal comme si on m'avait un peu roué de coups. Et donc quand je décide de me plonger dans cette quête d'identité, et d'essayer de comprendre ce que je porte. Une fois que j'avais rencontré ma mère biologique et qu'elle ne voulait pas me raconter la véritable version et que je coupe les points avec elle, je décide de faire ce qu'on appelle de la mémoire cellulaire. Et là, je rencontre un monsieur assez incroyable qui s'appelle le professeur Le Bouleux. Et tout de suite, il se connecte avec ce bébé qui vit en moi, cette petite Martine. Parce qu'en fait, j'ai appris que ma mère biologique m'avait nommé Martine, qu'elle avait voulu que je m'appelle Martine, mais mes parents adoptifs en avaient décidé hautement de m'en nommer Armel. Mais lui, tout de suite, il est connecté. Il me dit, c'est très étrange, je suis connecté avec un enfant, un tout petit, tout petit. Et au début, je ne lui dis rien. Et puis finalement, au bout d'un quart d'heure, je lâche le morceau et je lui dis, bah oui, j'ai été un enfant abandonné à la naissance. Et là, il m'explique qu'en fait, je viens d'une génération... que je porte en moi des générations de femmes maltraitées qui ont été agressées par des hommes et j'ai une lignée, on va dire, de femmes battues, incestueuses et abandonnées. Donc je ne vous cache pas que quand je sors de ce rendez-vous, je me dis à la fois ce type est incroyable, mais je trouve que cette histoire est complètement folle et je ne suis pas vraiment d'accord. Et je mets ça de côté, je me dis bon allez c'est encore un gars qui a vu la fée. Et puis en fait quand je vois ma mère biologique juste à la fin de mon bouquin et avant qu'il sorte aux éditions de Jouvence et que je lui donne le livre, c'est là où elle me dit la vérité et c'est là où je me dis c'est incroyable, mon corps savait que j'avais été conçu. après une maltraitance, après un viol. Donc, en fait, là, c'est comme si tous les morceaux du peulze seraient en boîte. Et je comprends qu'en fait, à l'intérieur de moi, la colère venait de ce que mes cellules avaient subi et que ma colère et ma violence, elles ne venaient pas que de ma personnalité. C'était vraiment, comme l'épigénétique, c'était vraiment de la génétique que je portais en moi. et que c'était malgré moi, et que mon corps passait son temps à essayer de me raconter quelque chose que je ne pouvais pas accepter. Alors lorsque j'ai écrit cette scène, c'était très important pour moi, à la fois d'exprimer des sensations que vit une femme quand elle met un enfant au monde, et de me mettre aussi beaucoup à la place du bébé. Je pense que j'ai pu écrire cette scène parce que j'ai mis au monde trois enfants, que j'ai fait tout ce travail de mémoire cellulaire et d'introspection, que j'ai beaucoup observé aussi mes enfants, que c'est vrai, en tant qu'enfant abandonné, ça a été tellement incroyable, je dis, de fabriquer mes enfants sans conscience et de les voir arriver avec... Un tel émerveillement de se dire en fait, ça s'est fait tout seul, ils sont formidables, ils sont tout beaux, tout bien faits. Et puis vraiment j'ai observé mes trois petits quand ils sont nés, je les ai tout de suite collés à moi. Je les ai regardés les yeux dans les yeux. Et puis c'est vrai que moi en tant qu'enfant abandonné, comme je vis dans mes chairs, cette séparation qui a été d'une brutalité inouïe, je crois, qui m'a marqué au fer rouge. parce que... Chaque fois que j'en parle, j'ai comme une espèce d'émotion qui monte et ça me coupe un peu la respiration. Donc quand j'ai écrit ce passage, j'ai ressenti dans mes chairs, à chaque fois qu'un de mes enfants est né, je me suis mis à sa place et j'ai vraiment conscientisé ce que ça devait être de passer. par le col de l'utérus de sa mère et de quitter cet endroit de fusion. Parce que moi, je crois que c'est ce qui m'a fait le plus souffrir, c'est de ne pas être en contact avec ma mère et de quitter cet endroit où je me sentais en sécurité parce que j'intuitais que j'allais être abandonnée. Donc voilà, en fait, quand j'ai écrit ça, ça n'a pas été douloureux, ça a été comme une libération. Aujourd'hui, si je pouvais prendre ce petit bébé dans mes bras, cette petite Martine, je la regarderais avec une tendresse infinie. Je pense que je pleurerais, déjà, parce que découvrir ce petit bébé, ça serait extraordinaire. Même si je sais qu'il vit en moi, qu'il a existé, la voir dans mes bras, ça serait extrêmement émouvant. Et je lui dirais, n'aie pas peur. Ce qui va t'arriver est formidable. Tu vas avoir des parents merveilleux, Jean et Suzanne vont t'aimer, tu vas connaître l'amour inconditionnel, même si c'est d'une tristesse absolue de ne pas vivre avec ta mère biologique, d'être séparé de cette matrice, de cette mère nourricière. Même si tu dois ressentir au fond de toi que tu es arraché comme une vulgaire herbe de ton terreau, que tu es déraciné, tu vas vivre un voyage et tu vas vivre une vie merveilleuse, certainement avec beaucoup de difficultés à t'aimer, parce qu'en fait on va te demander d'être quelqu'un d'autre. Mais n'aie pas peur parce qu'un jour tu vas te retrouver et surtout cette petite Martine que tu es aujourd'hui, ce petit bébé, il ne va jamais, jamais disparaître. Et il sera toujours là et un jour tu vas avoir droit à la parole et un jour la femme qui est en toi, qui sommeille en toi, elle va te donner la parole et elle va te rendre tes rêves. tes lettres de noblesse. Quand j'écris « Merveilleux abandon » , je ne sais pas encore que ma mère biologique m'a eue suite à un viol. Donc en fait, tout le début du bouquin, je raconte ce qu'elle me dit à l'époque, qu'elle a vécu une histoire d'amour avec un garçon dont elle ne se souvient plus le nom, ce que je trouve très bizarre. Je la vois comme quelqu'un d'inconscient. Je sais bien qu'elle a eu 15 ans, je sais très bien qu'elle a 15 ans quand elle me met au monde, donc j'ai de la compassion, mais à côté de ça, j'ai pas mal de colère. Parce que je suis toujours dans ce rapport avec cette mère de naissance qui ne me dit pas la vérité. Donc c'est assez compliqué quand on découvre la façon dont je parle de Juanita dans Ma vie à abandon. Je sais qu'il y a des gens pour qui c'est compliqué, parce qu'ils me disent que je ne suis pas très gentille avec elle. Oui, mais parce qu'en fait, je n'ai que... au début du bouquin, je n'ai qu'une facette de l'histoire. Et puis finalement, les choses s'apaisent parce que je vieillis dans la continuité de mon histoire. Et puis à l'approche de mes 50 ans, j'ai plus mon père, j'ai plus ma mère. Et quand je vous parle de mon père et de ma mère, évidemment, c'est mes parents adoptifs que je considère absolument comme mon papa et ma maman. Et puis, mes enfants sont partis de la maison et je suis plus apaisée. Je me rends compte à quel point, en fait, Juanita, elle n'a pas dû avoir le choix. Donc, je prends la décision de la rappeler. Et puis, je sais, je commence à comprendre comment je peux un peu la mettre à sa place. Et puis, oui, je suis une femme qui regarde une autre femme. Et je réalise qu'en fait, elle avait 14 ans, qu'en fait, elle avait 15 ans. Et même si elle ne peut pas me dire encore la vérité, c'est que ça doit être très douloureux et c'est la compassion. Et en fait je me dis que c'est un enfant qui a mis un enfant au monde et je commence à vraiment prendre conscience que je dois être reconnaissante parce que si elle n'avait pas eu ce déni de grossesse ou si je n'avais pas provoqué ce déni de grossesse en me cachant, parce que j'aime à dire que quelquefois c'est peut-être aussi le fœtus qui provoque. Le déni de recesse parce qu'il sait que si la maman prend conscience de sa présence, cela provoquera un avortement. Qu'en fait, j'aime cette femme parce qu'elle est indispensable dans ma vie, parce qu'elle m'a mis au monde, qu'elle m'a confié à quelqu'un et que tout ça est inouï et que c'est extraordinaire et que c'est un acte d'amour. Donc en fait, petit à petit, tout au long du livre, il y a une évolution au début, vraiment. Je vois cette gamine de 14 ans comme... Une fille inconséquente, que je n'aime pas, et contre qui j'ai vraiment beaucoup de rancœur. Et tout au long de mon évolution de femme, petit à petit, on va dire, la tendresse arrive, la reconnaissance, la gratitude. Et à la fin du livre, avant même que je découvre que son histoire était extrêmement douloureuse, à la fin du livre, j'ai beaucoup de gratitude pour elle, et en fait, je la remercie. d'avoir eu le courage de me mettre au monde, de m'abandonner et en fait... Oui, de m'abandonner parce que dans abandonner, il y a donner. Et elle a eu cette idée merveilleuse et ce don de me donner à une autre maman. Et que finalement, ce n'est pas un abandon. Moi, je te dis, il y a de l'abandon dans l'air. Ne peut s'empêcher de marmonner Margot à sa collègue plantée à côté d'elle. Le coup porté par la langue trop affûtée de cette infirmière est si chirurgical qu'il me met KO. L'estocade est profonde. Quelques mots auront suffi pour anéantir définitivement mes espoirs de retrouvailles avec ma mère, qui ne verra jamais la couleur de mes yeux. J'en ai mal à ma peau, mal dans mes os. Charnellement, cette maman, elle est en moi. Mon corps la réclame à corps et à cri. Hélas, elle ne reviendra pas. Ma mère, trop à dos pour me garder. Trois ados, pour m'assumer, n'a pu lutter. En quelques secondes, la voilà réduite à n'être qu'une mère ado. Ma mère ado. Mais mon ventre ne l'entend pas de la sorte. Inlassablement, il réclame mère ado. C'est aussi simple et brutal que ça. Il veut se nourrir de ma mère. Neuf mois collé à elle, à bouger en elle, c'est prégnant quand même. Neuf mois à entendre son sang circuler, à sentir l'accélération de son cœur quand le dragon entrait dans la pièce, et maintenant plus rien. C'est totalement abject. Une odeur qui ne ressemble à rien de ce que je connais me donne une nausée épouvantable. Comment retrouver la sienne ? Impossible. Elle n'est plus là. Alors je suce mon poing et ferme les yeux. Il n'y aura aucun déni. Nulle acceptation. Chercher à la remplacer, l'esquiver comme si elle n'avait jamais existé, serait une erreur profonde qui me coûterait très cher. Alors comme vous pouvez l'entendre, j'ai choisi de l'appeler mère ado, parce que comme je dis, cette jeune fille qui est, on va dire, génétiquement ma mère, génétiquement ma matrice, est une ado. Et en fait, elle est ma mère adolescente, elle ne pourra jamais être ma maman, parce que pour moi le mot maman, c'est quelque chose qui est très... Bienveillant, enveloppant, nourricier, la mère nourricière. Et en fait, elle est ma mère, factuellement. Je ne peux pas la voir autrement. C'est elle qui m'a conçue, c'est elle qui m'a portée, c'est elle qui m'a mis au monde. Sans elle, je n'existe pas. Mais je rajoute le mot « ado » parce que... Elle reste cette mère adolescente parce que je ne connaîtrais jamais la mère qu'elle sera et qu'elle aurait pu être. Jamais je ne connaîtrais cette mère autrement qu'à travers son statut d'adolescente. Quand elle me met au monde, le seul moment où en fait on a ce lien, c'est ce moment où en fait je sors de son ventre, on se sépare, elle m'abandonne malgré elle, la vie nous sépare. jamais nous ne pourrons être une mère et une fille du quotidien et je ne pense à elle que lorsqu'elle est adolescente puisque en fait la seule moment où je pense à nous réunir c'est au moment où elle avait à peine 15 ans alors évidemment le jour où je suis devenue mère j'ai compris énormément de choses j'ai trois enfants une néné qui s'appelle Capucine une numéro 2 Zoé et un troisième qui est un petit garçon. Enfin un petit garçon, un grand garçon aujourd'hui de 29 ans. Donc Capuzine, Zoé, Hector. Et en fait, chaque naissance a provoqué quelque chose de particulier en moi. Capuzine, c'est l'excitation totale, c'est la fierté, c'est cet aîné qui fait que vous êtes maman, c'est ce premier qui fait que vous êtes... Maman, parce que sans lui, jamais vous découvrez... En fait, c'est cet aîné qui fait que vous êtes une mère. Le deuxième et le troisième, c'est la continuité. Mais vraiment, Capucine, c'est cette première qui fait de moi une maman. Et puis, Capucine, c'est ce premier enfant qui fait que je me vois pour la première fois en quelqu'un. Parce que jamais, jamais, autour de moi, je n'ai quelqu'un qui me ressemble. Et c'est cet enfant qui m'autorise à me reproduire, qui m'autorise. à me continuer. Donc en fait, c'est vraiment à travers la naissance de cette aînée Capucine, à travers de ma fille aînée, je découvre que je peux me reproduire, que j'ai le droit d'avoir une descendance, que je ne porte pas de maladies génétiquement graves, et qu'en fait, la maternité fait partie d'un processus indispensable dans ma réparation. Et puis après arrive Zoé. Oula, c'est complètement autre chose. Je dirais que l'excitation de cette première enfant laisse place à beaucoup d'émotions. Parce qu'avoir un deuxième enfant, pour moi, représente que je ne suis plus dans me reproduire, je suis dans la construction d'une famille. Et donc je sors peut-être de cette obsession. mère-fille, puisque là, fusionnel, toi-moi, là ça devient mes filles et moi. Donc déjà là je suis dans quelque chose, une compréhension qu'une femme, elle peut être mère plusieurs fois et puis elle peut aimer plusieurs enfants et que chaque naissance, chaque grossesse est différente. Et donc ça me fait comprendre que ma mère biologique, elle a peut-être aussi d'autres enfants. Et tout d'un coup, je me dis, c'est fou, peut-être que cette femme qui m'a mis au monde, elle a eu d'autres enfants. Et puis, il y a aussi cette dimension de ressemblance qui est en fait très forte avec Zoé. Parce que Zoé, on dit que c'est ma copie conforme. Et puis, c'est très émouvant puisque moi, je n'ai aucune photo de moi avant mes six premiers mois. Ça me permet de voir l'enfant que je suis parce qu'à chaque fois que j'allais me... Je me pensais sur le berceau et je croyais voir Zoé. J'avais un geste de recul parce que je me voyais. Je pouvais voir le petit bébé que j'avais été à un mois, deux mois, trois mois, quatre mois. Je découvre que la ressemblance physique fait partie d'une dimension maternelle, d'une dimension pas maternelle, d'une dimension de filiation qui est très importante. Je suis assez fière et je comprends que forcément, je ressemble à cette mère biologique que je cherche. Ça me permet aussi de comprendre pourquoi j'ai envie de savoir d'où je viens, parce que j'aimerais bien me voir en ma mère et voir à quoi ressemble ma mère. Et puis, il y a ce dernier qui arrive, ce petit garçon. qui est aussi à sa mesure un énorme tsunami. Là, je comprends, en regardant Hector, ça fait trois jours qu'il est né, et puis il fait pipi. Et moi, comme je n'avais changé que des petites filles, je ne savais pas qu'un petit garçon, quand ça fait pipi, il a son petit zizi qui tourne, et puis il m'arrose, en fait. Et là, je me mets à fond dans les larmes, et je regarde Hector, et là, je me prends un 38 tonnes. Parce que je réalise que ce petit garçon que je viens de mettre au monde porte la génétique de mon père. Et là, je me dis que mon histoire, en fait, elle est bien plus compliquée. Que ce n'est pas une histoire entre mère et fille, que c'est une histoire à trois, que c'est un homme, une femme et un enfant. Et en fait, c'est de là où tout démarre et c'est là où je comprends qu'il faut que j'aille... à la rencontre de mon histoire et que je cherche et que je trouve et qu'il va falloir que je comprenne ce qui m'est arrivé et pourquoi j'ai été abandonné et comment j'ai été conçu. Quand je suis en écriture de mon bouquin, je partage beaucoup de choses. Je partage un peu ce que j'écris avec Zoé parce que Zoé, ma fille, Zoé de Gavrillon, est comédienne, autrice et réalisatrice et donc j'aime bien partager avec elle. cette aventure et puis en fait au cours d'une conversation je lui dis à des moments il y a des images qui m'arrivent tu vois j'adorerais mettre un visage sur la religieuse épouvantable qui s'occupait de moi. J'aimerais bien pouvoir illustrer des choses qui sont difficiles à dire à travers des mots. Et donc, en fait, très gentiment, elle me dit, « Mais tu sais, maman, tu te souviens quand même que j'ai fait Penningen ? » Je dis, « Ah oui, c'est vrai ! » Elle a fait cette école d'illustration et elle me dit, « Est-ce que ça te dirait, maman, que j'illustre ton livre ? » Et je lui dis, « Bah écoute, oui, ça serait absolument génial. » Et... Donc en fait, je lui donne les passages que j'aimerais voir en images. Et je la laisse totalement libre, je lui donne 2-3 indications. Et ce qui est incroyable, et je ne remonce pas, et je suis vraiment très honnête, c'est qu'à chaque fois qu'elle m'envoie un dessin, c'est exactement ce que j'avais imaginé. Et je n'ai jamais eu besoin... de lui demander de refaire quelque chose. Elle a extrêmement bien croqué ma mère, adoptive, Suzanne. Non, ça a été formidable. Et puis surtout, j'ai bien aimé la laisser libre et j'ai bien aimé aussi ne pas revenir sur ses illustrations et se dire qu'en fait, ça représente à quel point... L'abandon, l'adoption, cette histoire, c'est vraiment une histoire de filiation. C'est vraiment une histoire qui est portée par trois générations. Et de laisser Zoé libre dans ses illustrations, y mettre sa patte, et qu'avec son dessin, elle exprime ce qu'elle a ressenti à travers... On va dire ce que je lui ai passé malgré le mois, parce que le fait que je sois adopté a été handicapant et une force et à la fois un désavantage pour mes enfants. Et bien en fait c'est génial, c'est-à-dire qu'en fait Zoé elle fait partie aussi de la continuité de l'histoire et c'est vraiment une histoire qui va au-delà de moi. qui évidemment mes enfants l'apportent de façon différente, mais on est vraiment dans une histoire intergénérationnelle et laisser Zoé s'exprimer à travers ses dessins, la laisser libre d'illustrer à sa façon mes propos était extrêmement important. C'est vraiment mettre en avant cette histoire de femme et de filiation. De faire participer Zoé dans mon livre, ça a vraiment remis en... En perspective, cette lignée qui existe en nous tous, ça m'a fait comprendre que oui, nous avons tous en nous une lignée. On vient d'un passé, on est dans le présent et on est dans le futur. Et en fait, voilà, Merado est mon passé, je suis le présent et Zoé est mon futur. Et j'aime beaucoup cette idée de lignée de femmes. Voilà, et à quel point en fait... Cette lignée féminine et porteuse d'espoir. Alors les deux illustrations qui m'ont le plus émue dans le livre, il y en a trois en fait. Il y a la chevalière de mon père, parce qu'en fait ça représente exactement qui il était, toute mon éducation. Ça résume parfaitement l'homme qu'il était. Après il y a le croquis de cette... de maman. où en fait, elle a adoré Bonne Maman, elle l'appelait Bonne Maman et elle s'est inspirée de photos en noir et blanc qu'il y avait dans les albums et Maman était l'élégance même, elle portait cette grâce qui ne disparaît pas avec l'âge. Elle était d'une distinction absolue et puis elle fumait. Donc elle avait ce chignon et c'était très émouvant. Je me suis pris comme un coup au cœur parce que j'ai vraiment eu l'impression que Maman était venue se glisser dans mon livre. Et puis, la dernière illustration, qui est cet oiseau qui renote ses cendres, ce phénix incroyable, d'une beauté absolue, m'a beaucoup émue, parce qu'en fait, ça veut dire que Zoé, elle a plus que compris tout le parcours que j'ai vécu. Et c'est vrai que cette réaction mère-fille... Elle nous a énormément rapprochés, elle m'a permis peut-être aussi de demander pardon à Zoé de certaines choses qui se sont mal passées, d'incompréhension, de la façon dont... J'ai tué dur avec elle des projections normatives que j'ai mises sur son... que j'ai lui imposées. Ça nous a beaucoup réunis et on travaille aujourd'hui au projet d'un documentaire pour parler de ce qu'est l'adoption sur trois générations. Grand-mère, mère et fille. Si aujourd'hui je pouvais parler à ma mère lorsqu'elle avait 14 ans et qu'elle arrivait à l'hôtel Dieu, lieu où elle m'a mis au monde, si j'étais la sage-femme ou son petit ange gardien qui lui tient la main, je l'encouragerais, je lui dirais « Allez, trouve la force de mettre au monde cet enfant. N'aie pas honte, regarde-toi comme une merveille, regarde-toi comme une déesse. » Tu as donné la vie, c'est la plus belle chose au monde. On ne peut pas te punir parce que tu donnes la vie. Et surtout, je lui dirais, c'est un acte d'amour. C'est un acte d'amour que tu es en train de faire. Parce que donner la vie, il n'y a pas plus beau. Et oui, c'est d'une tristesse absolue. J'imagine que tu es très malheureuse, que tu es... honteuse d'abandonner cet enfant mais tu ne l'abandonnes pas tu le donnes à la vie et tu lui permets d'avoir cette seconde chance qui va faire que ça va devenir une femme debout et que tu vas l'offrir oui, on peut dire tu vas l'offrir à une maman qui ne peut pas avoir d'enfant naturel et c'est le plus beau cadeau que tu peux faire à une femme et c'est le plus beau cadeau que tu peux faire à cet enfant Et quelque part aussi, c'est un cadeau que tu te fais à toi. Parce que garder cet enfant t'aurait mis certainement dans une situation extrêmement compliquée. Et que tu n'es pas assez mûre pour garder cet enfant. Et que c'est les mystères de la vie. Que c'est quelque chose que tu devais vivre. Et qu'un jour tu comprendras que ce geste était extraordinaire. Alors j'ai choisi d'appeler mon livre « Merveilleux Abandon » . d'utiliser cet oxymore entre merveille et abandon, qui sont deux mots qui ne vont pas vraiment bien ensemble, et qui représentent parfaitement ce que j'ai vécu. L'abandon, vraiment d'une façon extrêmement violente. Cette blessure, certes universelle, mais qui pour moi a été le fondement de ma vie, parce que je crois que je mourrais avec... Ce trou béant que la séparation et l'abandon de ma mère a fait, je mourrais avec cette blessure, pas par son geste, par ce que la société a fait. Et en fait j'ai utilisé le mot abandon parce que c'est la société qui fait qu'on voit ça comme un abandon. C'est-à-dire que oui, je suis une née sous X qu'on a abandonnée. Donc c'était très important pour moi de mettre le mot abandon parce que c'est... C'est comme ça qu'on est présenté dans la société, que les nés sous X sont présentés, que les mères de naissance et les mères naturelles sont présentées. Ce sont des abandonnantes. Donc le mot abandon était très important. Mais le mot merveilleux, je l'ai utilisé parce que, et pour moi il était très important, parce que j'ai découvert que dans abandon, il y a de la merveille. Dans abandonner, il y a donner, il y a le mot don. et il y a le mot « né » comme « naître » . Et tout au long de ce bouquin, j'ai découvert qu'en fait, il y avait un mantra formidable qui pouvait être créé à travers le mot « abandonner » . Et que d'ailleurs, je me répète tous les matins, c'est « Martine » , puisque je parle à mon bébé intérieur, « Martine, donne-moi le don de m'abandonner à ma vie pour renaître infiniment en toi et en moi » . Et j'aime cette idée de... L'abandon que l'on décide est de s'abandonner à la vie. Et d'ailleurs, mon bouquin se termine par « La vie m'avait abandonné à la naissance, aujourd'hui je m'abandonne à elle. » Oui, je m'abandonne, je me donne à elle, je me donne au don de ma vie pour mieux renaître. Réunie et complète, forte de cette double loyauté, car pleine de mes deux permanences, Je n'ai plus peur d'être qui je suis, vivante en Martine et à l'écoute de sa dimension céleste, enracinée en Marie-Armelle, dans cette incarnation terrestre qui me fixe dans le présent et dans le faire, je suis enfin occupée par mon tout. C'est un long chemin que de se convoquer, de s'accepter pour s'entendre bien avec soi-même, mais cela en valait la chandelle. Très vite, je deviens ma meilleure amie, cette amie qui ne ment jamais et avec qui s'entendre est une évidence. Mais attention, rien n'est acquis. Cette relation, il faut la nourrir. Le matin, elle est vide de notre sens, alors il faut recommencer tous les jours à se parler, à s'aimer. Me voilà en un pays, en une région inconnue. C'est un jardin délicieux dans lequel il est difficile de compter les arbres de joie. Ici se loge mon être premier, je le caresse de mes yeux, mon créateur le connaît plus que moi et je m'en contente. Je ne porte plus son deuil en moi, je le sens aller et venir à sa guise. Seul mon corps sait depuis toujours ce dont il a besoin. Définitivement l'une en l'autre, en relation est capable de transcender nos dimensions, corps, esprit, âme, il est temps de vivre. Là-bas, dans ce lieu méconnu de tous. La vie tisse notre avenir sans fin. Des heures sereines par milliers nous sont promises. Le cœur de nos vies y chantera sans peur. Ici-bas, le reste à vivre s'écrit à présent, maintenant et pour toujours ensemble. Rien n'y est fini, tout y est à construire dans l'infini de ce que je suis. Ce nouveau moi, je le sais sans limite, en perpétuelle évolution. En rien complet, je suis ce mystère immuable qui m'élève en mon âme. La vie m'avait abandonné lors de ma naissance, aujourd'hui je m'abandonne à elle. Aujourd'hui je regarde mon histoire avec beaucoup de gratitude, avec émerveillement. Avec tristesse aussi, parce que je n'oublie pas toutes les douleurs, toutes les souffrances, toutes les incompréhensions. Mais j'aime aussi regarder cette histoire qui est le poids de toute vie, qui est d'une densité absolue. Je la vois comme une richesse, parce que même si c'est compliqué, quelle merveille d'avoir eu cette complexité. J'aime me dire qu'en fait je devais vivre ça et que la vie m'a fait un incroyable cadeau parce qu'aujourd'hui vous parlez et aujourd'hui donner de l'énergie aux gens et dire à tout le monde que la vie est merveilleuse et dire que ça m'a connecté aussi à quelque chose d'incroyable qui est le petit bébé intérieur, qui est ce bébé que nous avons tous, que ce petit bébé c'est cette personne que nous sommes tous à 100%. Et c'est cette personne libre, vierge de toute projection, vierge de toute personne qui nous abîme. En fait, voilà, je suis pleinement heureuse d'avoir... Transcendé, dépassé, cette histoire douloureuse d'abandon. Et je crois que si je n'avais pas été abandonné, je n'aurais jamais eu cette connexion avec ce moi profond, cette petite Martine. Et je n'aurais pas découvert les merveilles de la vie. Je serais peut-être resté en surface. Cette vie particulière, ce parcours singulier. m'a permis une plongée en profondeur en moi-même, parce que si je ne le faisais pas, je crois que je ne serais plus vraiment là à vous parler. J'aurais choisi peut-être de la tristesse, la dépression. Je me serais abandonné à moi-même et je n'aurais pas eu ce chemin de vérité, cette quête pour découvrir la personne que je suis à 100%. Et je serais peut-être restée en surface d'armelle de thé. Voilà, aujourd'hui je suis une femme pleinement heureuse, accomplie, et je vais prendre mon bâton de merveille et d'abandonner pour témoigner de ce que s'abandonner à la vie est extraordinaire.