Speaker #0Quand j'ai découvert cette boule, enfin c'est même pas moi qui l'ai découverte, c'est ma compagne, on avait un petit rituel le soir, elle me mettait de l'huile sur le ventre pour limiter les vergetures. Et surtout pour sentir notre bébé bouger, c'était un peu notre moment le soir. Et ce soir-là, elle en a aussi mis sur ma poitrine qui commençait à être un peu tendue avec la grossesse. Et tout de suite, j'ai senti à son visage que quelque chose n'allait pas. Elle m'a regardée et elle m'a dit un peu la voix tremblante. Il y a une boule dans ton sein. Ma toute première pensée, ça n'a pas du tout été pour moi. La première question que j'ai posée, c'est ce qu'on va devoir choisir entre moi et le bébé. parce qu'avec les antécédents familiaux, évidemment qu'une boule dans le sein, pour moi, ce n'était pas anodin. J'étais enceinte et dans mon esprit, il était inconcevable qu'on puisse traiter un cancer pendant une grossesse. Je pensais qu'il faudrait forcément faire un choix impossible finalement. Je n'ai pas vraiment été dans des nids. Je savais, j'ai vite compris. J'étais prête à trouver un jour une boule dans mon sein, juste pas pendant la grossesse parce que je trouve ça pas très juste. Je ne crois pas avoir eu... Peur du diagnostic en lui-même. J'avais surtout peur de la suite, savoir ce qui allait arriver avec ce petit bébé qu'on attend. Peur pour notre fille, peur de ce que cette maladie allait venir bouleverser dans notre vie, alors qu'on était en train de vivre l'un des moments les plus heureux de notre vie, finalement. Je pense que je n'ai jamais été dans le déni face à la découverte de cette boule. L'attente entre les examens et les résultats a probablement été l'une des périodes les plus difficiles de tout ce parcours pour l'instant. Au départ, il vient de laisser vraiment présager l'ampleur de ce qui allait suivre. Quand j'ai consulté, après avoir découvert la boule, le gynécologue que j'ai vu m'a prescrit une échographie en nous disant simplement, on fait une échographie, ça ne mange pas de pain. Donc sur le moment, ça nous a plutôt rassurés. On avait l'impression qu'il faisait plutôt une vérification de routine sans inquiétude particulière. Donc on était plutôt rassurés, même si malgré tout... Pour moi, une boule dans mon sein, ce n'était pas anodin. Et d'un coup, tout s'est accéléré. L'échographie a conduit à d'autres examens, puis une biopsie. Les rendez-vous se sont mis à s'enchaîner à un rythme fou. On était un peu perdus dans tout ça. On nous appelait parfois pour nous caler un examen du jour au lendemain. On avait l'impression d'être embarqués dans une machine qui avançait beaucoup plus vite que nous. Et c'était un petit peu compliqué. Le plus difficile, c'était aussi l'incertitude. On sentait bien que les médecins cherchaient quelque chose, mais on ne savait pas encore exactement quoi. Chaque appel téléphonique ou autre faisait monter le stress. Chaque nouveau rendez-vous soulevait davantage de questions aussi. Avec le recul, je crois que cette période d'attente a été vraiment des plus éprouvantes parce qu'on est dans un entre-deux. On n'a pas encore de diagnostic précis. mais on sent que quelque chose d'important va se jouer et qu'on va nous donner des grosses informations. au fur et à mesure. Donc c'est vrai que c'était une attente assez compliquée. Lors de la biopsie, quand la médecin m'a dit qu'elle n'aimait pas trop ce qu'elle voyait, je crois qu'au fond de moi, j'ai compris tout de suite que mes craintes étaient fondées. J'avais rencontré ce médecin quelques heures plus tôt pour mon échographie et le courant est tout de suite passé. Elle était d'une vraie douceur et d'une bienveillance vraiment incroyable pour le coup. Et dans une période aussi stressante et angoissante, je me suis vraiment raccrochée à ça. Déjà, le fait qu'elle me propose une biopsie le soir même de l'échographie, ça m'avait interpellée. Elle m'avait rassurée, mais j'ai quand même trouvé ça un petit peu louche. Tout allait très vite, trop vite à mon goût. Et je savais que ce n'était probablement pas anodin. Plus les minutes passaient, moins je laissais de place à l'espoir que ce soit quelque chose de banal. Et pendant la biopsie, j'avais besoin de comprendre. Alors je lui ai posé la question très directement, en lui demandant, est-ce que vous faites cette biopsie par précaution, parce que je suis porteuse de la mutation BRCA2, ou est-ce que vous la faites parce que vous n'aimez pas ce que vous voyez ? Et je me souviendrai toujours, je pense, du silence qui a suivi, quelques secondes, mais qui m'ont paru interminables. Et elle m'a répondu qu'elle n'aimait pas trop. Donc à cet instant... Je n'ai pas entendu un diagnostic, je savais qu'elle ne pouvait pas encore me le dire, on faisait simplement la biopsie. Mais j'ai compris que ce qu'elle voyait n'était pas très rassurant. Et paradoxalement, je ne me souviens pas de m'être effondrée, je crois que c'était surtout une forme de lucidité, avec mes antécédents familiaux toujours, la mutation BRCA2, avec ce que j'avais déjà pressenti en découvrant cette boule. Cette phrase venait quand même simplement confirmer ce que je redoutais depuis... plusieurs jours. Je n'avais pas encore toutes les réponses, mais je savais que notre vie était probablement déjà en train de basculer. J'ai surtout eu une pensée pour ma compagne, qui elle était loin de se douter de ce qui se passait. Elle m'attendait sagement dans la voiture, avec en tête juste une écho, ça ne mange pas de pain. Donc j'ai plutôt pensé à elle en me disant, mince, je pense qu'elle n'est pas prête à entendre ce que je vais pouvoir lui dire en revenant dans la voiture. Quand on m'a annoncé mon cancer pendant ma grossesse, j'ai eu directement l'impression que deux réalités totalement opposées se percutaient finalement. D'un côté, j'étais en train de vivre ce qu'on attendait depuis longtemps, une première grossesse après un parcours PMA. On préparait l'arrivée de notre fille, on se projetait dans notre nouvelle vie de maman. C'était censé être une période vraiment remplie de joie et d'insouciance. Et de l'autre côté, on m'annonce un cancer du sein à seulement 29 ans. je me souviens avoir ressenti une... Grande injustice. Je me disais, mais pourquoi maintenant ? Pourquoi pendant cette grossesse ? Moi, j'avais prévu de faire une mastectomie préventive après la grossesse, pour justement éviter de devoir passer par le cancer. Et il arrivait trop tôt. Ce n'était pas prévu et ce n'était pas comme ça que j'avais envisagé les choses. Mais c'est vrai que très vite, mes inquiétudes se sont concentrées sur le bébé. Je voulais savoir si elle allait bien, si elle allait pouvoir continuer de grandir, si les traitements allaient la mettre en danger aussi. Parce que j'en savais rien finalement. Donc je crois que ce qui était le plus particulier en étant enceinte, c'est que je ne pensais plus seulement à moi. Et que chaque décision, chaque examen, chaque traitement, s'était réfléchi à travers deux réalités, deux prismes. Celui de la patiente et celui de la future maman. Donc la balance bénéfice-risque finalement. Et en même temps, je pense que cette grossesse m'a donné une vraie force que je n'aurais pas eue si je n'avais pas été enceinte. Parce qu'à chaque rendez-vous, à chaque traitement, à chaque étape, tout avait un sens. Je ne me battais pas juste pour moi, je me battais pour être là quand elle arriverait et pour pouvoir la prendre dans mes bras et surtout la voir grandir. La culpabilité est arrivée très rapidement. Pas parce que je me sentais responsable de mon cancer. Parce qu'au fond, je savais que j'y étais pour rien, mais j'avais l'impression de faire subir cette épreuve à tous ceux que j'aime. Je culpabilisais pour ma fille, d'abord, elle n'était même pas encore née. Et pourtant, elle se retrouvait déjà embarquée dans un parcours médical assez lourd avec une maman qui allait devoir recevoir une chimiothérapie pendant sa grossesse. Et encore après, la chimiothérapie, une fois que j'aurais accouché, l'opération, la radiothérapie, l'hormonothérapie, elle aura un peu Dès son plus jeune âge, une maman qui combat la maladie. Et je culpabilisais aussi pour ma compagne et pour mon beau-fils de 15 ans. Du jour au lendemain, ils ont dû encaisser cette nouvelle, vivre avec l'inquiétude, les rendez-vous, les examens et toutes les incertitudes qui vont avec. Et puis, il y avait ma famille. Le cancer du sein fait malheureusement partie de notre histoire familiale depuis très longtemps. Ma cousine était en rémission depuis seulement un an de son propre cancer du sein, diagnostiqué à 34 ans, et j'avais l'impression qu'à peine une bataille terminée, une autre commençait. Je crois que ce qui me faisait plus de mal, c'est de savoir que cette annonce allait inquiéter tout le monde. J'aurais voulu protéger mes proches de cette peur-là. J'aurais voulu qu'ils puissent simplement vivre la joie de cette grossesse avec nous. sans se soucier de tous les traitements et tout ce que j'allais devoir encaisser en même temps. Ma fiancée a vécu cette période en étant un véritable rock. Je parle un peu à sa place en disant ça, mais sincèrement, j'ai été impressionnée par sa force et sa résilience. Elle a été présente à chaque rendez-vous, chaque examen, chaque annonce, et elle continue de l'être d'ailleurs. Elle est toujours à mes côtés, quoi qu'il arrive. Je sais souvent dire... que c'est mon cancer, c'est ma maladie, mais en réalité, c'est un peu notre bataille à toutes les deux. On la mène ensemble depuis le premier jour et on est une véritable équipe. Je pense que ce qui a été particulièrement compliqué pour elle, c'est qu'elle n'avait jamais été confrontée au cancer avant. Moi, avec mes antécédents familiaux et la mutation BRCA2, j'avais grandi avec certains maux. Donc, chimiothérapie, hormonothérapie, les ganglions. La biopsie, ça faisait déjà partie de mon vocabulaire. Pour elle, c'était un monde totalement inconnu. Du jour au lendemain, elle a dû apprendre une nouvelle langue, comprendre des termes médicaux assez complexes et qui peuvent faire peur, prendre des décisions avec moi et absorber énormément d'informations, alors qu'elle était elle-même sous le choc de tout ça. Malgré tout, elle a toujours été tournée vers les autres, vers moi, vers notre bébé et vers notre famille. Elle a porté ses propres inquiétudes en silence pour essayer de me protéger et de m'épargner un maximum. Je crois qu'on parle beaucoup des patients et c'est normal, mais les aidants traversent eux aussi une tempête. Ils vivent chaque rendez-vous, chaque attente, chaque résultat avec nous. Ils n'ont simplement pas toujours l'espace pour l'exprimer. Je voudrais dire un grand merci à chaque aidant, qui est vraiment une épaule plus qu'importante pour nous. Si j'ai réussi à traverser tout ça jusqu'à aujourd'hui, c'est en grande partie parce qu'elle a été là à chaque étape. Et je voudrais lui dire un gros merci. Finalement, je ne suis pas sûre que cette épreuve ait changé grand-chose à notre relation à toutes les deux. Nous étions déjà très fusionnels, très complémentaires et surtout une véritable équipe. Je crois que cette épreuve a surtout mis en lumière ce qui existait déjà entre nous finalement. Aujourd'hui, ça se ressent encore davantage. Quand il y en a une qui baisse un peu les armes, l'autre est là pour prendre le relais et inversement. On avance ensemble comme on l'a toujours fait. Bien sûr, certaines choses ont évolué et c'est un peu... peu transformée en infirmière à domicile. C'est elle qui me fait mes injections par exemple, mais finalement, elle avait déjà pris ce rôle pendant la PMA puisque c'est elle qui me faisait déjà les piqûres. Alors non, je ne pense pas que cette épreuve nous ait vraiment changé. Elle a simplement confirmé ce que nous savions déjà, le fait que nous formons une sacrée équipe. Je crois que ce qui a le plus changé, c'est notre regard sur la vie. Nous étions déjà du genre à profiter de l'instant présent, à ne pas trop remettre les choses à deux mains. Mais aujourd'hui, c'est encore plus vrai. On profite davantage des petits moments parce que cette épreuve nous rappelle chaque jour que rien n'est acquis et que le plus important, finalement, c'est d'être ensemble. Cette transformation physique imposée par les traitements n'a pas été simple. Et d'ailleurs, ça continue encore aujourd'hui. Il faut savoir que la grossesse était en elle-même un grand bouleversement pour moi. C'est la première fois que je porte la vie et je n'avais jamais vu mon corps se transformer comme ça. Mon ventre qui s'arrondit, ma silhouette qui change, c'était déjà... Tout un chemin d'acceptation. Alors quand on ajoute à ça la cicatrice sur la clavicule pour poser le pack, pour recevoir les chimios, les marques des traitements et les cheveux qui commencent à tomber, ça fait beaucoup de changements à apprivoiser en même temps. Au départ, j'étais persuadée que j'allais tout raser après la première chimio au niveau de mes cheveux. Je voulais reprendre un petit peu le contrôle sur quelque chose qui m'échappait. Mais mon oncologue m'a proposé d'essayer un casque de froid pendant les cures de chimio. Les résultats sont plutôt encourageants, notamment avec la grossesse et les hormones. Ça peut parfois permettre de conserver davantage les cheveux. En revanche, il fallait les couper très court pour optimiser son efficacité. J'ai toujours eu les cheveux longs, alors rien que cette première coupe a été une étape. On a dû passer deux heures et demie chez le coiffeur, je pense. Et il y a quelques jours, j'ai dû les recouper encore plus court parce qu'ils tombaient vraiment beaucoup. Lors de ma dernière chimio, pendant qu'on me mettait de l'après-shampooing avant le casque de froid, je sentais mes cheveux tomber sur mes épaules un peu comme de la pluie, et c'était une sensation que je n'oublierai pas. et que je n'ai pas forcément apprécié. Donc aujourd'hui, ils sont très clairsemés, mais ils sont toujours là. J'ai encore une certaine masse de cheveux, suffisamment pour ne pas avoir franchi le cap du rasage complet. Alors j'attends, j'observe. J'essaye de voir jusqu'où ils viendront, et puis il y a aussi le regard qu'on peut porter sur moi. Face au miroir, j'ai parfois du mal à me reconnaître, c'est vrai. Nous avons fait un shooting photo de grossesse, juste après ma première chimio, parce que je n'avais pas trop comment mes cheveux allaient réagir, donc je voulais rapidement faire un shooting photo. Et je crois que c'est à ce moment-là que j'ai ressenti le plus fortement le fait que j'ai du mal à me reconnaître parce que quand j'ai découvert les photos, ça m'a fait un petit peu bizarre. Je ne me trouve pas moche, ce n'est pas ça, mais j'ai l'impression de regarder quelqu'un d'autre finalement. Comme si c'était moi sans être moi. C'est une sensation très étrange à expliquer, mais c'est vrai que c'est un petit peu la vérité. Il y a aussi ma maman qui a une maladie neurologique et je me suis... prend parfois à penser que tant que j'ai mes cheveux, elle ne verra peut-être rien. Comme si les garder, ça me permettait de lui épargner une partie de ce que je traverse parce que je ne lui ai pas parlé de la maladie pour le moment. Finalement, le plus difficile, ce n'est pas forcément de voir mon corps changer, c'est d'accepter que finalement, je ne maîtrise plus grand-chose. Alors j'apprends et j'avance jour après jour. Depuis l'annonce de mon cancer, j'ai découvert énormément de réactions différentes autour de moi. Il y a les proches dont on pense qu'ils seront très présents. et qui finalement prennent un peu d'informations, puis continuent comme si de rien n'était, comme si notre vie n'avait pas vraiment changé finalement. Je ne pense pas qu'il y ait de mauvaises intentions derrière ça, mais parfois ça peut donner un petit peu l'impression qu'ils font l'autruche. Et à l'inverse, il y a des personnes avec qui nous n'étions pas forcément très proches, qui prennent des nouvelles très régulièrement, qui envoient un message, ou qui demandent juste comment ça va. Il y a aussi ceux qui suivent notre histoire de loin, ceux qu'on voit pas. pas forcément souvent, mais qui sont là et archi présents, discrets mais présents, et ça compte énormément. Je crois que ce qui m'a le plus marquée humainement, c'est de voir à quel point les gens peuvent être touchants et là, dans les moments difficiles et compliqués. Les petites attentions me touchent énormément, que ce soit une carte, un colis, des fleurs ou un simple message. Ça peut paraître anodin, mais dans ces moments-là, ça prend une autre dimension. Parce que derrière chaque attention, il y a juste quelqu'un qui a pris quelques minutes de son temps pour penser à moi, penser à nous. Et quelqu'un qui s'est dit, ça lui ferait peut-être plaisir. Et je trouve ça profondément touchant, dans une période où beaucoup de choses nous échappent, sentir que des personnes plus ou moins proches de nous pensent à nous, ça réchauffe vraiment le cœur. Oh, le cancer du sein, ça soigne bien. C'est probablement la phrase que j'ai le plus entendue. Et honnêtement, elle me fait souvent sourire. Je ne peux pas en vouloir aux personnes qui me la disent. Je sais que derrière cette phrase, il y a souvent une volonté de rassurer. Mais je la trouve parfois un peu maladroite. Parce qu'un cancer, quel qu'il soit, n'est jamais anodin. Oui, le cancer du sein se soigne souvent très bien aujourd'hui et j'ai conscience de la chance que cela représente. Mais entre le diagnostic et la guérison, il y a tout le reste. Les traitements, les opérations, les rendez-vous, les effets secondaires. L'impact sur la vie, sur le quotidien, la famille, etc. Dans mon cas, il y a aussi une grossesse au milieu de tout ça et c'est pas simple. Alors oui, le cancer du sein se soigne, mais j'ai aussi une pensée pour toutes les femmes et tous les hommes qui n'ont pas eu cette chance. Et j'aimerais que les gens comprennent qu'un cancer, même lorsqu'il se soigne, reste une épreuve immense, qui bouleverse une vie toute entière, et pas que notre vie, mais la vie de tout notre entourage. Avant mon cancer, avec la maladie de ma maman, Honnêtement, je pense que j'étais déjà fatiguée émotionnellement parce que, il y a un an, ma maman a été hospitalisée et on lui a diagnostiqué une dégénérescence du lobe frontal, la même maladie que Bruce Willis. C'est une maladie neurologique qui ressemble par certains aspects à la maladie d'Alzheimer. Je suis fille unique, mon père n'est pas présent et très vite, j'ai compris que beaucoup de choses allaient reposer sur moi. J'étais en plein parcours PMA avec l'envie de construire ma famille et en parallèle, je découvrais qu'il fallait... aussi gérer la maladie de ma maman. Je crois que je fonctionnais beaucoup en mode pilote automatique et je savais ce que j'avais à faire. Il fallait avancer, gérer les rendez-vous, les démarches, les inquiétudes aussi, sans forcément prendre le temps de réaliser tout ce qui était en train de se passer. Parce que j'étais en train de vivre ce qu'on appelle un deuil blanc. Alors quand le cancer est arrivé, je n'étais déjà plus tout à fait la même personne qu'avant. Ne pas pouvoir parler de mon cancer à ma maman, c'est probablement Une des choses les plus difficiles émotionnellement, parce que dans cette situation, la personne auprès de qui j'aurais naturellement eu envie de me réfugier, c'était elle. J'aurais aimé pouvoir l'appeler, lui raconter mes peurs, mes doutes. en sachant qu'elle est déjà elle aussi passée par là. Mais avec sa maladie, je ne sais pas vraiment comment elle pourrait comprendre, intégrer ou appréhender ces informations-là, d'autant plus que je suis enceinte. Donc j'ai fait le choix de la préserver. Et c'est un sentiment assez étrange, parce qu'en voulant la protéger, je me prive aussi d'un soutien dont j'aurais profondément besoin. Je crois qu'il y a une forme de tristesse là-dedans. La tristesse de ne plus pouvoir vivre certaines choses avec elle comme avant, ça c'est sûr. Mais il y a aussi beaucoup d'amour, ça me fait plaisir de pouvoir aller la voir et de la serrer dans mes bras. Parce que même si les rôles se sont inversés, même si aujourd'hui c'est moi qui prends soin d'elle, elle reste ma maman et moi je reste sa fille. Ma fille a été plus qu'une lumière, je pense, dans cette période. Parce que quand on m'a annoncé mon cancer, j'ai eu peur. Pas pour moi, mais surtout pour elle. Pourtant, très rapidement, elle est devenue mon rappel quotidien de pourquoi je me bats. Pour moi, mais en effet pour elle. A chaque écho, à chaque monito, à chaque petit coup dans mon ventre, elle était là quoi. Comme une présence constante au milieu de ce chaos. Je dis souvent en plaisantant qu'elle choisit souvent le bon moment pour bouger, mais c'est vraiment la vérité. Dans les moments les plus compliqués, elle trouvait toujours le moyen de me rappeler qu'on était deux dans cette aventure. Quand tout devenait trop médical, trop lourd, les rendez-vous où j'étais toute seule, elle remettait un peu de vie dans tout ça et elle me faisait doucement sourire. Elle me rappelait qu'au bout du chemin, elle était là, et ça, ça change tout. Le lien avec ma fille, j'ai parfois l'impression que nous avons déjà vécu beaucoup de choses ensemble. Bien sûr, elle, elle ne s'en souviendra jamais. Elle ne se souviendra pas des échographies, des monitos, des perfusions, des salles d'attente ou des chimios. Mais moi, je m'en souviendrai. Je me souviendrai qu'elle était là à chaque étape, qu'elle grandissait pendant que moi, je me soignais. qu'elle a traversé cette période avec moi à sa manière finalement. Je ne sais pas quel sera notre lien plus tard, je ne peux pas l'imaginer, mais j'aime penser qu'avant même de se rencontrer, nous formions déjà une sacrée équipe. Elle m'a donné une force incroyable sans même le savoir, et un jour, quand elle sera assez grande pour comprendre, j'espère simplement qu'elle saura à quel point elle m'a aidée dans cette période. Mon corps est devenu à la fois un lieu de vie et un lieu de combat. D'un côté, il y a cette petite fille qui grandit, mon ventre qui s'arrondit, les coups que je sens chaque jour, la vie qui se développe exactement comme elle le devrait. Et de l'autre, il y a les traitements, les perfusions, les prises de sang, les examens et la tumeur qu'il faut faire reculer. Parfois, j'ai l'impression que mon corps mène deux missions en même temps, créer la vie et se battre. Pendant longtemps, j'ai vu mon corps comme quelque chose qui me trahissait avec cette maladie. Aujourd'hui, j'essaie plutôt de le regarder avec admiration et respect. Parce qu'au fond, il est en train de faire quelque chose d'extraordinaire. Il fabrique un bébé et il répond au traitement en même temps. Et quand j'y pense, je me dis qu'il est peut-être bien plus fort que je ne le pensais. Alors maintenant, qu'est-ce que je dirais à la Pauline le jour de l'annonce ? Je crois que je lui dirais que son bébé va bien et que ça va aller. Parce que finalement, ce jour-là, ce n'était pas pour moi que j'ai eu le plus peur. Dès les premiers instants, ma première pensée a été pour elle. J'étais enceinte de cinq mois. Et dans ma tête, une seule question tourna en boucle, qu'est-ce que ça va changer pour mon bébé ? Je voulais savoir si elle allait bien, si elle risquait quelque chose, si les traitements étaient compatibles avec la grossesse, si j'allais pouvoir continuer à la protéger. Je crois que je lui dirais aussi qu'elle va être incroyablement bien entourée, qu'elle va rencontrer des équipes médicales qui connaissent ces situations, qu'on va lui expliquer, la rassurer et bien l'accompagner. Surtout, je lui dirais que sa fille va continuer à grandir parfaitement. Qu'elle va devenir une magnifique petite paupiette, parce que c'est comme ça qu'on l'appelle. Je lui dirais que les prochains mois seront intenses, qu'il y aura beaucoup de rendez-vous, beaucoup d'attentes, beaucoup d'émotions, mais que malgré tout, il y aura aussi énormément de bonnes nouvelles. Je lui dirais que sa fille va lui donner une force incroyable, mais aussi que l'amour va l'aider à traverser tout ça. L'amour de sa fiancée, de sa famille, de ses proches, et de toutes ces personnes qui seront là, parfois d'une manière inattendue. Parce qu'au final, ce qui m'a le plus marquée dans cette histoire, ce n'est pas seulement la maladie, c'est aussi tout l'amour qu'elle a révélé autour de moi. Alors je lui dirais simplement, respire, un pas après l'autre, tu es entourée, tu es aimée et ça va aller. Aux femmes qui vivent cela aujourd'hui, j'aimerais leur dire qu'elles ont le droit de ressentir tout ce qu'elles ressentent, que ce soit la peur, la colère, l'injustice, la tristesse, la culpabilité. On a souvent envie d'être forte tout le temps. surtout quand on a un bébé qui grandit en nous. Mais on a le droit d'avoir des jours où ça ne va pas, des jours où on est fatigué, des jours où on a peur. Ça ne fait pas de nous des mauvaises mamans, bien au contraire. Et puis j'aimerais leur dire aussi qu'elles ne sont pas seules. Quand on reçoit ce diagnostic pendant une grossesse, on a l'impression d'être un cas à part, quelque chose d'extrêmement rare. Mais d'autres femmes sont passées par là avant nous, et d'autres malheureusement passeront après nous. Alors accrochez-vous aux gens qui vous aiment, acceptez l'aide que l'on vous propose, et n'oubliez jamais que vous êtes déjà en train de faire quelque chose d'extraordinaire, de créer la vie tout en vous battant pour la vôtre. Aujourd'hui, ce qui me fait avancer, je pourrais répondre ma fille, et ce serait vrai. Mais ce ne serait pas toute la vérité. Ce qui me fait avancer aujourd'hui, c'est un ensemble de petites choses finalement. Ma fille, bien sûr, mais aussi ma fiancée, ma famille, mes proches, tous ceux qui sont là depuis le début. Tous les projets qu'on a encore et qu'on est en train de construire jour après jour. Parmi ces projets, il y en a un qui nous fait beaucoup de bien, celui de préparer notre mariage. Nous nous marions dans un an et demi. Alors oui, on parle décoration, faire part, organisation. ou simplement de comment sera cette journée, ça peut paraître anodin, mais ça nous aide énormément. Parce que ça nous oblige à regarder plus loin, à nous projeter, à imaginer l'avenir. Et puis on se dit souvent qu'en un an et demi, il va s'en passer des choses. Notre fille sera là, les traitements, je l'espère, seront derrière nous. La vie aura continué d'avancer et ça fait du bien de penser à tout ça. Et puis aussi quelque chose de très simple, l'envie de vivre. L'envie de continuer à construire ma vie, de voir grandir ma fille, profiter des gens que j'aime. Je ne me lève pas chaque matin en me disant que je vais gagner un combat. Je me lève simplement en me disant que j'ai encore plein de choses à vivre. Et je crois que c'est ça qui me fait avancer finalement.