- Speaker #0
Bienvenue dans Fondation, le podcast qui démystifie l'architecture et propose d'autres regards sur ce métier, sur celles et ceux qui le pratiquent et sur la manière dont nos espaces influencent nos vies. Aujourd'hui, j'ouvre un nouveau format, un espace de discussion à plusieurs voix, un véritable laboratoire de réflexion où l'on vient questionner, secouer, mais aussi réinventer notre pratique d'architecte. Parce qu'entre la profession que l'on imagine, celle qu'on nous enseigne et celle qu'on vit, Il existe souvent des écarts, et ces écarts, nous allons les regarder ensemble, pour comprendre ce qui coince, mettre des mots sur nos réalités, et surtout, chercher des pistes pour faire évoluer notre manière de travailler. Pour inaugurer ce format, j'ai la joie d'accueillir Virginie Fabreau et Alexandra Saunier-Kelleter. Deux femmes, deux parcours similaires et pourtant bien différents, deux visions lucides et sensibles. On s'est rencontrés toutes les trois parce qu'on partage une réflexion commune. Comment trouver du sens dans notre pratique ? Mes invités vivent chacune un moment de transition. Changement d'entreprise, création de structure, prise de distance, retour au sens. Un parcours avec des doutes et des passages difficiles parfois. Cet épisode, il s'adresse autant aux architectes qu'à toutes celles et ceux qui se demandent comment ce métier fonctionne et comment il pourrait fonctionner autrement. Alors installe-toi et je t'invite à rejoindre notre conversation. Bonjour Virginie, bonjour Alexandra.
- Speaker #1
Bonjour Solène.
- Speaker #0
Bonjour. Je suis ravie de vous avoir aujourd'hui chez moi où on discute autour de la table dans ma cuisine, littéralement autour d'un café. Donc si jamais dans vos oreilles vous nous entendez teinter légèrement, c'est parce qu'on se permet de boire un petit schluck entre deux discussions. Donc on se voit aujourd'hui parce qu'on s'est rencontré en fait à l'initiative de Virginie d'abord qui m'a contactée sur LinkedIn parce que mes postes lui parlaient. Et de fil en aiguille, Virginie m'a fait me mettre en contact avec Alexandra. Et donc, on se retrouvait l'une ou l'autre fois autour d'un bon repas pour échanger sur nos métiers, la question du sens dans notre travail et comment on pourrait faire le métier différemment. Donc, c'est pour ça que je me suis dit, mais quelle bonne idée de mettre ça sous forme de podcast. Parce que si on est trois déjà à se poser des questions, c'est qu'il y a bien plus de monde que ça touche. Donc, l'idée aujourd'hui, c'est justement de pouvoir brainstormer toutes les trois, voir nos parcours respectifs, notamment les vôtres. Parce que maintenant, tout le monde connaît le mien grâce au podcast, donc on va plutôt s'intéresser à vous. Mais l'idée, c'est vraiment de voir, en fait, à travers vos parcours, comment est-ce que le métier s'est façonné pour vous et qu'est-ce qu'on pourrait mettre en place, quelles idées on pourrait emmener peut-être à l'ordre ou autre pour faire bouger les lignes. Donc, ce que je vous propose, c'est brièvement de vous présenter pour expliquer à nos auditeurs qui vous êtes, laquelle de vous souhaite commencer.
- Speaker #2
Je vais commencer, Alexandra Kelter, architecte depuis plus de 20 ans ici au Luxembourg, sur le territoire du Luxembourg mais également en Belgique. J'ai fait mes études à Liège. J'ai travaillé principalement dans des bureaux ici au Luxembourg, dans le domaine de l'habitat, de grandes envergures à des petites envergures. transformation, maison individuelle, mais avec toujours cette approche d'écologie, parce que j'avais fait une spécialisation en développement durable à Liège, Saint-Luc, tout au début de ce cursus qui était extraordinaire, qui m'a vraiment ouvert les yeux sur beaucoup de domaines. Ensuite, l'humain reste très très important dans mon approche. J'ai touché aux différents outils qui sont le Feng Shui, l'habitatérapie et la neuroarchitecture que je trouve extrêmement intéressants dans l'ouverture de notre métier. Et je te remercie d'ailleurs de nous inviter parce que tu as été une rencontre à un moment donné dans mon parcours de questionnement. Et savoir qu'il y a d'autres personnes qui se posent des questions sur notre métier est très riche. Voilà, je pense, dans un premier temps, c'est ce que je dis, et puis on va voir à la suite.
- Speaker #0
Parfait, je te remercie Alexandra. Et toi Virginie ?
- Speaker #1
Donc, moi c'est Virginie Fabreau. Je commencerai déjà, je pense, par mon début de parcours de vie, parce que c'est en grande partie ce qui a façonné, je pense, la suite. J'étais un enfant et une adolescente qui a grandi principalement en Afrique et au Moyen-Orient. Dès le plus jeune âge, j'ai été confrontée à diverses cultures. Et cette vue, justement, plutôt avec une approche plus humaniste vis-à-vis de la vie et des questions qui sont venues assez rapidement par rapport à notre manière de vivre dans ce monde, cohabiter avec l'environnement, ainsi de suite. Je suis arrivée en Belgique à 17 ans pour faire mes études, donc à Louvain-la-Neuve, j'ai fait mes études d'ingénieur civil architecte. Ensuite, j'ai suivi mon chéri ici dans la région. où j'ai travaillé maintenant presque une vingtaine d'années dans divers bureaux à Luxembourg, des bureaux d'architecture, des bureaux d'ingénieurs conseils. Donc avec cette volonté à chaque fois de voir le métier avec un différent angle, à des échelles aussi différentes, ce qui m'a amenée en 2016 à m'inscrire au master à Belleval en géographie et aménagement du territoire pour justement dézoomer. Voir notre métier avec une perspective plutôt macro, pour pouvoir justement après aborder la construction d'une autre manière, en faisant les liens avec les autres éléments dans la société et dans notre territoire. Cette volonté-là venait vraiment d'un questionnement continu depuis mon enfance sur pourquoi on habite dans ce monde. De cette manière-là, aujourd'hui, pourquoi est-ce qu'on consomme de cette manière-là ? Pourquoi est-ce qu'on produit de cette manière-là ? Et je dirais qu'en parallèle, le fait de devenir à un moment donné maman, aussi apporte des questionnements sur notre manière de vivre, d'habiter, d'occuper les lieux, de s'alimenter, de s'habiller, d'où viennent les produits. Tout est lié, donc voilà, mon parcours. Je suis simplement une citoyenne du monde qui se pose beaucoup de questions, comme Solène. Et c'est pour ça que... Et je ne me présente pas, mais je voulais juste vous dire. Et donc, du coup, merci de m'inviter aujourd'hui parce que je pense que c'est vraiment ça. C'est cette question de sens qu'on se pose toutes les trois ici, dans notre métier, mais même en dehors, en fait. Parce que le métier fait partie d'un des éléments de notre vie, mais pas que.
- Speaker #0
Exactement. Oui, c'est vrai qu'on ne se définit pas exclusivement par son travail. On est bien d'autres choses. Ne l'oublions pas, même si dans notre culture, dans notre société, on a tendance à se définir beaucoup par son métier. Justement, tu parlais du sens. À quel moment dans votre carrière vous avez eu peut-être cette grattation, j'imagine que ce n'est pas venu du jour au lendemain, mais à quel moment vous avez pris conscience, ok, en fait, j'ai une perte de sens, ou au contraire, il y a des choses où je me pose des questions. À quel moment vous avez réussi, justement, si vous arrivez à trouver un moment clé dans votre parcours, cette illumination de se dire, ok, il y a un truc. Il y a un truc qui me dérange, il y a un truc qui me pose question. Est-ce que vous arriveriez à me trouver un exemple ?
- Speaker #2
C'est vrai que j'ai beaucoup aimé l'explication de Virginie, parce qu'elle a expliqué aussi son enfance. Donc on a un petit lien aussi avec l'Afrique et cette envie d'être reliée à l'humain mais à la nature. Le fait aussi d'être maman... Là, c'est là qu'on sent vraiment la différence aussi entre notre métier et qui on est. On se pose beaucoup de questions. On se pose aussi de qu'est-ce qu'on va laisser comme monde à ces futurs adultes de demain. Et le sens, moi j'ai eu dernièrement un gros déclic de par différentes rencontres d'architectes qui pensent différemment d'abord. Et puis ensuite est arrivé des problématiques de santé et un épuisement qui m'a amenée vraiment au pied du mur à me redéfinir. Redéfinir ce que j'aime, qui je suis, donc faire des exercices aussi d'écriture en réécrivant un peu tout ce qu'on a vécu, tout ce qui nous définit. que nous sommes parce que dans la vie, c'est comme un puzzle. On est des tas de parties. Par exemple, quand je côtoie des personnes et qu'elles me disent « j'ai mal à la tête » , j'ai toujours cette envie de dire « tiens, essaye un petit peu l'huile essentielle de menthe » ou « si tu as du stress, prends une fleur de bac » . la santé. La santé a toujours été importante pour moi et ma formation en neurosciences a répondu quand même à beaucoup de mes questionnements. Les neurosciences expliquent que notre environnement bâti et non bâti a un impact conscient et inconscient sur nous, notre façon de gérer nos émotions. et nos réactions physiques. Et donc, pour revenir à ta question de sens, effectivement, c'est hyper important de retrouver du sens. Et je suis en recherche. Et les rencontres, cette ouverture d'esprit hyper riche.
- Speaker #0
Et c'est un processus, comme tu dis.
- Speaker #2
C'est un processus, voilà, oui.
- Speaker #0
Et toi Virginie, est-ce qu'il y a un moment clé qui te vient en tête ?
- Speaker #1
Oui. J'ai commencé à travailler en 2006 et je dirais que déjà après deux ans, donc 2008, j'ai assez rapidement observé un décalage, une fois que j'avais terminé mes années de stage, entre ce que j'imaginais être le métier d'architecte et la réalité du terrain, donc des contraintes auxquelles on faisait face et ce qui façonnait en fait notre conception et notre manière de construire. Je ne sais pas si c'était de l'hasard ou pas, mais je suis tombée sur un livre, justement en 2008, sur les villes en transition, les mouvements slow food, slow fashion, ainsi de suite. Et en le lisant, j'ai fait le parallélisme avec notre manière justement de construire et de concevoir. Et je dirais que depuis ce moment-là, dans mon métier, c'était... Un processus continue d'arriver à continuer à pratiquer le métier, sans m'épuiser, sans être désenchantée, mais tout en essayant d'apporter quand même une touche plus sensible par rapport au vivant de manière continue, ce qui est vraiment un défi. Car j'ai rencontré peu de personnes autour de la table qui voulaient vraiment parler de ça une fois qu'on parle de projet. J'ai la chance de vous avoir rencontré, vous, et d'autres personnes qui sont plutôt des personnes où un lien d'amitié s'est créé. Mais dans le travail, les contraintes qui sont façonnées par notre société de consommation, en fait, permettent peu ces discussions-là. Ce sont plutôt des discussions qui viennent en dehors. Peut-être lié à l'architecture, mais comme Alexandra vient de dire, en faisant le lien avec des problèmes de santé, avec la volonté, par exemple, lors d'une rénovation d'une maison, une amie va me dire, « Tiens, je suis en train de rénover, quels matériaux seront moins nocifs ? » Je vais avoir un enfant, je n'ai pas envie de peindre la chambre avec une peinture qui va émettre des particules qui ne sont pas bonnes pour la santé. Donc c'est vraiment à travers, je dirais plutôt, des liens. Des discussions qui sont liées à des liens affectifs, que j'arrive à apporter cela. Mais par contre, dans la vie de tous les jours, c'est beaucoup plus compliqué dans mon quotidien.
- Speaker #0
Je trouve ça très intéressant ce que tu dis, et notamment le décalage qu'on a entre les études et la vie professionnelle. Je ne sais pas si toi aussi, Alexandra, tu as ressenti ça, mais c'est quelque chose que je remarque avec plusieurs personnes que j'ai eues au micro. Les discussions que j'ai avec d'autres confrères et consœurs, il y a cette espèce de décalage entre les études qui sont, pour ma part, moi j'ai trouvé passionnante. Et alors même si le métier est passionnant, ce n'est pas ce que je suis en train de dire, mais c'est vrai, il y a cette liberté d'expression pendant les études. Et on nous tend à faire ça parce que justement, c'est le seul moment de notre carrière en effet où on pourra le faire. Et la réalité du métier qui est concrètement toujours plus vite, toujours moins cher. Et d'ailleurs, on voit souvent cet exemple des trois cercles vite. pas cher, vite le budget et le temps. Et on voit bien qu'en fait, on ne peut pas correspondre aux trois. Sinon, on arrive à un point où le projet ne sera pas qualitatif, tout simplement. Donc, ce que j'entends dans vos deux discours aussi, c'est vraiment une vision plus globale, un peu ce que tu disais au démarrage, Virginie, mais les expériences, la santé, tous ces éléments-là se mettent en place. Donc, est-ce qu'à de vos points de vue, il y a... Dans les projets actuels, justement, peut-être un manque de considération pour ces points-là de manière générale ? Ou est-ce que c'est l'architecte qui ne sait pas s'exprimer correctement sur le sujet ?
- Speaker #2
Moi, j'aurais envie de dire qu'on a oublié, enfin tout le monde, les architectes et peut-être les clients potentiels, les usagers. Pardon. Le rôle de l'architecture, on est quand même... fondamentalement entre le besoin essentiel de respirer, de manger, de bouger, on vient très vite après qui est de se protéger fondamentalement depuis l'histoire de l'humanité. Donc être protégé, c'est être aussi se sentir en sécurité dans son bâti et être régénéré. Peut-être que... avec cette société de consommation, de rapidité, de valeur, d'argent, on oublie l'essence même du rôle de l'architecte. Enfin, j'ai à un moment donné eu cette information que Vitruve, qui date d'avant Jésus-Christ, architecte, donnait des cours de médecine parce qu'il avait une vision holistique. C'est une de mes réflexions que je partage avec vous. J'ai cette impression qu'on oublie le rôle de base et ce lien entre l'homme, son besoin profond de protection et de bien-être, de peut-être se ressourcer chez soi, et le vivant, la nature, ce respect, cette trilogie vertueuse. Très intéressant comme réflexion, oui.
- Speaker #1
Je vais rebondir là-dessus. C'est vrai que cette partie de réflexion est peu présente dans une mission type actuellement, ou en tout cas, on l'aborde peu ou pas dans les projets. Maintenant, ça dépend aussi si on parle d'un projet pour un particulier, si on parle d'un projet qui est construit par une organisation ou une entreprise pour être occupé par... des personnes qu'on ne connaît pas encore, et ainsi de suite. Je dirais qu'en fonction du client qu'on a face à nous, et le rôle que lui joue dans cette construction est déterminant aussi, parce que si c'est simplement un client qui est là pour construire, pour revendre, les questions ont peu de place parce que ce n'est pas sa priorité, et ainsi de suite. Et je dis ça sans jugement, c'est son métier à lui. ou elle, qui est fait qu'il n'y a pas de place, en fait, pour ces questions-là. Lorsqu'on parle pour un privé, actuellement, je ne dis pas que ça doit être comme ça. Je me réagis parce qu'il y a Alexandra qui fait non, Et je comprends tout à fait. Mais je me mets à la place, en fait, de cette personne-là et je peux m'imaginer que dans son quotidien, soit la personne n'a pas la manœuvre qui permet d'intégrer ça dans le projet, c'est possible aussi. ou ainsi de suite, il y a sûrement des raisons.
- Speaker #2
C'est vrai que tu sais très bien de le signaler.
- Speaker #1
Oui, voilà, je pense que ce sont des questions, et je reviens à ce que j'avais dit avant, qui sont plus faciles à aborder lorsque c'est la personne en face de nous et la personne qui va occuper l'espace et qui a cette volonté l'usager de... Elle fait le lien tout de suite. Elle voit l'espace, elle va l'habiter, donc la question se pose. Pour d'autres contextes, et je ne parle même pas que de l'habitat, il y a les bureaux, les écoles...
- Speaker #2
Les usagers. Voilà,
- Speaker #1
au sens large, sont rarement ceux qui sont là autour de la table lors de la conception.
- Speaker #2
Et peut-être justement, là, ce serait bien de retrouver ce lien parce qu'usagers, il y en a toujours.
- Speaker #0
Oui, on construit des bâtiments pour des usagers. Ce n'est pas forcément eux qu'on a en face de nous lors du projet. Mais en effet, le but même d'avoir un bâtiment, c'est au profit des usagers.
- Speaker #1
Or, eux, ils seraient potentiellement justement déjà en train de se poser ces questions-là. Si on leur posait la question, on pourrait avoir un dialogue.
- Speaker #2
Et ce serait tellement riche aussi de pouvoir les faire participer aussi au projet. Le côté reliance, appartenance, ne peut être que positif dans tout le processus de conception. J'ai déjà entendu expérimenter aussi des projets d'école, où on fait appel aux institutrices, etc. Des fois, c'est très mal géré parce que tout le monde y met un peu sa petite expérience, son envie. Mais au fond de moi, je pense que ça peut être très, très riche de pouvoir écouter chaque partenaire. On est dans un monde d'humains et de liens. Le lien pourrait être justement recréé aussi par l'architecte. Selon moi, on a des super beaux rôles, vraiment, de liens, de rechanger peut-être certains codes, vu qu'on est là aussi autour de la table aujourd'hui, repenser le métier. On est dans une période de grands changements et moi, j'ai envie de dire, on a un super beau rôle à jouer dans le changement.
- Speaker #0
Je trouve ça très intéressant comme réflexion parce que... J'avais interrogé le atelier NAH, une des premières interviews que j'ai faites. Et justement, eux, leur cœur de projet, c'était de mettre l'usager. Donc, ils se définissaient comme assistants à maîtrise d'usage. Et justement, pendant la réflexion, ils m'expliquaient les difficultés quand même de mettre ça en place. Parce qu'en effet, ce n'est pas du tout habituel maintenant de mettre ça comme ça. L'importance, comme tu dis Alexandra, de pouvoir avoir ces discussions, d'apprendre à les gérer, mettre en place des choses ludiques pour que les personnes, justement, puissent s'exprimer. Parce qu'en effet, les bâtiments, quand c'est du particulier, comme tu le dis Véronique, c'est un peu plus facile parce que la personne est directement impliquée parce qu'elle est celle qui va l'utiliser. Mais en soi, même un promoteur, il devrait être au service potentiellement des futurs habitants, même s'il ne les connaît pas encore. Et je suis d'accord avec toi, il ne se pose pas ces questions-là. Est-ce qu'on pourrait y remettre ? en question justement, pourquoi ne vous posez-vous pas ces questions-là et qu'est-ce qui quelle plus-value vous pourriez aussi avoir à proposer des habitats qui prennent en compte ces considérations en amont bien sûr je vous rejoins tout à fait,
- Speaker #1
c'est pour ça que j'avais relevé ce questionnement-là et j'irais même au-delà du fait qu'ils devraient se poser ces questions c'est très personnel en fait Parce que ça veut dire qu'on doit être capable de se mettre dans la peau des futurs usagers. Donc ça demande une certaine conscience et maturité aussi de la part de la personne. C'est-à-dire que ce n'est pas se lever le matin pour aller faire un travail et se dire à la fin de la journée, ok, je livre quelque chose qui rentre dans le budget, dans les délais et ainsi de suite. C'est vraiment apporter encore cette touche humaine et se lier à des futurs usagers qu'on ne connaît pas. Et se mettre à leur place et se dire en fait, je ne fais pas ça juste pour moi, pour livrer le livrable qui est demandé par l'organisation, l'entreprise par laquelle je travaille. Mais c'est se dire, je fais partie d'un écosystème et donc j'ai cette responsabilité aussi de livrer quelque chose qui fait du bien pour les futurs usagers. Mais au vivant, au sens large, en fait. C'est pour ça que je parle de l'environnement et ainsi de suite. C'est pour le tout.
- Speaker #2
C'est une sorte de prise de conscience des actes qui sont donnés. C'est vrai que la neuroarchitecture parle de persona.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #2
De créer son... En tout cas, de comprendre les usagers qui ils sont. Est-ce que ce sont des jeunes ? Des personnes d'un certain âge ? De quel milieu culturel ? Et c'est vrai que le... L'analyse va très très loin et c'est un investissement autre, mais qui est hyper riche et hyper humain. Et peut-être qu'on pourrait même aborder le sujet de nouveaux métiers, comme tu dis. Ça peut être des nouveaux métiers, de recréer des réunions, de collecter toutes ces informations, à l'heure actuelle où tout le monde a peur quand même de cette IA qui va remplacer les... Des métiers, il peut justement en parallèle y avoir des nouveaux métiers qui se créent avec le changement futur ?
- Speaker #1
Oui, qui sont des métiers qui ont besoin de cette touche humaine que nous avons, que l'IA n'a pas encore. Donc justement de l'empathie, de la conscience. Je pense que tant que l'IA ne l'a pas, on aura encore du travail. Et je dirais que oui, le métier de l'architecte, il est très holistique et en même temps, il peut être très divers. Parce qu'un architecte, justement, tu parles de neuroarchitecture, neurosciences, justement, l'architecte, il y a des moments où il porte la casquette comme d'un psychologue,
- Speaker #2
mais on n'est pas forcément formé pour. Avec quelques cours de psychologie à l'école. Oui.
- Speaker #1
Mais je pense que, voilà, c'est un métier où on nous demande d'avoir beaucoup de compétences diverses. Et pour les comprendre tous, c'est très complexe. D'où le fait, je pense qu'aujourd'hui, un architecte a tout intérêt de s'entourer d'autres experts et de travailler vraiment en équipe pluridisciplinaire pour pouvoir apporter toutes ces questions qui sont très diverses et qu'on ne peut pas répondre à tout. Aujourd'hui, on parle de plus en plus du fait qu'un bâtiment doit être énergétiquement efficace. Est-ce qu'on doit faire attention à l'ensoleillement, à la qualité de l'air, à la durabilité des matériaux, au contexte dans lequel le projet s'inscrit, comment justement il cohabite avec la biodiversité autour, et ainsi de suite. Je viens juste de citer certains éléments, mais un architecte ne peut pas avoir les compétences de tous ces métiers-là qui sont des expertises. Et donc, je pense que dans l'évolution du métier... C'est important qu'on puisse travailler dans notre quotidien avec les autres experts, de manière beaucoup plus fluide. Cela demande du temps aussi, donc ça voudrait dire, oui, probablement revoir notre manière de travailler, revoir les délais, et davantage passer plus de temps au début du projet pour vraiment définir les besoins des usagers, du vivant, et ainsi de suite. avant de plonger tout de suite tête première, premier esquisse, il me la faut pour la semaine prochaine, avec ce budget-là, et le bâtiment doit être terminé dans un an.
- Speaker #0
Oui, c'est ça, c'est presque un APD tout de suite.
- Speaker #1
Voilà, mais donc du coup, la question du besoin n'a pas sa place. Donc là, je rejoins ce qu'Alexandra disait tout à l'heure, c'est de redonner de la place pour tout cela. Pour justement, dans 5 ans, 10 ans, ne pas venir avec des questions de... Ah mais oui, mais j'habite ce lieu, mais je ne me sens pas bien. J'habite ce lieu, mais voilà, je suis malade. Pour quelle raison ? Il n'y a pas que le lieu, c'est l'entièreté de la société qui est malade aujourd'hui, dans un contexte qui apporte des maladies, je suis d'accord. Mais revoir les choses à l'envers, peut-être que dans nos missions d'architectes, remettre même ce qu'il faut pour qu'on puisse travailler davantage au début d'un projet. Et à la fin, dans 25 ans, du coup, dans l'utilisation du bâtiment, probablement que ce sera beaucoup plus efficace, probablement beaucoup plus économique, et ainsi de suite. Apprendre, en fait, à voir à long terme, en prenant le temps maintenant. Oui,
- Speaker #0
oui. C'est vrai que chaque personne, de manière générale, a un affect particulier pour tel ou tel sujet. Et en effet, l'architecte, il a des connaissances sur tous les sujets. On n'est pas expert dans tout, on est des généralistes. Et c'est vrai que de manière générale, on s'entoure, on est dans une équipe de maîtrise d'œuvres. Et ce serait, je pense, super intéressant de voir cette équipe, en effet, s'étoffer davantage, avoir plein de petites bulles autour et potentiellement des personnes qui se spécialisent dans ce côté plus humain, interaction, ludique aussi peut-être, de discussion autour de la table avec les différentes personnes, comme vous suggérez. Mais comme tu dis, Yagini, la question du temps, on est toujours pressé, les gens veulent des projets pour hier. Moi, j'avais encore une amie qui avait fait un projet de maison et qui me disait, oh là là, c'est long. Mais tu te rends compte que ton archi, elle t'a fait un projet en deux mois. Enfin, tu ne réalises pas le temps que ça procède.
- Speaker #2
C'est un processus de maturation. Même normalement, les clients devraient aussi considérer ça comme un accouchement. Parce qu'eux-mêmes, quand tu leur poses des questions, nous, en tant qu'architectes, des fois, on va vraiment dans leur intimité. Et puis, ils nous répondent très vite, mais des fois, eux-mêmes sont en train de comprendre certaines choses. Et c'est vraiment une maturation. Et peut-être qu'on peut réapprendre aussi à nos clients à prendre le temps. Et le temps, ma foi, il pourrait peut-être être gagné après grâce à cette fameuse IA qui, elle, va être une très bonne exécutante, très rapide, mais avec toute une recherche anticipée et très humaine de nous, humains et architectes.
- Speaker #0
Mais mine de rien, en prenant le temps aussi au démarrage de mieux comprendre les besoins et les enjeux des personnes, on passe moins de temps à faire des allers-retours avec des esquisses et autres, parce que le projet, il ne part pas sur des bases solides, comme tu disais avant, en fait. L'un dans l'autre, c'est un vase communiquant. Le temps qu'on prend au début, c'est pour aller plus vite par la suite, parce qu'une fois qu'on a un projet qui est stable, où toutes les personnes sont d'accord, en effet, le reste, ça découle avec ou sans IA. Il y a un processus qui sera beaucoup plus rodé et beaucoup plus rapide. C'est vrai que ça, c'est une très bonne perspective à réfléchir, je trouve, en termes de changement de posture, façon de travailler, qui est hyper pertinente là-dessus. Avant qu'on parte là-dessus, je voulais rebondir sur ce que vous avez dit avant. Moi, j'ai le souvenir, quand j'étais étudiante, d'un prof qui travaillait seul. Il était architecte, il faisait majoritairement des maisons. Mais il me racontait qu'il allait passer quelques heures chez les gens pour observer comment ils étaient. Et que quand ses clients lui demandaient, moi je voudrais ci, ça, ça, il était là. Vous n'en avez pas besoin. Et je trouvais ça incroyable qu'il ait le courage de dire aux gens, En fait, vous voulez un énorme salon, ça l'a mangé, vous n'y passez jamais de temps en fait. Par contre, vous passez votre vie dans une cuisine rikiki, et alors que vous passez beaucoup plus de temps là-bas, ça ferait plus de sens ceci, cela. Et moi, je sais que c'est quelque chose qui m'est toujours resté en tête, de me dire, oser dire non à ces clients, pas pour les bloquer dans le processus. L'idée, ce n'est pas de venir avec ma propre science et d'imposer mon choix. Et je ne pense pas du tout que c'était l'idée de cet enseignant-là non plus. Mais d'oser dire au client, je vous ai observé, je constate que potentiellement vous faites les choses différemment, est-ce que vous êtes ouvert à ce qu'on en discute ? Et voilà, d'oser travailler avec des personnes avec qui ça colle bien aussi, où on a un feeling qui fonctionne bien parce que justement on a vu, on a écouté les gens et je trouve que c'est une autre façon de faire de l'architecture qui est hyper pertinente à ce niveau-là.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Tu mets vraiment le doigt dessus. C'est oser dire ce que l'on pense aux clients. Il faut remettre aussi la situation, c'est que les clients font appel à nous en tant qu'experts. Et j'ai souvent rencontré la situation où on n'osait pas dire, on se dit bon, c'est lui qui nous paye, c'est lui qui veut, c'est lui qui décide. mais si on retourne la situation il fait quand même appel à nous En tant qu'experts, pour le conseiller, c'est à nous de lui redonner les cadres. Et moi aussi, j'aime beaucoup avoir les rendez-vous chez les gens, pour voir, percevoir comment ils vivent, ce qui est pertinent, quitte même aussi à faire des sortes d'exercices avec eux, de reconnexion même à eux-mêmes de ce dont ils ont réellement besoin. des fois on a On arrive ici souvent au Luxembourg où les clients nous demandent une annexe parce que le voisin de gauche, de droite, a fait une annexe. Et en fait, si on arrive à leur poser les bonnes questions, à recomprendre exactement comment ils vivent, l'annexe n'est peut-être pas nécessaire. C'est aussi une manière écologique, c'est une manière économique. Et là, l'architecte a tout son sens aussi. de guider le client et oser lui dire non. Le nombre de fois aussi, on a des programmes de clients qui veulent 3, 4 chambres, 2 salles de bain, la piscine, et puis ils nous donnent le budget. Et là, ça ne rentre pas. Et des fois, on n'ose pas trop le dire. Bon, ça, c'était un peu le manque d'expérience. Mais maintenant, j'oserais dire non. Ce n'est pas cohérent.
- Speaker #0
Et est-ce que vous en avez réellement besoin d'autant de chambres ? Il y a aussi la question, OK, vous voulez une chambre d'amis, oui, mais en fait, à l'année, vous l'utilisez combien ? Trois jours dans l'année ? Est-ce que ça vaut le coup d'avoir 9 à 15 mètres carrés qui dorment dans votre pièce ?
- Speaker #1
Il y a toute une étude aussi maintenant à faire avec les familles recomposées, voir un peu comment on peut retravailler. La vie change et les fonctionnements des couples, des gens changent. C'est vrai, comme tu dis, la cuisine, maintenant, on est dans une société où on vit plus dans la cuisine, on fait faire les devoirs aussi aux enfants dans la cuisine. Enfin, il y a des changements.
- Speaker #0
Et même dans les bureaux, il y a une fille que je suis sur LinkedIn qui montre justement l'évolution des bureaux et l'impact qu'il peut y avoir justement des anciens énormes open office où il y a vraiment du bruit partout. On en revient. C'est ça, recloisonner, donner de l'intimité aux gens, leur donner envie de venir au bureau et de ne pas faire exclusivement du full télétravail. Il y a beaucoup de choses à faire, même quand en effet les usagers, on les connaît un peu moins. Mais en tout cas, ce travail avec les entreprises, de pouvoir faire de l'audit, vérifier comment ça fonctionne et avoir des pistes de suggestions, je suis d'accord avec toi. Le client, certes, il paye, ça ne veut pas dire qu'il doit avoir tout. En fait, la fameuse remarque. qu'on se le dise une bonne fois pour toutes, le client est roi, c'est un erreur, un abus de langage, ça vient de l'anglais, return of investment, pardon pour mon accent pourri, mais ça ne veut pas du tout dire qu'on doit lui céder à tout, et nous en français, vu qu'on a dit roi, ça veut dire qu'il fait ce qu'il veut, non, non, non, je suis tout à fait d'accord avec toi Alexandra, il paye pour une expertise, osons la lui donner, osons peut-être aussi accepter qu'on a une expertise, je pense que ça c'est un vrai sujet qui va revenir régulièrement dans les épisodes, Ce syndrome de l'imposteur qu'on a potentiellement n'a pas osé assumer la palette de compétences. Alors probablement qu'on en a trop, qu'on a une vision, ce n'est pas le bon mot trop dans le sens, on a, comme tu disais tout à l'heure Virginie, on a une palette de compétences très élargie, mais comme on est expert dans moins de domaines, on a des bonnes compétences partout, mais on n'est peut-être pas expert dans chacun des domaines, il y a ce syndrome de l'imposteur peut-être qui réapparaît. Donc ça, c'est aussi une bonne question de comment se réapproprier notre connaissance et la mettre au service des clients et futurs usagers pour vraiment leur vendre notre expertise et assumer notre rôle d'expert.
- Speaker #2
Oui, il y a eu beaucoup qui a été dit. J'espère ne pas avoir oublié tout ce que je voulais ajouter en rebondissant. Là-dessus, je vais prendre déjà le premier élément qui me revient. On est expert, mais en tout cas pour ma part, je me vois plutôt en tant que conseiller avec mon point de vue à moi. Je pense qu'en effet, on peut dire aux clients ce que l'on pense. ce que l'on pense être la meilleure des solutions pour eux, mais nous ne sommes pas eux non plus. Donc c'est vraiment pour moi plutôt un dialogue entre nous et le client pour ajuster en fait sa demande, pour arriver à un projet qui paraît plus cohérent par rapport à ce que nous on pense, et par rapport à lui aussi. Pour moi ce n'est pas un nom aussi catégorique que ça, je vois ça vraiment un peu comme une danse à deux. C'est vraiment ça, c'est pour aboutir à un résultat. Donc ça, c'est plutôt par rapport à notre métier tel que moi je le perçois, plutôt comme conseillère. Mais comme je dis, ça c'est propre à mon point de vue, probablement propre à ma personnalité, mon profil et ainsi de suite. Du coup, je rebondis sur ce que tu disais par rapport au bureau qui avant était construit plutôt en open space, qui étaient vus comme étant quelque chose de... Un espace ouvert qui permettait justement aux gens d'échanger rapidement, donc du coup d'être plus efficaces dans leur travail pour que les choses avancent vite, mais il n'a pas du tout été pensé par rapport aux profils de personnalités qui sont plus introvertis, qui ont besoin plus de travailler dans le calme. Mais il convient par contre à une partie de la population. Il y a des gens qui justement sont stimulés par le fait d'être en open space et de pouvoir être rapidement en contact avec plein de personnes diverses, sans devoir sortir de son bureau, aller jusqu'au bout du couloir. Je pense que ce qui est important aujourd'hui, c'est de permettre au projet de rester flexible en fonction des besoins. C'est complexe aussi la flexibilité. Donc ça veut dire quoi dans un bureau de pouvoir cloisonner et décloisonner en fonction des besoins ? Ça amène de la flexibilité technique qui peut paraître peut-être plus coûteuse, mais qui à terme permet à un bâtiment d'être utilisé plus longtemps, sans avoir trop de travaux à faire dedans.
- Speaker #1
Avec des usagers, bien.
- Speaker #2
Tout à fait. Mais il faut garder ça, moi, flexible parce que les choses évoluent. Ce qu'on a fait il y a dix ans ne convient plus aujourd'hui. Ce qu'on va faire aujourd'hui peut-être ne conviendra pas dans dix ans. Donc quand on parle de besoins, ce n'est pas juste les besoins d'aujourd'hui, mais les besoins aussi à terme qui, pour moi, sont importants à ne pas perdre de vue pour permettre au bâtiment d'avoir une durabilité. Sans apporter trop de changements, du coup, on consomme moins aussi et ainsi de suite. C'est tout un cheminement. Mais je suis tout à fait d'accord avec toi. L'objectif, c'est le bien de l'usager, sachant qu'on est tous différents.
- Speaker #1
La complexité et la beauté de l'être humain. Et donc, même nous,
- Speaker #2
en tant qu'architectes, on a chacun de nous notre point de vue, mais qui n'est pas forcément le même que celui qui est à côté de nous. Et c'est pour ça que je parlais de danse, parce que je pense que chacun a quelque chose à apporter dans le dialogue. Que ce soit l'usager, je reviens aux experts. Je pense que ça serait intéressant un jour de faire un podcast avec différents experts autour de la table. On serait étonnés de voir que beaucoup de personnes posent ces questions, de vouloir justement apporter une nouvelle manière de faire son métier. Ça m'arrive. à rencontrer des personnes qui sont experts dans d'autres domaines, dans la construction, et qui me disent « Oui, moi aussi, j'aimerais bien faire des choses différemment. J'aimerais bien ne pas être simplement celui qui fait les labels, Bréham et ainsi de suite. J'aimerais bien être là avant, lors de la conception, et non pas en contact pendant des soumissions pour me demander quel matériau il faut mettre pour pouvoir cocher ce qu'il faut pour que le bâtiment soit labellisé après. » Peut-être que ça pourrait être une piste pour toi.
- Speaker #1
C'est bien fait.
- Speaker #2
Pour la suite, c'est d'inviter d'autres personnes et voir comment ça peut résonner pour justement créer cette communauté d'experts pluridisciplinaires. Je sais qu'Alexandra en a déjà parlé aussi avant et que c'est quelque chose qui te tient à cœur. Et je comprends tout à fait. Plus on est soudés et liés ensemble, en venant d'horizons différents, mieux ça fonctionnera.
- Speaker #1
On dirait que c'est ça un petit peu. Une des solutions, c'est se relier entre nous aussi, entre experts et personnes de la construction, ce lien, cette communauté qui pourrait être très bénéfique. Ne pas faire chacun son travail et puis le refiler à l'autre. on est dans un on est dans un Une société de communication, mais on ne communique plus, je trouve. D'où revenir aux besoins essentiels de l'être humain, c'est de recommuniquer, de se relier entre humains et des personnes comme toi, Solène, ont ce rôle-là, de relier, de reliance,
- Speaker #0
je trouve. Moi, je rêve que de ça, de faire des tables rondes où on refait le monde. Je crois que c'est mon but ultime.
- Speaker #1
Et qu'il y ait des résultats. Voilà.
- Speaker #0
Exactement. Comment vous voyez ça, justement ? Comment est-ce qu'on recrée du lien ? Parce que j'entends complètement ce que vous dites, et encore une fois, c'est quelque chose que j'entends très souvent, reconnecter les différents professionnels ensemble, la solitude du métier d'architecte, surtout que nous ne l'oublions pas, il y a 85% des agences qui sont des très petites agences, d'une personne maximum cinq, donc on voit bien que quand on est solopreneur, avoir ces échanges, ce n'est pas forcément facile. Donc comment est-ce que... Là, on a carte blanche, on imagine le monde comme on veut. Comment vous verriez ça pour recréer du lien et faire une communauté ?
- Speaker #2
Une communauté, ça se construit. Je dirais même qu'elle se co-construit en fonction des personnes qui sont autour de la table. Je dirais que tu es déjà en train de le faire. C'est un processus qui est déjà en cours. Même nous, dans notre quotidien, je pense aussi à force de rencontrer des personnes qui sont un peu dans cet même état d'esprit, la communauté, elle se crée. Mais non, qu'est-ce que serait la différence entre cette communauté-là et du networking réseautage ? C'est là probablement la nuance. Ça voudrait dire que cette communauté arrive à apporter dans des projets concrètement un résultat à la fin. Mais répondre comme ça maintenant, pour moi en tout cas, je trouve que c'est difficile parce que je n'ai pas des autres acteurs autour de la table pour pouvoir le co-construire. Et je me vois mal venir avec une solution imposée parce que ça serait de la théorie et que c'est dans la pratique que les choses se mettent en place. À partir du moment où il y a des gens qui sont motivés, je pense que le début, ce serait peut-être en effet d'identifier les personnes d'expertise différentes qui sont dans cet même état d'esprit de vouloir faire... apporter un changement positif pour le vivant et les mettre autour de la table. Je pense que ça c'est un début. Et puis après de construire cette communauté et de voir comment nos missions d'architectes peuvent évoluer aussi avec les autres experts autour de la table pour pouvoir davantage apporter à des projets plus durables à terme et ne plus travailler comme Alexandra a dit de cette manière. Chacun dans son coin et avec un peu de dialogue, mais c'est plutôt de co-créer ensemble. Donc ça demande de revoir vraiment notre manière de travailler dans le quotidien.
- Speaker #1
Moi j'aurais peut-être deux pistes. Solène est là, c'est déjà un très bon début pour faire le lien. Mais ce serait bien aussi que ceux qui pensent différemment se fasse connaître aussi, ne plus assumer sa différence, assumer ce changement et donc se faire connaître pour qu'on se retrouve. Je lance un appel à ça.
- Speaker #2
Je pense que ça fait le lien avec le poste de Solène ce matin, la demande au Père Noël. N'hésitez pas, n'hésitez pas à appuyer sur Solène. C'est ça,
- Speaker #1
connaître.
- Speaker #2
Faites-vous connaître. Je suis tout à fait d'accord avec toi de le faire déjà, d'oser. Ce qu'on ne connaît pas. C'est pas évident, mais oui.
- Speaker #1
Et le deuxième point, c'est les étudiants, les futurs architectes. Ça pourrait être aussi des personnes que l'on peut approcher pour leur dire, voilà, vous êtes la future génération. Nous, même si on a de l'expérience, et qu'on pourrait être considéré comme une ancienne génération, on pense justement différemment et on a envie de vous faire part de notre expérience, mais aussi de nos visions pour le futur et créer ensemble le demain. Donc c'est un des publics cibles, entre guillemets, qui est déjà une communauté, les communautés d'étudiants. On pourrait être touché par des conférences, savoir que... qu'il existe d'autres façons de penser. Me vient une troisième idée, c'est le Let's EcoBuild, qui est un nouvel organisme de clusters éco-construction. Ils sont en train de... C'est assez nouveau, ça va faire peut-être un an de se faire connaître, de faire rencontrer des architectes spécialisés en développement durable, écologie, mais aussi les corps de métier, pouvoir redonner des cours, parce que les technologies de maisons passives aussi sont particulières et il y a peut-être un peu trop aussi de corps de métier qui ne savent pas encore bien faire entre les maisons passives, mais aussi les maisons passives. écologiques. Ce sont des matériaux tout à fait différents. Et eux, leur mission, c'est de pouvoir recréer ce lien. Donc voilà.
- Speaker #2
Oui, donc ça c'est une communauté qui est déjà là sur le territoire.
- Speaker #1
Et qui a du mal à se faire connaître.
- Speaker #0
Oui, il y a aussi cette question de... entre nous on se fait connaître, mais comment est-ce qu'on se fait connaître du grand public et justement des futurs usagers pour rappeler justement le rôle qu'ils ont aussi à jouer dans les projets en fait.
- Speaker #1
Parce que c'est vrai que les réseaux sociaux sont, pardon, les réseaux sociaux sont importants, mais il y a beaucoup, je croule sous les informations aussi. On est dans un un peu trop d'infos. Donc, ça, je ne sais pas comment le résoudre, mais j'ai l'impression que tout le monde a trop. Il faudrait revenir à l'essentiel,
- Speaker #0
comme tu disais tout à l'heure.
- Speaker #2
Et c'est là où me dit aussi, ça vient de me venir en t'écoutant, c'est qu'il y a trop d'informations et peut-être que parfois, on a aussi des ambitions qui sont peut-être trop grandes tout de suite. Et déjà, commencer par des petits pas. Si déjà nous, autour de nous, de notre quotidien, on arrive déjà à semer des graines, petit à petit, le fait d'être de plus en plus nombreux, ça se fera. Et comme moi je parle de communauté, c'est vraiment au sens large, je ne pense pas forcément à juste un cluster ou à une organisation de réseau et ainsi de suite, c'est vraiment de répandre chacun à son échelle ce qu'il peut. pour ouvrir justement le champ de vision et de se poser des questions. Et finalement, en fait, ça revient un peu à simplement nous, en tant que citoyens, apporter notre graine pour élever la conscience sociétale. Tu vois ce que je veux dire ? Mais je dis ça vraiment de manière très ample parce qu'on a chacun nos propres croyances, nos propres blessures et ainsi de suite qui façonnent notre manière de faire. Et donc ça demande à tous, à un moment donné, de se poser, comme tu dis Alexandra, de prendre le temps, de comprendre ses besoins, déjà de se connaître. Parce qu'aujourd'hui, tout le monde est tellement occupé, on se perd nous-mêmes en fait dans notre quotidien. Parce qu'on a tellement de contraintes en tant que, si on est parent, en tant que parent, en tant qu'épouse ou en tant que compagne, en tant que... employée ou simplement en tant qu'indépendante dans notre métier et ainsi de suite, qu'à la fin de la journée, la plupart des personnes que je côtoie me disent « on est épuisé, on n'a pas le temps de faire tout ce qu'on veut pour bien faire, parce qu'on doit bien s'alimenter, on doit faire attention à faire du sport, à faire plein de choses. » Donc... Je m'éparpille peut-être là, mais non, parce qu'en fait, je pense que si on veut bien faire les choses, il faut déjà être bien et bien se connaître soi-même. Et ça, je trouve que c'est un vrai défi.
- Speaker #0
Tu prêches une convaincue. Justement, qu'est-ce que vous auriez aimé avoir, vous, pour apprendre peut-être à vous connaître peut-être un peu plus tôt ou encore maintenant ? Quels outils vous aimeriez avoir justement pour... Parce que je suis d'accord avec toi, une fois qu'on se connaît soi et qu'on est plus alignés, moi c'est un mot qui me parle beaucoup. Il y a ce côté, justement, le reste en découle plus facilement, en fait. En tout cas, les rouages sont beaucoup plus fluides. Donc, est-ce que c'est quelque chose que vous avez réussi à mettre en place ? C'est en process ? Pas encore, peut-être ? Et qu'est-ce que vous aimeriez avoir pour cette introspection, justement ?
- Speaker #1
J'ai fait la rencontre d'une architecte qui s'appelle aussi Alexandra, Alexandra Bautista de Bruxelles, et qui prône aussi, donc sa société s'appelle Architecture Vivante, et elle apprend aussi l'écologie profonde. Et jeudi passé, j'ai fait un workshop dans ma commune à Becquereach où j'ai abordé ce thème de l'écologie qui était ma table. Mais l'écologie profonde, c'est aussi se rendre. relier soi-même au vivant, à réapprendre que nous faisons partie du vivant, que nous faisons partie du règne, des quatre règnes, il y a le règne humain, le règne animal, le règne végétal et le règne minéral. Déjà rien que prendre conscience que l'on en fait partie, qu'il y a les cycles circadiens qui sont le jour et la nuit qui nous impliquent. impacte fortement, surtout à cette période de l'année où les journées sont très courtes.
- Speaker #0
Presque absent.
- Speaker #1
Et qu'il n'y a normalement qu'une centaine d'années où nous vivons avec l'électricité. Même la nuit avant, on était soumis à ce rythme-là qui, biologiquement, est important pour nous puisque nous sommes des mammifères. Plus à l'époque.
- Speaker #0
pour qu'on se recrute davantage.
- Speaker #1
Voilà, on acceptait, les champs étaient en repos, donc nous-mêmes, on se mettait aussi en repos. Donc, c'est savoir aussi d'où nous venons et qui nous sommes. L'industrialisation était très positive, mais elle nous a amenés à perdre un peu ses repères. Donc, l'industrialisation a voulu maîtriser la nature et nous couper. de la nature. Alors que selon moi, c'est ce que j'ai expliqué aussi au workshop, c'est comment on peut réapprendre à se reconnecter à la nature. J'ai fait un lien aussi avec les quatre éléments qui sont l'air, la terre, le feu et l'eau. À Becqurich, c'était très facile de trouver le lien parce qu'on a une source. Mais j'ai demandé à chacun, quelle est votre façon aussi de vous relier ? Est-ce que c'est en regardant une bougie ? Est-ce que c'est la flamme, le feu ? Sachez qu'en nous, nous avons les quatre éléments aussi. Le feu, c'est notre énergie de vie. L'eau, c'est tout ce qui est fluide, sang. La terre, la matière. Et l'air, l'air que l'on respire. Et réapprendre ces notions-là, moi-même je me suis sentie. vivante de réapprendre ça et une de mes sources c'est d'aller me promener dans les bois être en lien avec vous être dans l'instant présent regardez ok aujourd'hui fait pas beau il ya de la pluie mais la pluie c'est l'eau c'est quand même la vie et c'est revenir aussi à ces bases cette gratitude de la chance que l'on a d'être ici dans un pays qui n'est pas en guerre On est bien, hélas, on est malheureux, pourquoi ? Alors peut-être par ces pertes de sens. Donc je me définirais peut-être comme une architecte consciente. C'est un mot qui me vient souvent, conscience de nos actes, conscience de qui on est, nous, en tant que personnes, en tant qu'architectes, mais aider peut-être les usagers à reprendre conscience de qui ils sont, de leurs besoins. Voilà, ça c'est une de mes réponses à ta question, si je ne me suis pas trop éloignée.
- Speaker #0
Tu veux rajouter quelque chose, Virginie ?
- Speaker #2
Je pense que c'est un processus qui est très personnel. Mais par contre, je dirais par rapport à notre génération, c'est vrai que se relier à la nature et ainsi de suite... même si c'était quelque chose que j'observais déjà dans l'enfance et dans l'adolescence, de la reconnexion. C'est probablement fait, comme je t'avais dit, en 2008, lorsque je m'étais requestionnée sur la société au sens large. Je ne sais pas si les jeunes d'aujourd'hui sont déjà plus vite armés que nous. C'est possible. Donc, si c'est le cas, tant mieux. Si ce n'est pas le cas, je pense que j'aurais souhaité pour eux qu'ils puissent justement apprendre à se connaître, apprendre à se relier justement aux autres, aux vivants, et aussi savoir d'où on vient, de remettre en perspective notre vie d'aujourd'hui par rapport à toute l'évolution de l'humanité. Comme l'a dit Alexandra, c'est important. Je ne suis pas sûre que dans les écoles, ça soit déjà à l'ordre du jour. Maintenant, peut-être que dans leur quotidien, ils ont plus vite accès à tout cela que nous on l'avait il y a une vingtaine d'années. Si ce n'est pas le cas, je pense que ce serait quelque chose aussi à promouvoir dans la société pour mieux se connaître plus tôt. Plus vite on se connaît, plus vite on a conscience de qui on est, de nos blocages, plus vite on arrive à se relier aux autres et avancer.
- Speaker #0
Conscience de nos forces aussi.
- Speaker #2
Conscience de nos forces, tout à fait.
- Speaker #0
Une fois qu'on les connaît, on est aussi plus enclin à trouver le métier dans lequel on va exceller, les personnes avec qui on va pouvoir se relier, comme vous dites si bien.
- Speaker #2
Tout à fait, connaître nos peurs aussi, parce qu'il y a aussi ça qui détermine souvent notre manière de prendre des décisions dans notre quotidien. Voilà, la liste est longue. C'est vrai qu'on parle beaucoup de développement personnel. Je pense que c'est important en fait d'investir en ça, pas de manière égoïste ou égocentrique, mais plutôt justement dans cette volonté de pouvoir apporter une meilleure version de nous-mêmes dans le monde. Donc je ne sais pas si le développement personnel devrait pas être un terme à faire évoluer aussi. puisqu'il n'est pas si personnel que ça pour moi, plutôt sociétal.
- Speaker #1
C'est vrai que tu parlais des enfants, moi je reviens aussi à notre rôle d'architecte, si on a un jour l'opportunité de faire des écoles, il y aurait aussi une super opportunité d'amener cette conscience dans les enfants, quitte même à discuter avec le corps enseignant. L'école c'est une chose, mais apprendre aussi l'estime de soi aux enfants pourrait être mise en avant dans le système scolaire. Et les neurosciences justement sont un super support aussi qui exprime l'importance du mouvement. Les scientifiques ont prouvé que l'apprentissage en mouvement est extrêmement important. Donc un architecte qui peut concevoir une classe en ayant cette conscience-là, ce serait vraiment tout bénéfice pour beaucoup de personnes. Je reviens donc dans le rôle important de l'architecte.
- Speaker #0
Oui, merci. Si je résume un peu ce qu'on s'est dit et ce que moi je retiens de notre échange aujourd'hui, donc c'est d'apprendre à se connaître, avoir des... Des racines solides ancrées dans le sol pour justement savoir ce qu'on veut, nos limites, mais aussi nos forces, pour pouvoir répandre ensuite des petites graines autour de nous, se lier, créer une communauté qui existe déjà et qui continuera de se développer. Du rôle important de l'architecte, notre rôle de lien, notre rôle aussi d'exprimer, d'expliciter, d'inclure l'usager. Est-ce qu'il y a autre chose que j'aurais pas dit qui vous vient en tête de nos échanges à garder aujourd'hui pour conclure ?
- Speaker #1
Tu as super bien résumé, je trouve.
- Speaker #2
Oui, je pense que c'était assez complet, non ?
- Speaker #1
Il y aura certainement d'autres thèmes pour une autre fois à aborder.
- Speaker #2
Il ne faut pas tout dire aujourd'hui.
- Speaker #0
Exactement. Eh bien, je vous remercie toutes les deux de vous être prises au jeu, d'être venues chez moi pour boire un petit café et enregistrer notre conversation. Et je vous dis à bientôt dans des cercles et des communautés qu'on va co-construire ensemble. Super.
- Speaker #2
Merci.
- Speaker #1
Merci à toi.
- Speaker #0
Merci d'avoir partagé ce moment avec nous. Un moment rare où l'on a pris le temps de réfléchir ensemble à ce métier que l'on aime, mais qui mérite peut-être d'être repensé, réorganisé et réinventé. Ce que Virginie, Alexandra et moi avons esquissé aujourd'hui est loin d'être une conclusion. Au contraire, c'est un début. Un début de réflexion collective. Un début de transformation possible. Un début de dialogue que j'aimerais poursuivre. Avec toi et d'autres architectes. Et pourquoi pas avec même nos institutions. Si cet épisode a résonné pour toi, n'hésite pas à le partager ou à m'écrire pour raconter ton expérience. Ce type de témoignage nourrit le chantier que nous ouvrons ensemble. Merci pour ton écoute et à très bientôt pour un prochain épisode. de fondation.