- Speaker #0
Finta, annoncés en 1971, prévoyaient l'expropriation d'une centaine de paysans de leur terre. Bien décidés à défendre leur plateau, ils s'embarquent dans une folle aventure collective, sans savoir qu'elle durerait dix ans. Rejoints par des militants de différentes mouvances, ils seront au cœur d'un véritable laboratoire, social, militant et agricole, d'où émergeront les questions toujours actuelles que sont l'agriculture raisonnée, la non-violence, la désobéissance civile, l'écologie aussi. 50 ans après, que reste-t-il de cette lutte paysanne ? Qui sont les agriculteurs du Larzac aujourd'hui ? Et quel héritage gardent-ils de la lutte ? Pour ce documentaire sonore en trois épisodes, le premier, de Finta, je suis partie à la rencontre d'anciens du Larzac, incontournables. Mais aussi d'enfants qui ont grandi pendant la lutte, et des nouveaux venus qui habitent le plateau aujourd'hui. Je suis Lola Cross, journaliste indépendante, et j'ai écrit cette série pour Finta.
- Speaker #1
On se bagarrait officiellement pour garder notre terre. Et petit à petit, on se bagarrait pour faire chier l'armée. On avait changé tout, quoi. On était devenus un petit militarisme, en ce moment, voilà. On a écrit notre page de l'histoire, comme on a pu, et que les autres fassent pareil, quoi. Et chacun, maintenant, on voit bien dans les gens, c'est 40 ans, hein, ou 50 ans, ils écrivent autre chose, et c'est bien, chacun fait son truc, quoi. Nous, on a fait ce qu'on a pu à l'époque, quoi. Que chacun fasse ce qu'il peut, là où il est. Voilà.
- Speaker #0
Plate du Larzac, Aveyron. Bordé au nord-ouest par la rivière Tarne, au nord-est par la Dourbie, le coste du Larzac s'étend de Millau à l'Audeve, dans l'Hérault. Pour beaucoup, il n'est qu'une vaste étendue désertique que l'on traverse sur la route des vacances. Début des années 70, la France vient d'enterrer son général, Charles de Gaulle, et connaît quelques répliques sociales post-68ardes. A la radio, on écoute Sardou, Chela, les Popiz, Delpech et Nicoletta. C'est dans ce contexte que commence celle que l'on connaît désormais comme la lutte paysanne du Larzac.
- Speaker #2
Pour le plateau du Larzac, à la cavalerie, depuis 1902 se trouve un camp militaire de 3000 hectares. Jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale, les pâturages de ces 3000 hectares étaient utilisés à 50% dans les éleveurs de la région. Le camp ne fonctionnait que partiellement dans le temps. Selon un accord de pâturage, les tirs n'avaient lieu que jusqu'à 11h et les gros billes pouvaient être l'après-midi. Après la guerre, cet accord ne fut plus respecté.
- Speaker #3
Depuis 1902, on a sur le plateau du Larzac, au village de la Cavalerie, un terrain militaire qui est installé là depuis 1902.
- Speaker #0
Solveig Le Thor habite la couvertoireade. Elle a 7 ans quand elle arrive sur le Larzac où ont décidé de s'installer ses parents, juste avant le début des événements.
- Speaker #3
Régulièrement, il y a des rumeurs qui circulent. On va l'agrandir, puis non, puis oui, puis non. Et en 71, Michel Debré, qui est alors ministre des Armées, décide d'agrandir le terrain militaire. Donc il fait 3000 hectares, ils veulent le passer à 17000 hectares. Donc la décision est prise au plus haut de l'État. Et ce qui fait un petit peu partie de la légende, c'est que les paysans du Larzac qui sont concernés par cette augmentation vont apprendre l'information par la télévision. On ne va pas les informer directement, c'est en regardant le journal du soir qu'ils apprennent que le terrain militaire va passer à 17 000 hectares, ce qui correspond environ à l'époque à 106 exploitations agricoles. Donc il y a 106 agriculteurs, paysans, qui sont concernés par cette extension qui va forcément se traduire par des expropriations.
- Speaker #4
Les témoins de la lutte des sangs-de-roi, paysans du Larzac. On est réduit en pot de chargé, on est à peine 25 ou 30, je sais pas.
- Speaker #5
Ce sol rocailleux de la région de l'Arzac convient mieux aux évolutions des engins blindés que les sols boués de la Champagne, a dit ce matin le général de Boissieu. Les moutons pourront continuer à pêtre sur les deux tiers du camp. Ainsi, les terres les mieux cultivées seront sauvegardées. Cette superficie est nécessaire pour augmenter la sécurité, compte tenu de la portée croissante des tirs. Enfin, contrairement à ce qu'estiment certains, affirme M. Debré, Le camp permettra un aménagement plus rapide de la région pour les raisons suivantes.
- Speaker #6
Le fait même que le camp sera étendu, que les installations militaires seront développées, que les militaires eux-mêmes y viendront en plus grand nombre chaque année, un certain nombre de travaux sont nécessaires. Il faudra améliorer l'adduction d'eau, il faut améliorer l'électrification, il faut améliorer la desserte de la région. Voilà un exemple qui amène automatiquement une amélioration de l'équipement parce que par définition ce qui sera fait ne sera pas uniquement pour les militaires. et bénéficiera à l'ensemble de la région. Voilà un exemple parmi d'autres qui justifie que l'installation du camp du Larzac fera que l'aménagement de la région, et notamment de la région de Mio, connaîtra un développement plus rapide que celui qui était prévu.
- Speaker #3
La proposition c'était, on vous exproprie, mais en échange, il y aura les canalisations qui seront... C'est vrai que le Larzac, dans les années 70, ici à la couverture, par exemple, il n'y a pas l'eau. Beaucoup de fermes n'ont pas l'eau potable. L'électricité, par contre, presque tout le monde l'avait. Mais le téléphone, tout le monde n'était pas raccordé. Et puis l'eau, c'était vraiment une chose à laquelle l'eau allait vider. Comme on dit aujourd'hui, on n'était pas habitués. Je me souviens, enfant, aller chercher de l'eau à la citerne. Donc c'était un peu les promesses. Si vous acceptez, en échange, il y aura l'eau, il y aura la modernité. Mais c'est toujours comme ça qu'on essaye de faire passer les projets, ce qu'on appelle aujourd'hui des grands projets inutiles. Donc c'est un peu ça qui lance un peu la chose. C'est qu'ils apprennent par la télévision, comme n'importe quel autre Français. Donc là, forcément... un peu vexé de la prendre comme ça. Alors au début, c'est on se contacte les uns les autres, on se rend compte, on s'aperçoit qu'on est assez nombreux à être concernés, et un petit noyau va se construire ainsi pour essayer de comprendre ce qui se passe. Voilà, le tout début, c'est septembre 71 que ça commence.
- Speaker #1
J'allais dire un paysan normal, il avait des guillemets à mon normal. Comme je dis, je votais à droite, j'allais à la messe, je m'occupais de mon troupeau, point et la ligne.
- Speaker #0
Parmi les paysans concernés par l'expropriation figure Léon Maillet. Il a une trentaine d'années au début des années 70.
- Speaker #1
Je suis vraiment indigène, autochtone à 100%. J'ai toujours vécu ici, j'étais à l'école à Millau, au collège à Millau, et puis après au service militaire à Lyon, et puis retour au service militaire, je me suis marié. Et puis en fait, comme j'étais fils unique, il y avait une ferme, mon père avait déjà 67 ans à l'époque. Donc j'ai repris la ferme de mon père et puis voilà. Et puis quelques années après. L'histoire du lasagne me tombe dessus. Mais j'étais en totalité compris dans le périmètre d'extension du calme. Et j'étais concerné, donc je me suis retrouvé avec les copains, et essayé de se regrouper, qu'est-ce qu'on fait ? On fait une petite manière familiale. On avait des relations d'envoi-ginage avec les voisins, on se tutoyait entre hommes, je crois qu'on se vouvoyait avec les femmes plutôt, mais bon, on ne se fréquentait pas quoi. Même les voisins les plus proches, on les voyait peut-être un peu à la messe, etc. Mais c'est tout quoi. Et c'était eux, je pense, qui se disaient, maintenant il faut se réunir, sinon on va se faire bouffer. Et bon, j'y suis allé, je ne sais pas où la réunion était d'ailleurs, je ne sais pas ce qu'on faisait les réunions, chez les uns ou chez les autres. On a commencé petitement, on a dû commencer certainement à organiser cette manif à Millau, c'était le 6 novembre 1971, c'était une manif avec des officiels, des hommes politiques locaux, etc. Moi j'étais bien gentillet, mais bon, pour nous c'était une manif importante, on n'en était pas organisé récemment. 2003 avec 200 000 volants, c'est pas pareil.
- Speaker #0
Dans leur ferme, installée au cœur du village de la Cavalerie, avant d'être rasée à leur retraite, faute de repreneur, Robert et Odile Gestal ont vécu la lutte de l'intérieur.
- Speaker #4
J'étais encore un jeune agriculteur, un jeune père de famille. qui n'avait pas encore complété sa famille, puisqu'il y a une fille qui est venue pendant la lutte, en plein dans l'évolution du monde agricole.
- Speaker #7
Alors les enfants de paysans, ils n'étaient pas bien vus à l'époque.
- Speaker #0
Quelle était l'ambiance dans le village, vraiment à la cavalerie ? Pendant la lutte ?
- Speaker #4
Oui. Ah, c'était pas facile. C'était pas facile, d'autant plus que là, peut-être, on avait jeté, on avait mis déjà mauvais graines de sable tout à fait au début. Mais ça aurait été, ça serait sorti. Il allait pour les comptes, quoi. Et puis il s'était monté une association pour l'extinction du camp, quoi. Je ne me rappelle plus comment on appelait ça, le mouvement pour la paix et la liberté, je ne me rappelle plus, quoi. Par des gens qui travaillaient au camp, par quelques militaires, par des commerçants. La Défense Nationale avait envoyé sur le terrain des cinéastes pour filmer le Larzac. Bon, ce que je me rappelle, c'est qu'ils sont venus chez nous, dans notre bâtiment flambant neuf, et la première chose qu'ils ont filmé, c'est ce troupeau qui traversait dans un tas de pierres. Évidemment, les téléspectateurs ont eu... Ouais, il faut avoir ce troupeau au milieu des cailloux. Cette ferme, ce petit village, je viens de me la bloquer, rien que les vieilles roues de charrettes, évidemment, ça ne peut servir qu'à un train militaire. On avait complètement faussé la... Alors que, comme je vous ai raconté tout à l'heure, il y a quand même tout un travail qui s'était fait à la cavalerie. Il y avait une... « Grande avancée dans le monde agricole. Voilà. Et là, poif, cette avancée a été zappée par des images de la télé. »
- Speaker #3
« Aujourd'hui, on se dit, bon, 10 ans, c'est pas long. Et en fait, ça se fait petit à petit. Donc au bout d'un an de conciliation, de discussion, sur les 106, il y en a 103 qui vont se retrouver et qui essayent de trouver une unité. Et l'unité, elle passe par un serment symbolique, ce serment des 103 paysans du Larzac. » qui vont refuser de vendre quel qu'en soit le prix leur terre à l'armée et qui vont signer ce papier qui les engage. Donc il y a ce côté symbolique qui fait on fait partie, on est tous ensemble unis et c'est jusqu'au bout qu'on ira à l'unisson. Donc ce serment il est très important parce que ça signe un peu le pacte entre ces 103 paysans. On va d'abord manifester à Rodez, on habite le Larzac, pour nous la capitale ici c'est la préfecture. Donc il y a la première manifestation en tracteur jusqu'à Rodez. Et là, la surprise des paysans du Larzac, qui s'aperçoivent que sur Rodès, on les soutient. Les Ruténois sont derrière, donc premier un peu. Il y a aussi tout ce travail qui a été fait, qui est très important, qu'il ne faudrait pas oublier. À l'époque, sur le Larzac, les gens sont extrêmement croyants. Catholiques, on va à la messe régulièrement, et beaucoup de choses se discutent après la messe. Et peu à peu, pas mal de curés, de prêtres vont s'engager auprès des paysans du Larzac. Et ça, ça va leur donner une légitimité. Eux-mêmes d'ailleurs, souvent en croyant, vont se dire « Ah ben ça va, si on ne nous lâche pas, c'est bon, c'est qu'on a raison » . Et puis ensuite, pour l'extérieur aussi, ça va jouer. Jusqu'à l'archevêque de Rhodes qui va prendre fait et cause pour les paysans du Larzac. Donc ça, ça stabilise au départ. 71, 72, 73, c'est ce moment fort où on s'aperçoit, avant la convergence des luttes, que déjà localement, il y a du soutien. Il y a du soutien politique, il y a du soutien ecclésiastique, il y a du soutien des habitants. eux-mêmes. Donc ça, je pense que le noyau, il se fait à ce moment-là.
- Speaker #4
Il a fallu résister à toutes les avancées, on a résisté au maximum. Première manifestation, on était monté à Rodez, en tracteur, discours des différents leader, ouvrier, agricole, moi-même aussi. Et puis, les marches sur Paris. Marche en tracteur, marche à pied.
- Speaker #0
C'est vous, dès la manifestation de Rodez, qui dites d'ailleurs au micro, s'il faut, on ira jusqu'à Paris.
- Speaker #4
Voilà, c'est ça, exactement. Une parole, comme on m'a dit, je ne l'avais pas couché sur le papier, Guittardier m'a dit, il te faut que tu dises ça. Bon, allez, tout le monde, bravo, bravo, à Paris, Oui, je dois avoir une cassette dans mes archives de ce discours.
- Speaker #0
Léon Maillet
- Speaker #1
Première manif, c'était sur Rodès en tracteur. C'était Guittardier qui avait eu l'idée de monter en tracteur à Rodès, il y a 75 km, 80. Je me disais, mais il est fou, on ne veut pas arriver à Rodès en tracteur, ce n'est pas possible. D'abord, aucun paysan n'était parti en tracteur sur une route comme ça. Et puis en fait, ça a été une promenade. La journée faisait beau, on est venu le soir tranquille. Et on était nombreux, je ne sais pas, 60 ou 80 acteurs, c'était un peu une farandole. Et au micro, Robin Castal, il s'est mis à dire, mais s'il faut, on ira à Paris ? Et puis, comme d'ici l'hiver, rien ne s'était passé, on s'est dit, voilà, Paris. Et on était parti sur Paris. En tant que tant, on a mis les cabines, et ce coup-là, pour avoir moins de front, on n'a été que le 21 au tracteur, je crois. Novembre 6, Millau. Le 14 juillet, on est. Et demain, les agriculteurs de la cavalerie vous le diront,
- Speaker #8
Paris, il le faut !
- Speaker #4
Voilà.
- Speaker #8
Mon Dieu. C'est une offense à la démocratie et aux droits de l'homme. Tous les agriculteurs de la France sont venus avec le facteur. Ce n'est pas pour faire du folklore, mais pour prouver notre figurage. Détermination ! Rires Pour l'un des paysans du Larzac, je tiens à vous remercier, toutes les femmes, tous les hommes, tous les jeunes qui vous soutiennent, vous êtes de partout ! et vous représentez des options différentes. Restez la démocratie, de la liberté, paix, désarmement, protection de la nature, etc. C'est grâce à vous que nous avons tenu jusqu'à présent et nous le tenons encore. Nous voulons miser sur la vie ! Sur un développement de région plutôt que sur la mort.
- Speaker #4
Ça c'est moi.
- Speaker #8
Dans notre lutte nous défendant la démocratie, que l'on tienne compte de l'aspiration des paysans de la ZAC, la décision d'extension a été... de décision politique, sauver, développer et animer la région, respecter les gens qui y vivent, voilà notre politique que nous menons. L'armée nous dit que l'attaque est déjà un désert. Nous répondons, ce désert est vivant et les hommes qui le font vivre ne l'abandonneront pas. Le gouvernement n'a pas essayé de chiffrer le margeur.
- Speaker #2
Tout ne se chiffre pas. Et les ordres ne sont pas d'avoir une valeur cotée en cours.
- Speaker #4
Qu'est-ce que je peux raconter ? Marche sur Paris, la Tour Eiffel, le commandant sur la Tour Eiffel, bien entendu. Là, c'était... l'esprit kamikaze quand même ! Pourquoi ? Ben... par un petit goût. et faire un Petre Dévremissois à Tour Eiffel. On était les acteurs directs, mais enfin, pourvu qu'on réussisse. On risquait de choper des coups de matraque. Ça, on s'en foutait. Mais c'est surtout fait. Il fallait absolument que ces brebis arrivent. Une fois qu'on était... Une fois qu'on était sur la tour Eiffel, on a déjà réussi une partie de la mission. Oh, brebis ! Il y aurait tant de trucs à raconter. Il y aurait tant de trucs à raconter. Avant que la hiérarchie dans la police ne soit bien. route, ça a mis encore ça a mis une heure les journalistes ont été beaucoup plus rapides que eux une fois qu'ils ont pris les photos, tout ça, ils avaient une autre mission réussie, ils étaient là prêts à intervenir alors on commençait à leur dire si vous commencez nous, 30 ans là, la France entière, et on est devoir courir les flics derrière les brebis pour les attraper Hihihi ! ça va être rigolo peut-être qu'ils ont raison on n'a pas été formés à courir derrière des brebis je vous assure quand il a fallu plier boutique les policiers ils ont bien regardé comment on faisait ils ont pris la leçon
- Speaker #1
Je pense qu'on a s'est embranqué d'une manière générale dans l'ambulance sur un quiproquo. Mais t'as mieux. On disait qu'est-ce qu'on fait demain ? Est-ce qu'il y a une manif ? On faisait une manif des fois exprès pour parler aux médias. On était devenus malins quand même. On arrivait à inventer quelque chose, le camping à Paris sur la tour Eiffel. C'était que pour le journaliste qu'on l'avait fait, puisqu'on avait pris des tentes pour la photo, on avait pris un panneau pour chaque ferme, mais on n'avait pas une couverture ni un sac de couchage, on n'avait rien. Et les flics ont dû s'en apercevoir, et plus malins que nous, ils ne nous ont pas virés. Alors que nous on passait à se faire virer dans la demi-heure qui suit. Donc il fallait rester, on ne pouvait pas partir. C'est-à-dire que les copains de Paris nous ont amenés des sacs de couchage et des tentes. Et on a dormi sur le pass, il faisait froid, en plus il faisait moins de deux je crois. Et fait voilà, on a été pris, on a trouvé beaucoup de pièges. Paris à la Tour Eiffel, on le voit, les flics c'est quoi faire d'une brouillie ? Comme dit Pierre Burrière, nous on s'est attrapé une brouillie, un flic c'est quoi faire d'une brouillie ? Et voilà, on a sauvé les brouillies avec nous, tous les brouillies à la cabri sur la passe du village. On avait amené donc à la Tour Eiffel, dans le tribunal, à Mio.
- Speaker #8
Amplifiez l'affaire du Lac-Bras ! Il faut l'affaire connaître partout ! Pour que cesse ce scandale, nous allons en faire une affaire géographique ! Géographique ! Nous allons renforcer les liens avec les comités d'action qui sont de plus en plus nombreux ! Nous ne le ferons pas !
- Speaker #1
Le GFA, ce sont les gens qui ont apporté de l'argent pour prendre des parts. Ils ont mis dans le pot commun, et c'est ce pot commun qui a acheté des parcelles quand il y en avait. Le GFA, c'est une propriété collective du sol. Donc, avec l'argent que nous donnaient les gens, on achetait des terres qui étaient en vente. Et là, on n'a pas acheté une parcelle, mais on a acheté une partie. Le GFA, ce sont des parts. Donc les gens devenaient propriétaires d'une ou plusieurs parts. Ils ne savaient pas où aller, évidemment, parce que ce n'est pas une part nominative. Et avec ça, ça a été énorme parce qu'on a pu acheter 1200 hectares, je crois, et on les a achetés si possible autour du camp militaire, on a entouré le camp. L'État, à ce moment-là, aussi a acheté en même temps que GFA, donc se curé un peu.
- Speaker #4
Tout le résidu de mai 68, là, de Paris, qui était venu faire une première manifestation, mais les paysans n'y étaient pas. Le Larzac c'était plutôt à droite et là, dans la révolution de mai 68, bon, ça me passait un peu de partout sur la tête tout ça, il faut bien le reconnaître, des idées nouvelles qui rentraient pas bien dans nos... de notre culture. On ne s'en veut pas rejeter, non,
- Speaker #1
loin de là. Mais jamais on n'avait vu tant de jeunes chevelus, bizarres, on va dire, habillés différemment de moi.
- Speaker #0
Et quand vient la convergence, ce n'est pas forcément voulu ni attendu, en fait, de la part des paysans du Larzac ? Je pense que ce n'est non seulement pas voulu, mais c'est même,
- Speaker #3
au départ,
- Speaker #0
craint.
- Speaker #3
Parce qu'arrivent des villes, si on peut dire, tous ces jeunes, 68, 70, ce qu'on appelait les maoïstes, les trotskistes, tous ces histes. qui arrivent, qui s'aperçoivent qu'il se passe quelque chose là et qui veulent en être et participer. Et pas toujours avec les mots qu'il convient d'avoir par rapport aux agriculteurs. Donc ils vous le diront, les agriculteurs, que pour eux c'est un choc culturel d'avoir cette jeunesse qui arrive, ces ouvriers, ça fait peur un peu. Donc je pense qu'au départ un peu de crainte et puis après le bon sens paysan fait que s'il y a des nouvelles forces qui viennent nous aider, pourquoi pas. Il y avait des artisans, il y avait aussi des artistes, enfin ça a vraiment aggloméré plein d'autres gens, autres que ceux de la terre. Et je pense que ça a été l'une des richesses de cette lutte. C'est une intelligence de la part des agriculteurs, des paysans concernés, d'avoir ouvert le cercle à d'autres pensées et à d'autres envies de contribuer à cette lutte. Sauf qu'il y a toujours ce noyau des 103. Et moi, dans mon souvenir d'enfant, je me souviens... qu'il y avait beaucoup de discussions et qu'ils essayaient toujours de prendre les décisions à l'unanimité mais que quoi qu'il advienne c'était toujours les paysans ces fameux 103 qui prenaient la décision ils ne se sont jamais laissés déborder jamais, et je pense que ça a été leur force, ce noyau ferme là qui tenait les coudes qui serrait les coudes et qui disait quoi que on nous propose, il y a des choses qui pourraient être intéressantes, d'autres un peu moins au dernier temps c'est nous qui déciderons comment on va orienter la lutte Merci.
- Speaker #0
C'est quand même assez fort, ça, quand on voit le relief du Larzac, cette immensité. C'est des paysans qui sont loin les uns des autres.
- Speaker #3
Et à l'époque, il n'y avait pas tous ces moyens de communication qu'on a aujourd'hui. On n'avait pas Internet, on n'avait pas le téléphone. Donc moi, toujours dans mes souvenirs d'enfance, c'est des heures et des heures dans les voitures. Et je me souviens surtout des grands événements de l'été, les grands rassemblements. Parce que cette foule bigarrée, colorée, qui déferlait sur le Larzac, ces voitures qui arrivaient de partout. ces gens plutôt tranquilles qui se déversaient sur ce plateau. Puis cette tension quand même, ce bonheur aussi, ces échanges, tout ça, c'est ce qui m'a certainement le plus marqué. Peut-être la chaleur, la soif, parce qu'on ne pensait pas toujours à prendre de l'eau. Et puis ce moment, cette impression de vivre quelque chose hors normes. C'est sans doute pour ça que ça a marqué mon souvenir plus que des choses habituelles. C'est que là, je le sentais, je pressentais qu'il y avait quelque chose qui se passait qui n'était pas normal. Je pense que ça m'est marqué comme ça, parce que quand je te parle, je ferme les yeux, j'ai toutes ces images de petits buis, de terre rouge, de sueur, d'odeurs, j'ai même les odeurs encore qui sont là, c'est que ça s'est bien imprimé dans mon cerveau, c'est que j'étais spectatrice moi, puisque j'étais vraiment pas actrice, je suivais, j'avais 7 ans, 10 ans, plus tard, 15 ans, j'ai participé au chantier, mais au début, je suis mes parents, et j'ai qu'une peur d'ailleurs, c'est de les perdre, dans cette foule immense, et donc il y a un peu cette crainte, et puis il y a... Cette gentillesse de tout le monde autour. Et puis, il n'y avait pas beaucoup d'enfants à l'époque. Quand même, malgré tout, c'était beaucoup des gens de 30, 35 ans, 40 ans, 50 ans. Je ne sais pas où étaient les enfants.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu faisais, toi, alors ?
- Speaker #3
Eh bien, je suivais mes parents comme je pouvais. Je me souviens toujours avoir une main dans ma main. Souvent la main de mon père, certainement. Et la main des autres paysans aussi, parce qu'on devait passer la gamine pour ne pas qu'elle se perde, certainement. Donc, je suivais un petit peu tout. Quand je pouvais donner un coup de main, je me régalais de pouvoir plier. À ce moment-là, il y avait des petits chapeaux en papier. Il y avait la brebis, puis il y avait marqué Garderème-Lolarsac. Et donc, il fallait les plier, ces petits chapeaux. Et je me souviens, une fois, d'être dans un stand et passer mon temps à plier ces chapeaux. Et donc, il y avait le bonheur d'être utile, le bonheur de faire partie de ce monde des adultes, d'être reconnue comme faisant partie des adultes, et puis l'occupation de faire quelque chose avec mes doigts.
- Speaker #0
Est-ce que tu te souviens de... De tension, parce que là, moi, je vois, quand je recherche dans les archives, je vois beaucoup de confrontations aussi avec les forces de l'ordre. Est-ce que toi, c'est des souvenirs que tu as ? Un peu, un peu.
- Speaker #3
Je pense que c'est mes premiers gaz lacrymogènes.
- Speaker #0
Ah, déjà ?
- Speaker #3
Déjà, voilà. J'ai dû respirer les premiers à ce moment-là. Je me souviens aussi d'une fois où c'est un peu angoissant parce que c'est des gendarmes mobiles qui saisissent mon père, qui allongeait. À l'époque, c'était non-violent, donc lui ne se défend pas. Et il y a ces gendarmes mobiles qui se saisissent. Et moi, c'est mon père qu'on enlève comme ça. Donc là, c'est un peu traumatisant, certainement. Donc ces moments-là, c'est vrai qu'ils seront les plus forts. Quand le juge d'expropriation arrive à la blaquererie et qu'on a cette armée, en fait, c'est des forces mobiles. Mais pour moi, dans ma tête d'enfant, c'est l'armée qui s'avance, Et personne ne bouge dans là où on est. Il y a ce moment de tension aussi. C'est vrai que ça ne me fait pas faire des cauchemars aujourd'hui. J'ai dû très bien le vivre, malgré tout, mais je me rappelle de ça, malgré tout. Mais pas comme un traumatisme, du tout. Moi, enfant, je ne sais pas pourquoi, je passais mon temps à faire des pancartes. C'était ma passion.
- Speaker #0
Vous avez l'air sympa comme ça, mais vous les avez fait tourner en bourrique, ces politiques.
- Speaker #1
Oui, on les a un peu assicotés, c'est vrai, mais bon...
- Speaker #0
Léon Maillet.
- Speaker #1
C'est vrai qu'on n'avait pas peur, puis quand on est en groupe, on n'a pas peur aussi, moins peur. Alors il y a une espèce de démulation. C'est comme les chiens, s'ils sont trois, ils font des conneries. Comme nous, c'est pareil. C'est comme les trois paysans. Seuls, on en fait moins, encore que des fois, j'aime bien un peu assister contre les gendarmes, comme vous le voyez. Mais bon, c'est vrai que sans ambiance, on ne peut pas lutter. Comme un gars qui est tout seul, il faut avoir une force de caractère phénoménale. Mandela qui a fait 18 ans de prison, c'était énorme ce type. Nous on rigolait entre nous, on était en prison, je me rappelle à Rodez, il y a un gars qui s'est mis à dire « ouais tu t'imagines, on s'en va en monnaie tant de lutte » et je dis « ouais un tol » on était tous ensemble, on rigolait quoi. Ma femme qui regarde.
- Speaker #4
Ça c'est du vieux.
- Speaker #9
On s'est dit mais c'est pas possible qu'on ait pu faire tout ça. Parce qu'il y avait la ferme à faire suivre. Lui il était tout le temps dans toutes les manifestations.
- Speaker #4
Comme on disait lui, de temps en temps on arrivait à cultiver quand même.
- Speaker #9
De temps en temps.
- Speaker #0
C'est la fin de ce premier épisode hors-série consacré à la lutte paysanne du Larzac, 50 ans après. Rendez-vous la semaine prochaine pour le deuxième épisode de la série. Si vous avez aimé ce premier épisode, partagez-le autour de vous. Et si vous voulez suivre la série documentaire autrement, en images, avec ses coulisses et des archives, rejoignez-moi sur Facebook ou Instagram, ça s'appelle finta.lepodcast.