- Speaker #0
Pour moi, des flops, c'est si vite que tout. Des rigolasses, c'est festif.
- Speaker #1
Au final, c'est vrai que ça vous rapproche et c'est trop bien d'en rigoler. Vous mettez les deux pieds dans la flac d'eau et ça aspergeait partout. Et j'adorais. Ça me fait penser à la pluie qui tombe. Salut, moi c'est Marine. Salut, c'est Luce.
- Speaker #2
Vous écoutez le podcast FLOP. Aujourd'hui, nous abordons la série Les Cauchemars.
- Speaker #1
Épisode 1, Revue Philo. L'image du cauchemar doit-elle être aussi horrible que lui ?
- Speaker #2
N'oubliez pas de commenter l'épisode et de vous abonner.
- Speaker #1
Nous sommes assises à une grande table en bois, entre flops, dans un bar assez bruyant, une pinte de bière à la main. Deux IPA bien évidemment. Et nous parlons de choses et d'autres avant que je ne raconte à Marine mon dernier cauchemar en date, qui n'avait absolument ni queue ni tête. En gros, je commence avec trois personnages. Il y a un ancien camarade de primaire duquel j'étais amoureuse. Très bizarre qu'il soit dans ce rêve-là. Une autre femme qui était jeune. En fait, ce qui était assez perturbant, c'est que c'était des nous adolescents. Donc pas du tout des nous à l'âge adulte, on va dire. Et pourtant, c'était des adolescents qui avaient déjà une vie d'adulte. Parce que justement, la deuxième jeune fille avec qui j'étais avait eu une histoire avec un mage. depuis à peu près dix ans et revenait de ces dix années d'histoire avec ce mage et nous racontait à quel point ça a été extraordinaire. Et moi dans le rêve, j'écoutais en me disant que j'aurais pu être cette jeune fille et qu'à l'époque moi j'avais des vues sur ce mage-là, que j'étais quand même assez amoureuse de lui et que je pensais que ça allait être moi cette jeune fille qui allait vivre pendant dix ans avec ce mage et ce n'a pas été moi. Et on marche en fait dans une forme. de lieux un peu maudits où tout est noir autour de nous, il y a une forme de boue, c'est gluant. Et en fait, on doit marcher de manière assez rapide et surtout sans jamais s'arrêter parce qu'on a des voix permanentes de personnes qui viennent des limbes et qui pourraient nous emprisonner dans ces limbes. Il ne faut absolument pas écouter ce qu'ils sont en train de dire. Donc on doit marcher assez vite. On finit par traverser ce lieu-là et en fait je finis par comprendre qu'il va falloir sauver le mage, que là il n'est pas présentement avec nous et qu'il va y avoir une sorte d'exécution sur la place publique dont il faudra absolument éviter que le mage ne soit pris parce que c'est aussi le mage qui va nous permettre de sauver la terre. On finit par arriver dans une sorte de plaine et j'ai une première image où je vois le mage me regarder dans les yeux pendant qu'il est en train de se faire trimballer un peu comme Jésus qui va être mis sur la croix. Et il me regarde moi. Et dans ma tête, je me dis, ah, il me regarde parce qu'en fait, il est en train de se dire que c'est moi qui l'aimais. Même s'il a passé dix ans avec l'autre jeune fille, en fait, c'est moi qui l'aimais. Et j'ai une sorte de rewind. Donc, je reviens au début de l'histoire avant de voir cette image de lui qui me regarde. Je nous vois, mais là, je suis transformée en homme qui a le pouvoir du feu. On est avec une sorte de réunion des résistants qui est menée par une fée avec une robe blanche, un peu lumineuse, qui me regarde et me dit écoute, je sais que je t'ai longtemps demandé de calmer tout le feu qu'il y avait en toi parce que ça allait détruire les gens aux côtés de toi, mais là il faut absolument que tu réussisses à le faire sortir parce que c'est ce qui va sauver le mage. En fait si tu fais sortir le feu et que tu fais prendre la forêt en feu, ça va faire distraction, on va pouvoir le sauver, mais du coup il faut absolument que l'élément déclencheur ce soit toi. Et donc, voilà, il y a une sorte de responsabilité qui se met en place. Et je comprends qu'il va falloir que, du coup, je décharge un peu tout ce que j'ai appris pendant des années à ne pas décharger pour pouvoir sortir le monde de la situation catastrophique dans lequel il est. Donc, du coup, je revois la scène finale, qui est la scène où il me regarde. Et je me dis, ah oui, en fait, c'est pas qu'il m'aimait, c'est qu'il savait que j'étais l'élu et que c'était à moi de le sauver. Et je me suis réveillée un peu en sueur de waouh. j'ai trouvé la solution quoi c'est vrai que intuitivement j'associe le cauchemar à tout un imaginaire monstrueux et fantastique dans lequel je vis des situations irréelles et troublantes assez éloignées de mon quotidien mais c'est un endroit qui bizarrement ne m'est pas si repoussant à quelques pas du rêve j'ai l'impression de voyager dans les méandres de mon imagination Tantôt dans les peintures de Chagall où les maisons se déforment progressivement, tantôt en plein milieu du Moyen-Âge devant la carte d'un dictateur, ou encore dans un bout de forêt enchanté en train de courtiser une reine.
- Speaker #2
En écoutant Luce, j'avoue rester pour le moins perplexe. Pour ainsi dire, je me reconnais assez peu dans son récit. Peut-être parce que ce... Spontanément, j'associe plutôt mes cauchemars à des bouts de ma réalité qui ont mal tourné. Effectivement, dans mes nuits, les images ne sont jamais très impressionnantes et encore moins cauchemardesques. Pas d'univers surréaliste ou épique, pas de monstres difformes à l'horizon. Mes nuits ne sont que le prolongement de mes journées. Mes cauchemars prennent la forme de conversations banales, de situations déjà devenues ou qui pourraient l'être. Très peu de moyens donc. A la réalisation, rien de très audacieux. Une critique acerbe viendrait d'ailleurs souligner la pauvreté visuelle de mes nuits. Si on faisait un arrêt sur image, rien ou presque ne permettrait de savoir, ou plutôt de voir, qu'on se trouve dans un de mes cauchemars. C'est seulement ce que je ressens, le malaise qui se forme au fond de moi, qui me fait me dire le lendemain que c'était encore un sacré cauchemar.
- Speaker #3
Come here,
- Speaker #2
mommy ! Alors forcément, quand Luce me raconte ses batailles chevaleresques en plein milieu du Moyen-Âge, je ne peux m'empêcher d'écarquer les yeux. Mais où trouve-t-elle toute cette imagination ? J'en viens parfois à me demander si elle ne brode pas au réveil, si le château était vraiment là, si la bataille a vraiment eu lieu, ou si tout ça n'a pas été ajouté après coup au moment de raconter. Pas forcément pour mentir. Plutôt parce qu'un cauchemar pareil mérite une histoire à sa hauteur. Moi, au réveil, je n'ai pas grand-chose à raconter. Rien de très spectaculaire, en tout cas. Il faut expliquer ce que j'ai ressenti pour que l'histoire devienne effrayante. Mais c'est toujours à ce moment-là que, justement, ça se gâte. Comment partager, sans passer par l'image, une boule d'émotions brutes ? Je n'y arrive pas. Luce, elle... Elle n'a qu'à planter le décor. Luce fait des cauchemars avec un grand C. Moi, je fais surtout de mauvais rêves très crédibles.
- Speaker #1
Si on revient sur la définition universelle du cauchemar, le Robert, précieux dictionnaire, nous dit...
- Speaker #4
Premier sens. Le cauchemar est un rêve pénible dont l'élément dominant est l'angoisse. Deuxième sens, personne ou chose qui effraie, obsède.
- Speaker #1
Le cauchemar se définit donc, avant tout, par un sentiment d'angoisse et de mal-être. Mais les artistes, à travers le temps, se sont attelés à donner une image à ces sensations désagréables et ont transposé l'horreur du cauchemar et de ses sensations dans leur univers. Prenons à ce titre le tableau de 1781 de Johann Heinrich Fusilli. peintre anglais qui s'intitule Le Cauchemar. Il met en scène une femme étendue sur une forme de canapé, inconsciente ou endormie, les bras ballants, enveloppée d'un vêtement blanc aux allures de l'un seul. Sur son ventre est assise une figure démoniaque et monstrueuse qui ressemble à un incubo, un démon masculin qui abuse des femmes dans leur sommeil. Et un peu à gauche du tableau, une jument noire aux yeux blancs globuleux est à demi cachée derrière un rideau. Ici, le cauchemar est donc l'incarnation de ce qu'on expérimente durant l'enfance, c'est-à-dire les monstres. Mais cette image est-elle une fidèle représentation de ce dont nous Ausha vraiment ? En dehors de certains rêves très stylisés, la plupart ne prendraient-ils pas lieu dans notre réalité ? Pourquoi et comment les artistes représentent-ils leur cauchemar ?
- Speaker #2
Mais alors, comment représenter une expérience aussi intérieure sans la trahir ? Et surtout, quelles images pourraient bien rendre compte de ce sac de nœuds émotionnel qu'est un cauchemar ? L'image du cauchemar doit-elle être aussi horrible que lui ? D'aussi loin que je m'en souvienne, chez moi le cauchemar n'a jamais vraiment eu de contour précis. Il a toujours été, d'abord et avant tout, une émotion. D'ailleurs, vous connaissez sans doute cette sensation. Se réveiller avec une boule au ventre, un malaise très net, et en même temps être incapable de dire exactement pourquoi. Aucun récit auquel raccrocher ces mauvaises impressions. Pas d'image vraiment précise. juste un malaise tout flou. Pour être tout à fait honnête, il est pourtant vrai que parfois, j'ai bien un fragment d'image qui m'apparaît au réveil, quand je croque dans ma tartine par exemple. Ou plus déstabilisant encore, je vois un objet ou j'entends un mot, et tout à coup... La sensation d'avoir enfin le cauchemar sur le bout de la langue. Mais le plus souvent, les images du cauchemar m'échappent. Seules les émotions restent. Enfin, j'avais d'ailleurs inventé une expression pour ça. Les éclaboussures du cauchemar. Dans ma petite classification personnelle, il y avait les cauchemars oubliables, ceux qui disparaissaient presque aussitôt les yeux ouverts. Et puis, il y avait les autres, ceux qui m'avaient suffisamment éclaboussé pour continuer à agir sur moi, alors même que j'étais réveillée. Dans mes souvenirs, je me représentais ça comme l'encre d'un stylo plume. On a arrêté d'écrire, on a reposé le stylo, mais l'encre, elle, elle a bavé. Elle est encore là, sur les doigts. Et moi, j'avais l'impression d'être un papier buvard, couleur rose. Ceci dit, au-delà de cette image, pour le coup, du cauchemar ancré sur du papier buvard, je crois que je restais surtout dans l'incompréhension des représentations classiques du cauchemar. Pourquoi ajouter ? Des monstres, des corps déformés, des décors inquiétants, toujours des couches en plus. Franchement, la réalité n'est-elle pas amplement suffisante ? Et puis à force de réflexion, j'ai fini par me dire que j'avais peut-être tout bonnement pris le problème à l'envers. Et si l'image du cauchemar ne cherchait pas vraiment à représenter ce qu'on voit quand on cauchemarde ? Et si elle cherchait plutôt à représenter ce qu'on ressent ? Autrement dit, les images monstrueuses du cinéma... ne serait pas nécessairement la transcription fidèle de nos nuits. Elle serait plutôt une sorte de miroir inversé. On déforme l'image pour retrouver, une fois réveillée, la violence de l'émotion. Ceci dit, je crois qu'il y a un film qui en forme a fait comprendre ça, avant même que je sois capable de vraiment le formuler comme aujourd'hui, avec mes phrases alambiquées d'adultes. Une œuvre dont les images sont longtemps devenues dans ma tête, les images du cauchemar. Ce film, C'est paprika ! Et devinez quoi ? Je décide justement, 20 ans après le premier visionnage, d'inviter mon ami Adrien pour revoir ce film. Mais c'est pour ça que je pense que c'est bien qu'on le regarde pas avant de dormir.
- Speaker #5
Ah oui, complètement.
- Speaker #2
Tu sais qu'on a le temps de vivre autre chose éventuellement.
- Speaker #5
Oui.
- Speaker #2
Éventuellement.
- Speaker #5
Oui. Sans chambi à l'escalade, ça devrait aller.
- Speaker #2
J'ai peur. Mais qu'est-ce que c'est que ça ? Non mais...
- Speaker #1
Y'a que des raisons d'être perturbés.
- Speaker #5
Oui.
- Speaker #1
Ouf, ce n'était qu'un cauchemar !
- Speaker #5
Je suis désormais réveillé et tout va bien se passer ! La chenille, ouf !
- Speaker #1
Après, ceci dit, moi je trouve qu'effectivement, les parcs attractions, c'est un pouvoir horrifique terrible.
- Speaker #5
Complètement.
- Speaker #1
Oh non, j'en veux plus de cette poupée ! Oh là là, j'aime pas ça !
- Speaker #2
Oh là là ! Oh là là !
- Speaker #1
2006.
- Speaker #5
C'est certain, 2006.
- Speaker #2
Bon, comme je vous le disais, ce film, je l'avais déjà vu en fond. Mais j'en avais gardé très peu de souvenirs, si ce n'est en avoir vu des bouts par-dessus l'épaule de mon père qu'il avait sans doute regardé un dimanche après-midi de 2006, peu de temps après sa sortie, sur petit écran, en plein âge d'or du téléchargement. Et c'est vrai que visuellement, quand t'as 8 ans, tout te dit que tu peux y aller. C'est coloré, ça bouge dans tous les sens, il y a une parade, des jouets, des personnages de toutes les couleurs. C'est considéré comme une des pièces maîtresses du cinéma japonais. Satoshikon, le réalisateur. nous transportent dans un monde où une technologie, la décennie, permet à des thérapeutes de pénétrer dans les rêves de leurs patients. Et parmi ces thérapeutes du sommeil, une certaine paprika. Mais très vite, quelque chose déraille. Les rêves s'échappent de l'espace intime du sommeil et commencent à contaminer la réalité. Et surtout, les individus se voient perturbés dans leur sommeil par les cauchemars, des autres. L'horreur. En dépit de ses couleurs éclatantes, vous l'aurez compris, Paprika est un vrai faux film pour enfants. On a alors demandé à Videoclub de nous éclairer. Petite parenthèse, Videoclub est vidéaste, ou de manière plus poétique, créateur de contenu, passionné de cinéma. Bref, on lui a demandé comment les cauchemars de ce film, de prime abord si coloré et joyeux, deviennent-ils pourtant si cauchemardesques à regarder. Pour rappel, le leitmotiv du film n'est ni plus ni moins qu'une immense parade de jouets.
- Speaker #6
Paprika, c'est mon film préféré de son réalisateur, justement parce que d'extérieur, il paraît très accessible et coloré, alors qu'en réalité, il renverse ses codes pour créer des machines à trauma. Ce rapport au monde des jouets est donc fatalement à l'enfance, qui est à la fois un univers réconfortant dans lequel on a envie de se réfugier, mais qui devient rapidement un lieu de terreur permanente. Et là où personnellement, je trouve que le cinéma de Satoshi Kon est le plus cauchemardesque. et de très très loin, c'est dans son traitement des VSS à l'image. On a notamment dans le film cette séquence où Paprika est clouée à un lit, réduite à une sorte de papillon et qu'elle subit une agression sexuelle. Et c'est vraiment bizarre cette dissonance entre le travail artistique qui est sublime et les images qui en découlent qui sont odieuses. Puisque le long métrage, avec l'animation encore une fois, représente littéralement l'état de dissociation du personnage pour fuir l'inconcevable, à savoir cette agression. On retrouvait déjà cette thématique dans Perfect Blue, avec une scène qui est encore plus irregardable selon moi, et j'ai vraiment du mal à l'exprimer avec des mots, mais je trouve que personne n'a jamais réussi à dépeindre avec autant de violence et de justesse la tragédie totale que représente ce genre d'acte. Et bien sûr, je dis ça avec mon regard d'homme, mais j'ai encore plus de mal à concevoir le choc que de représenter ces séquences pour un public féminin. Donc ouais, en termes de monde féérique et coloré qui bascule dans des cauchemars épouvantables, le cinéma de Satoshi Kon, c'est un très bon exemple.
- Speaker #2
Mais si j'ai un souvenir si fort de Paprika, c'est parce qu'au-delà des images, Satoshi Kon parvient à retranscrire l'expérience du cauchemar dans sa dimension avant tout physique.
- Speaker #6
Il parvient vraiment à capturer les matières, les textures, les fluides et les mouvements qui composent notre imaginaire. Et c'est évidemment permis par le genre de l'animation. Parce que, hormis le Krakito absolu, Lynch et éventuellement Bigan, pour citer un cinéaste plus récent, personne n'a réussi à capter cette transvisuelle avec... des films tournés en réel. Je trouve que l'exemple d'Inception est hyper parlant, donc le film de Nolan qui est clairement inspiré du Boulot de Paprika, parce que, même si j'aime beaucoup l'oeuvre, le côté très terre-à-terre et pragmatique de Nolan empêche justement ces séquences de totalement lâcher prise avec la réalité. Alors que l'animation, ça permet de franchir les limites et de matérialiser concrètement des choses complètement irrationnelles. T'ajoutes à ça que Satoshi Kon aime beaucoup jouer sur les métamorphoses et sur l'Anne Canivali, et tu te retrouves avec des designs de persos ou de décors imprévisibles qui transforment l'esthétique du rêve en pures images de cauchemars.
- Speaker #1
Mais il existe aussi, et j'avoue en être une des plus grandes fans, des univers beaucoup plus sombres, qui empruntent cette fois-ci le monstre et son univers fantastique comme incarnation du cauchemar. Et quoi de mieux pour découvrir un univers cauchemardesque que d'y rentrer via le jeu vidéo, où les sensations sont décuplées. Et avec un classique dans ce style, j'ai nommé Little Nightmare. C'est un jeu développé par Tarsier Studio et édité par Bandai Namco, et c'est un des premiers jeux solitaires que j'ai fait et qui m'a laissé une sensation étrange. On suit le long d'une grande traversée glauque, une enfant vêtue d'un ciré jaune qui doit s'échapper d'un mystérieux navire peuplé de monstres odieux. Et j'ai bien sûr insisté pour que Marine y joue, parce que je voulais absolument revivre à travers elle les sensations que j'avais eues en entrant dans ce cauchemar. Est-ce que là t'entends bien tout ? Ouais, je l'entends très bien. Bon du coup mon flop, je te fais découvrir un de mes jeux préférés qui s'appelle Little Nightmare. Est-ce que tu peux juste un peu décrire ce que tu vois à l'image ? Je vois un tout petit personnage en ciré jaune qui me fait penser à l'enfant dans ça de Stéphanie Koum. En fait c'est la seule chose à laquelle ça me fait penser. Qui est minuscule, qui est dans une sorte d'escalier infini. qui va aller dans une forme d'ouverture de porte de navire,
- Speaker #2
c'est un peu fou. Honnêtement, on dirait la vie d'un rat d'égout mais version homme. Honnêtement.
- Speaker #1
C'est vrai. C'est littéralement le jeu. Tu sais, c'est Ratatouille mais qui s'est mis en ciré, quoi. Ratatouille qui n'a jamais trouvé le restaurant, quoi. Si vous tapez dans la barre de recherche YouTube « jeux » et « cauchemars » , un des premiers noms qui sort, c'est Alt236. Il a à son compte plus d'une dizaine de vidéos qui explorent les images sombres et effrayantes des jeux entre cauchemars, rêves et effrois. Alors quand j'ai eu la chance de lui demander quel était le jeu qui incarnait le plus le cauchemar, je n'ai absolument pas hésité.
- Speaker #7
S'il fallait citer des jeux qui parviennent à convoquer une ambiance qui au niveau des visuels et du scénario s'approche le plus d'un cauchemar, Ce serait sans doute Silent Hill 2 dans son ensemble, mais le 3 et le 4 pourraient tout à fait faire l'affaire. Il y a dans ces jeux des monstres absolument terrifiants qui, sous leur aspect body horror, sont toujours l'allégorie d'une forme de tourment intérieur du protagoniste et on a vraiment cette sensation d'être captif d'un de ces cauchemars. Il y a tout le temps du brouillard et une solitude pesante et vous avez la sensation constante d'être épié. Et dans une autre saga, je garde également des souvenirs terrifiants du jeu Forbidden Siren 2 qui installe une ambiance purement cauchemardesque à la fois dans son gameplay et dans son ambiance. Pour autant, en tant que joueur, le moment qui m'a le plus marqué en tant que dispositif horrifique cauchemardesque se trouve dans une scène précise du jeu Max Payne, premier du nom. L'anti-héros éponyme a perdu sa femme et sa fille lors d'un crime horrible et une des scènes du jeu nous fait revivre plus ou moins indirectement son trauma. La scène commence dans la chambre de sa fille et puis soudain un couloir se transforme et conduit Max dans une zone totalement plongée dans l'obscurité. En guise de bande sonore on entend uniquement les pleurs du bébé qui ne s'arrêtent plus et pour pouvoir avancer dans le jeu, le joueur doit trouver son chemin en marchant sur des lignes faites de sang. Elle constitue un labyrinthe dont on doit trouver la sortie, et entre la tristesse infinie du souvenir qui est convoqué, les cris incessants et le labyrinthe de sang dans cette obscurité infinie, on tient selon moi une sorte d'image d'épinal du cauchemar vidéoludique qu'il sera sans doute difficile d'égaler.
- Speaker #1
Mais en dehors du jeu vidéo, qui n'est pas le milieu d'excellence de Marine, ni le mien d'ailleurs, Il existe parmi les férus de monstres mon très cher Tim Burton, et plus particulièrement son monstre à lui, Edouard aux mains d'argent.
- Speaker #8
C'est un énorme bâtiment, n'est-ce pas ? Bonjour ? Pourquoi vous vous cachez là-bas ? Vous n'avez pas à me cacher. Je suis aussi sans perte que Cherry Pop. C'est un énorme bâtiment.
- Speaker #1
C'est un des premiers films de ma filmographie, celui dont j'étais fière de rester quand mes petits frères partaient en pleurant. Je regardais fasciner toute la poésie d'un monstre qui n'en est finalement pas un. Si je devais vous le présenter à la manière d'Hallociné, je dirais. Ce film, réalisé en 1990, raconte l'histoire d'un jeune homme fabriqué entièrement par une sorte de savant fou perché dans un manoir, en haut d'une colline, à côté d'une banlieue américaine pavillonnaire. Mais malheureusement, son créateur meurt avant de lui avoir donné des mains, le laissant donc avec des ciseaux à la place. Edouard est finalement tiré de son manoir par une jeune mère venue vendre ses produits cosmétiques. Elle l'amène donc chez elle pour le prendre progressivement sous son aile. Mais un monstre sous forme humaine qui débarque dans un village soi-disant parfait ne passe pas longtemps inaperçu et vient bousculer la vie des habitants. Finalement, on a tous les ingrédients d'un cocktail cauchemardesque réussi. Un manoir, un savant fou, un monstre à forme humaine et une banlieue paisible. Sauf qu'à y regarder de plus près, on s'est peut-être complètement trompé de monstre. Parce qu'Edouard a beau avoir des lames en métal à la place des doigts, ce n'est pratiquement jamais lui. qui représente une menace. On l'invite chez soi, on lui demande même de tailler les haies ou encore de couper les cheveux. Et puis quelque chose se retourne. La curiosité des uns et des autres devient méfiance. Et la méfiance finit par devenir violence. Et ce renversement est loin d'être étranger à Tim Burton. Le réalisateur a souvent expliqué qu'enfant, il ne considérait pas Frankenstein, quiconque ou la créature du lac noir comme les méchants de leur histoire. Il s'identifiait plutôt à eux. Dans une interview, il résumait même les films de monstres comme des versions extrêmes et symboliques de ce qu'on traverse dans la vie.
- Speaker #9
A travers tous mes films, c'est un sujet qui reste avec moi depuis toujours. Quand jeune,
- Speaker #7
vous avez été traversé par ce sentiment d'exclusion, d'être rejeté. Quoi qu'il arrive par la suite, le succès, la famille, peu importe, c'est le genre de choses qui restent profondément en vous. C'est sans doute la raison pour laquelle j'explore ce sentiment de différentes manières. Ça fait partie de mon ADN, ça fait partie des choses qui ont construit ma personnalité.
- Speaker #1
Et je crois que je vois un petit peu l'avis de cette manière aussi. Quand on est petit, les mots sont utilisés comme catharsis de nos peurs. Ils incarnent tout ce qui nous effraie. Et Tim Burton joue justement bien avec cette notion. Si les monstres devraient avoir une âme, ils auraient probablement celle d'un humain qui subit toutes les projections des peurs des autres. Chez Tim Burton, le cauchemar, ce sont les humains et leurs rouages infernaux que le monstre ne fait que révéler. Le monstre n'est plus l'incarnation du cauchemar, il est celui qui nous permet de le voir.
- Speaker #0
Et je crois que sur ça, je suis complètement en train de rejoindre Marine. Est-ce que le pire cauchemar n'est-il pas en fin de compte ? Non pas les monstres, mais plutôt les situations horribles d'une réalité à laquelle on ne peut jamais échapper. A force de fabriquer une iconographie du cauchemar, est-ce qu'on ne finit pas par confondre le cauchemar avec son costume ?
- Speaker #1
Jusqu'ici, on a cherché le cauchemar dans ses images, et on lui a trouvé toute une garde-robe visuelle qui permet de le reconnaître au premier coup d'œil. Mais ce costume du cauchemar, dont parlait Luce d'ailleurs, peut finir par faire diversion. Il nous éloigne de l'expérience cauchemardesque qui n'est pas une affaire de représentation, puisque le cauchemar vécu n'est pas toujours contenu dans ce que l'on regarde. Il peut naître au moment précis où ce que l'on regarde, justement, cesse de nous être complètement intelligible. Par exemple, Une pièce reste une pièce, un visage reste un visage, une conversation reste une conversation, etc. Mais quelque chose dans leur enchaînement, leur durée ou encore leur logique ne tient plus tout à fait. On ne sait pas encore ce qui cloche, seulement on sait que quelque chose cloche. Et à ce moment-là, le cauchemar n'est plus tellement une esthétique, il devient une véritable crise de la perception. Le décor peut rester parfaitement normal, un restaurant, un appartement, une route, une conversation entre deux personnes. Ce qui se dérègle, ce ne sont pas les choses elles-mêmes, c'est pas ces personnes, c'est le lien, c'est le rapport qui unit ces personnes. Une scène par exemple qui va durer un peu trop longtemps, une phrase qui paraît soudain prononcée bizarrement, ou chargée d'une menace qu'on serait incapable d'expliquer, ou encore ce visage en face qu'on reconnaît plus véritablement. Et progressivement, les règles très simples avec lesquelles on organise normalement le réel, c'est-à-dire le rapport cause-conséquence, le rapport temporel, avant-après, Le vrai ou le faux, tout ça, ça devient moins solide. Ça change complètement notre rapport au cauchemar. Parce qu'on n'est plus face à une image qui nous dit « Regarde, voilà ce qui doit te faire peur » . On est plutôt face à un monde qui ressemble encore suffisamment au nôtre pour qu'on accepte d'y rester, mais dont on ne maîtrise plus tout à fait les règles. Justement, on est encore dans le réel. C'est juste que c'est un réel désormais qu'on subit, comme un jeu dans lequel on continue de devoir jouer, mais alors qu'on ne sait pas comment y jouer. Et pour tout ce qui est effritement de la logique, il y a un maître en la matière. Ce maître, c'est David Lynch. Prenons pour vous le prouver un exemple à partir de Mulholland Drive, un de ses films les plus connus sortis en 2001. Pour vous le résumer, on y suit Betty, une jeune actrice fraîchement arrivée à Los Angeles, qui rencontre une femme amnésique rescapée d'un accident de voiture. Oui, tout ça. Ensemble, elles tentent de reconstituer son identité. Mais leur enquête glisse progressivement vers un monde où justement tout se brouille. Les temporalités se défont, la réalité elle-même devient incertaine. Le film finit alors par fonctionner comme un rêve ou un cauchemar, donc on ne sait plus très bien où se situe le réveil. Et justement, on a demandé à Vidéoclub de nous expliquer en quoi Mulholland Drive nous semblait si cauchemardesque, alors que du point de vue de la représentation, il contient très peu d'images horrifiques.
- Speaker #2
Je pense que Mulholland Drive et plus globalement la majorité de la filmo de Lynch, ça nous paraît horrifique parce que ça déclenche chez nous des mécanismes physiques hyper déstabilisants. Ça a été étudié et décortiqué plus d'une fois d'ailleurs, mais son cinéma joue clairement sur la mécanique scientifique de l'inconscient. avec la répétition de certains motifs très spécifiques. J'aime bien citer par exemple les scènes d'intrusion à domicile de Lost Highway, filmées en vue à la première personne, qui sont clairement des images d'inconscient flottant. Puis on sait que le rêve, c'est la matérialisation des envies ou des peurs enfouies. Et je trouve que Lynch alterne super habilement entre ces deux extrêmes. Pour reciter Lost Highway, on retrouvait déjà énormément cet entre-deux, avec des scènes de pur fantasme érotique. qui basculait ensuite dans une horreur totale. Jusqu'à ce fameux final qui est un retour à la réalité pour le coup d'une violence assez dingue. Dans Mulholland Drive, on a ce côté très candide avec le personnage de Diane qui aspire à devenir une star de cinéma dans ces décors américains toujours magnifiés. Mais on se rend compte, notamment avec le passage au Club Silencio, qu'elle s'est en réalité inventé une persona. sous le nom de Betty, afin d'incarner ses rêves. Et du coup, la grande majorité du film n'est qu'une projection illusoire que Diane fantasmait, en réinterprétant au passage des épisodes de sa vraie vie, qui l'ont très probablement traumatisé. En fait, ce qui est brillant chez Lynch, c'est qu'il arrive à rendre justement la normalité normale. Je pense à cette séquence de casting lunaire, cette longue scène de tromperie et de jalousie, ou encore ses grands-parents fantomatiques qui pop de manière hyper aléatoire. En gros, ce qui se passe à l'écran nous échappe, mais pas de manière suffisamment prononcée ou brutale, pour qu'on décide de le fuir. Lynch dose tellement parfaitement le malaise dans sa narration qu'on a, ouais, cette sensation de prise d'otage, d'encaisser sans trop savoir quoi faire, un peu à l'instar d'une paralysie du sommeil. C'est marrant parce que j'ai moi-même un rapport très abstrait et flou à mon souvenir de Mulan Drive. Il faut savoir que j'ai vu le film qu'une seule fois et à l'instar d'un rêve, j'en garde une sorte de mosaïque d'images. Des images pour pas vraiment de lire entre elles, mais qui ont imprégné mon cerveau comme une réminiscence qui est, chez moi en tout cas, associée à une émotion très forte. Il y a cette volonté chez Lynch de construire un gigantesque puzzle labyrinthique. dont l'interprétation serait propre au vécu de chaque spectateur. Mais vu que la majorité des visuels sont très perturbants et irrationnels, ça atteint de ce puzzle d'une étrangeté qu'on est obligé de subir et du coup ça reboucle avec ce fameux aspect cauchemardesque du visionnage.
- Speaker #0
C'est vrai qu'une situation est d'autant plus cauchemardesque lorsqu'elle est banale parce que justement on pourrait la vivre. On a donc peur par projection. Alors qu'un univers stylisé effrayant appartient de toute façon à une forme d'imaginaire que nous pouvons plus aisément quitter quand cela nous chante. Et ce malaise entre l'image et le propos, c'est le credo de la série Black Mirror, réalisée en partie par Charlie Brooker. La série s'ouvre avec l'épisode L'hymne national, dans lequel on assiste à la décision du premier ministre anglais qui doit choisir entre la mort d'une jeune duchesse ou avoir des rapports sexuels filmés avec un porc. Ce premier épisode avait été inspiré par la télé-réalité britannique I'm a Celebrity, Get Me Out of Here. Ah ! Et notamment un épisode où un candidat se force à manger des choses immondes en pleurant. Charlie Brooker, en regardant cette télé-réalité, avait eu donc l'idée d'une série qui répondrait à ce malaise. Le cauchemar, sous couvert de banalités.
- Speaker #1
D'ailleurs, quand Charlie Brooker présente la série en 2011, il explique que Black Mirror, miroir noir, c'est tout simplement celui qu'on a sous les yeux, quand nos écrans sont éteints. La surface noire d'un poste de télévision, par exemple. Ça, c'est pour les plus seniors d'entre nous. Ou d'un smartphone. Ça, c'est pour tous les autres. Autrement dit, avant même d'être une série sur un futur inquiétant, Black Mirror part d'un objet extrêmement banal. Un objet qu'on tient littéralement dans les mains. La série ne construit pas forcément un monde qui nous crie « Science-fiction ! » Désolée de l'interprétation. Et d'ailleurs, l'équipe à la direction artistique avait expliqué à plusieurs reprises à l'époque qu'il cherchait justement à éviter les grands clichés visuels du genre. Le projet, c'était plutôt de fabriquer des mondes situés dans un entre-deux. On y revient. Des lieux que l'on reconnaît, mais que l'on n'a encore jamais tout à fait vus. En gros, Black Mirror ne nous demande pas toujours de croire à quelque chose d'impossible. Justement, elle nous demande plutôt de reconnaître quelque chose de possible.
- Speaker #0
Ok mon club, j'ai mis sur pause un épisode que j'étais en train de regarder de Black Mirror. C'est le premier épisode de la saison 3. Ça fait super longtemps que je n'étais pas retournée sur cette série. Et je me suis dit qu'il faut absolument que je t'envoie un message vocal parce que pour le coup ça m'a un peu marquée. En gros c'est l'histoire d'une femme qu'on suit qui s'appelle Lacey dans un monde où en fait tout fonctionne avec une forme de notation d'étoiles. Et en fonction de cette notation, t'accèdes plus ou moins à une forme de richesse parce que du coup, tu es bien vu dans la société. Et il y a toute une sorte de transaction en fonction des actions que tu vas faire et de à quel point les autres te voient faire ces actions. Ils peuvent te noter en permanence, ce qui fait qu'il y a une omniprésence des réseaux sociaux, une omniprésence de la notation. Et que cette notation prévaut en fait sur plein de choses beaucoup plus matérielles ou humaines. Ça va vraiment complètement te situer socialement. Et tu vois la déchéance d'une femme, petit à petit, qui, à force d'accorder beaucoup d'importance sur cette notation, parce que c'est aussi juste comment fonctionne la société, va finir par faire de petites actions un peu plus négatives. Et à force, les gens vont mal la noter. Comme les gens vont mal la noter, elle va descendre dans l'estime des gens, parce qu'ils ont accès quasiment tout le temps à cette notation. Et plus elle descend dans l'estime des gens, plus elle la note mal, et un peu un cercle vicieux. Elle finit dans un camion avec quelqu'un. Bon, spoiler alert, j'aurais dû le dire avant. Mais non, il m'a marquée parce qu'en fait, ce qui est assez intéressant, c'est que du coup, l'image est ultra léchée, très douce, presque de manière écœurante. Il me semble d'ailleurs que le directeur de la photographie, Simus McGarvey, je suis allée un peu chercher à côté, disait justement qu'il cherchait exactement ça, une sorte de douceur écœurante et un propos vraiment horrible. Donc non, en fait, ça rentrait exactement bien dans ce qu'on se disait d'une forme de banalité, mais un peu par projection. Je crois qu'en plus, à l'époque où il avait été fait cet épisode, il avait été vachement relayé, parce qu'il y avait des mécanismes similaires qui existaient en Chine. Enfin voilà, des choses qui peuvent vraiment exister et qui sont ultra cauchemardesques. Et donc, je me suis un peu demandé, en fait, est-ce qu'il ne serait pas... en train de créer une nouvelle forme de cauchemar, quoi. Est-ce qu'il n'y aurait plus besoin d'aller chercher des démons, des monstres ou des mondes fantastiques ? Et que maintenant, il faut juste en fait regarder le futur et ce qui existe déjà dans le présent et qui pourrait encore plus exister dans le futur pour parler du cauchemar, quoi.
- Speaker #1
Alors, en écoutant le vocal de Luce, j'ai envie de lui répondre « pas vraiment » . Bon, en vrai, je vais détailler. Imaginer le pire à partir du présent, c'est le principe même de la dystopie. 1984, le meilleur des mondes, etc., etc., beaucoup. beaucoup, beaucoup d'œuvres n'ont évidemment pas attendu Charlie Brooker pour prendre les inquiétudes de leur époque et les pousser jusqu'à leurs conséquences les plus sombres. Et Black Mirror ne cache d'ailleurs pas sa propre généalogie. Brooker cite depuis les débuts de la série The Twilight Zone de Rod Sterling comme l'un de ses plus grands modèles. Et attention, on ne parle pas du triangle amoureux Edouard, Jacob et Bella sur fond de problématiques de vampires, mais bien de la série des années 60. Ceci dit... Black Mirror opère tout de même un déplacement significatif par rapport à The Twilight Zone. Prenons un exemple. Dans un des épisodes de The Twilight Zone, une jeune femme attend son bus lorsqu'elle commence à apercevoir son propre double. Même visage, même vêtement, même valise. Et la bonne nouvelle, c'est que la série n'a pas vraiment eu besoin de nous expliquer comment cette deuxième version d'elle-même pouvait exister. Et d'ailleurs, on finit l'épisode sans un semblant d'explication à se mettre sous la dent. L'impossible fait tout simplement partie du cauchemar. On rentre chez soi, on a regardé ça, fini. Charlie Brooker cite justement cet épisode pour expliquer la différence avec Black Mirror. Il nous explique que chez lui, cette même histoire aurait besoin d'un mécanisme. Il faudrait que cette femme soit un clone ou qu'elle se trouve dans une réalité virtuelle. Bref, le résultat pourrait être tout aussi impossible à nos yeux, mais la fiction nous fournirait alors une technologie capable de la rendre plausible. Finalement, la mécanique de Black Mirror consiste donc à utiliser la technologie là où The Twilight Zone utilisait autrefois le surnaturel. Et il suffit que cette technologie paraisse suffisamment ancrée dans notre monde et qu'elle fonctionne à peu près comme nous imaginons qu'elle pourrait fonctionner.
- Speaker #0
Faites de beaux cauchemars.
- Speaker #1
Vous venez d'écouter L'image du cauchemar doit-elle être aussi horrible que lui ? Un épisode du cycle Les Cauchemars du podcast Flop. Si cet épisode vous a plu,
- Speaker #0
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