- Speaker #0
Salut ! Ça va, français ! Français, c'est le meilleur roman ! C'est un roman britannique !
- Speaker #1
Vous vous considérez-vous un patriote ? Oui ! Qu'est-ce que c'est ?
- Speaker #2
Je me demande si vous pourriez m'aider et me diriger au centre culturel arabe. Il n'y a pas de centre culturel arabe ici. Pas de culture,
- Speaker #1
pas d'histoire israélienne, pas d'arabe, pas de culture du tout. Je vous demande de vous rappeler Israël.
- Speaker #0
Hello, hello, bienvenue sur Falafel Cinéma, le podcast du cinéma israélien. Je suis Yaël et dans ce 36e épisode, nous allons aborder un documentaire passionnant intitulé « L'énigme Chouchani » de Michael Greenspan. Alors, petit teaser, Paris 1947. Un homme arrive. Personne ne connaît son vrai nom. Personne ne sait d'où il vient. Il est crasseux. Il dort sur des bancs, mais quand il ouvre la bouche, il récite le Talmud par cœur, parle 30 langues et bouleverse tous ceux qui l'approchent. Elie Wiesel et Emmanuel Levinas le considèrent comme leur maître absolu. Il s'appelle M. Chouchani et il est l'un des hommes les plus mystérieux du XXe siècle. Michael Greenspan lui a consacré 10 ans de sa vie et a donc réalisé un documentaire fascinant, l'énigme Chouchani, Merci. qui a remporté le prix du meilleur documentaire de l'année en Israël et a dépassé le million de vues en hébreu. Et exceptionnellement, il est avec nous aujourd'hui en Israël, alors que se passe actuellement la guerre avec l'Iran. Bonjour Mickaël, merci d'avoir accepté cette interview sur Falafel Cinéma. Alors, tout d'abord, tu es en Israël, donc comment tu vas ? Comment ça va là-bas ?
- Speaker #3
Bonjour Yaël. Merci de m'interviewer, de me poser cette question. C'est difficile à expliquer. Je crois qu'il y a les grands titres que vous connaissez, le bombardement de nos villes, la course aux abris, les peurs, et en même temps la volonté d'en finir, parce qu'on aimerait enfin aboutir à une paix et qu'on cesse d'être menacé sans arrêt dans cette région. Donc tout ça, c'est mélangé, à la fois un peu d'angoisse, en même temps du bonheur. Voilà, c'est difficile à expliquer, il faut le vivre. Il faut le vivre pour comprendre ce qu'on vit. Mais voilà, la vie est comme en suspens, parce qu'on ne travaille pas et on se déplace peu. Mais peu à peu, on va revenir à la normale.
- Speaker #0
Oui, il faut espérer. d'accord Donc, on est là pour parler de ton film qui va être diffusé pendant le Festival du cinéma israélien de Paris, la 26e édition. Ton film s'appelle « L'énigme Chouchani » . Je voulais savoir, donc, ce personnage mystérieux qui avait un savoir immense. Quand est-ce que tu avais entendu le nom de Chouchani pour la première fois ?
- Speaker #3
Alors, j'avais entendu parler de M. Chouchani il y a bien longtemps, lorsque j'étais en France. adolescent. Je ne me souviens plus si c'est en lisant Elie Wiesel, qui en parle très souvent dans ses biographies et dans ses livres aussi, il y a toujours un personnage qui est un peu inspiré par M. Chouchani, ou si c'est parce que j'ai vu un documentaire à l'époque sur Lévinas. Là aussi, il parlait de son maître prestigieux, mystérieux et redoutable, M. Chouchani. Ça m'avait intrigué mais disons que je ne connaissais pas plus que ça. Je ne connaissais pas... J'avais entendu... ça sonnait à mes oreilles un peu comme un mythe, une légende urbaine comme on dit. Et ce qui a été le déclic pour moi vraiment, c'est la rencontre en Israël avec un élève de Chouchani dans un kibbutz, un vieux monsieur qui avait été donc son étudiant, Avraham Orel, Zirphono Libraha, que ça m'émoque sur la bennou. Parce qu'il m'a dit... qu'il n'avait jamais vu dans le monde un autre personnage comme Ausha. Et donc, c'est un propos assez extrémiste, on va dire, un peu superlatif. Mais il m'a dit, oui, oui, j'ai cherché, j'ai cherché. Je n'ai jamais trouvé quelqu'un d'aussi intelligent, ni un maître aussi bon, ni quelqu'un d'aussi exceptionnel que M. Ausha. Et là, je me suis dit, même si on a très peu d'informations sur ce personnage, ça mérite un film quand même. Parce qu'il a laissé une telle empreinte sur ceux qui l'ont rencontré que ça valait le coup de faire un film.
- Speaker #0
Alors, c'est un film qui a pris du temps pour se faire. Tu as enquêté pendant dix ans sur un homme qui avait tout fait pour laisser aucune trace derrière lui. Je voulais savoir si tu avais motivé pour rester comme ça. aussi longtemps obsédé par cet homme et surtout motivé par aussi la réalisation parce que c'est très long 10 ans.
- Speaker #3
C'est vrai et j'ai l'impression un petit peu qu'il y avait une lutte entre lui et moi. C'est à dire bien qu'il soit mort il y a déjà 50 ans mais c'est vrai qu'il a tout fait pour rester anonyme et qu'on sache rien de lui. Il pensait que c'était pas important de savoir qui il est. Voilà il poussait ses élèves à s'intéresser aux choses de l'esprit on va dire, aux grandes idées. Je n'ai pas toujours cherché le côté voyeuriste. Et donc, à chaque fois que je rencontrais un nouveau témoin et que le témoin me disait « je l'ai fréquenté, je l'ai vu, mais je ne peux rien vous dire, je ne sais pas qui il est » , je lui disais « mais c'est incroyable quand même » . Et donc, je me suis battu. Et d'ailleurs, lorsque j'ai fait face à des problèmes pour la réalisation du film, par exemple, lorsque les téléviseurs israéliens refusaient de me donner des budgets parce qu'ils disaient « c'est un inconnu, personne ne connaît, ça ne va intéresser personne » . Et puis... de parler de quelqu'un qu'on ne connaît pas, ce n'est pas intéressant, etc. Je me disais, c'est Shushani qui a manigancé tout ça. Il ne veut pas qu'on parle de lui et il a réussi. Et au contraire, lorsque je découvrais des informations uniques, et je ne vais pas révéler, mais il y a une découverte en particulier qui a un tournant dans le film. Lorsque je faisais des grandes découvertes à son propos, j'avais l'impression de marquer un point, un peu comme dans une partie d'échec. C'était mon ressenti. Oui, parfois j'ai eu des découragements, parfois je pensais que le film n'aurait jamais lieu. J'ai donné des conférences sur le sujet, ça m'a passionné. Il faut dire, lorsqu'on est passionné pour un sujet, que ça dure un mois ou dix ans ou cinquante ans de travail, ça passe rapidement. C'est ça la question. Et donc parfois j'avais l'impression que ça n'arriverait jamais. J'ai donné des conférences, il y a des gens qui ont pris des notes dans mes conférences et qui ont sorti des informations que j'avais données confidentielles. J'ai eu des tas d'histoires. les témoins qui sont morts juste avant que je les rencontre, par exemple en Uruguay, parce que M. Chani était donc un juif errant qui a parcouru le monde entier, il est passé par la France, l'Afrique du Nord, les Etats-Unis, certains disent les Indes, il se fait aller en Inde, et il est mort en Uruguay. Et je devais rencontrer un élève, un élève vraiment important de M. Chani, lorsque j'arrive, il est enterré. C'est-à-dire, pendant le moment où j'arrive là-bas, il est mort. Donc, j'ai subi pas mal de revers, mais d'abord, comme je vous ai dit, ça m'a passionné. Ensuite, j'ai rencontré des gens extraordinaires, que ce soit une interview exclusive d'Elie Wiesel juste avant sa mort. Ça n'a pas de prix, ça n'a pas de prix d'interviewer Elie Wiesel à propos de son maître Shushani. Juste, c'était un an avant sa mort, je crois que c'est sa dernière interview.
- Speaker #0
Et ça n'a pas été facile de l'interviewer.
- Speaker #3
C'est vrai, En Israël, il y a un critique qui a dit « Michael, là, fais comme un petit borate gentil, comme, vous savez, Sacha Baron Cohen dans Borate. » Parce qu'en fait, j'y suis allé au culot, à la choutspas israélienne, je suis allé là-bas le rencontrer sans rendez-vous parce qu'il refusait tous les entretiens. Donc, j'ai eu cette récompense de rencontrer des gens passionnants, des grands intellectuels et des gens simples aussi. qui m'ont ouvert leur cœur, qui m'ont raconté ce que c'était d'avoir rencontré ce grand génie qui était Shani. Et enfin, la grande récompense que j'ai eue, on en parlait avant l'émission hier, c'est que le film a été un succès incroyable à sa sortie. Il est devenu un film culte selon les propos du Jerusalem Post. C'est-à-dire que non seulement ça a plu aux intellectuels et à ceux qui connaissaient déjà un peu l'histoire, les penseurs, les philosophes, mais aussi les Israéliens du quotidien, les enfants. les religieux, les athées, et comme j'apparais pour la première fois dans un film, en Israël, on me reconnaissait dans la rue, et ça a été incroyable, j'ai reçu des appels à la maison, et les gens sont allés le voir plusieurs fois de suite, il y a des gens qui l'ont vu, ils ont payé leur place dix fois, dix fois, je n'ai jamais vu ça pour... Certains disent qu'il est devenu un mainstream, c'est-à-dire que Shushani est devenu un peu comme une marque, tout le monde a parlé de ça, tout le monde a parlé de ça pendant cette année de guerre, c'est-à-dire 2024. Il est passé à la télé en 2024 et il est passé depuis plusieurs fois. Maintenant, ça me fait plaisir qu'il arrive enfin au festival islamien. du cinéma israélien de Paris.
- Speaker #0
Ah oui, il faut absolument que les festivaliers aillent le voir. Et je voulais savoir, depuis la sortie du film, si tu avais eu de nouveaux témoins, si tu avais fait des nouvelles découvertes sur ce personnage hors normes.
- Speaker #3
Déjà, il faut dire que je savais d'avance que dans un film d'une heure et demie, on ne pouvait pas tout mettre. Ça a été un crèche-cœur. J'ai rencontré des témoins extraordinaires que je n'ai pas pu inclure dans le film. Et puis même les entretiens, par exemple, avec Elie Wiesel. J'ai 40 minutes d'entretien exclusif avec Elie Wiesel. Dans le film, j'en ai mis que 6 minutes. Il y a donc énormément d'informations que j'ai récoltées sur M. Chesani, exclusives, que je n'ai pas pu mettre dans le film. Donc, je pourrais peut-être faire un jour une suite série sur le personnage. Et effectivement, lors des projections, il y a certains personnages âgés, puisqu'il faut dire quand même qu'il est mort en 1968. Il y a des gens qui l'ont connu en Uruguay lorsqu'ils étaient jeunes. J'ai reçu des tas de messages et j'ai rencontré des tas de témoins. Et chacun ajoute une petite pierre. Alors souvent, les propos se répètent. On me dit, voilà, il avait l'air d'un clochard ou d'un clown. Et c'était un génie et il parlait toutes les langues, etc. Donc ça, c'est un peu des propos répétitifs. Mais parfois, une anecdote, vous savez, un souvenir, c'est curieux comme la mémoire marche. un petit détail éclaire le personnage d'une autre façon et ce qui m'intéressait aussi c'est comme c'est un personnage mystérieux si vous voulez peut tout dire sur lui qu'il était religieux ou pas religieux qui certains disent qu'il n'était pas joli voyez on a tout entendu ou qu'il n'existait pas certains pensent que c'est une légende urbaine qui n'a jamais existé donc chacun il projette un petit peu sa personnalité qui fait que certains en voient en lui un hérétique, un révolutionnaire, d'autres voire lui, un penseur. Chacun projette. Et ça m'a vraiment intéressé d'entendre les interprétations de mon film, parce que c'est un film aussi sur l'interprétation. Vraiment de personnalités différentes et de courants d'idées différentes. Il a tellement bien marché en Israël que je suis un artiste comblé.
- Speaker #0
Ça, c'est la plus belle des récompenses sur ce long travail. Je voulais savoir, qu'est-ce que tu dirais à quelqu'un qui n'a jamais entendu parler de Chani pour lui donner envie de voir le film ?
- Speaker #3
D'abord, M. Chani fait partie des hommes les plus mystérieux de tous les temps. Il y a une liste comme ça qui court sur Internet. Vous savez, il y a les hommes les plus riches du monde, il y a les hommes les plus beaux du monde. Il y a une liste comme ça sur les hommes les plus mystérieux au monde. avec le masque de fer par exemple, il y a certaines personnes, on ne sait pas quelle était leur véritable identité. Donc à l'apparence, comme on l'a dit, de clochard, un juif errant qui allait partout, etc. Et surtout, cette caractéristique, c'est que les gens qui l'ont même rencontré pendant une demi-heure, comme par exemple Claude Rivlin, témoignent pourtant que c'est le plus grand génie, ils n'ont jamais rencontré de l'homme. donc mystérieux, clochard, génial, je pense que déjà, ça devrait attiser la curiosité. Et en plus, si on dit que c'est une histoire vraie, ce n'est pas non, ni un conte de Peretz, ni de Bachelet-Wilzinger, mais c'est une histoire vraie. C'est... Voilà, et si je vous dis en plus que dans le film, il y a des révélations et des informations qui n'ont jamais été publiées, je pense qu'il y a tous les éléments pour... Vous savez, de toute façon... De toute façon, la salle sera plaide, de toute façon, et il y aura d'autres diffusions parce que c'est ce qui s'est passé en Israël. Donc, j'ai déjà un producteur, un distributeur, David Odier, qui commence à proposer le film dans des salles en France. Et je n'ai aucun doute que le film va être vu et va faire parler en France.
- Speaker #0
En tout cas, on te souhaite tout le succès que ce film et que toi, tu mérites, vous méritez. Et... Et oui, un projet de série, ce serait très bien avec une publication de toutes les archives que tu n'as pas pu publier. Donc, on espère te voir bientôt au festival.
- Speaker #3
Oui, j'espère qu'il y aura des vols.
- Speaker #0
Une real life, comme disent les jeunes. Et face au public, et puis pour échanger de vieux voix sur ton beau film. que j'encourage tout le monde à aller voir. Merci beaucoup, Mickaël.
- Speaker #3
Merci à elle et merci à tous vos auditeurs. sur Harafel Cinéma.
- Speaker #1
Special for you to remember Israel.