Description
Retrouvez Chantal Birman lors de son discours exceptionnel au Prix Gisèle Halimi 2025 sur la notion du Droit à Vieillir.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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Retrouvez Chantal Birman lors de son discours exceptionnel au Prix Gisèle Halimi 2025 sur la notion du Droit à Vieillir.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
bienvenue dans la playlist 2026 des merveilleuses composé d'audio féministe exclusif enregistré à l'occasion de la fête des mères par des personnalités engagées aux côtés de la fondation des femmes au fil des audios nous tenterons de vous faire découvrir la maternité et la sororité dans toute leur richesse et toute leur diversité grâce à des témoignages, des extraits de romans, des analyses, des chansons. Merci à toutes celles qui ont participé à cette playlist merveilleuse.
Et maintenant, place à l'épisode !
Figure historique des sages-femmes en France et militante féministe infatigable, Chantal Biermann a consacré sa vie à accompagner les femmes et à défendre leurs droits. Dans ce discours prononcé au théâtre de l'Odéon, à l'occasion du prix Gisèle Halimi 2025 de la Fondation des Femmes, elle retrace les différentes étapes de la vie des femmes, maternité, transmission, vieillesse, et célèbre avec force et tendresse le droit de vieillir sans disparaître.
Être sage-femme, c'est forcément réfléchir au temps des femmes. Temps de la puberté, entre 9 et 16 ans. Temps pour avoir un enfant, entre 11 et 50 ans. Temps de la ménopause, entre 30 et 60 ans. Et après, le temps d'après. Entre ces bornes extrêmes, le temps dit normal, procréatif. assigne les femmes à faire leur choix. Ces événements, exclusivement féminins, sont tous rythmés par le cycle menstruel qui, lui, n'est pas un choix. Tous les autres choix vont être négociés. Avoir ou pas un enfant, accoucher ou pas sous péridural, allaiter ou pas, choisir sa sexualité, sa contraception, son traitement hormonal de substitution. Chaque choix est un... temps de dialogue intime qui modifie la femme que l'on est pour toujours. C'est aussi un renoncement tout en étant une avancée, un pas vers sa propre route. Et être sage-femme, c'est se sentir à côté des femmes pour les aider à négocier chaque choix, de sorte qu'elles soient plus fortes après qu'avant. L'image de la sage-femme est intimement associée à celle de l'accouchement. Seules les femmes accouchent. Elles sont donc seules à rencontrer cette phase dite de désespérance, de fin de dilatation, où vie et mort se mêlent à jamais et tissent ensemble de nouvelles intimités. Accoucher, c'est donc accepter de changer de génération. Nos bébés ont un prix, celui de notre sang de maman. Autant blessés qu'éblouis, c'est en funambule que nous entrons dans la solitude de nos postpartums. Ces moments de vie sont d'une intensité folle. Ils sont donc à haut risque d'y rester scotchés, traumatisés et détruits. Ils sont aussi des occasions inouïes de devenir plus fortes. De gagner pour toujours. J'ai perçu très vite le privilège que permettait cette place unique, être à côté des femmes et les voir gagner. Une femme accouche et un bébé naît. Deux personnes en jeu en même temps, mais dans deux histoires différentes. Aucun autre moment que celui de l'accouchement n'embrase ensemble. les aspects physiques, psychiques et émotionnels dans un tel feu instantané. Il y a là un surgissement de l'animalité dont la sauvagerie révèle l'étroit entremêlement de la vie et de la mort. Avoir des enfants, c'est refaire la route de sa propre enfance autrement. Vient ensuite la partie hors cycle de nos vies, de la ménopause à la mort. Or, l'allongement de l'espérance de vie permet mieux aujourd'hui aux ménopausées de ne pas se mettre sur pause, justement. Elles deviennent le soutien de la génération des femmes qui les suit, en prenant gratuitement en charge la garde de leurs petits-enfants, et souvent, en les aidant financièrement, elles contribuent largement au maintien moral et matériel de la génération des actifs. La femme qu'elle était est alors devenue grand-mère. Mais pour cette nouvelle étape de la vie, pas de cours de préparation. Car la grand-maternité n'est perçue socialement comme un impitoyable effacement social progressif. Pourtant, quel cadeau pour une femme d'avoir à ce moment-là une mère à sa juste place. Fouette sage-femme. Il s'agit de privilégier l'urgence de consoler nos filles, plutôt que de céder à la tentation de materner nos petits-enfants. Inventer à chaque instant une présence-absence tout en laissant à sa fille sa place de mère est un art, mais je vous jure qu'on peut l'apprendre. C'est alors dans ce nouvel espace de présence-absence qu'explosent nos relations avec nos petits-enfants. C'est comme un secret dont la révélation saute une génération. C'est une tendresse allégée des injonctions sociales et psychologiques auxquelles les grands-parents ne sont pas assignés. Ces libertés nouvelles sont des trampolines où nos petits-enfants exultent. Mais en plus des générations qui nous suivent, il y a celles qui nous précèdent. Tout en devenant grand-mère, nous restons... aussi des filles qui prennent soin de leurs propres parents déclinants. Dans cette génération des aînés, les trois quarts des femmes finiront leur vie en EHPAD pour seulement un tiers des hommes. Car l'espérance de vie plus longue chez les femmes permet le maintien des hommes à la maison. L'amour qui s'échange entre les générations et la gratuité des soins donnés font brusquement passer là aussi ceux qui les prodiguent du côté des retraités inactifs. Les mots sont aussi des marqueurs idéologiques et cette idéologie de l'exclusion m'insupporte. J'ai honte des images et du racisme antivieux actuel totalement décomplexé. En voici trois exemples. Je pense d'abord aux bigoudines d'une pub télé ambiguë qui, vu leur âge, mange de la semoule. Et dont la révolte style panthère grise, due au vol de leur recette, les fait hurler pirate. Il y a dans cette vision ridicule de ces trois femmes deux idées flottantes, celle de la dégénérescence cérébrale et aussi celle... du ridicule d'oser se révolter à cet âge. Le pire est que cette réclame est censée nous faire rire et le pire du pire est que personne ne s'en indigne. Même colère face à l'idée répandue de retirer le permis de conduire aux plus de 65 ans. Le groupe des 65 ans et au-delà est également le groupe de conducteurs le moins susceptible de créer des accidents mortels. à 16,9%. Pour tous les autres groupes d'âge, ils dépassent les 20%. Mais le chiffre qui est pour moi le plus impressionnant est celui de la responsabilité des accidents mortels attribués à 82,7% aux hommes. La vieille au volant est donc la reine de la sécurité routière. Surtout, faites le savoir et montez avec elle ! Par ailleurs, lors d'un licenciement économique, un demandeur d'emploi de plus de 50 ans se voit souvent imposer un suicide social dans la rédaction de son nouveau CV. Nous voilà au panthéon des perversions, car non seulement il devra taire son expertise acquise tout au long de sa vie professionnelle, mais encore se montrer enthousiaste pour un emploi de moindre intérêt, accompagné d'un salaire souvent indigne. Enfin, je pense qu'au-delà de 70 ans, nous avons tous été victimes d'agisme. Plus tu avances en âge, plus le vocabulaire employé pour te faire laisser la place flirte avec la vulgarité. Pourquoi cette discrimination par l'âge est-elle aussi banalisée ? Je suis fière de chaque étape de ma vie et d'être la femme que je suis aujourd'hui. Chaque temps de ma vie a été choisi et négocié, y compris dans la douleur. Être face à vous aujourd'hui est autant un honneur qu'un bonheur. Mais ne vous trompez pas, c'est tout entier, avec mes rides, que je suis devant vous. et que je me tiens droite. S'engager dans une voie signifie en escalade ne pas pouvoir rebrousser chemin. C'est donc en attidite que je suis fière de mes engagements. Je peux tomber, mais c'est la prochaine prise que je cherche et celle de l'Oléon n'est pas si facile. Depuis 20 ans, on me tend des crèmes qui retendent, repultent, redonnent de l'éclat. On me demande constamment de regarder vers l'arrière et si possible de me retourner tout à fait. C'est non ! Certes, devant, il y a peu d'années, mais ces crèmes n'y pourront rien. Devant, la sage-femme que je suis sait qu'il y a sa vie qui continue et la mort au bout. Même avec des lunettes, c'est droit dans les yeux que je veux les regarder. Alors ce soir, je tanque avec vous à la vie toute entière. Champagne !
Merci à notre invité pour son partage et merci à vous pour votre écoute. A bientôt pour le prochain épisode de la playlist merveilleuse.
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Et maintenant, place à l'épisode !
Figure historique des sages-femmes en France et militante féministe infatigable, Chantal Biermann a consacré sa vie à accompagner les femmes et à défendre leurs droits. Dans ce discours prononcé au théâtre de l'Odéon, à l'occasion du prix Gisèle Halimi 2025 de la Fondation des Femmes, elle retrace les différentes étapes de la vie des femmes, maternité, transmission, vieillesse, et célèbre avec force et tendresse le droit de vieillir sans disparaître.
Être sage-femme, c'est forcément réfléchir au temps des femmes. Temps de la puberté, entre 9 et 16 ans. Temps pour avoir un enfant, entre 11 et 50 ans. Temps de la ménopause, entre 30 et 60 ans. Et après, le temps d'après. Entre ces bornes extrêmes, le temps dit normal, procréatif. assigne les femmes à faire leur choix. Ces événements, exclusivement féminins, sont tous rythmés par le cycle menstruel qui, lui, n'est pas un choix. Tous les autres choix vont être négociés. Avoir ou pas un enfant, accoucher ou pas sous péridural, allaiter ou pas, choisir sa sexualité, sa contraception, son traitement hormonal de substitution. Chaque choix est un... temps de dialogue intime qui modifie la femme que l'on est pour toujours. C'est aussi un renoncement tout en étant une avancée, un pas vers sa propre route. Et être sage-femme, c'est se sentir à côté des femmes pour les aider à négocier chaque choix, de sorte qu'elles soient plus fortes après qu'avant. L'image de la sage-femme est intimement associée à celle de l'accouchement. Seules les femmes accouchent. Elles sont donc seules à rencontrer cette phase dite de désespérance, de fin de dilatation, où vie et mort se mêlent à jamais et tissent ensemble de nouvelles intimités. Accoucher, c'est donc accepter de changer de génération. Nos bébés ont un prix, celui de notre sang de maman. Autant blessés qu'éblouis, c'est en funambule que nous entrons dans la solitude de nos postpartums. Ces moments de vie sont d'une intensité folle. Ils sont donc à haut risque d'y rester scotchés, traumatisés et détruits. Ils sont aussi des occasions inouïes de devenir plus fortes. De gagner pour toujours. J'ai perçu très vite le privilège que permettait cette place unique, être à côté des femmes et les voir gagner. Une femme accouche et un bébé naît. Deux personnes en jeu en même temps, mais dans deux histoires différentes. Aucun autre moment que celui de l'accouchement n'embrase ensemble. les aspects physiques, psychiques et émotionnels dans un tel feu instantané. Il y a là un surgissement de l'animalité dont la sauvagerie révèle l'étroit entremêlement de la vie et de la mort. Avoir des enfants, c'est refaire la route de sa propre enfance autrement. Vient ensuite la partie hors cycle de nos vies, de la ménopause à la mort. Or, l'allongement de l'espérance de vie permet mieux aujourd'hui aux ménopausées de ne pas se mettre sur pause, justement. Elles deviennent le soutien de la génération des femmes qui les suit, en prenant gratuitement en charge la garde de leurs petits-enfants, et souvent, en les aidant financièrement, elles contribuent largement au maintien moral et matériel de la génération des actifs. La femme qu'elle était est alors devenue grand-mère. Mais pour cette nouvelle étape de la vie, pas de cours de préparation. Car la grand-maternité n'est perçue socialement comme un impitoyable effacement social progressif. Pourtant, quel cadeau pour une femme d'avoir à ce moment-là une mère à sa juste place. Fouette sage-femme. Il s'agit de privilégier l'urgence de consoler nos filles, plutôt que de céder à la tentation de materner nos petits-enfants. Inventer à chaque instant une présence-absence tout en laissant à sa fille sa place de mère est un art, mais je vous jure qu'on peut l'apprendre. C'est alors dans ce nouvel espace de présence-absence qu'explosent nos relations avec nos petits-enfants. C'est comme un secret dont la révélation saute une génération. C'est une tendresse allégée des injonctions sociales et psychologiques auxquelles les grands-parents ne sont pas assignés. Ces libertés nouvelles sont des trampolines où nos petits-enfants exultent. Mais en plus des générations qui nous suivent, il y a celles qui nous précèdent. Tout en devenant grand-mère, nous restons... aussi des filles qui prennent soin de leurs propres parents déclinants. Dans cette génération des aînés, les trois quarts des femmes finiront leur vie en EHPAD pour seulement un tiers des hommes. Car l'espérance de vie plus longue chez les femmes permet le maintien des hommes à la maison. L'amour qui s'échange entre les générations et la gratuité des soins donnés font brusquement passer là aussi ceux qui les prodiguent du côté des retraités inactifs. Les mots sont aussi des marqueurs idéologiques et cette idéologie de l'exclusion m'insupporte. J'ai honte des images et du racisme antivieux actuel totalement décomplexé. En voici trois exemples. Je pense d'abord aux bigoudines d'une pub télé ambiguë qui, vu leur âge, mange de la semoule. Et dont la révolte style panthère grise, due au vol de leur recette, les fait hurler pirate. Il y a dans cette vision ridicule de ces trois femmes deux idées flottantes, celle de la dégénérescence cérébrale et aussi celle... du ridicule d'oser se révolter à cet âge. Le pire est que cette réclame est censée nous faire rire et le pire du pire est que personne ne s'en indigne. Même colère face à l'idée répandue de retirer le permis de conduire aux plus de 65 ans. Le groupe des 65 ans et au-delà est également le groupe de conducteurs le moins susceptible de créer des accidents mortels. à 16,9%. Pour tous les autres groupes d'âge, ils dépassent les 20%. Mais le chiffre qui est pour moi le plus impressionnant est celui de la responsabilité des accidents mortels attribués à 82,7% aux hommes. La vieille au volant est donc la reine de la sécurité routière. Surtout, faites le savoir et montez avec elle ! Par ailleurs, lors d'un licenciement économique, un demandeur d'emploi de plus de 50 ans se voit souvent imposer un suicide social dans la rédaction de son nouveau CV. Nous voilà au panthéon des perversions, car non seulement il devra taire son expertise acquise tout au long de sa vie professionnelle, mais encore se montrer enthousiaste pour un emploi de moindre intérêt, accompagné d'un salaire souvent indigne. Enfin, je pense qu'au-delà de 70 ans, nous avons tous été victimes d'agisme. Plus tu avances en âge, plus le vocabulaire employé pour te faire laisser la place flirte avec la vulgarité. Pourquoi cette discrimination par l'âge est-elle aussi banalisée ? Je suis fière de chaque étape de ma vie et d'être la femme que je suis aujourd'hui. Chaque temps de ma vie a été choisi et négocié, y compris dans la douleur. Être face à vous aujourd'hui est autant un honneur qu'un bonheur. Mais ne vous trompez pas, c'est tout entier, avec mes rides, que je suis devant vous. et que je me tiens droite. S'engager dans une voie signifie en escalade ne pas pouvoir rebrousser chemin. C'est donc en attidite que je suis fière de mes engagements. Je peux tomber, mais c'est la prochaine prise que je cherche et celle de l'Oléon n'est pas si facile. Depuis 20 ans, on me tend des crèmes qui retendent, repultent, redonnent de l'éclat. On me demande constamment de regarder vers l'arrière et si possible de me retourner tout à fait. C'est non ! Certes, devant, il y a peu d'années, mais ces crèmes n'y pourront rien. Devant, la sage-femme que je suis sait qu'il y a sa vie qui continue et la mort au bout. Même avec des lunettes, c'est droit dans les yeux que je veux les regarder. Alors ce soir, je tanque avec vous à la vie toute entière. Champagne !
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bienvenue dans la playlist 2026 des merveilleuses composé d'audio féministe exclusif enregistré à l'occasion de la fête des mères par des personnalités engagées aux côtés de la fondation des femmes au fil des audios nous tenterons de vous faire découvrir la maternité et la sororité dans toute leur richesse et toute leur diversité grâce à des témoignages, des extraits de romans, des analyses, des chansons. Merci à toutes celles qui ont participé à cette playlist merveilleuse.
Et maintenant, place à l'épisode !
Figure historique des sages-femmes en France et militante féministe infatigable, Chantal Biermann a consacré sa vie à accompagner les femmes et à défendre leurs droits. Dans ce discours prononcé au théâtre de l'Odéon, à l'occasion du prix Gisèle Halimi 2025 de la Fondation des Femmes, elle retrace les différentes étapes de la vie des femmes, maternité, transmission, vieillesse, et célèbre avec force et tendresse le droit de vieillir sans disparaître.
Être sage-femme, c'est forcément réfléchir au temps des femmes. Temps de la puberté, entre 9 et 16 ans. Temps pour avoir un enfant, entre 11 et 50 ans. Temps de la ménopause, entre 30 et 60 ans. Et après, le temps d'après. Entre ces bornes extrêmes, le temps dit normal, procréatif. assigne les femmes à faire leur choix. Ces événements, exclusivement féminins, sont tous rythmés par le cycle menstruel qui, lui, n'est pas un choix. Tous les autres choix vont être négociés. Avoir ou pas un enfant, accoucher ou pas sous péridural, allaiter ou pas, choisir sa sexualité, sa contraception, son traitement hormonal de substitution. Chaque choix est un... temps de dialogue intime qui modifie la femme que l'on est pour toujours. C'est aussi un renoncement tout en étant une avancée, un pas vers sa propre route. Et être sage-femme, c'est se sentir à côté des femmes pour les aider à négocier chaque choix, de sorte qu'elles soient plus fortes après qu'avant. L'image de la sage-femme est intimement associée à celle de l'accouchement. Seules les femmes accouchent. Elles sont donc seules à rencontrer cette phase dite de désespérance, de fin de dilatation, où vie et mort se mêlent à jamais et tissent ensemble de nouvelles intimités. Accoucher, c'est donc accepter de changer de génération. Nos bébés ont un prix, celui de notre sang de maman. Autant blessés qu'éblouis, c'est en funambule que nous entrons dans la solitude de nos postpartums. Ces moments de vie sont d'une intensité folle. Ils sont donc à haut risque d'y rester scotchés, traumatisés et détruits. Ils sont aussi des occasions inouïes de devenir plus fortes. De gagner pour toujours. J'ai perçu très vite le privilège que permettait cette place unique, être à côté des femmes et les voir gagner. Une femme accouche et un bébé naît. Deux personnes en jeu en même temps, mais dans deux histoires différentes. Aucun autre moment que celui de l'accouchement n'embrase ensemble. les aspects physiques, psychiques et émotionnels dans un tel feu instantané. Il y a là un surgissement de l'animalité dont la sauvagerie révèle l'étroit entremêlement de la vie et de la mort. Avoir des enfants, c'est refaire la route de sa propre enfance autrement. Vient ensuite la partie hors cycle de nos vies, de la ménopause à la mort. Or, l'allongement de l'espérance de vie permet mieux aujourd'hui aux ménopausées de ne pas se mettre sur pause, justement. Elles deviennent le soutien de la génération des femmes qui les suit, en prenant gratuitement en charge la garde de leurs petits-enfants, et souvent, en les aidant financièrement, elles contribuent largement au maintien moral et matériel de la génération des actifs. La femme qu'elle était est alors devenue grand-mère. Mais pour cette nouvelle étape de la vie, pas de cours de préparation. Car la grand-maternité n'est perçue socialement comme un impitoyable effacement social progressif. Pourtant, quel cadeau pour une femme d'avoir à ce moment-là une mère à sa juste place. Fouette sage-femme. Il s'agit de privilégier l'urgence de consoler nos filles, plutôt que de céder à la tentation de materner nos petits-enfants. Inventer à chaque instant une présence-absence tout en laissant à sa fille sa place de mère est un art, mais je vous jure qu'on peut l'apprendre. C'est alors dans ce nouvel espace de présence-absence qu'explosent nos relations avec nos petits-enfants. C'est comme un secret dont la révélation saute une génération. C'est une tendresse allégée des injonctions sociales et psychologiques auxquelles les grands-parents ne sont pas assignés. Ces libertés nouvelles sont des trampolines où nos petits-enfants exultent. Mais en plus des générations qui nous suivent, il y a celles qui nous précèdent. Tout en devenant grand-mère, nous restons... aussi des filles qui prennent soin de leurs propres parents déclinants. Dans cette génération des aînés, les trois quarts des femmes finiront leur vie en EHPAD pour seulement un tiers des hommes. Car l'espérance de vie plus longue chez les femmes permet le maintien des hommes à la maison. L'amour qui s'échange entre les générations et la gratuité des soins donnés font brusquement passer là aussi ceux qui les prodiguent du côté des retraités inactifs. Les mots sont aussi des marqueurs idéologiques et cette idéologie de l'exclusion m'insupporte. J'ai honte des images et du racisme antivieux actuel totalement décomplexé. En voici trois exemples. Je pense d'abord aux bigoudines d'une pub télé ambiguë qui, vu leur âge, mange de la semoule. Et dont la révolte style panthère grise, due au vol de leur recette, les fait hurler pirate. Il y a dans cette vision ridicule de ces trois femmes deux idées flottantes, celle de la dégénérescence cérébrale et aussi celle... du ridicule d'oser se révolter à cet âge. Le pire est que cette réclame est censée nous faire rire et le pire du pire est que personne ne s'en indigne. Même colère face à l'idée répandue de retirer le permis de conduire aux plus de 65 ans. Le groupe des 65 ans et au-delà est également le groupe de conducteurs le moins susceptible de créer des accidents mortels. à 16,9%. Pour tous les autres groupes d'âge, ils dépassent les 20%. Mais le chiffre qui est pour moi le plus impressionnant est celui de la responsabilité des accidents mortels attribués à 82,7% aux hommes. La vieille au volant est donc la reine de la sécurité routière. Surtout, faites le savoir et montez avec elle ! Par ailleurs, lors d'un licenciement économique, un demandeur d'emploi de plus de 50 ans se voit souvent imposer un suicide social dans la rédaction de son nouveau CV. Nous voilà au panthéon des perversions, car non seulement il devra taire son expertise acquise tout au long de sa vie professionnelle, mais encore se montrer enthousiaste pour un emploi de moindre intérêt, accompagné d'un salaire souvent indigne. Enfin, je pense qu'au-delà de 70 ans, nous avons tous été victimes d'agisme. Plus tu avances en âge, plus le vocabulaire employé pour te faire laisser la place flirte avec la vulgarité. Pourquoi cette discrimination par l'âge est-elle aussi banalisée ? Je suis fière de chaque étape de ma vie et d'être la femme que je suis aujourd'hui. Chaque temps de ma vie a été choisi et négocié, y compris dans la douleur. Être face à vous aujourd'hui est autant un honneur qu'un bonheur. Mais ne vous trompez pas, c'est tout entier, avec mes rides, que je suis devant vous. et que je me tiens droite. S'engager dans une voie signifie en escalade ne pas pouvoir rebrousser chemin. C'est donc en attidite que je suis fière de mes engagements. Je peux tomber, mais c'est la prochaine prise que je cherche et celle de l'Oléon n'est pas si facile. Depuis 20 ans, on me tend des crèmes qui retendent, repultent, redonnent de l'éclat. On me demande constamment de regarder vers l'arrière et si possible de me retourner tout à fait. C'est non ! Certes, devant, il y a peu d'années, mais ces crèmes n'y pourront rien. Devant, la sage-femme que je suis sait qu'il y a sa vie qui continue et la mort au bout. Même avec des lunettes, c'est droit dans les yeux que je veux les regarder. Alors ce soir, je tanque avec vous à la vie toute entière. Champagne !
Merci à notre invité pour son partage et merci à vous pour votre écoute. A bientôt pour le prochain épisode de la playlist merveilleuse.
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Retrouvez Chantal Birman lors de son discours exceptionnel au Prix Gisèle Halimi 2025 sur la notion du Droit à Vieillir.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
bienvenue dans la playlist 2026 des merveilleuses composé d'audio féministe exclusif enregistré à l'occasion de la fête des mères par des personnalités engagées aux côtés de la fondation des femmes au fil des audios nous tenterons de vous faire découvrir la maternité et la sororité dans toute leur richesse et toute leur diversité grâce à des témoignages, des extraits de romans, des analyses, des chansons. Merci à toutes celles qui ont participé à cette playlist merveilleuse.
Et maintenant, place à l'épisode !
Figure historique des sages-femmes en France et militante féministe infatigable, Chantal Biermann a consacré sa vie à accompagner les femmes et à défendre leurs droits. Dans ce discours prononcé au théâtre de l'Odéon, à l'occasion du prix Gisèle Halimi 2025 de la Fondation des Femmes, elle retrace les différentes étapes de la vie des femmes, maternité, transmission, vieillesse, et célèbre avec force et tendresse le droit de vieillir sans disparaître.
Être sage-femme, c'est forcément réfléchir au temps des femmes. Temps de la puberté, entre 9 et 16 ans. Temps pour avoir un enfant, entre 11 et 50 ans. Temps de la ménopause, entre 30 et 60 ans. Et après, le temps d'après. Entre ces bornes extrêmes, le temps dit normal, procréatif. assigne les femmes à faire leur choix. Ces événements, exclusivement féminins, sont tous rythmés par le cycle menstruel qui, lui, n'est pas un choix. Tous les autres choix vont être négociés. Avoir ou pas un enfant, accoucher ou pas sous péridural, allaiter ou pas, choisir sa sexualité, sa contraception, son traitement hormonal de substitution. Chaque choix est un... temps de dialogue intime qui modifie la femme que l'on est pour toujours. C'est aussi un renoncement tout en étant une avancée, un pas vers sa propre route. Et être sage-femme, c'est se sentir à côté des femmes pour les aider à négocier chaque choix, de sorte qu'elles soient plus fortes après qu'avant. L'image de la sage-femme est intimement associée à celle de l'accouchement. Seules les femmes accouchent. Elles sont donc seules à rencontrer cette phase dite de désespérance, de fin de dilatation, où vie et mort se mêlent à jamais et tissent ensemble de nouvelles intimités. Accoucher, c'est donc accepter de changer de génération. Nos bébés ont un prix, celui de notre sang de maman. Autant blessés qu'éblouis, c'est en funambule que nous entrons dans la solitude de nos postpartums. Ces moments de vie sont d'une intensité folle. Ils sont donc à haut risque d'y rester scotchés, traumatisés et détruits. Ils sont aussi des occasions inouïes de devenir plus fortes. De gagner pour toujours. J'ai perçu très vite le privilège que permettait cette place unique, être à côté des femmes et les voir gagner. Une femme accouche et un bébé naît. Deux personnes en jeu en même temps, mais dans deux histoires différentes. Aucun autre moment que celui de l'accouchement n'embrase ensemble. les aspects physiques, psychiques et émotionnels dans un tel feu instantané. Il y a là un surgissement de l'animalité dont la sauvagerie révèle l'étroit entremêlement de la vie et de la mort. Avoir des enfants, c'est refaire la route de sa propre enfance autrement. Vient ensuite la partie hors cycle de nos vies, de la ménopause à la mort. Or, l'allongement de l'espérance de vie permet mieux aujourd'hui aux ménopausées de ne pas se mettre sur pause, justement. Elles deviennent le soutien de la génération des femmes qui les suit, en prenant gratuitement en charge la garde de leurs petits-enfants, et souvent, en les aidant financièrement, elles contribuent largement au maintien moral et matériel de la génération des actifs. La femme qu'elle était est alors devenue grand-mère. Mais pour cette nouvelle étape de la vie, pas de cours de préparation. Car la grand-maternité n'est perçue socialement comme un impitoyable effacement social progressif. Pourtant, quel cadeau pour une femme d'avoir à ce moment-là une mère à sa juste place. Fouette sage-femme. Il s'agit de privilégier l'urgence de consoler nos filles, plutôt que de céder à la tentation de materner nos petits-enfants. Inventer à chaque instant une présence-absence tout en laissant à sa fille sa place de mère est un art, mais je vous jure qu'on peut l'apprendre. C'est alors dans ce nouvel espace de présence-absence qu'explosent nos relations avec nos petits-enfants. C'est comme un secret dont la révélation saute une génération. C'est une tendresse allégée des injonctions sociales et psychologiques auxquelles les grands-parents ne sont pas assignés. Ces libertés nouvelles sont des trampolines où nos petits-enfants exultent. Mais en plus des générations qui nous suivent, il y a celles qui nous précèdent. Tout en devenant grand-mère, nous restons... aussi des filles qui prennent soin de leurs propres parents déclinants. Dans cette génération des aînés, les trois quarts des femmes finiront leur vie en EHPAD pour seulement un tiers des hommes. Car l'espérance de vie plus longue chez les femmes permet le maintien des hommes à la maison. L'amour qui s'échange entre les générations et la gratuité des soins donnés font brusquement passer là aussi ceux qui les prodiguent du côté des retraités inactifs. Les mots sont aussi des marqueurs idéologiques et cette idéologie de l'exclusion m'insupporte. J'ai honte des images et du racisme antivieux actuel totalement décomplexé. En voici trois exemples. Je pense d'abord aux bigoudines d'une pub télé ambiguë qui, vu leur âge, mange de la semoule. Et dont la révolte style panthère grise, due au vol de leur recette, les fait hurler pirate. Il y a dans cette vision ridicule de ces trois femmes deux idées flottantes, celle de la dégénérescence cérébrale et aussi celle... du ridicule d'oser se révolter à cet âge. Le pire est que cette réclame est censée nous faire rire et le pire du pire est que personne ne s'en indigne. Même colère face à l'idée répandue de retirer le permis de conduire aux plus de 65 ans. Le groupe des 65 ans et au-delà est également le groupe de conducteurs le moins susceptible de créer des accidents mortels. à 16,9%. Pour tous les autres groupes d'âge, ils dépassent les 20%. Mais le chiffre qui est pour moi le plus impressionnant est celui de la responsabilité des accidents mortels attribués à 82,7% aux hommes. La vieille au volant est donc la reine de la sécurité routière. Surtout, faites le savoir et montez avec elle ! Par ailleurs, lors d'un licenciement économique, un demandeur d'emploi de plus de 50 ans se voit souvent imposer un suicide social dans la rédaction de son nouveau CV. Nous voilà au panthéon des perversions, car non seulement il devra taire son expertise acquise tout au long de sa vie professionnelle, mais encore se montrer enthousiaste pour un emploi de moindre intérêt, accompagné d'un salaire souvent indigne. Enfin, je pense qu'au-delà de 70 ans, nous avons tous été victimes d'agisme. Plus tu avances en âge, plus le vocabulaire employé pour te faire laisser la place flirte avec la vulgarité. Pourquoi cette discrimination par l'âge est-elle aussi banalisée ? Je suis fière de chaque étape de ma vie et d'être la femme que je suis aujourd'hui. Chaque temps de ma vie a été choisi et négocié, y compris dans la douleur. Être face à vous aujourd'hui est autant un honneur qu'un bonheur. Mais ne vous trompez pas, c'est tout entier, avec mes rides, que je suis devant vous. et que je me tiens droite. S'engager dans une voie signifie en escalade ne pas pouvoir rebrousser chemin. C'est donc en attidite que je suis fière de mes engagements. Je peux tomber, mais c'est la prochaine prise que je cherche et celle de l'Oléon n'est pas si facile. Depuis 20 ans, on me tend des crèmes qui retendent, repultent, redonnent de l'éclat. On me demande constamment de regarder vers l'arrière et si possible de me retourner tout à fait. C'est non ! Certes, devant, il y a peu d'années, mais ces crèmes n'y pourront rien. Devant, la sage-femme que je suis sait qu'il y a sa vie qui continue et la mort au bout. Même avec des lunettes, c'est droit dans les yeux que je veux les regarder. Alors ce soir, je tanque avec vous à la vie toute entière. Champagne !
Merci à notre invité pour son partage et merci à vous pour votre écoute. A bientôt pour le prochain épisode de la playlist merveilleuse.
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