- Speaker #0
Se faire aider lors d'une expatriation quand on est en situation de handicap, préparez-vous à un parcours compliqué. 10 minutes d'inspiration pour votre vie aux quatre coins du globe, bienvenue sur Français dans le Monde, le média de la mobilité internationale. Je suis Gauthier Seyss et aujourd'hui on décolle avec Anne Ducournau, direction...
- Speaker #1
10 minutes,
- Speaker #2
le podcast des Français dans le monde.
- Speaker #0
Très content d'aborder ce sujet du handicap et de la dépendance, sujet rarement abordé sur notre antenne. C'est le 3006ème podcast, mais heureusement Anne est là pour nous éclairer. Bonjour, bienvenue Anne.
- Speaker #3
Bonjour Gauthier, merci de l'invitation.
- Speaker #0
Très heureux d'échanger avec toi. On se connaît grâce au site vivreabarcelone.com. Je salue Jean-Benoît au passage. Sujet important, on en parlait hors antenne. On n'en parle pas assez souvent. C'est un peu dans l'ombre le handicap, notamment dans le monde de l'expatriation. Mais globalement, c'est dans l'ombre au tout court.
- Speaker #3
Ça reste tabou. Du moment où on a un diagnostic, on sait qu'est-ce qu'on arrive à avoir les lumières, qu'est-ce qui nous arrive ou qu'est-ce qui arrive à notre enfant. et tout en faisant une... deuil qui est difficile à faire et de là la reconnaissance et l'activation de toutes les aides, l'accès aux thérapies nécessaires, etc. C'est un long parcours.
- Speaker #0
Justement, je disais que c'était un parcours compliqué, on ne va pas se mentir. L'administratif, les bourses, les aides, les différentes structures selon les différents handicaps, il faut s'accrocher ?
- Speaker #3
Il faut s'accrocher et ce qui est bien c'est de trouver des groupes de parole, de trouver du soutien. de ne pas laisser tomber, de prendre le temps nécessaire, mais sans tout laisser aller parce que les mois défilent. Et une non reconnaissance d'un handicap signifie un manque d'aide économique, mais également la non obtention de place dans des structures spécialisées. Comme à Barcelone, on est chanceux, on a des centres publics spécialisés dans à peu près tous les domaines. Mais il est nécessaire une reconnaissance officielle pour pouvoir obtenir une place.
- Speaker #0
Alors évidemment, la donnée que l'on va fournir, elle vaut pour l'Espagne. On est un peu moins de 10% des familles qui sont atteintes par un sujet autour du handicap. On ne connaît pas les statistiques partout dans le monde, mais restez avec nous, puisqu'à la fin du podcast, on va essayer de rendre tout ça le plus visible possible et peut-être de créer des passerelles entre les différents pays. Là ! Concernant notre interview, Anne, on va s'intéresser à Barcelone. On va expliquer un peu ton parcours de vie. Tu es originaire de Bordeaux, trois quarts française, un quart espagnol via le grand-père. Dans une famille d'expatres, tu m'expliquais un petit peu, les réunions de Noël, c'est parfois en visio parce que vous êtes un peu partout dans le monde.
- Speaker #3
On s'adapte. C'est la pote de mes parents qui nous ont donné goût au voyage petit, donc on n'a pas le choix.
- Speaker #0
Et résultat, il y a de la famille un peu partout. Oui,
- Speaker #3
c'est pratique pour faire des vacances à l'étranger aussi.
- Speaker #0
Vous échangez les maisons entre... Où et où ? Alors rappelle-moi un peu où est-ce qu'on trouve toute la famille ?
- Speaker #3
Eh bien on a une partie aux Etats-Unis, une partie au Maroc, avant c'était la Suisse et la France.
- Speaker #0
Alors tu as...
- Speaker #3
Et l'Italie, oui.
- Speaker #0
Et l'Italie parce que ton mari est italien.
- Speaker #3
Exactement.
- Speaker #0
Alors, tu fais une école de commerce franco-espagnol. Tu vas vivre un peu à Madrid. C'est d'ailleurs là que tu vas rencontrer ton futur conjoint. Là où vous vous êtes rencontré, tu m'as dit que c'était comme dans l'auberge espagnole.
- Speaker #3
C'est exactement ça.
- Speaker #0
Ensuite, vous avez décidé de vous installer pour ton master à Barcelone. Tu y vas pour quelques mois, mais finalement, la vie va faire que vous avez trouvé du boulot, vous installez, créez la famille, fondez la famille. Et donc, c'était il y a 20 ans. Pour quelques mois, on peut dire que ça a duré un peu.
- Speaker #3
Des longs mois, mais à chaque fois qu'on a voulu, on a pensé à partir, on n'a jamais trouvé mieux. Donc, on est resté.
- Speaker #0
Et ben voilà, on va encore une fois me dire du bien de Barcelone, la mer, les montagnes...
- Speaker #3
Et après on se plaint qu'il y ait trop d'expats.
- Speaker #0
C'est vrai, on l'entend aussi, absolument. Il va y avoir un carrefour dans ta vie, toi tu vas travailler dans une multinationale, mais à la naissance de vos jumeaux, ton fils a un handicap, ce qui va faire que tu vas ralentir ton boulot jusqu'à le quitter complètement. Et tu vas commencer à découvrir le dédale de devoir le faire reconnaître pour son handicap, l'accompagner. Il y a beaucoup de soins à lui prévoir. Et tout ça va faire que tu vas créer récemment Admin Help Barcelona. L'idée étant d'accompagner dans la procédure de reconnaissance du handicap. Raconte-moi un peu le virage dans votre vie, dans la famille, avec l'arrivée des jumeaux.
- Speaker #3
D'abord, c'est l'arrivée des jumeaux sans grands-parents ni famille proche. Après nous, parce qu'on est... tous les deux, mon mari et moi. Et ensuite, quand on a eu la suspicion, puis le diagnostic, etc., on s'est retrouvés la tête dans le brouillard complètement parce qu'on n'a pas, par sens, on n'a aucun autre cas d'handicap dans la famille ou dans les amis proches. Et petit à petit, quand on a réussi à faire notre deuil, on a avancé, on a été soutenus par d'autres familles rencontrées dans les différents centres de thérapie, etc. On a fait la première demande de reconnaissance d'handicap, puis la deuxième, la demande de dépendance, qui sont les deux reconnaissances ici. Chaque fois qu'on avait les résultats, les reconnaissances, c'était un coup de massue parce qu'en fait, on ne voulait pas accepter que notre fils soit comme ça, c'était très dur. Et en parallèle, ce que je ne t'ai pas raconté ici, il y a eu une autre aide, une prestation pour pouvoir réduire le temps de travail en ayant une compensation financière de la part de la Sécurité sociale. mon fils, ils n'ont pas accepté la demande on a été 5 ans au tribunal qui finalement, j'ai gagné au tribunal suprême d'Espagne donc contente de faire jurisprudence mais tout est une lutte donc le soutien le soutien de famille de pouvoir parler, la thérapie pour les parents pour moi c'est essentiel
- Speaker #0
Alors j'ai dit dans l'intro parcours compliqué, mais c'est parcours avec un S, parce qu'il y a gérer l'enfant, les soins, ça demande énormément de temps, et ensuite en parallèle, gérer la partie reconnaissance administrative, il y a la sécurité sociale, il y a les impôts, il y a tout ce qui est transport, etc. Et là, on parle pour l'Espagne, ça arrive dans des familles dans le monde entier, accrochez-vous parce que le temps est long.
- Speaker #3
Oui, très long. Alors, pour la dépendance, c'est un... On peut espérer, ça dépend des communautés, des régions. Donc la loi est espagnole, mais chaque région gère ses reconnaissances. Donc pour la dépendance, en général, ça tourne autour de six mois pour avoir le rendez-vous d'évaluation. Pour l'handicap, c'est plus entre 12 et 18 mois. Donc en attendant, il faut trouver une école adaptée, il faut trouver une thérapie, il faut tout faire.
- Speaker #0
Évidemment, chaque handicap étant différent, l'accompagnement doit s'adapter à chaque fois. En effet, ça peut être trouver la bonne école. On peut rappeler la différence entre le handicap et la dépendance ?
- Speaker #3
Alors, l'handicap, c'est plus lié au physique, parce que les difficultés d'architecture, de ne pas pouvoir monter des escaliers, de ne pas pouvoir lever les bras, d'attraper les choses en hauteur. des difficultés dans l'écriture, etc. Et la dépendance, c'est le besoin d'une pièce personne pour pouvoir avoir une vie à peu près normale, pouvoir s'habiller, se doucher, se vestir, couper sa viande.
- Speaker #0
Alors en l'occurrence, tu m'expliquais que ta fille, qui est née quelques minutes avant ton fils, se douche toute seule. Ton fils, lui, il faut forcément quelqu'un pour l'aider au moment de la douche. Oui,
- Speaker #3
mais on y travaille. On y travaille tous les jours. C'est un petit challenge en plus. C'est essayer l'autonomie petit à petit.
- Speaker #0
Alors en l'occurrence aujourd'hui, tu accompagnes de nombreuses familles qui se préparent à l'expatriation, qui viennent des quatre coins du monde pour s'installer en Espagne. Et là, tu leur dis quoi la première fois ? Courage et patience ?
- Speaker #3
Courage et surtout une préparation en amont, c'est des mots de tête en moi. Si on ne doit pas aller demander, rechercher des papiers aux Etats-Unis parce qu'on a oublié un spécialiste. c'est mieux de le faire quand on est encore là-bas. Flore explique les démarches qu'il faut faire, selon le cas d'une école spécialisée ou d'une école ordinaire, et qu'au moment venu, ce n'est pas six mois avant, vous avez tout préparé. Dès que vous savez la date que vous arrivez, on prend rendez-vous au ministère de l'Éducation, on commence à faire les démarches. La priorité pour ça, c'est s'enregistrer à la mairie pour la résidence, c'est la sécurité sociale, surtout pour enfants. et l'école.
- Speaker #0
Et Anne ?
- Speaker #3
C'est de structurer un peu tout ça.
- Speaker #0
Anne, la bonne nouvelle, c'est que si on est dans un pays et qu'on a une reconnaissance, ça ne suffira pas lorsqu'on arrivera dans un nouveau pays. Bim, on recommence à zéro.
- Speaker #3
Et oui, et en plus, même les dossiers, ça peut aider de les traduire, mais ils ne valent rien légalement. Donc, c'est pour ça. C'est vraiment d'avoir le contact chez le pédiatre ou chez le médecin de famille pour commencer la une. premier rapport médical avant d'accéder aux spécialistes qui ont des rapports qui ont plus de poids, mais on peut essayer de trouver, de gagner un peu de temps sur cette queue des 12-18 mois en avançant avec les rapports médicaux qu'on a.
- Speaker #0
Autant, lorsque l'on parle de mobilité internationale sur notre média, on voit que les choses sont Facile aujourd'hui avec internet, beaucoup de démarches se sont simplifiées. Autant il faut prévenir tout de suite l'auditeur, la mobilité internationale en situation de handicap, c'est pas la même affaire.
- Speaker #3
C'est jamais la même affaire, même sans expatriation c'est pas la même affaire. Ce qui est bien c'est d'être accompagnée, de trouver ici, par exemple à Barcelone, je travaille avec des psychiatres, des psychologues, des... Voilà, beaucoup... Plein de spécialités francophones, donc ça aide déjà, suivant la pathologie, à faire la transition. Il y a beaucoup de groupes de Français, d'Italiens, d'Anglais qui sont ici, donc pas forcément sur le thème de l'handicap, mais ça peut aider à rencontrer des gens, on ne va pas être seul. Et il y a quelques mois, nous avons monté avec une personne qui est conseillée en consulat. De Barcelone, un groupe de soutien de WhatsApp de francophones en situation de handicap, eux-mêmes ou un enfant ou une personne de la famille. Et même si le groupe n'est pas très actif, on se soutient, on envoie des infos, les dates des bourses. Il y a une nouvelle loi qui est sortie il n'y a pas longtemps, mais on est encore dans le flou, donc on ne va pas rentrer sur le sujet. Mais ça fait du bien, au moins on n'est pas seul.
- Speaker #0
Alors on le dit sur la radio des français dans le monde ce groupe de soutien francophone existe que tu animes avec Renaud Lebert donc en effet conseiller consulaire rejoignez-le si vous avez besoin d'être aidé et puis on peut lancer un autre appel Anne aussi on se rend compte que dans les pays du monde entier ce sujet du handicap existe il n'existe pas vraiment de réseau d'interconnectivité Ce que tu fais, toi, au sein d'Admin Help Barcelona, tu ne connais pas forcément des homologues à toi. C'est peut-être un appel qu'on peut lancer sur notre média ? Avec grand plaisir,
- Speaker #3
c'est une super idée.
- Speaker #0
On sert aussi à ça, créer du lien, créer du réseau. Peut-être des personnes font le même métier que toi dans d'autres pays du monde, mais aujourd'hui, aucune interactivité.
- Speaker #3
Ce serait passionnant.
- Speaker #0
On va essayer, on va faire ce qu'on peut en tout cas, si vous nous écoutez, si le sujet du handicap... est sensible pour vous et que vous faites quelque chose pour aider les francophones en expatriation, contactez-nous, contactez Anne directement puisque son lien LinkedIn est disponible dans le descriptif de ce podcast. On est désolé parfois, Anne, on est peiné, on est découragé parfois.
- Speaker #3
Bah oui, surtout qu'on a une station bloc pour... Une virgule ou un prénom qui a un accent et que dans leur dossier, dans l'autre document, il n'y a pas d'accent. Ils nous font des problèmes pour ça alors que nous, ce qu'on veut, c'est juste une reconnaissance. C'est fatigant, mais bon, on avance. On arrive toujours à trouver une solution. C'est juste que c'est long et il faut persévérer.
- Speaker #0
Et j'allais dire, c'est peut-être long, mais tu as aussi quelques belles victoires qui doivent te motiver.
- Speaker #3
Surtout quand je fais des coachings ou des entretiens avant les… Les entretiens d'évaluation, ça libère les familles, ça les tranquillise pour l'entretien qui est très stressant, qui est horrible cet entretien. Et ça leur permet d'arriver sereinement à l'entretien, de vraiment expliquer la situation et d'obtenir les reconnaissances qui leur valent. Mais si ce n'est pas bien préparé, on risque de perdre les moyens, on risque de dire la moitié des choses et donc ne pas arriver au seuil légal et ça se change tout.
- Speaker #0
Eh bien Anne, tu fais partie des interviews... qui me semble être importante. Je suis content de te mettre en lumière aujourd'hui sur notre média. Je souhaite le meilleur pour la suite. Tu reviens quand tu veux. Et puis alors, si l'appel à témoins a créé un début de réseau d'entraide autour du sujet du handicap, ce serait formidable. Merci beaucoup. Avec plaisir.
- Speaker #2
Français dans le monde. Le média de la mobilité internationale.