- Speaker #0
Pourquoi tous les ados veulent-ils les mêmes baskets, le même téléphone ou le même suite ? Et surtout, comment réagir quand son enfant réclame ce qu'il voit partout sur TikTok ? Entre envie de s'intégrer, pression des tendances et budget des parents, comment trouver le bon équilibre sans minimiser ce qui compte vraiment pour eux ? Bienvenue dans Family Talks, je suis Caroline Ménager, fondatrice de Pixpay. Ici, on donne la parole à ceux qui vivent la parentalité au quotidien. Avec des parents, des ados et des experts, on décrypte les codes de l'adolescence et on prépare au mieux l'avenir de nos enfants. Psst, avant de commencer, abonnez-vous à notre podcast. Aujourd'hui dans Family Talks, on en parle avec Elisa, qui est CPE, et que tu as créé un cabinet spécialisé dans l'accompagnement des parents pour la gestion et la résolution des conflits.
- Speaker #1
Oui, tout à fait, merci à vous.
- Speaker #0
Alors, Elisa, on va commencer déjà par un petit travail d'explication, parce que moi j'avoue que ça m'a fait du bien d'avoir un petit rappel. Qu'est-ce que tu fais en tant que CPE ?
- Speaker #1
Bon, CPE c'est un métier, donc ça veut dire déjà conseillère principale d'éducation. C'est un métier un peu méconnu, parce que parfois on a un peu le... L'image en tête de celui qui donne uniquement des heures d'école, alors c'est pas du tout ça, en fait on a plusieurs casquettes. Premièrement, on est dans le suivi des élèves, que ce soit sur le plan individuel et collectif. Donc on travaille étroitement avec les enseignants, avec les parents aussi qu'on reçoit de manière très régulière, les élèves et ainsi que la direction. On est un petit peu en milieu de tous ces gens-là. Donc on a ce premier point qui est le suivi. Deuxièmement, on est aussi le chef de service des assistants d'éducation. On connaît son nom de surveillant aussi. Donc on a aussi un petit peu le managerial. Et troisièmement aussi, on est impliqué dans la vie politique, je dirais, de l'établissement, à savoir parce qu'on a un petit peu les yeux et les oreilles, on est sur le terrain en fait. Donc ça nous permet aussi de prendre des décisions quand il faut revoir le règlement intérieur, par exemple. On va voir la direction en disant, voilà, il faut qu'on rétablisse certaines choses. Et aussi sur tout le côté événementiel de l'établissement, à savoir organiser avec les élèves, par exemple, que ce soit le carnaval, les journées des talents, on organise aussi... Un petit peu tout ça. Donc en fait, nous, on gère vraiment toute la partie hors temps de classe. Quand les élèves sont en classe avec les enseignants, ils sont avec les enseignants. Et qu'après, à partir du moment où ils sortent de la classe, nous, on gère tous ces temps-là.
- Speaker #0
Très bien. Donc tu as vraiment un pôle assez central pour voir ce qui se passe, ce qui se joue dans la cour de récréation. Pas dans la classe, mais dans la cour de récréation. Et aussi les interactions entre les parents et les enfants, vu que tu vois effectivement souvent les parents dans ton bureau. Je suis ravie en tout cas d'aborder ces questions aujourd'hui avec toi. La première thématique qui m'intéresse, c'est un petit peu ce que toi tu vas pouvoir voir sur le terrain, parce que j'imagine que c'est ton bureau, mais que tu passes aussi un peu de temps dans la cour de récréation. Est-ce que toi tu as déjà vu des objets ou des marques devenir des vrais marqueurs sociaux, des incontournables au sein d'un groupe, de ton expérience en collège ?
- Speaker #1
Complètement. Dans les cours de récréation, c'est un vrai terrain sociologique. J'ai même parfois des élèves qui viennent nous voir et qui se disputent parce qu'en effet, ils n'ont pas tel ou tel vêtement de marque qui a pris une ampleur dingue. Et typiquement, les chaussures Nike, je pense que ça traverse toutes les générations, mais c'est vraiment un incontournable. Je sais que cette année, il y avait aussi les t-shirts, tous les élèves avaient ce t-shirt dans la cour. Un espèce de t-shirt noir avec le palmier sur un fond rose et rose, rose et jaune. Je ne l'ai pas,
- Speaker #0
mais rose et orange.
- Speaker #1
Ouais, un palmier rose et orange sur un t-shirt noir, le t-shirt de foot, il y a des objets, et le téléphone, l'iPhone, le dernier iPhone aussi, où les élèves discutent beaucoup de ça, de quel type de téléphone ils ont entre eux.
- Speaker #0
Et donc toi, ça, c'est des conflits qui vont arriver jusqu'à ton bureau, en fait. C'est suffisamment important et suffisamment fort dans la vie des enfants pour que ça puisse être un motif d'aller voir la CPE du collège.
- Speaker #1
Tout à fait, et ce que j'expliquais tout à l'heure, en fait, c'est que moi, je m'en souviens, un jour, ça m'a complètement marquée. des élèves qui s'étaient battus, donc je les reçois. Et là, j'essaie de comprendre un petit peu pourquoi ils s'étaient battus. Et là, j'ai un élève qui me dit, « Oui, mais lui, il est en train de me dire que je m'habille à Clignancourt. » Je dis, « Mais qu'est-ce que c'est, Clignancourt ? » Et là, il m'explique en fait que ça marchait au puce. On trouve des vêtements un peu de contrefaçon. Il me disait, « Mais en fait, il est en train de dire que je porte des fausses Nike. » Et en fait, c'était hyper prénat. Je dis, « Mais vous dites ça souvent. » Et en fait, ils m'ont expliqué que c'était très récurrent qu'entre eux, ils regardent si c'est des vrais... des vrais Nike, du vrai Adidas, du Puma. C'est hyper prégnant et bien plus que ce que je l'ai pensé.
- Speaker #0
Et comment tu fais pour résoudre ce type de conflit sans rentrer dans le secret professionnel ? Mais qu'est-ce qu'on arrive à dire à des enfants qui arrivent avec ce conflit-là ?
- Speaker #1
On déconstruit pas mal de choses. Parfois, il y a juste des antécédents. Parce qu'on dit, attends, si toi, je ne sais pas, tes parents n'ont pas réussi à te payer la dernière paire de Nike, est-ce que toi, t'aimerais bien qu'on vienne et qu'on te dise que tu n'as pas la dernière paire de Nike ? Et en fait, essayer un petit peu de se mettre à la place de l'autre. Enfin voilà, on parle beaucoup d'empathie aujourd'hui. Un petit peu aller sur ce terrain-là. Et parfois, ils peuvent dire, bah oui, moi c'est vrai que peut-être que j'ai le dernier t-shirt Adidas, par contre j'ai pas le dernier iPhone. Bah voilà, est-ce que toi ça te ferait plaisir si on te dit ça ? Et déconstruire un petit peu, essayer de redescendre le conflit de cette manière-là.
- Speaker #0
Et c'est des choses qui arrivent à fonctionner, derrière tu sens que ça apaise vraiment les...
- Speaker #1
Ça peut apaiser. Alors parfois, quand on va dire que le conflit, il n'y a que ça. Après parfois, il y a aussi des choses encore sous-jacentes.
- Speaker #0
J'imagine que ça peut être assez complexe. Est-ce que tu vois dans ton établissement des différences peut-être entre les garçons, les filles ? Est-ce que tu vois qu'il y a des groupes qui sont peut-être plus sensibles à ces questions-là ? Ou est-ce que c'est quelque chose quelque part d'uniformément réparti entre les genres ?
- Speaker #1
Je dirais que les deux groupes, que ce soit filles ou garçons, ils ont tous un petit peu, on va dire, cette pression. Par contre, ce ne sont pas les mêmes codes. Les filles, ce sera peut-être plus la manière de se coiffer. Des cheveux très lisses, très en avant, la certaine étude de maquillage. Et moi, cette année, quelque chose aussi qui m'a interpellée, c'est un certain type de manucure. Où les filles, il y avait assez un code où tout le monde avait un peu la même manucure. Donc très féminin. Et côté garçon aussi, il y a la coupe de cheveux. Il y a une certaine coupe de cheveux qui revient aussi souvent à la mode. Des t-shirts beaucoup de foot, des affaires de sport ou des chaussures. qui reviennent. Donc c'est vrai que c'est pas les mêmes choses. Par contre, à la fois les garçons et les filles ont une certaine pression.
- Speaker #0
Est-ce que tu vois des modes, typiquement tu parlais du t-shirt avec le palmier, est-ce que tu vois des modes apparaître et disparaître aussi vite quelque part qu'elles sont arrivées dans le panorama ?
- Speaker #1
Je sais pas, alors en plus moi je suis mauvaise là-dessus. J'ai vu des choses apparaître, je comprenais pas, donc je demandais parfois aux assistés en éducation, disant mais c'est quoi ce truc que je découvre ? Enfin c'est la tendance TikTok, le prochain de basket, des espèces un peu en plastique, toutes trouées. Alors, ce n'est pas les crocs, mais c'est un autre modèle de basket qui, d'un coup, était apparu. Mais alors, quand ça disparaît, j'y vois moins, en tout cas.
- Speaker #0
Et si tu reçois des parents dans ton bureau, est-ce qu'ils peuvent arriver avec des questions sur ces thématiques ou des inquiétudes sur ces thématiques de style ou de look ? Est-ce que c'est des problématiques que les parents amènent dans ton bureau ?
- Speaker #1
Ça peut. C'est pas du tout la majorité des parents que je vois, en tout cas c'est pas pour ces questions-là. Quelque chose qui peut revenir souvent quand on voit des parents, c'est la problématique du téléphone. Des parents ne savent pas forcément comment gérer le téléphone. Mon enfant me demandait un smartphone, par contre on ne sait pas trop comment le gérer, ça, ça peut arriver. Voilà, je dirais que c'est principalement vis-à-vis du téléphone. Après, par rapport au look, beaucoup moins.
- Speaker #0
Et tu vois des erreurs des parents sur ces sujets-là, des conseils que tu pourrais leur donner sur la bonne manière ? Peut-être sur le téléphone, du coup, sur le fait d'avoir le bon téléphone versus le téléphone qui met la honte à l'enfant. Est-ce que tu as des conseils à leur apporter pour dédramatiser quelque part ce sujet-là ?
- Speaker #1
Oui, alors, je pense qu'il y a à la fin mon rôle de maman qui m'a parlé, mais je pense qu'il ne faut pas forcément céder sur tout. Alors, c'est très compliqué, ça, j'entends, mais il y a des choses. En fait, le parent, il connaît les enjeux un petit peu derrière tout ça. Quand on met un smartphone dans les mains d'un enfant, l'adulte, très souvent, sait un petit peu ce qu'on offre à son enfant. L'adolescent, lui, est... pas du tout conscient de ce qui peut se passer, que ce soit sur le côté addictif, ce à quoi on est exposé. Je pense qu'il ne faut pas céder. En tout cas, il faut discuter et accompagner son enfant sur ces choses-là. Parfois, je pense que les parents ne sont tout simplement pas au courant de ce qui se passe, de ce qu'un adolescent peut faire avec un smartphone. Ils peuvent aller très loin. Donc, de se pencher un peu sur la question. En tant que parent, vraiment, essayer de creuser le fond de la question. Qu'est-ce qu'un smartphone permet ? Et puis, échanger avec son enfant sur l'utilisation, sur tout ça.
- Speaker #0
Alors, on voit parfois dans la cour de récréation des choses, tu parlais des baskets à trous, des choses qui sont parfois un peu farfelues, arriver soit aux pieds, soit sur les tenues des enfants. Comment tu peux expliquer le fait que parfois quelque chose qui était profondément ridicule un an avant va devenir la tendance absolue ? Est-ce qu'il y a vraiment un désir mimétique des enfants de se dire c'est ce truc qu'il me faut et en fait je m'en moque un peu ? C'est le désir des autres enfants qui fait que cette chose va me paraître belle ?
- Speaker #1
C'est une super bonne question, c'est hyper intéressant. Il y a beaucoup de choses à dire. En fait, je vais remonter un petit peu, je vais aller un peu sur le terrain sociologique. En fait, l'imitation, c'est un des mécanismes les plus importants de la vie sociale. En fait, on imite en permanence, que ce soit dès qu'on est, à toute notre vie. En fait, on imite un enfant, il imite ses parents, on imite tout le temps. Et en fait, on se rend compte qu'un objet, il n'a pas de valeur. en lui-même. Il a de la valeur parce que ça va être le regard que les autres portent sur cet objet. Typiquement, un exemple, une chaussure qu'on va trouver très moche, cette fameuse chaussure trouée, elle sort, elle n'est pas très connue, moi je la trouve moche. Dans un an, je vais voir que j'ai trois copines qui les ont. Puis je vais voir, finalement, dans la cour de récréation, tout le monde les a aussi. Puis là, je vais voir sur mon fil Instagram, purée, mais en fait, il y a même... mon idole qui les porte. Et là, je vais porter un regard forcément différent, sans pour autant les apprécier et les acheter. Par contre, je ne les verrai pas aussi moches que je les avais vues dès le départ. Et ça, c'est vraiment un processus, et c'est inconscient évidemment, mais en fait, on est dans l'imitation et si les adolescents aujourd'hui ont autant d'objets en commun, ils s'habillent un petit peu de la même manière, en tout cas, ils apportent de l'importance aux objets, un petit peu de manière... Enfin, ils apportent de l'importance aux mêmes objets. C'est parce qu'il y a de l'imitation. Il y a de l'imitation et un objet va prendre de la valeur parce que tout le monde finalement désire ce même objet-là.
- Speaker #0
Donc c'est très intéressant. C'est marrant parce que, je vais faire un petit parallèle avec Pixpay, mais on le voit dans les dépenses que les adolescents vont faire avec leur carte Pixpay. Et très clairement... Plus les enfants sont jeunes, et c'est un petit peu moins fort, donc nous on a des enfants à partir de 8 ans qui peuvent avoir une carte jusqu'à 18 ans, et clairement sur les plus jeunes enfants, c'est très très marqué, les marchands chez lesquels ils vont aller faire des courses sont très similaires. C'est-à-dire qu'il y a vraiment beaucoup d'enfants qui vont aller chez McDonald's ou acheter chez Apple, mais ils ont des comportements qui sont très très similaires. Et plus ils grandissent, plus la diversité des marchands qu'ils vont fréquenter va exploser. Mais c'est vrai que... On sent vraiment que par rapport à des courses qu'un adulte va pouvoir faire, ils ont envie d'aller acheter la même chose, alors que ce soit pour des vêtements, mais aussi sur des achats alimentaires, des choses comme ça. Mais il faut qu'ils aillent faire la même chose que leurs copains, qu'ils achètent la même chose que leurs copains, dans les mêmes marques. C'est vrai que ce que tu vois d'un point de vue sociologique, nous en tout cas, on le retrouve énormément aussi dans une consommation des ados qui est très centrée sur des marques qui sont assez fortes. Donc c'est très sensible et je le comprends. Et accessoirement, je crois qu'à l'adolescence, c'est vraiment cette époque où l'importance du regard social est la plus élevée dans toute notre vie. Donc ce que va penser un père de ce qu'on fait et de ce qu'on achète va être quelque part une sorte de légitimation de notre personne. Je comprends la pression qu'on met à nos enfants.
- Speaker #1
Oui, complètement. Parce qu'en fait, quand on est enfant, on suit un petit peu nos parents. Quand on est adulte, on s'est construit en tant qu'adulte, on a fait le tri. En fait, l'adolescence, c'est cette période-là où, à la fois, on va vouloir un petit peu déconstruire, se différencier de notre groupe familial, de nos parents notamment, et on va vouloir appartenir, on va essayer de rejoindre notre groupe de pères. On va essayer d'appartenir à un autre groupe que celui qui est notre cercle familial, dans lequel on a un petit peu grandi étant petit. Donc, en fait, il faut appartenir à un autre groupe. Et donc, pour appartenir à un autre groupe... On adopte un petit peu les mêmes comportements, les mêmes attitudes, les mêmes objets pour appartenir à ce groupe-là. Et c'est pour ça qu'à l'adolescence, c'est hyper fort.
- Speaker #0
Et cette rupture, justement, pour quitter le giron familial, ou peut-être la sphère d'influence familiale pour être sous la sphère d'influence des copains et du groupe social, est-ce que c'est quelque chose qui va être graduel ? Ou est-ce que tu vois des ruptures sur des enfants où tu dis, lui, il a basculé de l'autre côté ? Est-ce qu'il y a des moments de rupture ou pas ?
- Speaker #1
Alors, vu que c'est de l'humain, il n'y a pas de loi fondamentale. Je ne vais pas dire que pour tous les adolescents, il y a une rupture. On peut en voir des ruptures plus ou moins fortes chez certains adolescents, en effet. Parfois, on va voir un adolescent qui prend le chemin complètement inverse de sa famille, que ce soit vestimentairement. Moi, je connais quelqu'un qui avait un certain style. Dans la famille, il y avait un style assez strict, très propre, vraiment tiré à quatre épingles et qui, d'un coup, à l'adolescence, C'était djinns noirs, style hyper gothique, qui a vraiment voulu tout couper des codes familiaux qui lui avaient été inculqués finalement. Vraiment, il était rentré en rupture totale avec ça.
- Speaker #0
Et tu vois un âge où il n'y a pas vraiment de normes. Moi, on m'avait dit, tu verras en sixième, c'est un âge où les enfants vont... C'est la dernière année où ils sont un peu bébés. À partir de la cinquième, là, ça commence à partir. Alors chacun, pas exactement au même moment, mais vraiment, la sixième, c'est encore un petit environnement. un peu protégé et après ça part. Est-ce que c'est quelque chose que tu vois à peu près ?
- Speaker #1
Un petit peu, oui. Entre nous, on se le dit dans le milieu, on sait que les 6e, en effet, ils découvrent, notamment le collège, ils sont encore un petit peu jeunes, ils sortent juste du primaire. Et puis 5e, voilà, ils connaissent le collège, ça y est, ils y vont. Et 5e, 4e, en effet, on peut noter un petit peu cette rupture, ce changement-là.
- Speaker #0
Comment tu abordes ? Tu vois le moment où il faut s'inquiéter sur un enfant qui peut-être va... est très excessif dans sa recherche identitaire. D'ailleurs, est-ce qu'il faut s'inquiéter ou pas ? Ou est-ce que c'est juste un processus normal ? Et est-ce qu'il y a des signaux qui vont laisser penser que là, c'est peut-être aller un peu loin et il faut en parler ?
- Speaker #1
Il y a des signaux qui peuvent aller un peu loin. Alors nous, on peut repérer ce genre de choses. On en parle avec les parents. Après, ça dépend tellement des signaux déjà, en fait, et de l'adolescent ou des parents en tant que tels. mais on a pu avoir des signaux On n'est plus hors des signaux inquiétants.
- Speaker #0
Alors, est-ce que ce besoin d'appartenance qu'on va avoir chez un enfant, est-ce que, pour toi, on est de l'ordre du caprice, du caprice d'enfant ? Ou alors, est-ce que ça traduit peut-être quelque chose de plus fondamental dans la construction identitaire ?
- Speaker #1
Alors, si je prends l'exemple d'un enfant, de notre adolescent, par exemple, qui nous dit « Mais maman, s'il te plaît... » Je prends le téléphone, je suis désolée, mais c'est l'objet. qui dit s'il te plaît maman achète-moi tel téléphone parce que vraiment c'est tout le monde là il est trop bien en fait en tant que parent ce qu'on va entendre en premier en effet c'est bon c'est nm caprice nm téléphone que j'achète c'est bon en fait ce qu'il faut entendre Ce qui n'est pas forcément facile en tant que parent, mais c'est que ce n'est pas l'objet qui veut vraiment, c'est un petit peu sa place dans le groupe. Parce que ce que je disais tout à l'heure sur le sentiment d'appartenance, quand on obtient des objets d'un groupe, on appartient davantage au groupe souhaité. Donc il faut le voir comme ça. Après, ça ne veut pas dire qu'il faut s'aider à tout aussi.
- Speaker #0
D'accord, mais c'est vraiment une question aussi de bien-être, c'est-à-dire être dans une posture de dire systématiquement non à son enfant. C'est le mettre en risque vis-à-vis de son groupe amical.
- Speaker #1
Ça dépend. Là, il y a un gros travail à faire avec son enfant aussi. Je pense qu'il y a énormément de discussions à avoir. Je pense que parfois, il est fondamental par rapport à dire non à son enfant, mais d'expliquer pourquoi. Et après, l'enfant, là, c'est royal, mais l'enfant qui intègre lui-même pourquoi on lui a dit non et qui lui-même se dit, je sais que là, je suis tenté par ça, mais je sais qu'il ne faut pas trop parce que... Je sais que ce n'est pas forcément bon pour moi, peu importe l'objet, mais il faut vraiment discuter. Parce que si on reste sur un non très frontal avec l'enfant... Il va se braquer, peut-être qu'il essaiera d'avoir l'objet par un autre moyen. Par contre, essayer de déconstruire tout ça avec l'enfant en disant « Mais qu'est-ce que tu veux ? Est-ce que c'est vraiment l'objet que tu veux ? Est-ce que c'est parce que toutes tes copines ont cet objet ? » Et déconstruire un petit peu comme ça.
- Speaker #0
Donc en tant que spécialiste en gestion de la résolution de conflits, ça m'intéresse de savoir si pour toi il y a une bonne manière, en tant que parent, pour dire non à son ado sans que ça devienne un conflit nucléaire au sein de la famille.
- Speaker #1
Ce que je disais un petit peu avant, c'est-à-dire beaucoup de discussions et comprendre un petit peu le fond du problème. Si un enfant, on lui dit non et qu'il se met dans une colère pas possible, c'est peut-être qu'il y a quelque chose à creuser. C'est que ce n'est peut-être pas juste l'objet qui le met en colère, c'est peut-être plus profond que ça. Donc en fait, il faut déconstruire. Après, en tant que parent, je sais que parfois on n'a pas forcément le temps de parler pendant quatre heures, de tout déconstruire. Donc on n'est pas obligé de se justifier du non sur l'instant T. Par contre, de revenir, je ne sais pas, moi je lui dis non, mon enfant se met en colère, je le laisse piquer sa colère. Par contre, on y reviendra dessus en disant, attends, je ne comprends pas, c'est juste un objet, c'est juste un stylo. Pourquoi tu nous donnes un état comme ça pour un stylo ? Et peut-être que là, du coup, on va déconstruire, on va remonter à un fil peut-être un point plus sensible.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a des façons en tant que parent d'aborder ça, des lieux, des moments, des situations qui font que ça va peut-être passer mieux avec un enfant ? Est-ce que tu vois des... des façons de le faire de façon plus acceptable pour l'enfant.
- Speaker #1
Peut-être pas quand il rentre tout de suite de l'école.
- Speaker #0
C'est souvent...
- Speaker #1
C'est un peu fatigué, un peu nerveux, mais un moment où on sent lui... Alors, je ne dirais pas qu'il y a forcément un lieu à un moment précis, mais dans l'attitude que l'enfant adopte, on va voir s'il est plus accessible ou pas.
- Speaker #0
Il y a des bons moments pour parler.
- Speaker #1
On va voir s'il est souriant, il vient s'installer à côté de nous, là, ça sera peut-être le bon moment. Par contre, s'il claque un petit peu la porte, il s'enferme dans sa chambre, bon. On va peut-être le laisser, on reviendra à un autre moment.
- Speaker #0
Donc Elisa, si jamais un enfant n'a pas le bon look, n'a pas le bon style, ses parents n'ont pas eu les moyens, ou il achète à clignancourt et du coup il n'a pas les vrais Nike, pour toi c'est quoi en fait ce qui va faire la frontière entre un enfant qui va se faire un peu moquer par ses camarades et quelque chose qui peut aller jusqu'à une vraie situation de harcèlement ?
- Speaker #1
Alors parce que le harcèlement on en parle en effet beaucoup, on entend toujours ce mot, et parfois il est... C'est un mot un peu galvaudé. En fait, le harcèlement, c'est vraiment une situation qui se répète dans le temps et où il y a une intention de nuire de la part des élèves. Et en effet, les élèves, même entre nous, humains, on se charrie tout le temps. Donc, moi, je considère qu'il y a harcèlement dans la mesure où il y a un même élève qui, tous les jours, va venir le voir en disant « Ouais, toi, t'es Nike, elles sont pourries » , et qui revient tous les jours et qu'il y a vraiment une intention mauvaise de cet élève-là. Après, entre copains, on a l'avantage aussi parfois de connaître un petit peu les élèves, de savoir s'ils sont copains, si on sait que deux, ça se frictionne, savoir s'il y a vraiment malintention. Donc voilà, un petit peu jauger l'intention de celui qui le dit, et un peu la répétition en disant, écoute, là ça fait dix fois, peut-être qu'on va s'arrêter.
- Speaker #0
Et comment tu les identifies ces cas de harcèlement ? C'est l'élève qui va venir directement pour te dire, je pense que je suis harcelé, et auquel cas, je pense qu'il ne le dit pas comme ça, et auquel cas tu vas creuser, ou est-ce que c'est des choses qu'un surveillant, ou même toi. peuvent voir naturellement, spontanément ?
- Speaker #1
Alors, on aimerait beaucoup que les élèves, en effet, viennent tout de suite nous voir. Ça peut, mais très souvent, c'est en effet avec les enseignants qui, en classe, voient des choses, avec les assistants d'éducation, surveillants, qui repèrent aussi des choses dans la cour. Ou parfois, même des parents. De plus en plus, on a des parents qui nous alertent le soir, qui nous envoient un message. Écoutez, moi, mon enfant vient de pleurer, il vient de m'expliquer tout ça. Est-ce que demain, vous pourrez le recevoir pour étudier le truc ?
- Speaker #0
Donc il faut un environnement vigilant, c'est pas si souvent que ça l'enfant, mais j'imagine bien que c'est difficile aussi de remonter ces cas de harcèlement. Surtout qu'ils viennent nous voir,
- Speaker #1
donc après ils disent mais attends si je vais chez la CPE on va me traiter de poucave, comme ils disent si bien. Donc c'est un peu, voilà, il faut... Il faut compiler avec tout ça, c'est pas forcément évident.
- Speaker #0
Ouais, c'est pas simple. Et aujourd'hui, moi je suis maman de trois ados donc je le vois, mais j'ai le sentiment que ce sujet d'harcèlement, il est quand même très très très pris au sérieux par les collèges et par les lycées. C'est vraiment un élément sur lequel on fait très attention. Vous avez vraiment des directives autour de ça pour être ultra vigilant et en tolérance zéro sur les cas de harcèlement ?
- Speaker #1
Complètement, c'est au niveau national où on a vraiment des protocoles très clairs. C'est un petit peu, on va dire, la cause, l'une des causes les plus importantes au sein du ministère. Donc c'est très strict et nous on se retrouve en équipe assez régulièrement pour faire le point sur ces situations. Après heureusement il n'y a pas tant qu'on voudrait nous le faire croire des situations de harcèlement, de véritable harcèlement parce que je ne parle pas de chamaillerie entre élèves, parce qu'il y en a tous les jours. Par contre des situations vraiment... profonde de harcèlement. Heureusement, en tout cas, moi, dans l'établissement, il n'y en a pas, finalement, tant que ça.
- Speaker #0
La statistique qui dit qu'à peu près 6% des enfants de collège et de lycée auraient été victimes de situations de harcèlement, toi, en termes de nombre, ce n'est pas forcément un nombre que tu retrouves ?
- Speaker #1
C'est 6%, ils disent. Mais 6%, ça reste trop. Oui, c'est ça. Parfois, on entend qu'un élève sur 10 est victime de harcèlement. C'est énorme, 10%. Oui,
- Speaker #0
voilà. Et donc, toi, ton rôle exact, quand tu vois une situation qui a dérivé vers une situation de harcèlement, c'est quoi tes actions en tant que CPE ?
- Speaker #1
On reçoit un petit peu l'élève harcelé pour comprendre un petit peu tout ce qui se passe. Donc là, il faut qu'on soit assez factuel, qu'on ait des éléments, parce que plus on a d'éléments précis, plus nous, derrière, on peut travailler avec l'élève harceleur. On reçoit l'élève, alors après, c'est des protocoles assez complexes et on va être plusieurs sur une situation de harcèlement. Moi, par exemple, je peux recevoir l'élève harcelé, ma collègue ou une assistante sociale ou une psychologue Merci. va recevoir l'élève harceleur. Et en fait, on va être plusieurs adultes autour d'une même situation. Et on ne va pas recevoir tous les mêmes élèves ou les parents. On se dispatche un petit peu les rôles sur ce genre de situation.
- Speaker #0
Et c'est des choses que, pris en charge par l'équipe pédagogique, on arrive à apaiser ?
- Speaker #1
Oui, globalement, oui.
- Speaker #0
Bon, plutôt rassurant.
- Speaker #1
Plutôt rassurant.
- Speaker #0
Plutôt rassurant. Alors Elisa, on a reçu une question de notre communauté que j'aimerais que tu m'aides à investiguer. Donc c'est une maman qui nous écrit. Je culpabilise. Ma fille de 15 ans passe en première cette année. Et elle me reproche de lui avoir donné seulement 150 euros pour acheter une paire de baskets et une tenue pour la rentrée. Effectivement, 150 euros, c'est globalement le budget rentré pour beaucoup de parents. Donc c'est à la fois un budget où on peut faire des choses et en même temps, il n'est pas non plus sans limite. Qu'est-ce qu'on peut donner comme conseil à la fois à des parents qui ont ce budget et à des enfants qui considèrent que ce n'est pas forcément assez pour bien gérer la rentrée ?
- Speaker #1
En effet, moi, 150 euros, ça me paraît déjà énorme.
- Speaker #0
Un bon budget.
- Speaker #1
Un bon budget, oui. On est d'accord. Après, quand on donne ces 150 euros à notre enfant pour qu'il s'habille, qu'il s'achète des choses, c'est quel message on envoie aussi derrière à l'adolescent ? Est-ce que c'est, tiens, un petit côté, c'est gratuit ? En fait, je pense que dans l'argent qu'on offre ou ce qu'on offre à nos enfants, quelque chose qui, en tout cas, moi, me paraît fondamental, c'est cette question de, je l'ai fait parce que je l'ai gagné ou je l'ai mérité, entre guillemets. Je dis pas qu'il faut ramener des bonnes notes sur les choses, mais c'est dans le comportement, savoir que les choses tombent pas du ciel en fait, de manière magique. Et il faut faire attention, je pense parfois à ces dérives de on donne un petit peu sans compter, alors je sais bien que c'est pas du tout la majorité, mais on donne un petit peu sans compter, et du coup l'enfant pense que au final c'est facile d'obtenir, il suffit de rien faire, en fait j'obtiens. Et du coup le message envoyé derrière, je pense qu'il est pas forcément très bon. En disant bon bah là, je vais me donner un petit peu, je vais faire plaisir à ma mère, je vais l'aider, je sais pas moi faire la cuisine, tout ça, c'est des petites choses anodines, mais... Je pense qu'aujourd'hui pour nos ados, il faut vraiment qu'ils aient ce message de les choses n'arrivent pas de manière... ne tombent pas du ciel en fait. Ce que je trouve avec les réseaux sociaux, c'est cette pensée un petit peu magique que les choses sont faciles. Et en fait, elles ne le sont pas dans la vie. Et je veux dire, quand on est adulte, on le voit très bien. Et je pense que typiquement pour ces 150 euros, je pense qu'il faut dire, ok, si on peut se le permettre en tant que parent à son enfant et qu'on peut faire plaisir, pourquoi pas ? Par contre, d'ailleurs, le message c'est... Bah par contre... C'est pas de tomber du ciel, 150 euros je les ai gagnés, donc j'aimerais que toi aussi tu fasses des efforts sur telle ou telle chose.
- Speaker #0
Je trouve ça très juste ce que tu dis, je pense qu'il y a aussi d'autres choses qu'on peut en tant que parent faire ou sur lesquelles on peut orienter son enfant. La première c'est déjà de pousser potentiellement vers les sites de seconde main, de revente, qui peuvent être aussi une solution en disant effectivement 150 euros peut-être que c'est un budget qui ne va pas suffire pour tout ce que tu veux. Mais je pense qu'un enfant peut aussi se dire que sans acheter Opus de Klingoncourt, il peut peut-être trouver le sac ou le top dont il rêve sur Vinted. Et c'est aussi une bonne manière quelque part de se booster son budget rentré en faisant un peu de vide placard. Et en se disant qu'à une époque où en plus les modes changent très vite, il y a peut-être des choses dont on peut se séparer dans son placard. Donc en tout cas, moi j'invite les parents. à encourager les enfants à la fois à faire du tri dans leur placard, de toute façon on n'est jamais mieux qu'avec des placards un peu vides, et à passer sur des plateformes de seconde main. Ça c'est la première chose. La deuxième c'est d'essayer je pense aussi de ne pas mettre l'enfant dans une situation de contrainte forte, ou en tout cas de lui donner quelque part le sentiment qu'il peut agir par rapport à un budget qu'il va trouver trop contraint. Et si l'enfant a un projet, on peut nous en tant que parents l'accompagner aussi pour réaliser ce projet. Tu parlais de l'argent ne tombe pas du ciel, je trouve ça hyper juste, mais un enfant... quelque part, quel que soit son âge, et même relativement tôt, il va pouvoir aussi se fixer des objectifs d'épargne, aller faire des petits boulots à la maison, mais aussi potentiellement chez les grands-parents, chez les voisins, du baby-sitting quand ils sont plus grands, mais ça peut être aussi de sortir le chien des voisins tous les matins, ou de garder le chat des voisins pendant les vacances. En fait, l'enfant, on peut aussi l'accompagner pour devenir plus autonome. Comment faire grossir ce petit budget qui n'est pas toujours le plus important ? Mais c'est quelque chose qui va servir à l'enfant toute sa vie de devenir assez autonome avec la gestion de son argent. Je pense qu'en fait, ce qu'il faut que l'enfant entende, c'est qu'il a aussi la main pour... Pour agir sur son budget, qu'il n'est pas dépendant et soumis d'un bon vouloir parental autocratique qui déciderait tout. Un, ça se mérite. Et deux, si on agit et qu'on agit positivement en tant qu'enfant, on peut aussi trouver des manières de faire grossir ce budget. Et puis, on peut aussi acheter intelligemment en se posant la question de est-ce que cet article, j'en ai vraiment besoin ? Est-ce que ce t-shirt noir, peut-être que j'en ai déjà trois dans ma garde-robe, et peut-être que si j'attends quelques jours... ce besoin qui me paraissait ultra pressant, il n'est peut-être pas tant que ça. Et donc, ça permet aussi de mesurer un peu le budget. En tout cas, bonne nouvelle. Je pense qu'en tant que parent, on a des réponses à apporter à nos enfants quand le budget de prime abord peut sembler parfois un peu décevant. Elisa, merci pour ton temps aujourd'hui pour parler rentrée et look des enfants. C'est vrai que de ta casquette de CPE, c'est très intéressant aussi pour voir un petit peu tout ce qui peut se jouer dans la cour de récréation. et qu'on ne voit pas forcément en tant que parent. Et ce qu'on voit, c'est que cette présence sociale, elle est là, elle existe, elle est normale, elle est naturelle. Il y a un désir des enfants de ressembler au groupe, d'intégrer le groupe, et c'est important de ne pas le minimiser en tant que parent et de ne pas le rejeter. Après, c'est comme tout, il faut aussi garder de la mesure et garder du recul par rapport à ça. Mais ce qui est intéressant, c'est qu'il y a effectivement, nous en tant que parent, des bonnes pratiques qu'on a vues aujourd'hui. qu'on peut appliquer dans le quotidien avec nos enfants. D'être dans la communication, d'être dans l'écoute, de comprendre aussi pourquoi ils ont ces besoins, les accompagner sur l'atteinte d'un budget qui pourra peut-être leur permettre d'acheter l'objet dont ils ont vraiment envie. J'espère que ça pourra donner plein de conseils aux parents en cette période de pré-rentrée et pour ceux qui écouteront le podcast plus tard. Merci Elisa de nous avoir accompagnés aujourd'hui.
- Speaker #1
Merci à vous.
- Speaker #0
Ce podcast vous a été présenté par Pixpay, la carte de paiement numéro 1 des ados, copilotée par les parents.