Description
La Présidente de la Fondation des Femmes, Anne-Cécile Mailfert, nous partage un extrait de son tout nouveau livre, "La Panique Démographique".
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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La Présidente de la Fondation des Femmes, Anne-Cécile Mailfert, nous partage un extrait de son tout nouveau livre, "La Panique Démographique".
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Transcription
bienvenue dans la playlist 2026 des merveilleuses composé d'audio féministe exclusif enregistré à l'occasion de la fête des mères par des personnalités engagées aux côtés de la fondation des femmes au fil des audios nous tenterons de vous faire découvrir la maternité et la sororité dans toute leur richesse et toute leur diversité grâce à des témoignages, des extraits de romans, des analyses, des chansons. Merci à toutes celles qui ont participé à cette playlist merveilleuse. Et maintenant, place à l'épisode !
Bonjour, je suis Anne-Cécile Maillefer, je suis la présidente de la Fondation des Femmes et je vais vous lire un texte inédit, la conclusion que je n'ai pas publiée. mais que j'aurais pu publier parce que je l'ai écrite, mais j'en ai choisi une autre. Mais celle-ci, je ne l'ai pas publiée parce que je la trouvais trop personnelle. Et alors, je la réserve pour vous, cette conclusion de mon livre « La panique démographique, une réponse féministe » aux éditions Les Petits Matins. J'ai les mains dans l'eau chaude. Elles brûlent un peu, mais quand l'eau est chaude, ça m'aide à mieux gratter ce qui reste au fond de la poêle. J'ai acheté une poêle en inox. C'est mieux pour les enfants, pour la santé, pour l'environnement que le téflon, mais ça accroche, alors je gratte, je gratte. D'autant plus que le lave-vaisselle est tombé en panne, j'ai commandé les pièces détachées, j'ai essayé de réparer moi-même, j'ai perdu deux vis au passage et ils ne marchent toujours pas. Je ne sais pas quand est-ce que j'aurai le temps de passer au magasin de bricolage. Les enfants sont dans la chambre, je les entends se disputer, je leur ai demandé de la ranger, on est dimanche soir, demain c'est lundi, l'école reprend, s'ils ne remettent pas les Legos dans les boîtes, c'est moi qui vais devoir le faire demain, puis tout le reste, puis tout le reste. Je pense à mon livre d'ailleurs que je dois sortir bientôt, j'y ai passé mes week-ends, enfin les petites bribes de week-end et de vacances. Entre ce que j'ai à faire à la Fondation, et puis ma famille, prendre soin de ma mère aussi qui vient de perdre son mari, mon père, et les amis, et le reste. Moi j'ai de la chance, pourtant j'ai un mec qui prend sa part. J'ai un mec qui me soutient souvent, d'ailleurs c'est même lui qui en fait plus, mais ce soir il n'est pas là. Je dois le dire, je suis fatiguée. Entre le livre, l'expo, la Fondation des femmes et les deux enfants, la vaisselle est finie mais je n'ai plus de torchon propre. Il faut que je lance une lessive. Il faut aussi que je sorte celle que j'ai lancée tout à l'heure. Il est 20h31, il faut que j'aille lire l'histoire des enfants. Mais je leur ai demandé de ranger la chambre d'abord. Évidemment, ils ont entre 5 et 7 ans, donc ranger la chambre, c'est pas encore automatique. Mais il faut que je les éduque. Comme ça, surtout mon fils, qu'il apprenne à ranger ses chaussettes. Faudrait qu'on invente le concept de charge mentale, éducation d'aile féministe. Il faudrait que j'achète des verres, d'ailleurs. À force de faire la vaisselle à la main, on en a cassé plein. Il faut aussi que je finisse ma valise pour Marseille. Mais oui, mardi, l'exposition. J'inaugure l'exposition Bonne Mère. Il faut que j'ai de belles tenues, chic, pas trop arty. Pas trop noir, il faut qu'il y ait de la couleur quand même, c'est une expo sur les mers, il faut du soleil. Je ne suis pas très forte pour ça, alors j'ai créé un groupe WhatsApp avec des copines pour qu'elles mènent à choisir. Dire qu'on est quatre à s'envoyer des messages sur des fringues, c'est quand même un peu démesuré. Mais j'avoue que c'est sympa cette solidarité. Et puis, il me faut une idée. Comment conclure mon livre, La panique démographique ? Il faut que je trouve une conclusion, il faut que j'en trouve une. J'aimerais qu'elle soit douce, mais déterminée. Une manière personnelle, sensible, qui parle au cœur des gens. Et d'ailleurs, surtout, peut-être, pour celles et ceux qui ne liront que la conclusion, il faut qu'ils réussissent, du coup, dans la conclusion, à directement comprendre un peu tout. J'aimerais qu'ils comprennent vraiment. Qu'est-ce que j'aimerais qu'ils retiennent, d'ailleurs ? Ce serait quoi le principal ?
« Roméo ! Sophia ! Vous l'avez rangée la chambre ? »
Il faut aussi préparer les sacs et le goûter pour demain. C'est plus simple quand tout est prêt le soir. J'ai acheté les compotes hier, heureusement d'ailleurs, sinon il n'y aurait rien eu pour goûter pour Roméo demain. Tiens, ça pourrait être une idée de conclusion. Une lettre à mon troisième enfant qui ne naîtra pas. Peut-être que j'aurais aimé être enceinte encore une fois. J'ai adoré sentir mes bébés dans mon ventre, me sentir puissante. Mais j'aurais croisé les doigts très très fort pour que l'accouchement se passe mieux que les deux premiers. Parce que cinq jours pour le premier, trois pour le deuxième, peut-être qu'au troisième j'aurais mis qu'un seul jour. D'ailleurs, il faut que je trouve une gynéco. J'aime bien l'idée des grandes familles. Moi, j'ai grandi à cinq en famille recomposée, à trois enfants du même niché. Je suis celle du milieu, celle qui répare, celle qui arrange. Mais je n'arrive pas à le voir, ce troisième enfant. Je n'arrive pas à trouver la place. Je n'arrive pas à trouver le temps. Je n'arrive pas à trouver l'énergie. J'ai déjà cinq années de nuit hachée dans les pattes. Sophie, elle commence à peine à dormir vraiment. Parfois, elle se réveille la nuit. Encore. Les enfants c'est merveilleux, mais les premières années j'ai jamais fait un truc aussi fatigant. Et j'en ai gravi des montagnes, et j'en ai bossé des jours et des nuits, et fait des manifs, des mobilisations. Et je regarde cette cuisine, ce soir. Les assiettes, la lessive, les sacs d'école, la valise pour Marseille, le discours pour mardi, le livre qui doit sortir, les municipales à la télévision, et la poussée de l'extrême droite, et la guerre en Iran, et les cafards dans l'immeuble, et la brosse à cheveux oubliée sur la table, et les serviettes par terre. Roméo ! Sophia ! Allez, au lit maintenant ! Et je repense à tout ce que j'ai écrit dans ce livre ces mois-ci, à cette histoire de panique démographique. qui remplit les tribunes, les discours, les plateaux télé, comme si le problème du monde, c'était qu'il n'y avait plus assez de bébés, comme si c'était ça, la crise. Alors que la crise, elle est là. Là, dans cette cuisine, dans cette fatigue, dans ce monde qui rend la vie difficile à porter, c'est pas la vie qui manque, c'est le monde qui nous fait défaut. Parce que les mêmes qui s'inquiètent du nombre d'enfants nous demandent d'être disponibles, de travailler plus, de produire plus, de tenir la maison, de tenir les enfants, de tenir les vieux, de tenir la société toute entière à bout de bras. Quand ils ne nous culpabilisent pas, on les a reconnus. Ceux qui font mine de nous protéger en cherchant à nous renvoyer au foyer. Ceux qui rêvent de nous punir d'avoir trop parlé. Et ensuite, ils regardent les statistiques et ils disent « Pourquoi les femmes ne font plus d'enfants ? » Comme si c'était un mystère. Comme si ce n'était pas une évidence. Comme si ce n'était pas une réponse. Une grève. Une grève des ventres. Qui se joue dans des cuisines à 20h45. Entre une valise à finir, une machine à étendre et des enfants qui se chamaillent dans la chambre. Parce que le paradoxe, il est là, sous nos yeux. Le paradoxe patriarcal de la reproduction. On exige la vie, mais on détruit ce qui la rend possible. On invoque l'avenir, mais on épuise celle qu'il fabrique. On nous dit de faire vivre des enfants pour les faire mourir au front. Alors forcément, à un moment, nous les femmes, on regarde l'équation, et on dit non, pas comme ça, pas dans ces conditions, pas pour servir de réservoir de soldats, de cotisants, de consommateurs, pas pour réparer les faillites politiques d'un monde incapable de protéger ce qu'il fait naître. C'est sûr qu'à un moment, Les milliardaires de la Silicon Valley réussiront à nous remplacer, à nous optimiser avec des utérus artificiels et des bébés augmentés. Ça n'a tellement pas de sens. La question n'est pas technologique, elle est politique. Elle est simple en réalité. Si nous voulons des enfants, il faut un monde où la vie soit vivable. Un monde où les parents ne soient pas punis. Un monde où le soin ne soit pas méprisé. Un monde où la paix compte plus que l'ego froissé. Un monde où la liberté reproductive puisse advenir. Un monde où faire un enfant ne signifie pas s'épuiser mais participer à l'art à l'avenir. Parce qu'au fond, ce livre, La panique démographique, ne parle pas vraiment de natalité, il parle de ce moment où une société doit décider si elle veut continuer à vivre. Il parle de ce moment où l'on comprend que la vie ne peut pas être une ressource nationale, que les enfants ne peuvent pas être un plan de relance, et que la seule question qui compte est celle-ci, dans quel monde voulons-nous accueillir ceux qui viennent ?
Roméo ? Sophia ? Maman arrive.
La cuisine est rangée, la valise pas finie, la lessive étendue. Et je pense encore à ce troisième enfant, celui qui n'est pas venu, et je me dis que peut-être, ce livre est aussi pour lui. Merci de m'avoir écoutée, et bonne fête des Merveilleuses.
Merci à notre invité pour son partage, et merci à vous pour votre écoute. A bientôt. pour le prochain épisode de la playlist merveilleuse.
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La Présidente de la Fondation des Femmes, Anne-Cécile Mailfert, nous partage un extrait de son tout nouveau livre, "La Panique Démographique".
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bienvenue dans la playlist 2026 des merveilleuses composé d'audio féministe exclusif enregistré à l'occasion de la fête des mères par des personnalités engagées aux côtés de la fondation des femmes au fil des audios nous tenterons de vous faire découvrir la maternité et la sororité dans toute leur richesse et toute leur diversité grâce à des témoignages, des extraits de romans, des analyses, des chansons. Merci à toutes celles qui ont participé à cette playlist merveilleuse. Et maintenant, place à l'épisode !
Bonjour, je suis Anne-Cécile Maillefer, je suis la présidente de la Fondation des Femmes et je vais vous lire un texte inédit, la conclusion que je n'ai pas publiée. mais que j'aurais pu publier parce que je l'ai écrite, mais j'en ai choisi une autre. Mais celle-ci, je ne l'ai pas publiée parce que je la trouvais trop personnelle. Et alors, je la réserve pour vous, cette conclusion de mon livre « La panique démographique, une réponse féministe » aux éditions Les Petits Matins. J'ai les mains dans l'eau chaude. Elles brûlent un peu, mais quand l'eau est chaude, ça m'aide à mieux gratter ce qui reste au fond de la poêle. J'ai acheté une poêle en inox. C'est mieux pour les enfants, pour la santé, pour l'environnement que le téflon, mais ça accroche, alors je gratte, je gratte. D'autant plus que le lave-vaisselle est tombé en panne, j'ai commandé les pièces détachées, j'ai essayé de réparer moi-même, j'ai perdu deux vis au passage et ils ne marchent toujours pas. Je ne sais pas quand est-ce que j'aurai le temps de passer au magasin de bricolage. Les enfants sont dans la chambre, je les entends se disputer, je leur ai demandé de la ranger, on est dimanche soir, demain c'est lundi, l'école reprend, s'ils ne remettent pas les Legos dans les boîtes, c'est moi qui vais devoir le faire demain, puis tout le reste, puis tout le reste. Je pense à mon livre d'ailleurs que je dois sortir bientôt, j'y ai passé mes week-ends, enfin les petites bribes de week-end et de vacances. Entre ce que j'ai à faire à la Fondation, et puis ma famille, prendre soin de ma mère aussi qui vient de perdre son mari, mon père, et les amis, et le reste. Moi j'ai de la chance, pourtant j'ai un mec qui prend sa part. J'ai un mec qui me soutient souvent, d'ailleurs c'est même lui qui en fait plus, mais ce soir il n'est pas là. Je dois le dire, je suis fatiguée. Entre le livre, l'expo, la Fondation des femmes et les deux enfants, la vaisselle est finie mais je n'ai plus de torchon propre. Il faut que je lance une lessive. Il faut aussi que je sorte celle que j'ai lancée tout à l'heure. Il est 20h31, il faut que j'aille lire l'histoire des enfants. Mais je leur ai demandé de ranger la chambre d'abord. Évidemment, ils ont entre 5 et 7 ans, donc ranger la chambre, c'est pas encore automatique. Mais il faut que je les éduque. Comme ça, surtout mon fils, qu'il apprenne à ranger ses chaussettes. Faudrait qu'on invente le concept de charge mentale, éducation d'aile féministe. Il faudrait que j'achète des verres, d'ailleurs. À force de faire la vaisselle à la main, on en a cassé plein. Il faut aussi que je finisse ma valise pour Marseille. Mais oui, mardi, l'exposition. J'inaugure l'exposition Bonne Mère. Il faut que j'ai de belles tenues, chic, pas trop arty. Pas trop noir, il faut qu'il y ait de la couleur quand même, c'est une expo sur les mers, il faut du soleil. Je ne suis pas très forte pour ça, alors j'ai créé un groupe WhatsApp avec des copines pour qu'elles mènent à choisir. Dire qu'on est quatre à s'envoyer des messages sur des fringues, c'est quand même un peu démesuré. Mais j'avoue que c'est sympa cette solidarité. Et puis, il me faut une idée. Comment conclure mon livre, La panique démographique ? Il faut que je trouve une conclusion, il faut que j'en trouve une. J'aimerais qu'elle soit douce, mais déterminée. Une manière personnelle, sensible, qui parle au cœur des gens. Et d'ailleurs, surtout, peut-être, pour celles et ceux qui ne liront que la conclusion, il faut qu'ils réussissent, du coup, dans la conclusion, à directement comprendre un peu tout. J'aimerais qu'ils comprennent vraiment. Qu'est-ce que j'aimerais qu'ils retiennent, d'ailleurs ? Ce serait quoi le principal ?
« Roméo ! Sophia ! Vous l'avez rangée la chambre ? »
Il faut aussi préparer les sacs et le goûter pour demain. C'est plus simple quand tout est prêt le soir. J'ai acheté les compotes hier, heureusement d'ailleurs, sinon il n'y aurait rien eu pour goûter pour Roméo demain. Tiens, ça pourrait être une idée de conclusion. Une lettre à mon troisième enfant qui ne naîtra pas. Peut-être que j'aurais aimé être enceinte encore une fois. J'ai adoré sentir mes bébés dans mon ventre, me sentir puissante. Mais j'aurais croisé les doigts très très fort pour que l'accouchement se passe mieux que les deux premiers. Parce que cinq jours pour le premier, trois pour le deuxième, peut-être qu'au troisième j'aurais mis qu'un seul jour. D'ailleurs, il faut que je trouve une gynéco. J'aime bien l'idée des grandes familles. Moi, j'ai grandi à cinq en famille recomposée, à trois enfants du même niché. Je suis celle du milieu, celle qui répare, celle qui arrange. Mais je n'arrive pas à le voir, ce troisième enfant. Je n'arrive pas à trouver la place. Je n'arrive pas à trouver le temps. Je n'arrive pas à trouver l'énergie. J'ai déjà cinq années de nuit hachée dans les pattes. Sophie, elle commence à peine à dormir vraiment. Parfois, elle se réveille la nuit. Encore. Les enfants c'est merveilleux, mais les premières années j'ai jamais fait un truc aussi fatigant. Et j'en ai gravi des montagnes, et j'en ai bossé des jours et des nuits, et fait des manifs, des mobilisations. Et je regarde cette cuisine, ce soir. Les assiettes, la lessive, les sacs d'école, la valise pour Marseille, le discours pour mardi, le livre qui doit sortir, les municipales à la télévision, et la poussée de l'extrême droite, et la guerre en Iran, et les cafards dans l'immeuble, et la brosse à cheveux oubliée sur la table, et les serviettes par terre. Roméo ! Sophia ! Allez, au lit maintenant ! Et je repense à tout ce que j'ai écrit dans ce livre ces mois-ci, à cette histoire de panique démographique. qui remplit les tribunes, les discours, les plateaux télé, comme si le problème du monde, c'était qu'il n'y avait plus assez de bébés, comme si c'était ça, la crise. Alors que la crise, elle est là. Là, dans cette cuisine, dans cette fatigue, dans ce monde qui rend la vie difficile à porter, c'est pas la vie qui manque, c'est le monde qui nous fait défaut. Parce que les mêmes qui s'inquiètent du nombre d'enfants nous demandent d'être disponibles, de travailler plus, de produire plus, de tenir la maison, de tenir les enfants, de tenir les vieux, de tenir la société toute entière à bout de bras. Quand ils ne nous culpabilisent pas, on les a reconnus. Ceux qui font mine de nous protéger en cherchant à nous renvoyer au foyer. Ceux qui rêvent de nous punir d'avoir trop parlé. Et ensuite, ils regardent les statistiques et ils disent « Pourquoi les femmes ne font plus d'enfants ? » Comme si c'était un mystère. Comme si ce n'était pas une évidence. Comme si ce n'était pas une réponse. Une grève. Une grève des ventres. Qui se joue dans des cuisines à 20h45. Entre une valise à finir, une machine à étendre et des enfants qui se chamaillent dans la chambre. Parce que le paradoxe, il est là, sous nos yeux. Le paradoxe patriarcal de la reproduction. On exige la vie, mais on détruit ce qui la rend possible. On invoque l'avenir, mais on épuise celle qu'il fabrique. On nous dit de faire vivre des enfants pour les faire mourir au front. Alors forcément, à un moment, nous les femmes, on regarde l'équation, et on dit non, pas comme ça, pas dans ces conditions, pas pour servir de réservoir de soldats, de cotisants, de consommateurs, pas pour réparer les faillites politiques d'un monde incapable de protéger ce qu'il fait naître. C'est sûr qu'à un moment, Les milliardaires de la Silicon Valley réussiront à nous remplacer, à nous optimiser avec des utérus artificiels et des bébés augmentés. Ça n'a tellement pas de sens. La question n'est pas technologique, elle est politique. Elle est simple en réalité. Si nous voulons des enfants, il faut un monde où la vie soit vivable. Un monde où les parents ne soient pas punis. Un monde où le soin ne soit pas méprisé. Un monde où la paix compte plus que l'ego froissé. Un monde où la liberté reproductive puisse advenir. Un monde où faire un enfant ne signifie pas s'épuiser mais participer à l'art à l'avenir. Parce qu'au fond, ce livre, La panique démographique, ne parle pas vraiment de natalité, il parle de ce moment où une société doit décider si elle veut continuer à vivre. Il parle de ce moment où l'on comprend que la vie ne peut pas être une ressource nationale, que les enfants ne peuvent pas être un plan de relance, et que la seule question qui compte est celle-ci, dans quel monde voulons-nous accueillir ceux qui viennent ?
Roméo ? Sophia ? Maman arrive.
La cuisine est rangée, la valise pas finie, la lessive étendue. Et je pense encore à ce troisième enfant, celui qui n'est pas venu, et je me dis que peut-être, ce livre est aussi pour lui. Merci de m'avoir écoutée, et bonne fête des Merveilleuses.
Merci à notre invité pour son partage, et merci à vous pour votre écoute. A bientôt. pour le prochain épisode de la playlist merveilleuse.
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La Présidente de la Fondation des Femmes, Anne-Cécile Mailfert, nous partage un extrait de son tout nouveau livre, "La Panique Démographique".
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Transcription
bienvenue dans la playlist 2026 des merveilleuses composé d'audio féministe exclusif enregistré à l'occasion de la fête des mères par des personnalités engagées aux côtés de la fondation des femmes au fil des audios nous tenterons de vous faire découvrir la maternité et la sororité dans toute leur richesse et toute leur diversité grâce à des témoignages, des extraits de romans, des analyses, des chansons. Merci à toutes celles qui ont participé à cette playlist merveilleuse. Et maintenant, place à l'épisode !
Bonjour, je suis Anne-Cécile Maillefer, je suis la présidente de la Fondation des Femmes et je vais vous lire un texte inédit, la conclusion que je n'ai pas publiée. mais que j'aurais pu publier parce que je l'ai écrite, mais j'en ai choisi une autre. Mais celle-ci, je ne l'ai pas publiée parce que je la trouvais trop personnelle. Et alors, je la réserve pour vous, cette conclusion de mon livre « La panique démographique, une réponse féministe » aux éditions Les Petits Matins. J'ai les mains dans l'eau chaude. Elles brûlent un peu, mais quand l'eau est chaude, ça m'aide à mieux gratter ce qui reste au fond de la poêle. J'ai acheté une poêle en inox. C'est mieux pour les enfants, pour la santé, pour l'environnement que le téflon, mais ça accroche, alors je gratte, je gratte. D'autant plus que le lave-vaisselle est tombé en panne, j'ai commandé les pièces détachées, j'ai essayé de réparer moi-même, j'ai perdu deux vis au passage et ils ne marchent toujours pas. Je ne sais pas quand est-ce que j'aurai le temps de passer au magasin de bricolage. Les enfants sont dans la chambre, je les entends se disputer, je leur ai demandé de la ranger, on est dimanche soir, demain c'est lundi, l'école reprend, s'ils ne remettent pas les Legos dans les boîtes, c'est moi qui vais devoir le faire demain, puis tout le reste, puis tout le reste. Je pense à mon livre d'ailleurs que je dois sortir bientôt, j'y ai passé mes week-ends, enfin les petites bribes de week-end et de vacances. Entre ce que j'ai à faire à la Fondation, et puis ma famille, prendre soin de ma mère aussi qui vient de perdre son mari, mon père, et les amis, et le reste. Moi j'ai de la chance, pourtant j'ai un mec qui prend sa part. J'ai un mec qui me soutient souvent, d'ailleurs c'est même lui qui en fait plus, mais ce soir il n'est pas là. Je dois le dire, je suis fatiguée. Entre le livre, l'expo, la Fondation des femmes et les deux enfants, la vaisselle est finie mais je n'ai plus de torchon propre. Il faut que je lance une lessive. Il faut aussi que je sorte celle que j'ai lancée tout à l'heure. Il est 20h31, il faut que j'aille lire l'histoire des enfants. Mais je leur ai demandé de ranger la chambre d'abord. Évidemment, ils ont entre 5 et 7 ans, donc ranger la chambre, c'est pas encore automatique. Mais il faut que je les éduque. Comme ça, surtout mon fils, qu'il apprenne à ranger ses chaussettes. Faudrait qu'on invente le concept de charge mentale, éducation d'aile féministe. Il faudrait que j'achète des verres, d'ailleurs. À force de faire la vaisselle à la main, on en a cassé plein. Il faut aussi que je finisse ma valise pour Marseille. Mais oui, mardi, l'exposition. J'inaugure l'exposition Bonne Mère. Il faut que j'ai de belles tenues, chic, pas trop arty. Pas trop noir, il faut qu'il y ait de la couleur quand même, c'est une expo sur les mers, il faut du soleil. Je ne suis pas très forte pour ça, alors j'ai créé un groupe WhatsApp avec des copines pour qu'elles mènent à choisir. Dire qu'on est quatre à s'envoyer des messages sur des fringues, c'est quand même un peu démesuré. Mais j'avoue que c'est sympa cette solidarité. Et puis, il me faut une idée. Comment conclure mon livre, La panique démographique ? Il faut que je trouve une conclusion, il faut que j'en trouve une. J'aimerais qu'elle soit douce, mais déterminée. Une manière personnelle, sensible, qui parle au cœur des gens. Et d'ailleurs, surtout, peut-être, pour celles et ceux qui ne liront que la conclusion, il faut qu'ils réussissent, du coup, dans la conclusion, à directement comprendre un peu tout. J'aimerais qu'ils comprennent vraiment. Qu'est-ce que j'aimerais qu'ils retiennent, d'ailleurs ? Ce serait quoi le principal ?
« Roméo ! Sophia ! Vous l'avez rangée la chambre ? »
Il faut aussi préparer les sacs et le goûter pour demain. C'est plus simple quand tout est prêt le soir. J'ai acheté les compotes hier, heureusement d'ailleurs, sinon il n'y aurait rien eu pour goûter pour Roméo demain. Tiens, ça pourrait être une idée de conclusion. Une lettre à mon troisième enfant qui ne naîtra pas. Peut-être que j'aurais aimé être enceinte encore une fois. J'ai adoré sentir mes bébés dans mon ventre, me sentir puissante. Mais j'aurais croisé les doigts très très fort pour que l'accouchement se passe mieux que les deux premiers. Parce que cinq jours pour le premier, trois pour le deuxième, peut-être qu'au troisième j'aurais mis qu'un seul jour. D'ailleurs, il faut que je trouve une gynéco. J'aime bien l'idée des grandes familles. Moi, j'ai grandi à cinq en famille recomposée, à trois enfants du même niché. Je suis celle du milieu, celle qui répare, celle qui arrange. Mais je n'arrive pas à le voir, ce troisième enfant. Je n'arrive pas à trouver la place. Je n'arrive pas à trouver le temps. Je n'arrive pas à trouver l'énergie. J'ai déjà cinq années de nuit hachée dans les pattes. Sophie, elle commence à peine à dormir vraiment. Parfois, elle se réveille la nuit. Encore. Les enfants c'est merveilleux, mais les premières années j'ai jamais fait un truc aussi fatigant. Et j'en ai gravi des montagnes, et j'en ai bossé des jours et des nuits, et fait des manifs, des mobilisations. Et je regarde cette cuisine, ce soir. Les assiettes, la lessive, les sacs d'école, la valise pour Marseille, le discours pour mardi, le livre qui doit sortir, les municipales à la télévision, et la poussée de l'extrême droite, et la guerre en Iran, et les cafards dans l'immeuble, et la brosse à cheveux oubliée sur la table, et les serviettes par terre. Roméo ! Sophia ! Allez, au lit maintenant ! Et je repense à tout ce que j'ai écrit dans ce livre ces mois-ci, à cette histoire de panique démographique. qui remplit les tribunes, les discours, les plateaux télé, comme si le problème du monde, c'était qu'il n'y avait plus assez de bébés, comme si c'était ça, la crise. Alors que la crise, elle est là. Là, dans cette cuisine, dans cette fatigue, dans ce monde qui rend la vie difficile à porter, c'est pas la vie qui manque, c'est le monde qui nous fait défaut. Parce que les mêmes qui s'inquiètent du nombre d'enfants nous demandent d'être disponibles, de travailler plus, de produire plus, de tenir la maison, de tenir les enfants, de tenir les vieux, de tenir la société toute entière à bout de bras. Quand ils ne nous culpabilisent pas, on les a reconnus. Ceux qui font mine de nous protéger en cherchant à nous renvoyer au foyer. Ceux qui rêvent de nous punir d'avoir trop parlé. Et ensuite, ils regardent les statistiques et ils disent « Pourquoi les femmes ne font plus d'enfants ? » Comme si c'était un mystère. Comme si ce n'était pas une évidence. Comme si ce n'était pas une réponse. Une grève. Une grève des ventres. Qui se joue dans des cuisines à 20h45. Entre une valise à finir, une machine à étendre et des enfants qui se chamaillent dans la chambre. Parce que le paradoxe, il est là, sous nos yeux. Le paradoxe patriarcal de la reproduction. On exige la vie, mais on détruit ce qui la rend possible. On invoque l'avenir, mais on épuise celle qu'il fabrique. On nous dit de faire vivre des enfants pour les faire mourir au front. Alors forcément, à un moment, nous les femmes, on regarde l'équation, et on dit non, pas comme ça, pas dans ces conditions, pas pour servir de réservoir de soldats, de cotisants, de consommateurs, pas pour réparer les faillites politiques d'un monde incapable de protéger ce qu'il fait naître. C'est sûr qu'à un moment, Les milliardaires de la Silicon Valley réussiront à nous remplacer, à nous optimiser avec des utérus artificiels et des bébés augmentés. Ça n'a tellement pas de sens. La question n'est pas technologique, elle est politique. Elle est simple en réalité. Si nous voulons des enfants, il faut un monde où la vie soit vivable. Un monde où les parents ne soient pas punis. Un monde où le soin ne soit pas méprisé. Un monde où la paix compte plus que l'ego froissé. Un monde où la liberté reproductive puisse advenir. Un monde où faire un enfant ne signifie pas s'épuiser mais participer à l'art à l'avenir. Parce qu'au fond, ce livre, La panique démographique, ne parle pas vraiment de natalité, il parle de ce moment où une société doit décider si elle veut continuer à vivre. Il parle de ce moment où l'on comprend que la vie ne peut pas être une ressource nationale, que les enfants ne peuvent pas être un plan de relance, et que la seule question qui compte est celle-ci, dans quel monde voulons-nous accueillir ceux qui viennent ?
Roméo ? Sophia ? Maman arrive.
La cuisine est rangée, la valise pas finie, la lessive étendue. Et je pense encore à ce troisième enfant, celui qui n'est pas venu, et je me dis que peut-être, ce livre est aussi pour lui. Merci de m'avoir écoutée, et bonne fête des Merveilleuses.
Merci à notre invité pour son partage, et merci à vous pour votre écoute. A bientôt. pour le prochain épisode de la playlist merveilleuse.
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La Présidente de la Fondation des Femmes, Anne-Cécile Mailfert, nous partage un extrait de son tout nouveau livre, "La Panique Démographique".
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Transcription
bienvenue dans la playlist 2026 des merveilleuses composé d'audio féministe exclusif enregistré à l'occasion de la fête des mères par des personnalités engagées aux côtés de la fondation des femmes au fil des audios nous tenterons de vous faire découvrir la maternité et la sororité dans toute leur richesse et toute leur diversité grâce à des témoignages, des extraits de romans, des analyses, des chansons. Merci à toutes celles qui ont participé à cette playlist merveilleuse. Et maintenant, place à l'épisode !
Bonjour, je suis Anne-Cécile Maillefer, je suis la présidente de la Fondation des Femmes et je vais vous lire un texte inédit, la conclusion que je n'ai pas publiée. mais que j'aurais pu publier parce que je l'ai écrite, mais j'en ai choisi une autre. Mais celle-ci, je ne l'ai pas publiée parce que je la trouvais trop personnelle. Et alors, je la réserve pour vous, cette conclusion de mon livre « La panique démographique, une réponse féministe » aux éditions Les Petits Matins. J'ai les mains dans l'eau chaude. Elles brûlent un peu, mais quand l'eau est chaude, ça m'aide à mieux gratter ce qui reste au fond de la poêle. J'ai acheté une poêle en inox. C'est mieux pour les enfants, pour la santé, pour l'environnement que le téflon, mais ça accroche, alors je gratte, je gratte. D'autant plus que le lave-vaisselle est tombé en panne, j'ai commandé les pièces détachées, j'ai essayé de réparer moi-même, j'ai perdu deux vis au passage et ils ne marchent toujours pas. Je ne sais pas quand est-ce que j'aurai le temps de passer au magasin de bricolage. Les enfants sont dans la chambre, je les entends se disputer, je leur ai demandé de la ranger, on est dimanche soir, demain c'est lundi, l'école reprend, s'ils ne remettent pas les Legos dans les boîtes, c'est moi qui vais devoir le faire demain, puis tout le reste, puis tout le reste. Je pense à mon livre d'ailleurs que je dois sortir bientôt, j'y ai passé mes week-ends, enfin les petites bribes de week-end et de vacances. Entre ce que j'ai à faire à la Fondation, et puis ma famille, prendre soin de ma mère aussi qui vient de perdre son mari, mon père, et les amis, et le reste. Moi j'ai de la chance, pourtant j'ai un mec qui prend sa part. J'ai un mec qui me soutient souvent, d'ailleurs c'est même lui qui en fait plus, mais ce soir il n'est pas là. Je dois le dire, je suis fatiguée. Entre le livre, l'expo, la Fondation des femmes et les deux enfants, la vaisselle est finie mais je n'ai plus de torchon propre. Il faut que je lance une lessive. Il faut aussi que je sorte celle que j'ai lancée tout à l'heure. Il est 20h31, il faut que j'aille lire l'histoire des enfants. Mais je leur ai demandé de ranger la chambre d'abord. Évidemment, ils ont entre 5 et 7 ans, donc ranger la chambre, c'est pas encore automatique. Mais il faut que je les éduque. Comme ça, surtout mon fils, qu'il apprenne à ranger ses chaussettes. Faudrait qu'on invente le concept de charge mentale, éducation d'aile féministe. Il faudrait que j'achète des verres, d'ailleurs. À force de faire la vaisselle à la main, on en a cassé plein. Il faut aussi que je finisse ma valise pour Marseille. Mais oui, mardi, l'exposition. J'inaugure l'exposition Bonne Mère. Il faut que j'ai de belles tenues, chic, pas trop arty. Pas trop noir, il faut qu'il y ait de la couleur quand même, c'est une expo sur les mers, il faut du soleil. Je ne suis pas très forte pour ça, alors j'ai créé un groupe WhatsApp avec des copines pour qu'elles mènent à choisir. Dire qu'on est quatre à s'envoyer des messages sur des fringues, c'est quand même un peu démesuré. Mais j'avoue que c'est sympa cette solidarité. Et puis, il me faut une idée. Comment conclure mon livre, La panique démographique ? Il faut que je trouve une conclusion, il faut que j'en trouve une. J'aimerais qu'elle soit douce, mais déterminée. Une manière personnelle, sensible, qui parle au cœur des gens. Et d'ailleurs, surtout, peut-être, pour celles et ceux qui ne liront que la conclusion, il faut qu'ils réussissent, du coup, dans la conclusion, à directement comprendre un peu tout. J'aimerais qu'ils comprennent vraiment. Qu'est-ce que j'aimerais qu'ils retiennent, d'ailleurs ? Ce serait quoi le principal ?
« Roméo ! Sophia ! Vous l'avez rangée la chambre ? »
Il faut aussi préparer les sacs et le goûter pour demain. C'est plus simple quand tout est prêt le soir. J'ai acheté les compotes hier, heureusement d'ailleurs, sinon il n'y aurait rien eu pour goûter pour Roméo demain. Tiens, ça pourrait être une idée de conclusion. Une lettre à mon troisième enfant qui ne naîtra pas. Peut-être que j'aurais aimé être enceinte encore une fois. J'ai adoré sentir mes bébés dans mon ventre, me sentir puissante. Mais j'aurais croisé les doigts très très fort pour que l'accouchement se passe mieux que les deux premiers. Parce que cinq jours pour le premier, trois pour le deuxième, peut-être qu'au troisième j'aurais mis qu'un seul jour. D'ailleurs, il faut que je trouve une gynéco. J'aime bien l'idée des grandes familles. Moi, j'ai grandi à cinq en famille recomposée, à trois enfants du même niché. Je suis celle du milieu, celle qui répare, celle qui arrange. Mais je n'arrive pas à le voir, ce troisième enfant. Je n'arrive pas à trouver la place. Je n'arrive pas à trouver le temps. Je n'arrive pas à trouver l'énergie. J'ai déjà cinq années de nuit hachée dans les pattes. Sophie, elle commence à peine à dormir vraiment. Parfois, elle se réveille la nuit. Encore. Les enfants c'est merveilleux, mais les premières années j'ai jamais fait un truc aussi fatigant. Et j'en ai gravi des montagnes, et j'en ai bossé des jours et des nuits, et fait des manifs, des mobilisations. Et je regarde cette cuisine, ce soir. Les assiettes, la lessive, les sacs d'école, la valise pour Marseille, le discours pour mardi, le livre qui doit sortir, les municipales à la télévision, et la poussée de l'extrême droite, et la guerre en Iran, et les cafards dans l'immeuble, et la brosse à cheveux oubliée sur la table, et les serviettes par terre. Roméo ! Sophia ! Allez, au lit maintenant ! Et je repense à tout ce que j'ai écrit dans ce livre ces mois-ci, à cette histoire de panique démographique. qui remplit les tribunes, les discours, les plateaux télé, comme si le problème du monde, c'était qu'il n'y avait plus assez de bébés, comme si c'était ça, la crise. Alors que la crise, elle est là. Là, dans cette cuisine, dans cette fatigue, dans ce monde qui rend la vie difficile à porter, c'est pas la vie qui manque, c'est le monde qui nous fait défaut. Parce que les mêmes qui s'inquiètent du nombre d'enfants nous demandent d'être disponibles, de travailler plus, de produire plus, de tenir la maison, de tenir les enfants, de tenir les vieux, de tenir la société toute entière à bout de bras. Quand ils ne nous culpabilisent pas, on les a reconnus. Ceux qui font mine de nous protéger en cherchant à nous renvoyer au foyer. Ceux qui rêvent de nous punir d'avoir trop parlé. Et ensuite, ils regardent les statistiques et ils disent « Pourquoi les femmes ne font plus d'enfants ? » Comme si c'était un mystère. Comme si ce n'était pas une évidence. Comme si ce n'était pas une réponse. Une grève. Une grève des ventres. Qui se joue dans des cuisines à 20h45. Entre une valise à finir, une machine à étendre et des enfants qui se chamaillent dans la chambre. Parce que le paradoxe, il est là, sous nos yeux. Le paradoxe patriarcal de la reproduction. On exige la vie, mais on détruit ce qui la rend possible. On invoque l'avenir, mais on épuise celle qu'il fabrique. On nous dit de faire vivre des enfants pour les faire mourir au front. Alors forcément, à un moment, nous les femmes, on regarde l'équation, et on dit non, pas comme ça, pas dans ces conditions, pas pour servir de réservoir de soldats, de cotisants, de consommateurs, pas pour réparer les faillites politiques d'un monde incapable de protéger ce qu'il fait naître. C'est sûr qu'à un moment, Les milliardaires de la Silicon Valley réussiront à nous remplacer, à nous optimiser avec des utérus artificiels et des bébés augmentés. Ça n'a tellement pas de sens. La question n'est pas technologique, elle est politique. Elle est simple en réalité. Si nous voulons des enfants, il faut un monde où la vie soit vivable. Un monde où les parents ne soient pas punis. Un monde où le soin ne soit pas méprisé. Un monde où la paix compte plus que l'ego froissé. Un monde où la liberté reproductive puisse advenir. Un monde où faire un enfant ne signifie pas s'épuiser mais participer à l'art à l'avenir. Parce qu'au fond, ce livre, La panique démographique, ne parle pas vraiment de natalité, il parle de ce moment où une société doit décider si elle veut continuer à vivre. Il parle de ce moment où l'on comprend que la vie ne peut pas être une ressource nationale, que les enfants ne peuvent pas être un plan de relance, et que la seule question qui compte est celle-ci, dans quel monde voulons-nous accueillir ceux qui viennent ?
Roméo ? Sophia ? Maman arrive.
La cuisine est rangée, la valise pas finie, la lessive étendue. Et je pense encore à ce troisième enfant, celui qui n'est pas venu, et je me dis que peut-être, ce livre est aussi pour lui. Merci de m'avoir écoutée, et bonne fête des Merveilleuses.
Merci à notre invité pour son partage, et merci à vous pour votre écoute. A bientôt. pour le prochain épisode de la playlist merveilleuse.
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