- Speaker #0
Salut ! Ça va français ? Français, c'est le meilleur roman ! C'est un roman britannique !
- Speaker #1
Vous vous considérez-vous un patriote ? Oui ! Qu'est-ce que c'est ?
- Speaker #2
J'ai changé. Je me demandais si vous pouviez m'aider et me diriger au centre culturel arabe. Il n'y a pas de centre culturel arabe ici. Pas de culture,
- Speaker #3
pas d'histoire israélienne, pas d'arabe, pas de culture du tout. Oui, j'aime bien. C'est spécial pour vous de vous souvenir d'Israël.
- Speaker #0
Hello, hello ! Bienvenue sur Falafel Cinéma, le podcast du cinéma israélien. Dans ce 37e épisode, je vous emmène à la découverte d'un court-métrage israélien très original qui sera diffusé dans le cadre du Festival du cinéma israélien de Paris le samedi 21 mars avant le long-métrage « Oxygène » de Nathalie Braun à 18h30. Ce court-métrage s'intitule « Shiftown » et il est réalisé par Bye. Ilal Benzev Perlov et le sujet, c'est celui de l'armée. Je vais vous lire le petit texte écrit par le réalisateur. Le film retrace mon parcours de jeune photographe confronté aux dures réalités de la politique de mon pays lors de mon service militaire obligatoire de trois ans. Dans une base d'artillerie du désert du Negev, armée d'un appareil photo argentique, je documente mon quotidien pour tenter de trouver une lueur d'espoir au milieu... de la brutalité imposée. Alors ce court-métrage a remporté de nombreux prix.
- Speaker #1
C'est une coproduction franco-israélienne et exceptionnellement le réalisateur donc Hillel Ben Zeev-Perlov est avec nous aujourd'hui.
- Speaker #0
Alors shalom Hillel, merci d'avoir accepté cette interview sur Falafel Cinéma. Avant de commencer à parler de ton film, je voulais savoir au Comment tu es allé, vu les circonstances ?
- Speaker #4
Ça va, je suis en France, ma famille est en France, ma soeur est à New York, ma tante et mes cousines sont à Athènes. Donc, pratiquement tout le monde est parti d'Israël. Malheureusement, c'est très triste, mais on se sent qu'il n'y a plus la sécurité en Israël depuis, malheureusement, déjà beaucoup d'années. donc de plus en plus de gens qui sont des penseurs des médecins tout le monde part mais moi ça va bien c'est juste la morale qui est un peu en baisse je comprends et justement ton film
- Speaker #0
Shift Town parle de ce sujet parle de la guerre parle de l'armée je voulais savoir Quand on regarde Shivton, on sent que l'appareil photo, parce que tu es photographe, ce n'est pas seulement un outil, un médium pour documenter, mais c'est aussi une façon de tenir à distance ce que tu vivais. Je voulais savoir à quel moment tu avais compris que l'appareil photo pour toi, c'était une façon de te protéger et de résister aussi intérieurement à ce que tu vivais.
- Speaker #4
Je ne pense pas que je comprenais... Ces idées que je représente dans le film à l'époque, parce qu'à l'époque j'avais 18, 19, 20 ans, et je suivais ce que je devais suivre. J'étais quand même assez conscient du système et des choses inégales qui m'ont été imposées. Mais je pense que l'utilisation de la caméra, enfin de l'appareil photo argentique à l'époque n'était pas consciente du même niveau que je représente dans le film. C'est-à-dire que je prenais des photos parce que ça m'a fait du bien, mais je n'ai pas compris que ça m'a permis, que ça m'a permis d'être libéré.
- Speaker #0
Et tu faisais de la photo avant d'aller à l'armée déjà ?
- Speaker #4
Oui, oui, je fais des photos. Cet appareil photo avec lequel je fais les images qui sont représentées dans le film, je l'avais reçu pour mon anniversaire de 13 ans.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #4
Pour ma bar mitzvah de la part de mon oncle qui est un soundman, il est ingénieur de son. pour le film et la télévision. Il travaille sur le terrain pour le moment à Athènes.
- Speaker #0
Wow, OK.
- Speaker #4
Et lui, il est photographe, on va dire amateur, parce qu'il ne fait pas ça pour sa vie, mais il est photographe très doué qui continue un peu le... l'état d'esprit de mon grand-père, parce qu'il était très proche de lui, mon grand-père David Perlov, qui était photographe cinéaste. Donc,
- Speaker #0
c'était ton père.
- Speaker #4
Oui.
- Speaker #0
J'étais pas sûre. Oui,
- Speaker #4
donc, mon oncle m'a offert cet appareil photo pour mon bar mitzvah. À l'époque, je prenais des photos avec lui, avec cet appareil photo argentique, mais je l'ai abandonné à un moment. et je ne faisais que des photos avec mon téléphone ou des photos numériques. Mais quand je me suis enrôlé, enfin, j'étais enrôlé à l'armée, j'ai repris l'appareil photo argentique parce que ça m'a paru justement un outil. Peut-être que j'avais compris la force qu'il incarne en lui, l'appareil argentique, parce que ce n'est pas pareil. téléphone.
- Speaker #0
Bien sûr, et puis on ne peut pas voir ce qu'on a pris en photo tout de suite, on ne peut pas refaire ou corriger ou recadrer, c'est figé.
- Speaker #4
Oui, c'est comme si c'est figé, c'est-à-dire que c'est plus un appareil photo argentique, c'est plus l'expression du temps et l'expression c'est-à-dire La perception du temps, elle est beaucoup plus réelle que la perception avec l'appareil photo-numérique, et surtout avec le téléphone qui est très immédiat, la relation est très immédiate. Puisque j'étais enrôlé pour un service obligatoire de trois ans, donc ça m'a paru, ça m'a attiré de prendre des photos avec l'appareil argentique parce que j'étais bloqué dans ce temps infini.
- Speaker #0
Du coup, tu as dû prendre des milliers d'images. Donc, tu les faisais développer une fois par an ? Enfin, comment tu as fait le process ?
- Speaker #4
Je n'ai pas pris autant de photos que ça. Je pense avoir pris... C'était au moyen une pellicule par semaine. Donc, 36 photos, 35 photos, on va dire, par semaine. Et donc, on va dire 150 semaines. donc Oui, à peu près mille photos, on va dire. Mille images tout au long de trois années. Et oui, donc je faisais cinq jours dans la base militaire. Et chaque week-end, j'allais développer la pellicule à Tel Aviv quand je revenais chez moi, quand je retournais chez moi à Tel Aviv.
- Speaker #0
Comment réagissaient les autres soldats ? Est-ce que ça t'a isolé par rapport à eux ou ça t'a permis parfois de créer du lien ? parce que tu as vécu des choses très difficiles sur le plan corporel dans les relations qu'il y avait avec les autres soldats il y avait beaucoup de harcèlement aussi qu'est-ce que ça t'a permis à la fois de te faire des amis ou
- Speaker #4
t'isoler oui j'étais très isolé dès le début parce que même hors la question de photographie de la caméra de l'appareil photo J'étais très isolé parce que je suis, et j'étais à l'époque, mais même plus maintenant, je suis un être, on va dire pacifiste. Et donc, pour moi, j'étais comme un alien, enfin, comme un extraterrestre là-bas. Je ne comprenais pas ce que je faisais là-bas et j'étais en rage vers tout ce qui se passait dans cette base, que ce soit la façon de... des commandants et comment ils me parlaient, soit juste l'ambiance très violente, qui est typique pour une base militaire d'artillerie. Donc, oui, j'étais assez extraterrestre là-bas, isolé, je veux dire, dès le début. Et oui, le fait que j'étais photographe, ça m'a même exclu. plus que ça, parce que non seulement que j'étais bizarre, c'est-à-dire que je n'ai pas respecté les règles, j'étais avec la chemise dehors de mon pantalon, j'étais avec la casquette en arrière, avec mes lunettes de soleil, puisque j'étais en rage la plupart du temps. Donc, de plus, j'avais un appareil photo argentique, donc ce qui m'a vraiment rendu très bizarre, aux yeux des autres, je veux dire. À la fin de mon service, je pouvais me reconnecter avec les gens. je vais dire, je pouvais aller vers les gens, vers la compréhension des gens parce que déjà, j'étais plus proche à la fin du service, donc j'étais un peu plus léger. Mais quand tu l'as demandé, oui, l'appareil m'a permis de me connecter avec les gens parce que ça a créé un lien avec cet outil.
- Speaker #0
Et je voulais savoir, quand tu as fait ce film, donc tu as commencé pendant le COVID, je crois. Qu'est-ce que tu voulais éviter de dire dans ton film de ce qui avait déjà été dit sur l'armée, par exemple, sur la façon dont est perçu Israël et c'était quoi le but dans ton récit ? En fait, ce qu'on voit souvent dans les films sur l'armée, c'est soit des films qui dénoncent vraiment le service militaire, soit des films qui montrent plutôt la fraternité, un peu dans l'absurde. Là, c'est vraiment quelque chose de... de très original dans ton film. On voit beaucoup de solitude, en fait. Et donc, je voulais savoir, est-ce que tu avais cette idée-là au départ quand tu as montré, tu as réalisé ton film ou c'est venu au cours de la réalisation ?
- Speaker #4
Je vais représenter mon histoire personnelle, ce qu'il raconte, ce qu'il raconte, comme tu le dis très bien. Un isolement extrême d'une personne qui n'est pas d'accord avec où elle se trouve, mais impuissant parce que c'est obligatoire. Mais au fur et à mesure, j'ai compris que mon histoire personnelle, elle ne représente pas que moi-même, elle représente toute une société, la société israélienne, où elle vit dans un pays... où c'est obligatoire d'aller à l'armée. Donc, avec cette... Je voulais prendre ma prise de vue assez isolée, assez individuelle, pour parler du nom de la société israélienne. Donc, on se trouve à 18 ans sans forcément vouloir. Donc, je suis, comme je l'ai dit, de toute façon, je suis contre la guerre. Après... Je pense que depuis le 7 octobre, ça a été plus difficile pour moi parce que j'ai commencé à questionner même cette idée en moi qui est contre la guerre. Parce que je me suis dit peut-être que c'est inévitable d'aller vers la guerre. Donc c'était plus dur pour moi. Mais ce que je voulais représenter dans le film, c'est le fait que non seulement c'est le service obligatoire qui... qui est toujours présente. C'est en fait les guerres qui sont toujours présentes partout. Donc, que ce soit en Israël ou ailleurs, ça va toujours revenir si on ne va pas parler de l'individu et de la souffrance qu'on fait tous partie.
- Speaker #0
Justement, le film donne l'impression d'un dialogue entre le jeune homme que tu étais et le cinéaste que tu es devenu. Est-ce que ce film a permis de rapprocher ces deux versions de toi ou est-ce que ça a au contraire creusé la distance entre les deux ?
- Speaker #4
De la manière du cinéma lui-même, de l'acte de faire du cinéma, ça m'a beaucoup rapproché, ça m'a connecté moi parce que c'est un film sur mon expérience vécue. et l'artisanat, enfin le métier du cinéma, parce que je montre dans le film comment je replonge dans les photos à travers le processus argentique, en tout en développant mes photos de l'époque. Donc c'était comme un atelier de mémoire, donc tout a un peu été en convergence. Mais oui, c'est juste que le travail était très long.
- Speaker #0
Ça t'a pris combien de temps ?
- Speaker #4
Donc ça m'a un peu... J'ai travaillé sur le film cinq ans, on va dire. Mais si on inclut dedans le service militaire, ça fait dix ans. mais non je veux dire ça m'a plutôt rapproché à moi-même comme réalisateur parce que j'ai pu prendre la La force, je veux dire, le fait que je tiens mes archives, c'est devenu ma force dans la création. du film.
- Speaker #0
Je veux savoir, le film est aussi une coproduction franco-israélienne. Est-ce que le fait que ce soit une coproduction franco-israélienne, ça t'a donné plus de liberté ?
- Speaker #4
Oui, je pense que le fait que ce soit une production israélienne et française, ça m'a donné plus de liberté parce que déjà, heureusement, j'ai eu plus de... plus de moyens pour faire le film. Et aussi, je pense que puisque j'ai eu cette prise de vue française, j'ai pu aller vers l'universel, vers le plus loin que mon pays, où je n'ai vu, où je ne vis plus. Donc, ça m'allait très bien. Et je pense que oui, avec le fond que j'avais, j'ai pu filmer ici, en Israël. Et donc, j'ai eu plus de liberté, oui.
- Speaker #0
Comment le film a été perçu en Israël ? Il a été projeté, je crois, en Israël ?
Le film a été projeté en Israël lors du festival de Docavive en mai 2025. Et il avait un prix au festival de musique et cinéma à Marseille. Donc, Aviv, écoute, il a été très bien accepté. Il y avait trois projections, la salle était pleine. Et oui, j'avais de bons retours. Après le festival, je l'ai projeté à une galerie qui s'appelle The Photo House, la maison de la photo. C'est une galerie qui représente un travail... d'un photographe israélien qui prenait des photos pendant la création de l'État. Et donc, elle représente et elle vend des photos de ce photographe. Mais il y a une galerie où on peut exposer. En bref, j'ai exposé mon travail photographique du film. Donc, j'ai fait une exposition de photos qui sont dans le film et projection dans la même galerie en même temps. C'était où ?
- Speaker #4
C'était à Tel Aviv.
- Speaker #0
À Tel Aviv.
- Speaker #4
Et donc, dans cette... Aussi, j'ai fait trois ou quatre projections qui étaient pleines, mais après, j'avais des retours un peu plus différents. Et oui, il y en a certaines qui ont été en colère vers moi ou qui n'ont pas compris ce que je voulais dire. C'est-à-dire, il y avait des gens qui pensaient que je prends une position anti-israélienne, alors que... Alors que je prends une position qui est nuancée, on va dire. Parce qu'elle ne représente pas un narratif politique. Donc il y a des gens qui ont analysé ma position comme si c'était une position politique et directe. Mais c'est eux qui ont fait cette analyse en fait. Mais non, en général le retour était très bien.
- Speaker #0
et voilà donc qu'est-ce que tu dirais au public français pour donner envie de voir ton court-métrage qui passe le samedi 21 mars à 18h30 avant le film
- Speaker #4
Oxygen de Nathalie Brown oui au Majestic Passy et il y a encore une projection au musée d'art et d'histoire du judaïsme au Marais dans le Marais le dimanche 22 du coup . À 10h30 le matin, il y aura un Q&A, question-réponse, avec moi après la projection, mené par Ariel Schweitzer. Et qu'est-ce que je dirais aux spectateurs français ?
- Speaker #0
Et aux spectatrices ?
- Speaker #4
Je dirais, tout d'abord, j'aimerais bien que vous veniez voir mon film. Mais d'autant plus que je... Je pense que c'est une opportunité de voir des photos d'il y a dix ans, des vues assez rares qu'on ne voit pas dans le cinéma israélien, je trouve, mais d'un point de vue assez spécifique. C'est-à-dire, je crois que mon film représente un point de vue qu'on ne voit pas beaucoup, donc je recommande. C'est très beau, les images. Tu filmes, je suis très content.
- Speaker #0
D'ailleurs, je l'ai vu là sur un petit écran et j'irai le revoir avec plaisir sur grand écran. Il est vraiment très beau. Puis on voit les images classées à l'UNESCO. aussi j'avais une dernière question sur cette filiation en relation avec ton père qui est dans le film et celle de ton grand-père qui est cinéaste on a l'impression que tout ça est comme une boucle un peu c'est comme une évidence non ?
- Speaker #4
oui alors mon père mon grand-père est cinéaste il est le père de ma mère et c'est ma mère qui a monté le film Merci. Donc oui, il y a comme un boucle qui se ferme, mais il ne se ferme pas encore parce que je suis toujours en train de faire du cinéma, j'espère. Mais oui, oui, il y a tout à fait, j'ai bien réfléchi, je réfléchis toujours et je prends l'inspiration du travail de mon grand-père qui faisait des documentaires dans les années 60-70, voilà. Et oui, c'est des grandes chaussures, c'est ce que je dis souvent, que je dois me mettre, ouais.
- Speaker #0
Oui, parce qu'il y a un de ses films qui sera projeté au festival aussi, si je ne me trompe pas.
- Speaker #4
Oui, il y a un film de mon grand-père, un film de fiction, qu'il a réalisé dans les années 60. Son premier long métrage de fiction qui est extraordinaire avec Yossi Banaï qui est un comédien énorme et d'autres comédiens. C'est vraiment très beau. Et d'autant plus, la projection Hommage au Musée d'art d'histoire du judaïsme est très importante pour moi parce qu'il y avait une rétrospective. des films de mon grand-père en 2018 là-bas. Donc pour moi, c'est une fierté.
- Speaker #0
Tu peux être très très fier de ton travail.
- Speaker #4
Merci.
- Speaker #0
Merci beaucoup, Hillel, d'avoir été avec nous aujourd'hui. Donc rendez-vous au Festival du cinéma israélien de Paris à partir du 17 mars. Merci à toi, Merci d'avoir écouté Falafel Cinéma et à bientôt pour un prochain épisode.