- Speaker #0
Flamme des années 80.
- Speaker #1
Le podcast qui allume la femme.
- Speaker #0
Bonjour, je suis très heureuse aujourd'hui de recevoir Karina Testa et Barbara Lomballet qui sont à l'initiatrice d'un super projet que j'ai vu il n'y a pas longtemps, d'une pièce qui s'appelle Le procès d'une vie. Et c'est vraiment, je vous conseille vraiment d'aller le voir, c'est extraordinaire et j'ai eu envie de les inviter pour qu'elles me racontent un petit peu d'où est venue cette idée, comment est-ce que ça s'est mis en place. Qui est-ce qui veut commencer et se présenter un petit peu ? Vous êtes toutes les deux comédiennes. Bonjour,
- Speaker #1
moi je suis Barbara Lamballet et donc on s'est rassemblés au temps de ce projet avec...
- Speaker #2
Karina Testa.
- Speaker #1
C'est un projet qu'on a commencé à écrire en 2017. Karina, si tu veux raconter la genèse initiale puisque c'est toi qui a lancé ce projet.
- Speaker #2
En 2017, on a voulu créer une petite pièce courte. de 30 minutes pour le festival des mises en capsule du Théâtre Le Pic maintenant, mais avant c'était le Ciné 13 Théâtre de Claude Lelouch à Montmartre et on voulait, en fait on s'est réunis à quatre pour écrire une pièce sur les femmes, leurs conditions dans le monde et tout ça, donc on a commencé à partir d'expériences personnelles et finalement à un moment il y a eu un peu le groupe qui a splitté et resté Barbara, moi et Maude Forger et à ce moment-là on avait commencé à se retrouver pour écrire Je leur ai dit, écoutez les filles, si vous voulez, j'ai une autre idée. J'ai quelque chose dans mon ordi qui traîne depuis quelques années. J'ai pensé à écrire une pièce sur, en tout cas l'idée, la volonté, le désir d'écrire une pièce sur le procès de Bobigny. Et j'avais écrit sur mon ordinateur, procès de Bobigny, il ferait une super pièce, une mode forgée pourrait jouer la petite Marie-Claire. Et on est parti là-dessus. En co-écriture avec Barbara, parce que Maud voulait rester extérieure à l'écriture, donc on a commencé à écrire sur ce sujet, écrire 30 minutes. Et Maud est restée œil extérieur de l'écriture. Et après, à la fin de ce petit canevas de 30 minutes sur l'histoire du procès, on a discuté et chacune a dit son désir de faire quoi. par rapport à cette pièce. Barbara a eu le fort désir de mettre en scène cette pièce, personnellement de jouer. Et puis Maud, on l'a castée directement puisque c'était un désir depuis très longtemps. Mais disons que ça a été comme ça. Ça a commencé par un livre qu'on m'avait offert qui s'appelle Jamila Boupacha, écrit par Gisèle Halimi. Puis j'ai commencé à me passionner de Gisèle Halimi. Mais à ce moment-là, attention, Gisèle Halimi était toujours vivante. Et après, nous aussi, quand on a écrit... On est rentré en contact avec Gisèle Halimi qui nous a donné son accord pour faire ces capsules. Et en gros, l'histoire a commencé comme ça.
- Speaker #1
Et en fait, tu as eu ce bouquin-là et tu as attiré notre attention sur le procès de Bobigny. On s'est mis à lire le procès de Bobigny, les sténotipies, donc les minutes du procès qui ont été éditées du coup en 72 par Choisir la cause des femmes, alors que c'était interdit. Et donc, on a réussi à se procurer ces bouquins. qui n'était plus édité à l'époque. Donc on a récupéré des reliques de bouquins à droite à gauche, et on a lu ça. On s'est interrogé aussi sur, est-ce qu'on parle du procès de Bobigny, ou est-ce qu'on parle d'autre chose ? Donc on s'est mis à lire tout ce qu'on n'avait pas encore lu sur les droits des femmes, et sur la biographie de Gisèle Halimi, tous les bouquins de Gisèle Halimi. On a relu des Simone de Beauvoir, fauna. On s'est mis à lire tout ce qui était à l'époque sorti récemment aussi. Et puis, en faisant ce gros melting pot, on s'est dit non, en fait, le procès de Bobigny, ça peut être une bonne trame de fond, vu l'époque et tout ça, pour venir interroger la situation actuelle, donc en 2017-2018, la situation actuelle des droits des femmes en France et dans le monde. Donc là, on s'est dit bon, allez. BAMOS, on écrit des premières versions. Donc, ça a été ça, le premier jet. Et ensuite, s'en est suivi, mais vraiment, c'est un grand mot ici, je suis marseillaise, mais 1500 versions. On a vraiment écrit beaucoup de versions avec beaucoup de thématiques à l'intérieur, beaucoup de réinterprétations et tout ça. À un moment donné, il y avait carrément un personnage qui était aujourd'hui, qui joue aujourd'hui. aujourd'hui qui s'appelait Victoire. Vraiment, on a... Il y a eu beaucoup de versions très différentes.
- Speaker #2
Mais en tout cas, il y avait ce désir de parler de Gisèle Halimi, de sa vie, de lui rendre hommage, parce que moi, vraiment, cette femme fascinante, tout ce qu'elle a fait pour nous, sans... Moi, je ne savais pas. Je veux dire, j'ai trouvé ça incroyable qu'on n'ait pas appris ça, transmis ça, même à l'école. Enfin bon, bref. Et en tout cas, ce désir de faire rencontrer cette grande figure avec... Avec aussi l'histoire de ces femmes qui ont fait ce procès, en fait, en gros. Et c'est l'histoire de la grande dame qui rencontre les femmes ordinaires qui leur arrivent des malheurs atroces. Et ensemble, elles vont changer le cours de l'histoire et créer, en gros, faire un procès historique qui changera à jamais le droit des femmes, quand même. Et voilà, c'était... et au cours de l'écriture, On s'est rendu compte que finalement, Gisèle Limy, oui, elle était importante. Et c'était important d'en parler et de lui rendre hommage dans son parcours de femme et de tout ce qu'elle a fait. Mais plus particulièrement, rentrer dans l'intimité de toutes ces femmes, de Marie-Claire, de toutes les autres, de Michel, pour comprendre ce qu'elle vivait au quotidien. quelle était la vie de ces femmes.
- Speaker #0
C'est ça qui est intéressant dans la pièce, c'est qu'on voit aussi cette espèce de lutte de classe où on voit vraiment la différence entre les femmes qui ont de l'argent et celles qui n'en ont pas par rapport à tout ce qui est l'avortement. Et ça, c'est vachement intéressant. Et c'est vrai ce que vous dites, on voit, et je les ai mis évidemment, mais c'est vrai qu'on rentre vraiment aussi plus en amour, j'ai envie de dire, pour toutes ces autres femmes. Et moi, je l'ai vu avec ma mère. Et c'était vachement intéressant, puisque je vous conseille à tous nos auditeurs ou auditrices d'amener vos mamans voir ce spectacle, parce qu'elles l'ont vraiment vécu. Enfin, c'est vos mamans, pour les auditeurs qui ont à peu près une quarantaine d'années.
- Speaker #2
Vos mamans et vos enfants. Et les grandes mamans aussi.
- Speaker #0
Et les grands-papas. Mais c'est bien, parce que c'est en fait tout ça pour dire que ça traverse un peu les générations et que ça peut ouvrir aussi des discussions sur les femmes que nos mamans ou nos grands-mères pouvaient être à cette époque-là, et la différence par rapport à la sexualité, qu'on ne nous disait rien. Moi, c'est ce que ma mère me disait. On n'expliquait pas grand-chose. Ma grand-mère, je me rappelle qu'elle m'avait raconté qu'elle avait avorté. Mais elle me l'avait dit à moi alors que j'étais jeune. Il y a toutes ces conversations qui ressortent de passé. Et ça, je trouve ça hyper intéressant de laisser cette porte ouverte pour ce spectacle. Il y a un avant et un après. Et je pense que c'est important d'y aller. Il y a aussi des hommes dans la salle.
- Speaker #2
Oui. Il y a des hommes, oui. Il y en a qui viennent avec leur fille, leur fils. C'est ça qui est génial, d'ailleurs, dans ce spectacle. C'est qu'on voit des gens qui viennent et puis ils nous parlent à la fin, ils nous transmettent leurs émotions. Et en même temps, ils disent « Ah, je vais revenir avec ma mère. Il faut absolument que je revienne avec ma tante. Il faut absolument que je revienne avec mon fils, ma fille. » Et enfin, c'est génial.
- Speaker #1
Oui, c'est génial. Et en plus, ce qui pour nous est un « pari gagné » , c'est que sur le trottoir, quand on sort, les gens nous font des confidences, mais des gens qu'on ne connaît pas. Et du coup, ça veut dire que le voile se lève sur la parole. Il y a des tabous qui réussissent à tomber juste en sortant de cette pièce. Et aussi rapidement que ça, parce que du coup, ça fait union. On sent que les gens nous parlent d'eux ou nous parlent de leurs parents ou de leur mère ou de leur sœur. Il y a même des hommes qui se confient sur des événements de vie intime de femmes proches autour d'eux. Enfin, c'est hyper beau. Et c'est vrai que... Quand on a commencé à lire ce texte, au début on a donné beaucoup de lectures pour qu'ils puissent voir le jour, et puis on l'a fait lire aussi à d'autres collectifs, puisqu'à un moment donné peut-être d'autres auraient pu s'emparer de la pièce, s'ils avaient été en tout cas plus accompagnés que nous. Et c'est fou, on s'était retrouvés à la fin de cette lecture avec un collectif d'artistes, et directement à la fin de cette discussion, on leur parlait... artistiquement sur la pièce et tout ça, ou de la genèse. Non, les femmes s'étaient mises à raconter tout ce qui était tu dans leur famille, des secrets qu'elles n'arrivaient même pas à échanger avec leur propre famille. Ça, c'était la première fois où on s'est rendu compte que ça dénouait des paroles. C'était hyper émouvant. C'est des cadeaux. Et en fait, ça se poursuit. Depuis Avignon, les gens nous parlent de tout ça. Les gens se parlent entre eux de ça. Donc, ça a vraiment la vertu qu'on espérait, c'est-à-dire que les gens aient moins honte et puissent mettre des mots sur ces événements-là.
- Speaker #0
Oui, c'est ce que j'allais dire. Ça enlève le voile de la honte qui a été très présent par rapport aux femmes, déjà par rapport à leur sexualité. Surtout là, ça a beaucoup changé aujourd'hui, mais c'était quelque chose qui, à l'époque, était quelque chose de tabou. et aussi tout ce qui était contraception et puis le fait de l'avortement, c'est des sujets qui sont... encore important aujourd'hui parce qu'il y a des pays où on n'a pas le droit d'avorter encore aujourd'hui. Et donc c'est quand même aussi d'actualité.
- Speaker #1
Bien sûr, et puis l'éducation sexuelle aujourd'hui, qui est vraiment vivement interrogée, l'éducation sexuelle n'est pas donnée dans tous les établissements scolaires, alors que c'est une obligation de l'État de venir pallier à ça et instruire les jeunes sur ces thématiques à différents moments de leur âge. Et ça n'est pas fait. Mais ça n'est pas fait aussi parce que beaucoup de parents ne sont pas du tout à l'aise avec cette idée-là ou ne veulent pas qu'il y ait des limites qui soient dépassées. il considère que Ce ne sont pas des thématiques qu'eux aborderaient de cette manière-là. Donc, il y a quand même encore une sorte de chape et de tabou sur le droit à disposer de son corps, clairement, sur la contraception, sur les sexualités, sur... Et le droit à disposer de son corps, aujourd'hui, ça interroge aussi d'autres sous-sujets. Aujourd'hui, parfois, des gens veulent changer de genre et tout ça. Donc, quel droit on a ? Comment on s'y prend ? Comment on est respecté dans nos choix ? Comment les autres vivent ces questions qu'on se pose ? Du coup, ça vient embrasser plein de choses. La résonance, je pense, qu'on propose dans la pièce là, c'est ça aussi. C'est que tout le monde se repose un peu toutes ces questions, même si on en est en France et que c'est passé dans la Constitution,
- Speaker #2
le droit à l'IVG.
- Speaker #0
Oui, parce que ça parle du droit à l'IVG, évidemment, mais c'est aussi l'histoire de... d'une avocate et de femme qui renversent aussi la loi à un moment donné. Et c'est ça qui est très intéressant. Parce qu'aujourd'hui, on aurait des fois besoin de renverser la loi sur pas mal de choses.
- Speaker #2
Ah mais complètement. Effectivement, c'est la reprise du pouvoir du peuple sur ses convictions intimes. Sur leur propre révolte en disant que ça c'est injuste, leur propre injustice. Pourquoi ? Ce n'est pas une injustice universelle. Ce n'est pas parce que la loi nous impose... quelque chose à tous, qu'elle est juste. Donc parfois, oui, elle est juste, évidemment. Mais dans ce cas-là, ça n'était pas le cas. Si ces femmes s'étaient arrêtées à ça, effectivement, elles ont continué des années et des années à se dire, bon, ben non, c'est comme ça pour nous et ça restera parce que la loi nous l'impose. Mais juste pour en revenir à l'écriture, parce qu'effectivement, on avait envie de parler d'un sujet. En tout cas, pour nous, l'écriture ne peut pas être complètement déconnectée d'un engagement tel qu'il soit. Mais l'idée quand même de cette pièce, c'était de faire la part belle à des comédiennes au plateau avec des rôles hyper forts et aussi hyper divertissants. Parce que certes, on est là pour parler d'un sujet hyper important, aujourd'hui encore actuel, mais vraiment, l'idée, c'est de faire quand même un spectacle où on vit des émotions très contradictoires. Voilà, on avait envie de faire rire les gens, on avait envie de faire exploser la boîte à émotions, d'une certaine manière, ouvrir pour pouvoir mieux recevoir. On n'est pas là pour accuser, pour... pour marteler, nider ou quoi que ce soit. On est là pour faire vivre ensemble des choses d'une manière très collégiale et très...
- Speaker #0
Oui, parce qu'on rit beaucoup dans le spectacle. On peut être toutes extraordinaires, les comédiennes sur scène. C'est vraiment un super moment, on rit. La mise en scène aussi est vraiment chouette. En fait, on ne s'embête pas. on est tout le temps, il y a toujours quelque chose qui se passe c'est pétillant et en plus c'est un sujet extrêmement important donc vous avez vraiment bien réussi votre pari merci beaucoup effectivement c'est vrai que que ce soit à l'écriture ou à la mise en scène il s'agissait aussi de et
- Speaker #1
à la direction des acteurs et actrices, il s'agissait aussi de faire en sorte que Alors... on invite à réfléchir et on n'accule pas les gens derrière une thématique et qu'on ne les emmène pas vers la conclusion qu'on veut qu'ils aient. Donc en ça, on se dit qu'il faut de l'air, il faut du rire, il faut de l'émotion, il faut du rythme. Et je pense qu'en tout cas, le public, quand il sort, nous restitue ces impressions-là, rythme, émotion, rire. Et beaucoup nous disent que ça les... Ça les remet en fait, ça les rebonfle d'espoir, d'envie, plus que ça ne l'est a priori. Ce qu'on pourrait imaginer avec un thème comme ça, c'est qu'on ressorte en disant oui, bon d'accord, et les hommes d'un côté, les femmes de l'autre, non, c'est très inclusif. Au contraire, les traitements des hommes ont été le traitement des hommes à la mise en scène. a été fait de telle sorte à ce qu'il soit toujours sur un fil. C'est un patriarcat qui est déposé en chacun de nous et pas que dans les hommes. Donc du coup, l'idée c'était que, ben vraiment, on s'interroge tous ensemble face à ce spectacle et qu'on ressorte en se disant, ah oui, avec des prises de conscience, avec des émotions.
- Speaker #0
Et ce qui est génial, c'est qu'à la fin, moi je suis venue qu'une fois, mais il y avait une standing ovation, j'ai entendu qu'il y en avait quand même assez souvent. Donc souvent les gens se lèvent à la fin du spectacle, c'est aussi... très émouvant. Il y a quelque chose qui se passe où on se lève parce qu'on a aimé le spectacle, mais aussi en tant que femme, on se lève par une certaine fierté. Je ne sais pas comment l'expliquer, il y a une espèce de... On reprend son pouvoir aussi. Vous me donnez la possibilité aussi en tant que femme ou en tant qu'homme, je ne sais pas, je ne suis pas un homme, donc je ne peux pas bouger, je ne peux pas le dire, mais ce truc d'avoir vraiment partagé un moment et on sent que vous êtes très unis aussi. Alors... On a fait un peu off, donc je sais que oui. Mais on sent vraiment cette sororité des femmes qui veulent vraiment raconter une histoire et qui sont là vraiment ensemble. Et ça, ça se ressent. Je pense que dans tous les spectacles, on ressent ou dans les films, les ambiances, ce qui s'est passé. Enfin, c'est de l'énergie. Donc forcément, en tout cas, on prend vraiment ce bonheur de sororité et c'est super chouette. Et vous pouvez nous dire où est-ce qu'on peut voir le spectacle ? Je sais que c'est au Splendide du mercredi au dimanche. Je vous dis les dates, ce sera plus vite.
- Speaker #1
À partir de mercredi et on joue jusqu'au 31 mai. Et c'est du mercredi au samedi à 21h et les dimanches à 15h.
- Speaker #0
Trop bien. Et vous faites à Avignon ?
- Speaker #1
Et on repart à Avignon, 14h40, au Théâtre des Gémeaux.
- Speaker #0
Trop chouette. Parce que le spectacle a été créé à Avignon l'année dernière. Oui,
- Speaker #1
tout à fait. La première a été faite à Avignon. Et là, depuis, on s'est installé en janvier au Splendide. Et on repart à Avignon. Et après, il va y avoir une tournée de septembre à janvier, février. C'est en train de s'élargir parce que, visiblement, les gens ont aimé le spectacle et nous demandent des dates. Donc, la période s'élargit. Mais en tout cas, de septembre à janvier, c'est en tournée en France. Donc, il va y avoir plusieurs dates un peu partout.
- Speaker #0
C'est super pour nos auditeurs ou auditrices qui ne sont pas à Paris. Exactement.
- Speaker #2
bien parti. Il faudra attendre un peu. Et guetter.
- Speaker #0
Vous pouvez commencer à regarder dans les théâtres qui proposent justement dans vos villes. Et on vous encourage vraiment à aller voir ce spectacle. Et c'est marrant parce que vous avez parlé de la place de l'homme dans la pièce, parce qu'il y a quand même un homme. Vous êtes combien sur scène ?
- Speaker #2
Avec l'homme.
- Speaker #0
Donc, six femmes et un homme. Et pour lui, de vivre cette expérience, comment est-ce qu'il vit cette expérience-là, lui ? C'est assez rare, parce qu'en général, il y a toujours plus d'hommes, ou en général, c'est à moitié, mais un seul homme au milieu de toutes ces femmes ?
- Speaker #1
Il a dû se faire sa place. Après, au départ, empiriquement, la pièce, elle était écrite pour huit. Il y avait deux hommes au plateau et six femmes. Et en fait... Bon an, mal an, il a fallu, pour des questions économiques notamment, enlever un comédien, mais pas de personnages d'hommes. On n'a pas enlevé les personnages d'hommes, mais on a dû enlever un comédien qui, en fait, reste quand même très, très proche du spectacle. On ne l'a pas viré, il est là. Et du coup, Julien Ruttia, qui lui interprète tous les personnages masculins du spectacle. a pris sa place tranquillement. Non, je pense qu'il a appris à accepter qu'on mette tout au féminin, parce que pour le coup, quand on se parle, maintenant, on met tout au féminin, parce qu'on a décidé que dans ce groupe, il n'a l'emporté. Mais ce n'était pas une histoire de power, c'était juste une histoire de conjugaison à un moment donné, de dire, vous êtes tous d'accord, alors qu'il était tout seul, maintenant, j'ai envie de dire, vous êtes toutes d'accord, et puis, pour une fois, c'est... Non, non, mais il a beaucoup de... Déjà, je pense qu'il est engagé, il est sensible à la cause, et puis c'est un comédien intelligent qui, franchement, s'est fondu. C'est un camarade exceptionnel. Donc, non, non, franchement, c'est super.
- Speaker #0
Est-ce que vous pouvez nous pitcher un petit peu la pièce, maintenant qu'on en a un peu parlé pour donner envie, justement, de venir le voir ?
- Speaker #1
Oui, donc on est à l'été 71, une jeune fille, Marie-Claire, chevalier, 16 ans, tombe enceinte. Du coup, elle va annoncer cette grossesse à sa maman, Michèle, qui bien mal va chercher de l'aide auprès de Lucette, René et Micheline, à la recherche d'une faiseuse d'anges. Et donc, toutes ces femmes vont se mettre en œuvre pour aider Marie-Claire à avorter. Et Michel finit par, en désespoir de cause, aller chercher de l'aide auprès de Gisèle Allumy parce qu'on a dénoncé leur avortement clandestin. Et donc du coup, elle demande de l'aide à Gisèle Allumy. qui, au lieu de décider de les défendre, décide d'attaquer la loi. Et donc embarque toutes ces femmes dans ce combat contre la loi et qui, plus tard, amènera la loi Veil à être présentée à l'Assemblée nationale en 1975. Voilà, c'est à peu près le petit pitch. Après, à l'intérieur de ça, dans cette histoire, il y a des choses qui se sont passées, mais on ne va pas tout spoiler sur les événements. Les petites surprises. Voilà, il y a des petites surprises, des petits événements qui font qu'il y a des twists.
- Speaker #0
Et par rapport à tous ces événements, tout est vrai ? Vous avez aussi un peu scénarisé des choses ? Ou en général, c'est vraiment parce que, comme vous l'avez dit tout à l'heure, vous êtes vachement renseignée, vous avez lu beaucoup de choses ?
- Speaker #2
Alors, on s'est beaucoup documenté, mais il y a beaucoup de fiction. C'est-à-dire qu'on est parti de bases de personnages qui, effectivement, dans le livre, dans les sténotypies du procès, on avait les auditions de toutes les femmes. Donc, elles racontent leur vie. comprend leurs problématiques de tous les jours, si elles étaient mariées ou pas, les enfants, tout ce qu'elles avaient à faire et les problèmes, des gros problèmes qu'elles avaient, parce que c'était ça surtout. Et d'après ça, on a recréé des scènes et on a inventé, on a fait travailler notre imagination, effectivement. C'est-à-dire qu'il y a forcément des scènes oui, c'est inspiré d'eux, mais... Mais tout ce qu'on a écrit... En fait,
- Speaker #1
c'est les grandes lignes. Oui,
- Speaker #2
c'est les grandes lignes. Mais leur lien, vraiment... Enfin, tout. Oui, ça me paraît fou d'expliquer dans les détails. J'ai l'impression qu'il y avait quelques scènes. Mais en fait, quand je réfléchis, non, non, c'est énormément. Il y a énormément d'inventions. Juste, il y a une sorte de socle où on savait que... tel personnage avait tel tempérament, ça, il lui est arrivé ça. Évidemment, je disais à Léonie, on a repris des éléments biographiques et on a recréé des scènes aussi. Mais voilà, il y a plutôt un point de vue, une patte qui apporte la singularité sur les événements.
- Speaker #1
Oui, on connaît. En fait, c'est vrai que dans les sténotypies, on connaissait leurs problèmes de santé, par exemple, ou bien leur métier. ou bien le nombre d'enfants qu'elles avaient, ou si elles étaient mariées, divorcées. En fait, c'est l'état civil qu'on dépose quand on vient témoigner à la barre. Donc, c'est ça qu'on avait. Et puis, la manière dont elles racontent qu'elles ont été impliquées dans cet avortement clandestin. Mais en dehors de ça, et sachant que tout ça est à chaque fois entre guillemets, donc ça donne vraiment des aperçus très rapides de comment elles racontent des choses à cette barre. Donc nous, on a extrapolé, on a nourri en fait tous les personnages, tout le creux du personnage pour que ça puisse être interprété, incarné. Et puis pour que ça puisse se rythmer, s'équilibrer, que le plateau ne penche pas que dans un endroit. Par exemple, Lucette Dublouchex qui est dite catholique. pratiquantes dans les sténotypies. Bon ben voilà, on n'était pas obligé d'en faire une petite souris qui s'exprime comme ça, ou tout à ça, où il y a toutes les ruptures. Ça, ça a été écrit sur mesure pour Jeanne Arène, qui est une amie de longue date et dont on connaît parfaitement sa capacité à faire ce type de personnage, même si elle a une capacité à en faire des milliards d'autres. Mais ça, on savait qu'en lui mettant ça entre les mains, elle allait nous faire du petit lait. Et donc ça a été le cas. Mais donc tout ça, oui, on l'a écrit pour que ça puisse avoir un intérêt au plateau. Et ça a été inventé.
- Speaker #2
Oui, un personnage comme une fervente catholique, on peut l'écrire d'une manière très premier degré. C'est vrai que c'était... Voilà, c'est un personnage très important. Pour moi, c'est certainement ce personnage qui a fait basculer aussi beaucoup, pour l'époque, la vie des gens. Elle a réussi à les... à les convaincre. C'est une femme qui a changé de conviction. Mais effectivement, on pouvait prendre très premier degré et ne pas imaginer qu'elle est là et qu'elle prie, qu'elle fait Jésus-Marie-Joseph, le signe de croix tous les quatre matins, qu'elle est très active dans sa paroisse. Voilà, ce n'était pas... Moi, j'ai eu une éducation très catho, donc ça m'a rappelé des petits souvenirs de l'école catholique et des bonnes sœurs et tout ça. Donc j'étais là, c'est bien, on va pouvoir faire des bonnes petites choses là-dessus.
- Speaker #0
Mais c'est ça qui est intéressant dans la pièce, c'est aussi qu'il y a toute cette église catholique, et donc grâce à ce personnage qui se renverse aussi, qui change de point de vue, donc c'est ce que vous dites tout à l'heure. Et c'est vrai que Jeanne Haren est extraordinaire aussi. Vous êtes toutes extraordinaires.
- Speaker #2
Mais c'est bon. on sait que Jeanne on sait on sait bien sûr évidemment elle est magnifique donc on l'accepte totalement
- Speaker #1
Et puis en plus, elle détient un rôle qui fait que la pièce peut avoir de l'air, même si les autres chemins faisants ont réussi à aussi ramener de l'air dans leur parcours de personnages. Le personnage de Lucette Dubucheix est celle sur laquelle on a parié pour que ça puisse venir ramener du rire, de la légèreté, ne serait-ce que par sa personnalité, ce côté, voilà. qui veut toujours bien faire. Et donc, du coup, c'est un point d'accroche qui fait que forcément, le public s'y attache différemment par rapport aux autres. Mais je pense que la puissance d'attachement du public à tous les personnages est le même. Enfin, c'est pareil pour tout le monde. Je pense que vraiment, il y a une sorte de... Les gens se projettent dans chacun des personnages. individuellement, enfin comment dire, chaque personne dans le public, je pense que se reconnaît un peu dans chacune des femmes et je pense que c'est ça aussi qui fait que ça fonctionne et que les gens repartent comme s'ils avaient rassemblé une sorte de kaléidoscope de types de femmes à l'intérieur d'eux et même les hommes, je pense qu'il y a des hommes qui ressortent très très émus et je pense parce que ça leur évoque des femmes autour d'eux, pas forcément leur part de femmes. Même si je pense que c'est possible. Mais ça leur évoque plein de femmes autour d'eux. Ils reconnaissent des entités de femmes autour d'eux en voyant ce spectacle.
- Speaker #0
Il y a aussi le fait d'être mère qui est vachement posé. Cette position de mère aussi. Je trouve qu'elle le fait très bien.
- Speaker #1
Elle s'appelle Céline.
- Speaker #0
Et je trouve qu'elle le fait très bien. Et surtout, ça peut aussi questionner qu'est-ce que c'est d'être mère ? Comment est-ce que les erreurs qu'on peut faire sont que ce soit des erreurs ? C'est ça qui est intéressant. C'est assez mis à nu, là aussi. Ça ouvre un autre sujet, j'ai l'impression. C'est un sujet sur les femmes. Donc, la femme, c'est aussi une mère. C'est aussi le travail des femmes à l'époque. Après, toutes les autres sont super. Est-ce qu'il y a aussi la jeune fille, comment elle s'appelle, qui joue le... Maritza Chevalier, c'est Maud Forger. Maud Forger, ce qu'on a parlé au début.
- Speaker #1
Oui, qui a un parcours vraiment... particuliers et denses aussi à déployer parce que en direction, moi, je lui demande de faire certaines choses pour pas qu'on bascule vers et pour qu'on entende une thématique bien précise et tout ça. Donc, Maud déploie l'intensité de sa charge émotionnelle tout en leur tenant tout le temps. Enfin, vraiment, elle fait un travail incroyable. Donc, Maud Forger. Après,
- Speaker #2
il y a Karina Testa. Il y a moi-même. Alors moi, je joue plusieurs personnages. Je joue Micheline, l'avorteuse, mais je joue aussi Mélanie, la jeune fille un peu faufole qui veut dévergonder Marie-Claire. Je joue Djamila Moupacha très brièvement et je joue le professeur Milièze.
- Speaker #1
Fervent catholique, gynécologue qui est venu témoigner au procès et qui fait partie des figures catholiques qui ont permis d'entendre qu'on pouvait changer d'avis. dans ce procès, ça lui fait partie des grandes figures très attendues, très écoutées.
- Speaker #2
Oui, ça a été un témoin très important au procès et c'est quelqu'un qui a fait... Alors moi, dans la pièce, on fait quelqu'un d'un peu virulent, mais au final, pas du tout. C'est quelqu'un qui a aidé beaucoup les femmes, qui a fait beaucoup, Parce que oui, là, on rend hommage aux femmes qui ont fait avancer cette loi. mais les hommes, on en fait des petites partouches comme ça, mais il y en a eu aussi. Et d'ailleurs, un des premiers hommes politiques à avoir voulu défendre cette loi, c'était Rocard.
- Speaker #0
Dans une des versions, il était présent. Et moi, en découvrant cette histoire, je me suis dit, j'ai eu un autre regard sur Rocard. C'était pour la petite anecdote.
- Speaker #1
C'est intéressant, parce que c'est des choses que je ne savais pas.
- Speaker #2
Oui, Rocard était présent. Après, il y a le professeur Monod, qui est joué par Déborah Graal, qui, elle, joue aussi René Saucé, Fritna, la mère de Gisèle. et qui joue donc voilà Ironée Saucé dans le cœur de ses femmes et pareil qui a un parcours de femme un peu en colère enfin on l'a écrite comme ça c'est une femme qui retient beaucoup sa colère qui essaye de canaliser ça parce que elle a des blessures personnelles et intimes qui font qu'elle s'exprime et à chaque fois ça jaillit donc pareil un parcours très très beau elle est super magnifique Merci. Donc Julien Urrutia en a parlé, c'est le seul homme. Céline Toutain qui fait Michel Chevalier, donc la mère, qui pareil a un très très beau parcours et qui est très remarquée parce qu'elle a vraiment un tempérament de mère à la fois populaire et à la fois réservée et pudique. Donc c'est un sublime mélange qu'elle propose là, Céline Toutain.
- Speaker #1
Surtout au début, quand on arrive dans la salle, c'est assez sympathique. On ne spoile pas trop, mais le début, c'est vrai qu'on rentre tout de suite dedans. C'est comme si on n'était pas… On devient acteur aussi de cette pièce comme ça, comme dans le procès. On est directement comme si on avait une place particulière, comme si on était aussi des acteurs à notre niveau.
- Speaker #2
C'est un petit passage sans spoiler, on le redit. C'est un début de pièce un peu immersif. On voulait embarquer les gens avec nous. Venez voir et vous découvrirez comment on vous embarque.
- Speaker #0
Il y a quand même Clotilde Dagnaud, qui est notre grande Gisèle Halimi. C'est un défi à relever et elle le fait merveilleusement bien. C'est une actrice incroyable. Il y a beaucoup de personnes qui me parlent beaucoup de ce moment-là aussi, de la plaidoirie évidemment, mais il y a une petite scène où elle coache un peu, pendant une manif, elle scande comme ça, des conseils aux femmes qu'ils les prennent. Il y a deux jours, il y a eu toute la salle qui a commencé à applaudir à ce moment-là. On a trouvé ça complètement fou.
- Speaker #1
et voilà je fais hommage à notre c'est aussi le fil c'est elle qui tient aussi je sais pas comment dire c'est le fil de l'histoire donc elle est hyper importante dans sa posture le petit Daniel qui
- Speaker #2
joue Gisèle Halimi a un parcours très très beau dans la pièce et même si il s'agit pas d'une pièce sur Gisèle Halimi puisque nous on a voulu vraiment se concentrer sur Euh... Toutes ces femmes et cette solidarité de palier, comme on l'a nommé beaucoup quand on était en train d'écrire, on avait envie de vraiment raconter comment chacune va aider l'autre, comment chacune va dépasser ses propres convictions pour servir le bien commun et aider cette jeune fille de 16 ans à sortir de ça. et du coup Gisèle est au sein de ces femmes et elle est un moteur pour toutes mais elle n'est pas l'unique moteur, en fait. Le moteur, vraiment, c'est le cœur et cette solidarité. Enfin, en tout cas, on l'a écrit comme ça.
- Speaker #1
Moi, je vous invite vraiment à venir voir ce spectacle. C'était vraiment un super moment. Et c'est vrai que, bon, juste une petite parenthèse par rapport à l'actualité, puisque Gisèle Halimi, Gisèle Pellicot, c'est vrai que c'était au moment, en fait, où vous avez sorti ce spectacle, c'est toute l'actualité. Donc, ça fait un écho. Est-ce que vous voulez dire quelques mots là-dessus ?
- Speaker #2
En tout cas, ces combats d'hier sont des combats qui continuent à se mener de façon plus claire, visible et forte aujourd'hui. Et je pense que ce procès de Bobigny, qui a permis à la loi Veil de passer, a permis beaucoup de choses dans la foulée. On n'a pas l'impression que les racines remontent à là, et d'ailleurs elles doivent remonter à en. encore antérieurement à ce procès, mais en fait, chaque combat, gagné ou perdu d'ailleurs, permet à un autre de venir se mettre en place. Et l'affaire Pellico est probablement la suite des déflagrations positives qu'ont permis le procès de Bobigny. Et elles s'appellent toutes les deux Gisèle, donc effectivement, on peut avoir une petite étincelle dans l'oreille quand on entend ça. Mais bon, voilà. Tout ça, en tout cas... je pense, donne du courage, de la force à des femmes et à des hommes de s'ériger quand ils trouvent que quelque chose est injuste. Donc oui, il y a des résonances.
- Speaker #1
super, on a passé un super moment c'est déjà fini je pense que je reviendrai voir la pièce avec plaisir en tout cas n'hésitez pas à aller voir la pièce au Splendide du mercredi au samedi 21h et le dimanche à 16h à 15h et le dimanche à 16h et puis à Vignon cet été aussi si vous voulez déjà réserver Théâtre des Gémeaux
- Speaker #2
14h40 le procès-l'invité
- Speaker #1
merci pour ton invitée merci à toi merci à tous que bien soit et moi je vous dis à la semaine prochaine flamme des années 80 le podcast qui allume la femme